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Full text of "Annales de la Société d'émulation du département des Vosges"

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AîïïïAILIS 

DE LA 

SOCIETE D'EMDLATION 

DU 

DÉPARTEMENT DES VOSGES# 


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ANNALES 

DE LA 

SOCIÉTÉ D’ÉMULATION 

é 

DU 

DÉPARTEMENT DES VOSGES. 


Ton XII e . — III e Cahier. 


ÉPINAL , 

• CHEZ M me VEUVE GLEY , IMPRIMEUR bE LA SOCIÉTÉ. 

PARIS, 

CHEZ M. AUG. COIN , LIBRAIRE, RUE DES ÉCOLES, 83 . 

1867 


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EXTRAITS 


ni» 

PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 

DE L’ANNÉE 1866. 


SÉANCE DU 18 JANVIER 1866, 


son* U présidence de M. Maud'heax , père. 


Correspondance : 

Lettre de Son Exc. le Ministre de l’Instruction publique 
qui nous informe que, par arrêté du 16 décembre dernier, 
il a attribué une allocation de 300 fr. à notre Société. La 
Société reçoit cet encouragement avec la plus vive reconnais- 
sance. 

Lettre 'de Son Exc. le Ministre de l’Instruction publique, 
qui nous annonce que la distribution des récompenses ac- 
cordées aux Sociétés savantes, à la suite du concours de 
1865, aura lieu à la Sorbonne, le samedi 7 avril 1866; la 
réunion générale sera précédée de trois jours de lectures pu- 
bliques, le' 4, le 3 et le 6 avril. Son Exc. demande les noms 
de MM. les membres de la Société qui se proposeraient d’as- 
sister à ces réunions ou d’y faire des lectures. 

Observations météorologiques faites à Mirecourt, par 
notre collègue , M. Bronswick. — Septembre , octobre , 
novembre et décembre 1865. 

La parole est donnée à M. Charton. • 

M. Charton lit d’abord son rapport sur un livre de notre 
collègue, M. Humbert, qui, par son mérite et par son but, 
justifie son titre un peu ambitieux peut-être de Livre d’Or. 


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— 6 — 


M. Charton donne l'analyse des deux parties de cet ouvrage 
en faisant ressortir les articles qui doivent être signalés. 
M. Humbert, dit M. le rapporteur, en terminant, a voulu 
se rendre tout à la fois utile, amusant et instructif. Il y a 
pleinement réussi, et il serait à désirer que la Société d’Ému- 
lation pût encourager la propagation de son livre, qui trou- 
verait tout naturellement sa place dans les bibliothèques 
scolaires que les campagnes organisent tous les jours. 

M. Charton lit ensuite la pièce de vers suivante : 

LA MYOPIE. 


Je ne suis point païen, encor bien moins impie, 

Et je suis cependant frappé de myopie. 

Aurais-je, malgré moi, mécontenté les cieux 
Pour qu'ils m’en aient puni sans pitié dans mes yeux. 
Dont les rayons n’ont plus que d’étroites limites? 

Les hommes à cent pas me paraissent des mythes, 

Ou, si je les distingue à travers mon brouillard , 

Le beau me semble laid et le jeune un vieillard. 

Je marche désormais de surprise en surprise, 

Ajoutant le faux pas û la sotte méprise. 

Jadis, par tous les temps, qu'il neigeât ou qu’il plût, 
A qui me saluait je rendais le salut , 

Car j’ai toujours aimé les manières polies 
Et mis l’orgueil au rang des plus tristes folies. ' 

Mais aujourd’hui souvent je manque à ce devoir 
Involontairement et faute de bien voir. 

De ses pas un ami réfrénant la vitesse 
Vient à moi dans la rue; il a la politesse 
De m’ôtej son chapeau , de me tendre la main ; 

Je fais pour m’en convaincre un effort surhumain 
Et je ne lui réponds qu’avec incertitude. 

Il m'arrive une fois, contre mon habitude , 

D’ahorder un passant dont j’aurais, sur ma foi. 


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— 7 — 


Juré d’être connu comme il l’était de moi. 
le le saisis au bras , je l’arrête et le somme 
De me parler un peu , mais voilà que mon homme 
Me regarde surpris de mon ton familier 
Et me dit que je suis un être singulier . 

Et que jamais il n’eut avee moi d'entrevue. 

C’était bien vrai : j’avais commis une bévue. 

A combien d’accidents suis-je pas exposé J 
Par un ciel orageux la pluie a-t-elle osé 
Transformer en torrents les ruisseaux de la ville? 
Pour les franchir je cherche un gué qui soit facile ; 

Je ne le trouve pas et je me perds dans l’eau. 

Le trottoir de la rue excède le niveau , 

Je risque en m’y heurtant de sombrer sur l’asphalte. 
J’entends venir des chars , des chevaux ; je fais halle , 
Je veux me garer d’eux en leur criant : bolàf 
Et j'ai peur de tomber de Charybde en Scylla. 

C’est l’œil cloué dessus que je lis l'écriture. 

Que je vois le dessin et juge la peinture. 

La terre a beau m’offrir ses plus riants tableaux , 
lœ firmament ses feux et le fleuve ses flots , 

Je ne saurais jouir de leur magnificence 
Et de la deviner, je n’ai que la licence. 

Mais dans mon infortune il me reste un bonheur, 
C’est que je ne suis plus le servile glaneur 
Des aspects désolants que la nature humaine , 
Subissant son destin , sème dans son domaine. 

Aussi , sans entamer de stériles débats , 

J’affirme que tout est pour le mieux ici bas. 

SEANCE DO 15 FÉVRIER 1866, 

«on* la préaideace de M. Maud’hevx, pin. 


Correspondance : 

Lettre de S. Exc. le Ministre de l’Instruction publique, 


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— 8 — 

relativement aux prochaines réunions de la Sorbonne, les 
4, 5, 6 et 7 avril prochain. M. Malgras et M. Duhamel 
se sont fait inscrire pour prendre part , au nom de la 
Société, aux lectures qui seront faites à cette occasion. 

M. le Président .fait connaître à la Société la découverte 
qui a été faite récemment sur le territoire de Bulgnéville, 
pt qui a été signalée immédiatement à M. Laurent, par 
potre collègue M. Renault. Les objets trouvés sont des cein- 
turons et des bracelets en argent qui appartiennent à l’é- 
poque des guerres de la ligue ou des guerres du XVII e 
siècle; leur poids est d’environ un kilogramme. Le pro- 
priétaire en avait fixé le prix à 400 ou 450 fr. Le crédit 
du musée étant épuisé , M. Laurent a prié M. le Président 
de vouloir hien demander h la Société , soit à litre de 
prêt , soit à litre de don , la somme nécessaire pour cette 
acquisition. M. le Président expose, 1° que depuis quelques 
années la somme que nous portons à notre budget pour 
les fouilles archéologiques est loin d’être atteinte ; 2° que 
Son Ëxc. le Ministre de l'Instruction publique vient de nous 
accorder une somme dé 300 fr., et que généralement les 
subventions que nous donne ce ministère sont attribuées à 
des fouilles ; 3° qu’enfin il y a tout avantage pour la So- 
ciété à dépenser cette somme pour acheter des objets dé- 
couverts, plutôt que d’entreprendre des fouilles qui souvent 
ne donnent aucun résultat. En conséquence M. le Président 
demande que la Société vote la somme dont il s’agit. Celte 
proposition est adoptée. Quant à la question de savoir si la 
sojqme est votée h titre de prêt pu à titre de don , M. Marchai 
demande que la Société en fasse don. Cette proposition est 
adoptée au$si. 

M. Georges Perrin , industriel à Cornimont, est proclamé 
membre associé libre de la Société d’Éniulation. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture du rapport fait par 
M. Laurent, au nom de la commission nommée pour exa- 
miner le projet d’ériger un monument commémoratif sur 
remplacement de l’ancienne ville de La Mothc. Après une 


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— 9 — 

longue discussion , la Société déclare qu’elle ne peut donner 
suite à ce projet. 

La parole est donnée à M. Charton pour la lecture de 
son rapport au sujet de la nouvelle pièce de M. Ponsard : 

Le Lion amoureux. Après avoir constaté le succès de cette 
pièce , qui prouve uns fois de plus que la poésie n’est 
point morte et trouve l’accueil qu’elle mérite , après lui avoir 
donné l’éloge qui lui est dû, M. Charton dit que son but 
n'est pas d’en faire une analyse critique, mais seulement de 
parler du héros , parce que le Lion amoureux est un de nos 
compatriotes, un fils de nos montagnes, le général républicain 
Humbert , qui a joué sur un outre théâtre un rôle bien 
autrement important , et qui néanmoins est peu connu dans 
son pays natal. Si M. Ponsard a bien saisi le caractère 
énergique de son principal personnage, il' n’a pas toujours 
respecté la vérité historique , ce qui pourtant ne constitue 
pas un reproche pour un poète. Après avoir signalé ce qui 
a été inventé pour les exigences du drame, M. Charton 
esquisse la biographie de Humbert , depuis sa naissance à • 
Saint-Nabord, le 22 août 1767, jusqu’à sa mort à la Nouvelle- 
Orléans, en février 1819. Bayard de la démocratie , le gé- 
néral Humbert avait à cœur de vivre sans peur et sans 
reproche , il ne voulait point de maître pour sa patrie ni 
pour lui. C’était une de ces nobles et mâles figures que 
l'antiquité eût admirées et qui honorent notre ancienne 
province. M. Ponsard l’a remise en lumière sur la première 
scène du monde, et a su lui conserver tous les traits qui 
la caractérisent et qui lui assurent un rang glorieux dans 
les Annales de la Révolution française. Après cette lec- 
ture très-intéressante, M. le Président, au nom de la Société, 
remercie et félicite M. Charton. 

Enfin le Secrétaire perpétuel fait un rapport au sujet 
d’un moyen de communication rapide par l’emploi des ani- 
maux sur les chemins de fer, proposé par H. Ruaux. L’in- 
vention de M. Ruaux remonte déjà à quelques années, car, 


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— 10 — 

dès '1844, il a mis sous les yeux de l’Académie des sciences 
un spécimen de son appareil, dans lequel un chien , em- 
ployé à la manière de ceux des cloutiers, faisait cheminer 
le véhicule à quatre roues qui le portait. Une commission 
composée de MM. Arago , Poncelet , Piobert et Séguier, rap- 
porteur, s'est occupée de ce système, et à la séance de 
l'Académie des sciences du 46 janvier 1854 , M. Séguier 
constatait que le but que s’était proposé M. Ruaux est ra- 
tionnel, et qu'inconlestablement le travail des animaux agis- 
sant par leur poids et par leur force musculaire combinés, 
comme le veut M. Ruaux, peut être de beaucoup supérieur 
à celui qu’ils produiraient par la traction ordinaire. Malgré 
ce rapport favorable, l’invention en demeura là, parce que 
l’auteur , peut-être trop défiant , voulut garder la propriété 
exclusive et le brevet d’une machine qu’il aurait pu per- 
fectionner s'il avait été ingénieur ou mécanicien ,' et que 
d’ailleurs, avec ses seules ressources , il ne pouvait pas con- 
struire ni faire fonctionner en grand. Le rapporteur pense 
du reste que l'appareil de M. Ruaux n’était pas, beau- 
coup s’en faut , appelé à détrôner la vapeur sur les grandes 
lignes de chemins de fer, parce que la vapeur est une 
force physique à laquelle on ne peut pas comparer la force 
des animaux, lorsqu’il s’agit de transporter des masses con- 
sidérables à de grandes distances. Mais sur les petites lignes, 
sur les chemins de fer vicinaux qui sont maintenant à 
l’ordre du jour, le rapporteur est convaincu que la machine 
de M. Ruaux pourrait être utilisée avec avantage. C’est 
pourquoi il croit devoir la signaler ou plutôt la rappeler à 
la Société d’Émulalion , et attirer sur elle l’attention des 
hommes pratiques. La machine coûterait évidemment beaucoup 
moins qu’une locomotive ; le prix ne dépasserait pas 7 ou 
8,000 fr. Sa force , de. quelques chevaux-vapeur , suffirait 
sur les routes ordinaires , mais mieux sur les chemins de 
fer vicinaux , pour parcourir rapidement les petites dis- 
tances. 


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— H — 


SÉANCE DU 8 MARS 1866. 


sons la présidence de M. Mail d’ lieux , père. 


M. Laurent met sous les yeux de la Société le lot do 
bijoux consistant en ceinturons d’argent, qui ont été trouvés 
sur le territoire de Saulxures-lez-Bulgnéville , et dont la 
Société a voté l’acquisition pour le musée à sa dernière 
séance. De ce lot, le propriétaire, M. Jaugeon, a distrait N 
pourtant six breloques, en argent aussi, qui sont entre les 
mains de M me de Prauthoy. Les divers membres présents 
examinent ces bijoux avec le plus vif intérêt. 

La parole est donnée à. M. Malgras, pour la lecture du 
travail qu’il a bien voulu se charger d’écrire et de présenter, 
au nom de la Société d’Émulation des Vosges, aux réunions 
solennelles de la Sorbonne. M. Malgras a traité des Vosges 
dans les temps anciens et dans les temps modernes. C’est 
avec le plus vif intérêt que tous les membres présents 
écoutent la lecture de ce travail, qui nous montre ce qu’étaient 
les Vosges si peu connues et si peu appréciées dans le reste 
de la France. M. Malgras n’oublie aucun des progrès qui 
s y accomplissent, des industries qui s’y développent, et il 
nous laisse sous le charme du récit de toutes les modifications , 
de toutes les améliorations politiques, agricoles, industrielles, 
intellectuelles qui donnent aujourd’hui à notre département 
un des premiers rangs parmi les départements de l’Empire. 
Tous remercient et félicitent M. Malgras de ce travail ; la 
lecture en est proposée à l’unanimité à Son Exc. le Ministre 
de Tlnstruclion publique , et la Société ne doute pas de 
I‘accucil qui lui sera réservé aux fêtes. ds la Sorbonne. 

Enfin M. Maud’heux fils propose à la Société de soumettre 
au Gouvernement un vœu relatif au transport des laines. 

La Société charge M. Maud’heux fils de la rédaction de ce 
vœu. 


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SÉANCE DU 19 AVRIL 1866, 


sous la présidence de M. Maud’heux, pire. 


Correspondance : 

Lettre de notre collègue M. l'abbé Mougel, relativement 
Il la découverte de ruines qu’il prétend être celles d'un édi- 
fice religieux , d’une église qui aurait été probablement le 
siège d’un évéché. M. Mougel donne la description de ces 
ruines et les hypothèses auxquelles il a été conduit. 

Lettre de M. Lefebvre qui nous adresse , en même temps 
que son travail primitif sur les pertes de la Meuse et du 
Mouzon , un travail de M. Mouton, en réponse aux obser- 
vations faites par M. Rambaud, 

Lettre de M. Alexandre Jaille , relative à sa fabrication 
de guano agenais à laquelle il voudrait donner plus d’ex- 
tension. Il s’agirait pour cela de l’organisation d’une société 
par actions. M. Jaille demande à ce sujet les observations 
des agriculteurs et des membres des sociétés agricoles. 

Lettre de M. Bronswick qui propose de se charger de 
fouilles à exécuter dans des buttes attribuées aux romains 
et situées près de Mirecourt , aux environs du village de 
Rancourt. M. le Président témoigne le désir de voir effectuer 
ces fouilles, et la Société adopte celte proposition. 

Lettre de M. Jacques Valserre , qui nous adresse un projet 
de statuts de la Société coopérative des vignerons français, 
pour faire parvenir directement leurs produits aux consom- 
mateurs sans passer par les intermédiaires. M. Valserro de- 
mande à la Société un rapport à ce sujet. 

Lettre de M. Je docteur Liégey, qui nous fait hommage 
de deux brochures intitulées , l’une : Trois frères idiots , 
rapport médico-légal sur l’un d’eux ; l’autre : Mante pé- 
riodique , rapport médical pour une demande d’admission 
dans un asile. Le premier travail se termine par un désir 
exprimé par M. le docteur Liégey à plus d’un point de vue, 


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— 43 — 


que tous les individus idiots , lorsqu'ils ne peuvent être 
retenus chez eux , - soient placés dans des asiles , car la 
plupart sont dangereux ou peuvent le devenir, et, lorsqu’ils 
ne le sont pas d’une manière active , ils peuvent l’être d’une 
manière passive , c’est-à-dire par l’effet moral qu’ils pro- 
duisent sur les femmes et sur les enfants. M. Liègey expose 
rapidement aussi les moyens pratiques pour arriver à placer 
les aliénés dans les asiles. Cette question est une de celles 
qui préoccupent l’administration , qui serait la première à 
désirer que des mesures générales pussent être appliquées 
dans ce but, mais qui, jusqu’à présent, a trouvé des obs- 
tacles matériels à leur réalisation. Des remerclments seront 
adressés à M. le docteur Liégey. 

Lettre de notre collègue M. Mandelert, qui remercie de 
l'envoi des Annales, qui demande si la pierre qu’il a dé- 
couverte à Létraye a pu être déterminée d'après le dessin 
qu’il a envoyé , et qui nous adresse enfin un catalogue de 
l’exposition nationale qui a eu lieu à Neufchâtel , au profit 
des incendiés de Travers. 

Lettre de U. d’OIincourt, relative au voyage autour du monde 
qu’il prépare. M. d’OIincourt donne l’itinéraire de cette expédi- 
tion, sur laquelle il appelle l’attention des membres des 
Sociétés savantes qui voudraient y prendre part. Un pros- 
pectus donne tous les détails nécessaires. 

Lettre de M. Ernest Lehr, docteur en droit, secrétaire 
général du Consistoire supérieur de l’église de la confes- 
sion d’Augsbourg en France , qui annonce la mort de M. Paul 
Lehr, son père , notre collègue. La Société décide que l’ex- 
pression de ses regrets sera consignée au procès-verbal. 

Lettre de M. Henri de Lapparent , relative aux liens en 
cordelle imputrescibles et inaltérables , munis d’un appareil 
automatique , pour lier les gerbes de blé , les bottes de 
foin , etc. 

Lettre de M. le docteur Legrand du Saulle , qui nous 
annonce qu’il cesse d'habiter Contrexéville pour aller habiter 
Péris , et demande en conséquence d’échanger son titre de 


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— U — 


membre associé libre contre celui de correspondant. D'après 
notre règlement , ce changement de litre a lieu de droit en 
pareil cas. 

Lettre de M. Ruaur. , relative à l’omission , dans le rap- 
port sur sa machine, de là force de traction produite par le 
cheval attelé. M. Ruaux fuit connatlre aussi qu'il avait 
construit un modèle, prêt à fonctionner, de sa machine, 
mais que ce modèle a été brisé par une locomotive sur les 
rails près de la gare de Saint-Loup. 

Lettre de M. Albert, qui nous adresse un travail impor- 
tant sur le développement des appareils à vapeur dans le 
département des Vosges. Ce travail fait suite à celui de 
M. Jutier, que nous avons publié déjà en 1858. 

Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances solennelles 
de 1865 , envoi de Son Exc. le Ministre de l’Instruction 
publique. Dans ce volume est inséré le travail que M. Malgras 
a lu au nom de la Société d'Émulation et qui a pour 
titre : Le Bienheureux Père Fourier et le pasteur Oberlin, 
notice sur les Écoles en 4620 et les salles d’asile en 4770. 

Le Secrétaire perpétuel dopne lecture du rapport fait par 
M. Levasseur, sur les Annales de la Société d’Émulation 
des Vosges , au comité impérial des travaux historiques et 
des Sociétés savantes , section d’histoire et de philologie. Ce 
rapport est inséré dans le n° de février 1866, page 162, de 
la Revue des Sociétés savantes des départements, publiée 
sous les auspices du Ministre de l'Instruction publique. 

M. Chapellier fait part à la Société de la découverte qu’il 
a faite, il y a quelques jours , d’un champignon très-curieux, 
dans la seconde vallée de Saint Antoine. Ce champignon est 
très-rare; il n'a été encore trouvé dans nos contrées qu'à 
Bruyères, par M. le docteur Mougeot, père. Il appartient 
au genre geastrum , dont M. Chapellier donne la descrip- 
tion. Les échantillons présentés par M. Chapellier appartien- 
nent à l’espèce geastrum hygromelricum , nommée aussi 
lycoperdon stellalum. Tous les membres présents les examinent 
avec intérêt. 


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- <5 - 


SCANCE DU 3 MAI 1866, 


sous la présidence de M. Maud’ lieux , père. 


M. Malgras fait un rapport nu nom de la Commission de 
publication, sur les différents travaux dont la Commission 
propose l'insertion dans le prochain cahier de nos Annales. 

La Commission propose à la Société d'accueillir l’idée de 
publier une table générale des travaux insérés jusqu'à présent 
dans nos Annales. Si une pareille mesure était adoptée par 
toutes les Sociétés savantes qui échangent leurs publications 
avec les nétres, nous aurions des répertoires qui faciliteraient 
bien des recherches. La Commission enfin renouvelle le vœu 
qu’un tirage à part soit fait de nos Annales pour les biblio- 
thèques communales. M. Malgras veut bien se charger, dans 
une prochaine séance , d’indiquer les moyens d'exécution et 
de fixer le nombre d’exemplaires qu’on pourrait tirer une 
première année à titre d’essai. Toutes les propositions de la 
Commission sont adoptées. 

Correspondance : 

Lettre de M. Jeanpierre, facteur d'orgues à Rambervillers , 
qui expose les travaux, les aptitudes, les inventions de dif- 
férents membres de sa famille, particulièrement de son frère, 
Thiébaut Jeanpierre, et de lui-même. 

Lettre de M. Thiriat qui nous adresse, dans le but de 
concourir pour le prix Masson , un travail intitulé : Études 
sur les Vosges. La vallée de Cleurie. 

Lettre de M. Vergnaud-Romagnési qui nous adresse, en 
même temps que sa photographie , un petit travail intitulé : 
Souvenirs de Jeanne d' Arc à Orléans. 

Lettre de M. Gérard , de Sapois , qui nous adresse un travail 
sur l'agriculture du canton de Saulxures. 

La correspondance épuisée , la parole est donhée à M. de 
Blaye, président de la Commission d’agriculture, pour faire 


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— 16 — 

Un rapport sur les différentes questions soumises à celte 
Commission. 

A là suite de son rapport, M. de Blaye, au nom de la 
Commission , exprime le désir de voir exéputer le monument 
que la Société a décidé depuis longtemps d’élever à la mé- 
moire des frères Dutac, et elle propose à cet effet d’ouvrir 
une souscription publique. 

M. Gley demande la parole pour faire à la Société une 
proposition, celle de voter une souscription pour le rachat 
de la tour où fut emprisonnée Jeanne d’Arc, à Rouen. M. 
Rambaud appuie cette proposition, qui est renvoyée à la 
Commission de comptabilité. 

M. Lemoyne, au nom de la Commission de l'industrie, 
fait son rapport sur la demande adressée par M. Ruaux, in- 
venteur d’un système de traction à grande vitesse, au moyen 
des chevaux, applicable d'après lui aux chemins de fer dé- 
partementaux aussi bien qu’aux routes ordinaires. Après les 
rapports qui ont été faits et qui proclament le but de M. Ruaux 
rationnel, M. Lemoyne, au nom de la Commission, propose 
de mettre une somme de 500 fr. à la disposition de M. Ruaux, 
dès qu’il aura construit une machine de grande dimension 
susceptible de fonctionner sur une route ou sur des rails. 
Cette somme lui serait payée à lui-même ou à ses ayants- 
droit , aussitôt la machine construite et quels qu'en fussent 
les résultats. La Société adopte les conclusions du rapport, 
quant au principe de la subvention à fournir à M. Ruaux. 
Mais le chiffre n’en peut être définitivement fixé qu'après le 
rapport de la Commission de comptabilité, qui fera connaître 
le reliquat eq caisse. 

M. Maud'heux donne lecture d’un travail qu’il a écrit re- 
lativement à l’enquête sur la situation de l’agriculture et la 
question des céréales devant le Corps législatif. M. Maud’heux 
commence par rappeler, par commenter et par discuter tout 
ce qui a été dit déjà sur ce sujet, à propos des différents 
amendements proposés , et en fait ressortir tout ce qu’il y a 
eu de trop exclusif. La question de l’agriculture est des plus 


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— n — 


multiples et des plus complexes ; en ne la traitant pas sous 
l’ensemble de ses points de vue , on est exposé à faire fausse 
route. Tout en considérant l’année 1865 comme une mauvaise 
année pour l’agriculture,- si on l’isole des précédentes qui 
ont été très-bonnes , M. Maud’heux n’en conclut pas moins , 
chiffres en main , que la situation de l’agriculture est 
loin d’être désespérée. L’amendement de M. Pouyer-Quertier, 
qui demandait, un droit de 2 fr. , aurait été inefficace. Cet 
amendement, du reste, avait l’inconvénient de se poser en 
reproche contre le Gouvernement, tandis que l’agriculture 
sait bien tout ce qu’elle lui doit. Parmi les causes auxquelles 
on doit attribuer la situation actuelle, M. Maud’heux cite 
les trois suivantes : 1° les conditions atmosphériques et l’im- 
portance du stock ; 2° l’action de l’importation et de l’expor- 
tation ; 3° les apparences de la récolte en terre. Quant aux 
remèdes, le Gouvernement ne les a pas entre les mains. 
C’est l’agriculture elle-même qui , par une entente entre tous 
les cultivateurs, peut arriver à régler la production sur la 
consommation. Tout ce que peut faire le Gouvernement, 
c’est de l’éclairer, et c’est ce qu’il s’empresse de faire - par 
l’enquête. M. Maud’heux termine par des considérations sur 
la désertion des campagnes et sur les moyens d’y apporter 
un remède. Tous les membres présents écoulent cette lecture 
avec intérêt et attention , et la. Société , en remerciant M. 
Maud'heux, sur la proposition de M. de Blaye, décide que 
ce travail sera inséré aux Annales. 


SEANCE DU 17 MAI 1866 . 


sous la présidence de M. Maud'heux, père. 


Après le dépouillement de la correspondance > M. le Pré- 
sident donne lecture de plusieurs présentations, qui sont 
renvoyées à la Commission d'admission. 

M. Vadet , au nom de la Commission de comptabilité , 

2 


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— 18 - 

lait le rapport sur les comptes de 1866 , que la Société ap- 
prouve. 

Deux propositions avaient été renvoyées à la Commission 
de comptabilité. Elle n’a pas cru devoir les examiner ni 
les discuter. Son rôle se borne, après avoir établi le compte, 
à avertir la Société de l’état de ses ressources. La Société 
décidera elle-même si elle veut souscrire aux dépenses pro- 
posées. 

La parole est donnée à M. Gley, au sujet de la première 
proposition. Une souscription sous le patronage d’un comité 
spécial , h Rouen , est ouverte dans le but de racheter la 
tour où fut emprisonnée Jeanne d’Arc, de sauver ce monu- 
ment de la destruction et d’en faire un monument national. 
Tout le monde sait l’histoire de l’héroïne qui sauva la France. 
Si la France tout entière s'empresse de répondre à l’appel 
du comité, k plus forte raison les Vosges s’intéresseront- 
elles plus particulièrement à cette œuvre , et la Société d’É- 
mulation ne manquera pas d’y apporter son obole. La 
proposition , appuyée par plusieurs membres , est mise aux 
voix et adoptée. 

La seconde proposition , relative à l’affaire Ruaux ,* est 
renvoyée h la Commission de l’industrie. 

M. Malgras annonce qu’il vient de fonder une nouvelle 
société, sous le nom de Caisse générale des écoles et des 
bibliothèques scolaires communales. Cette société a pour but, 
1° d’encourager et de propager les classes d’adultes; 2° de 
provoquer l’établissement des bibliothèques et des concours; 
3° de fournir des objets classiques aux adultes indigents ; 
4° de créer des bourses ou des portions de bourses dans les 
établissements publics spécialement destinés à l’enseignement; 
de faire des avances aux candidats aux divers examens, ou 
d’autres avantages pour des objets relatifs à l’instruction 
primaire. M. Malgras a cru de son devoir de faire connaître 
cette fondation à la Société d’Émulation qui s’intéresse , la 
dernière séance publique le prouve suffisamment , à toutes 
les questions d’enseignement ; il serait heureux de voir la 


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— 19 — 

Société s’inscrire parmi les souscripteurs sur la liste des 
donateurs. La proposition de M. Malgras est accueillie , et 
la Société vote une somme de 50 fr. à cet effet. 

M. le Président présente le projet de budget de 1866. 
Après examen et discussion , le budget est arrêté et ap-^ 
prouvé. 

Au nom de la Commission de publication , M. Malgras 
propose l’insertion de divers travaux dans nos Annales. CeS. 
propositions sont adoptées* 

Au nom de la môme Commission , M. Malgras demande 
que la Société publie une petite édition , format in-12°, d’ex-^ 
traits de scs Annales , destinée spécialement aux bibliothè- 
ques scolaires. Cette proposition est adoptée , et la Société 
décide un tirage à part de 300 exemplaires des travaux que 
la Commission désignera. 

M. Maud’heux donne lecture d’une partie de sa notice 
sur Marie-Casimire d'Arquicn, veuve de Jean Ht Sobieski 
roi de Pologne. Notre collègue M. Gillet possédait une 
Copie authentique du procès-verbal des cérémonies qui ont 
eu lieu à Blois , lors de la mort de celte princesse , du 
30 janvier 1716 au 3 avril suivant. Depuis deux ans déjà, 
la Société avait voté l’insertion de ce procès-verbal dans ses 
Annales. M. Gillet faisait des recherches pour l’accom- 
pagner d’une notice, lorsque la mort est venue le frapper. 
M. Maud’heux a réclamé le procès-verbal et' les notes déjà 
prises à la famille de son ancien ami , qui s’est empressée 
de les lui transmettre , et il a continué et complété le travail 
ébauché. La notice retrace les premiers événements de la 
vie de Marie-Casimire, son intelligence, sa beauté, ses 
vertus , son premier mariage avec le palatin de Sandomir, 
son dévouement à la reine , puis son mariage avec Jean 
Sobieski , roi de Pologne , le sauveur de Vienne , l’ascen- 
dant quelle prend sur ce roi, et, dans cette seconde époque 
de sa vie, son ambition, ses contrariétés, ses fautes qu'on 
a beaucoup exagérées , son avarice , sa retraite , son iso- 
lement et enfin sa mort au château de Blois-, que Louis XIV, 


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— 20 — 

sollicité par elle , avait mis , mais d'assez mauvaise grâce , 
à sa disposition. La notice se termine par une appréciation 
du caractère de cette princesse et de son rôle dans l’his- 
toire. La Société écoute avec le plus vif intérêt cette lec- 
ture, et décide que le procès-verbal et la notice de M. Maud’heux 
seront insérés aux Annales. 

La parole est donnée à M. Gley, qui lit une analyse très- 
consciencieuse , un compte rendu très-détaillé du rapport 
fait le 15 décembre 1865 à la Société de géographie, par 
notre collègue M. Malte-Brun, secrétaire général de la com- 
mission centrale. C'est depuis peu de temps que nous 
échangeons nos publications avec la Société de géographie, 
et M. Gley, à plusieurs reprises, a déjà trouvé l'occasion 
de nous faire remarquer le dévouement de M. Malte-Brun 
aux sciences géographiques , ainsi que l’importance et l’in- 
térêt des documents et des communications qui, de tous les 
points du globe, sont adressés à la Société de géographie. 
M. Gley nous donne l’énumération des faits rapportés dans 
le travail de M. Malte-Brun. Il y a des voyageurs, des ob- 
servateurs partout , dans l’ancien , dans le nouveau conti- 
nent et dans l’Océanie. Partout la configuration du pays est 
étudiée, des régions inconnues sont explorées, des rivières, 
des montagnes, des villes sont signalées; les moeurs des 
habitants donnent lieu à des notes très-intéressantes : ainsi 
l’homme finira par connaître cette terre , ce domaine qu’il 
habite ; toutefois il faudra du temps encore ; la terre est 
vaste ; les voyages se font difficilement , lentement , péni- 
blement; il faut résister aux accidents, aux climats, au 
soleil brûlant des régions tropicales, ainsi qu’aux froids très- 
intenses des pôles ; il faut échapper aux animaux féroces 
et aux peuplades encore barbares. Le nombre est grand des 
voyageurs qui sont partis et ne sont point revenus. Mais 
la Société , en donnant un regret à la mémoire de res 
martyrs de la science , a été heureuse néanmoins de con- 
stater, d’après le compte rendu de M. Gley, que la liste 
des savants qui .ont envoyé des documents géographiques. 


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— 21 — 

gcodésiques, géologiques, ethnographiques, etc., est bien 
remplie pour 1865. 

SÉANCE DU 21 JUIN 1866. 


sont la présidence de 1K. Maud’ lieux , père. 

. c 

Correspondance : 

Lettre de Son Eue. le Ministre de l'Agriculture , du Com- 
merce et des Tavaux publics, qui nous accorde, en 1866, 
une subvention de 1 ,000 fr. , pour primes à distribuer. 

Lettre de M. Bronswick qui nous adresse , 1° scs obser- 
vations météorologiques de janvier à juin 1866 ; 2° un mé- 
moire sur quelques points essentiels de l'agriculture du 
canton de Mirecourt. 

Lettre du président de la commission des monuments et 
documents historiques et des bâtiments civils de Bordeaux, 
qui envoie deux fascicules des comptes rendus de cette 
société, et demande un échange mutuel de publications. La 
Société s’empresse d’accueillir cette demande. 

La correspondance épuisée, les membres qui en ont été 
chargés font le rapport de la Commission d’admission sur 
les candidats présentés. Après ces rapports, le vote a lieu 
pour l’élection. Le scrutin dépouillé, MM. H. de Montour, 
capitaine de vaisseau de la marine impériale , et Albert , 
garde-mines, sont proclamés membres titulaires de la Société; 
et MM. Kranlz, Claudel, (Charles), et Claudel, (Félix), 
fabricants de papiers à Docelles, sont proclamés membres 
associés libres 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d’une lettre de M. le 
Président de la Commission de l’industrie , et M. Lemoyne, 
au nom de cette Commission , répond aur objections qui ont 
été faites sur la machine Ruaux et 'maintient les conclusions 
qui ont été proposées. La Société adopte les conclusions de 
ta Commission. 


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— 22 — 


Le Secrétaire perpétuel donne lecture du rapport que ta 
Commission d’agriculture avait chargé M. Colin de faire sur 
l’engrais Agenais. Généralement l’absence ou l’insuffisance 
des engrais se fait sentir dans l’agriculture. De là toutes 
les tentatives faites pour en procurer quand même ; de là 
de nombreuses et regrettables falsifications dans le commerce. 
Depuis 40 ans M. Jaille fabrique à l’usine de la Bénazie , 
avec des débris de substances végétales et de substances 
animales de toutes sortes , un guano qui est préférable à 
tous les autres engrais fabriqués, qui a donné lieu à des 
essais satisfaisants , et sur lequel différents rapports favo- 
rables ont été faits, notamment par M. Barrai. Ce guano 
a un inconvénient pourtant : il coûte trop cher. Le n° 1 
en effet se vend 25 fr. les 400 kilogr. ; le n° 2 se vend 
45 fr. M. Jaille sait lui-même que œs prix sont trop élevés, 
et il ne demande pas mieux que d’avoir des moyens de pouvoir 
les abaisser. Ces moyens, il croit les avoir trouvés. En sup- 
primant en effet les circulaires, les voyageurs, etc. , elles 
frais qu’ils occasionnent, en intéressant les cultivateurs eux- 
mêmes à la propagation de ce guano, le prix du n° 4 
pourra s’abaisser de 25 fr. à 46 fr. , celui du n° 2, de 45 fr. 
à 8 fr. , rendu à la garo la plus voisine. On étendrait la 
fabrication par une émission d’actions de 500 fr. Pour in- 
téresser le plus grand nombre de cultivateurs, chacun d’eux 
ne pourrait prendre que deux actions au plus. Les action- 
naires jouiraient en outre d’une remise de 40 p. 0/0. Cest 
sur toutes ces questions que M. Jaille demande les conseils 
et l’ assentiment des cultivateurs et des membres des Sociétés 
savantes et agricoles. Le rapport de M. Colin ne se termine 
par aucune conclusion , il est renvoyé à la Commission d'a- 
griculture , avec prière de formuler des propositions. 

La parole est donnée à M. Charton |>our la lecture d’une 
notice biographique qu’il a écrite sur M. Colin, professeur 
à la Faculté des lettres 'de Strasbourg. Celte notice a été 
insérée dans le dernier cahier de nos Annales. 

M. Charton nous donne aussi lecture de son rapport sur 


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— 23 — 

un travail qui nous’ a clù adressé par notre collègue M. Bour- 
guin , et qui a pour titre : Les grands naturalistes fran- 
çais au commencement dut XIX e siècle . La brochure en 
question est spécialement consacrée à Étienne Geoffroy Saint 
Hilaire. M. Charton retrace à grands traits la biographie 
de ce grand homme, qui fonda la ménagerie du jardin des 
plantes, qui fit un certain nombre de découvertes en his- 
toire naturelle , qui porta ses investigations sur toutes les 
parties de la science , qui fut l’auteur de la Philosophie ana- 
tomique, profonde analyse à laquelle il doit sa gloire, 
et qui enfin , aussi généreux citoyen que savant illustre et 
bienveillant professeur, donna dans les temps les plus ora- 
geux de notre histoire des preuves de son courage et de 
son dévouement. Élampes, sa ville natale, où il est mort 
en 4846, lui a érigé en 4857 une statue en marbre blanc. 
Sa biographie, dit M. Charton, est parfaitement écrite par 
M. Bourguin. On voit que l’auteur était heureux d’avoir à 
raconter la vie d’un homme non moins remarquable par 
su science que par sa grandeur d’âme , et nous devons le 
remercier de nous avoir fait hommage de son travail. 

SEANCE OU 26 JUILLET 1868 . 

90us la présidence i^e M. Maud’hcux , père. 


Correspondance : 

Lettre de M. Maud’heux fils, Président du Comice agri- 
cote d’Épinal , en réponse aux renseignements qui lui ont 
été demandés pour notre Commission voyageuse. 

Lettre de notre collègue M. Renault , qui nous annonce 
qu’il a recueilli dernièrement une jolie pièce en argent d’un 
évêque de Metz , et un sifilel guerrier gaulois en terre cuite, 
représentant un homme à cheval , l’épée nue. M. Renault 
fera parvenir ces objets au musée. 

La correspondance épuisée, la Commission d’admissioa 
fait son rapport sur les candidats présentés. 


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— 24 — 

Au nom de la Commission d'agriculture, M. de Blaye fait 
un rapport sur les différentes pièces qui lui ont été soumises. 

M. le Président demande à. la Société s’il n’y aurait pas 
lieu d’essayer la culture des vers à soie dans les Vosges. 
M. Maud’heux réclame A ce sujet le concours des membres 
qui voudront bien s'occuper de cette question. 

M. le Président exprime aussi le désir qu’il soit adressé, 
au nom de la Société , au Conseil général , quelques con- 
sidérations sur la pisciculture et sur le repeuplement des 
cours d’eau. M. Maud’heux veut bien se charger de rédiger 
ces observations pour la prochaine session. 

Enfin le Secrétaire perpétuel donne lecture du rapport fait 
par M. Lacroix au comité impérial des travaux historiques 
et des Sociétés savantes (section d’archéologie) sur le 2* cahier 
du tome XI de nos Annales. Ce rapport s’adressant à la 
section d’archéologie ne traite que des matières de notre 
volume relatives à cette question. M. Lacroix donne des 
éloges mérités au zèle infatigable de M. Laurent, notre col- 
lègue , à l'activité duquel nous devons d'avoir un des 
musées les plus riches et les plus complets. Un article 
est ensuite consacré aux diverses notices historiques et bio- 
graphiques publiées par M. Chapellier, sur les principaux 
défenseurs de la ville de la Mothe pendant les deux sièges 
mémorables que cette ville forte a soutenus en 1634 et en 
1645 contre les armées du roi de France; enfin M. Lacroix 
cite la notice de M. Vergnaud Romagnési, sur le cabinet 
de Jeanne d’Arc, à Orléans, et discute certains points établis 
par fauteur de ce travail curieux et nouveau. La Société 
écoute avec attention cette lecture qui lui fait connaître l’ap- 
préciation faite de ses travaux. 

SEANCE DU 16 AOUT 1866. 

sous la présidence de M. Maud’ lieux , père. 


M. le Président donne lecture de la lettre qu’il a bien 
voulu, à la dernière séance, se charger dïcrirc, au nom 


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- 25 — 


de la Société , à M. le Préfet et à MM. les membres do 
Conseil général. Dans un précédent mémoire adressé au 
Gouvernement , M. Maud’heux avait signalé déjà les obstacles 
qui s’opposent à la remonte du saumon , savoir : la trop 
grande hauteur de quelques barrages et les pêcheries or- 
ganisées à l'embouchure du Rhin et de la Meuse. Une loi 
récente a prescrit de munir les barrages d’échelles à poissons. 
M. \e Préfet jugera s’il y a lien de provoquer de la part 
du Conseil un vœu tendant à solliciter, relativement aux 
pêcheries , des négociations avec les gouvernements qui pos- 
sèdent les cours inférieurs de nos grands fleuves. M. Mau- 
d’heux rappelle les autres causes de dépopulation des cours 
d’eau , telles que d'abord la disposition actuelle des canaux 
d'irrigation dans lesquels se réfugient des quantités consi- 
dérables de petits poissons, qui y périssent lorsque la portière 
d’amont est fermée et les empêche de revenir au cours principal; 
et ensuite l’inefficacité de la surveillance des agents des 
ponts et chaussées dont le personnel est trop restreint , et 
qui, avec la meilleure volonté, ne peuvent suffire à ce ser- 
vice. Il suffit d’indiquer la première de ces causes pour que 
l’administration des ponts et chaussées y trouve un remède. 
Quant à la seconde , la Société se borne à émettre le vœu 
qu’on revienne à l’ancien état de choses , en rendant la 
surveillance de la pêche à l’administration des forêts. Enfin 
M. le Président exprime le vœu qu'on s’occupe directement 
du repeuplement des rivières , en demandant aux établis- 
sements de pisciculture, soit les espèces habituelles, soit 
des espèces nouvelles qu’on chercherait à acclimater dans 
nos cours d’eau. Après avoir entendu cette lecture, la 
Société approuve la lettre de son Président, et décide qu’elle 
sera adressée en son nom à M. le Préfet. 

On procède ensuite au vote pour l’élection de M. Louis 
Jouve, professeur à Paris. Après le dépouillement du scrutin, 
M. Jouve est proclamé membre correspondant. 

Lettre de M. Lecomte, Jean-Joseph-Aymé, qui présente 
un four cylindrique en tôle , de son invention , destiné à 


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* 



— 26 


cuire toules sortes de pâtisseries. Renvoi à la Commission 
de l’industrie. 

Lettre du maire de la ville de Bar-le-Duc qui annonce la réor- 
ganisation dans cette ville de la société du musée, et qui 
demande un échange mutuel de publications. Celle proposi- 
tion est adoptée. 

M. le Président met sous les yeux de la Société la mé- 
daille commémorative du rétablissement de la Faculté de 
droit de Nancy. C’est une grande médaille en bronze à 
laquelle la Société avait souscrit. Cette médaille sera déposée 
aux archives. 

M. Dcfranoux lit à la Société quelques pages d’un travail 
intitulé : École préparatoire du peuple : morale, édu- 
cation , économie, agriculture, protection des auimaux , 
hygiène, proverbes, locutions proverbiales, locutions popu- 
laires, etc. Toutes les vérités qui se trouvent dans ce travail 
et que M. Defranoux a puisées à toutes les sources sont 
énoncées en distiques. M. Defranoux a pensé que cette 
forme était la plus propre à graver dans l’esprit des lecteurs 
tous les préceptes utiles qu’il voulait lui apprendre. Après 
cette lecture, M. le Président remercie M. Defranoux de 
celte communication. 


SEANCE DU 30 AOUT 1866. 

sous la présidence de M. Maud’heux, père 

Cette séance est consacrée à la communication des réponses 
faites par M. le Président au nom de la Commission d’a- 
griculture, aux questions posées dans le questionnaire de 
l’enquête agricole. La Société adopte le travail de la Com- 
mission. 

SEANCE DU 8 NOVEMBRE 1866, 

sous la présidence de M. de Blaye. 

M. Isaac Lévy, rabbin à Lunéville, est, après le vote 
pour l’élection, proclamé membre correspondant de la Société. 


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Correspondance : 

Lettre de S. Exc. le Ministre de l'Agriculture , qui adresse 
quelques exemplaires du programme des conditions d’admision 
dans les écoles impériales d'agriculture , et demande de les 
répandre parmi les agriculteurs. 

Lettre de M. le docteur Chevreuse, de Charmes, qui 
adresse quelques échantillons de mèches à brûler faites avec 
sa confcrve , en demandant de. les essaye!* et de lui faire 
connaître les résultats obtenus. Aux observations qui sont 
faites à ce propos, relativement & l’emploi dans la médecine 
et dans la chirurgie de la conferve de notre collègue , M. le 
docteur Mansuy répond que les circonstances ne lui ont pas 
permis de faire des recherches et des expériences suivies ; 
que d'après le petit nombre do celles qu’il a pu faire, il 
est très-disposé à croire que la découverte de M. Chevreuse 
mérite attention. M. Mansuy constate seulement qu'il n'a pas 
eu de bons résultats en employant la conferve pour sétons; 
elle se rompt, ce qui cause des souffrances au malade pour 
passer un nouveau cordon. M. Mansuy, du reste, ne négligera 
aucune des occasions qu’il trouvera d’expérimenter, et ter- 
mine en exprimant le désir que la Société renouvelle ses 
remercîments à M. Chevreuse pour ses efforts , pour son 
activité et son dévouement au soulagement des classes pauvres. 

La même lettre de M. Chevreuse contient quelques obser- 
vations sur le miélat des houblonnières. M Chevreuse attribue 
cette maladie aux pucerons qui, placés sous les feuilles, les 
percent et se nourrissent de leurs sucs. Notre collègue sc 
propose l’an prochain d’employer le plâtre sur les feuilles, 
pour faire disparaître ces myriades d'insectes destructeurs. 

Lettre de M. le docteur Chevreuse qui adresse, en môme 
temps que sa photographie , les titres de ses principaux 
ouvrages. M. Chevreuse demande en outre que la Société 
fasse constater le fait extraordinaire de l’existence d'une 
tille , Marie Renaudin , qui n'a ni bu ni mangé depuis 
plusieurs années. La Société ne croit pas devoir déléguer 


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quelqu'un de ses membres en le chargeant de constater ce 
fait qui cache sans doute quelque supercherie. 

Troisième lettre de M. le docteur Chevreusc , qui nous 
adresse une pièce de poésie dont il est l'auteur et qui a pour 
titre : Le Monastère des Trappistines d'Ubexy. 

Lettre de M. l’abbé Desfourneaux , qui nous signale comme 
cause des souffrances de l’agriculture, 1° le luxe effréné qui 
est passé des villes dans les campagnes ; 2° l’éducation des 
filles de la campagne. — M. l’abbé Desfourneaux propose un 
remède à celle dernière cause. 

Lettre de M. Richard, instituteur h Raon-aux-Bois , qui 
adresse un traité des participes, dont il est l’auteur. 

Lettre de notre nouveau collègue M. Jouve, qui remercie 
la Société de l’avoir admis dans son sein , et qui adresse une 
bibliographie du patois lorrain. 

Lettre de notre collègue, M. Héquel, qui fait hommage 
à la Société do son Essai biographique sur le chancelier 
Michel de l’Hôpital. (Manuscrit.) 

Lettre de l’Académie des sciences et lettres de Montpellier, 
qui adresse ses publications en demandant un échange mu- 
tuel. Cette proposition est adoptée. 

Lettre de notre collègue, M. Albert, qui annonce que 
M. l’Ingénieur des mines l’a chargé de recueillir des rensei- 
gnements sur les matières minérales qui sont ou peuvent 
être utilisées en agriculture. Cette question devant avoir de 
l’intérêt pour la Société, M. Albert demande que les membres 
associés libres soient invités par une circulaire à adresser 
tous les renseignements qu’ils ont ou qu’ils peuvent avoir 
à ce sujet. La proposition de M. Albert est adoptée. 

Lettre du Président de la chambre syndicale des agriculteurs- 
distillateurs , qui demande qu’on s'associe au vœu pour la 
réduction des droits sur les alcools destinés au vinage. — 
Documents divers. 

Le reste de la séance est consacré à l'examen d'une partie 
de la liste des récompenses proposées par la Commission 
d’agriculture. 


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— 29 — 


SEftXCE OU 29 NOVEMBRE 1866, 

sons la présidence de H. Mand’lieux , père. 

Correspondance : 

Le'.tre de S. Exc. le Ministre de l’Instruction publique , 
qui nous accorde une allocation de 300 fr. , comme encou- 
ragement à nos travaux. La Société accueille cette allocation 
avec la plus vive gratitude. 

Lettre de M. Colin qui , au nom de la Commission d’agri- 
culture , propose à la Société de faire venir une certaine 
quantité de guano agenais , pour permettre à quelques 
membres de faire des essais et de se prononcer l’année pro- 
chaine en parfaite connaissance de cause dans cette question 
importante. 

Lettre de M. le docteur Chcvreuse, qui adresse de nouveaux 
échantillons de sa Cbnferve , avec les résultats de récentes 
observations. 

Autre lettre de M. le docteur Chevreuse, qui donne de 
nouveaux détails sur l’usage et les propriétés de la conferve 
bulleuse. M. Chevreuse annonce qu’il va se livrer à des 
expériences relatives aux usages du roseau massette, dont il 
croit pouvoir extraire un duvet. M. Chevreuse adresse en 
même temps une seconde pièce de vers qu’il a composée à 
l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire 
sacerdotal de M. Brénon , curé d’Ubexy , le 25 septembre 1865. 

Autre lettre de M. le docteur Chevreuse , qui nous adresse 
un mémoire sur ses expériences de pisciculture. 

La correspondance épuisée , on procède à l’élection de 
M. le docteur Leclerc. Après le dépouillement du scrutin , 
M. le docteur Leclerc est proclamé membre correspondant de la 
Société d’Émulation. 

Le reste de la séance est consacré au rapport de M. Chavane 
sur les candidats de nos concours agricoles. Après l’examen 
des titres des candidats , la liste des lauréats est arrêtée par 
la Société. 


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30 — 


SÉANCE OU 2 DÉCEMBRE 1866, 


sous la présidence de RI. Baudrillarl. 


Cette séance est consacrée au rapport présenté par M. Pasquier 
nu nom de la Commission du concours littéraire, qui a eu à 
examiner cette année des œuvres importantes et sérieuses. 

Après l’examen et la discussion des titres de chacun des 
candidats, la liste des récompenses du concours littéraire et 
artistique est arrêtée par la Société. 

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU 20 DÉCEMBRE 1866 . 


BOùs la présidence de M. le marquis de Fleury, Préfet des Vosges. 
(Voir plus loin.) 


Ouvrages reçus de S* Exc. le Ministre de l'Agri* 
culture , du Commerce et des Travaux publies , 
pendant l’année 1866 . 

Discours prononcé par S. Exc. le Ministre de l’Agriculture, 
du Commerce et des Travaux publics f-atl concours général 
de Poissy, en 1866. 

Ouvrages reçus de S. Exc. le Ministre de l’Instruction 
publique, pendant l’année 1866 . 

Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances solennelles 
de 1865. 

Distribution des récompenses accordées aux Sociétés sa- 
vantes le 7 avril 1866 , à la réunion annuelle. 

Dictionnaire topographique du département de l’Hérault. 
Dictionnaire topographique du département des Basses 
Pyrénées. 


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— 31 — 

Dictionnaire topographique du département de la Nièvre* 

Dictionnaire archéologique du département du Morbihan. 

Dictionnaire archéologique du département du Tarn. ' 

Envois périodiques faits à la Société d’Emulation 
des Vosges en 1866. 

L'Apiculteur, journal mensuel, sous la direction de 
M. Hamet. 

Revue d'hydrologie médicale, sous la direction de M. le 
docteur Aymé Robert, de Strasbourg. 

La Ferme, journal hebdomadaire, sous la direction de 
M. Humbert. 

La Presse vosgienne. 

La Culture, écho des Comices. 

Les publications des sociétés savantes dont la liste e9l 
ci-après : 

Ouvrages dont il a été fait hommage à la Société 
d'Emulation des Vosges en 1866. 

Notice biographique sur Guilbert de Pixerécourt , 
hommage à la Société d’Émulation des Vosges, par'M. Héquet. 

Rentrée solennelle des Facultés de droit, des sciences et 
des lettres et de l'école de médecine et de pharmacie de Nancy, 
le 16 novembre 1865. 

Ancienneté de l'homme dans les environs de Tout, notes 
complémentaires, par M. Husson. 

Rapports et délibération de la Société pour l'instruction 
élémentaire sur la création d'u/n enseignement normal 
primaire libre. 

Catalogue des inscriptions du musée gallo-romain de 
Sens, par M. Julliot, conservateur de ce musée. 

Le Sapeur-pompier des villes et des campagnes, théorie, 
pratique et conseils, par MM. Debourgc et Humbert. • 


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— 32 


Voyages agricoles en France, en Belgique, en Hollande 
et sur les bords du Rhin, pendant les années 1863 et 
1864 , par H. le comte Conrad de Gourcy. 

Notice sur un sceau peu connu de l’ancienne église 
collegiale royale de Saint-Aignan , d'Orléans, par M. Ver- 
gnaud-Rornagnési. 

Les Coutumes du Val de Rosemort, publiées pour la 
première lois avec introduction et notes, par M. Bonvallot, 
conseiller à la cour impériale de Colmar. 

Rapport fait par M. Malte-Brun, le 15 décembre 1865, 
à la seconde assemblée générale annuelle de la Société de 
géographie , sur ses travaux et sur les progrès des sciences 
géographiques, pendant l’année 1865. 

Annuaire de l’instruction publique dans les Vosges, 
pour l'année 1866 , par M. Merlin. 

Deuxième séance annuelle de la Société des bibliothèques 
communales du Haut-Rhin. 

Bibliographie de Plombières , extrait des lettres vos- 
giennes, par M. Jean-Louis. 

Quelques mots sur les pneumonies suettiques, par M. le 
docteur Putegnat. 

Des limites de la force de traction sur le forceps , sous 
les points de vue de la mère et de l’enfant, par M. le 
docteur Putegnat. 

Institution des sourds-muets de Nancy. — Visite de Son 
Exc. le maréchal Forey. 

Discours sur la question agricole prononcé dans la séance 
du Corps législatif du 9 mars 1866 , par M. de Forcade la 
Roquette, vice-président du Conseil d’État. 

Discours sur la question agricole prononcé dans la séance 
du Corps législatif du 10 mars 1866, par S. Exc. M. Rouher, 
Ministre d’État. 

Les grands naturalistes français au commencement du 
XIX e siècle. — Cuvier, par M. Bourguin. 

Études sur les eaux minérales de Vais (Ardècbe), par 
M. le docteur Chabannes. 


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— 33 — 

t>e V électricité dans les eaux minérales , rapport pré- 
senté à la Société d’hydrologie médicale de Paris , par 
M. Julien, ingénieur des mines. 

Culture de la vigne en plein champ , sans échalas ni 
attaches, suivie d'une note sur la branche à fruit du 
pommier et du poirier > par M. Trouillet. 

Le Canada , ou quelques mots de réfutation à M. le pas- 
teur Grandpierre , par un ami des Canadiens français. 

Prisons de Jeanne d'Arc à Rouen, et son premier 
exploit à Orléans , par M. Vergnaud-Romagnési. 

Cinquième mémoire sur les foraminifères du lias des 
départements de la Moselle, de la Cête-d'Or et de l’Indre, 
avec un aperçu straligraphique et pétrologique des environs 
de Nohant, par M. Terquem. 

Le Procès du Comice agricole d'Épinai, raconté avec 
les pièces justificatives, par M. Maud’heux fils, son président. 

François Villon, sa vie et ses œuvres, par M. Campaux, 
professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg. 

Recherches de chimie appliquée . — Faits nouveaux 
concernant les corps gras , les matières sucrées , la sé- 
paration du plomb et du bismuth, par M. Nickès, profes- 
seur à la Faculté des sciences de Nancy. 

Sur l'existence du perchlorure de manganèse et de ses 
congénères du brôme et de l'iode ; sur les combinaisons 
du bore avec les corps halogènes ; sur la forme cristalline 
du sel' gemme, par M. Nicklès. 

Une Boutade médicale, ou lettre d’un praticien à M. le 
docteur Chaillou, par le docteur Teuptang. 

De la citadelle de Nancy, considérée au point de vue 
des fêtes séculaires de 1866, par M. G. de Dumast. 

De l'armement des Romains et des Celtes à l'époque de 
la guerre des Gaules, d’après les commentaires de César. 
— A propos des armes antiques postérieures de plusieurs 
siècles à la conquête, trouvées devant Alise-Sainte-Reine, 
par M. Léon Fallue. 

Du tabac . — Son influence sur la santé et sur les facultés 

5 


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— 34 — 


intellectuelles et morales. — Hygiène des fumeurs, par 
M. le docteur Druhen atné, professeur à l’école de médecine 
de Besançon. 

Lettres vosgiennes, par M. Louis Jouve. 

Institution des sourds-muets et des enfants arriérés de 
Nancy. — Distribution des prix du 3t août 1865, et 
documents dîners, par M. Piroux. 

Ce que fut jadis la Lorraine , et ce qu'elle est encore , 
aperçu sommaire par M. G. de Dumast. 

La mission des sociétés savantes de province , discours 
de H. G. de Félice, président de la société des sciences, 
agriculture et belles-lettres de Tarn-et-Garonne. 

Epîtreen vers patois, adressée par les habitants de Gé- 
rardmer à Son Excellence le Ministre de l'Intérieur en 4809, 
composée par M. Pothier, curé de cette commune, avec une 
notice, une traduction littérale et des notes, par M. Louis 
Jouve. 

Notice biographique sur U. Alfred Malherbe, membre 
honoraire de l'académie impériale de Metz, par H. Salmon. 

Lettres sur Genabum Aurelianum, par M. Vergnaud- 
Romagnési. 

Documents sur le sel de Pennés, pour servir à l’étude d’ap- 
plications hygiéniques et médicales sous les formes variées de 
bains, douches et fomentations. 

Notes sur les chemins de fer à chevaux, dits américains, 
par M. Chanony. 

Arithmétique à l'usage des élèves des écoles primaires, 
des classes élémentaires des lycées, des collèges et des pen- 
sions, par M. Finance. 

Vie de Jaoquart, par M. H. Baudrillart, membre de 
l'Institut, professeur au collège de France. 

Parallèle de l’action de l’éther et de l’action du chlo- 
roforme, tracé d’après 200 anesthésiations faites par l’auteur; 
motifs pour préférer le chloroforme dans la pratique chi- 
rurgicale, par M. le docteur Simonin, secrétaire perpétuel 
de l’académie de Stanislas. 


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— 35 — 

Étude sur M. le comte de Serre , par M. Salmon* 

Sixième mémoire sur les foraminifères du lias des dé* 
parlements de l’Indre et de la Moselle, par M. Terquem. 

Inventaire sommaire des archives départementales an- 
térieures à 4790 , publié par ordre de S. Exc. le Ministre 
de l'Intérieur, par M. Duhamel. 

La Vannetaise , polka bretonne; la Poupée, petite chan- 
sonnette ; le Rêve de Marguerite , romance ; Souvenir de 
Bade, polka allemande; Pauline, polka mazurka; Marie , 
schottisch; l'Impériale, valse; le Prix du bateau, barca- 
rolle; Marie, grande fantaisie de concert, par M. Tourey. 

Le Système métrique français, 2 e édition, par M. Benoît, 
vérificateur des poids et mesures. 

Institution des sourds-muets de Nancy. Visite de S. M. 
l’Impératrice et de S. A. le Prince Impérial, par M. Piroux. 

Traité de la variole et de la rougeole de Razès , tra- 
duction française, par M. Leclerc. 

Des arbres résineux et de leur utilité particulière pour * 
le reboisement des friches, par M. Renault. 

Rapport à la Société protectrice des animaux sur les ton- 
deuses mécaniques. 

V agriculture dans les montagnes des Vosges , par 
M. X. Thiriat. 

Des animaux utiles et nuisibles à V agriculture , par 
M. Paynard. 

Monuments de V ancien évêché de Bâle. — De l'Age du 
fer . — Recherches sur les anciennes forges du Jura ber- 
nois , par M. Quiquerez. 

Discours prononcé à Bains à l’occasion de la fête annuelle 
du comice, le <6 septembre 1866, par M. Maud’deux fils, 
président. 

Sur la dénaturation du sel destiné à l'agriculture, pçir 
M. Nicklès. 

Présence de la vivianite dans les ossements humains. — 
Vatlantide de Platon, expliquée scientifiquement. — No- 
tice biographique sur Jean-Thiébaut Silbermmn. — Sur 


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— 36 — 

la non existence de ïerbium et du terbium comme corps 
simples. — Sur une nouvelle classe de combinaisons chi- 
miques. — Sur la théorie physique des odeurs et des 
saveurs. — Recherches sur le thallium. — Sur les relations 
d'isomorphisme qui existent entre les métaux du groupe 
de l'azote. — Rapport sur la fabrique de produits chi- 
miques de Dieuze , par M. Nicklès. 

Revue des travaux de chimie publiés à V étranger , 

3 volumes, 4863, 4864 et 4865, par M. Nicklès. 

* 

Liste des Sociétés savantes auxquelles la Société 
d’Emulation des Vosges adresse ses publications 
en les priant de continuer cet échange mutuel. 

Instilul impérial de France , quai de Conti , 23 , à Paris. 
Société impériale et centrale d'horticulture, rue deGrenelle- 
Sainl-Germain , 84, Paris. 

Société pour l'instruction élémentaire , quai Malaquais , 3 . 
Paris. 

Société de la morale chrétienne , rue Saint-Guillaume , 13, 
Paris. 

Société impériale des antiquaires de France, au Louvre, 

1 , Paris. 

Société géologique de France , rue du Vieux Colombier, 
24 , Paris. 

Société impériale zoologique d’acclimatation , rue de Lille , 
34, Paris. 

Société protectrice des animaux, rue de Lille, 19, Paris. 
Société de géographie, rue Christine, 3, Paris. 

Société d’apiculture, rue Dauphine, 38, Paris. 

Société impériale et centrale d’agriculture de France , rue 
de Grenelle Saint-Germain, 84, Paris. 

Congrès des délégués des Sociétés savantes, rue Bonaparte, 
44, Paris. 

Société centrale d’agriculture, Nancy. 


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Académie de Stanislas , Nancy. 

Société d’archéologie lorraine , Nancy. 

Société de médecine de Nancy. 

Société régionale d'acclimatation pour la zône nord-est , 
Nancy. 

Société de Saint-Vincent-de-Paul , Nancy. 

Académie impériale de Metz. 

Société d'archéologie et d’histoire de la Moselle , à Melz. 
Société d'histpire naturelle de la Moselle, à Metz. 

Société philomathique de Verdun. 

Société du musée , à Bar-le-Duc. 

Société impériale d'agriculture, sciences et arts, de Douai. 
* Société impériale des sciences, de l’agriculture et des arts, 
de Lille. • 

Société d’Éihulation de Cambrai. 

Société de l'histoire et des beaux-arts , de Bergues. 

Société dunkerquoise pour l’encouragement des sciences, 
des lettres et des arts, à Dunkerque. 

Société d’agriculture, sciences et arts, de Boulogne-sur-Mer. 
Société académique de Boulogne-sur-Mer. 

Académie des sciences, belles-lettres, arts .agriculture et 
commerce du département de la Somme, à Amiens. 

Société des antiquaires de Picardie , à Amiens. 

Académie des sciences, belles-lettres et arts, de Rouen. 
Société libre d'émulation , du commerce et de l’industrio do 
la Seine-Inférieure, à Rouen. 

Société h&vraise d’études diverses , au Hâvre. 

Société d’agriculture et de commerce de Caen. 

Académie des sciences, arts et belles-lettres, de Caen, 
Société dé médecine de Caen. 

Société linnéenne de Normandie, à Caen. 

Société d’agriculture , sciences , arts et bcllés-leltres , de 
Bayeux. 

Société industrielle d’Elbeuf. 

Société libre d'agriculture , sciences , arts et belles-lettre» 
du département de l’Euro , à Evreux. 


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— 38 — 

Société impériale d’agriculture et des arts de Seine-et-Oise, 
à Versailles. 

Société d'horticulture de Saint-Germain-en-Laye. 

Athénée du Beauvaisis , à Beauvais. 

Société d'agriculture de l’arrondissement de Compiègne- 
Société d’archéologie, sciences, lettres et arts du départe- 
ment de Seine-et-Marne , à Melun. 

Société d’horticulture de l’arrondissement de Meaux. 

Société, d’horticulture de l'arrondissement de Coulommiers 
(Seine-et-Marne). 

Société académique de Laon. 

Société historique et archéologique de Château -Thierry 
(Aisne). 

Société de pomologie et d’arboriculture de Chauny (Aisne). 
Société d'agriculture , des sciences , arts et belles-lettres 
de l’Aube , à Troyes. 

Société horticole , vigneronne et forestière de Troyes. 
Société historique et archéologique de Langres. 

Académie impériale de Rheims. 

Société archéologique de Sens. 

Société des sciences naturelles de Strasbourg. 

Société d'horticulture du Bas-Rhin , à Strasbourg. 

Société pour la conservation des monuments historiques de 
l’Alsace, à Strasbourg. 

Société d’histoire naturelle de Colmar. 

Société industrielle de Mulhouse. 

Société d'émulation de Montbéliard. 

Société d’émulation du Doubs, à Besançon. 

Société des sciences, arts et belles-lettres, de Besançon. 
Société d’agriculture , sciences et arts de la Haute-Saône , 
à VesouL 

Société centrale d'agriculture de la Côte-d’Or, à Dijon. 
Académie des sciences, arts et belles-lettres, de Dijon. 
Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonnê , à 
Auxerre. 

Société éduenne, à Autun. 


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— 39 — 


Société d’agriculture, sciences et arts, de Pojigny. 

Société d’émulation du Jura, à Lons-le-Saulnier. 

Société d'émulation de l’Ain , à Bourg. 

Société impériale d’agriculture , industrie , sciences , arts 
et belles-lettres du département de la Loire , à Saint-Etienne. 

Académie des sciences, belles-lettres et arts, de Lyon. 

Société linnéenne de Lyon. 

Société impériale d’agriculture , d’histoire naturelle et arts 
utiles, de Lyon. 

Société départementale d’agriculture de la Drôme, à Valence. 

Union des arts, à Marseille. 

Société centrale d’agriculture du département de la Savoie, 
à Chambéry. 

Société archéologique de Béziers. 

Société d’agriculture, sciences, arts et commerce , du Puy. 

Société d’agriculture , industrie , sciences et arts de la 
Lozère , à Mende. 

Société d'agriculture, sciences et arts, d’Agen. 

Société agricole scientifique et littéraire des Pyrénées- 
Orientales , & Perpignan.' 

Société des sciences naturellès et historiques de l’Ardèche, 
à Privas. 

Société littéraire et scientifique de Castres. 

Société d’agriculture de la Haute-Garonne et del’Ariége, 
à Toulouse. 

Commission des monuments et documents historiques et 
des bâtiments civils , à Bordeaux. 

Académie impériale des sciences , belles-lettres et arts de 
Bordeaux. 

Société académique d’agriculture, belles-lettres, sciences 
et arts, de Poitiers. 

Société impériale d’agriculture, sciences et arts , d’Angers. 

Société académique de Maine-et-Loire, à Angers. 

Société d’agriculture , sciences, arts et belles-lettres du dé- 
partement de l’Indre-et-Loire , à Tours. 

Société d’agriculture , sciences et arts de la Sarthe , au Mans. 


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— 40 — . 


Académie de9 sciences et lettres, de Montpellier. 

Société d’horticulture et de botanique de l'Hérault , à 
Montpellier. 

Société centrale d’agriculture des Deux-Sèvres , à Niort. 

Société archéologique de la province de Constantine. 

Société des sciences naturelles, à Neufchâtel (Suisse). 

Société jurassienne d’émulation à Porrentruy, canton de 
Berne (Suisse). 

Société, d'histoire naturelle de Bâle (Suisse). 

Société philosophique et littéraire de Manchester (Angle- 
terre). 

Société des sciences naturelles (Pollichia) , à Neustadt 
(Bavière). 

Académie Giœnia des sciences naturelles , place de l'Uni- 
versité royale, n® 11-12, à Catane (Sicile). 

Comice agricole d'Épinal. 

Comice agricole de Rambervillers. 

Comice agricole de SainU-Dié. 

Comice agricole de Remiremont. 

Comice agricole de Mirecourt. ’ 

Comice agricole de Neufchâleau. 


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— 41 — 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU DÉPARTEMENT DES VOSGES. 


PROCÈS-VERBAL 

DE LA 

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DU 20 DÉCEMBRE 1866. 


La séance publique annuelle de la Société d’Ému- 
lation des Vosges a eu lieu le jeudi , 20 décembre 
1866, à une heurq et demie de l’après-midi , dans 
la grande salle de l’hôtel de ville d’Épinal. 

Elle était présidée par M. le marquis de Fleury, 
Préfet du département et Président d’honneur de la 
Société M. le Préfet avait à sa droite M. Maud’heux 
père, président de la Société, M. Noël, Président 
du Comice agricole de Remiremont , et M. Malgras, 
Inspecteur d’ Académie; à sa gauche M. Baudrillart, 
Vice-président de la Société, et M. le Sous-préfet de 
Remiremont. 

Presque tous les membres titulaires et plusieurs 
membres associés libres étaient présents. Les lau- 
réats formaient le reste de l’auditoire avec le public 
nombreux et choisi que nous sommes heureux de 
voir assister à nos réunions solennelles. 


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— 42 — 

Après avoir déclaré la séance ouverte , 11. le Préfet 
a pris la parole pour adresser à la Société des féli- 
citations et des encouragements , qu’elle a accueillis 
avec une profonde gratitude. 

Le Secrétaire perpétuel a rendu compte des 
travaux de la Société pendant l’année 1866. 

M. le Rapporteur de la Commission d’agriculture 
a exposé les titres des lauréats aux récompenses 
qui leur ont été décernées. 

M. Pasquier a fait ensuite, sur le concours litté- 
raire de 1866, un rapport qui lui a valu les féli- 
citations de l’auditoire. 

Enfin le Secrétaire perpétuel a proclamé les noms 
des lauréats qui sont venus recevoir leurs récom- 
penses au milieu des marques d’une sympathie 
générale. 

Le Secrétaire perpétuel, 

Ch. LEBRUNT. 


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- 43 — 


•DISCOURS 

PRONONÇA 

4 L’OUVERTURE DE L4 SEANCE PUBLIQUE 

DE LA SOCIETE D ÉMULATION DES VOSGES, 

LE 20 DÉCEMBRE 1866 , 

PAR 

M. LE MARQUIS DE FLEURY , 

Préfet des Vosges, Président d’honneur de la Société. 


Messieurs , 

Le programme de voire] séance porte qu’elle sera ouverte 
par votre Président d’honneur. Bien que je ne sois pas en 
mesure de vous adresser un discours , je ne donnerai pas 
un démenti à votre programme , et je profiterai de l’occa- 
sion qu'il m’offre si gracieusement pour accomplir, au nom 
de l’administration comme en mon propre nom , un devoir, 
qu’il m'est d'ailleurs fort agréable de remplir. 

Il y a deux ans , à pareille époque , dans celte même 
enceinte, la Société d’Émulalion des Vosges m’ayant fait 
l’honneur de m’appeler, comme aujourd’hui, à la présider, 
j'en pris occasion pour lui soumettre quelques idées , pour 
l'entretenir sommairement de quelques projets , à mes yeux 
susceptibles de rendre au département des services réels, 
et pour lui demander son concours. 

’ Depuis ce jour, Messieurs , quelques-unes de ces idées ont 


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— 44 — 


fait leur chemin; quelques-uns de ces projets ont eu l’heu- 
reuse fortune d’éveiller les sympathies de* populations \os- 
giennes , et on peut les considérer désormais comme entrés 
dans leur période d’exécution. 

Accueillis , après de longues controverses , comme favo- 
rables aux intérêts généraux du pays et en particulier aux 
intérêts agricoles, plusieurs ont obtenu l’adhésion du Conseil 
général et n’attendent plus que la sanction du Gouverne- 
ment, qui doit leur donner sous peu, définitivement, leur 
véritable caractère , en les déclarant d’utilité publique. 

Mais, pour accomplir ce mouvement d’opinion, pour obtenir 
ce résultat, dont je m’estime heureux, j’avais besoin , je ne 
me le dissimule pas , de l’appui de toutes les forces intel- 
lectuelles du pays , sans le concours desquelles il m’eut été 
impossible de faire pénétrer dans les esprits la conviction 
qui animait le mien. 

Cet appui , je l’ai rencontré au milieu de vous dès le début ; 
je ne saurais l’oublier; il a été, depuis lors, aussi persé- 
vérant et aussi éclairé que sympathique. 

Je manquerais donc à mon devoir, si, me trouvant en 
ce moment en présence d’une Société que je suis heureux 
de ranger au nombre de mes auxiliaires, je négligeais de 
la remercier. 

Mais ce n’est pas à ce point de vue , un peu personnel 
peut-'étre , que je veux seulement me placer. Dans le laps 
de temps qui s’est écoulé depuis la séance du 22 décembre 
t864, j’ai d’autres faits à relever, qui témoignent haute- 
ment de votre sollicitude pour tout ce qui se rattache au 
progrès et à l’amélioration morale et intellectuelle de la po- 
pulation vosgienne. 

Une année s’est écoulée , Messieurs , depuis cette séance 
solennelle où votre Société, offrant à l’administration le cadre 
de ses fêtes périodiques annuelles, lui a permis de donner, 
pour la première fois , un grand éclat aux récompenses 
qu’elle* décerne aux membres les plus distingués du corps 
si méritant de nos instituteurs. Sous la présidence de M. le 


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— 45 — 


Recteur, cette fête a inauguré , au point de vue de rensei- 
gnement populaires une ère nouvelle, au début de laquelle 
le nom de la Société d’Émulation de£ Vosges se trouvera 
indissolublement lié. 

Souffrez, Messieurs, qu’en rappelant ce fait aujourd’hui, 
je consigne à la fois , dans vos A finales , le témoignage 
écrit de votre empressement à accueillir toute idée utile , 
et celui de la reconnaissance de l’administration. 

Si, maintenant, je reporte mes regards sur une époque 
plus rapprochée du moment où je vous parle , je trouverai 
à signaler chez vous ce même empressement, ce môme désir 
de prendre une large part* à tout ce qui doit ^tre utile h 
la région dont vous portez le nom. 

Sous l’empire de préoccupations dont nous n’avons pas à 
rechercher l’origine , l’opinion , vous le savez , réclamait , 
naguère , une enquête sur la situation de l’agriculture fran- 
• çaise. 

Dirigée de la façon la plus éclairée , la plus conscien- 
cieuse, par un membre éminent du Conseil d’État, celte 
enquête a été faite dans les Vosges avec une attention mi- 
nutieuse , et les documents qu’elle a fournis se réunissent 
en ce moment entre les mains d’une Commission centrale, 
instituée à cet effet par les soins du Gouvernement. 

Il ne nous appartient pas , Messieurs, de chercher à prévoir 
quels seront les résultats généraux de cette investigation 
solennelle , mais ce que je me crois autorisé à dire , c’est 
que , dans le département des Vosges , en particulier , la 
Commission composée presque en entier des élus de toutes 
les associations agricoles du pays, si habilement et si im- 
partialement présidée par M. Cornudet, a entendu et en- 
registré toutes les opinions, qu’elle a provoqué toutes les 
explications, toutes les doléances, qu’elle a voulu, en un 
mot , aller au fond des choses , qu’elle y est allée et qu’elle 
a constaté qu’en ce qui nous concerne , les préoccupations 
dont je parlais tout à l’heure et qui, d’ailleurs, me noiis 
avaient guère atteints, étaient sans aucun fondement. 


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— 46 — 


Ah ! sans doute , dans le département des Vosges comme 
ailleurs, comme partout , devrais-je dire, «la rareté des bras 
et le haut prix de la*main-d’œuvre qui en est la conséquence 
forcée, pèsent sur l'agriculture et font obstacle à l'abaisse- 
ment progressif du prix de revient de ses produits ; mais ce 
mal , depuis longtemps signalé , est de ceux que la- légis- 
lation sur les céréales ne saurait atteindre ; il procède d'un 
ensemble de causes qui se rattachent à l’essence même de 
notre ordre social, et contre lesquelles le rétablissement de 
l'échelle mobile ou le retour au régime de la protection ne 
sauraient réagir. 

Quoi qu’il en soit, Messieurs, les associations agricoles 
des Vosges , consultées sur les graves questions que l'en- 
quête agricole devait soulever, ont, je suis heureux de 
leur rendre ici ce témoignage, apporté à leur solution un 
soin , un zèle , une entente des intérêts du pays qui ont été 
remarqués , et je puis ajouter, dussé-je blesser la modestie - 
de quelques-uns de mes auditeurs, que les documents fournis 
par la Société d’Émulation ont été développés devant la 
Commission départementale , avec une méthode parfaite , 
une clarté complète et une incontestable supériorité. 

Merci donc , encore une fois , Messieurs , au nom de 
l’administration , de la part que vous avez prise à celte 
grande et impartiale étude , dans laquelle , je tiens à l’af- 
firmer bien haut , sans craindre d’étre désavoué par aucun 
des hommes qui y ont pris, spontanément ou non, une 
part quelconque , dans laquelle , dis-je , mon administration, 
d’accord avec le délégué du Gouvernement, n’a eu en vue 
qu'un but, la recherche de la vérité, et qui, après avoir 
fait ressortir, au moins en ce qui nous concerne, l’inanité des 
craintes que certains esprits avaient pu concevoir, demeu- 
rera , pour le département des Vosges , le document le plus 
complet, le plus utile à consulter, non-seulement pour l’a- 
griculteur, mais encore et surtout pour l’économiste soucieux 
de se rendre un compte exact de l'ensemble de ses forces 


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— il — 

productives , de ses progrès , de ses besoins et de ses aspi- 
rations libérales. . 

Que les Chambres consultatives d’agrfculture , que les as- 
sociations agricoles nombreuses et vivaces qui couvrent le 
département , que les hommes instruits, pratiques et dévoués 
qui , en cette occasion , nous ont donné leur concours , s’ap- 
plaudissent donc d’avoir contribué à l’élaboration de ce do- 
cument si remarquable; qu’ils reçoivent aussi, avec mes 
remeretments , mes félicitations , car ils doivent- être fiers , 
et & bon droit, de représenter une région que l’esprit de 
progrès anime à un si haut degré, et qui, par l'alliance 
féconde qui s'est établie au milieu d'elle entre l’agriculture 
et l'industrie, est devenue, depuis un demi-siècle, un des 
centres d’activité , un des foyers de production les plus in- 
téressants de l’Empire. 

Quant à vous , Messieurs , que je me reproche d’avoir 
trop longtemps retenus , en me fournissant cette occasion 
précieuse d’adresser à tous mes remeretments et mes fé- 
licitations, vous aurez acquis un titre de plus & ma recon- 
naissance. 


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— 48 — 


DISCOURS 

PRONONCÉ 

A LA SÉANCE PUBLIQUE 

DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION 

' clu 20 décembre 1866, 

PAR M. LEBRUNT, 

Secrétaire perpétuel. 


Messieurs, 

Lorsque vous avez décidé que les extraits des procès-verbaux 
de vos séances seraient publiés dans vos Annales, quelques- 
uns d’entre vous ont exprimé la crainte de voir le compte 
rendu habituel de nos séances publiques faire un double 
emploi et le désir qu’il fût remplacé par un discours aca- 
démique laissé au choix de l’orateur. Je ne veux défendre 
aujourd’hui ni votre ancien usage ni celui qu’on a proposé 
d’y substituer. 11 vous a valu deux œuvres remarquables que 
vous avez ici même vivement applaudies, et j’aurais mauvaise 
grâce à prétendre que c’est un exemple qui ne doit point être 
suivi. Quant au compte rendu, je crois que, quand même 
les éléments en seraient puisés dans les procès-verbaux, il 
peut et doit les présenter tout autrement, les rapprocher, les 
généraliser, les mettre en un mot véritablement en lumière. Je 
crois aussi que nous devons au public d’élite qui veut bien 
nous encourager, en assistant à notre séance solennelle, de lui 


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# 


-- 4 9 — 

ïaire connaître nos efforts et nos travaux. Tout en désirant 
donc que le compte rendu fasse place de temps en temps 
à un autre discours, j’ai pensé, puisque notre collègue, 
M. Joly, à notre grand regret à tous et à plus forte raison 
au mien, ne voulait pas prendre la parole aujourd’hui , j’ai 
pensé, dis-je, n’avoir rien de mieux à faire qu’ù me confor- 
mer à l’ancienne habitude. L’année qüi vient de s’écouler a 
été, après tout, une année bien remplie : je voudrais pouvoir 
vous en convaincre, sans toutefois laisser prise à cette mau- 
vaise pensée que la Société , par la bouche d’un de ses 
membres, se décerne à elle-même des éloges dans la personne 
de tous les autres. 

Laissez-moi d’abord vous dire hn mot sur la composition 
et la marche de vos travaux. 

J’ai lu , et vous avez dû lire comme moi, dans le n° de février 
dernier de la Revue des Sociétés savantes des département 
publiée sous les auspices de Son Exc. le Ministre de l’Instruc- 
tion publique, un rapport sur nos Annales fait par M. Le- 
vasseur aü Comité impérial des travaux historiques et des 
Sociétés savantes. Voici les premières lignes de ce rapport : 

« Dans une ville dont la population n’est pas hombreuse, 
il faut savoir grouper autour d'un môme centre les esprits 
studieux qui ont des loisirs à consacrer aux travaux de 
l’intelligence, et présenter aux divers talents l’attrait de leurs 
études favorites. L’isolement ? si nécessaire à l’étude, peut 
devenir mortel quand l’écrivain n’a pas la faculté de se re- 
tremper à certaines heures dans le commerce d’autres écri- 
vains, ët quand il ne peut pas échanger ses idées, les 
essayer en quelque sorte sur la pierre de touche de la 
conversation, et puiser dans l’émulation de nouvelles forces. 
C’est ce qu’a compris la Société d’Émulation des Vosges ^ 
et, dans le cercle de ses occupations, elle a réuni les sciences 
et les lettres, l’agriculture et l'histoire, l’archéologie et l’in- 
dustrie. Ce qui, dans une grande cité, serait un inconvé- 
nient, est un avantage à Épinal, et l’on ne saurait quë 


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* — 50 — 

féliciter la Société de s'étrc pliée aux besoins de son dé- 
partement. C’est ainsi que les lois changent avec les lieux, 
et qu’en matière de travaux intellectuels, comme en bien 
d’autres matières, il serait imprudent de tracer une règle 
inflexible. » 

Vos travaux certainement , Messieurs, comme le dit M. Le- 
vasseur, sont de nature bien diverse. Parmi vous, les uns 
sont agriculteurs, soit praticiens, soit de cabinet, soit les 
deux à la fois; d’autres s’occupent de littérature, de poésie; 
d’autres d’histoire et d’archéologie; quelques-uns cultivent les 
sciences ; enfin il y a des fonctionnaires de diverses adminis- 
trations, des médecins, des naturalistes, des professeurs. 
Il semble au premier abord qu'avec tant d’éléments discor- 
dants, il soit difficile de faire une Société homogène; il semble 
qu’on aura toujours, ainsi que le dit Horace, un beau buste 
de femme finissant par une queue de poisson. Mais pour 
peu qu’on y réfléchisse, pour peu qu’on jette les yeux sur 
votre règlement et qu’on fasse attention à l’organisation mime 
de votre Société, l’inconvénient signalé finira par disparaître, 
et même, à sa place, on verra surgir nn avantage. Votre 
Société, en effet, se subdivise en sept Commissions spéciales : 
l’une s’occupe exclusivement d’agriculture ; one autre de 
sciences et d’industrie; une autre de littérature, d’histoire, 
etc. Ce sont les travaux des Commissions qui sont et qui 
doivent être la base de tous vos travaux. Je profile de cette 
séance solennelle pour m’adresser au plus grand nombre pos- 
sible de mes collègues. Si tous les membres d’une Commis- 
sion assistent exactement aux réunions de cette Commission 
pour examiner attentivement chaque pièce qui lui est ren- 
voyée ; si au sein de la Commission a lieu , entre des hommes 
spéciaux , une discussion loyale , sérieuse et approfondie sur 
des questions qui les intéressent tous; si enfin, après cette 
discussion, la Commission formule son avis ou ses proposi- 
tions en ayant toujours soin de les motiver, la t&che dn 
rapporteur sera facile devant la Société réunie; la Société 
ainsi éclairée n’aura plus qu’à donner son avis sans discuter 


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de nouveau , excepté dans les cas très-rares où les opinions 
des membres de la Commission auront été partagées. Le 
travail deviendra plus rapide, parce qu’il aura été mieux pré- 
paré; les discussions moins longues, parce que toutes les 
questions aurontélé élucidées par des hommes compétents ; les 
décisions moins attaquables , parce qu’elles reposeront sur des 
propositions bien étudiées. Avec une pareille organisation, tout 
se fait vite et bien; et, après l’expédition des affaires or- 
dinaires et courantes , une bonne partie de vos séances pourra 
être consacrée à des lectures intéressantes. L’avantage de ce 
système, c’est que toutes vos réunions seront instructives, et 
que chacun des membres de la Société pourra acquérir des 
notions utiles sur les matières qui ne rentrent pas dans le 
cadre de scs occupations et de ses études. 

Je ne veux pas prolonger davantage ces considérations 
générales sur lesquelles j’ai voulu arrêter un instant votre, 
pensée. Loin de moi l’idée de faire par là un reproche direct 
ou indirect à vos Commissions. Vous savez comme elles 
fonctionnent, comme toutes se sont choisi des présidents 
actifs et dévoués. Mais enfin, en toutes choses il y a des progrès 
à réaliser. La perfection, vous le savez tous, est impossible 
ici bas , dans les Sociétés comme chez les particuliers. Nous 
nous appelons Émulation. Il y a quarante ans que notre Société 
existe; elle n'est pas sans avoir fait quelque bien. Nous 
sommes bien posés. Nous avons un mandat à remplir. Il 
suffira que je vous fasse voir, comme j’en ai l'intention , tout 
à l’heure, l’importance toujours croissante de notre Société, 
pour que vous preniez vous-mêmes tous les moyens de la 
maintenir à la hauteur de sa mission. 

Voici maintenant, Messieurs, l’énumération très-succihcle 
et très-incomplète de vos travaux de 1866 . 

Depuis plusieurs années vous vous occupez des questions 
d’archéologie; vous faites effectuer des fouilles, en regrettant 
toutefois que vos ressources ne vous permettent pas d’y consa- 


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— 52 — 


erer des sommes plus importantes. — Vous avez inséré dam 
vos Annales le résultat des recherches de M. Renault. — - 
M. Brunswick ouvrait, il y a quelques jours, un tumulus 
à Rancourl. — Vous avez voté line somme de 4U0 fr. pour 
l’achat de ceinturons et de bracelets en argent du poids d’en- 
viron I kilog. qui ont été trouvés sur le territoire de Bulgnéville, 
et qui appartiennent à l’époque des guerres de la ligue ou 
des guerres du XVII siècle. — M. l’abbé Mougel , curé de 
Duvivier (Algérie) , vous a fait part de la découverte de ruines 
qu’il pense être celles d’un édifice religieux. Je viens de recevoir 
encore de ce collègue , mon ancien condisciple, une lettre in- 
téressante sur l’ancienne topographie des environs de Duvivier. 

— Inutile de dire que toujours les objets découverts et achetés 
vont enrichir le musée départemental. — M. Laurent, l’habile 
directeur de cet établissement, a publié dans vos Annales 
une note sur certaines monnaies de Remiremont, Epinal et 
Marsal , ainsi que son rapport arinuel à M. le Prélet sur l’ac- 
croissement des collections confiées à scs soins. — M. Duhamel 
a écrit, pour vos Annales aussi , une étude qu’il se propose 
de continuer sur les relations des Empereurs et des Ducs de 
Lorraine avec l’abbaye de Remiremont. Les pièces justifica- 
tives en main , M. Duhamel a pu relever certaines erreurs 
historiques qui avaient été commises. 

Les lettres , la poésie , l'histoire ont aussi occupé une cer- 
taine place dans vos travaux. Vous avez entendu la lecture 
de pièces de vers de M. Charton et de M. le docteur Chevreuse. 

— M. Charton vous a lu une notice sur M. Colin, doyen 
de la Faculté des lettres de Strasbourg, et vous avez fait 
accueil à cet article, parce que M. Colin est né à Êpinal, 
et qu'il s'est agi, plusieurs fois déjà, au sein de vos séances, 
de conserver, dans vos publications, le souvenir des hommes 
marquants qui sont nés dans les Vosges. C'est ainsi qu’à 
propos de la pièce de M. Ponsard : Le Lion amoureux, 
M. Charton vous a donné encore la biographie du héros, 
le général Humbert, dont la patrie est Saint-Nabord. — Vous 


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— 53 — 


avez ouvert vos Annales à un grand travail de M. Charton , 
La Lorraine sous le due Léopold I", de 1698 à 1729, 
dont M. le Rapporteur du concours littéraire vous a entretenus 
l'année dernière. — M. Rambaud, en payant à la séance 
publique du 30 novembre 1866 un juste tribut à la mémoire 
de M. Gillet, notre ancien collègue, nous rappelait que la 
mort l’a frappé au moment où il préparait un travail pour 
nos Annales. M. Maud'beux père, notre Président, avec son 
goût des études historiques , a recueilli les notes prises déjà 
par son ami, et, en même temps que la relation des for- 
malités et cérémonies accomplies fi Blois à la suite du décès 
de Marie-Casimire d’Arquien, il vous a lu et a fait paraître 
une notice sur celte reine, veuve de Jean Sobicsky, roi de 
Pologne. — Un de nos collègues, membre correspondant, 
M. Héquet, de Vitry-le-Français , a écrit pour vous et vous 
a fait hommage spécialement de sa notice sur Guilbert de 
Pixerécourt. — Vous avez volé une somme de 200 fr. pour 
le rachat de la tour où fut emprisonnée Jeanno-d’Arc. — 
Vous avez discuté longuement le projet d’ériger un monument 
sur remplacement de l’ancienne ville de La Mothe; mais 
vous n’avez pas cru devoir patroner celte entreprise. — Vous 
avez entendu enfin avec le plus vif intérêt M. Gley vous 
parler des rapports faits à la Société de Géographie, par 
notre savant collègue, M. Malte-Brun, sur les progrès des 
sciences géographiques. 

Dans les sciences , M. Nicklès a bien voulu vous adresser 
tous les importants travaux et mémoires qu’il a publiés sur 
la chimie. — M. le docteur Liégey, qui enregistre avec soin 
toutes ses observations, et à qui votro bibliothèque doit déjà 
plus de cent brochures ou rapports, nous a envoyé celte année 
encore divers articles sur des questions de médecine, d’hygiène 
et de santé publique. — M. le docteur Putegnal, un travail 
sur la pneumonie suetlique. — M. le docteur Chevreuse , 
de Charmes , s’adonne à l’étude des propriétés et des usages 
pratiques de la Conferve bulleuse. Entre ses mains, cette 


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— 54 


plante a rendu déjà bien des services , on peut s’en con- 
vaincre en lisant le livre qu’il a publié à ce sujet. L’emploi 
qu’on peut en faire dans l’industrie et dans maintes cir- 
constances mérite aussi une sérieuse attention. C’est toujours 
avec un vif intérêt que vous avez reçu les communications 
de ce zélé collègue. £n attendant que les faits viennent 
établir définitivement l’importance de la Conferve bulleuse , 
vous avez à plusieurs reprises volé des remerctments à U. le 
docteur Chevreuse pour son dévouement au soulagement des 
classes pauvres. — M. Bronswick fils et M. Xavier Thirial 
vous ont envoyé le résumé de leurs observations météoro- 
logiques. — M. Chapellier a signalé l’existence, dans la 
seconde vallée de Saint-Antoine, du Geastrum hygrometrieum 
qui jusqu'.à présent n’avait été trouvé dans nos contrées qu’à 
Bruyères, par M. le docteur Mougeol. — U. Maud'heux père 
a , sur votre demande , soumis au Conseil général , à sa der- 
nière session , des considérations sur la pisciculture et le 
repeuplement des cours d’eau , questions pleines d'à-propos 
pour nos Vosges et signalant un mal auquel il est urgent 
de remédier. 

Comme les autres années , l’agriculture a pris une bonne 
part de vos séances. U. le comte Conrad de Gourcy vous 
envoie régulièrement ses Voyages agricoles dans les divers 
pays de l’Europe. — M. le docteur Chevreuse vous a lait 
part de ses observations sur le miélat des houblonnières. 
— M. De Blaye, qui préside votre Commission d’agricul- 
ture avec toute l’activité d’un jeune homme., vous a proposé , 
d’accord avec M. Colin , un essai à faire sur l'emploi du 
guano agenais. — M. Xavier Thiriat, que vous allez ré- 
compenser tout à l'heure pour une autre œuvre , vous a 
fait hommage de son travail sur l’agriculture dans les mon- 
tagnes des Vosges , reproduit dans le Journal d'agriculture 
pratique. — M. Defranoux vous a lu quelques chapitres 
de son École préparatoire du peuple : morale , éducation, 
économie , agriculture , protection des animaux , hygiène , 


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— 55 — 

proverbes , locutions proverbiales , locutions populaires. — 
M. l'abbé Desfourneaux vous a écrit une lettre intéressante 
sur quelques causes du malaise de l'agriculture et sur le 
remède à y apporter. 

Mais le grand travail de cette année consiste dans les 
réponses au questionnaire de l'enquête agricole. Déjà, à 
votre séance du 3 mai , M. Maud'heux père vous avait 
lu un mémoire : YEnquête sur la situation de l'agriculture 
et la question des céréales devant le Corps législatif, et 
vous en avez ordonné l'impression. Aussitôt que le question- 
naire a paru, votre Commission s’est mise à l’œuvre, et, 
sous l'impulsion de M. Maud'heux père , votre infatigable 
Président , les réponses ont été prêtes , adoptées par la 
Commission et sanctionnées par la Société dans le court délai 
qui avait d'abord été fixé. Vous savez tous l'importance 
et l’étendue du questionnaire. La nature même de ee compte 
rendu exige que j'en parle. Peu habitué à cet ordre d’idées, 
je vous demande pardon d'avance des lacunes et des inexac- 
titudes de cette partie de mon discours. 

Le questionnaire agricole comprend cent soixante et une 
questions réparties dans cinq groupes. 

Dans le premier groupe, il s'agit des conditions générales 
de la production agricole. Les réponses , outre les rensei- 
gnements à demander aux statistiques, ont constaté les faits 
suivants : — Les propriétaires, même ruraux, recherchent 
pourtours capitaux un revenu plus élevé que celui de la terre. 
— Pour que le crédit agricole soit efficace, il faut qu’il 
puisse abaisser son taux à 3 0/0 ; la combinaison pour ar- 
river à ce but est encore à trouver. — Le personnel agricole 
a diminué. Les causes en sont : un contingent militaire 
annuel assez élevé; les appâts de l'industrie; la construc- 
tion des chemins de fer et des grands travaux d'utilité 
publique; des mariages moins nombreux, moins d'enfants dans 
les familles, etc.; du reste les machines ont suppléé jusqu'à un 
certain point aux bras enlevés. — Les salaires sont augmentés. 
Les causes en sont : les changements survenus dans le rapport 


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— 56 — 


de la valeur de l’argenl à la valeur des choses; une améliora-; 
tion très-notable dans l'alimentation , le logement, les habits , 
rinstruction ; l’extension des jouissances de la vie, etc. — 
Les engrais sont insuffisants. Le cultivateur est défiant pour 
les engrais artificiels. La Société fera, l’an prochain , essayer 
le guano agenais et tâchera, s’il y a lieu, de \aincre cette 
défiance. 

Dans le deuxième groupe sont renfermées les conditions 
spéciales de la production agricole. De grands progrès ont 
été réalisés, grâce aux efforls et aux récompenses des Comices 
et de la Société d’Émulalion. Des terres ont été défrichées, 
des prairies ont été créées el irriguées partout, entre autres 
plus de 1,000 hectares sur les rives pierreuses de la Mo- 
selle , pour lesquels vous avez voté en principe l’érection 
d’un monument aux frères Dulac; les labours sont devenus 
plus multipliés et plus profonds; les rotations mieux en- 
tretenues; la jachère tend progressivement à être supprimée; 
l’emploi des instruments perfectionnés se généralise; les voies 
de communication se développent sur une grande échelle; 
la culture des fruits prend de l’extension , depuis les leçons 
de M. Trouillet, notre collègue, et depuis la fondation de 
Sociétés d’arboriculture. — Dans les Vosges, on ne s'occupe 
pas de sériciculture ; il y aurait peut-être quelques efforts ou 
au moins quelques essais à faire dans ce sens. % 

Le troisième groupe a trait à la circulation et au placement 
des produits agricoles , ainsi qu'aux débouchés qui leur sont 
ouverts. Les chemins de fer ont facilité et faciliteront de 
plus en plus les transports. — Nos fromages s’écoulent sur 
Paris, Lyon, Marseille, Alger; nos avoines sur le Midi; 
nos houblons sur l’Alsace ; nos fécules sur Paris. — La 
culture de la pomme de terre a pris un développement considé- 
rable; à l’un de v<>$ derniers concours, vous avez décerné 
une médaille à un lauréat pour les excellents conseils qu'il 
donnait aux cultivateurs en les engageant â soigner la ré- 
colte de leurs pommes de terre, parce qu’avec des soins, 
nos produits déviaient primer les autres sur tous les marchés. 


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— 57 - 


Le quatrième groupe contient des questions relatives à la 
législation, aux règlements, aux traités de commerce. Vous 
avez répondu que la suppression de l’échelle mobile et la 
nouvelle législation sur l’importation des céréales , n’ont pas 
eu d’influence sensible sur l’agriculture vosgienne. 

Le cinquième groupe est réservé à des questions générales. 
Vous avez accueilli avec le plus vif empressement la partie 
du travail de votre Président relative à ce chapitre. Per- 
inettez-moi quelques coupures dans une œuvre aussi dif- 
ficile b analyser, surtout pour un profané. — On a reproché 
au code Napoléon d’avoir, par l’égalité des partages, préparé le 
morcellement de la propriété. Le fait est actuellement dans 
nos mœurs; le reproche, du reste, est peu fondé, carie 
morcellement a plutôt favorisé que retardé les progrès de 
l'agriculture. — A plusieurs reprises , des modifications, im- 
portantes ont été apportées à la législation civile en ce qui 
concerne la liquidation des successions , les partages, les 
ventes de biens de mineurs, les saisies, etc., dans le but 
d’en simplifier les formalités et d’en diminuer les frais ; 
plusieurs améliorations sont encore & désirer, entre autres 
celle d’une procédure spéciale qui , lorsqu'un cultivateur 
tombe , protège ses intérêts et ceux de ses créanciers , comme 
cela a lieu pour le négociant, et mette son actif à l’abri 
des frais ruineux de l’action isolée et individuelle de ces 
créanciers. — L’agriculture attend avec impatience la promul- 
gation du code rural promis depuis un demi-siècle. — Toute 
diminution d’impôts serait un bien pour l’agriculture. Mais 
quels sont actuellement les moyens d’y arriver? Le pro- 
blème est difficile à résoudre. Quoi qu’il en soit, on peut 
réduire d’abord les droits de mutation successorale , d’enre- 
gistrement des actes judiciaires, de transport sur les chemins 
de fer. Quant aux octrois, il y a une distinction à faire. 
Chaque fois que le droit d’octroi , qui dépasse quelquefois 
la valeur de la marchandise assujettie, en est seulement une 
assez forte fraction , ce droit ne peut qu’être nuisible à 


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l'agriculture. Mais quand il n'est qu'une partie très-minitno 
de la valeur du produit qui entre , il n'a aucune influence 
et peut très-bien être maintenu , d'autant plus qu'il est sou- 
vent la plus grande ressource, quelquefois la seule, de 
certaines villes. — Le fait est malheureusement trop con- 
staté que les ouvriers agricoles émigrent dans les villes. Des 
ressources de bienfaisance plus abondantes y attirent surtout 
l’ouvrier paresseux et chargé de famille, qui tombe bientôt 
à la charge de la charité publique. Pourquoi n’armerait-on 
pas les municipalités de pouvoirs suffisants pour refouler 
vers les campagnes ces déserteurs , qui seraient bien forcés 
alors de demander au travail leurs moyens d’existence? Il 
y a nécessité à reviser les lois sur le domicile de secours 
et à adopter des mesures efficaces, aussi désirables dans 
l’intérêt de l’agriculture que dans l'intérêt des villes et de 
leurs ressources de bienfaisance. — On a parlé beaucoup 
des souffrances de l'agriculture, on les a évidemment exa- 
gérées. Cependant il faut avouer qu'il y a eu parfois et quel - 
que part un malaise réel, surtout dans les pays exclusi- 
vement consacrés à une production unique et spéciale , et 
dans ceux où l’agriculture reste stationnaire. Que peut faire 
le Gouvernement? s'il est impuissant à faire disparaître to- 
talement le mal , il peut du moins y aider. Il peut éclairer 
l'agriculture par la publication périodique de documents 
officiels; il peut exciter les associations agricoles à réaliser 
de plus en plus le progrès; il peut donner, à propos, d'u- 
tiles renseignements statistiques , signaler le danger des cul- 
tures trop exclusives dans le même domaine, leur variété 
étant la véritable planche de salut du cultivateur dans les 
mauvaises années. C’est là ce qu’il peut faire. Après cela , 
la marche des saisons , l'intelligence , l'économie , l'activité 
du cultivateur feront le reste. 

Voilà , Messieurs , le bilan de vos travaux. J’ai promis 
de vous parler de l’importance toujours croissante de notre 


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Société. J’ai peur d’être trop long en traitant celte partie 
comme je me l’étais proposé. Je me bornerai à citer des 
faits : ils parleront eux-mêmes. — L’année dernière , M. le 
Recteur a bien voulu , au nom de Son Exc. le Ministre 
de l'Instruction publique, venir présider votre séance so- 
lennelle, à laquelle s’est jointe une autre cérémonie; vous 
vous souvenez tous encore des bonnes paroles que le chef 
de l’Académie a prononcées à. votre adresse, et des encoura- 
gements qu’il vous a donnés. — Le concours que vous 
avez prêté le 30 novembre 4863 à la distribution solennelle 
des récompenses aux instituteurs qui ont fait des cours d’a- 
dultes , vous a valu une allocation nouvelle , outre celles 
que depuis plusieurs années le Ministre de l’Instruction pu- 
blique vous accorde, en témoignage de l’intérêt qu’il porte 
à vos travaux. — Son Exc. le Ministre de l’Agriculture, du 
Commerce et des Travaux publics vous attribue chaque année 
une certaine somme que vous distribuez sous le nom de 
primes du Gouvernement, suivant les indications qui vous 
sont tracées. — Le Conseil général met avec générosité une 
certaine somme aussi à votre disposition , pour compléter le 
produit de vos cotisations et vous permettre de décerner les 
récompenses ordinaires de la Société et de publier annuel- 
lement un cahier d 'Annales. — Vos récompenses sont gé- 
néralement très-bien accueillies et vous valent souvent de 
nouvelles adhésions. — Un de vos anciens vice-présidents 
vous a fait un legs que vous employez chaque année à une 
médaille en vermeil , sous le nom de Prix Claudel. — Un 
autre de vos anciens membres , M. le président Masson , a 
fondé un prix quinquennal de 300 fr., que, cette année 
pour la première fois , vous allez décerner à un brave jeune 
homme auquel vous applaudirez tout à l’heure. — Cent 
dix-huit Sociétés savantes échangent leurs publications avec 
les vôtres. — Plusieurs rapports ont été faits sur vos An- 
nales au Comité impérial des travaux historiques et des 
Sociétés . savantes ; un premier que j’ai déjà cité en corn- 


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— 60 — 


mençant, par M. Levasseur, est inséré dans le n° de février 
4866 de la Revue des Sociétés savantes : un autre , par 
M. Lacroix, est inséré dans le n° de mars 4866 de la même 
revue; un troisième, de M. Levasseur, est inséré dans le 
n° de juillet 4866 de la même revue encore; vous avez 
entendu chaque fois avec le plus grand intérêt la lecture 
de ces rapports , et vous avez été reconnaissants de l’appré- 
ciatiob faite en haut lieu de vos travaux. — Tous les ans 
les Sociétés savantes sont conviées à des réunions solennelles 
à la Sorbonne. Vous avez reçu le volume publié officiel- 
lement et contenant les mémoires lus dans ces solennités 
en 4S65. Parmi eux se trouve le travail de M. Malgras : 
Le Bienheureux Pierre Fourrier et le pasteur Oberlin , 
notice sur les écoles en 4690 et les salles d’asile en 1770. 
Vous recevrez prochainement celui de 4866. M. Malgras $ 
est allé cette année encore, au nom de notre Société, avec 
un travail personnel dont vous avez entendu la lecture dans 
votre séance du 8 mars. Je cite textuellement le procès-verbal 
officiel de la séance du 5 avril 4866 fait au Ministère de 
l’Instruction publique : « M. Malgras, inspecteur d’ Académie, 
membre delà Société d’Émulation des Vosges, a lu un mémoire 
ayant pour titre : Aperçu sur les Vosges dans les temps 
anciens et dans les temps modernes. Il a renfermé dans 
un cadre fort limité , mais lumineux , tout ce qui caractérise 
ce département , depuis les temps les plus reculés jusqu’à 
nos jours, au point de vue moral, intellectuel, politique, 
industriel et agricole. » Vous aviez proposé à l’unanimité 
l’envoi de ce travail au ministère, en lui prédisant l’accueil 
qu'il a reçu. — Le nombre des personnes qni ont bien 
voulu vous prêter leur concours et entrer dans votre association 
s’est accru dans une assez forte proportion, car, depuis 
dix ans , le nombre des membres titulaires de la Société 
d’Émulation s’est élevé de 99 à 37, c’est-à-dire qu’il dépasse 
d’un la limite fixée par notre règlement, et cela par suite 
d’une circonstance non prévue et en vertu du règlement loi- 


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même; celui des membres associés libres s’est élevé de 31 
à 59, et celui des membres correspondants, de 103 à 139. 

Il me reste à parler des changements survenus dans votre 
personnel cette année. 

M. Figarol a cru devoir donner sa démission , et vous 
l’avez vivement regretté. M. Figarol est demeuré trop peu 
de temps dans vos rangs. Mais vous vous rappelez tous 
la manière brillante dont , à cette place même , il inaugu- 
rait une de vos séances publiques par sa biographie de Boulay 
de la Meurthe. 

Vous avez perdu parmi vos membres correspondants 
M. Paul Lelir, qui a été membre de la Société d’Émulation 
pendant trente-trois ans. En 1810 , M. Lehr se fixa à Saint-Dié 
et devint le chef d’une manufacture d’étoffes de coton. 11 était 
adjoint au maire de celle ville pendant l'invasion de 1815. 
Après la Révolution de juillet , il fut membre du Conseil 
général des Vosges et secrétaire de la chambre consultative 
des manufactures et du commerce. En 1836 il alla s’établir à 
Strasbourg et il y passa les trente dernières années de sa vie 
dans une retraite embellie par le culte assidu des lettres. 
C’est à cette période que se rapporte presque exclusivement 
sa traduction en vers français des fables et poésies de Pfeffel, 
qui a eu deux éditions. J’ai l’espérance que vous accueil- 
lerez bientôt son fils pour prendre sa place parmi nous. 

Vous avez élu membres titulaires : M. Henry-Pierre Lebeau 
de Montour, capitaine de vaisseau de la marine impériale , 
officier de la Légion d’honneur, auteur d’un certain nombre 
de mélodies dont il a composé les paroles et la musique , 
et, dans le Journal la Patrie, d’un commentaire sur le 
décret du 15 août 1865. — Et M. Albert, garde mines 
à Épinal , qui a payé sa bienvenue par un travail sur le 
développement des appareils à vapeur de l’industrie coton- 
nière et de la combustion des houilles et combustibles mi- 
néraux dans le département des Vosges jusqu’au 31 décembre 


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— 62 — 

4864. Vous avez publié ce mémoire dans vos Annales pour 
faire suite à celui de M. Jutier, qui a été inséré il y a 
cinq ans. 

Les membres associés libres, c’est-à-dire ceux qui résident 
sur différents points du département, sont ceux qui, dans 
bien des cas, pourraient vous prêter un utile concours. Je 
suis sûr d’avance que vous ne me désapprouverez pas si je 
fais, en votre nom , un appel à toutes les personnes de bonne 
volonté du département, agriculteurs, industriels, hommes 
de lettres et de sciences qui voudront s’unir à nous et noos 
aider à poursuivre notre but d’amélioration , d'études et de 
progrès. Depuis la dernière séance publique, vous avez admis 
comme associés libres : M. Léon Krantz, M. Charles Claudel 
et M. Félix Claudel , tous trois fabricants de papiers à Docelles, 
appartenant tous trois à des familles très -honorablement 
connues depuis longtemps dans le pays, et M. Georges 
Perrin, industriel à Cornimont, membre du Conseil général, 
qui se recommande par ses grands travaux agricoles cl in- 
dustriels, et par les encouragements qu’il donne à l'instruction 
primaire. M. Georges Perrin est d’ailleurs un de vos lauréats 
du concours de 1863 pour avoir pu obtenir, comme maire, 
la soumission au régime forestier de 162 hectares de mauvais 
pâlis, dont presque la moitié sont aujourd’hui repeuplés. 

M. le docteur Legrand du Saulle, ancien maire de Contrexé- 
ville, et M. Danis, architecte à Remiremont, en transportant 
leur résidence à Paris , ont échangé leurs titres de membres 
associés libres contre celui de membres correspondants. De 
membre titulaire, M. Chevillot est devenu associé libre en 
allant prendre la direction du collège fondé à Bruyères, où 
l’ont appelé le désir de l’Administration et les vœux des 
familles. 

Enfin, vous avez proclamé membres correspondants : 
M. Isaac Lévy, membre déjà de plusieurs sociétés savantes, 
rabbin à Lunéville, qui a présenté pour titre à l’appui de sa 
candidature deux ouvrages intitulés, l’un Isaïe ou le trmail ; 


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— 63 — 

l’autre Récits Bibliques; M. Louis Jouve, notre compatriote, 
professeur à Paris, à qui vous décerniez à votre dernière 
séance publique une médaille en vermeil pour son Étude sur 
les patois lorrains et son Recueil de Koëls; et M. le docteur 
Leclerc, médecin des hospices civils à Laon, sur les ouvrages 
duquel M. le docteur Mansuy vous a fait ud rapport des plus 
favorables. 

J’ai terminé, Messieurs, et je me résume. Je vous ai 
soumis en commençant quelques réflexions sur votre orga- 
nisation intérieure et la marche de vos travaux. J'ai essayé 
de rendre compte de ce que vous avez fait pendant l’année 
<866. J’ai fait voir rapidement l’importance que, par les services 
rendus, vous avez acquise aux yeux du Gouvernement et 
des populations. J’ai dit les noms des membres nouveaux 
qui ont demandé de joindre leurs efforts aux vôtres et que 
vous avez accueillis. Ma dernière parole sera une parole qui 
n déjà retenti bien des fois dans cette enceinte à pareil jour : 
Courage et persévérance. 


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— 64 — 


RAPPORT 

dè 1a 

COMMISSION D’AGRICULTURÊ 

DE LÀ 

SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DES VOSGES 

SUR 

LES RÉCOMPENSES 

A DÉCERNER A L'AGRICULTURE 
en 1866 . . 


Préambule. 

L'arrondissement d’Épinal , qui vous donné cette annéé 
Vos principaux lauréats , occupe la partie centrale de nolré 
département ; il a pour limites la chaîne des Vosges au 
levant; dans uné partie du sud-ouest les monts Faucilles 
qui en sont une dérivation ; le département de la Meurthé 
au nord-est; à l’ouest l'arrondissement de Mirecourt. 

Cette situation intermédiaire, entre la plaine et la mon- 
tagne, lui donne un caractère particulier qui mérite d’étre 
signalé ; ainsi, en générai , dans la partie nord-est et nord- 
ouest de l’arrondissement , celle que nous appellerons la 
plaine , vous trouvez le terrain calcaire et argilo-calcaire , 
à l’exception de la vallée de la Moselle composée d’alluvions , 
provenant de la décomposition des granits de la Haute-Mo- 
selle. Cette région comprend quelques communes du canton 


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— 65 ^ 

d’Épinal , à l'ouest d’un côté , quelques autres au nolrd dé 
la route d’Epinal à Rambervillers de l’autre; presque tout 
le canton de Châtel et une grande partie de celui de Ram- 
bervillers. C’est la région des céréales et en particulier dü 
froment ; c’est là aussi , en avançant vers le nord , que com- 
mence la vigne ; c’est par là que le houblon a pénétré dans 
le département , où il prospère et se développe tous les 
jours. 

La région que nous appellerons montagneuse n’a rien 
qui la distingue des arrondissements de Saint-Dié et de Reini- 
remonl, dont elle n’est qu’uh appendice. C’est la culture des 
prairies irriguées, l’entretien du bétail, la fabrication des 
fromages, la production des pommes de terre et les fécu- 
icries qui sont l’objet de l’activité de nos montagnards de 
l’est et du sud-est; quelques villages pourtant, la Baffe, 
Charmois , Archettes , reproduisent assez fidèlement l’agri- 
Culture de la plaine, égarée au milieu des montagnes. L’abon- 
dance des eaux que l’on utilise partout avec tant d’habileté 
caractérise cette partie de l’arrondissement. 

Enfin la partie du. sud-ouest qui comprend les cantons 
de Xertigny et de Bains est généralement composée d’un 
sol argilo-siliceux reposant sur de l’argile , quelquefois de 
tourbe qui se rencontre à la surface et que. l’on exploite 
dans certaines vallées. Traversée par les monts Faucilles, 
ayant des eaux un peu moins abondantes , elle a moins 
de prairies et plus de terres arables que les montagnes gra- 
nitiques de la chaîne des Vosges; elle produit en abon- 
dance les plus belles avoines du département , et les pommes 
de terre qui ont donné lieu à la création de nombreuses 
féculeries. La composition du sol et du sous-sol refroidit 
la terre qui , en matière de céréales , ne donne guère avec 
l’avoine que du seigle qu’elle produit du reste abondam- 
ment et qui sert à la nourriture des habitants ; aussi est- 
ce dans cette partie de l’arrondissement que l’on emploie 
de temps immémorial , comme amendement , les cendres 
lessivées que l’on va chercher au loin. 


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— 66 — 


C’est dans cette partie, sur l’extrême limite du dépar- 
tement touchant à la Haute-Saône , que nous avons trouvé 
les œuvres les plus dignes de vos récompenses et que nou 9 
venons recommander à vos suffrages. 

Au premier rang, se place M. Hubert Demandre, de Saint- 
Loup, pour une propriété patrimoniale située au Clerjus. 


M* Demandre , Hubert* 


A quinze cents mètres environ des maisons du village du 
Clerjus , la propriété de M. Demandre , contenant 40 hectares 
d’un seul contexte, est assise au pied du versant méridional 
des montagnes couvertes de forêts qui se prolongent de 
Xertigny jusqu'à Aillevillers, parcourues dans presque toute 
leur longueur au nord-ouest par le chemin de fer de Nancy 
à Gray. Adossée à ce massif qui la protège contre les vents 
du nord , elle forme vers le midi un plan légèrement incliné 
qui ne dépasse pas de^3 à 5 p. 0/0. 

On. embrasse, de l’habitation dite le château Pu ton , 
un horizon immense dont la plaine de Saint -Loup forme 
quelques-uns des premiers plans et qui s’étend par delà les 
contreforts des bords de la Lanterne et le plateau élevé qui 
les continue bien au delà de Vesoul. 

Comme toutes les propriétés de cette région , celle de 
M. Demandre contient une grande quantité de cerisiers. 
Hâtons-nous de dire que c’était de là que provenait le revenu 
le plus net des fermiers qui l'ont exploitée et qui rendaient 
au propriétaire le canon annuel de 800 fr. 

Il y a quatre ans, M. Demandre, trouvant qu’il n’y avait 
pas un rapport suffisant entre ce revenu et la valeur de 
la ferme , résolut de la vendre en détail et en fit faire 
l’estimation qui se monta à 50 et quelques mille francs. 

C’était beaucoup, si l’on considère le revenu. C'était peu, 
eu égard à l’étendue de la terre ; mais pour ajouter un trait 
essentiel au tableau que nous venons d’ébaueber, nous devons 


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— 67 - 


dire que la surface, en beaucoup d’endroils de la propriété» 
était recouverte de roches accumulées à la manière de celles 
que la science a qualifiées de moraines, et que là où elles 
n’offusquaient pas la vue, elles se dissimulaient mal sous 
une couche de terre trop mince pour permettre le travail 
utile de la charrue. Il en résultait que, sauf quelques por- 
tions cultivées par le fermier, la plus grande partie était 
livrée au parcours et ne donnait d’autres produits que celui 
des cerisiers. 

Nous ajouterons enfin que sa position au pied de forêts 
considérables, dont elle reçoit toutes les eaux surabondantes , 
la rendait malsaine, et qu’elle était couverte de mares où 
l’eau croupissait, au grand préjudice du sol dont elle altérait 
la constitution. 

Cédant à une heureuse inspiration , M. Demandre pensa 
qu’il pourrait accroître de beaucoup la valeur foncière et 
le revenu de sa terre , s’il parvenait à la débarrasser des 
roches et des eaux stagnantes qui la rendaient impropre 
à toute culture. Il s’agissait donc, d’une part , d'opérer le 
défoncement , et ensuite le nivellement de toute cette sur- 
face, au moyen des roches qui en résulteraient, ce qui, du 
même coup , devait assainir le sol. 

Atnenée à cet état, la propriété devenait susceptible de 
toute culture, de toute production, soit en céréales, soit 
en fourrage ; mais les conditions économiques et climaté- 
riques du pays et l'existence des eaux abondantes que l’on 
pouvait recueillir en amont pour les distribuer à volonté 
sur toute la surface, déterminèrent promptement le choix du 
propriétaire en faveur de la prairie naturelle irriguée. 

M. Demandre se mit donc à l’œuvre avec énergie et per- 
sévérance : tous les fonds marécageux furent vidés de la 
terre qu’ils contenaient, et qui servit ensuite à recouvrir 
les roches dont ils furent remplis. 

Un réseau de drains , qui embrasse l’ensemble de la pro- 
priété , fait aboutir toutes les eaux du sous-sol à un petit 
étang situé en aval. 


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On obtinl ce double résultat avec les roches tant super- 
ficielles que souterraines, qui furent transportées là où elles 
étaient nécessaires. 

£1 quant au défoncement général , il fut d’une profondeur 
qui varie entre 0,50 et 0,80 centimètres et quelquefois plus, 
selon le volume et la disposition des roches qui se sont pré- 
sentées sons l’instrumentr de l'ouvrier. 

Des chariots attelés de bœufs appartenant au propriétaire 
transportaient ces matériaux , que l’on estime à l’énorme 
quantité de plus de 24,000 mètres cubes déplacés. 

Une fois le terrain défoncé , assaini et nivelé , il était livré 
à des labours profonds et répétés , qui devaient l’aérer, l’a- 
meublir et le nettoyer. 

Mais ce sol siliceux à base de grès restait froid et 
pauvre. M. Demandre allait chercher à Fontaine (17 kilom. 
du Clerjus) de la chaux grasse, puis il la plaçait par 
petits tas recouverts de terre et répandait à la pelle sur 
toute la surface , au bout de quinze jours ou trois semaines , 
immédiatement avant de procéder au dernier labour. La chaux 
corrigeait l’acidité qui pouvait encore se trouver dans le sol et 
le réchauffait. 

Enfin , pour l'enrichir, M. Demandre a eu , pendant toute 
la durée de l’opération, de 55 à 60 tètes de gros bétail 
qui lui fournissaient, en même temps que engrais, les charrois 
destinés au transport des pierres , du foin , de la chaux et de 
tous les objets nécessaires à l’exécution d’une entreprise aussi 
considérable; le sol ainsi préparé recevait les semences. 

Cet énorme travail', qui a coûté de 36 à 40 mille francs 
et a duré trois années , est à peu près terminé et ne laisse 
de l'ancien état de choses que quelques ares de superficie 
pour servir de témoins et de terme de comparaison entre 
le passé et le présent. 

La partie en amont, qui représente environ dix hectares, 
est laissée en terres arables destinées à fournir principa- 
lement des céréales : trente, hectares ont été convertis en 
prairies permanentes irriguées au moyen des eaux supérieures 


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fournies en abondance par les côtes derrière lesquelles 
s'abrite la propriété. Ces eaux seront recueillies dans plu- 
sieurs bassins creusés à la partie supérieure, pour s’épancher 
de là, au moyen de rigoles, sur toute la superAcie consacrée 
à la production des fourrages. 

Votre Commission , qui parcourait la propriété , quelques 
jours avant la fauchaison des regains , était émerveillée de 
l’abondance des produits et de la bonne qualité des herbes; 
elle a tout visité en détail et cette seconde récolte devait 
donner des résultats si abondants que beaucoup de bonnes 
prairies seraient heureuses de les obtenir pour la première 
coupe. Les seconds fruits ont en effet donné plus de 60 mille 
kilogrammes d'un excellent fourrage, et les foins, dont nous 
avons vu la masse, s’élevaient à plus de 80 mille kilo- 
grammes. 

Ce résultat obtenu à la troisième année des travaux se 
modiAera promptement ; il se fera un classement des plantes 
introduites dans le sol , les unes périront , les autres pren- 
dront le dessus au préjudice des précédentes, sous l'inAuence 
des agents atmosphériques, du climat et de la nature du sol. 

Mais, ce que l'on peut affirmer dès aujourd’hui, c'est 
que le but que s'est proposé M. Demandre est complètement 
atteint. Sur un sol sans valeur, offrant l'aspect d’une lande 
déserte , une prairie abondante et de bonne qualité a été 
établie , qui ne peut manquer de s’améliorer avec le temps. 
On penl donc estimer dès maintenant, pour l'avenir, un 
rendement de 120 à 150 mille kilogrammes de fourrages, 
produit nouvellement créé sur une terre qui entretenait 
mal trois ou quatre bétes à cornes , deux ou trois chevaux 
et les accessoires d’une pauvre culture , telle qu'elle se pra-> 
tique dans le pays. 

Mais lorsqu’une denrée , fût-elle de première nécessité , 
apparaît tout à coup sur le marché, elle est avilie : pas 
n’est besoin d’en expliquer la raison , qui se trouve tout 
naturellement dans l'absence d’habitudes et de besoins qui 
n’existent qu’à l'état latent. 


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Mais le premier pas esl fait , le produit est là qui pro- 
voque et trouve des consommateurs par son prix peu élevé. 
Le producteur gagne peu au commencement; mais le passé 
l'oblige à continuer sous peine de perdre tout ce qu’il a 
avancé; les prix s’amélioreront insensiblement, parce que le 
bien-être auquel il aura contribué deviendra l’habitude 
et bientôt la nécessité des populations qui l’ignoraient avant 
lui. Une révolution tout entière se sera faite, de laquelle 
résultera, et pour lui et pour le pays, un accroissement de 
richesses qu’il aura fallu attendre sans doute , mais qui 
est d’autant plus assuré qu’il aura été amené par le temps 
et consacré par lui, condition essentielle de tout ce qui doit 
durer. 

Pour nous , qui n’avons point à nous préoccuper des dif- 
ficultés d’administration inhérentes à une création nouvelle , 
mais dont le rôle est de constater le bien et de l’encou- 
rager là où nous le rencontrons, nous n’hésitons pas, en 
présence d’une œuvre si bien conçue et si persévéramment exé- 
cutée, à vous faire la proposition d’accorder à M. Demandre 
la plus haute de vos récompenses , c’est-à-dire une médaille 
en vermeil et une prime de 300 francs. 

Mm Harmand. 

M. Harmand vient ensuite, dans l’ordre des récompenses 
que l’État met chaque année à votre disposition en faveur 
des progrès accomplis. 

Sans établir un parallèle, que la nature des choses repousse, 
entre les deux propriétés , nous dirons ici que M. Harmand ne 
s’est pas contenté de mettre des capitaux au service de sa 
terre, mais qu’il y consacre tout son temps et s’est fait 
hii-méme son chef de culture , son entrepreneur, son ar- 
chitecte, en un mot, le directeur de sa propriété. 

Est-ce par tendresse pour la vie des champs que M. Har- 
mand est devenu cultivateur? En aucune façon; du reste 
il ne le dissimule point, et, hâtons-nous de le dire, on doit 


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— 71 — 


lui savoir gré de cette franchise. M. Harmand , nous aimons 
à le constater, a eu la sincérité de déclarer nettement et 
simplement à la Commission que c'est par calcul qu’il a voulu 
cultiver, c’est-à-dire pour améliorer son. capital et ses revenus. 

La propriété d’Aubeugney est située sur les hauteurs qui 
dominent au sud le village de Fontenoy-le-Chàteau , dont 
elle est éloignée d’environ cinq cents mètrçs. 

Elle se compose de 60 hectares d’un seul contexte et de 
deux hectares de prairie naturelle seulement, dans la vallée 
que le Coney arrose. 

Le sol est silico-argileux, parsemé çà et là de quartiers 
de roche qui s’élèvent à fleur de terre et empêchent l’ac- 
tion de la charrue. Aucune apparence de calcaire; les marnes 
que l’on rencontre on petite quantité dans le sous-sol n’en 
renferment presque pas. Une maigre végétation s’étendait sur 
la plupart des pièces de terre; des genêts, des haies, des 
buissons garnissaient une grande partie du sol. Une ving- 
taine d’hectares étaient seuls cultivés et fournissaient à peine 
à la nourriture des fermiers et de leur famille : quatre 
bœufs , une ou deux vaches étaient tout le bétail destiné 
à fumer 60 hectares. Les fermiers , malgré cela, payaient 
bien et faisaient leurs affaires, grâce aux 1,200 pieds 
de cerisiers de la ferme qui, souvent, leur ont rapporté de 
8 à L2,000 fr. , tandis qu’ils n’avaient que 2,200 fr. de 
canon à payer. 

Nous devons ajouter que le kirsch de ce pays en général 
est d’autant plus estimé des connaisseurs que l’industrie 
est devenue plus habile à imiter la nature dans les grands 
centres de production. 

C’était l’élément principal des gains et profits des fermiers 
qui cultivaient, vaille que vaille, un tiers delà propriété, 
avec un matériel et des ressources correspondantes; le reste 
était abandonné au parcours d’un rare et chétif bétail. 

Il y a trois ans , M. Harmand se dit que , puisque les 
cerisiers seuls ou à peu près , suffisaient à faire vivre une 
famille tout entière et à payer un canon de plus de 2,000 fr , 


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il ôtait rationnel d’en conclure que, tout en conservant cette 
branche de revenu intacte, on pourrait, par des avances 
faites à propos à cette grande étendue de terre dont on n’avait 
pas jusqu’alors cherché à tirer parti , faire surgir de là une 
source de produits inexploités. Cette induction était d’autant 
plus juste que le territoire de Fontenoy-le-Château , dont 
fait partie le domaine d'Aubeugney, sans offrir des condi- 
tions extrêmement favorables à la oulture, montre sur 
certains points ce qu’il peut donner entre des mains in- 
telligentes. Ne trouvant pas de cultivateurs pour appliquer ses 
idées sur cette ferme en défaveur dans le pays, M. Harmand 
vint courageusement s'y installer et en prendre lui-mème la 
direction. 

Ce que nous venons de dire de l’état de la ferme laisse 
assez entrevoir ce qu’il dut y trouver en arrivant : bâti- 
ments défectueux , insuffisants , mal tenus , terres pauvres, 
envahies par les meurjets, les ronces et les broussailles : 
voilà en deux mots l’aspect peu encourageant de la ferme 
d’Aubeugney. Tout en se mettant à la culture des terres, 
M. Harmand commença à construire les bâtiments qui de- 
venaient nécessaires à une exploitation plus productive : les 
écuries furent réformées, agrandies, assainies, éclairées de 
telle façon que, sans rien donner au luxe, elles satisfont 
largement aux desiderata de la culture moderne. 

Des fosses à purin furent disposées pour recevoir, en aval 
des écuries, l’engrais qui s’en écoule et qu’on utilise, tantôt 
en arrosant les fumiers, tantôt en le conduisant directement 
sur les champs ensemencés à la manière flamande. 

Un vaste hangar a été construit pour remiser tous les 
outils et instruments , afin de les soustraire à l'influence 
destructive du soleil et de la pluie , ce que l’on devrait faire 
dans toutes les exploitations agricoles et ce qui ne sc fait pas 
généralement. 

Des réduits à porcs, avec loges au devant et fosses à en- 
grais par derrière, forment un corps de bâtiment isolé. 

Enfin la distillerie , qui occupe une place importante, a été 


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refaite , agrandie et disposée sur un plan nouveau pour 
faciliter les manipulations et économiser la main d’œuvre. 

Un des inconvénients de situation de la ferme d’Aubeugney, 
c’est de manquer d’eau. M. Harmand s’en est procuré en 
améliorant un puits qui existait auparavant, et auquel il 
a fait aboutir en outre toutes les eaux pluviales des toitures y 
par des conduits souterrains ; des auges placées à portée 
des différentes écuries et étables, en communication directe 
avec la pompe, facilitent le service et la distribution des eaux, 
en évitant toute confusion et tout danger pour les animaux. 

Des écrêtements considérables ont dû être pratiqués au 
milieu de cet ensemble de constructions nouvelles ou amé- 
liorées, de manière aies asseoir toutes sur le même plan 
et à rendre plus facile la manœuvre des voitures, pour quel- 
que objet que ce soit, du service de chacun de ces bâtiments, 
isolés les uns des autres et formant une grande cour au 
milieu de laquelle est placé le pavillon d’habitation, d’où 
peut s’exercer très-commodément la surveillance de tout 
l’intérieur de la ferme. Tout cela forme aujourd’hui un en- 
semble bien conçu et d’un aspect agréable. 

En même temps que se poursuivaient les travaux de re- 
construction des bâtiments, M. Harmand employait toutes 
ses ressources disponibles d’attelages et de personnel à l’a- 
mélioration foncière des champs de la ferme : tous les 
meurjets , toutes les broussailles ont d’abord été enlevés ; 
il ne s’est pas contenté de cet épierrement superficiel qu’une 
culture plus énergique aurait fini par rendre de nouveau né- 
cessaire en ramenant les pierres à la surface ; au moyen 
de labours profonds qu’il faisait suivre par des hommes armés 
de pioches, il est parvenu à purger son terrain de toutes 
les pierres qui l’encombraient, à une profondeur assez grande 
pour donner à la couche arable toute l’épaisseur que pourront 
demander les cultures les plus exigeantes. 

Nous disions en commençant que l’élément principal du 
revenu de la ferme, c’étaient les nombreux cerisiers qui la 
couvrent; mais les voyant jetés çà et là, sans ordre, au 


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milieu des champs, M. Harmand s'aperçut bien vite que 
leur disposition était incompatible avec les procédés actuels, 
non-seulement en absorbant, par leurs racines, une partie 
des engrais destinés aux plantes de la culture ordinaire , 
mais aussi par leur ombre et surtout par le piétinement 
inévitable de tout l'espace qu'ils embrassent lors de la cueil- 
lette des fruits , presque toujours opérée avant la récolte des 
produits sous-jacents. Mais, nous l'avons dit, il ne voulait 
pas tarir cette source précieuse de revenus ; voici donc le 
moyen qu’il se propose de mettre en œuvre : supprimer 
tous les arbres dans l'intérieur des champs, les conserver 
et en planter de nouveaux sur le périmètre de toutes les 
pièces de la ferme, divisée à cet effet selon les exigences 
des assolements. De celte façon , il no diminuera pas le 
nombre de ses cerisiers , et de l’autre , il rendra à ses terres 
leur indépendance , en môme temps qu’il donnera à l’en- 
semble un aspect plus régulier et plus agréable. 

Ces travaux n'étaient que les prodromes obligés d'une cul- 
ture qui aspire à devenir productive ; en d’autres termes , 
la terre nettoyée et libre, il fallait l’enrichir par la succes- 
sion rationnelle des plantes, et surtout par les engrais qui 
lui avaient toujours fait défaut. Or, ce n’était point avec 
deux hectares de pré , les seuls qu’elle possédât , si pro- 
ductifs qu’ils fussent, que l’on pouvait songer à satisfaire 
à de si impérieux besoins. M. Harmand eut recours à la 
culture des plantes fourragères ; il sema dans l'avoine et 
le sarrazin un mélange deraygrass, trèfle blanc, sainfoin, 
pimprenelle , luzerne, et cela dans les terres qui avaient déjà 
été défoncées ; dans celles qui se trouvaient moins favo- 
rablement traitées , il jeta encore des graminées, qui , Vannée 
suivante T lui donnèrent une bonne pâture et purent môme 
être fauchées sur quelques points. Néanmoins, la première 
année, M. Harmand ne put avoir plus de 7 têtes de gros bétail . 

Aujourd’hui, après trois années d’exploitation, nous avons 
constaté l’existence de 40 têtes dé gros bétail : et l’on est 
arrivé à ce chiffre en poursuivant le même système de four- 


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75 — * 


rages et en y ajoutant encore à l’occasion des cultures dé- 
robées : ainsi le sarrazin est toujours semé sur le trèfle 
incarnat, et sur le chaume des seigles récoltés on sème 
des turneps 014 un mélange de vesces , de sarrazin et de 
maïs quarantin ; et ces cultures à courte échéance ont 
toujours donné de bons résultats à la ferme d’Aubeugney, 
grâce à la nature d’un sol léger, suffisamment perméable et 
que la chaleur pénètre facilement. 

En même temps que l’écurie se peuplait d’un nombreux 
bétail , la production directe du sol s’augmentait parallèle- 
ment dans une proportion qui justifie complètement les es- 
pérances du propriétaire , et nous en avons eu la preuve par 
les pièces d’une comptabilité bien tenue, très-simple, mise 
spontanément à notre disposition. 

Mettons en lumière quelques-uns des faits qu’elle con- 
state. De nombreuses constructions ont été créées ou refaites, 
dont les moellons et les pierres de taille proviennent , tant 
d’une carrière découverte sur la propriété, que des fouilles 
ettépierrements opérés dans les champs en culture : ce 
qui donnait un double avantage pour une dépense faite une 
seule fois, et par suite celte dépense était diminuée de moitié. 
Il en est résulté , d'une part , que le prix de défrichement 
ne s’élève guère qu’à 60 fr. par hectare , et celui du mètre de 
moellons propres à la maçonnerie à 1 fr. 25 cent.; il en 
résulte encore que les frais des bâtiments construits se montent, 
si l’on considère leur étendue , à un chiffre relativement peu 
élevé. 

La cueillette des cerises est l’opération la plus importante 
et la plus dispendieuse en matière de fabrication de kirsch. 
M. Harmand est parvenu à substituer avec avantage le travail 
à la tâche au travail à la journée. Il paye 3 fr. 50 cent, 
les 100 kilog. , mais ce procédé exige plus de surveillance 
pour faire ménager et cueillir complètement sans distinction 
les arbres qui portent peu comme ceux qui sont abondam- 
ment chargés. 

Le prix de revient du kirsch est trop élevé pour lui per- 


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*— 76 — 


mettre de lutter contre les créations de l’industrie de Fou- 
gerolles ; il en résulte encombrement et dépréciation de la 
marchandise. 

M. Harmand a été conduit, après expérience, à rejeter 
les races d’Ayr et de Durham pour adopter la femeline, qui 
trouve toujours son placement dans le milieu qu’il habite 
et s’accommode mieux des fourrages du pays que les races 
étrangères perfectionnées. 

M. Harmand a planté une houblonnière de 26 ares à 
litre d’essai , la deuxième année lui a déjà donné un produit do 
près de 300 kilog. Malgré les temps contraires de cette année , 
la récolte est encore plus satisfaisante, et il se propose de 
donner de l’extension à cette nouvelle culture. 

Malgré ces résultats encourageants et une progression as- 
cendante très-marquée dans les produits de toute sorte, M. Har- 
mand nous a spontanément déclaré que l’équilibre entre la 
recette et la dépense n’était point encore établi : avons-nous 
besoin de dire que nous aurions été étonnés d’un résultat 
contraire, et qu’il n’est pas possible qu’une révolution aussi 
complète entre le passé et le présent soit dès maintenant 
indemnisée des charges qu’elle impose; tout ce que l’on est 
autorisé à induire de l’expérience commencée , c’est qu’elle 
ne peut tromper les prévisions sur lesquelles elle repose. 

En conséquence, nous avons pensé que M. Harmand avait 
bien mérité , et nous vous proposons de lui accorder une 
médaille en vermeil et une prime de 200 francs. 


M* Philippe 9 à I\omont. 

La ferme que M. Philippe exploite à Romont possède , 
entre autres, une pièce de terre de 12 hectares située dans 
la vallée, à très-petite distance du village de Roville-aux- 
Chênes. Loin du centre de l’exploitation , sa disposition 
presque horizontale, qui faisait obstacle au facile écoulement 
des eaux , la rendait à la fois impropre à la culture des 


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— 11 — 

céréales et à la production des herbes naturelles : elle était 
à peu prés exclusivement abandonnée à la pâture , offrait à 
l’œil des inégalités nombreuses , des mares où l’eau croupis- 
sait, des genêts, un asile enfin créé tout exprès pour le 
gibier et d’autant plus triste pour l’agronome qu’il était plus 
agréable pour un chasseur ; on ne retirait pas trois cents 
francs de ces douze hectares. 

M. Philippe avait observé depuis longtemps que lorsque 
les eaux de la rivière s’élevaient, elles couvraient facilement 
cette pièce de terre qui en est très-rapprochée , et que si 
l’on parvenait d’une part à les répartir également sur toute 
la surface, de l’autre, à les amener régulièrement, sans 
attendre les débordements qui ne se produisent pas toujours 
en temps utile, on pourrait, à peu de frais , rendre tout cet 
espace à la production des fourrages. 

M. Philippe trouva dans son propriétaire des dispositions 
favorables à l’exécution de son dessein , et, après l’avoir fait 
étudier avec soin , ils convinrent entre eux que les travaux 
nécessaires pour prendre et conduire les eaux de la rivière 
à la propriété en question seraient exécutés aux frais du 
propriétaire , auquel il serait payé un intérêt annuel de 
4 p. °/ 0 par le fermier qui , de son côté , prenait exclusi- 
vement à sa charge le nettoiement, le nivellement, l’assai- 
nissement , enfin tous les travaux indispensables pour mettre 
le terrain en état de recevoir les eaux amenées et de profiter, 
sur tous les points , du bénéfice de l’irrigation. 

La part qui incombait au propriétaire a été bien exécutée , 
quoique dispendieusement, depuis quatre années; M. Philippe, 
de son côté, s’est mis à l’œuvre avec persévérance, et grâce 
aux moyens économiques que sa grande culture mettait à sa 
disposition , il a pu , avec ses attelages , son personnel de 
domestiques et des manœuvres qui lui donnaient leur travail 
en échange de journées de battage, de labours et de semailles 
exécutées par lui, aidé aussi par quelques-uns de ses parents, 
il a pu , disons-nous , arriver à disposer convenablement la 
surface entière de manière à la faire profiter partout des 


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— 78 — 

bienfaits de l'irrigation , sans dépense autre que celle du 
temps qu’il y a consacré , et sans laisser en souffrance 
aucune des autres parties de son exploitation. 

Si cette' transformation que nous avons vue de nos yeux 
laisse encore quelque chose à désirer, nul doute que l’avenir, 
l’avenir qui sera demain , ne fasse disparaître ces imper- 
fections de détail dont l’intérét bien entendu de M. Philippe 
lui fait une loi de htUer le redressement; il nous en offre la 
plus sûre garantie par la comparaison du passé au présent, 
qu’un chiffre résume avec éloquence : on retirait à peine trois 
cents francs autrefois de ce terrain , qui , après quatre années 
seulement, en a produit douze cents à la récolte dernière. 

Voici donc, dès aujourd’hui , le résultat de cette opération 
menée à bien par le concours éclairé du propriétaire et 
du fermier : d’une part, un placement de fonds qui pro» 
duit au bailleur un intérêt de 4 p. % par année ; puis une 
augmentation de la valeur foncière de plus de 20,000 francs. 

Pour le fermier, qui ne fait point entrer en ligne de compte 
ses travaux exécutés en temps morts et sans bourse délier, 
la dépense se traduit par le payement de l’intérét des sommes 
engagées, soit deux cents francs par an, c’est-à-dire an 
bénéfice net de mille francs à la quatrième année. 

C’est avec d’autant plus de satisfaction que nous faisons 
ressortir ces résultats, qu’il nous arrive plus rarement de 
constater cet accord entre le propriétaire et son fermier, et 
c’est pour ajouter au bénéfice réel qu’il a retiré de son travail 
l’honneur de vos encouragements , que nous vous proposons 
d’accorder à M. Philippe une prime de 200 francs et une 
médaille en vermeil 

M. Salmon , à Avière. 

Propriétaire et cultivateur à Darnieulles, où il est né, 
M. Salmon avait éprouvé, toute sa vie, les inconvénients d’un 
morcellement exagéré; c’est pour cela que, l’occasion se pré- 


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sentant, il acheta, il y quelques années, la propriété qu'il 
occupe aujourd’hui. Après y avoir fait des constructions 
considérables , établi une féculerie , il s’est livré autour dé 
sa nouvelle habitation à d’importants travaux d’assainissement, 
d’irrigation, de nivellement, ne faisant en cela, au surplus, 
que continuer ce qu’il avait toujours fait et y apportant cette 
ardeur qui devient insensiblement ce que j’appellerai la passion 
de la terre, passion qui, à l’exemple des autres, s’accrott 
d’intensité en proportion de ce qu’on lui donne et des satis- 
factions qu'elle procure. 

Un compte rendu détaillé des travaux dont nous avons 
fait la visite , nous conduirait au delà des limites qui 
nous sont imposées; qu’on nous permette cependant quel- 
ques renseignements sur les résultats principaux obtenus et 
sur les moyens mis en œuvre. 

Au sud-ouest , en amont des bâtiments de l’exploitation , 
il y avait des terrains sillonnés par un ruisseau dont les 
sinuosités retardaient l’écoulement ; de plus , les inégalités 
du sol , entretenues et augmentées par l’abandon d’une 
grande partie de' cet espace de terrain livré sans discrétion 
aux animaux domestiques de toute espèce , en faisaient une 
chose sans valeur ; et d’un sol qui , par sa nature et sa 
position, aurait dû être extrêmement productif, on ne tirait 
qu’une utilité insignifiante. M. Salmon n’était pas homme 
à laisser longtemps les choses en cet état: il redressa d’abord 
le ruisseau sur une longueur de plus de 350 mètres; cela 
fait, il procéda au nivellement de toute cette surface, en 
même temps qu’il établissait des drains pour compléter l’as- 
sainissement commencé par le redressement du cours d’eau ; 
pour se procurer les matériaux nécessaires au comblement 
de l’ancien lit . M. Salmon prit des terres à l’extrémité des 
champs qui venaient aboutir sur le terrain en construction; 
et quant aux pierres employées pour ses drainages , il allait 
les prendre dans celles de ses propriétés où leur extraction 
produisait une autre sorte d’amélioration, faisant, pour me 


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servir de l’expression vulgaire , d’une pieirë deux coups. 
Grâce à ces diverses opérations , il a créé près de trois 
hectares de prés extrêmement abondants , là où l’on n’obtenait 
qu’une pauvre pâture. 

De l’autre côté de la route, en aval de l’habitation , il 
avait affaire à des prés , trop humides dans la partie basse , 
trop secs au-dessus ; comme dans la partie dont nous par- 
# lions tout à l’heure , il a redressé le ruisseau et nivelé le 
terrain, puis, au moyen d’un aqueduc souterrain à travers 
la route , il y a conduit de chez lui toutes les eaux chargées 
de résidus de fécules et du purin des écuries ; grâce à cette 
circonstance, la propriété s'est sensiblement améliorée. 

Disons un mot de ses procédés : quand il a des écrête- 
ments considérables à faire, M. Salmon procède de la ma- 
nière suivante : toutes les fois que l’emploi de la charrue 
est possible , il donne un labour énergique; puis des ouvriers 
en enlèvent le produit avec la pelle et le transportent sur 
brouettes Ou voitures selon l'éloignement. Cette première 
couche enlevée, la charrue recommence son travail sur le 
sous-sol mis à nu et l’entame comme elle l’a fait de la couche 
végétale; après elle, viennent les ouvriers qui procèdent au 
chargement et à l’enlèvement comme la première fois ; l’opé- 
ration se continue ainsi jusqu’à ce qu’il n'y ait plus de terres 
à écréter, ou que des roches s’opposent à la manœuvre de la 
charrue. 

M. Salmon s’est toujours bien trouvé de cette méthode 
qui lui a procuré une notable économie, par la rapidité 
de l’exécution, les ouvriers n’ayant qu’à charger des tranches 
de terre découpées par la charrue , sans être obligés de la 
détacher avec la pioche ou la bêche. , 

M. Salmon ne se contente pas d’améliorer les terres qui 
lui appartiennent : pour rendre plus avantageuses, par le 
rapprochement et l’agglomération des parcelles , les condi- 
tions de sa culture , il n’a pas dédaigné de devenir fermier, 
et, ce qui n’est pas moins digne d’éloges , c’est qu’il s’est 


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mis à drainer, à assainir et à niveler les terrains de la fermé 
comme il fait des siens propres. 

Nous recommandons cet exemple aux méditations de quel- 
ques cultivateurs encore assez arriérés pour croire qu’ils 
compromettent leur dignité , et deviennent l’inférieur du 
propriétaire dont ils prennent la terre à bail : comme si 
ce contrat n’imposait pas des obligations réciproques aux 
parties contractantes mises sur un pied complet d’égalité 
et entièrement libres à l’égard l’une de l’autre , du moment 
qu’elles ont exécuté les conditions par elles librement con- 
senties. 

Pour nous résumer, nous dirons que plus de 3,000 mètres 
cubes de terre ont été transportés dans ces divers travaux 
et que , sur une propriété assez morcelée , d’une contenance 
d’environ 60 hectares , tant prés que champs , il existe au- 
jourd’hui plus de 1,600 mètres de drains en pierres. 

Malgré ces résultats obtenus , M. Salmon n’aurait point 
provoqué sur eux votre attention , trouvant qu’ils n’avaient 
pas encore le degré de perfection qu’il s’est proposé d’at- 
teindre, s’il n’avait obéi à la bienveillante contrainte d’un 
de nos collègues. 

Si notre rôle ne met pas la récompense de la vertu morale 
dans nos attributions , il ne nons est pas interdit de louer 
une modestie que nous ne rencontrons pas toujours dans vos 
lauréats, et elle serait un titre de plus pour M. Salmon, 
s’il en avait besoin , à l’octroi d’une récompense que nous 
vous proposons de lu i accorder et qui consiste dans uné 
médaille de première classe et une prime de 100 fr. 

M. Demangeon , Siméon , à Golbcy. 

M. Demangeon est un de vos lauréats des années précé- 
dentes. Lorsque nous avons visité sa propriété , qui se com- 
pose de 10 hectares 50 ares, nous avons été frappés des 
soins vigilants dont elle est l’objet dans toutes ses parties ; 
les labours des champs sont faits avec un soin minutieux ; 


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les rigoles de séparation parfaitement curées; les rigoles 
des prés entretenues de manière à conduire les eaux chargées 
de purin descendant de la maison jusqu’aux extrémités in- 
férieures; il n’y a pas jusqu'aux arbres du verger, qui 
ne témoignent des soins dont ils sont l'objet de la part du 
propriétaire vigilant. 

Pourtant’, votre Commission , jalouse de donner à vos ré- 
compenses toute l’autorité morale qui en fait le mérite, et 
considérant que la première condition pour atteindre ce but, 
c’est de ne les accorder qu'avec mesure et discrétion , vous 
propose de donner à M. Demangeon un rappel de médaille 
et une somme de 50 fr. 

M. label, aux Forges. 

M. Aubel n’a ni écurie, ni bétail d’aucune sorte , et pour- 
tant il cultive avec succès la pomme de terre sans autre 
instrument que la bêche; c’est, vous le voyez, de la cul- 
ture maraîchère, mais avec une variante considérable , c’est 
qu’il cultive sans engrais. Nous avons parcouru plusieurs 
champs de pommes de terre , d’une étendue de 60 à 70 
ares , qui se distinguaient au milieu des autres par leur 
bonne tenue et par la santé de leurs produits : comment 
obtient-il de pareils résultats? par les défoncements. Cela 
peut-il durer longtemps? non. 

Aussi , en accordant à M. Aubel une prime de 25 fr. , 
est-ce le travail que vous récompensez , malgré le système 
de culture sans fumure que vous condamnez formellement. 

PRIMES ORDINAIRES DE LA SOCIETE D'EMULATION. 

Le brigadier Thomas. 

De nombreux travaux de reboisement et de repeuplement 
dans les forêts de Charmes ont été opérés depuis trois ou 
quatre ans, sous la direction du brigadier Thomas; grâce 


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h l'intelligence et an zèle qu’il a particulièrement apportés 
dans l’accomplissement de cette partie de ses fonctions , toutes 
ces opérations ont parfaitement réussi. Nous ferons remarquer 
entre autres què dans la forêt du canton du Saulcy, là 
commune avait fait par elle-même une première tentative 
restée infructueuse; l’opération confiée ultérieurement à l’ad- 
ministration forestière a réussi à souhait et n’a coûté qu’une 
somme de 1,050 fr. , réalisant une économie que l’on estime 
à 500 fr. 

Dans la même forêt, un repeuplement de 95,000 plants 
de diverses essences, chêne, hêtre, fresne, bouleau, exé- 
cuté sur une étendue de trente hectares , au moyen d’une 
somme de 850 fr. mise en charge sur la coupe de l’exercice 
de 1862, a eu un succès complet. Dans une autre partie 
de celle forêt et Sur un espace d’environ trois hectares, on 
est parvenu, avec une somme de 105 fr. imposée sur une 
coupe en 1862, à replanter avec économie 13,000 plants de 
différentes essences qui n’ont pas moins bien réussi que les 
précédents. 

Tous ces travaux et d’autres encore qui ont mis en œuvre 
plus de 176,000 plants ont été exécutés sous la direc- 
tion du brigadier Thomas , qui nous est signalé en même 
temps par ses chefs , pour son zèle et son intelligence : 
nous vous proposons en conséquence dé lui accorder une 
médaille de première classe et une prime de 50 fr. 

M. Demangeon aîné , fabricant de chaux 
au Saut-le-Cerf. 

M. Demangeon avait créé en 1859 un four à chaux de 
forme et de dimension ordinaires , cuisant en moyenne en- 
viron 8,000 kilog. de chaux dans l’espace de 48 heures , 
moyennant une dépense de 25 à 30 stères de bois. Il est à 
remarquer que la cuisson s’opérait exclusivement au profit 
de la chaux, et que beaucoup de chaleur était ainsi perdue. 

Voulant tirer parti de sa situation , à la porte d’une ville 


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qui lui procure des débouchés faciles , M. Demangeon, fort 
de l'expérience qu’il faisait depuis plusieurs années, a donné 
un notable accroissement à sa fabrication à laquelle il a 
ajouté celle des briques. 

Voici comment il est arrivé à obtenir une notable éco- 
nomie sur les prix de revient : il a imaginé un système 
de fours pour lequel il a pris un brevet d’invention , et qui 
consiste dans deux compartiments, de forme ovoïde, su- 
perposés l’un à l'autre dans le sens de leur longueur, des- 
tinés à cuire la chaux dans celui du dessous, au bas duquel 
se trouve le foyer, les briques dans le compartiment su- 
périeur communiquant par l’étranglement intermédiaire avec 
celui du dessous, qui lui transmet sans perte toute la chaleur 
non absorbée par la chaux. 

Les récipients sont disposés de telle sorte que la chaleur 
enveloppe les deux massifs en cuisson et les pénètre partout, 
au grand avantage de toutes les pièces qui les composent, 
sans déperdition aucune. 

Les avantages de ce système sont nombreux et faciles à 
comprendre, il nous suffira de les indiquer succinctement. 

Dans les fours ordinaires , lorsque les briques reposent 
directement sur le massif de pierres , aussitôt que la' cuisson 
commence, il s'opère un tassement qui nuit à la fois à 
la chaux , que le feu ne pénètre pas intérieurement , et aux 
briques , dont l’ordre est dérangé par ce mouvement et qui 
ne reçoivent plus l’action de la chaleur dans toutes leurs 
parties. L’inégalité de cuisson , en tous cas , se produit né- 
cessairement , ce qui fait que la plupart de celles qui 
sont en contact direct avec la chaux , sont vitrifiées , quand 
celles du milieu ou du dessus sont incomplètement cuites. 
Cet inconvénient est beaucoup moins grave dans les fours 
Demangeon. 

Un autre avantage, et celui-là est capital : le four Demangeon 
met autant de temps que les autres , c’est-à-dire 48 heures , 
mais il emploie la même quantité de bois à cuire le double 
de chaux et de briques (32 stères de bois pour 47 ou 18,000 


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kilog- de chaux et U ou 45,000 briques). C’est-à-dire que 
l’économie est dans le rapport de 4 à 2 , si l’on impute à 
la chaux tous les frais de cuisson , et que (a brique ne 
coûte rien. Les frais de manutention et les frais généraux 
sont plus élevés, mais l’économie de combustible eide temps 
est incontestable. 

On comprend que la forme et la disposition des fours leur 
donne une indépendance réciproque , qui en permet la vi- 
dange simultanée , ce qui procure une économie de temps 
considérable. 

Enfin, grâce à une plus grande puissance de tirage des 
cheminées, le refroidissement des fours p lieu beaucoup 
plus rapidement, nouvel avantage non moins précieux. 

Nous ne parlerons pas de la culture de M. Demangeon , 
elle n’est qu'un accessoire obligé, et trop peu important, de 
son industrie ; 'disons cependant que, gfâce à l'importance 
de sa fabrication , il en retire un mélange de céndres et 
de poussière de chaux , que l’on assure pouvoir remplacer 
les cendres ordinaires ; 4,400 hectolitres de cet amendement, 
au prix de 0 f ,75 e , ont été vendus dans les communes d’Uze- 
main , d’Uriménil , de Dounoux , d’ Arches , d’Épinal et 
d’autres localités du voisinage où dominent les terrains 
siliceux. 

C’est un service rendu à l’agriculture du pays : à cette 
considération et surtout pour le mérite’ de ses fours nouvelle- 
ment créés, nous vous proposons d'accorder à N. Demangeon 
une médaille de première classe en argent. 


M. Noël, de Thunimont. 


Lors de sa visite, votre Commission voyageuse ne ren- 
contra point M. Noël, mais un de ses amis, M. Philippe, 
et son teneur de livres, qui mirent la plus parfaite obligeance 
à lui montrer et à lui dire ce que M.. Noël avait fait et ce 
qu’il voulait faire. 


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Or, voici ce que votre Commission a vu : une écurie double, 
bien éclairée, bien aérée, dans de bonnes conditions, en 
yn mot , pour le bétail qu'elle est destinée à recevoir, pou- 
vant contenir de 44 à 46 têtes de gros bétail, n'était pas 
encore terminée, mais sur le point de l'être. 

C’est tout ce qu’on a montré en matière de construc- 
tions restaurées , et tous ceux qui ont visité Thunimont 
reconnaîtront que les anciennes, par leur vétusté, ouvrent 
un vaste champ à l'activité de M. Noël qui, depuis une 
année seulement, est propriétaire unique, et l'on ne peut 
tout faire à la fois. 

Quant aux améliorations foncières , on a fait voir, auprès 
de celle nouvelle* étable , un côleau boisé dont la partie basse 
a été exploitée h blanc pour être convertie en prairie naturelle, 
lorsque le défrichement et le nivellement en auront été opérés. 
Les terres que ce travail pourra donner en excès serviront en 
môme temps à recharger et à assainir les prés anciens trop 
humides, comme la plupart de ceux du vallon du Coné. 

Ce projet a paru à la Commission d'autant mieux conçu que, 
de la côte au pied de laquelle sont situés les terrains en ques- 
tion , s'échappent des eaux très-abondantes qu’il sera facile 
de recueillir, pour les diriger ensuite à volonté sur les points 
de la surface que l’on se propose de convertir en prairie. 

Enfin , les Commissaires ont vu , en aval de l'établissement , 
des prés qu’on est en train d'améliorer en les nivelant au 
moyen de déblais et de terres , que le propriétaire fait trans- 
porter à l’entreprise. 

La Commission alors, considérant que toutes les améliora- 
tions que se propose M. Noël ne sont pas encore terminées, 
et ne peuvent d’ailleurs pas l'être à cause de l’étendue consi- 
dérable de la propriété et du peu de temps depuis lequel 
M. Noël la possède; considérant que, si M. Noël peut mener 
à bien ses travaux, ce ne sera pas une simple récompense 
de la Société, mais une prime du Gouvernement qu'il mé- 
ritera, à cause du bon exemple qu’il donnera dans un 
pays qui en a besoin, la Commission voyageuse * disons- 


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— 87 — 


nous , avait demandé de surseoir jusqu’au jour o (1 M. Noël 
attirerait son attention sur des faits accomplis. 

Plusieurs membres ont fait observer que la Commission de 
visite n'a pas été suffisamment renseignée par les représen- 
tants de H. Noël ; qu'ainsi , outre l’écurie , prés d’être 
terminée, qui déjà donne à M. Noël un droit acquis à la 
récompense promise par les programmes de la Société, il 
existe chez lui une comptabilité tenue en partie double, 
objet pour lequel les mêmes programmes promettent aussi 
une récompense; et qu’enfln une notable étendue de prairie 
a été livrée à des améliorations bien entendues et dès à pré- 
sent terminées , ainsi qu'ils ont eu occasion de s’en assurer 
à plusieurs reprises. En conséquence, tout en reconnaissant 
qu’il n’y a pas ÿeu , cette année, d’accorder une des primes 
d’ensemble d’exploitation allouées par le Gouvernement, ils 
proposent de décerner à M. Noël, sur les primes de la Société, 
une médaille de 1™ classe en argent. Celte proposition , adoptée 
par la Commission , a été confirmée par la Société. 

M. Pentecôte, à Prey. 

M. Pentecôte est de la race de ces pionniers énergiques 
et persévérants que nous n'avons trouvés que dans nos mon- 
tagnes. 

Extraire les roches quand elles se montrent à la surface 
ou qu’elles en sont trop rapprochées; avec les matériaux qui 
en proviennent combler les dépressions du terrain qui ren- 
daient les transports difficiles; à côté de véritables moraines , 
creuser des fosses profondes destinées à les recevoir pour être 
recouvertes des terres produites par les fouilles ; assainir le 
terrain au moyen du drainage en pierres , opération que l’on 
pratiquait dans nos montagnes bien longtemps avant que le 
mot ne nous vint d’Angleterre; niveler les surfaces et conduire 
l’eau sur tous les points avec une habileté de coup d’œil dont 
la notoriété a franchi les limites de notre département , telle 
est, en deux mots, l’œuvre quotidienne que nos compatriotes , 


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accomplissent depuis bien des années et qui , grâce à leur 
énergie et leur habileté, touche à sa fin. 

M. Pentecôte a pris sa part de ce labeur. 11 y a plus de 
trente ans , il se trouvait en présence de terrains stériles , 
occupés ici par les roches qui les couvraient, là par des 
fondrières , dont le sol corrompu par le séjour des eaux 
stagnantes absorbait en pure perte des éléments précieux 
de fécondité. Après avoir enlevé les roches et nivelé le 
terrain , il a profité des eaux pour l'arroser et le transformer 
en bons prés; là où il n’avait pas d’eau à sa disposition 
et où l’extraction des roches aurait été un travail au-dessus 
de ses forces, il a planté et semé des bois de différentes 
essences parfaitement réussis. C’est ainsi qu’il a pu créer 
de bons prés et trois hectares de beaux bojs. 

Ces résultats sont d’autant plus recommandables , que 
M. Pentecôte, resté veuf de bonne heure, les a obtenus 
avec les aides qu’il avait à son service et sans autres dé- 
penses que celle de son temps. Votre Commission vous 
propose en conséquence d’accorder à M. Pentecôte une mé- 
daille de première classe. 

M. Vaudrey-Evrartl , horticulteur à Mirecourt. 

Il n’y a guère dans le département des Vosges que les 
arrondissements de Neufcbôteau et de Mirecourt qui , par la 
constitution géologique de leur sol et leur température relati- 
vement plus douce, puissent se livrer avec succès à l’arbori- 
culture. Aussi est-ce là que vous trouvez , depuis un temps 
immémorial , la culture de la vigne sur une grande échelle; là 
aussi que, depuis non moins longtemps peut-être, on voit tout 
autour de la ville, comme une couronne de verdure, de nom- 
breux vergers qui produisent en abondance des poires, des 
pommes, mais surtout une incomparable espèce de couetscbs 
et de mirabelles, non moius bonnes qu'agréables à la vue par 
leur couleur violet-doré. 


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On comprend dès lors que , lorsque les notions scienti- 
fiques d'arboriculture et, à leur suite, la plantation se sont 
répandues depuis une quinzaine d’années, Mirecourl se soit 
associé au mouvement général, et que des horticulteurs, com- 
prenant le parti qu’ils pouvaient tirer commercialement de la 
position favorable de cette ville , en aient fait le centre de 
pépinières qui envoient leurs produits sur tous les points du 
département. 

C'est ce qu’a fait M. Vaudrey-Evrard , en établissant ait 
faubourg de Poussay , dans l’enceinte même de la ville , un 
jardin considérable où , pour mettre les nombreux sujets qu’il 
se proposait d’élever dans les meilleures conditions , il a drainé 
et assaini le terrain. 

Les témoignages les pins respectables sont unanimes dans 
les éloges qu’ils donnent à l’œuvre très-importante de M. Vau- 
drey , vous avez donc pensé qu’il convenait de lui donner 
une médaille de première classe ponr le récompenser de 
ses travaux et de son intelligence. 

SL Georgel , propriétaire au Tholy. 

La propriété de M. Geocgel est assise sur un mamelon , 
au pied duquel la Goutte-Villemin , comme l’indique suf- 
fisamment son nom, s’écoule modestement dans les temps 
ordinaires , mais devient , par les grandes eaux et la fonte 
des neiges, un torrent redoutable qui , dans son extrême 
rapidité , entraîne les terres , les bois , les pierres dans ses 
flots tumultueux. 

M. Georgel a bien vite compris qu’il serait emporté s'il 
se laissait prévenir, et, montant Son énergie à la hauteur 
du danger, il l’a attaqué résolûment et en a fait le travail 
de toute sa vie. 

D'un côté , il a boisé avec succès quatre hectares de ter- 
rains sablonneux , qu’il a , de celle façon , protégés contre 
les ravines que les eaux d’orages déterminent toujours sur 
les pentes siliceuses ; de l’autre , il a changé le cours du 


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ruisseau pour en diminuer un peu la rapidité , puis il I*a en- 
caissé dans un revêtement habilement fait avec de grosses 
roches; il a complété son œuvre, en étageant de petits 
barrages très-rapprochés les uns des autres, pour arrêter 
ou mieux pour ralentir l'impétuosité du torrent. Enfin , il 
a. fait croître et il entretient du gazon sur les rochers qu’il 
est parvenu à soustraire à la dévastation. 

Voilà ce que les renseignements’ les plus dignes de foi 
nous apprennent, sur les travaux depuis longtemps exécutés 
et entretenus avec une sollicitude de tous les instants par 
M. Georgcl , auquel , pour ces motifs , nous voias proposons 
d’accorder une médaille de première classe. 

M* Didelot , Joseph , cultivateur à Barbonfoing , 
commune de Dommartin-aux-Bois. 

M. Didelot a une exploitation totale de 24 hectares, dont 
4 hectares de prairies naturelles; le trèfle est la seule prairie 
artificielle en usage chez M Didelot. 

Depuis deux ans, il a introduit chez lui la culture delà 
petite lentille qui , l’an dernier, sur un hectare, lui a donné 
20 hectolitres, mais ce n’est point sur cette innovation que 
nous voulons attirer particulièrement votre attention , mais 
sur l’amélioration, nous pourrions dire la création de prés 
naturels. 

A une distance assez éloignée de l’habitation et dans une 
gorge étroite où l’affluence des eaux avait déterminé autrefois 
la formation d’un étang , dont la chaussée a été crevée depuis 
longtemps , M. Didelot possédait un pré situé dans le fond , et 
d’une humidité telle qu'il ne produisait que des joncs et 
du fourrage sans valeur; il a fait l’acquisition d'un champ 
qui se trouve dans le coteau parallèle à ce terrain et qu’il 
a jeté dans le pré inférieur, le relevant par place de plus 
de deux mètres. Comme on le pense bien , cette opération 
a eu un succès complet et a fait un terrain de premier ordre, 
là où il n’y avait qu’un pré improductif. 


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C’est pour récompenser ce travail intelligent et énergique, 
que vous avez décidé qu’une médaille de 2° classe et uno 
prime de 25 fr. seraient accordées à H. Didelol. 

HL Marchand, instituteur à Mazelîiy. 

L’idée d’associer aux notions premières que l’on donne 
à nos enfants des éléments d’agriculture pénètre rapide- 
ment chez nous, et sur différents points du département, 
on signale des essais jusqu’à présent circonscrits dans les 
limites de l’initiative individuelle, mais que nous espérons 
voir bientôt se généraliser. 

Vous n’avez pas oublié avec quelle méthode, avec quelle 
persévérance M. Lécolier, instituteur à Senones, est parvenu, 
avec les seules ressources et le concours éclairé des notables 
habitants du lieu, à créer une pépinière d’arbres fruitiers 
et des élèves graduellement préparés à les traiter dans toutes 
les phases de la végétation. 

Aujourd’hui, c’est dans la partie purement agricole du 
département que nous constatons le mouvement que -je 
viens de vous signaler dans l’instruction primaire. Dans un 
mémoire adressé à la Société d’Émulalion , M. Marchand, 
instituteur à Mazelay, nous apprend qu’après bien des ef- 
forts infructueux, il est enfin parvenu à obtenir en 4865, 
d’une administration municipale plus éclairée , un concours 
effectif : un terrain de 40 ares et une subvention de 200 fr. 
pour l’acquisition des arbres ont été mis à sa disposition. 
M. Marchand s’est mis immédiatement à l’œuvre et a planté, 
au printemps de 4865, 2,000 arbres, aidé seulement de ses 
élèves; au printemps de 4866 , il a augmenté sa. plantation 
de 4,000 nouveaux sujets; 4,200 ont été greffés l’an dernier, 
toujours par lui et par ses élèves , et ont généralement bien 
réussi. 

Tels sont les résultats signalés par M. Marchand; ils les 
fait suivre de considérations inspirées des sentiments les plus 
honnêtes , mais en dehors du monde réel , sur ce que devrait 


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être l'arboriculture, et sur l’heureuse influence qu'elle exer- 
cerait pour la moralité de nos campagnes. 

C’est dans le but de récompenser les faits acquis et d'aider 
à leur développement , que vous avez décidé que M. Marchand 
recevrait une médaille de 2 a classe et une somme de 100 fr. , 
qui devra être spécialement consacrée à l’affermissement de 
l’œuvre. 

M. Vautré, Joseph, garde forestier à Vaubexy. 

Dans les forêts d’Ahéville , Jorxéy, Vaubexy, Racécourt , 
des opérations de reboisement exécutées sur plus de 20 hec- 
tares où l'on a repiqué 194,000 plants d'essences diverses 
ont parfaitement réussi, sous la direction active et intelligente 
du garde forestier Vautré; grâce à des prestations en na- 
ture et à de minimes sommes mises en charge sur les 
coupes, on a obtenu des résultats considérables avec de 
faibles ressources'. 

Comme le brigadier Thomas , Joseph Vautré vous est si- 
gnalé par ses chefs pour le zèle qu'il apporte dans l'exé- 
cution de ces sortes d'améliorations Nous vous proposons 
en conséquence de lui accorder une médaille de deuxième 
classe et une somme de 25 fr. 

M. Peutot, de Barbonfoing. 

M. Peutot avait autour de sa maison des terres d’un faible 
rapport , qu'à raison de leur élévation , il était obligé de 
conserver à la culture ordinaire des céréales et autres pro- 
duits variables. D’un cêté , son exploitation étant assez con- 
sidérable , et , de l'autre , manquant des aisances toujours 
nécessaires autour d'une ferme importante , il résolut , par 
ce double motif, de convertir les terres qui le touchaient 
en prairies et en verger. Pour cela , il fut obligé de faire un 
nivellement de terrain qui entraîna de longs et pénibles tra- 
vaux. Sa constance a été couronnée de succès et il est parvenu 


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à créer, un verger d'une étendue de plus de 25 ares , où les 
fruits abondaient quand nous l’avons visité, et un pré de 
plus de 60 ares qui le touche. 

Vous avez décidé qu'une médaille de 2* classe serait ac- 
cordée à M. Peutot. 


M. Bronswick. 

M. Bronswick vous a adressé, sur l'agriculture du canton 
de Mirecourt , un volumineux mémoire qui témoigne 
par son développement du zèle dont il est animé pour la 
prospérité de notre plus grande industrie. Dans un premier 
chapitre consacré aux engrais , il parle du fumier et de 
quelques soins qu’on devrait lui donner pour accroître son 
efficacité. A cette occasion , il rappelle la méthode d’un 
cultivateur de Chambéry qui, pour augmenter la masse de 
ses engrais, procède par couches alternatives de terre, de 
fumier et de débris végétaux qu’il recueille avec soin , le 
tout arrosé avec du purin. Dans un autre, il parle de la 
luzerne et des betteraves et conseille avec raison , croyons- 
nous , de ne pas faire durer trop longtemps la luzerne , au- 
trement on se prive d’une partie du bénéfice qu’elle pro- 
cure à la terre. Il parle ensuite des assolements et voudrait 
que les prairies artificielles y occupassent une étendue plus 
considérable. Parlant ensuite des bêtes à cornes , il affirme 
leur supériorité sur les bêtes à laine- A ce sujet , nous di- 
rons à M. Bronswick qu’il a raison s'il les considère comme 
instruments de travail , mais qu’il ne serait probablement 
pas d’accord avec les cultivateurs éclairés de tous les pays, 
en considérant les deux espèces comme bêtes de rente. 
A propos de la vigne , il reproduit de M. Dumas , jardinier 
en chef de la ferme école du Gers , sur l’efficacité de la taille 
d’automne comparée à la taille du printemps, une lettre 
que nous recommandons aux vignerons : ils y trouveront 
des raisons puisées dans l’observation des phénomènes de 
la vie végétale , qui devront les amener, non pas à adopter 


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— 94 - 

incontinent et d’une manière absolue la taille de l’automne 
recommandée par l'auteur, comme donnant plus de garantir 
contre la gelée , mais au moins à V essayer. 

Enfin, il termine par un chapitre sur la destruction de 
quelques insectes nuisibles à l’agriculture. 

Ce travail témoigne, comme nous le disions en commen-' 
çanl, de beaucoup de zèle pour l’agriculture, et vous avez 
voulu le récompenser, en donnant à son auteur une médaille 
de 2 e classe. 

M. Gérard , Jean-Baptiste , à Sapois. 

M. Gérard , cultivateur à Sapois , vous a adressé un mé- 
moire fort intéressant et très-étendu sur la culture du canton 
de Saulxures. Saris aucune prétention , il dit en homme 
pratique ce qui se passe autour de lui et ce qu’il fait lui- 
même; il le dit simplement et clairement, et lorsque l’on 
arrive à la fin du mémoire qui ne compte pas moins de 
56 pages in-4°, il reste peu de questions qui n’aient été 
éclairées relativement à la culture du canton de Saulxures. 
Si, maintenant, on considère que ce canton se trouve dans 
des conditions identiques ou à peu près à celles d’une grande 
partie de l’arrondissement de Remiremont, le mémoire en 
acquiert d’autant plus de valeur, que le cercle de ses obser- 
vations est plus étendu et qu'il embrasse une circonscription 
plus considérable. Nous voudrions vous en donner une idée, 
mais les limites de ce rapport ne nous le permettent pas. 
D’ailleurs , comme nous vous le disions tout à l'heure , la 
forme est simple et n'offre rien de saillant , le mémoire doit 
être apprécié dans son ensemble. 

Vous en avez reconnu le mérite en accordant à M. Gérard 
une mention honorable et une prime de 25 fr. 

M. Thia ville, Jean-Nicolas. 

M. Thiaville exploite , depuis une quinzaine d’années , une 
propriété qu’il a trouvée, à l’origine, dans le plus déplorable 


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état ét dont il est parvenu , à force de travail , à obtenir des 
produits de bonne qualité, extrêmement abondants. Comme 
un de ses voisins, que vous avez récompensé il y a trois 
ans, M. Lecoanet, il a créé une petite féculerie avec les 
bénéfices de laquelle il a pu constituer sa propriété en achetant 
successivement^ et toutes les fois que l’occasion s’en présentait, 
des parcelles de terrain qu'il était obligé de défricher , assai- 
nir, niveler, et sur lesquelles ensuite il dirigeait les eaux char- 
gées des résidus de son usine. C'est ainsi que M. Thiaville est 
parvenu à élever une nombreuse famille, tout en convertissant 
des terrains stériles en prairie féconde. 

C’est afin de donner à M. Thiaville un témoignage d’estime 
pour ses travaux et son habileté, que vous lui avez accordé 
une médaille de deuxième classe en argent. 

M* Blaison, maire de la commune de la Forge. 

Des renseignements puisés aux meilleures sources nous 
montrent M. Blaison comme un hommé des plus laborieux 
et des plus intelligents, qui ne borne pas seulement son 
activité aux soins de. son propre domaine , mais qui étend 
encore sa sollicitude aux intérêts de sa commune, pour la- 
quelle il déploie un zèle qui lui a valu l'unanimité des suf- 
frages de ses concitoyens. 

En présence d'aussi touchants témoignages, vous avez cru 
devoir donner à M. Blaison , maire de la Forge , une mé- • 
daille de 2* classe en argent. 

M. Cholez, Jean-Joseph , à Zincourt.' 

M. Cholez est un des cultivateurs les plus laborieux du 
village de Zincourt, où ils le sont tous; cette commune, 
dont le territoire était couvert d’une multitude de pierriers 
appelés meurjets, dont le double inconvénient était d’oc- 
cuper une énorme surface improductive, et de rendre le 
travail de la culture extrêmement difficile , a complètement 


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96 — 


changé de face depuis la loi de 4836 sur les chemins vici- 
naux. Celte bienfaisante loi promulguée, les habitants se 
sont mis à l’œuvre, à l'envi les uns des autres, et n’ont 
cessé, depuis 30 ans, de conduire sur les chemins de toutes 
classes des milliers de voitures de pierres qu’ils vont ar- 
racher à cette multitude de tas , dont le temps augmentait 
chaque jour le volume, parce que l’on manquait déplacé 
pour les déposer utilement et facilement. 

M. Cholez déploie à cette œuvre de défrichement une 
ardeur qui semble croître avec l’âge , et qui n’est , au fond , 
qu'un très-habile calcul, car il repose sur la certitude ac- 
quise des bons effets obtenus d’un sol vierge, qui lui donne 
une ample* rémunération de ses labeurs. 

C’est pour le récompenser de ses travaux persévérants ët 
opiniâtres , que vous avez décidé d’accorder à M. Cholez 
une prime de 50 fr. 

M. Henry, à Eloyes. 


Sur le bord de la Moselle , au pied du coteau sur lequel 
est bâtie la commune d’Bloyes, s’étend un terrain d’environ 
deux hectares, en aval du pont. Il est tellement couvert de 
gros cailloux qu'il semble avoir formé autrefois le lit de 
la rivière. C’est ce terrain , appartenant à la commune, que 
* M. Henry a entrepris de transformer en prairie. Après avoir, 
dans la partie basse la mieux disposée pour recevoir les 
eaux qui s'écoulent par le coteau du village , nivelé son 
terrain ' il l’a sillonné de rigoles et il est déjà parvenu à 
gazonner une certaine étendue de celte surface où , aupa- 
ravant, il n’y avait pas trace de végétation quelconque ; mais 
il est loin d'avoir terminé son œuvre, pour l’accomplisse- 
ment de laquelle il faudra une longue persévérance. 

C’est en considération des difficultés qu’il aura à surmonter 
et comme encouragement , que vous avez décidé qo'une 
prime de 50 fr. serait accordée à M. Henry. 


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— 97 


M. Puton. 

Dans une lettre au Président de la Société d’Émulation , 
H. Puton fait observer que, dans notre département, un des 
plus boisés de France et peut-être le seul où les étrangers 
viennent chercher des exemples de l’application des sciences 
forestières, bien peu de personnes pourtant savent le premier 
mot de la manière dont on conduit l’exploitation d’une forêt. 

M. Puton a donc voulu nous faire épeler les premières 
lettres de cette science à laquelle nous sommes , je le re- 
connais humblement pour ma part, si complètement étrangers; 
il l’a fait dans un petit livre , que cet aveu nous été le 
droit d’apprécier nous-mêmes, et que, pour cette raison, 
nous livrons au jugement d’un de ses pairs , que nous avons 
la satisfaction de compter au nombre de nos collègues. Je 
cède la place à M. Colnenne, sous-inspeqteur des forêts; nous 
y gagnerons tous. 

Après avoir signalé plusieurs ouvrages d’un grand mérite, 
mais que l’élévation de leur enseignement et même leur prix 
de vente limitent à une classe trop restreinte de lecteurs 
déjà initiés , M. Collenne constate que l’œuvre de M. Puton 
vient satisfaire à un besoin trop généralement senti , et 
ajoute : 

< Cette destination spéciale, ce but essentiel de vulgari- 
sation , commandait un style simple , sobre et particu- 
lièrement clair; il commandait également de restreindre avec 
le plus de soin l’enseignement aux parties les mieux établies 
de la science sylvicole , en sachant éviter les sommets les 
plus élevés, mais parfois les plus nébuleux de cette même 
science. M. Puton me semble avoir réalisé ce programme 
de la façon la plus satisfaisante , et ce n’est point un petit 
mérite d’avoir pu condenser dans un opuscule de 1 50 pages 
ce qu’il faut et tout ce qu’il faut pour comprendre les données 
essentielles de l'aménagement, de façon à pouvoir choisir, 
en connaissance de cause , le mode de traitement d’une forêt 


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qui convient le mieux à des intérêts donnés, et ce mode/ 
une fois choisi , à en suivre l’application intelligente et rai- 
sonnée. 

» Je terminerai par un mot sur la méthode de classement 
adoptée par l’auteur : cette classification est tirée du rôle 
considérable que joue, dans tout aménagement, le mode de 
constitution et d’utilisation du capital de roulement néces- 
saire pour assurer la mise en vigueur des divers procédés 
d’exploitation. 

» Dans la première partie de l’ouvrage , qui a trait aux 
considérations générales d’économie forestière et notamment 
au rapport entre le capital et le revenu , M. Puton fait 
ressortir, d’après la plus ou moins grande importance du 
capital engagé, la division des forêts en taillis , d’une part, 
et en futaie , d’aûtre part. Dans la deuxième partie, où sont 
exposés et discutés les divers procédés d’aménagement, le 
mode de constitution de la réserve permet d’établir dans 
chacun de ces groupes des subdivisions basées sur ce que 
ce capital de roulement est constitué à son chiffre normal , 
soit régulièrement, soit irrégulièrement; ou qu’il est su- 
rabondant, ou qu’il est en déficit. Les procédés de traite- 
ment à appliquer à ces, divers états, pour les ramener, s’il 
y a lieu , à l’état type , sont aussi rattachés à l’idée de 
la constitution du capital engagé, idée fondamentale qui 
domine toute la science de l’aménagement, puisque, en 
définitive , cette science a pour dernier mot de chercher 
les voit s et moyens qui doivent conduire à faire produire le plus 
par le moindre matériel possible immobilisé . Cette méthode 
de classification que, pour ma part, je crois neuve , relie donc 
par une synthèse ingénieuse les diverses parties de la science, 
et sauf le reproche qu’elle serait peut-être mieux à sa place 
dans un livre de haut enseignement que dans une brochure 
élémentaire , de laquelle on a sagement éliminé ce qui a 
trait à la recherche et à la détermination scientifique de ce 
capital engagé , cette méthode mérite d’attirer l’attention des 
écrivains forestiers. » 


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— 99 — 

il ne nous appartient pas de rien ajouter à ce* 
réflexions ; faisons seulement des vœux pour que le ca- 
téchisme que H. Puton vient mettre au service de notre 
ignorance , fasse bien vile son apparition à l'étalage du li- 
braire; nous pouvons lui prédire qu’il n’y restera pas 
longtemps. Si le retentissement que vous donnez à cé 
livre par l’autorité de vos suffrages peut contribuer à sa 
diffusion dans le public désireux de s'instruire, nous nous 
féliciterons d’avoir été votre organe pour cette œuvre de 
vulgarisation. 

Nous vous proposons en conséquence de décerner àM. Puton 
une de vos récompenses les plus élevées, c’est-à-dire le prix 
fondé par feu M. Claudel, votre ancien collègue, une médaille 
en vermeil, pour son livre intitulé : Y Aménagement des 
forêts. 

CONCLUSION. 


Ainsi que nous vous le disions en commençant , la situa- 
tion géographique de l’arrondissement d’Épinal, entre la plaine 
et la montagne , lui donne un double caractère : au nord- 
est et nord-ouest , elle ressemble, sous presque tous les rap- 
ports , aux arrondissements de Mirecourt et de Neufchâleau, 
avec lesquels elle est dans des conditions presque identiques 
de sol et de climat, aussi bien que de produit, et les ob- 
servations que nous avons faites au sujet de l'arrondissement 
de Mirecourt s'appliquent de tous points à cette partie de 
celui d’Épinal; nous ne nous y arrêterons donc pas, si ce 
n’est pour signaler, d’une part, le développement de la cul- 
ture du houblon, et, de l’autre, l’amélioration sensible de 
la race chevaline dans la contrée dont Rambervillers est le 
centre. 

C’est principalement sur la partie sud-sud-ouest , comprenant 
les cantons de Xertigny et de Bains , que porteront les ré- 
flexions suggérées par la visite que nous en avons faite. 
De toutes les régions proprement dites agricoles du dépar* 


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- 100 — 

tement, elle est la moins riche, et, nous le croyons, la moins 
éclairée; c’est donc là surtout que doit se porter l’effort 
des hommes qui se préoccupent sérieusement de faire dis- 
paraître l'ignorance , cette lèpre de l’esprit , non moins pré- 
judiciable que les infirmités du corps à l’accomplissement 
de nos destinées. 

Nous vous disions que la constitution géologique du sol 
était argilo-siliceuse , avec sous-sol argileux et souvent terre 
végétale très-légère et très-meuble , d’où la faculté de se 
réchauffer facilement sous l'influence du soleil des mois 
d'avril et de mai, tout en conservant de la fraîcheur entretenue 
par le sous-sol compacte. 

Cette circonstance explique l'abondance et la beauté des 
avoines de printemps. 

Elle donne également la raison de cette culture de pommes 
de terre qui s'est si rapidement développée, grâce à la création 
des nombreuses féculeries élevées comme par enchantement 
sur tous les cours d’eau depuis 15 années; circonstance à 
laquelle , disons-le en passant , la propriété a dû sa libé- 
ration des charges hypothécaires qui la grevaient auparavant. 

Mais il ne faut pas que cette prospérité d'un moment 
aveugle sur l'avenir. Or, pendant qu’on livrait toutes les 
terres arables à une production exagérée de la pomme de 
terre qui, si l’on veut qu’elle dure, demande un sol riche, 
ou, ce qui revient au même , abondamment fumé, le nombre 
des têtes de bétail ne suivait point une progression parallèle, 
peut-être même pourrait-on assurer qu’au lieu de crottre , 
il a diminué. Eh bien I nous affirmons hautement, avec tous 
ceux qui ont quelques notions des lois de la végétation , 
qu’une culture intensive qui demande beaucoup à la terre, 
suppose rigoureusement une production de plus en plus 
abondante de fumier, par conséquent de fourrages de toute 
espèce, et, par conséquent , de bétail. C’est donc un mou- 
vement en sens contraire qui s’est opéré. 

Vainement dira-t-on qu’on a suppléé à l’insuffisance du 
fumier par les cendres et autres amendements minéraux; 


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tout le monde sait qu’un amendement n'a de complète ef- 
ficacité que quand il est accompagné par des engrais pro- 
prement dits, dont il facilite l’assimilation par les plantes. 

Nous connaissons un territoire du pays dont la faculté 
productive avait été épuisée par l’abus de la chaux , parce 
qu'on ne lui rendait pas par les fumiers les éléments qu’elle 
fournissait trop abondamment aux plantes. 

Cela ne veut pas dire que nous condamnons l'usage de 
la chaux , tout au contraire : la froideur du climat et du 
sol de la contrée, objet de nos réflexions, indique l’emploi 
des amendements calcaires, même à haute dose, mais avec 
le complément indispensable et proportionnel du fumier de 
ferme. Si vos terres, au lieu d’être presque entièrement privées 
de calcaire, en avaient en aussi grande quantité que l’ar- 
rondissement de Mirecourt, par exemple, vous produiriez 
comme lui, et avec la même abondance, les céréales qui font 
sa richesse. 

Si Ions brûlez des pailles et des grains de blé ou de seigle , 
les cendres seront des résidus calcaires que la plante a puisés 
dans le sol : et ne croyez pas que les céréales seules absorbent 
du calcaire, toutes les autres plantes s’en nourrissent éga- 
lement; comme elles, les prairies naturelles on artificielles 
en fournissent à leurs produits. Est-ce que ce n’est pas sur 
les bords du Madon . de la Saône , prairies d’alluvions 
essentiellement calcaires, que viennent les meilleurs et les 
plus abondants fourrages? 


Notes relatives au rapport de la Commission d'agriculture , fournies 
par M. Albert. 

1° Consistance de rétablissement. — Ko <858 ou <850, M. De- 
mangeon avait un simple four à chaux et un petit train de 
culture. Aujourd’hui rétablissement comprend deux grands fours 
accouplés , d’une forme particulière , que nous croyons nouvelle 


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— 102 — 

dans le département cl qui a valu à M. Demangeoo on brevet 
d’invention, dalé du 30 janvier 1866 , sous le n° 69,547. 

La forme de chacun de ces fours est assez exactement repré- 
sentée par deux œufs superposés suivant le plus grand axe, ce 
qui forme deux coinparlimetiis distiucts. Le ventre de chaque 
compartiment a à peu près le même diamètre , niais le grand axe 
du compartiment inférieur est plus long que le grand axe du 
compartiment supérieur. Actuellement , y. Demangeon est en in- 
stance pour obtenir un nouveau brevet motivé sur divers perfec- 
tionnements faits celte auuéc. 

En second lieu , un atelier avec de vastes hangars , une machina 
à vapeur de la force de six chevaux , et une pompe pour le malaxage 
de l'argile et la fabrication des briques de toute forme et de 
toutes dimeusious. La pompe , qui élève l’eau de la Moselle à 
plus de 30 mètres de. hauteur, est fort ingénieuse , c’est Teati 
dle-méiue qui s’élève sans aucune tige par le jeu des soupapes 
et des pistons de deux appareils, placés, l’un au bas de la colonne 
ascensionnelle, et l’autre à l'extrémité supérieure. 

Enfin , une petite culture bien soignée , dirigée avec intel- 
ligence ci remarquable en ce sens, qu’elle se coinbiue avec 
I extraction de l’argile et de la pierre à chaux , ce qui permet de 
cultiver avantageusement dans le sol exploité des piaules qui ue 
vieuncnl pas , ou , tout au moins , qui réussissent mal dans les 
propriétés voisines. 

En dernier lieu , pour faire bien apprécier l’importance de ré- 
tablissement , nous dirons que, celte aimée. II. Demangeon a oc- 
cupé jusqu’à 40 ouvriers, qu’il a produit 1,400 tonnes de chaux 
et 900,000 briques. U a en outre livre à ragricultiire 1,400 hec- 
tolitres de poussière de chaux mélangée avec de ta cendre, et, 
enfin , il a planté une boublonnière de quelques arcs. 

2 Ü Partie industrielle — Les fours , aiusi que nous l’avons 
déjà dit , ont chacun deux compartiments superposés et séparés 
par un étranglement. Dans le compartiment inférieur, au bas du- 
quel se trouve une grille et le foyer, on cuit la chaux. Dans le 
compartiment supérieur, au haut duquel se trouve une cheminée 
assez élevée pour activer le tirage , on cuit les briques avec U 


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— 103 — 


flamme cl la chaleur perdue du Tour à chaux. Une disposition 
spéciale et fort ingénieuse existe a la jonction des deux com- 
partiments du four. D'un côté , elle tend à concentrer la chaleur 
dans le compartiment inférieur t de façon II avoir une température 
égale dans toutes les parties du four. D'autre part , elle dirige 
les flammes et la chaleur contre les parois de la chambre supé- 
rieure , afin d'avoir aussi partout la même température et de les 
empêcher de monter verticalement dans la cheminée. Il en résulte 
que la cluux et les briques cuisent également bien sur tous les 
points. L'expérience a aussi appris à M. Demangcon le point où 
il doit observer son four pour apprécier sûrement le degré de 
cuisson de la chaux. Enfin les briques ne reposent pas directe- 
ment sur la pierre h chaux , ce qui permet h celle dernière de 
se tasser sans affecter le massif de briques qui est au-dessus, et, 
d'antre part , on peut opérer le chargement et le défonrnement des 
deux compartiments en même temps, on séparément, suivant les 
circonstances et les besoins du service. 

Il existe daus les Vosges plusieurs fours dans lesquels on cuit 
des briques avec les flammes et la chaleur perdue du four à cbaux. 
Nous n'avons pu voir et comparer au système Demangcon qu'un 
seul de ces foun Ici encore , ces derniers sont loin de présenter 
les avantages économiques du nouveau système. En effet , celui 
que nous avons vu a une cuve de forme rectangulaire , à parois 
verticales, sa section horizontale est de 25 m q. La pierre h chaux 
occupe la partie inférieure et elle est disposée de façon à avoir 
trois bouches h feu. Sur la pierre calcaire , on dispose les briques. 
Nous voyons daus ce système plusieurs inconvénients graves qui 
n'existent pas chez M. Demangcon, savoir: en premier lien, il 
est bien difficile de régler trois foyers de façon à avoir partout 
la même chaleur, d'où résulte une cuisson inégale. En second 
lieu , le tassement de la chaux compromet le massif de briques 
qui est au-dessus, d'où résulte un rebut considérable de briques 
cassées ou déformées , quelquefois même un four entier est com- 
promis , ohaux et briques sont perdues. En troisième lieu , il y 
a une perle considérable de chaleur par ce large orifice , tandis 


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— 404 — 


que les premiers rangs de briqués au-dessus de la chaux sont 
trop cuits , vitrifiés et souvent . soudés. On voit encore ce 
dernier inconvénient se produire dans le four Demangeon , mais 
sur les quelques briques seulement de rétraoglement qui réunit 
les deux compartiments. Enfin , il faut charger et détourner sé- 
parément la chaux et les briques , car on oe peut pas charger les 
briques avant la pierre , ni retirer la chaux avant les briques. 

Le four que nous avons vu peut cuire 4 5,000 kilog de chaux 
el 42,000 briques. Le propriétaire nous a dit qu*il cuisait ces 
quantités de briques et de chaux en 48 heures , avec 30 stères 
de bois et 600 fagots. Déjà la dépense en combustible est plus 
élevée que dans le système Demangeou. Nous ajouterons qu’il est 
peu probable que l’ou puisse entretenir trois grands foyers pen- 
dant 48 heures avec 30 stères de bois et 600 fagots , par con- 
séquent , l'économie réalisée par le système nouvcao ne peut 
pas être douteuse. Elle est encore augmentée par une cuisson 
plus égale , plus parfaite et par une quantité moindre de rebut. 
Après la caisson , le four Demangeon réalise encore une économie 
de temps sur les autres fours. Ainsi, il suffit de 8 h 40 heures, 
en raison du tirage de la cheminée , pour refroidir un four, tandis 
qu'il faut au moins 24 heures pour refroidir un tour ordinaire. 

Considérée an point de vue général du département , l’économie 
de combustible réalisée par le four Demaugeon est excessivement 
importante, à cause du grand nombre de fours à chaux et de 
briqueteries qui existent dans les Vosges. 

Ordinairement , dans noire département , le chaufournier et le 
briquetier entassent sur leurs chantiers le combustible tel qu’il 
leur arrive de la forêt , et ils l'emploient tel qu'il tombe sous la main 
du chauffeur. C'est un défaut de soin et de précaution qui a 
souvent pour résultat, dans un four h chaux et à briques, beau- 
coup d’incuits et beaucoup de rebuts. Aussi est-ce avec satis- 
faction que nous avons remarqué, sur les pares de M. Demangeon* 
un classement raisonné et judicieux de 6on combustible, suivant 
la manière dont chaque essence de bois se comporte au feu. 

L’établissement de M. Demangeon réalise encore des économies que 


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ses collègues ne peuvent pas faire et dont nous n’avons pas à parler, 
attendu qu'elles sont le résultat d’une situation exceptionnellement 
avantageuse pour l’approvisionnement des matières premières. 


Lettre de Bf . Dumas , jardinier en chef de la ferme-école de Bazin , 

à la Société d’agriculture du Gers , extraite du mémoire de 

M. Bronswick. 

« Je fais depuis huit ans , au jardin de la ferme-école , des 
essais relativement à la taille précoce ou tardive de la vigne . 

» C’est sur un contre-espalier où la vigne est élevée selon le système 
adopté à Thoroery, que mes études comparatives ont été faites 

La moitié de celte treille a été taillée à la (in de septembre 
et dans le courant d’octobre, l’autre en février, mars et avril. 

» Les gelées tardives de 1860 et celles surtout du 7 mai 1861 
détruisirent presque complètement les bourgeons de la partie taillée 
au printemps ; ceux qui avaient été taillés en automne résistèrent 
parfaitement , malgré leur position moins favorable. 

» Cependant l’opinion généralement admise parmi nous est que 
la vigne gèle d’autant plus facilement qu’elle est taillée de bonne 
heure. 

• Je viens donc aujourd’hui , par le seul fait de mes expérieoces, 
essayer de prouver le contraire de ce qui a été avancé jusqu’à 
ce jour. 

• Les végétaux , en effet , résistent d’autant plus à l’action de la 
gelée , que la sève absorbée est moins exposée à l’influence ex- 
térieure de l’atmosphère. 

» C’est ce qui se produit en effet, et il n’est pas difficile de voir 
que lorsqu’on aura taillé tard une vigne et que des gelées tardives 
arriveront avant que ies plaies aient en le temps de se cicatriser, 
la sève sera entrée en mouvement , et , par conséquent , comme 
on le dit vulgairement , la vigne pleurera , et plus la sécrétion des 
pleurs sera abondante , plus elle sera exposée à périr. 

• Nous savons tous que souvent, dans nos contrées, certains arbres 
fruitiers, tels que le pécher, l’abricotier, etc. , périssent lorsque 
la température s’abaisse , soit au moment de la floraison , soit au 


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commencement de l’automne. Or, ce n’est pas sur le tissu qui 
constitue la charpente solide du végétal que s’exerce l’action du 
froid , mais bien sur les liquides refermés dans les tissus. 

Dans un arbre , les couches extérieures sont peu humides * et 
par cela môme résistent au froid. 

» Les couehes intérieures, au contraire, de l’aubier étant très- 
aqueuses , sont souvent profondément altérées. 

» Voilà la cause du dépérissement de nos arbres à noyau depuis 
quelques années. 

» Par la taille précoce , il n’y a aucune déperdition de sève ; 
tout est contenu dans les coursons au profit des yeux , lesquels 
poussent au printemps avec une grande vigueur et produisent des 
bourgeons mieux constitués que ceux qui viennent à la suite 
d'une taille tardive. 

» Les premiers , forts et vigoureux , résistent presque toujours à 
une plus basse température , tandis que les derniers , faibles ei 
plus délicats , gèlent presque toujours. 

» Je ne dois pas oublier de dire que ce qui m’a le plus frappé 
dans mes expériences , c’est la quantité de raisin toujours pins 
abondante chaque année , par le moyen de la taille précoce. 

* On peut donc attendre une production presque double d'une 
vigne traitée par la taille précoce. » 


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— 107 — 

RAPPORT 

SUR LE 

CONCOURS LITTÉRAIRE, 

PAR M. PASQUIER , 

Membre titulaire. 


Messieurs , 

Les ouvrages présentés .au concours de cette année sont au 
nombre de six. D’étendue et de formes variées, ils sont aussi 
de valeur inégale. 

M. Morlot, instituteur public à Trémonzey, nous a soumis 
un manuscrit qui a pour titre : Biographie de M. Vitry, 
ancien instituteur à Vicherey. 

Sénèque , parlant des instituteurs de la jeunesse , dit 
gu ils sont comme les magistrats de la famille , car ce 
sont eux, continue l’écrivain philosophe, qui enseignent 
aux enfants ce que c'est que la justice et le droit, ce 
que c'est que la piété , la patience , le courage, et enfin 
quel bien précieux est une bonne conscience . 

Un instituteur vraiment digne de ce nom , a dit encore 
un auteur moderne , met toute son existence , son cœur , 
toute son activité , sa vie entière, dans son devoir. 

Tel fut celui dont M. Morlot a écrit la biographie , tel 
fut M. Vitry. Aussi avez-vous tout d’abord , Messieurs, avant 
même d’avoir été édifiés sur le mérite relatif de l’œuvre 


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— 108 — 

soumise à vos suffrages, applaudi à l'idée de M. Morlot 
Entreprendre le récit de vertus qui n’ont souvent d'autre 
destinée que de mourir sur le sol où elles sont nées, sans 
que le monde ait pu goûter leur parfum , c’est faire une bopne 
action, c’est s'honorer soi-môme en honorant son héros. 

A ce point de vue donc, la Société n’a que des éloges 
à donner h M. Morlot. Louerons-nous également sans res- 
triction le style de l’auteur? Nous n'oserions, eo présence 
des impropriétés de termes , des traces de vulgarité et d’en- 
flure qui déparent la biographie de M. Vitry. Il y a, toutefois, 
dans cet ouvrage deux discours qui sont des chefs-d’œuvre 
de simplicité , de sens pratique et d’éloquence émue. Ces 
discours dans lesquels M. Morlot a essayé, à l’aide de notes 
ou de souvenirs, sans doute, de faire revivre les enseigne- 
ments de l'ancien instituteur de Vicherey, ont enlevé tous vos 
suffrages. Les limites assignées à ce rapport ne me permettent 
pas de les citer l’un et l’autre ; je le regrette. Voici du moins 
le premier : 

« La veille des vacances , c’est l’auteur qui parle , et 
le jour de la rentrée , il n'y avait point de classe. Ce bon 
maître (M. Vitry) consacrait ses deux séances à une exhor- 
tation sur des devoirs généraux. Le discours qui fermait 
l’école roulait sur le tort que l’on pouvait faire au prochain 
dans ses récoltes, et sur l’emploi des moments libres que les 
travaux manuels pouvaient laisser. 

» Mes enfants , disait-il , nous allons nous quitter pour 
six semaines. Les travaux de la campagne vous appellent, 
le besoin de se reposer un peu des travaux de l'intelligence 
se fait sentir pour vous et pour moi ; soulagez donc des 
pères et mères qui vous ont donné le jour, qui vous nour- 
rissent, qui souffrent pour vous les intempéries des saisons, 
et qui vous laissent les travaux les plus doux en se réser- 
vant ce qu’il y a de plus pénible. • 

» Mes amis, vous allez les uns commencer, les autres conti- 
nuer l’apprentissage de l’art le plus noble, le plus utile, de 
l’art qui a pour chef et pour instituteur Dieu lui-méme : sentez- 


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— 409 — 


en toute la dignité, et ne le dégradez pas en étant injustes, 
fripons, gàleurs du bien d'autrui par vous-mêmes ou par votre 
bétail. C’est là le grand point; vous allez passer des journées 
entières dans les prés, avec des étourdis de votre âge, loin 
de ‘la vue de vos parents qui vous retiendraient dans la 
crainte de Dieu et des hommes. Un mauvais sujet peut, 
par ses conseils, pervertir tous les enfants d'un village. 
Mes enfants, je vous en conjure, au nom de votre bon 
Dieu qui est aussi le mien , au nom de vos pàrents , sou- 
venez-vous quelquefois , Surtout dans les occasions dange- 
reuses , des instructions que vous recevez ici. Écoutez , 
lorsqu’on vous donnera de mauvais conseils , ou qu’il vous 
viendra une mauvaise pensée, dites-vous promptement : 
que vais-je faire? Si quelqu’un allait me voir, que pense- 
rait-on de moi? Mais quand personne ne me venait, Dieu 
me voit et je ne puis lui échapper. 

» Mes enfants , jamais un garçon qui voudra se rappeler 
ce que je dis ici, ne se laissera aller au mal. Nous sommes 
tous frères dans la commune , nous devons veiller sur les 
biens les uns des autres. Que cela serait beau si on l’exé- 
cutait partout I Eh bien 1 mes amis, que chacun de vous 
se dispute la gloire de commencer, et bientôt Vicherey don- 
nera l’exemple aux villages voisins. Chacun y gagnera ce 
que les méchants font perdre et ce que l’on fait perdre aux 
méchants pour se venger d’eux. Voilà comment , dès cette 
vie , la bonne conduite a sa récompense. 

» Je vous en prie , mes enfants , ne me donnez pas le 
chagrin d’apprendre que quelqu'un de vous ne tient pas 
compte de ce que je dis ici. Je vous en prie , les larmes 
aux yeux , ayez pitié d'un homme qui répondra de vous 
devant Dieu , mais sans vous décharger de tout le mal que 
vous ferez et qu’il n’aura pu empêcher. 

» Je dois encore vous dire , mes amis , de ne pas oublier 
vos leçons pendant les vacances : emportez aux cbamps , 
quand vous y conduirez vos bestiaux , quelques bons livres 
et lisez plusieurs chapitres; le dimanche, à l’issue des 


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vêpres , écrivez une ou deux pages , au lieu d'aller courir 
dans les rues , sur les jeux ou devant les auberges. 

» Adieu , mes bons écoliers , Dieu vous bénisse comme je 
vous donne moi-méme mon impuissante bénédiction, et faisons 
une petite prière ensemble pour obtenir qu’il la confirme. » 

Certes , si la biographie de M. Vitry eût été tout entière 
écrite de ce style, M. Morlot eût obtenu une de nos pins 
hautes récompenses; mais, nous l’avons dit, des inégalités 
déparent son travail , et la Société n’a pu lui accorder qu’une 
médaille de bronze. 


H. Paul Remy, aide-pharmacien chez M. Pentecôte, à 
Épinal, a présenté une biographie du maréchal Victor, duc 
de Bellune. 

Cette biographie est trop courte. Il y a, dans le style, 
quelques traces d’enflure. La critique historique fait défaut. 
Mais c’est net, précis, correct et intéressant. 

Or, quand on songe que M. Paul Remy n'a que 49 ans; 
qu’il n’a jamais fréquenté que l’école primaire de Schir- 
meck, puis, en dernier lieu, les cours d’adultes de notre 
ville; qu’il lui a fallu extraire patiemment du grand ouvrage 
de M. Thiers tout ce qui concerne le maréchal Victor, coor- 
donner tous ces détails perdus dans l’océan de l’épopée na- 
poléonienne, et prendre sur ses nuits pour exécuter ce travail, 
on ne saurait trop louer tant de courage et d’intelligente 
persévérance. 

La Société accorde & M. Paul Remy une médaille de bronze 
et une prime de 50 fr. 

Elle a décidé, en outre (et ceci est un hommage rendu 
à l’excellente direction des cours d’adultes dans notre ville), 
qu’une copie du travail de M. Paul Remy sera adressée à 
S. Exc. M. le Ministre de l'Instruction publique, non comme 
une œuvre hors ligne, mais comme spécimen du degré 
d’instruction où ces cours ont amené un jeune homme sorti 
de l’école primaire. 


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— 4H — 

M. Thiriat (Xavier), du Syndicat-de-Saint-Amé, nous a 
fait remettre un ouvrage manuscrit sur la vallée de Cleurie, 
décrite dans sa topographie, dans son histoire, dans ses 
productions naturelles, dans les coutumes de ses habitants, 
etc. C’est une monographie curieuse et complète, qui révèle 
de longues et patientes recherches et des connaissances aussi 
variées qu’étendues. 

La Société d'Emulalion avait à décerner cette année le 
prix quinquennal de 300 fr., fondé par l’un de ses membres, 
M. Masson. Elle en dispose en faveur de M. Thiriat, et, 
en lui donnant ainsi un témoignage tout particulier de 
sympathie, elle veut honorer l’homme autant que l’auteur. 

A ce propos, laissez-moi vous rappeler en quelques mots, 
Messieurs, ce qu’est votre lauréat. 

M. Thiriat n’avait que 40 ans lorsqu’il se jeta, en plein 
hiver, dans un cours d’eau torrentiel pour arracher à la 
mort une petite fille sur le point de se noyer. Cet acte de 
dévouement fut fatal à son auteur. Une réfrigération géné- 
rale se produisit chez le jeune héros, et son système nerveux 
fut si profondément ébranlé que, depuis celte époque, 
malgré tous les secours de la science, M. Thiriat est affecté 
d’une paralysie des membres inférieurs. 

Beaucoup se seraient laissés abattre. Mais il est des 
Ames d’élite pour qui le malheur n’est qu'une incitation à 
réagir contre lui. M. Thiriat ne voulut pas que son infirmité 
devint une charge pour les siens, et il demanda au travail 
ingrat de la broderie son pain quotidien. Puis il étudia, 
et, depuis 4861, vous l’avez vu chaque année prendre part 
A vos concours. Chaque année aussi, vous avez admiré celte 
persévérance que rien ne rebute, cette observation sagace, 
cette science philosophique que la réflexion étend tous les jours. 

Ame virile, noble cœur, travailleur infatigable, je suis 
fier de vous décerner ici ce triple éloge au nom de notre Société. 

Puisse votre exemple produire une honte salutaire chez cette 
jeunesse, trop nombreuse, hélas I que tout travail effraie, 
que le plus petit fardeau écrase , et qui refuse de comprendre 




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— m 


que le succès et l'Iionneur appartiennent à ceux-là seuls qui 
persévèrent jusqu’à la fin I 

J’ai commencé par la prose, Messieurs. Est-ce dédain 
pour la poésie? Non, puisque votre rapporteur rime lui- 
inéme quelquefois. Mais vos prosateurs valent mieux, cette 
année , que vos poètes ; ceux-ci ont dû céder le pas & ceux-là. 
Je ne proclame pas moins que la poésie est la reine de la prose. 

M. Jollain a écrit une pièce de vers descriptive et badine 
qui a pour titre : Plombières et ses environs. 

M. Jollain est agriculteur, et il cultive la poésie quand la 
terre se repose. De plus , il est homme d’esprit et de vive 
imagination. Ajoutons que M. Jollain est modeste, qu’il ac- 
cueille volontiers les conseils, qu'il les sollicite même. C’est 
donc un homme fort estimable. Beaucoup de ses vers 
le sont aussi. Il est fâcheux que la Société ait eu à relever 
dans le poëme sur Plombières un assez grand non.bre de 
fautes contre la langue, et surtout contre les règles de la 
versification. M. Jollain avoue qu’il ne se corrige jamais. 
C’est un tort; il a prouvé, dans une lettre qui a passé sous 
les yeux de votre Commission , qu’il est capable de se corriger. 
Qu’il n’hésite donc pas à donner, à l’avenir, plusieurs labours à 
son champ poétique, qu’il en arrache courageusement l’ivraie 
qui s'y mêle au bon grain, et, l’an prochain, si M. Jollain 
veut bien nous honorer d’un nouvel envoi, je crois pouvoir 
lui prédire qu’il sera l’un de nos lauréats. 

D’un poëme badin à un recueil de chansons, il n’y a 
qu’un pas. J’arrive donc sans transition à M. Chaput. 

M. Chaput, d'Epinal, manie à la fois le pinceau du peintre 
en bâtiments et celui d’Apollon. Ut pictura poesis. 

Il y a de l’esprit dans toutes ses chansons ; de l’observation 
et de l’esprit réunis dans quelques-unes. Mais la forme est 
trop souvent imparfaite. Adam Billaut, le fameux menuisier 


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rte Nevers, rimait en chevillant; M. Chaput Cheville parfois 
en rimant. Les règles de la césure lui sont choses inconnues. 
Les enjambements qu’il se permet rappellent ceux d’Hernani. 
La langue elle-même est souvent outragée. Quels sont donc 
les mérites de M. Chaput? Nous l’avons déjà dit : M. Chaput 
a de l'esprit et il sait observer, ce sont là d’heureux dons. 
Que M. Chaput perfectionne .par l’étude la forme dans 
laquelle il aime à les manifester; qu’il recherche et écoute 
les conseils des hommes de talent qui lui ont offert leur aide 
bienveillante, et nous le verrons reparaître plus tard dans 
nos concours, cette fois pour en sortir victorieux. 

M elle Adolphine Bonnet a soumis à vos suffrages un morceau 
de poésie qui a pour titre : Une perle au front des Vosges. 

M* Ue Bonnet habite Muret, non loin de Toulouse, et vous 
avez été flattés d’apprendre que la réputation de notre Société 
avait pénétré jusqu’aux rives lointaines de la Garonne. Aussi 
votre Commission a-t-elle pris connaissance du poëme de 
M elle Bonnet avec un intérêt tout particulier. 

Ce poëme a bien l’allure de la poésie. Il en a la marche 
cadencée, l’ample vêtement, l'harmonieux langage: et vera 
incessu patuit dea. L’idée que l’auteur a développée est 
neuve, ingénieuse, et les proportions données à chaque partie 
de l’œuvre ne laissent rien à désirer. 

Dès les premiers vers, M elle Bonnet nous transporte aux 
confins du monde, là où Dieu a assis son trône éternel. 

« Les bruits de l’univers, du cantique au blasphème, 
Montaient, multipliés par des milliers d'échos, 

Jusques aux portes d’or de la sphère suprême, 

Et s’arrêtaient au seuil , comme aux rochers les flots. 

C’est qu’aux pieds du Seigneur l’heure était solennelle; 
Jéhovah recevait l’encens des esprits purs , 

Les cieux des cieux , fermés à loutè voix mortelle , 
Environnaient d’éclairs l’albâtre de leurs murs. » 

8 


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La prière des élus a cessé. La nuit est tombée sur la terre. 
Soudain de tous les points de l’horizon s'élèvent vers les cicui 
des groupes fantastiques, des formes élhérées, lumineuses, à 
visages de femmes. Ce sont les âmes des forêts, des fleuves, 
des volcans, des villes, qui accourent se prosterner devant 
l’Éternel. 

« Hais de tant de climats diverses messagères , 

Comment peindre en un jour d’innombrables beautés? 

J’en vis une pourtant, aux nocturnes lumières. 

Briller plus qu'aucune autre à mes yeux enchantés. 

■ C’est que, livrée aux vents, sa lourde chevelure, 

Qui voilait à demi la splendeur de son front, 

Laissa voir un instant, éblouissante et pure , * 

Une perle à l’éclat sans nom. 

Et les autre» soudain , électrique secousse , 

D’accourir en disant : Est-ce une étoile d’or? 

Souriant avec grftce au désir qui les pousse , 

L’immortelle répond , d’une voix lente et douce ; 

Comme les plaintes du Cinnor : 

Salut à vous , mes sœurs I Je suis l’âme dos Vosges. 

Que cherchent vos regards à mon front parfumé? 

Sont-ce les verts lauriers, les rougissantes sauges , 

Ou les neiges en fleur des bruyères de mai? 

Hais non , autre chose fascine 
Votre regard où lit le mien. 

Ce qu’il vous faut, je le sais bien , 

C'est le nom de la fleur divine, 

Du diamant qui m’appartient I 

Hes sœurs, dans Hn -hameau de mon vaste domaine. 

J’ai vu le ciel sourire au berceau d’une enfant. 


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— 415 — 


Bergère aux yeux du monde et pour les anges reine » 
Jeanne d’Ârc, c’est son nom, grandissait en priant. 
Un jour, aux doux accents d’une voix idéale , 

D’une céleste voix qui tout bas l'appelait, 

Elle sentit frémir son Ame virginale.... 

Le lendemain, l’épée entre ses doigts brillait. 

A son cri répété : « Patrie et délivrance I » 

Surgirent des héros que la veille ignorait. 

Cœur inspiré des cieux, Jeanne sauva laÇrance, 
Et Son trône, dans le silence, 

La trahison le préparait. 


Quel trône I un noir bûcher I prisonnière et sans arme, 
Jeanne d’Arc est livrée aux étreintes du feu ; 

Dans son regard voilé glisse une blanche larme, 

Larme de souvenirs , de regrets et d’adieu. 

Cette larme, mes soeurs, Dieu de sa main céleste 
La toucha doucement et la cristallisa ; 

Depuis , et pour toujours à mon front elle reste , 

Car c’est sur son pays que Jeanne la versa. * 

Après de tels vers, Messieurs, vous avez pensé que votre 
rapporteur ne devait pas critiquer trop sévèrement quelques 
répétitions d’idées, certains détails oiseux ou prosaïques, 
deux ou trois rimes insuffisantes ou trop fréquemment ra- 
menées. 

Que M e,,e . Bonnet ouvre plus largement son portefeuille, 
l’an prochain , et nous serons heureux de convertir la médaille 
de bronze de cette année en une médaille d’argent. 

J’ai fini. Messieurs. Ne suis-je pas resté au-dessous de 
la tâche que votre confiante bienveillance m’avait imposée? 
Je l’ignore, mais, ce que je sais, c’est que l’attention sym- 
pathique d’aucun membre de cette assemblée ne m'a fait 
défaut; recevez donc tous l’expression de ma reconnaissance. 


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— m — 



DÉCERNÉES PAR 

LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DES VOSGES. 

dans sa séance solennelle 
et pixblicju.e du 20 décembre 1866. 


r. 

Frime» do Oeovernemenl 
Attribuée» •péelilemeut* eette année» 
à ramndft»»einent «TKpinal. 


Sui; le rapport de sa Commission voyageuse et 
de sa Commission d’agricullure , la Société d’Ému- 
lation des Vosges, au nom du Gouvernement et 
sur les fonds mis à sa disposition par Son Exc. 
le Ministre de l’Agriculture , du Commerce et des 
Travaux publics, a décerné les récompenses sui- 
vantes : 

Une médaille en vermeil et une prime de 500 fr. 
à M. Demandre , Hubert , propriétaire au château 
de Saint-Loup-sur-Sémouze (Haute-Saône), pour 
ses travaux de défrichement et de création de prairies 
dans sa propriété du Clerjus (canton de Xertigny, 
Vosges). 

Une médaille en vermeil et une prime de 200 fr. 


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— H7 — 


à M. flarmand , propriétaire à Aubeugney (com- 
mune de Fontenoy-le-Cbâteau) , pour améliorations 
agricoles. 

Une médaille en vermeil et une prime de 200 fr. 
à M. Philippe, Jean-François, fermier à Homont 
(Rambervillers) , pour création de prairies. 

Une médaille de 1” classe et une prime de 
100 fr. àM Salmon, François-Joseph', cultivateur 
à Avière, commune de DarnieuIIes (Ëpinal), pour 
eréalion et amélioration de prairies. 

Un rappel de médaille et une prime de 50 fr. 
à M. Demangeon, Sirnéon, cultivateur à la ferme 
des Cailloux , commune de Golbey (Ëpinal) , pour 
bonne culture. 

Une prime de 25 fr. à M. Aubel , cultivateur 
aux Forges (Ëpinal), pour défoncements et cul- 
tures soignées. 


PltlX CLAUDEL. 

Une médaille en vermeil à M. Puton, sous-inspec- 
teur des forêts à Remiremont , pour son mémoire 
de sylviculture. 

II. 

Récompenses ordi noires 
de la 

Société d’Émulation. 

Sur la proposition de sa Commission d'agricul- 
ture , la Société d’Emnlalion a décerné les récom- 
penses suivantes : 


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a 



CRÉATION ET AMÉLIORATION DE PRAIRIES. 


Une médaille de 1" classe en argent à M. Pen- 
tecôte, propriétaire à Prey (Bruyères). 

Une médaille de 2" classe en argent à M. Thia- 
ville , Jean - Nicolas , cultivateur à la Basse de 
Genémont, commune de Pouxeux (Arches). 

Une' prime de 50 fr. à M. Henry, cultivateur à 
Éloyes (Rcmiremont). 


AMÉLIORATIONS AGRICOLES , DÉFRICHEMENTS , ETC. 

Une médaille de 1" classe en argenta M. Noël, 
maître de forges à Thunimont , maire d’Harsault 
(Bains). 

Une médaille de 1" classe en argent à M. Georgel, 
Joseph-Napoléon , cultivateur à la Goutte-Vuillemin, 
section de Bouvacôte , commune de Vagney. 

Une médaille de 1" classe en argent à M. Dc- 
mangeon, industriel au Saut-le-Cerf (Êpinal). 

Une médaille de 2" classe en argent et une prime 
de 25 fr. à M. Didelot , Joseph , cultivateur à Bar- 
bonfoing, commune de L'ommarlin-aux-Bois (Epinal). 

Une médaille de 2* classe à M. Blaison , Jean- 
Baptiste , maire de la Forge (Remiremont). 

Une médaille de 2* classe à M. Peutot, Eugène, 
cultivateur à Barbonfoing, commune de Dommartin- 
aux-Bois (Epinal). 


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— 149 — 


Une prime de 50 fr. à M. Gholez , Jean-Joseph , 
cultivateur à Zincourt (Châtel-suk'-Moselle). 

ARBORICULTURE. 

Une médaille de V* classe en argent à M. Vaudrey- 
Êvrard , horticulteur, faubourg de Poussay, à Mi- 
recourt. 

Une médaille de 2* classe et une somme de 100 fr. 
à M. Marchand, instituteur à Mazelay (Épinal). 


REBOISEMENTS. 

Une médaille de 1" classe en argent et une prime 
de 50 fr. à M. Thomas , brigadier forestier à 
Charmes. 

Une médaille de 2* classe en argent et une prime 
de 25 fr. à M. Vautré , Joseph , garde forestier 
domanial à Vaubexy (^Dom paire). 


MÉMOIRES. 

Une médaille de 2* classe en argent à M. Brons- 
wick fils , négociant à Mirecourt, pour son mémoire 
sur quelques points essentiels de l'agriculture du 
canton de Mirecourt. 

Une prime de 25 fr. à M. Gérard , Jean-Baptiste , 
propriétaire à Sapois (Vagney) , pour son mémoire 
sur l’agriculture du canton de Saulxures. 


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— 180 — 


III. 

Concours littéraire , artistique . cto. 


Sur la proposition de sa Commission du concours 
littéraire, etc. , la Société d’Ëmulation des Vosges 
a décerné les récompenses suivantes : 

Une médaille de bronze à M* lle Adolp'ine Bonnet, 
à Muret (Haute-Garonne), pour sa pièce de vers 
intitulée : Une perle au front des Vosges. 

Une médaille de bronze à M. Morlot , instituteur 
public à Trémonzey, pour sa biographie de M. Vitry. 

CONCOURS SPÉCIAL POUR L’ÉLOGE BU MARÉCHAL VICTOR, 
DUC DE BELLUNE. 

Une médaille de bronze et une prime de 50 fr. 
à M. Remy, Paul, aide-pharmacien chez M. Pen- 
tecôte, à Ëpinal. 

PRIX MASSON , 

Décerné tous les cinq ans au meilleur travail de 
statistique sur les Vosges. 

Prix de 300 fr. à M. Thiriat , Xavier , fils , au 
Syndicat-de-Saint-Amé (Remiremont). 


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— m — 


CONFÉRENCE 

faite à l'Hôtel-de-Ville d’Épinal, le 25 janvier 1867, 

PAR I. J.. COUDS. 

Professeur de rhétorique, agrégé de l’Université. 


CAUSERIE 

HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE 

SUR 

LA GASTRONOMIE. 


Mesdames, Messieurs, 

C’est à Brillat-Savarin que je dois l’idée de cette conférence. 
Dernièrement, je feuilletais son livre, d’une main distraite, 
cherchant un sujet qui pût vous plaire , quand l'idée me 
vint de crayonner, à grands traits, l’histoire de la gastro- 
nomie, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Cette esquisse, 
avec les aperçus historiques et littéraires qui s’y rattachent 
directement, sera l’objet de notre entretien d’aujourd’hui. 

Il ne s’agit pas de refaire ou de résumer le livre de Brillat- 
Savarin , qui est fait , et de main d’ouvrier. Toucher à ce 
charmant ouvrage, vrai chef-d’œuvre de sérieux et de badi- 
nage , ce serait le gâter à plaisir. Dieu me garde de cette 
profanation I Pour cela , d’ailleurs , il faudrait avoir bien 
des qualités que je n’ai pas , être à la fois artiste , écrivain , 


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— 122 — 


physicien , chimiste , médecin connaisseur et amateur des 
choses de la table , comme le sont presque tous nos bons 
docteurs. — Namque ita est, cari doctores, gulee culpa 
vobis est confitenda , si non pœnitenda. — Pardon , 
Mesdames , de parler latin devant vous . mais le moyen 
de dire aux gens, en français, qu’ils sont des gourmands? 
Je viens, Messieurs, vous parler, non en maître, sur une 
matière qui n’est pas de ma compétence, mais en simple 
curieux qui vous apporte le résultat de recherches faites en 
vue de cette causerie. Puissiez-vous, dans ce petit voyage 
d’agrément , à travers la cuisine des peuples , aux belles 
époques , éprouver, à me suivre , le plaisir que j’ai eu à 
vous tracer la route. 

Qu’est-ce que la gastronomie? Ce mot grec si plein de 
mystère et de promesses est généralement compris. Précisons 
cependant. Brillal-Savarin définit la gastronomie : la science 
raisonnée de tout ce qui tient à l'homme en tant qu’il se 
nourrit. Définition très-juste , moins vive pourtant que celle 
de Montaigne , qui l'appelle sans façon , avec une crudité toute 
latine, science de gueule. « Les animaux se repaissent; 
l'homme mange ; l’homme d’esprit seul sait manger. > La 
gastronomie est donc l’art de manger; elle est, dit encore 
Brillat-Savarin , une résignation implicite aux ordres du 
Créateur qui, nous ayant ordonné de manger pour vivre, 
nous y invite par l’appétit et nous en récompense par le 
plaisir. N'est pas gastronome qui veut, et il y a loin des 
mangeurs vulgaires et des gloutons , à ces élus du goût qui 
savent relever le plaisir de la table par les assaisonnements 
* de l’esprit , et rendre de justes actions de grâces à l’Auteur 
de tant de bonnes' choses. 

La cuisine , reléguée communément parmi les arts subal- 
ternes , a donc aussi son côté élevé. Par l’action qu’elle exerce 
sur le moral, Y esprit et l’imagination des peuples, elle 
mérite , dit Macauiay , d’arrêter l’attention de l’historien. La 
cuisine d’un peuple marque le degré de civilisation de ce 
peuple : telle cuisine, tel peuple. Cette vérité a été formulée 


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— m — 


ainsi par le Maître : « Les destinées des nations dépendent 
de la manière dont elles se nourrissent. > A ce titre, l’ali- 
mentation d'un peuple, et son influence sur les arts et les 
productions de l’esprit, appartiennent à l’histoire et à la 
critique littéraire Ce terrain est celui que nous choisissons 
et que nous ne voulons plus quitter. 

L'origine de la cuisine remonte au premier homme. C’était 
un art bien simple alors. Les fruits des arbres servaient de 
nourriture, comme les feuilles de vêtement. Les choses ont un 
peu changé depuis! Transportez Adam au restaurant Chevet, 
Ève dans les grands magasins du Louvre, et jugez de 
leur étonnement! La mode cependant, à bout de caprices, 
semble vouloir revenir à la nature. Déjà les dames n’ont 
plus la tête couverte que d’une simple feuille; pour peu 
que cela continue, nous reverrons les modes du Paradis 
terrestre. C’est la loi , les extrêmes se touchent. Pour la 
nourriture, c’est différent. Revenez donc à l’eau claire des 
fontaines et aux racines des champs, avec des hommes qui 
ont vieilli et plié et dont l’estomac réclame impérieusement 
une alimentation supérieure. De là cette piquante boutade, 
qu’un nouveau plat inventé fait plus pour le bonheur des 
hommes qu'une planète découverte ou dix batailles gagnées. 
Qu’on s’étonne encore de l’importance toujours croissante de 
la cuisine et des cuisiniers dans les sociétés avancées ! 

L’Asie fut le berceau de la civilisation et de la cuisine savante. 
Les éblouissantes descriptions de festins dans les Mille et 
Une Nuits, peuvent seules nous donner une idée du souvenir 
laissé dans les imaginations par la table somptueuse des 
souverains d’Orient. L’Écriture nous parle des spendides fêtes * 
de table de Balthazar , et le nom de Sardanapale est 
devenu synonyme de sensualité raffinée. Cette contrée aux 
riches épices, qui vit les magnificences de Ninive et les 
jardins suspendus deBabylone, vil aussi les premières mer- 
veilles de la cuisine. Toutefois l’absence de monuments litté- 
raires et culinaires ne nous permet pas de dissiper l’obscurité 
qui couvre les origines et les progrèsde la gastronomie en Orient. 


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— 124 — 

Sur cette terre du despotisme , où toute personnalité s’effaçait 
devant le Maître, aucun cuisinier fameux n'a été récompensé 
par la gloire, de ses travaux et de scs découvertes, aucun n’a 
laissé ses mémoires, qui seraient si curieux et si instructifs 
aujourd’hui. Sur ce point, nous sommes.réduits aux conjec- 
tures. Les Athéniens reprochaient à l'éloquence asiatique 
la diffusion , la lourdeur et l’emphase. Le même reproche , n'en 
doutons pas, pouvait être fait à la table et au luxe de ces 
peuples, qui, aujourd'hui encore, se distinguent plus par le 
clinquante! le faste, que par la mesure, l'élégance vraie et 
la simplicité de bon goût. 

Cependant le dernier mot d’une civilisation ne saurait 
être la perfection du bien-être et de la table. La Providence 
ne nous a pas mis sur la terre uniquement pour jouir et 
manger, et les nations ont autre chose à faire qu’à travailler 
à leurs plaisirs. L’oubli de cette vérité perdit les peuples 
d’Orient et déplaça le foyer de la civilisation. Énervés par le 
luxe et la mollesse, engourdis par la servitude, ils durent 
céder à l’ascendant de peuples plus jeunes, plus sobres, 
animés par le sentiment de l’indépendance et de la dignité 
humaine. 

Les Grecs furent les héritiers des traditions gastronomiques 
des Orientaux , mais là, comme en tout, ils surent montrer 
leur originalité. La Grèce est mieux connue que l’Orient. 
Grâce à Homère, nous avons sous les yeux le tableau vivant 
et complet de la vie des Grecs, à l’âge héroïque. Homère 
est à la fois le fidèle historien de son temps et le peintre 
vrai des sentiments et des passions de l'homme de tous les 
- temps. On a vu cependant des raffinés , Perrault et Lamotle 
en tête, attaquer la gloire d’Homère, comme un préjugé 
gothique , et trouver vulgaires et puériles ses peintures naïves 
de la vie domestique. La délicatesse de Lamotte était choquée 
de voir une princesse laver à la rivière et un Achille pré- 
parer, de ses mains, le festin de ses hôtes. La vie des premiers 
Grecs avait le tort de ne pas ressembler à la vie élégante des 
Parisiens de son temps. Manquait-elle de poésie pour cela? 


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Non certes I Une lessive ou des apprêts de cuisine ne font 
rien à la poésie; mais ces choses, peu poétiques en elles-mêmes, 
le deviennent par les personnages qui y sont mêlés, par les 
sentiments qu’elles mettent en jeu et qui poétisent les scènes 
de ménage les plus communes. D’ailleurs Homère pouvait-il 
jeter ses héros dans un autre milieu que celui où ils vivaient, 
leur donner d’autres idées, d’autres mœurs que les leurs? 
Dans ce temps, les princesses lavaient elles-mêmes, et 
les rois faisaient la cuisine pour leurs hôtes. Personne n’y 
prenait seulement garde, c’était l'usage. Aujourd’hui 
c’est autre chose. Nausicaa est à son piano , et Achille a un 
maître d’hôtel. En sont-ils plus poétiques l’un et l’autre ? C'est 
douteux. 

N’en déplaise à Lamotte, la charmante idylle de Nausicaa 
n’a rien perdu encore de sa poésie. Rien de plus frais et de plus 
pur que ce type de jeune fille , une des plus délicieuses créa- 
tions d’Homère. Elle a la beauté, la grâce, l’innocence, et, 
au milieu de ses compagnes , on dirait une déesse entourée de 
ses nymphes. Quand Ulysse , après son naufrage , se montre 
tout à coup, le visage souillé d’écume et vêtu de feuillage, 
seule, inaccessible à la crainte, elle attend l’étranger, qui, 
tenu à distance par le respect , la compare à Diane en im- 
plorant son secours. Nausicaa, insensible à la flatterie, répond 
modestement qu’elle est la fille du roi Alcinoüs, puis, obéis- 
sant, non à une pitié banale, mais à ün sentiment religieux, 
car t c’est de Jupiter que viennent les hôtes et les men- 
diants , de Jupiter qui envoie à son gré, le bonheur aux 

mortels », elle fait donner â Ulysse des mets, du vin et des 
vêtements. Quand le héros reparaît, comme transfiguré, la 
surprise, l’admiration, le trouble modifient la pitié de Nau-. 
sicaa pour le pauvre naufragé; et éveillent dans son cœur un 
sentiment jusqu'alors inconnu. « Elle se surprend à désirer 
comme époux celui qu’elle ne connaît pas. » Voilà bien la jeu- 
nesse avec sa confiance aveugle, et Nausicaa est une héroïne 
très-vivante , et non un type de fantaisie éclos du cerveau du 
poète. Vingt fois depuis Homère, on a repris ce thème du 


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— 126 — 

premier amour naissant dans un cœur ingénu, toujours il 
a l'attrait de la nouveauté, tant ce sentiment est humain , vrai 
et universel I II faut lire en entier dans Homère ce délicieux 
épisode, dont la plus fidèle analyse ne saurait reproduire le 
charme et la vie. 

Cette digression sur la poésie d'Homère ne me fait pas 
perdre de vue mon sujet. J'en viens, sans plus tarder , à la 
cuisine homérique et au fougueux appétit de ses héros, grands 
guerriers et grands mangeurs. Comment en eût-il été autre- 
ment avec des hommes de quinze coudées , au dire du sculpteur 
Bouchardon, si passionné pour la lecture d’Homère. La des- 
cription suivante du festin préparé par Achille, en l’honneur 
d’Ulysse, de Nestor et de Phénix, députés vers lui par les 
Grecs aux abois, nous offrira l’occasion de dire un root, en 
passant, du sens religieux et des devoirs de l’hospitalité 
antique. 

Achille va au devant des envoyés, leur tend la main et 
leur dit :<Amis, qui êtes les bien-venus, je vous salue : 
sans doute un pressant besoin vous amène; malgré ma 

colère, vous m’êtes chers par dessus tous les Grecs 

Apporte, fils de Menœtius, un plus grand cratère; verses-y 
du vin plus fort , et prépare une coupe pour chacun : car 
voici sous mon toit les hommes que je chéris le plus. > 11 dit, 
et Patrocle obéit à son cher compagnon. Pour lui , il approcha 
du foyer ardent une table à viande , y posa les épaules d’une 
brebis et d’une chèvre grasse, ainsi que le dos succulent 
d’un porc engraissé. Automédon tenait les chairs et le divin 
Achille les coupait; il les divisait en morceaux et les em- 
brochait, tandis que le fils de Menœtius, mortel semblable 
aux dieux , allumait un grand feu. Quand le feu fut tombé 
et que la flamme se fut éteinte , Achille, ayant étalé les char- 
bons, étendit les broches dessus; puis, il répandit le sel 
sacré en les soulevant de leurs étais. Les chairs grillées et 
étalées sur les tables, Patrocle prit et distribua le pain aux 
convives dans de belles corbeilles, puis Achille partagea les 
viandes » 


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— <27 — 

Lassons de côté ce qui fait l’inlértt et la grandeur épiques 
de ce morceau , pour nous attacher aux détails de mœurs 
et aux usages des Grecs primitifs, dans leurs festins de 
cérémonie. Ici , que voyons-nous? Un roi préparer lui-même 
le repas qu’il offre à ses hétes. Ce n’est pas qu’il manque de 
serviteurs pour remplir cet office, mais il a sous sa tente des 
hôtes de distinction , et il veut leur faire honneur. L’hôte, 
comme le suppliant, est l’envoyé de Jupiter; il est sacré 
comme le Dieu qui le protège. Traiter un hôte , c’est donc 
accomplir un devoir religieux , et , à cette époque de croyances, 
nul ne voudrait y manquer. Le repas de l’hospitalité est donc 
un véritable sacrifice offert à la Divinité. Or, dans les sacri- 
fices, les rois seuls ou les prêtres étaient chargés du soin 
d’égorger et de brûler les victimes. Trouvera-t-on encore vul- 
gaires, maintenant, ces détails de festin qui empruntent 
aux croyances religieuses du temps un caractère si touchant 
et si élevé? 

Sacrée ou non, direz-vous, la triste cuisine que devaient 
faire ces héros, plus habitués à tenir l’épée que la broche! 
Pas du tout; la cuisine plus simple des Grecs, des chairs 
grillées, n’exigeait pas les savantes études et la longue 
pratique d’un cordon-bleu de nos jours. Le talent trouvait 
à s’y déployer pourtant, et Homère nous dit qu’Ulysse 
n’avait pas son pareil pour découper les viandes et arranger 
un feu de cuisine. Une nourriture élémentaire suffisait aux 
robustes appétits des héros de ce temps. Us n’avaient que 
faire, alors, des ragoûts inventés depuis, pour stimuler des 
estomacs dégénérés. Ce qu’ils voulaient, c’étaient de grosses 
parts, et surtout des parts égales. Homère ne manque jamais 
de mentionner l’égalité des parts. Ce sentiment de l’égalité 
devant l’appétit se retrouve chez tous les enfants. Qui n’a 
quelquefois assisté à un goûter de gamins bien endentés? 
Des éclairs partent de tous les yeux braqués sur toutes les 
tartines, pour en comparer les longueurs. Les héros d’Homère 
ressemblent en cela aux enfants. Ces hommes , simples et francs 
comme la nature , étaient toujours prêts à faire honneur à la 


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— 158 — 

table d'un hôte et à vider la coupe de l'amitié. Le chagrin 
n’avait pas facilement raison de leur appétit. Cette fois ce- 
pendant les hôtes d’Achille ne se mettent à table que par 
convenance, et, dès qu'ils le peuvent, ils exposent l’objet 
de leur mission. Aussi les chants de l'Aède, couronnement 
obligé de tout festin , font-ils place ici à de graves et longs 
discours empreints des passions diverses qui agitent ces illustres 
personnages. 

Dans cette période de l’histoire grecque , l’art culinaire , 
quoique dans l'enfance encore, suit le progrès des autres 
arts; il accuse une supériorité marquée sur l’époque antérieure, 
où les Grecs se nourrissaient encore des fruits de la terre. On 
voit des trépieds, des bassins de prix et des coupes ciselées; 
des étoffes précieuses recouvrent les sièges où sont assis les 
convives. L’usage de manger sur des lits est postérieur à ces 
temps. Les mœurs aussi commencent à s’adoucir, et ia 
guerre n’a déjà plus le caractère de barbarie des premiers 
âges. 

Huit siècles plus lard, au temps de Périclès , la civilisation 
grecque jette son plus vif éclat. Athènes est le foyer des lettres, 
des arts et de la cuisine savante. La lumière lui était venue 
de l’Asie et de la Sicile, depuis longtemps renommée pour les 
délices de la table. Mais les Athéniens, avec leur goût exquis, 
eurent bientôt surpassé leurs maîtres et pris, dans le monde, 
la tête du mouvement gastronomique. Ils apportèrent, dans 
l’art de manger , toutes les qualités de leur génie , et donnèrent 
les premiers beaux dîners, véritables fêtes où l’esprit, comme 
le palais, avait sa part de jouissances. Ce peuple spirituel et 
léger, qui avait des loisirs et aimait le plaisir, trouva dans la 
table une source d’illustration nouvelle. Les tables athéniennes 
les plus fameuses furent celles de Périclès, de Gorgias et 
d’Alcibiade. La Sicile avait précédé la Grèce pour les merveilles 
culinaires, mais elle resta au-dessous d’Athènes, qui put se 
vanter d’avoir seule le secret d’une élégante frugalité. Athènes 
laissa aux barbares l’abondance des plats , gardant en gastro- 
nomie, comme en littérature, le privilège de son atticisme. Les 


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— 120 -- 

Athéniens donc Surent manger, mais, en gens d’esprit, ils 
aimaient surtout, dans la table, le plaisir de causer. La tablé 
et le portique étaient alors , à peu près , les seuls lieux de 
réunion où l’on pût se voir et échanger des idées. C’étaient 
les salons et les cercles du temps. La politique, l’art et la 
philosophie fournissaient le sujet ordinaire de ces entretiens, 
comme on le voit dans le banquet de Platon. Souvent aussi , 
quand les hétaïres, qui jouaient alors le rôle de nos femmes 
du monde , avec les mœurs de celles du demi-monde , venaient 
se mêler à la société des hommes , privilège aècordé à elles 
seules, la causerie prenait un tour enjoué et capricieux qui en 
faisait quelque chose d’analoguéà la conversation des salons 
français et des fameux soupers du XVIII e siècle. Athènes, 
alors au faite de sa gloire, est la capitale dés plaisirs et 
des arts. Toutefois il y a des ombres à ce tableau, et les 
dehors brillants de cette 'société élégante, mais corrompue, 
dissimulent mal les vices qui la minent elle et les autres cités 
grecques, et préparent leur asservissement prochain. 

La cuisioe et la gourmandise athéniennes furent pour la 
comédie une mine inépuisable » et il n’y a pas de sujet plus 
familier aux comiques grecs que la gastronomie et tout ce qui 
s’y rattache. Marchands de poisson. Parasites, Cuisiniers, 
autant de types originaux, de figures amusantes, que leurs 
travers, leurs prétentions , leurs vices même rendaient justi- 
ciables de la comédie. Les poissonniers fourbes, riches et 
insolents étaient les rois et la terreur du marché. Aussi la 
comédie ne les épargnait guère. Langues vives et affilées, il 
faut les entendre dialoguer dans ce style de matelot, dont 
1 atticisme nous échappe. Ces dames de la halle — un peu 
bien fortes en gueule — dont parle Molière, peuvent seules 
nous donner un- échantillon de ce genre leste et accentué. Et 
les Athéniens, qui avaient tant d’esprit et de goût cependant, 
faisaient leurs délices de toutes ces ordures ! 

Les scènes de marché étaient des comédies toutes faites , 
que le poète n’avait qu’à transporter au théâtre. Tantôt c’est un 
paresseux, sans argent, qui s’extasie, le ventre vide, devant 

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— <30 — 

les friandises qu’il ne peul acheter. Tantôt c'est un honnête 
citoyen de loisir, qui va rôder, le matin, sur le marché, et 
lorgner, d’un œil de convoitise, les bonnes choses qu’il voit 
étalées. N’y a-t-il plus de ces Athénicns-là parmi nous? 

Le parasite est aussi un des types favoris de la comédie 
grecque. Ces gens avaient pour industrie de quêter des dîners. 
Parmi les plus fameux de ces courtisans faméliques, il faut citer 
Philoxènes, surnommé l'écornifleur de jambons, vu sa spé- 
cialité ; Slrouthias ou l’Autruche , nom d'oiseau bien appliqué 
à un homme qui passe sa vie à maDger et à digérer; Gnathon, 
qui professait avec éclat l’art de dîner en ville. Pensionnaire 
chez autrui , Gnathon ne prenait pas de pensionnaires, mais 
il faisait des écoliers appelés de son nom Gnathoniciens ou 
Chevaliers de la mâchoire . Tous ces gens savaient exploiter 
la vanité des riches dont ils étaient les flatteurs , les bouffons 
et les entremetteurs. Loin de rougir de ce métier, ils étaient 
fiers d’une profession qui avait été jadis une espèce de sacer- 
doce. Ne descendaient-ils pas des anciens Parasites religieux, 
officiers préposés à l’inspection du blé sacré et admis aux 
festins des sacrifices , à titre de Convives des Dieux ? Si 
encore ils n’eussent été que ridicules , mais ils étaieut corrup- 
teurs, et la jeunesse n’échappait pas à leur mauvaise influence. 
Voilà pourquoi les poètes comiques ne cessent de les harceler, 
pour les ridiculiser, les flétrir et montrer sans cesse aux 
spectateurs les dangers que la dépravation croissante des moeurs 
leur fait courir. Vains efforts I le parasite continue & vivre des 
faiblesses du cœur humain qu’il connaît et sait manier. 11 a 
survécu à la société grecque; nous le retrouverons chez les 
Romains, et il existe encore au milieu de nous, facilement 
reconnaissable, malgré les métamorphoses qu’il a subies 
et les déguisements nombreux qu’il sait prendre. 

Il nous reste à parler des cuisiniers et de leur rôle dans la 
société et la comédie. Les médecins mal payés manquaient 
à Athènes, — c’est Aristophane qui nous l'apprend — en 
revanche les cuisiniers n’y manquaient pas. Ils y étaient venus 
en fôule de la Béotie , de la Thessalie et surtout de la Sicile , 


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— 434 — 


terre classique de la bonne chère , attirés par l’espoir de faire 
fortune et de briller sur un grand théâtre. Avec la bonne 
idée qu'ils avaient d'eux-mêmes et de leur art, ces braves 
gens entendaient bien marcher de pair avec les philosophes, 
et leur disputer la faveur publique. On eut alors le curieux 
spectacle de la rivalité de la philosophie et de la cuisine 
travaillant , à l’envi l'une de l’autre , au bonheur des 
hommes Pendant que les philosophes, à la poursuite du 
Souverain Bien, s’égarent dans des rêves chimériques, le 
cuisinier, lui , l’œil fixé sur ses fourneaux , son étoile polaire, 
marche d’un pas ferme vers un but assuré, et touche glo- 
rieusement au port. La victoire reste à la cuisine. Epicure 
lui-même, nouvel Esaü, vaincu et convaincu par un plat 
d’Archestrate, déclare solennellement que « le plaisir de la 
table est le principe de tout bien ». Le maître avait dit, et 
les disciples , poussant la doctrine à ses conséquences extrêmes, 
méritèrent le surnom de Pourceaux d’Êpicure. 

Dans ce conflit entre les cuisiniers et les philosophes , la 
comédie prit parti pour les premiers. Le poète Alexis, dans 
un passage plein de verve , tourne en ridicule toutes les écoles 
de philosophie, excepté les voluptueux disciples d'Aristippe 
et d’Epicure, vrais législateurs du plaisir, qui avaient divinisé 
l’art du cuisinier et du parasite. Un de ses personnages 
s’exprime ainsi : « Quels contes est-ce que tu nous débites-là I 
Et le lycée et l’Académie et l’Odéon , niaiseries de sophistes, 
où je ne vois rien qui vaille. Buvons , mon cher Sicon , buvons 
à outrance, et faisons joyeuse vie, tant qu’il y a moyen d’y 
pourvoir. Vive le tapage, Manès. Rien de plus aimable que 
le ventre. Vertus, ambassades, commandement, vaine gloire 
et vains bruits du pays des songes! La mort te glacera, au 
jour marqué par les Dieux, et que te restera-t-il? Ce que 
tu auras bu et mangé* rien de plus. Le reste esl poussière, 
poussière de Périclès, de Codrus ou de Cimon. » (Trad. de 
M. Egger.) 

Fier d’un tel succès sur la philosophie, le cuisinier , comme 
le savetier d’Apelle, veut sortir de l’étroite enceinte de la 


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cuisine et étendre au loin les bornes de son empire. Dès 
lors, ce n’est plus seulement un cuisinier, c’est un homme 
d'état, c’est un lettré , c’est un artiste . Allons-le voir au 
théâtre, dans ces divers rôles. Celui-ci, philosophe à sa ma- 
nière, étudie le pourquoi et la fin des choses; il jette un 
regard curieux et profond sur le monde, et expose, avec 
emphase, la haute influence de la cuisine sur les affaires 
humaines. Celui-là a des lettres; il est au service d’un nou- 
veau riche, béotien d’Athènes, qui s’est bâti une manière 
de palais, sur les bords de l’Ilissus. La fantaisie lui prend de 
planter là notre homme, au milieu des apprêts d'un festin , ne 
voulant pas, dit-il, servir un maître illettré, incapable de 
citer les vers d’Homère qui ont trait à la cuisine. Cet autre, 
la tête farcie de poésies lyriques et tragiques, expose ses 
théories culinaires , dans le style le plus poétique, dans le 
langage des Dieux. Rien n’était plus piquant, pour un public 
athénien , que d'entendre parodier, dans des descriptions culi- 
naires, les tirades des poètes contemporains. En parlant ragoût 
dans le pathos dithyrambique, le cuisinier singeait la décla- 
mation des lyriques ou des tragiques, aux grands applaudis- 
sements de la foule intelligente qui ne perdait pas un mot de 
cette double critique. Figurez-vous le lac de Lamartine, l’ode 
à la colonne de V. Hugo, ou la mort d’Hippolyte de Racine , 
habilement parodiés et accommodés à quelque leçon vulgaire 
de cuisine, et vous aurez une idée de l’effet produit, par ces 
fines parodies, sur le public d'Athènes. 

Les cuisiniers athéniens étaient d’ordinaire, non dès es- 
claves , à poste fixe , mais des serviteurs loués sur la place 
publique, selon l'occasion et pour les besoins du jour. Les 
artistes étaient rares et fort recherchés. Voici le signalement 
donné par Berchoux d’un Cuisinier-maître . 

Faites cas de celui qui, fier de son talent , 

S’estime votre égal et d'un air important , 

Auprès de scs fourneaux que la flamme illumine , 

Donne avec dignité des lois dans sa cuisine ; 


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— m — 


Qui dispose du sort d'un coq ou d'un dindon 
Avec l'air d'uu sultan qui condamne au cordon 

Il y a donc un vulgaire parmi les cuisiniers, et un grand 
cuisinier est aussi rare qu’un grand capitaine. Combien en 
compte-t-on de ces héros de casserole qui se présentent, à 
la postérité, le front ceint d’une couronoe de laurier-sauce ? 
Archestrate , Apicius, Carême , voilai les noms que l'on cite 
avec Alexandre , César et Napoléon . Et de fait, est-on 
cuisinier pour être habillé de blanc et coiffé d’un béret de 
calicot? Non , sans doute. Les Grecs savaient déjà très-bien 
faire la différence entre un cuisinier et un cuisinier. Qu’on 
en juge par ce fragment d’un comique : 

« Par les Dieux , Sjmmias , voilà qui me fait plaisir à 
entendre d’abord! Le vrai cuisinier doit savoir qui Ton 
traite bien avant de mettre la main à son dîner. Celui qui 
ne regarde qu’à la façon de réussir un plat selon les règles, 
«nais qui n'a pas mûrement réfléchi à la manière de le 
servir, de le dresser en son lemps, celui-là n'est pas un 
cuisinier, c’est un manœuvre. Cuisinier et manœuvre 
(entends-tu?), deux choses bien différentes. Pour être com- 
mandant, il suffit d’avoir une armée; mais celui qui sait se 
retourner et voir toujours clair dans les choses est plus qu'un 

commandant, c'est un général 

« Simmias . — Vous êtes un grand homme I 
« Le Maître-cuisinier . — Ce personnage qui arrive bien 
fier de son* expérience en festins magnifiques , je lui ferai 
oublier tout cela , si je lui montre seulement un plat de ma 
façon , si je lui donne seulement à sentir le fumet d’une 
table athénienne. » (Trad. de M. Egger.) 

Que de têtes ce fumet faisait tourner! que d’imaginations 
il mettait en campagne! Les dames en rêvaient. Écoutez 
plutôt cette Athénienne racontant ce qu’elle a vu aux enfers : 
a Des lleuves de purée et de sauce noire coulaient dans les 
rues , avec un bruit retentissant, et roulaient dans leur coûte 
des cuillers et des morceaux de pain , de sorte que des 


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— 134 — 


bouchées succulentes descendaient pour ainsi dire d'elles- 
mêmes, dans le gosier des morts. On voyait épars, sur le 
bord des fleuves, au lieu de coquillages, des boudins et des 
morceaux d’andouille tout brûlants. Il y avait aussi des parts 
de poissons rôtis, et parfaitement assaisonnés à toutes sortes 
de sauces; auprès, des jambons très-tendres servis sur des 
plats; des abattis bien cuits, et exhalant un doux parfum, 
avec des intestins de bœuf. Plus loin des côtelettes de porc 
bien tendres et colorées par le feu. Des grives brûlantes et 
bien assaisonnées voltigeaient autour de la bouche des morts, 
pour se faire avaler. A. ceux qui avaient soif, des jeunes filles 
versaient un vin délicieux , et Ton voyait aussitôt reparaître 
le double de ce que chacun avait bu et mangé. > 

Ce passage a servi sans doute de modèle à la description 
du Pays de Cocagne , le Paradis de la cuisine, saof les 
variantes, et l’addition d’une réforme du calendrier, pour 
multiplier les fêtes et les festins. Après l’énumération obligée 
des poissons, des viandes, de la venaison , des rivières de vin 
rouge et de vin blanc, l’auteur ajoute : « En Cocagne c’est un 
printemps éternel , partout des concerts, de la musique, des 
danses , jamais querelles ni guerres , les mois ont six semaines 
et tous les jours sont des dimanches. On compte annuellement 
quatre Pâques, quatre Saint-Jean, quatre Assomptions, 
quatre Toussaints, quatre Noëls, quatre Chandeleurs, quatre 
Carêmes-prenant ou mardi-gras, mais le Carême ne revient 

que tous les vingt ans Mais ce qu’il y a surtout de 

merveilleux, c’est que dans ce beau pays existe la fontaine de 
Jouvence: Devient-on vieux ? On va s’y baigner et l’on en sort 
n’ayant plus que vingt ans. » 

Avant de quitter la Grèce, nous devons dire un mot des 
principales causes de sa décadence et de sa chute. La nation 
grecque avait reçu en partage les plus merveilleux dons de 
l’esprit pour accomplir ses hautes destinées, et l’œuvre de 
civilisation que lui avait donnée la Providence. Sa tâche 
est restée inachevée; n’importe, sa pensée lui a survécu et 
nous inspire encore aujourd’hui. Elle a mérité de tenir toujours 


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— <35 — 

fixés , sur elle, les regards de lu postérité, et d'étre l’école 
politique des hommes d’état. De grandes qualités , des fautes 
de conduite non moins grandes expliquent et justifient ses 
6uccès et ses revers. C’est ce qui fait l’intérêt et la moralité 
de son histoire. A elle l’honneur d’avoir combattu et vaincu, 
un moment, pour le droit contre la force, pour la liberté 
naissante contre le vieux despotisme de l’Orient. A elle aussi 
l’honneur d’avoir, la première, essayé d’appliquer, aux 
gouvernements des sociétés, les idées de justice, de dignité 
morale et de liberté politique. Voilà , sans parler des arts , ses 
titres à notre estime et à notre admiration, et ils sont im- 
périssables. Pourquoi faut-il qu’un fatal esprit de rivalité ait 
laissé les Grecs à leur isolement et à leur faiblesse? Pourquoi 
oublièrent-ils les anciennes vertus qui avaient fait leur 
grandeur , l’amour de la patrie et le respect de soi-même? 
La passion de l’or et du plaisir les perdit , et le Macédonien 
d’abord, les Romains ensuite, eurent facilement raison de ces 
Grecs dégénérés. 

Dans les premiers siècles de la République, les Romains 
eurent des mœurs rudes et une nourriture grossière. Leur 
ragoût valait le brouet noir des Spartiates, c’est tout dire. 
Les consuls eux-mêmes, un Dentatus, un Fabricius , man- 
geaient, dans des vases de terre, des légumes préparés de 
leurs mains. L’usage du pain même ne fut guère connu à 
Rome, qu’au bout de cinq siècles, vers le temps de la guerre 
de Macédoine contre Persée. Mais peu à peu , avec les conquêtes 
vint la richesse ; avec la richesse le goût du luxe et des plaisirs , 
en particulier celui de la table. Les Romains, vainqueurs des 
Grecs, furent vaincus par leurs arts et leurcuisine. Une nuée de 
cuisiniers grecs vinrent s’abattre sur Rome, et mettre 
leur talent au service de ces illustres pillards enrichis des 
dépouilles des nations conquises. 

Athènes s’était distinguée par sa gourmandise de bon 
goût ; toutefois elle ne connut pas encore la grande cuisine, 
parce qu’elle sacrifia trop aux choses sucrées. Disciples des 
Athéniens , les Romains laissèrent leurs modèles loin derrière 


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eux, sinon pour l'élégance, au moins pour la somptuosité 
des festins. Cela se comprend. Les Athéniens étaient pauvres 
en comparaison des Romains. Cette petite république, qui 
tient tant de place dans le monde, par la pensée et par 
l’art, ne comptait guère que vingt mille citoyens et quatre 
cent mille alliés tributaires. Son sol aride et ses maigres 
revenus, inférieurs aux fortunes fabuleuses de quelques 
simples^ particuliers de Rome, la préservèrent, avec son 
goût, des folles prodigalités de table. Les Romains, eux, 
avaient le monde entier à dévorer, et ils étaient capables 
d'en venir à bout. Retracer l'excès du luxe de leurs repasserait 
chose impossible. Toutefois, avant de tomber dans ces mons- 
trueuses extravagances, la cuisine gréco-romaine eut ses 
beaux jours, et la tab|e des Lucullus, des Apicius , des Sylla, 
des Pompée , des César et des Mécène jouit d'une juste célé- 
brité. Rome alors mangea habilement et splendidement, 
mieux que jamais n'avait fait la Grèce, et souvent elle n'eut 
pas moins d’esprit. Seulement c'était un esprit différent, d'un 
tour plus positif et plus pratique, qui eh faisait l'originalité. 

Les rares instants que les Romains pouvaient dérober à la 
guerre, à la politique et aux affaires, ils aimaient à les 
passera table, dans la société de leur famille ou de leur amis. 
Là ce n’étaient plus du tout les mêmes hommes. Comment 
reconnaître ces graves sénateurs, ces ambitieux forcenés et 
ces farouches guerriers, dans ces convives enjoués, ces 
aimables causeurs dont l’urbanité reflétait iattirisme athé- 
nien? Pour s’en faire une idée, on n’a qu'à parcourir la 
correspondance de Cicéron et les charmantes épitres d’üonice , 
de simples causeries, dit-il , "modèles d’autant plus vrais, 
alors, de la conversation romaine , au siècle d'Auguste. Les 
noms de César, de Mécène, d’Atticus, de Varus, de Poil ion, 
de Virgile , de Tibulle, de Properce et d’Ovide disent assez 
ce que fut celte brillante époque au point de vue de l’esprit ; 
car, sous d’autres rapports, il y a bien des réserves à faire. 

Il serait trop long de décrire les raffinements de table et 
je luxe d’ameublement des riches Romains vers la lin de la 


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république; nous dirons seulement un mot de ceux de leurs 
usages qui diffèrent le plus des nôtres. 

Les lïomains mangeaient k non assis comme nous, mais à 
demi-couchés sur des lits. Ces lits au nombre de trois, de 
trois convives chacun , étaient disposés en fer à cheval autour 
de la table de service. La salle à manger était un portique, 
sorte de galerie ornée de peintures murales et de statues. Une 
armée de serviteurs, avec des attributions spéciales, allaient 
et venaient en tous sens. De plus, derrière chaque convive se 
tenait un esclave toujours à ses ordres. Ce personnel est bien - 
réduit chez nous. Tous les services sont cumulés ou par un - 
échanson de louage, .ou par un maître Jacques, comme 
chez Harpagon, cocher ou cuisinier, à volonté : c’est l'affaire 
d’une casaque à remettre ou à ôter. 

A l’heure du dîner, les convives se rendaient ensemble au 
vestiaire pour faire leur toilette de table. Ils mettaient une 
simple tunique retenue par une agrafe d’or. Après l’ablution 
des mains, des esclaves leur épongeaient les pieds et les 
parfumaient d’essences, puis ils entraient dans la salle du 
festin, au son des' instruments. 

Un petit détail encore. L’amphitryon ne fournissait pas les 
serviettes; chacun devait apporter la sienne; aussi connais- 
sait-on le vol à la serviette. Ces emprunts n’étaient pas rares. 
Catulle menace un certain Asinius de le diffamer dans ses 
vers, s’il ne lui renvoie une serviette volée. Martial aussi 
rapporte que des convives avertis de la présence d’un nommé 
Hermogène, n’apportèrent pas de serviettes, par crainte de 
ses ongles crochus. Hermogène ne se tint point pour battu et 
trouva le secret d’emporter la nappe. 

La première table de Rome fut celle de lucullus . Illustre 
général, gourmand plus illustre encore, il éclipsa, par son 
luxe, tous ses contemporains. Une immense fortune, fruit 
de ses conquêtes et de ses rapines en Asie , lui permettait 
de faire royalement les choses. Qu’il fallût percer une mon- 
tagne, pour amener l’eau de la mer dans ses viviers, Il 
n’était pas homme ^reculer devant cetle bagatelle. Pour être 


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bien servi , il payait bien ; un cuisinier t chez lui , avait 
20,000 francs d’appointements par an , juste la solde d’un 
Préfet. On contait des merveilles de ses douze vastes galeries 
étincelantes d’or, où il recevait magnifiquement ses amis. 
Aussi Berchoux n’en parle-t-il qu’avec admiration et respect : 

« Entre tous les consuls et les héros de Rome , 

J’aperçois Lucullus Au nom de ce grand homme , 

Saisi d’un saint respect , je fléchis les genoux , 

J’admire sa fortune cl j’honore ses goûts. 

Je ne vois point en lui le vainqueur de Tigrane , 

Mais l’illustre gourmaud du salon de Diane. 

En vain il a vaincu Mithridale , Aînilcar, 

Vu les rois de l'Asie enchaînés h son char ; 

Qu’importe en Lucullus le général d’armée ? 

Il doit a scs soupers toute sa renommée. 

Cicéron et Pompée , admis h sa faveur. 

Oui pu de scs repas attester la splendeur. 

Il était seul un jour : un cuisinier propose , 

Au moment du souper, d’en ôter quelque chose : 

« Tant de mets, répond-il , ne sont pas superflus; 

» Lucullus aujourd'hui soupe chez Lucullus . » 

Dans la galerie des gourmands fameux de Rome, une place 
d’honneur est due à A pic lus , le fondateur d’une académie 
de gastronomes. Son amour de la table était tel qu’il écrivait 
des traités de cuisiné et mettait au concours l'invention de 
mets nouveaux. Il mangea cent millions de sesterces, quoiqu'il 
soupât souvent en ville. Il s’avisa un jour de compter : il ne 
lui restait plus que dix millions. Comment vivre avec cela? 
Il s’empoisonna pour ne pas mourir de faim. 

Chez le triumvir Antoine, pour douze convives, on mettait 
huit sangliers à la broche, afin d’être sûr d’en avoir un, 
juste à ce degré de bonté qui ne dure qu’un instant pour 
chaque mets. Par là on peut juger du reste. Antoine savait 
reconnaître et récompenser le mérite ; un jour, il donna une 
ville à un cuisinier jfbur un dîner dont il avait été satisfait. 


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— 1 39 — 

La table d 'Horace était plus frugale. Quoiqu’il chante 
souvent le vin et médise des poètes buveurs d’eau* il ne faut 
pas le prendre au mot, car sa passion pour le vin était bien 
platonique, et, par régime, il ne buvait guère que de l'eau. 
Il avait toujours, il est vrai, dans un coin de son cellier, 
quelque vieille amphore en réserve, pour célébrer le retour 
Inespéré d’un ami, ou sa naisssance ou celle de Mécène; 
mais tous les jours il buvait du vin fort médiocre, en faisait 
boire à ses amis, et soupait d’un plat de poireaux, de pois 
chiches ou de beignets. Dans ses billets d'invitation, charmantes 
petites pièces que nous possédons , il donne le menu du 
repas : des légumes, un chevivau , du petit vin de la Sabine. 
Ceux qui en voudront du meilleur, dit-il, l’apporteront de 
chez eux. Quel aimable sans-façon ! Ce qui faisait l’agrémeut 
de ces réunions d'amis , à défaut de mets nombreux , délicats 
et recherchés, c’était l’entrain, la gaieté, une conversation 
assaisonnée de malice et d'un grain de philosophie, oui! 
de philosophie, que le mot ne vous effraie pas. La philosophie 
d’Horace n’a rien de rébarbatif; elle est très-humaine et 
très-pratique, un mot peut la résumer : « La vie est courte, 
hâtons-nous d'en jouir. » Le rat de ville est l’interprète de 
la pensée du poète dans ces vers adressés au rat des champs : 

« Pouvez-vous bien , dît-il , végéter tristement 
Dans un trou de campagne enterré tout vivant ? 

Croyez- moi, laissez-là cet ennuyeux asile; 

Venez voir de quel air noos vivons à la ville. 

Hélas ! nous ne faisons que passer ici-bas ; 

Les rats, petits et grands, marchent tons au trépas ; 

Ils meurent tout entiers , et leur philosophie 
Doit être de jouir d’une si courte vie, 

D’y chercher le plaisir; qui s’en passe est bien fou. 

(Trad. de Andriecx.) 

Horace ne prêche pas toujours la morale du plaisir, comme 
on le lui a reproché; le plus souvent, il recommande, avec 
l’autorité de l’exemple, la modération def désirs, la résigna- 


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— 140 — 


lion aux maux inévitables el surtout le mépris du luxe et 
de l’avarice. Voilà pourquoi il a pour lui tous ceux qui lont 
lu, les sages et les fous, les uns l’aimant pour sa sagesse, 
les autres pour sa folie, la plupart pour l’une et pour l’autre, 
car, ainsi qu’il le dit si bien : « Dulce est desipere in loco » , 
il est bon de se dérider quelquefois: 

Puisque nous sommes avec Horace et que nous parlons 
table, demandons-lui des nouvelles du souper du riche Nasi- 
diénus, dont il pcrsiffle si agréablement la fastueuse lésinerie. 
Nasidiénus veut faire étalage de richesse avec économie, et, 
pour cela, il emploie des moyens qui , tous, lui réussissent 
également mal. Il a Mécène pour convive , ce jour-là, aussi 
s’est-il mis en frais de gala, pour traiter dignement un pareil 
hôte. Mais la chance est contre lui : le sanglier servi est un 
peu mûr, les poissons nagent à l’aise dans un océau de 
sauce, les grives sont brûlées, le lièvre n’a pas son râble, 
le vin de Chio môme n’a pas yu la mer. En vain le parasite 
Porcius , ouvrant sa plus grande bouche, avale, pour amuser 
la société, des gâteaux tout entiers, les convives désappointés 
parlent déjà de vider la cave, pour se venger. Tout-à-coup, 
ô malheur! voilà un baldaquin qui tombe du plafond, avec 
fracas, cassant tout sur la table. Nasidiénus au désespoir se 
met à pleurer. Dieu sait quand il aurait fini, si Nomentanus 
ne l’eût relevé par ces sages paroles : O fortune , voilà de 
tes coups! Donnez-vous donc de la peine , pour bien recevoir 
des convives!.. Un pain si bien cuit! des sauces triompha- 
lement salées ! . . des valets vêtus , lavés , peignés ! Mais voici 

l’imprévu : un dais qui tombe un lourdeau qui trébuche 

et casse un verre. Allons, haut la tête, ami! le véritable 
amphitryon est comme un général d’armée ; c’est au grand 
jour de l’adveTsilé que brille son génie. — Ohl le brave 
homme! le bon convive! lui dit Nasidiénus, puissent les Dieux 
combler tous vos désirs ! et il se lève pour aller chercher les 
réserves du festin. - Les convives, menacés d'une prolon- 
gation de plaisir, profitent de son absence, pour détaler les- 
tement, jurant, mafè un peu lard, qu’on ne les y prendrait plus. 


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Sous les Césars, la gastronomie reçut d’insignes honneurs. 
Nous ne pouvons raconter en détail les folies de table des 
empereurs. Contentons-nous de citer les noms les plus fameux, 
et de glaner, dans les poètes et les historiens, les traits les 
plus propres à peindre cette époque. 

Le stupide Claude ouvre la série des empereurs gourmands. 
Suétone raconte de lui un trait assez joli. Il siégeait, un 
jour, sur son tribunal , écoulant d’un air grave et recueilli 
une affaire-importante. Tout-à-coup il interrompt l’avocat, et, 
le visage tout épanoui : « O mes amis, s’écrie-t-il, l’excellente 
chose que les petits pâtés , nous en mangerons, n*est-ce-pas ? 
à dîner. » Claude mourut d’avoir mangé des champignons; ce 
plat, dès-lors, fut appelé le mets des Dieux. 

Voulez-vous avoir une idée du luxe de la table de Néron , 
lisez dans le Satiricon de Pétrone , tableau licencieux de la 
corruption du temps, la description du festin fabuleux de 
Trimalcion, qu’on croit être Néron lui-môme? Il n’y a pas 
d’analyse possible de ce morceau. 

Vitellius a laissé la réputation du premier glouton de 
l’empire; son ventre était un abîme et son règne ne fut 
qu'une orgie. En huit mois, dit Tacite, il mangea littéralement 
deux cents millions de francs. Ce fut le règne des cuisiniers, 
des histrions et des bouffons. L’acte le plus solennel de son 
gouvernement fut l’invention d’un plat monstrueux qu’il 
appela le bouclier de Minerve. 

Juvénal nous fait une saisissante peinture d'une séance du 
sénat convoqué extraordinairement à minuit, pour une affaire 
urgente. Les sénateurs d’accourir pâles et effrayés. — Qu’y 
a-t-il? Qui va-t-on condamner à mort? L’ordre du jour est lu. 
Il s’agit de savoir comment il faut accommoder un turbot 
géant offert à Domitien . 

« Le sénat mil aux voix celle atfaire importante 
« Et le lurbol fut mis à la sauce piquante. » 

Brillat-Savarin aussi fut témoin d’une délibération analogue, 
mais dans des circonstances moins tragiques. Il raconte qu’un 


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turbot superbe arraché, disait-on, à une destinée bien plus 
glorieuse, devait être servi, le lendemain, à une réunion de 
bonnes gens dont il faisait partie. Le poisson était frais , dodu, 
brillant à satisfaction , mais on ne savait comment le préparer, 
faute d’un vase assez grand pour le contenir. Grand émoi 
dans le jeune ménage où avait lieu le repas I Forait-on an 
turbot l’affront de le couper en morceaux ? — c Eli bien , on 
le partagera en deux , dit à la fin le mari. — Oserais-tu bien 
déshonorer ainsi cette pauvre créature? lui répondit sa femme. 
— Il le faut bien, ma chère, puisqu’il n’y a pas moyen de 
faire autrement. Allons , le couperet , et bientôt ce sera chose 
faite.» 

Le sacrifice allait se consommer, quand < arrive au pas de 
charge Brillat-Savarin , le nez au vent , avec l'appétit qu'on a 
toujours, quand on a voyagé, qu’il est sept heures du soir, et 
que l’odeur d’un bon dîner salue l'odorat et sollicite le goût. » 

Son arrivée produisit l'effet de celle des beaux-frères de fiar 6e- 
bleue. Le couteau tomba des mains du terrible mari. Instruit de 
l'objet du débat, le professeur, après une minute de recueil- 
lement, prononça, d'une voix grave et oraculeuse , ces paroles 
solennelles : « Le turbot restera entier jusqu’à sa pré- 
sentation officielle. » 

Ce qui fut dit fut fait. Le poisson étendu sur une claie 
d’osier, entre deux lits d'herbes de haute saveur, fut cuit & la 
vapeur; au bout d’une demi-heure, il fut retiré, cuit à 
point , bien blanc et de la plus aimable apparence. 

Le lendemain , qui reçut les félicitations de tout le monde? 
Ce fut le professeur qui observa de plus, « avec un eonten-, 
tentent secret, que le général Labâssée souriait à chaque 
morceau ; que le curé avait le cou tendu et les yeux fixés 
au plafond en signe d’extase; et que, de’ deux académiciens 
aussi spirituels que gourmands qui se trouvaient là , le pre- 
mier, M. Auger, avait les yeux brillants et la face radieuse 
comme un auteur applaudi, tandis que le deuxième, M. Vil- 
lemain , avait la tête penchée et le menton à l’ouest comme 
quelqu’un qui écoute avec attention. » 


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— <43 — 

Pour en finir avec les empereurs romains, nous dirons, 
d’après Lampride, « qu'Héliogabale nourrissait les officiers 
de son palais d’entrailles de barbeau , de cervelles de faisans 
et de grives, d’œufs de perdrix et de têtes de perroquets. Il 
donnait à ses chiens des foies de canard, à ses chevaux des 
raisins d’Apamène, à ses lions des perroquets et des faisans. 

Il avait , lui , pour sa part , des talons de chameau , des crêtes ( 
arrachées à des coqs vivants, des langues de paons et de ros- 
signols, des pois brouillés avec des grains d’or, des fèves 
fricassées avec des morceaux d’ambre et du riz mêlé avec des 
perles. » Nous pouvons borner là celle citation, sans faire de 
commentaire, le simple exposé des faits en tient lieu. 

Un mot maintenant du peuple roi qu’IIorace appelle man- 
geur de pois chiches et de noix . Que la grandeur du nom et * 
de l’empire romain ne nous fasse pas illusion. Écartons l'éclat 
extérieur, les conquêtes , les fêtes triomphales, et pénétrons 
dans la vie privée de la masse de la nation , pour voir de 
quel prix elle a payé tant de puissance et de gloire. Nous 
savons ce qu’était la tête de la société romaine: une mi- 
norité de patriciens faisant trop souvent un scandaleux 
usage d’une fortune mal acquise; au-dessus d’eux, des maîtres 
rendus fous par l’excès du pouvoir. Le luxe effréné des uns 
faisait un choquant contraste avec la profonde misère des 
autres. « Panem et circenses *, du pain et les jeux du cirque, 
voilà le cri des maîtres du monde qui ont faim et qui veulent 
du plaisir sans travailler, comme les riches dont ils envient 
le sort. A quel travail se livreraient-ils d’ailleurs? Il n’y a ni 
agriculture, ni industrie, ni commerce. Les grandes propriétés 
(latifundia) qui envahissent l’Italie se transforment en pâtu- 
rages, et le peu de culture qu’il y a encore se fait par les 
esclaves. L'industrie se borne aux choses de première néces- 
sité, et les riches ont des esclaves qui ne travaillent que pour 
leurs maîtres. Le commerce est méprisé par un peuple habitué 
à demander la richesse à la guerre et à la conquête. Le 
commerce d’argent seul est prospère, et les Romains , formés 
à l’école des Grecs, connaissent et pratiquent toutes les roueries 


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— ni — 


de l’agiotage. De vrais Romains, il n’y en a plus guère; ils 
sont morts sur les champs de bataille , et ils ont été rem- 
placés par des aventuriers de toutes les nations, venus à Rome 
pour y trouver une plus facile satisfaction à leurs vices. Ce 
sont eux qui peuplent les mille tavernes des faubourgs et 
des quartiers mal famés. Ainsi, des riches et des pauvres, 
sans classe intermédiaire comme la bourgeoisie, voilà la 
la société romaine. Le plébéien n’a pour tout bien que les 
meubles les plus indispensables et ses habits. Les tables du Cens 
montrent que pour un citoyen, non pas riche, mais à l'abri 
du besoin, il y en a mille qui vivent, au jour le jour, de 
ces petits métiers, qui n’exigent ni apprentissage, ni domicile 
fixe, ni avance de fonds. Ils sont marchands d’allumettes, 

. troqueurs de verres cassés, diseurs de bonne aventure, gar- 
deurs d’habits dans les bains, frictionneurs, masseurs, 
parfumeurs, marchands de gâteaux, de boudin, de poisson. 
Dans un rang un peu moins infime, il y a les variétés de clients 
de bas étage. Le plus humble, le plus misérable, le plus pé- 
nible des petits métiers est celui iu Parasite . C’est lui que 
nous cherchons dans tout ce monde, et qui va nous arrêter 
quelques instants. 

Les parasites sont des gens de quelque esprit et de quelque 
éducation, n’ayant d’autre industrie que de courir les lieux 
publics, les carrefours, les places, les promenades pour y 
quêter une invitation à souper. Il y a parmi eux des citoyens 
romains prodigues, réduits par leur inconduite à celte triste 
condition. Le métier a ses bons et ses mauvais jours. Les uns, 
ce sont les heureux, ont un râtelier fixe, les autres, convives 
nomades, cherchent, chaque jour, une table nouvelle. 

L’exactitude est la politesse des convives, celle du parasite 
surtout. L’un d’eux, poussant la ponctualité jusqu’à arriver 
longtemps avant l’heure, répondit à son hâte qui lai en faisait 
l’observation : 

« Maudit soit celui qui le premier inventa les heures, 
établit chez nous un cadran solaire , et , pour notre malheur, 
fractionna le jour en petites parties. Dans ma jeunesse, l’es- 


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— 1*5 — 

loniac , c’était là le seul cadran solaire, et il valait bien totls 

ceux d’aujourd’hui. Dès qu’il m’avertissait, je mangeais 

à moins que les vivres ne manquassent. Maintenant, au sein 
même de l’abondance , on ne peut se nourrir s’il ne plaît 
point au soleil. La Ville est si pleine de ces horloges solaires, 
que plus de là moitié de Rome meurt de faim. » 

Écoutohs maintenant un personnage des Captifs de Plaute, le 
parasite Ergasile, nous faire ses doléances sur Un si dur métier : 
« Malheureux celui qui a faitn et n’a pas de quoi 
manger! La maudite journée 1 que j’aurais de plaisir à lui 
crever les yeux, si je pouvais ! Non, je n’en vis jamais de plus 
famélique, de plus soûlée de jeûne Mon ventre et mes 
mâchoires aujourd’hui chôment la fête de la fatiiine. Peste 
soit du métier de parasite 1 je lui dis adiéu.» 

En vajn il s’est adressé à celui-ci , à celui-là et puis à 
d’autres; en vain il a dit ses meilleurs mois, fait ses meilleurs 
contes , personne ne lui a répondu , personne n’a ri. 

« Plus de doute, dit Ergasile, c’est un complot; ils se 
sont donné le mot, comme les marchands d’huile au Vé- 

labre Je suis bien décidé à demander justice. Ün 

complot ayant été formé pour nous ôter les vivres et la vie, 
j’intente procès aux coupables; je réclame une amende : dix 

soupers à ma discrétion » 

Un autre jour le sort ne lui tient pas rigueur; le riche 
Hégion lui laisse le soin de commander le dîner. Ergasile, 
dans un élan de transport , s’écrie : 

« Il part et me confie l'administration en chef des vivres. 
Dieux immortels I Comme je vais couper la gorge des porcs 
enfumés! quel carnage de jambons I quelle tempête sur le 
lard 1 quelle déconfiture de tétines 1 quel désastre pour les 
filets de sangliers! quelle fatigue pour les bouchers et 
les charcutiers I Mais il serait trop long de passer en 
revue toutes les victuailles qui sont du ressort de ma bouche. 
Je vais, sans plus tarder, me rendre dans ma province, 
exercer ma juridiction sur le lard , et porter secours aux jam- 
bons pendus sans jugement. » (Trad. de Naudet.) 


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— I4G — 


Le parasite de Piaule , on le voit, est commun , goguenard, 
trivial et naturel; il a un entrain et une verve intarissables; 
son appétit est contagieux. Tout autre est celui de Térence : 
« Gnathon, dit M. Talbot, est un parasite parfumé, floris- 
sant, homme du monde. C’est de lui que descend la race 
des pique-assiette de la comédie moderne : Colletet, Cassant! re, 
Tristan l’Ermite , Montmaur. » Gnathon ne connaît pas la 
misère, et les trente jours du mois sont pour lui trente jours 
de fête. Il va vous le dire lui-même : 

« Dieux immortels! quelle différence d’un homme à un 
autre homme! quel abîme entre un sol et un homme d'esprit! 
Voici à propos de quoi je fais cette réflexion. En arrivant 
aujourd’hui , je rencontre un quidam de mon pays , de ma 
condition, un bon vivant, qui africassé, comme moi, tout 
son patrimoine. Je le vois crasseux , malpropre, mal en point, 
habit en pièces, air de vieillesse. Hé ! lui dis-je , que signifie 
cet équipage? 

— - Malheureux j’ai perdu tout mon avoir. Voilà où j’en suis 
réduit. Àmis et connaissances, tout le monde me plante-là. 

— Alors le regardant du haut de ma grandeur : comment, 
repris-je, lâche que tu es, lu t’es donc arrangé de manière à 
n’avoir en toi nul espoir? As-tu perdu l’esprit avec ton bien? 
Vois , moi qui suis de la même condition que toi , quel teint, 
quel éclat , quel mise , quelle prestance ( J’ai tout et je ne 
possède pas une obole ; je n'ai rien et rien ne me manque. 

— Mais j’ai un malheur, moi : je ne puis ù faire le bouffon, 
ni endurer les coups. 

— Comment, tu crois qu’ainsi vont les choses? Tu en es à 

cent lieues. On gagnait comme cela sa vie, au temps jadis, 
dans l’autre siècle. Nous avons une autre pipée, et c’est moi 
qui suis l’inventeur du genre. Suis-moi > 

(Trad. de M. Talbot.) 

Ne quittons pas la cuisine romaine sans saluer , an passage, 
Je cuisinier. C’est toujours le personnage que nous connais- 
sons, plein de son importance et menant le genre humain, 
par la bouche. Dans sa comédie du Pseudolus , Plaute met 


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— 147 — 

eft scène un de ces rois de cuisine, d’une hâblerie réjouissante. 
Appréte-Nl un repas de funérailles , de simples lentilles et 
de la bouillie, suivant I’nsage, le fumet de ses casseroles 
tarit lés larmes de Ceux qui reviennent du convoi et les 
fait rire. Mais quand il prépare un festin. en règle, c’est bien 
autre chose; il renouvelle les merveilles des Sirènes: tous 
Tes passants s’arrêtent devant la maison , attirés par l’odeur 
de la cuisine. Celui qui passe trop près de la porte , reste cloué 
sur place, la bouche et les narines ouvertes, hum! hum! 

— * Ces gens-là, dit-il , en parlant dés autres cuisiniers, 
né font rien qui vaille, tandis que moi, je suis le conserva- 
teur de l’espèce humaine. Je garantis deux siècles d’existence 
à ceux qui mangeront souvent de ma cuisine. Lorsque mes 
casseroles bouilfent, je les découvre toutes, et lé parfum 
qUi s'en exhale fournit chaque jour au souper de Jupiter. 

— El quand tu ne fais pas la cuisine, de quoi soupe Jupiter? 

— Il va se coucher sans souper. » 

Que la forme plaisante de ces passages tirés des comiques 
ne nous en cache pas le côté moral et sérieux. Mieux que 
l’histoire qui ne nous raconte que les événement» publics^ la 
comédie, par ses peintures de la vie privée, nous fait con- 
naître le caractère général d’une nation et nous donne ainsi 
le secret des grands événements politiques. Plaute, Térence 
Horace et les antres satiriques nous ont tracé le tableau le 
plus vmi et le plus animé de la société romaine. C’en est fait 
alors des anciennes vertus publiques, de la frugalité , du pa- 
triotisme et do respect des lois; la corruption a tout envahi. 
Dés que l’amour de la table l’emporte sur les affaires, le plaisir 
sur le devoir, l’empife romain est perdu, les barbares peuvent 
venir. 

La belle cuisine romaine disparait dans le naufrage de 
M civilisation , au V e Siècle. « Or , lorsqu’il n’y a plus de 
cuisine dans le monde, dit Carême, il n’y a plus de lettres, 
pftrs d’inspirations, de relations liantes, plus d’unité sociale * 
Heureusement que la cuisine délaissée trouva un refuge, 
avec les manuscrits , dans les cloîtres. Les moines conser- 


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vérent pieusement les bonnes traditions et quelquefois le» 
appliquèrent , les jours permis par l’Église. C’est ainsi que 
vers 550 , dans le monastère de Poitiers , fondé par sainte 
Radegonde , une des épouses de Clotaire I er , une table 
somptueuse était souvent dressée pour les visiléurs et les 
amis ; on leur servait des collations délicates , et même de 
véritables festins , dont la reine faisait les honneurs par 
courtoisie, tout en s’abstenant d'y prendre part. Un italien 
plein d'esprit et de savoir-vivre , Venantius Fortunatus , 
le dernier poète illustre de la haute société gallo-romaine, 
faisait alors , à travers la Gaule , une course de dévotion et 
de plaisir; il vint visiter le monastère de Poitiers, comme 
une des choses les plus dignes de curiosité. L’accueil de 
l’abbesse , les prévenances dont il fut l’objet et les louanges 
données à son talent fixèrent pour toujours , dans ces lieux , 
l'humeur vagabonde du poète. Il prit les ordres , devint 
chapelain du monastère et plus tard évêque de Poitiers. S’il 
fut choyé, mitonné, encensé, je n’ai pas besoin de le dire, 

« Les petits soins , les attentions fines , 

Sont nés , dit-on , chez les Visitandincs. » 

L’heureux homme I il allait au ciel par un chemin tout 
parsemé de fleurs. Irréprochable dans son orthodoxie et dans 
ses mœurs , il avait toutefois un petit faible pour la bonne 
chère. On le trouvait toujours joyeux convive , grand buveur 
et chanteur inspiré dans les festins; il lui arrivait même 
parfois de dîner seul à plusieurs services. Les innocente* 
complaisances des bonnes religieuses pour son petit péché 
et sa vanité littéraire le retinrent dans cet asile de paix , 
où il coula des jours heureux, au sein de la religion, des 
lettres et de l’amitié. « Chaque jour, dit Aug. Thierry, la 
reine Radegonde et la supérieure Agnès envoyaient au logis 
de Fortunatos les prémices des repas de la maison, et, non 
contentes de cela , elles faisaient apprêter pour lui, avec toute 
la recherche possible , les mets dont la règle leur défendait 
l’usage. C’étaient des viandes de toute espèce , assaisonnées 


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— 1 49 — 


de mille manières, et des légumes arrosés de jus ou de miel , 
servis dvns des plats d’argent, de jaspe et de cristal. D'autres 
fois on l'invitait à venir prendre son repas au monastère , 
et alors non-seulement la chère était délicate, mais les 
ornements de la salle à manger respiraient une sensualité 
coquette. Des guirlandes de fleurs odorantes en tapissaient 
les murailles, et un lit de feuilles de roses couvrait la table 
en guise de nappe. Le vin coulait dans de belles coupes 
pour le convive à qui nul vœu ne l’interdisait; il y avait 
comme une ombre des soupers d’Horace ou de Tibulle , dans 
l'élégance de ce repas offert à un poëte chrétien par deux 
recluses mortes pour le monde. » 

Le feu sacré de la cuisine , doucement attisé par les moines, 
couva ainsi plusieurs siècles dans les cloîtres. C'est de là 
que vint la lumière aux opulentes cités de Gènes, Venise, 
Florence et Milan , qui ressuscitèrent la belle gastronomie. 
Le seizième siècle vil naître la cuisine italienne, science 
toute nouvelle, infiniment plus étendue et mieux entendue 
que la cuisine des Grecs et des Romains. Elle fleurit à l’ombre 
de l’éloquence, de la poésie et des beaux arts, sous la pro- 
tection des maisons d’Esle , de Médicis , de Léon X et des 
Cardinaux. Elle fut cultivée avec amour par les plus grands 
artistes dont s’honore l’Italie, les Léonard de Vinci, les 
Tintorei, les Titien, les Paul Véronèse , les Bandinelli, 
les Raphaël et tant d’autres. On ne voit alors que fêtes, 
que plaisirs , cavalcades superbes , magnifiques entrées de 
villes et festins splendides. C'est l'époque la plus brillante , 
sinon la plus morale, de l'histoire de l’Italie. 

Ce bruit de fêles trouva de l’écho en Europe. Les Français 
les premiers rapportèrent de ITtalie le goût des arts, des 
lettres et d’une table délicate. Le mouvement fut donné par 
François J er , le roi chevaleresque qui rappela les femmes 
à la cour, disant « qu'une cour sans dames est un par- 
terre sans fleurs. * La cuisine française qui fut servie au 
Camp du drap d'or, fil une impression profonde sur le car- 
dinal Volsey, ministre du roi d’Angleterre Henri VIII. Volsev, 


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— 45Q — . 

l’amphitryon le plus libéral de sou époque , se piqua d'ému?- 
lation , et sa table devint une école pour les dîneurs du temps. 

La dauphine Catherine de Médicis , placée à la tête de 
la maison royale, apporta dans cette position élevée toutes 
les lumières de la cuisine italienne. On mangea finement, 
royalement et copieusement aussi , si l'on en juge par le 
Gargantua de Rabelais, ramené aux proportions de l'original 
qui serait, croit-on, François I er lui-même. Gargantua, on 
le sait , est resté le type et le patron des grands mangeurs. 

J'ai sous les yeux un vénérable bouquin de cuisine, comp- 
tant près de trois siècles et demi d'existence; il a été imprimé 
à Lyon en 1528. Son titre est : 

« Platine de honneste volupté. 


S’ensuyt le livre de Platine très-utile et nécessaire à 
toutes gens, lequel nous monstre et enseigne comment 
Ion doit régir et gouverner le corps humain pour vivre 
longuement et en bonne santé. » 

C’est une véritable encyclopédie des connaissances hygié- 
niques et culinaires, au temps de François I er . Cet ouvrage, 
écrit sous l’inspiration et placé sous le patronage de Platon, 
d’Aristote, — on ne s'attendait guère à voir Aristote ici, 
non plus que Cicéron, Sénèqué et autres , mais nous sommes 
en pleine renaissance , — n'est pas seulement curieux pour 
le fond , mais encore pour la forme qui nous montre ce 
qu'était le français, il y a 350 ans. C’est comme échantillon 
de la langue, sous François I er , que j’en extrais le portrait 
du Parfait Cuisinier : 

<l Avoir fault ung cuysinier qui soit par art et longue 
espériance bien endoctriné et prudent en son office, et qu'il 
puisse comporter le labeur, vueille grandement en son art 
estre loqé , ne soit point sale ne immonde* en toutes ses 
choses : ains soit net sur tout. Et sache cognoistre appertement 
a vertu et nature de toutes viandes , chairs , poissons et 


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— 451 — 


herbes pour savoir que fault boulir , roslir et frire , ait bon 
goût sur tout, et sache discerner qui est trop sallé ou fade. 
Et s'il est possible soit semblable à Nony comeuse prince 
des cuysiniers de notre temps duquel jay beaucop aprins 
et sceu la façon de confire , composer et mettre apoint plu- 
sieurs viandes. Bt aussi qu’il ne soit point golu ; friant ne 
grant mangeur , eomme était Marisse , lequel mangeait et 
dévorait tout ce que son seigneur et maistre devait manger. » 

L’appétit germanique s’éveilla aussi. Seulement la cuisine 
d’Outre-Rhin , destinée à de robustes estomacs , fut plus 
solide que délicate. Ce sont les Allemands qui ont découvert 
que la nourrissante boisson de la bière creuse l’estomac. 
L'Allemand est d’humeur pacifique, mais, comme le lion, 
il n’aime pas à être dérangé à table Mal en prit à la cour 
de Rome d’avoir voulu soumettre aux rudes épreuves du 
jeûne et de l'abstinence des hommes du Nord. Bon de jeûner 
pour des Italiens et dès' Espagnols qui vivent de paresse et 
de soleil , mais des Germains , sous un ciel gris et froid , le 
peuvent-ils? Au nombre des causes non avouées du schisme 
de Luther , il est juste de compter les jeûnes et les autres 
punitions de cette espèce infligées b ces peuples. Il ne fallait 
pas que le pouvoir spirituel de l’Eglise touchât ainsi au pouvoir 
temporel de la cuisine. Par suite de cette faute , la face 
de l’Europe fut changée. 

L’Espagne elle- même ne put résister à l’entrainement 
général. Sa sobriété proverbiale fut ébranlée. La preuve en 
es! dans le souvenir du festin des noces de Gamache resté 
populaire. Citons quelques lignes de ce piquant passage : 
« Il me semble, dit Saneho en s’éveillant , que je sens, du 
cété de cette ramée , une odeur qui vaut bien celle du thym 
et du serpolet. Oh I que cela sent bon I Par ma foi , ce sont 
des carbonades , et je gagerais bien par avance qu’il fera bon 
à ces noces 

« Saneho sella promptement Rossinante , et ayant mis le 
bât sur le grison , ils montèrent à cheval et s’en allèrent , 
au petit pas, du cété de la ramée il y avait des prépa- 


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— <52 — 

ratffsde table pour quatre villages; Plus dë cinquante cuisi- 
niers ou cuisinières , la joie peinte sur le visage, travaillaient 
tous proprement et avec diligence. 

« Sancho regardait tout cela avec admiration , il prenait 
tout en amitié ; et presque enchanté de la nouveauté de ce 
spectacle, il souriait de temps en temps et se passait, à 
tout moment, la langue sur les lèvres. Les marmites le ten- 
tèrent ies premières , et il eût de bon cœur pris soin de les 
écumer. Ensuite il se trouvait attendri par les boucs de vin , 
et les gâteaux et l'odeur des beignets le captivèrent toul-à-fait. 
Ne pouvant enfin résister à la tentation , il aborda un des 
cuisiniers , avec des termes de courtoisie et qui sentaient 
l’appétit, le priant de trouver bon qu’il trempât un quignon 
de pain dans une des marmites. — Hé, mon pauvre frère, 
répondit le cuisinier, ce jour-ci n’est point un jour de jeûne, 
grâce à la libéralité du riche Gamache I Approchez hardiment, 
et cherchez s’il n’y a point là quelque cuiller pour écumer une 
ou deux poules, en attendant le dîner, et grand bien vous 
fasse 1 » 

Nous avons parlé de la renaissance de la cuisine et des 
lettres, sous François I er . Il nous reste à dire quelle fut son 
influence sur la société, dans le travail de transformation 
qui doit aboutir à 89 L’éclat des fêtes de la cour, la somp- 
tuosité et les élégances italiennes de la table royale piquèrent 
d’émulation les grands seigneurs qui se ruinèrent à J’envi 
par le faste et la représentation. Le Camp du drap d'or, 
où eut lieu l’entrevue de François I er et de Henri VIII , fut ainsi 
nommé, dit du Bellay , dans son langage figuré, parce que 
« plusieurs seigneurs y portèrent leurs moulins, leurs forêts 
et leurs prez sur leurs épaules. > La noblesse fit bientôt eau 
et ruine de toutes parts, pendant que la bourgeosie, elle, 
s’enrichissait par l'industrie. A côté de l'aristocratie des litres 
parait alors l'aristocratie de l’avenir, celle du travail et des 
écus. Les classes ne se fondent pas encore, les nobles elles 
fils des vilains ne sont pas encore animés d’un même. esprit; 
mais cette fusion es! préparée, ce n’est plus qu'une affaire 


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— <53 - 


de temps pour l’achever. Au XVII e siècle, les écus n’ont plus 
rien du tout de bourgeois, et ceux qui portent les plus grands 
noms sont bien heureux, dit M œe de Sévjgné, d’épouser des 
héritières bourgeofses, pour fumer leurs terres. Maintenant la 
fusion est faite, en principe au moins; les descendants des 
conquérants de la Gaule et ceux des vaincus occupent ou 
peuvent occuper les mêmes postes , dans toutes les adminis- 
trations et dans l’armée, et les nobres, comme les bourgeois, 
émargent sans déroger. 

Les cabarets ont exercé, sur l’ancienne société française, 
une influence qu’il convient aussi de rappeler brièvement. 
Avant 1’introduction du café et l'établissement des cafés publics 
en France , et jusqu’au commencement du XVIII e siècle, les 
cabarets étaient des lieux (Je rendez-vous de société, d’amu- 
sement, de liberté; les gens comme il faut ne rougissaient 
pas de les fréquenter; sous Louis XIV encore, il y avait foule, 
et du meilleur ton, h la Pomme de Pin. Ces innocents plaisirs 
goûtés en commun firent beaucoup pour l'adoucissement des 
mœurs et le rapprochement des Français, si longtemps divisés 
par des luttes intestines. Ce n’est plus cela aujourd’hui. Les 
cabarets comme les livres ont leurs destinées ! 

Louis XIV eut une table servie avec éclat; cependant il 
donna plus au décor et à l’étiquette qu’au sensualisme épi- 
curien. La cour fut imitée par la ville , et les riches bourgeois, 
lc^ gens de lettres,* les artistes apprirent à manger, k boire 
et à rire avec dignité et convenance. Le grand roi , qui avait 
l’appétit des Bourbons et la régularité du soleil, son emblème, 
ne prenait rien entre ses repas , mais, dit Saint-Simon « il 
s’amusait à voir manger les autres et manger à crever. En 
voyage, il avait toujours des provisions: viandes, pâtisseries, 
fruits, pour les dames de son carrosse. Il fallait avoir faim, 
être gaies , et manger avec appétit et de boqne grâce ; autre- 
ment il ne le trouvait pas bon , et le montrait môme aigrement: 
on faisait la mignonne, on voulait faire la délicate, être du 
bel air, et cela n’empêchait pas que les mêmes dames ou 
princesses qui soupaient avec d’autres à sa table, le 


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— <54 — 


mâme jour, ne fussent obligées, sous les mêmes peines, d’y 
faire aussi bonne contenance que si elles n'avaient mangé de 
la journée. » — Un jour la duchesse de Chevreuse, fort 
bien en cour alors , faillit mourir victime de sa complaisance 

héroïque. Quand on arriva, il était temps Saint-Simon 

raconte si bien ce piquant incident et accident de voyage, 
qu’au lieu de gâter son réeit, j'aime mieux vous laisser le 
plaisir de le lire dans l’original. 

Le fameux Vatel, le cuisinier du grand Condé, doit sa 
célébrité , moins à son talent d’artiste , qu’à la relation pathé- 
tique de sa mort faite par M m * de Sévigné. Louis XIV était 
à Chantilly où de inagniflqoes fêtes et festins étaient donnés 
en son honneur. La belle occasion pour Vatel de mettre le 
sceau à sa réputation I Mais la marée qu’il attend n’arrive pas; 
le rôti va manquer & la table du roi. Quel déshonneur I Ait lien 
de sortirde là par un coup de génie , voilà un homme qui perd 
la tête, et qui, dans son désespoir, se tue bêtement d’un 
coup d’épée. D'autres mieux informés attribuent sa mort à 
un chagrin d’amour — autre bêtise, soit dit avec votre per- 
mission ..Mesdames I 

Sous le Régent qui gâta tout en France, la cuisine prit 
un nouvel essor, et acquit dès lors cette supériorité qu’elle a 
su conserver depuis. Elle réunit l’élégance athénienne, le 
luxe romain et la délicatesse française. L’aimable et spirituel 
duc d’Orléans , franc épicurien , ami de la table et du plaisir, 
payait royalement ses cuisiniers et les traitait avec égard; 
aussi firent-ils merveille, et leur cuisine simple et savante 
tint sous le charme toute la partie intelligente de la nation. 

Les lettres et la table sont les. deux grandes puissances du 
XVIII* siècle. La littérature cesse d’être un simple délasse- 
ment de l’esprit, pour devenir une arme de guerre; elle se 
mêle à tous les intérêts et à toutes les passions de la société. 
C’est à table surtout, dans ces fameux petits soupers, que, 
chaque soir, l’élite des penseurs agite et résoud les pins 
grandes questions sociales, politiques et religieuses M"* Geof- 
frin, M">* d'Epinay , Helvétius, (F Holbach et plus tard 


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— 466 — 

M"* Necker réunissent à leur table et dans leur cercle des 
gens de lettres , des artistes , des grands seigneurs et même 
des princes voyageurs, avides d’entendre là ces idées nouvelles 
qui vont bouleverser le vieux monde pour le renouveler. 
Quel nom donner à ces hommes de lettres, hétes ordinaires 
des meilleures tables et dès premiers salons de Paris? Le nom 
de parasite est une flétrissure qu’ils ne méritent pas. Ils sont 
les pensionnaires des grands personnages qui ont chacun 
leur jour de gala et leurs convives attitrés. Leur génie a 
d’ailleurs payé ces soupers de l’immortalité. Les parasites du 
temps sont ces rimeurs affamés dont parle Colnet, qui pro- 
fessent l’art de dîner en ville et savent 

Comment un pauvre auteur 

Peut du banquet du riche atteindre la hauteur. 

Ils ont un œil pour pleurer aux enterrements, un autre 
pour rire aux noces, des flatteries et un estomac toujours à 
la disposition des amphitryons qui tiennent table ouverte. 
Aux baptêmes, aux anniversaires, au décès de la petite chienne 
de Madame , ils accourent avec des vers de circonstance impro- 
visés à loisir, dans l’espoir d’une invitation à dîner. Parmi 
eux <i un homme s’est rencontré, d’une profondeur d’estomac 
incroyable, gourmand raffiné autant qu’habile parasite, ca- 
pable de tout entreprendre et de tout oser pour se faire admettre 
aux meilleures tables , également actif et infatigable et pendant 
le dîner et pendant le souper, si complaisant et si prêt à tout, 
qu'il ne refusait aucune invitation, eût-il dû dîner deux fois en 
un jour. » Cet homme était Montmaur. En trente ans, fl n'eut 
qu’une fois le malheur d’être un jour sans invitation ; il 
s’en vengea par un bon mot inséré dans l’épigramme suivante, 
à son adresse : 

< Sans avoir pu trouver à dlper chez autrui , 

Lc 6 entrailles à jeun , Montmaur rentrait citez Ini : 

Grand Dieu ! s’écria-t-il, plaignez ma destinée; 

Hélas I comme Titus, j’ai perdu ma journée »' ' 


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— 456 — 


Il manquerait, quelque chose à cette esquisse du XVIir 
siècle, si nous omettions de parler delà société du Caveau — 
la 1 r0 de 1729 à 1739 — et de ses dîners périodiques égayés 
par les couplets de ses fondateurs, Piron , Colle , Panard , 
Saurin , Gallet. Cette société, modèle des autres du même 
nom , représente un côté de l’esprit français et l’humeur chan- 
tante de nos pères, trait de caractère national bien effacé au- 
jourd’hui. On chantait beaucoup jadis, et, à part quelques 
joyeusetés par trop gauloises, restes des fabliaux du moyen- 
âge , ne peul-on regretter ce bon temps de la chanson ? Où 
chante-t-on maintenant dans la patrie de Béranger? Ce n’est 
pas dans lés salons. La romance sentimentale et les nocturnes 
vaporeux y remplacent la franche et joyeuse chanson d’autre- 
fois. Ce n’est pas dans les ateliers. La politique a fait taire 
les chants qui abrégeai nt les heures en égayant le travail, et 
c’est grand dommage en vérité I La politique, sans doute, a 
droit de cité, dans un pays de suffrage universel, mais 
combien ne gagnerait-elle pas à être tempérée par la chanson ! 

Nous avons dit qu’une révolution s’était opérée dans la 
condition des gens de lettres; ils n’étaient rien au XVII e siècle, 
et ils sont tout au XVIII e . Voltaire vil à la cour du grand 
Frédéric, ou correspond avec lui; Diderot est l’objet des 
prévenances de Catherine II; la Pologne demande une cons- 
titution à Rousseau. Les querelles de ménage des gens de 
lettres, dit M. S l -Marc-Girardin , deviennent des événe- 
ments publics; ainsi la rupture de Diderot et de Rousseau ; 
« Mon Dieul disait un jour le duc de Castryes à Charafort, 
partout où je vais, je n’entends parler que de ce Rousseau 
et de ce Diderot 1 Conçoit-on cela ? Des gens de rien , des 
gens qui n’ont pas de maison, qui sont logés au 3 e étage! 
En vérité, on ne peut se faire à ces choses-lai » On s’y 
faisait cependant, et c’était un des signes des temps qui 
arrivaient, que la haute société s’occupât de ces choses-là I 
Nous pouvons nous arrêter ici pour dégagèr la pensée de 
ce travail et la réponse aux deux parties de notre programme : 
— L’histoire de la gastronomie nous a montré dans l’anti- 


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— 157 — 


quité, au moyen-agc et de nos jours, les rapports étroits et 
constants de la cuisine avec Vetat moral et le degré de 
civilisation des peuples; 

— Au point de vue littéraire , la table et les péchés, 
petits ou gros, qui s’y rattachent , ont fourni d’heureuses 
inspirations aux poètes comiques et satiriques qui ont fait 
de leur temps une peinture si gaie, si vive et si vraie. Les 
fêtes de table ont formé le goût, aiguisé l’esprit et façonné 
la langue qui est devenue plus littéraire. C’est à table aussi 
que s’est perfectionnée la conversation française qui répandit 
partout, dans le monde, nos idées et le goût de notre 
littérature 

Aujourd’hui nous pouvons nous croire arrivés & l’âge d’or 
de la cuisine française. Notre siècle s'honore d’avoir vu naître 
des gourmands fameux, dignes d’être opposés aux premières 
célébrités des temps passés. Quels noms que ceux de Grimod 
de la Reynière, du marquis de Cussy , de Borose et de 
tant d’autres fervents adorateurs de la table I A côté d'eux 
viennent se ranger glorieusement Laguipierre, le cuisinier 
de Napoléon , mort de froid, dans la retraite de Moscou ; 
Carême , le plus grand homme de cuisine des temps anciens 
et des temps modernes, à la fois praticien, dessinateur et 
écrivain, auteur de mémoires culinaires curieux et estimés. 
Ce nom même de Carême, qui jure si plaisamment avec sa 
profession , était un titre de noblesse donné par un prince 
de l’Église à un de ses ancêtres , pour ses beaux dîners 
en maigre. Je soupçonne fort l’habile homme d’avoir traî- 
treusement surpris la confiance et la conscience de Sa Gran- 
deur , en lui servant de ces mets placés sur la limite du 
gras et du maigre, moitié l'un, moitié l’autre , dont le fond 
inquiétant pour une conscience avertie était habilement dis- 
simulé par l’orthjpdoxie de la forme. C’est avec du gras qu’on 
fait le bon maigre. Demandez-le plutôt à ce cuisinier d’un 
couvent de Bénédictins, qui excellait dans les métamorphoses 
de ce genre et faisait du carême un temps de jubilation. 


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— <58 — 


« Grâce au talent de ce cuisinier, dit le Journal des Gour- 
mands (mars 4807] , que de mets gras et succulents sont 
entrés dans ces ventres bénis , sous la forme d’une anguille , 
ou dans les larges flancs d’anc carpe complaisante I Que de 
canards ont pris le nom de sarcelle' I Que de quadrupèdes 
ont changé leurs griffes en nageoires I Que de poulardes ont 
pris place dans ces matelotes amphibies où l’ortolan nageait 
pour la première fois à côté du cochon de lait revétn des 
habits d’une truite légitimée I » Je ne garantis pas la vérité 
du fait , je donne une recette de cuisine mise à la charge 
d’un cuisinier bénédictin, par le Journil des Gourmands 
et des Belles , qui florissait sous l’Empire. 

Dans la galerie des gastronomes contemporains , une place 
et une mention à part sont dues à Brillât- Savarin , qui 
a su parler des choses de la table , dans le style de H* dé 
9évigné et de Voltaire. Tout éloge pâlit devant la lecture 
d’une page de son livre prise au hasard. Qu’on en juge par 
les lignes suivantes détachées du morceau intitulé : Une 
Journée chez les Bernardins : 

« Il était près d'une heure du matin; il faisait une belle 
nuit d’été, et nous étions formés en cavalcade, non son» 
avoir donné une vigoureuse sérénsde aux belles qui avaient 
le bonheur de nous intéresser (c’est vers 1783), 

Nous partions de Belley , et nous allious & Saint-Sulpiee, 
abbaye de Bernardins située sur une des plus hautes mon- 
tagnes de l’arrondissement , au moins cinq mille pieds au- 
dessus du niveau de la mec. 

J’étais alors le chef d’une troupe de musiciens amateurs, 
tous amis de la joie et possédant à haute dose toutes les vertu» 
qui accompagnent la jeunesse et la santé. 

« Monsieur, m’avait dit un jour l’abbé de SMJulpice, Vous 
« seriez bien aimable de venir avec vos amis nous faire un pèu 
« de musique le jour de Saint-Bernard ; le saint en serait plus 
« complètement glorifié, nos voisins en seraient réjouis et vous 
< auriez l'honneur d'être les premiers Orphées qui auraient 
« pénétré dans ces régions élevées. » 


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— 159 — 


Je ne me Os pas répéter une demande qui promettait une 

partie agréable, je promis d*un signe de télé 

Nous arrivâmes à la pointe du jour, et nous fûmes reçus 
par le père cellérier, dont le visage était quadrangulaire et le 
nez en obélisque. « Messieurs, dit le bon père, soyez les 
bien-venus, suivez-moi et vous verrez si nous vous attendions. » 
Nous le suivîmes, supposant avec raison qu’il nous con- 
duisait au réfectoire. 

Là tous nos sens furent envahis par l’apparition du déjeûner 
le plus séduisant, d’un déjeûner vraiment classique. 

Au milieu d’une table spacieuse, s'élevait un pâté grand 
comme une église; il était flanqué au Nord par un quartier 
de veau froid, au Sud par un jambon énorme » à l'Est par 
une pelottc de beurre monumentale et à l'Ouest par un 
boisseau d’artichauts à la poivrade. 


«Je devrais vous inviter à manger, dit le père cellérier ^ 
« mais votre âge, le voyage , l'air vif de nos montagnes 
« doivent m’en dispenser. Acceptez avec plaisir ce que nous 
« vous offrons de. bon cœur, je vou9 quitte et vais chanter 
« matines. » A ces mots il disparut. 

Ce fut alors le moment d’agir, et nous attaquâmes avec 
l’énergie que supposaient en effet les trois circonstances aggra- 
vantes si bien indiquées par le cellérier. Mais que pouvaient de 
faibles enfants d’Adam contre un repas qui paraissait préparé 
pour les habitants deSirius! Nos efforts furent impuissants; 
quoique ultra-repus, nous n’avions laissé de notre passage 
que des traces imperceptibles. 


Le dîner fut servi dans le goût du XV e siècle; peu d’en- 
tremets, peu de superfluités ; mais un excellent choix de 
viandes , des ragoûts simples , substantiels , une bonne cuisine , 
une cuisson parfaite, et surtout des légumes d’une saveur 
inconnue dans les marais, empêchaient de désirer ce qu’on 
ne voyait pas. 

On jugera de l’abondance qui régnait en ce bon lieu , 


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— 160 — 

quand on saura que le second service offrit jusqu’à quatorze 

plats de rôt 

Les liqueurs ne manquèrent pas, mais le café mérite une 
mention particulière. 

Il était limpide, parfumé, chaud à merveille; mais surtout 
il n’était pas servi dans ces vases dégénérés qu’on ose appeler 
tasses sur les rives de la Seine, mais dans de beaux et 
profonds bols où se plongeaient à souhait les lèvres épaisses 
des révérends, qui en aspiraient le liquide vivifiant avec un 
bruit qui aurait fait honneur à deux cachalots avant l’orage. > 
Il y a dans Brillat-Savarin vingt passages et plus de ce 
ton et de ce style : la Fondue, l’Omelette du Curé, la Jolie 

Gourmande sous les armes, etc Chacun de ces morceaux 

est un bonbon que l'auteur met dans la bouche de ses lecteurs. 
C’est bien à regret que je les laisse de côté; mais il faut savoir 
résister à la tentation; dans tout banquet, littéraire ou 
autre, la première chose à craindre est la satiété. 

J. CONUS. 


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— 161 — 

RAPPORT 

, PRÉSENTE AU NOM 

DE LA COMMISSION DES PRIMES D’AGRICULTURE , 

PAR M. COLNENNE, 

SOUS -INSPECTEUR DES FORÊTS, 

Secrétaire-adjoint de la Société d' émulation. 

Messieurs , 

L’ouvrage que M. Puton , sous-inspecteur des forêts à Re- 
miremont, a présenté au concours de 1866 et que votre 
Commission a bien voulu renvoyer à mon examen, a pour 
titre : L’aménagement des forêts. Conduite et direction 
de l'exploitation des forêts — Dans une courte introduc- 
tion, l’auteur fait connaître à quelle occasion et dans quel 
but a été principalement conçu le petit ouvrage qu'il va 
livrer à l’impression. C’est pour faciliter aux employés in- 
férieurs de l’administration l’intelligence des méthodes scien- 
tifiques, dont ils voient tous les jours l’application; c’est 
aussi pour vulgariser les saines notions de l’économie fo- 
restière et initier à leur connaissance, non-seulement les 
gens du métier, mais encore tous ceux qu’intéresse la mise 
en exploitation d’une des principales branches de la richesse 
du pays. Il faut bien en effet le reconnaître : il n’est pas 
de science, si abstraite et si élevée qu’on la suppose, qui ne 
soit plus familière au public et dont les notions essentielles 
ne soient plus répandues que celle de la science sylvicole. 

Tandis qu’en Allemagne l’enseignement forestier fait partie 
d’une instruction libérale et est l’objet de cours supérieurs 

11 


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— 462 — 


professés dans plusieurs universités célèbres, en France, cet 
enseignement n’a qu’un centre : l’école impériale forestière 
de Nancy, à laquelle depuis quelques années sont venus 
s’ajouter les cours élémentaires professés dans diverses écoles 
d’agriculture. 

Aussi n’est-il pas rare d’entendre autour de soi, en ma- 
tière d’aménagement, proférer par des homme?, d’ailleurs 
intelligents, de véritables blasphèmes ou d’incroyables héré- 
sies, et le nombre est encore grand des gens qui supposent 
que s’il faut de l’intelligence pour administrer avec profit 
pour le propriétaire et avantage pour la société un coin de 
terre de quelques hectares, il est sans objet de chercher 
bien loin des administrateurs pour ce genre de culture si 
commode que représentent les bois et forêts; qu’on n’a pour 
cela qu’à laisser opérer la nature, et que cette bonne mère 
est bien suffisante, le sol et l’air aidant, pour faire croître 
ces hôtes .rustiques et complaisants que la main de l’homme 
n'a que la peine de recueillir quand le temps est venu. Ne 
croyez pas, Messieurs, que ce tableau soit de pure imagi- 
nation ou que les teintes en soient exagérées pour le besoin 
de la cause : il n'en est malheureusement pas ainsi, et l’expé- 
rience de chaque jour constate que cette ignorance de la 
majorité du public en pareille matière est parfaitement réelle : 
heureux est-on quand elle ne devient pas une cause d'hostilité 
ou un obstacle aveugle à la réalisation de progrès touchant à 
l’intérêt général non moins qu’à l’intérêt du propriétaire. 

Si futilité d’un livre élémentaire destiné à faciliter et à 
vulgariser l’étude des sciences forestières n’est point contes- 
table, on ne saurait non plus nier que cette utilité emprunte 
aux circonstances actuelles un caractère d’opportunité évident 

Vous avez tous, Messieurs, présentes à la mémoire les 
luttes engagées dans la presse et dans les assemblées légis- 
latives à l’occasion d’un projet d’aliénation d’une masse im- 
portante de forêts domaniales ; les discussions en sens divers 
qui se sont produites à cette occasion , et du choc desquelles 
naîtra probablement la lumière, ont montré combien sur ce 


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— 163 — 

sujet difficile les opinions les plus contradictoires pouvaient 
se produire. De ces discussions , qui n’ont plus qu'un intérêt 
historique, et de cette divergence d’appréciation, ressort 
toutefois l'enseignement qu’il est utile, aujourd'hui que tout 
le monde est appelé à exercer une action ou une influence plus 
ou moins directe sur l’administration de son pays, que l’on 
soit d’abord bien fixé sur le procès important qui est en 
instance, et pour ce, qu’on connaisse des forêts ce qui en 
constitue la raison d’être, je veux dire leur mode d’utilisation 
et l’ensemble des procédés employés pour y atteindre dans 
la plus large mesure possible. 

Dans l'ouvrage dont je vous soumets l'analyse, M. Puton 
s'est moins spécialement appliqué il faire ressortir les avantages 
extérieurs , qui justifient l’indispensable nécessité de la conser- 
vation des forêts (et notamment des forêts appartenant à l’État), 
au point de vue de leur influence sur le climat, le régime des 
eaux , etc. , etc. Il a cependant eu occasion de toucher inci- 
demment au rôle qu’elles jouent dans la marche générale des 
forces productives du pays et dans le mode de répartition ou 
d’emploi des éléments de la fortune publique. 

Dans le chapitre I er , sous le titre de notions d’économie 
forestière, l’auteur donne en effet, sur le caractère spécial 
de la propriété boisée et sur les relations complexes qui ré- 
sultent pour la société et pour le propriétaire du mode de 
constitution de la valeur immobilisée et du rendement produit, 
des aperçus fort justes et souvent ingénieux. 

« Pour exploiter un terrain en forêt, comme pour l’ex- 
» ploiter en champ ou en pré, il faut, dit-il, de toute 
» nécessité , un capital que les économistes ont appelé capital 
» ou matériel d’exploitation. En agriculture, ce capital est 
» formé par les bâtiments de la ferme, par le bétail et les 
» instruments de culture; une partie est immeuble, l’autre 
» partie est généralement meuble. En sylviculture au contraire, 
» le capital d’exploitation est toujours immeuble et est formé 
» par un certain volume de bois représentant une échelle 


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164 — 


* d’ûge graduée de 1 à 20 ans par exemple pour un taillis 
» ou de 1 à 120 ans pour une futaie. » 

Cette distinction est parfaitement exacte et présente une 
importance capitale pour bien préciser, comme nous le ver- 
rons plus tard, à quelle exigence primordiale doit satisfaire 
le mode de traitement d’une forêt donnée. Partant donc do 
soin tout particulier qu’entraîne la gestion de pareilles 
propriétés dont le capital et le revenu se confondent si aisément, 
M. Puton conclut avec raison que la détermination exacte 
et précise de ces deux éléments rivaux, si je puis m’exprimer 
ainsi , est pour le sylviculteur la base à flxer au préalable 
et la condition sine qud non d’une administration intel- 
ligente et raisonnée 

Si, renversant le problème ou nous le donnant résolu 
par avance., nous admettons en effet que nous savons consti- 
tuer le matériel bois, qui représente le capital engagé né- 
cessaire pour assurer le revenu le plus avantageux au pro- 
priétaire ou à la société dont il est le représentant, d’après 
les conditions de fertilité de la forêt, nous voyons immé- 
diatement que le fonds de terre confié à notre gestion n’ira 
point s’appauvrissant et que son revenu sera perpétuel. Si 
au contraire on exagère le revenu , si l'on fait produire plus 
que ne le comporte l’accroissement annuel de la forêt et 
l’état du matériel bois engagé, on voit que l’on anticipe 
sur l’avenir, qu’on réalise comme rente ce qui est réellement 
capital et qu’on fait sous une forme moins apparente, mais 
tout aussi réelle, la détestable spéculation du fermier qui 
vendrait tous les ans, non-seulement la récolte de ses champs , 
mais un petit coin de terre ou quelques-uns des outils de 
son exploitation, ou du capitaliste qui dépenserait non-seu- 
lement le revenu de ses actions , mais le capital même qu'elles 
représentent. 

De la constitution même ou de la valeur plus ou moins 
grande en matériel bois qui se trouve immobilisé entre 
les mains du propriétaire soigneux de l’avenir et qui ne veut 


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465 — 


que jouir du revenu, sans entamer le capital, M. Puton a 
tiré la distinction qu'il pose avec tous les auteurs entre les 
deux grands modes de culture forestière : le mode en futaie, 
d’après lequel le matériel d'exploitation doit être constitué 
et distribué de telle sorte que la forêt assure, par la distri- 
bution des semences des plus vieux arbres laissés sur pied , 
la régénération naturelle; le mode en taillis, d’après lequel 
la reproduction de !a forêt est principalement assurée par 
les rejets des souches de jeunes bois coupés périodiquement. 

Ces deux modes de traitement comportent, comme il est 
facile de s'en rendre compte, des différences considérables 
dans l'application : dans la futaie, en effet, la durée de 
la révolution (c'est-à-dire du temps nécessaire à l'exploitation 
de la forêt tout entière) ne doit pas seulement être subordonnée 
ix l'époque où les plus vieux bois portent des graines de bonne 
qualité; elle doit également être assez longue pour que les 
massifs qu’ils constituent soient entrés dans la période de 
la vie végétative la plus avantageuse, soit en matière, soit 
en argent, soil en utilité quelconque. Or cette double condition 
force de conduire ces bois jusqu’à des âges de 80 , 400, 450 
et 200 ans. D'où il résulte que le capital de roulement doit 
représenter toute l’échelle graduée des âges, depuis le brin 
naissant (4 an) jusqu’à l’arbre exploitable (80 , 400, 450 ou 
200 ans). 

Dans le taillis, au contraire, la révolution doit être assez 
courte pour que les bois soient coupés avant qu’ils ne perdent 
la faculté de produire des rejels ; or, cette faculté disparait, 
suivant les essences ou les conditions locales, plus ou moins 
têt, mais, en tout cas, dans un âge peu avancé, 20, 30, 40 
ans, par exemple. 

Il en résulte donc que le capital de roulement ne corres- 
pond qu’à 20, 30 , 40 ans, au lieu de correspondre, comme 
dans le cas précédent, à 80 , 420 , 450 , 200 ans. Si, 
pour fixer les idées, on compare le capital engagé dans un 
taillis simple de 20 ans, au capital engagé dans une futaie 
de 420 ans, on voit que dans ce dernier mode d’exploitation 


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— 166 - 


le capital de roulement serait six fois plus considérable, si 
racornissement était proportionnel à l’âge; je m’empresse 
d’ajouter que cette hypothèse n’est pas exacte et que le volume 
des arbres et des massifs croissent d’après une loi de végéta- 
tion, qui, sans être géométriquement semblable, se rapproche 
de l’accroissement par proportion géométrique. Aussi , n’est-ce 
pas un matériel six fois plus grand que représente la futaie 
comparée au taillis , mais un matériel 10, 15 ou 20 fois plus 
important. 

Ainsi la futaie exige un matériel engagé considérable , mais 
comme elle correspond aux exigences véritables de la nature 
et que c’est la méthode la plus parfaite , en ce sens qua 
c est celle qui satisfait le mieux aux conditions d'une bonne 
fertilité, elle constitue te revenu le plus élevé. 

Le taillis simple, suivant lequel on coupe de jeunes bois 
en pleine vigueur et dans leur première période de croissance, 
est une méthode artificielle et anlinaturelle , qui rejette cons- 
tamment la végétation dans sa phase de moindre production; 
il doit donc produire un revenu moindre que la futaie, mais en 
revanche il exige un capital immobilisé de beaucoup inférieur. 

C’est la faiblesse du capital engagé qui explique comment 
le régime du taillis, bien que moins productif en soi, constitue 
en général pour le propriétaire, qui pourrait réaliser son fonds 
de roulement et l’engager dans d’autres entreprises , un mode 
plus avantageux de placement, parce que, pour un capital 
donné , ce régime donne la rente forestière la plus élevée. 

Pour reprendre les ternies de comparaison précités, si 
l’on admet deux forêts de môme étendue traitées , l’une 
en taillis à 20 ans et l’autre en futaie à 120 ans, on trouve 
que, indépendammçnt de la valeur du sol (soit 36,000 francs 
dans chacun dés cas) , chaque forêt représente un capital de 
roulement, savoir : 

La futaie, de 300,000 f ) , . 

I.ü luillis, d. (2,000 ! P our produire : 

La première tin revenu de 8,044 francs , soit une rente 
d'un peu plus de 2 p. %; 


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— 167 — 

La seconde un revenu de 1,920 francs, soit une rente 
d’environ 4 p. %• 

La conversion de la futaie en taillis permettrait donc la 
réalisation à bref délai d’un matériel à peu près égal à 
300,000 f — 12,000 f , soit 278,000 f , qui, en admettant un 
remploi en placement forestier à 4 p. % , rapporteront 11,i20 
francs, auxquels s’ajouteront les 1,920 francs de la forêt 
elle-même transformée. .Soit au total 11J20 f 4* 1,920 f 
12,040 francs, au lieu de 8,044 francs. 

Ces comparaisons sont, je le répète, importantes et fé- 
condes en déductions, ainsi que le cours de l’ouvrage va le 
montrer; elles démontrent h priori : 

Qu’aux usufruitiers seuls impérissables , tels que l'État , 
et subsidiairement les communes ou les établissements pu- 
blics, convient le régime de la futaie qui assure la jouis- 
sance la plus considérable ou la plus utile 

Qu’aux intérêts personnels, que représente l’immense 
majorité des propriétaires de bois , convient le régime du 
taillis qui assure, pour le moindre capital immobilisé, la 
rente la plus élevée , ou le taux de placement le plus avan- 
tageux. 

Qu’en aliénant les forêts des usufruitiers impérissables , 
on fait tort, non-seulement aux usufruitiers à venir, mais à 
la richesse publique, puisqu’on diminue, par le délaissement 
de la méthode naturelle, la production ligneuse elle-même , 
et qu’on l’empêche de se porter sur des objets de première 
nécessité , que les particuliers ne pourraient produire faute 
de prix suffisamment rémunérateurs. 

Qu’il est nécessaire que ces mêmes forêts soient placées 
sous la régie et la tutelle d’une administration qui sache 
résister aux sollicitations des besoins du moment et con- 
server, en l’améliorant, le capital foncier qu’elle a reçu en 
dépôt. 

Que si , dans des vues d’émancipation de la propriété 
communale , certains tempéraments doivent être apportés 
dans le mode de gestion des forêts communales dont les 


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— 168 — 


quarts de réserve ne sont plus , comme ils Tétaient sous 
Tempire de l’ordonnance de 1669, obligatoirement soumis 
au régime de la futaie ; que si Ton affranchit de plus en 
plus les bois particuliers de la Surveillance et de l’immixtion 
de l’État ou de ses agents , il est juste de conclure par à 
fortiori que les bois de l’État , qui restent seuls astreints 
aux exigences d’utilité publique, doivent être plus soigneu- 
sement soustraits àr l’aliénation. 

Les économistes spéciaux ont reconnu, non sans raison, 
que toutes les conditions qui différencient les faits relatifs 
aux forêts de ceux concernant l’économie générale, expli- 
quent surabondamment l’exception qui , ici comme dans 
d’autres cas , confirme la règle. 

, Après avoir résumé à grands traits les principales notions 
d’économie forestière et assigné^aux forêts leur véritable im- 
portance , l’auteur aborde la discussion scientifique de l’amé- 
nagement. 

« L’aménagement, dit-il, a pour but de déterminer le 
» matériel d’exploitation qui convient le mieux aux intérêts 
» du propriétaire et de déterminer la quotité, Tordre et la 
» marche des coupes annuelles qui, tout en laissant intact 
» ce matériel, constituent la production annuelle. » 

De celte définition ressort le double caractère de l'aména- 
gement. C’est, d’une part, de rattacher aux principes généraux 
rappelés ci-dessus la formation du capital d’exploitation ; 
d’autre part, d’appliquer au mode de traitement choisi les 
règles culturales destinées à lui faire produire le maximum 
de production et de revenu. 

La première partie est plus particulièrement théorique , 
la seconde plus particulièrement pratique. 

Nous verrons plus tard , à l’occasion du traitement de la fu- 
taie, de combien de difficultés est entourée la solution des pro- 
blèmes si complexes que soulève la première partie de cette 
définition ; disons seulement maintenant que dans l’état 
actuel de la sylviculture , cette solution ne peut encore ,* 


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— « 169 - 


dans le plus grand nombre de cas, être trouvée directement 
et scientifiquement, et qu’en attendant que des expériences 
nombreuses et suivies aient fourni les éléments d’appré- 
ciation qui font encore défaut , il est nécessaire de se tenir 
dans les limites d’appréciation que fournissent l'habitude et 
l’expérience forestière. 

Quoi qu’il en soit et quelque détermination que le proprié- 
taire ou l’administrateur d’une forêt sera conduit ultérieu- 
rement à prendre, à l’égard de son mode d’utilisation, il 
est une opération préliminaire qui forme la base de tout 
traitement raisonné : cette opération , qui constitue l’étude et 
l’établissement du parcellaire , consiste à parcourir la forêt, 
à séparer par des lignes et arpenter les différentes parties 
qui se différencient notablement au point de vue des con- 
ditions de fertilité et de leur mode actuel de constitution. 
Chacune des parties ainsi séparées qu’on appelle parcelle, 
représente donc une sorte d’élément indécomposable dans son 
unité. 

Après celte analyse de la forêt qui en a donné une 
idée parfaitement nette, et qui permet d’être fixé sur ce 
qu’on peut en espérer, vient la synthèse qui constitue la 
partie la plus délicate de l’aménagement, puisqu’elle doit 
trancher tous les problèmes relatifs au choix du mode de 
traitement. 

Nous avons vu, à l’occasion des considérations générales, 
que le traitement des forêts en taillis constitue le mode de 
placement le plus avantageux, parce qu’eu égard au petit 
capital d’exploitation engagé, il produit, avec un revenu 
moindre, la rente la plus élevée C’es.t par ce cas le plus 
simple que l’auteur commence, au chapitre II, l’exposé des 
méthodes de traitement applicables , suivant que le capital 
d’exploitation est régulièrement constitué, ou qu’il est sura- 
bondant ou insuffisant. 

Lorsque le capital est régulièrement constitué , c’est-à-dire 
lorsque chacun des éléments de la série est convenablement 
• représenté, le travail d’aménagement d’une série de taillis est 


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— 170 — 


fort simple; la révolution étant choisie , 30 ans par exempte, 
il suffit, à l'aide du parcellaire, de chercher à grouper les 
différents peuplements , de telle sorte que les coupes puissent 
se succéder de proche en proche, être établies de la façon 
la plus avantageuse pour la facilité de la vidange et l'obser- 
vation des règles de culture, et qu'elles soient successivement 
exploitées à l'âge fixé par l’aménagement. 

Ce travail n’offre d'ordinaire, dans la pratique, aucune 
difficulté, et le plus souvent, après une reconnaissance générale 
et sommaire de la forêt, on peut faire asseoir sur le terrain 
la division en coupes, dont on reproduit au cabinet la phy- 
sionomie, en portant dans un tableau dit plan d'exploitation 
le numérotage des coupes, leur contenance, l'année où 
chacune d'elles vient en tour d'exploitation , l’âge qu'elles ont 
au début de l'aménagement et qu'elles auront à l’exploitation. 
Il peut arriver que le matériel d’un taillis soit insuffisant, 
qu'un des éléments indispensables à son fonctionnement 
normal et immédiat , tel que la gradation des âges , le 
matériel disponible, etc., fasse défaut. Il est difficile d'in- 
diquer par avance une méthode générale destinée à lever la 
difficulté; c'est au coup d'œil du forestier à analyser la si- 
tuation et à chercher par des combinaisons, dont l'exposé ne 
peut trouver ici sa place, à tirer de la situation le meilleur 
parti possible. 

Comme le fait observer M. Puton , il est rare qu’on ne 
soit pas conduit à régler, dès à présent, l'ordre régulier 
des exploitations , c’est-à-dire à asseoir l'aménagement dé- 
finitif , sauf pendant un certain temps à ne pas suivre l'ordre 
normal et définitif des exploitations et à chercher, pendant 
cette période transitoire , à concilier la double exigence 
de ne point laisser le propriétaire sans revenu et de créer les 
éléments d'aménagement qui font encore défaut à la forêt. 

Lorsque le revenu de la forêt est constitué par le produit 
des rejets coupés à chaque révolution , le taillis est dit simple: 
il est composé lorsque le propriétaire conserve à chaque 
exploitation un nombre d'arbres de futaie de différents âges • • 


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- 171 — 


dont la réunion constitue la réserve. Le capital engagé dans 
le taillis composé ou sous futaie est donc représenté non plus 
seulement, comme dans le taillis simple, par la série des 
ftges du sous-bois, de 1 à 30 ans, par exemple, mais encore 
par la valeur des arbres de grande dimension laissés sur 
pied dans chaque coupe, pour croître pendant un certain 
nombre de révolutions fixé par le plan de balivage. La dif- 
ficulté que présente le choix de la révolution et la détermination 
du nombre plus ou moins grand de réserves k conserver est 
plus sérieuse que dans le premier cas, puisque, par cette 
réserve, le capital d’exploitation augmente dans une notable 
proportion et tend k se rapprocher plus ou moins du capital 
d'exploitation nécessaire au roulement d’un aménagement en 
futaie. Il nous reste à examiner les questions qui se rapportent 
à ce dernier mode de traitement, qui est le plus conforme 
a la marche naturelle de la végétation ,. puisque la repro- 
duction de la forêt est assurée par le réensemencement du 
terrain , à l’aide des graines disséminées par les arbres par- 
venus à maturité. La part plus ou moins active que prend 
l’homme pour faciliter ce repeuplement naturel et assurer 
le régime adopté, varie suivant les différents modes de trai- 
tement en futaie. 

Pour partir du type le plus parfait, prenons la méthode 
du réensemencement naturel et des éclaircies : nous trouvons 
comme mécanisme principal les deux séries d’exploitation 
ci-après : 

D’une part, les coupes de régénération qui se distinguent 
en coupes d’ensemencement, coupes claires ou secondaires 
et coupes définitives qui ont pour but, . en ouvrant succes- 
sivement et à intervalles gradués le massif des hauts bois, 
de provoquer la dissémination de la graine , sa germination 
et le développement des jeunes semis. 

D’autre part, les coupes d’éclaircies qui suivent les jeunes 
repeuplements dans toute leur d tirée, et leur distribuent, au 
fur et ë mesure de leurs besoins , l’espacement nécessaire 
& leur entier développement. 


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— m — 


Avant d'aller plus loin , notons avec soin les conséquences 
qu'entraine la différence capitale qui sépare le régime en 
taillis du régime en futaie ; c'est l'allongement considérable 
de la révolution qui doit permettre aux arbres d’arriver à 
une bonne maturité et de fournir à l’industrie et au commerce 
les bois de grande dimension qu’ils réclament ; c’est, par suite, 
l'importance considérable que prend le capital engagé ; c’est 
enfin l'obligation de calculer la possibilité annuelle par 
volume, au lieu de la calculer par contenance, eu égard à la 
nécessité de revenir , à intervalles irrégulièrement fixés , 
pour satisfaire en temps utile aux exigences du repeuplement. 

Ën supposant , pour aller du simple au composé , que 
nous ayons 'à aménager une forêt dont le matériel d’exploi- 
tation soit régulièrement constitué, il est clair que, pour 
satisfaire à la seconde condition , la pérennité du revenu t il 
paraît nécessaire et suffisant de connaître Y accroissement 
annuel : si , en effet, nous savons qu'un massif de 400\ 
dont le matériel est exactement ce qu il doit être , cr il 
tous, les ans de 500®, nous voyons immédiatement qu’en 
exploitant tous les ans 500® on laissera intact le capital en- 
gagé, puisqu'on prend tous les ans à la forêt ce que la 
force végétative lui restitue en dehors de l'action de l’homme 
lui-même. 

Mais alors, me dira-t-on , rien de plus simple et de plus 
facile; car le premier bûcheron venu n'aura, une fois cet 
accroissement donné, et ce doit être connu de longue date, 
qu’à parcourir la forêt et prendre le volume indiqué. A 
cela je répondrais : oui , sans doute , avec les deux petites 
hypothèses citées plus haut (la constitution du capital normal ; 
la loi de l'accroissement) . le problème serait facile à résoudre; 
et encore ne serait-il pas aussi simple qu'il le parait au 
premier abord , car si un capital placé chez un banquier 

produit tous les ans et à perpétuité une rente de à un 

taux convenu, sans autres soins pour le propriétaire que 
celui de toucher exactement ce revenu, il n'en est pas ainsi 
d'une forêt, et il est indispensable, non-seulement que le 


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— 173 — 


revenu n'altère pas le capital, mais qu'il soit pris sous la 
forme de bois d’âge et de dimensions correspondant à la 
valeur la plus utile; il faut encore que la forêt (capital) 
se renouvelle et se remplace, sans modifier les éléments de 
sa constitution intime. 

Mais sans aller plus avant , je m'empresse de rappeler que 
la solution qu'il s'agit de trouver est grosse de difficultés, 
et qu'aujourd’hui , malgré des travaux recommandables et des 
expériences sérieuses , on n'est point suffisamment fixé sur 
la loi qui précède, c’est-à-dire, sur l'accroissement annuel 
des arbres considérés individuellement et surtout des massifs 
aux divers âges de leur vie. 

L'état irrégulier de forêts traitées d’après des méthodes 
peu rationnelles n’a pas, en effet, permis d'établir des com- 
paraisons suffisantes pour arriver à résoudre, dès aujourd’hui, 
ce problème tel qu’il se poserait dans toute sa rigueur scien- 
tifique; c’est un exemple entre mille, qui prouve combien , 
quand il s’agit de connaître les lois de croissance et de déve- 
loppement des grands végétaux ligneux, dont la durée est 
de beaucoup supérieure à celle de l'existence humaine, il 
faut avoir cet esprit de suite et de prévoyance , sans lequel 
il n’y a pas de véritables progrès à attendre. 

L’esprit humain marche le plus souvent dans les découvertes 
scientifiques comme dans celles de l’industrie, du compliqué 
au plus simple; la science forestière n’a pas échappé à cette 
loi. 

C’est, en effet, en voulant résoudre directement le 
problème , c'est-à-dire en poursuivant la péréquation de 
l’accroissement annuel total de toute la forêt avec la pos- 
sibilité de cette même forêt, que les' premiers aménagistes, 
Hartig et Cotta, en Allemagne , de Salomon, en France, ont 
cherché à en réglementer l'exploitation. Leur méthode revenait 
à attribuer aux peuplements en croissance un volume corrélatif 
de celui qu'ils devaient prendre à l'âge d'exploitabilité çt 
déterminé ensuite d’un taux d'accroissement connu. 

Ainsi la révolution adoptée étant par exemple de 120 ans, 


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— m — 

le volume des bois de HO ans était augmenté de l'accrois* 
sement futur pour 10 ans ; les bois de 80 ans , de l’accrois- 
sement des bois pour iO ans , et ainsi de suite , jusqu’aux 
brins naissants, sur lesquels l'accroissement hypothétique 
portait sur une période de HO à 130 ans. La somme du 
volume de tous les peuplements ramenés à l’âge d’exploi- 
tabilité , divisée par le nombre total d’années de la révo- 
lution , constituait le chiffre de la possibilité annuelle. 

Plusieurs aménagements de forêts importantes ont été 
établis d’après ces procédés ; mais l’expérience a fait recon- 
naître, qu’indépendamment d’autres inconvénients graves, ces 
prévisions à longue échéance (évaluation de l’accroissement 
pour un laps de temps considérable) ne satisfaisaient point 
au but à atteindre et exposaient à des mécomptes qu'il fallait 
avant tout chercher à prévenir, en restreignant les causes d’er- 
reurs dans des limites suffisamment étroites et en facilitant 
le contrôle et le redressement des données d'appréciation. 

C’est la gloire de l’école française moderne , dont l’ensei- 
gnement a été fondé vers 1824 par MM. Laurentz et Parade, 
le premier, Fondateur-Directeur de l’École Forestière, et le 
second , digne continuateur et vulgarisateur de l'ensei- 
gnement de son maître et beau -père, c’est la gloire, 
dis-je, de l’école française moderne, d’avoir abandonné cette 
voie sans issue , où nos savants , mais nébuleux voisins 
d’outre-Rhin nous avaient engagés , et d'avoir introduit dans 
la science forestière une de ces idées si heureuses de sim- 
plicité et de clarté féconde , qu’une fois trouvée , on s’étonne 
de ne pas l'avoir aperçue de prime abord. 

MM. Laurentz et Parade ont trouvé la solution cherchée 
en tournant la difficulté et en posant le problème de telle 
façon que la solution s’en trou\ât ramenée à un calcul simple, 
facile et suffisamment approximatif. Ce procédé consiste à cal- 
culer la possibilité, non plus d’après le volume tiré de l’accroisse- 
ment de toutes les parties de la forêt, mais d’après les produits 
à extraire pendant un temps relativement court (durée de la 
période) de la portion de cette forêt comprenant les bois les plus 


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âgés (étendue de l’affectation) : pour le justifier, il faut montrer 
que le résultat obtenu est équivalent à celui qu’on obtien- 
drait en opérant sur l'ensemble de la série, comme dans la 
méthode précédente. 

Pour expliquer cette pensée, si je considère une futaie 
parfaitement normale et régulière de 120 hectares aménagée 
à 120 ans, je trouve que chaque âge occupe une surface 
de 1 hectare. Supposons qu’au lieu d’envisager l’ensemble 
des 120 âges ou des 120 contenances, correspondant aux 
120 années de la révolution , je ne m’occupe que de la première 
tranche comprenant 1 hectare peuplé par les lx>is les plus âgés 
(120 ans). Je dis que le matériel de cette tranche représente 
la possibilité même de la forêt : en effet , si la tranche n° 1 
est exploitée en 1867 à 120 ans, la tranche n° 2, qui a 
aujourd’hui 119 ans, aura 120 ans en 1868 et fournira un 
produit égal au précédent, et ainsi de suite. Si donc, au fur 
et à mesure qu’une catégorie de bois exploitable aura disparu , 
celte catégorie est remplacée par la classe des bois d’âge 
immédiatement inférieur, la substitution étant perpétuelle 
et la conséquence de la marche de la végétation , il est clair 
que la pérennité et l'égalité du revenu de la forêt tout entière 
sont assurées , et par là même que ce revenu en constitue 
bien la possibilité. 

Notons immédiatement que la forêt prise pour base du 
raisonnement et pour l'exposé des principes sur lesquels repose 
la méthode nouvelle n’existe qu'à l’état de type idéal. Dans 
la réalité des choses, l’état d’irrégularité des forêts, la né- 
cessité d’opérer la régénération des massifs exploitables en 
plusieurs années , et d’autres considérations qu’il est sans 
objet de rappeler ici , ne permettent point de suivre la marche 
théorique telle qu’elle est indiquée ci-dessus. Au lieu de par- 
tager la forêt en autant de parcelles qu’il y a d’années dans 
la révolution, on se contente d’opérer dans la double série 
des contenances et des âges de grands morcellements qui 
prennent le nom d 'affectations lorsqu'ils s'appliquent aux 
contenances, et de périodes lorsqu’ils s’appliquent à la durée : 


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— 1*6 — 

à chaque affectation (30 h par exemple) s’applique la durée 
d'une période (30 ans dans l’exemple choisi) , et c’est pendant 
ce laps de temps que cette partie de la forêt est définitivement 
régénérée. On trouve d’ailleurs , par un raisonnement ana- 
logue à celui précédemment donné , que la possibilité de la 
forêt tout entière s’obljent en divisant le matériel de la 
première affectation t accroissement compris calculé d’après la 
durée de la première période) par le nombre des années de 
cette première période. 

L’avantage de celte méthode est patent : au lieu de se lancer 
dans une appréciation hypothétique des lois de l’accroissement 
portant sur un laps de temps considérable : au lieu de prévoir 
à 130 ans de distance ce que deviendront des peuplements à 
peine créés et de fonder à l’avance sur une base si fragile 
et si mobile des prescriptions impératives pour le traitement, 
on se borne à apprécier à grands traits l'ensemble des me- 
sures probables à prendre pour amener progressivement la 
forêt vers son état normal , et l’on restreint généralement 
l'application impérative des règles prescrites à ce temps 
relativement court qu'on appelle la période. 

Ces vues d'ensemble, indispensables pour assurer l’esprit 
de suite dans les opérations , constituent ce qu'on appelle le 
plan général d’exploitation : — le règlement plus précis et 
plus détaillé des mesures d’exécution à réaliser pendant la 
durée de la première période , constitue le plan spécial 
d'exploitation. 

Pardonnez-moi , Messieurs , de vous avoir donné sur la 
méthode dite si justement méthode simplifiée des dévelop- 
pements relativement considérables qui eussent pu, peut-être, 
trouver leur place dans l’ouvrage de M. Puton : c’est que , 
en dehors même de l’intérêt historique que représente cette 
question , intérêt qui peut ne pas avoir sa place obligée dans 
un livre élémentaire, l’intelligence de la méthode elle-même 
me semble jeter sur toute l'élude des procédés modernes 
d’aménagement une lumière qu’on ne peut trop mettre en 
évidence ; et puis , je le répète , c’est que cette méthode 


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— 177 - 


est éminemment française et par son origine et par sa netteté 
même. Si , en fait de science forestière , nous avons beaucoup 
emprunté à nos voisins d'Allemagne , sachons conserver et 
proclamer comme nôtre ce qui nous appartient : de ce côté, 
comme de tout autre , sachons ne rien nous laisser prendre. 

Nous avons vu que c'était au plan spécial d’exploitation 
pour la première période (30 ans par exemple) que se rapporte 
le détail des règles de traitement à appliquer pendant ce 
temps aux diverses affectations dont se compose la forêt : 
c’est donc à lui qu’il nous faut revenir. 

Les coupes à asseoir. dans une futaie supposée suffisamment 
régulière se divisent en deux grandes catégories : la première 
comprend celles assises dans la première affectation ; elle 
a pour but la régénération du vieux massif exploitable et 
comprend les trois catégories déjà énoncées , c’est-à-dire : les 
coupes d’ensemencement qui ouvrent le massif et ont pour 
but d'espacer les arbres et de préparer le sol de façon à 
permettre à la graine, que ces arbres répandront, de germer 
dans de bonnes conditions; les coupes secondaires ou coupes 
claires qui ont pour but, une fois les jeunes semis d’avenir 
créés, de leur dispenser plus ou moins rapidement, suivant 
leur nature, la participation aux influences bienfaisantes de 
pair et de la lumière, par l’enlèvement graduel d’une partie 
des semenciers; les coupes définitives qui , une fois les jeunes 
peuplements créés et devenus suffisamment forts pour se passer 
du couvert des arbres qui les ont produits , ont pour effet 
d’enlever tout le vieux matériel devenu inutile à la jeune 
génération et parvenu d’ailleurs à son âge maximum d’exploi- 
tabilité. On voit qu’à l’expiration de là période de 30 ans que 
nous avons choisie, la première affectation qui , au commen- 
cement de cette période, comprenait des bois de 90 à ISO ans , 
se composera de fourrés et gaulis de 4 à 30 ans. 

Cet exposé montre également d’âprès quelle considération 
se fixe la durée de la période qui n’est point arbitraire, 
mais doit être proportionnée à la fréquence des années de 

12 


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— 178 — 


semence et de réussite du réensemencemeut naturel , puisque, 
à son expiration , il faut non-seulement que l’affectation soit 
définitivement réensemencée, mais qu’elle soit constituée en 
jeune repeuplement d'avenir. 

La deuxième catégorie des coupes à faire pendant la 
première période, et concurremment avec les coupes de régé- 
nération dont je viens de vous entretenir, se rapporte aux 
coupes dites d’éclaircie, qui portent sur chacune des autres 
affectations, c'est-à-dire sur des bois âgés de 90 à 60 ans 
(9 e affectation) , de 60 à 30 ans (3* affectation) , de 30 à 4 an 
(4* affectation). 

Ces coupes ont pour but essentiel de faciliter le dévelop- 
pement et la bonne végétation des peuplements, en aidant 
à la nature dont le travail tend à diminuer le nombre des 
tiges qui constituent le massif, en raison de son accroissement 
d'àge : la main de l’homme vient aider à ce travail , en en- 
levant les brins dominés et victimes de cette lutte incessante, 
de façon à assurer à ceux qu’il conserve une plus large 
part aux influences bienfaisantes du sol et de l’atmosphère. 

Cette opération, qui se fait d’ordinaire en divisant la 
contenance de chacune des affectations par la durée de la 
période ou par 1/2 de cette durée, se fait par contenance, 
mode qui facilite l'assiette des coupes et assure la régularité 
des peuplements. Bien que ses produits donnent des revenus 
intermédiaires qui ne sont pas sans importance, c’est moins 
au point de vue de ce revenu qu’eu égard aux exigences 
culturales de la forêt , que l’on recommande ces excellentes 
améliorations. On traduit cette idée dans la langue forestière 
en appelant les produits des éclaircies : produits accessoire s , 
et en réservant aux produits fournis par la première affec- 
tation le nom de produits principaux. 

On comprend facilement que les diverses coupes d’éclaircie 
assises dans chacune des affectations , non en tour de régé- 
nération , doivent être conduites d'après des règles culturales 
différentes, mais qui , toutes , dérivent de l’idée déjà énoncée : 


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— 479 — 


que ces coupes ont pour but d'aider au travail de la nature 
et de préparer les peuplements à présenter , au moment de 
leur exploitation définitive , les conditions nécessaires au 
réensemencement naturel de la forêt. 

Les éclaircies faites dans l’affectation qui sera, après celle 
en tour, elle -môme régénérée, présentent ce caractère 
qu’elles doivent plus particulièrement développer, chez les 
arbres conservés , les qualités nécessaires pour les constituer 
en bons semenciers. 

L’expérience démontre , en effet , que si les bois régéné- 
râmes passaient subitement, au moment où l’on vient asseoir 
les coupes d’ensemencement, d’un massif clos à un état espacé, 
la force de la végétation se porterait sur un accroissement 
ligneux exagéré, au détriment de la production de bonnes et 
abondantes semences : la coupe de régénération manquerait 
donc son but; le sol découvert et non opeupé par les graines 
utiles serait envahi par des herbes ou des arbustes nuisibles, 
qui en détérioreraient la qualité et s’opposeraient pour l’a-* 
venir à la réussite des semences que la fructification des 
arbres de réserves y disséminerait ultérieurement. 

C’est pour éviter ces inconvénients graves qu’on doit, à 
la dernière éclaircie, entamer le massif, qui jusqu’alors 
devait être soigneusement maintenu, et donner aux arbres 
un premier espacement qui , sans être assez complet pour 
provoquer la régénération normale du terrain , doit cepen- 
dant distribuer assez d’espace aux tiges réservé s , pour que 
celles-ci puissent se constituer des têtes suffisamment garnies 
et présentant, à l’expiration de cette période, les conditions 
requises pour régénérer naturellement le sol. 

Ces coupes prennent plus particulièrement le nom de 
coupes préparatoires à V ensemencement. 

Ainsi, en résumé, dans une futaie pleine, traitée suivant 
la méthode exposée ci-dessus et qui est dite du réensemen- 
cement naturel et des éclaircies, on a pour possibilité an- 
nuelle un revenu composé, d’une part, par le volume des 
vieux bois extraits de la première affectation > volume égal 


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— *80 — 


au volume total des bois provenant de cette affectation , divisé 
par le nombre d’années de la période; 

D’autre part, parla contenance moyenne des coupes d’é- 
claircie proprement dites et des eoupes préparatoires, assises 
dans le9 diverses affectations autres que la première. 

Dans t'exposé de la méthode générale d'aménagement à 
appliquer aux futaies , j'ai admis la réunion des divers 
éléments constitutifs de tout aménagement régulier : je veux 
dire l’égale répartition des peuplements d'âges gradués. Cette 
futaie type n’existe qo’exceptionnellement, et dans l'immense 
majorité des cas, soit qu’il s’agisse d’anciennes futaies traitées 
sans idées d’ensemble, ou v d’après des méthodes aujourd’hui 
condamnées, soit qu’il s’agisse de taillis qu’on veuille ramener 
au régime de la futaie , le problème sè complique , parce que 
certains éléments sont loin de se présenter dans l’état normal : 
tantôt c’est la gradation des Ages qui fait défaut, tantôt c’est 
la richesse du matériel ou sa pauvreté qui nécessite des 
époques de réalisation en dehors de leur période normale 
d’exploitation , et un traitement cultural approprié h leur état 
actuel et à leur collocation obligée dans la marche du trai- 
tement d’ensemble à appliquer à la forêt. 

11 est difficile de donner des règles générales , car le 
problème se diversifie à l’infini : c’est à l'expérience et pu 
coup d’œil du forestier à combiner les procédés de toute 
nature auxquels on peut recourir, de façon à concilier le 
mieux possible des exigences diverses et souvent contradic- 
toires : la part de l’enseignement théorique se borne à l'in- 
dication de quelques remarques générales qui ont surtout 
pour but de faciliter la mise en équation du problème; c’est 
en rapprochant, d'une part, l’état actuel des choses de Vétat 
type auquel on veut les conduire; c’est, d’autre part, en 
tenant on juste compte des exigences du propriétaire et 
de toutes autres circonstances extérieures, qui viennent 
exercer une influença souvent considérable dans le problème 
ù résoudre, qu’on arrive à déterminer, comme pour la futaie 


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— m — 


régulière, le plan général des exploitations pour la durée 
de la révolution choisie et le plan spécial des exploitations 
pour la période plus particulièrement envisagée. Dans les 
futaies irrégulières qu'on ramène au type régulier, les coupes 
diies principales sont souvent étendues hors de la première 
affectation , pour enlever , par exemple , dans les autres 
affectations , des vieux bois hors d’état d’attendre l’âge de 
régénération du massif plus jeune qu’ils dominent, ou pour 
remplacer par des peuplements d’avenir des massifs exploi- 
tables dès aujourd’hui c’est* principalement lorsque l’état 
originel de la forêt comporte un excédant de matériel , que ces 
réalisations doivent s’effectuer sous forme de coupes extraor- 
dinaires, dont le but est, entr’autres, de ramener le capital 
engagé à son strict nécessaire, de façon à porter le taux 
de la rente à son chiffre maximum , qui correspond évidem- 
ment au minimum de capital nécessaire à la production du 
revenu cherché. 

Lorsqu’au lieu d’un excédant de matériel , il y a un déficit 
dans le capital de roulement , c’est à reconstituer ce capital , 
ti l’aide d’une retenue sur le revenu , que doit avant tout 
tendre laménagiste, puisque c’est avec le capital normal 
qu’on obtient le revenu maximum et la rente la plus élevée, 
eu égard au mode de traitement choisi. Seulement, on le 
comprend , c’est ici que se soulève dans toute sa force le 
problème de concilier les intérêts du présent avec ceux de 
l’avenir, et ce problème est le plus ordinairement dépendant, 
non-seulement de la richesse actuelle du propriétaire , mais 
de son état social ; s'agit-il de l’État : comme c’est surtout 
à tirer du fonds de terre le maximum d’utilité auquel peut 
correspondre son degré de fertilité que l’on doit s’appliquer, 
comme d’ailleurs l’étendue de sa richesse lui permet de 
se priver annuellement d’une partie de son revenu forestier, 
la reconduction des futaies irrégulières ou des taillis en futaies 
régulières , pourra et devra être opérée par les voies les plus 
rapides ; s’agit-il , au contraire , d’un propriétaire moins 
puissant qui cependant veuille réaliser la même conversion : 


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— m — 


il sera, dans le plus grand nombre des cas, indispensable 
de marcher progressivement et de ne point constituer l'épargne 
en portant au revenu une atteinte trop considérable , les 
procédés de conversion seront d'autant moins expéditifs et 
leur réalisation reportée sur un nombre d*années suffisam- 
ment grand; s'agit-il enfin d'un usufruitier impérissable de 
la nature d'une commune ou d'un établissement public : sa 
position sera intermédiaire entre celle des deux propriétaires 
désignés ci-dessus , et le choix des procédés prendra un carac- 
tère également intermédiaire* entre ceux qui se seraient 
adaptés au premier et au second cas. 

Les divers procédés à employer dans la conversion des 
taillis sous futaie en futaie pleine ont été traités, par M. Pu ton, 
d'une façon particulièrement remarquable, et à une époque joù 
cette question est fort agitée, notamment pour les bois des 
communes et des établissements publics , les agents forestiers 
et les diverses personnes appelées à apprécier ces transfor- 
mations trouveront dans le petit livre dont nous nous occu- 
pons des indications précieuses sur le choix général des 
méthodes et les procédés variés entre lesquels l'aménagiste 
est appelé à choisir ou qu’il peut môme combiner entr'eux . 
en vue de résoudre de la façon la mieux entendue le pro- 
blème complexe que lui pose chaque cas particulier. La 
conversion des taillis composés en futaie est, je le répète, 
une des questions qui , en matière forestière , doit le plus 
fixer l'attention publique; car, non-seulement la substitution 
de la futaie pleine au régime du taillis a, entr’autres avan- 
tages d'avenir, celui d’assurer à l’usufruitier et à la société 
tout entière son maximum de production, mais cette sub- 
stitution est souvent commandée impérieusement par la force 
des choses ; l'expérience démontre que , dans un certain 
nombre de forêts (et les Vosges en offrent d’abondants exemples), 
le régime du ‘taillis sous futaie ne peut réellement exister. 
Certaines essences (le hêtre par exemple) , qui constituent 
l’élément dominant de ces régions arénacées , se refusent, 
en effet, plus ou moins complètement, a donner des rejets 


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— 483 — 

de souche sur ta production desquels la méthode est basée , 
et l'on voit, par des exemples trop fréquents , qu'y introduire, 
ou y maintenir le régime du taillis, c’est se forcer, pour 
assurer la perpétuité du revenu , à multiplier la réserve , 
de façon à constituer la majorité du sous-bois de brins 
obtenus de semence : ce qui revient & établir une sorte de 
futaie bâtarde et à créer le double inconvénient de rendre 
le revenu du taillis il peu près nul , et tout en augmentant 
considérablement l’importance du matériel engagé, de ne point 
lui faire rendre, par suite de la mauvaise distribution du 
capital en vieux bois, le .taux de production qu'on aurait 
tiré d'une futaie régulièrement constituée. Dans de pareilles 
conditions, il peut donc arriver que la conversion en futaie 
de taillis composé , à fort matériel de roulement, s’opère sans 
sacrifice pour la jouissance du présent et au grand avantage de 
l'avenir : le secret de cette transformation avantageuse , à tous 
égards, c’est que la conversion rend disponible, eu égard aux 
conditions nouvelles où l’on va se placer, une partie du matériel 
surabondant. Pour fixer cette idée par une comparaison , on 
pourrait dire : supposons que dans une entreprise industrielle 
ou agricole quelconque on ait engagé un capital de 4,000,000 r , 
dont partie soit destinée à assurer une rente annuelle et régu- 
lière, et partie à représenter certains risques ou à solder certains 
éléments de dépréciation permanente et inhérente à la nature 
même de l'opération dont il s'agit; il est clair que si , par une 
transformation quelconque dans les conditions de celte entre- 
prise, on parvenait à éliminer ces causes de dépréciation qui ab- 
sorbent une partie du revenu , on pourrait reporter sur le service 
de la rente annuelle la part d’intérêt correspondant à la partie 
du capital ainsi dégagé. Eh bien! cette partie du capital annihilé 
par les causes de dépréciation dont je viens de parler, c'est, 
quand il s’agit d’un taillis sous futaie, à matériel exagéré, 
la portion des vieux bois qui ne sont conservés que pour 
parer au vice radical inhérent à l'application d’une méthode 
qui , au cas particulier, e6t entièrement défectueuse. Je ne 
pourrais vous citer , à l'appui de ce que je rappelle , un 


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exemple plus frappant et plus à la portée du plus grand 
nombre d'entre vous t que l'aménagement de transformation 
appliqué il y a quelques années aux forêts de la ville d'Épinal, 
aménagement effectué par votre collègue et vice-président, 
M. Baudrillart, aujourd'hui conservateur des forêts à Épinal, 
et dont les résulals ont, après une période de 40 ans et 
ensuite d'une révision récente, reçu une nourvelle consécration 
de l'expérience. 


Dans tout ce qui précède, j'ai examiné à grands traits 
les deux modes de traitement les plus généralement employés: 
la futaie, d'une part, le taillis simple ou composé, d'autre 
part. Il est un système d'aménagement en futaie , qui a été 
pendant de longues années le seul employé dans les futaies 
résineuses et qui est encore aujourd'hui suivi , mais à titre 
exceptionnel. C'est la méthode dite du jardinage qui consiste, 
ainsi que le rappelle M. Puton , « à enlever çà et là les arbres 
» les plus vieux , les bois dépérissants et d’autres en bon 
» état de croissance qui sont parvenus à l’âge et aux di- 
» mensions que le propriétaire s'est fixés pour les livrer à 
» la consommation. » 

Une futaie résineuse, traitée d'après cette méthode, est 
donc, à l'état normal, constituée par un mélange des bois 
des divers âges et des diverses dimensions ; cette irrégularité 
est l'essence même du mode de traitement qui a pour avan- 
tage de faciliter la régénération naturelle du sol , en per- 
mettant à la graine répandue par les vieux bois , d'occuper 
les vides partiels qui résultent un peu partout de l’exploi- 
tation , et qui a pour inconvénient d'apporter à la végétation 
des bois les entraves que crée l’irrégularité des âges et l’im- 
possibilité de constituer des massifs homogènes. 

Or, si l’on se reporte aux considérations que j’ai fait 
valoir lorsqu'il s'est agi des procédés de la méthode de la 
futaie, du réensemencement naturel et des éclaircies, il est 
facile de voir que le premier avantage est de beaucoup dépassé 


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par les inconvénients de toute nature inhérents à celte 
confusion et à celte irrégularité des peuplements; ces incon- 
vénients ne se rapportent point seulement aux entraves 
apportées- à la bonne végétation des bois, mate aussi aux 
difficultés nombreuses qui en résultent pour la surveillance 
et pour l’administration même de la forêt ; aussi cette mé- 
thode est-elle généralement abandonnée et remplacée par la 
méthode du réensemencement naturel , suivant laquelle , au 
contraire , les peuplements de même âge , de même consis- 
tance ou de destination similaire , sont groupés et colloqués 
en des parcelles contiguës et facilement retrouvables , tant 
au cabinet que sur le terrain. 

On réserve la méthode jardinatoife, soit aux forêts de petite 
^tendue , dans lesquelles on ne trouve pas les éléments 
suffisants pour asseoir des affectations distinctes, soit aux 
forêts qui, placées dans des conditions spéciales, doivent, 
répondre à un but autre que celui de la production ligneuse : 
telles sont les forêts de hante montagne destinées à protéger 
les versants inférieurs , à régulariser le régime des eaux , 
etc. , etc. La futaie jardinée , dont l’état de constitution est 
permanent, n’offre pas, en effet, de variations sensibles dans 
la constitution des peuplements, et, par la fixité même qu’elle 
représente, satisfait, mieux que les autres méthodes d’aîné- 
nagement , au but particulier à réaliser. 

La détermination de la possibilité de ce genre de forêt 
présente des difficultés spéciales : le revenu en bois n’est 
pas le plus ordinairement l'objet important à considérer, ou 
bien il correspond, si c’est eu égard à sa faible contenance 
que ce régime est adopté, à un chiffre annuel peu consi- 
dérable. Aussi se contente-t-on de se donner comme produc- 
tion annuelle un volume de possibilité représentant approxi- 
mativement la force de production de la forêt, et a-t-on soin de 
borner à une faible période la durée d’application de ce 
chiffre de possibilité. Une vérification fréquente de la possibilité 
admise par hypothèse , permet de contrôler les bases admises 
et de se rapprocher de plus en plus de la vérité absolue. 


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La possibilité annuelle peut également, lorsque surtout la 
forêt est à son état à peu près normalement irrégulier, être 
basée sur la contenance; la série est alors divisée en uu certain 
nombre de coupes, 10, 30, par exemple, et le revenu de 
la forêt est représenté par les produits qu’on retire, d’après 
les prescriptions de l'aménagement de chacune des coupes. 
6ans altérer le capital de roulement. 

RÉSUMÉ. 

J’arrive au bout de la tâche que je m’étais donnée et qui 
consistait à esquisser à grands traits la physionomie générale 
delà science sytviculturale dont le livre de M Puton résume 
l'enseignement élémentaire. 

Dans cet exposé j’ai dû nécessairement beaucoup me res- 
treindre, cl je n'eusse pu, sans excéder les homes de ce 
compte rendu et abuser de votre patience, refaire avec l’auteur 
lui-même l’étude complète de l'aménagement. C’est en étudiant 
ce petit livre que tout homme sérieux , qui voudra s'initier 
à cette science trop peu connue, prendra de cette partie de 
l’enseignement agricole une connaissance exacte et complète; 
pour moi, je ne puis que résumer ci-après les principales 
qualités que m'a paru présenter le travail soumis à vos suf- 
frages. Je ne reviendrai plus sur l’utilité et l’opportunité de 
ce travail : il existait, il est vrai, entre les mains des gens 
du métier, un certain nombre d'ouvrages remarquables traitant 
des matières qui font l’objet de l’opuscule de M. Puton ; 
je dois citer le Cours de culture de MM. Lorentz et Parade, 
au nom desquels je rendais un peu plus haut un hommage 
mérité; 1 es Essais d'aménagement , publiés par un éminent 
conservateur, M. Tassy, dont l’intelligence et l'aptitude sont 
aujourd'hui employées dans de hautes fonctions administratives 
par le gouvernement ottoman ; le Traite' raisonné d'aména- 
gement, publié par M. Nanquette , le savant directeur de l’école 
impériale forestière. On pourrait joindre à cette liste de nom- 
breux articles publiés dans les revues forestières , sur des points 


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spéciaux delà doctrine, par divers agents forestiers qui ont 
fait leurs preuves et contribué à l'avancement de la science. 
Mais ces publications étaient, par l’élévation de leur ensei- 
gnement et leur prix d’achat, destinées à une classe limitée 
de lecteurs déjà initiés au fond même des questions qui 
s'y agitaient; elles restaient étrangères à la classe nom- 
breuse des personnes entre les mains desquelles l’œuvre de 
M. Puton trouvera naturellement sa place. Cette destination 
spéciale, ce but essentiel de vulgarisation, commandaient 
un style simple, sobre et particulièrement clair; il com- 
mandait également de restreindre , avec le plus de soin , 
renseignement aux parties les mieux établies de la science 
sylvicole, en sachant éviter les sommets les plus élevés , mais 
parfois les plus nébuleux de celle môme science. M. Puton 
me semble avoir réalisé ce programme de la façon la plus 
satisfaisante, et ce n’est point un petit mérite d’avoir su 
condenser dans un opuscule de t50 pages ce qu’il faut et 
tout ce qu’il faut pour comprendre les données essentielles 
de l’aménagement , de façon à pouvoir choisir, en connais- 
sance de cause, le mode de traitement d’une forêt qui convient 
le mieux à des intérêts donnés, et, ce mode une fois choisi , 
d’en suivre l’application intelligente et raisonnée. 

Je terminerai par un mot sur la méthode de classement 
adoptée par l’auteur : cette classification est tirée du rôle 
considérable que joue dans tout aménagement le mode de 
constitution et d’utilisation du capital de roulement, néces- 
saire pour assurer la mise en vigueur des divers procédés 
d'exploitation. 

Dans la première partie de l’ouvrage, qui a trait aux 
considérations générales d’économie forestière et notamment 
au rapport entre le capital et le revenu, M. Puton fait 
ressortir, d’après la plus ou moins grande importance du 
capital engagé , la division des forêts en taillis , d’une part, 
et en futaie, d’autre part. Dans la deuxième partie, où 
sont exposés et discutés les divers procédés d’aménagement, 
le mode de constitution de la réserve permet d’établir dans 


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chacun de ces groupes des subdivisions basées sur ce que 
ce capital de roulement est constitué à son chiffre normal, 
soit régulièrement, soit irrégulièrement, ou qu’il est sura- 
bondant, ou qu’il est en déficit. Les procédés de traitement à 
appliquer à ces divers états , pour les ramener, s’il y a lieu , 
à leur état type , sont ainsi rattachés à l’idée de la constitution 
dù capital engagé , idée fondamentale qui domine toute la 
science de raménagement, puisque, en définitive, cette science 
a pour dernier mot de chercher les voies et moyens qui 
doivent conduire à faire produire le plus par le moindre 
matériel possible immobilisé . Cette méthode de classification 
que, pour ma part, je crois neuve, relie donc, par une 
synthèse ingénieuse, les diverses parties de la science, et, 
sauf le reproche qu’elle serait peut-être mieux a sa place 
dans un livre de haut enseignement que dans une brochure 
élémentaire de laquelle on a sagement éliminé ce qui a trait 
à la recherche et à la détermination scientifique de ce capital 
engagé, sâuf peut-être ce reproche, dis-je, mérite d’attirer 
l’attention des, écrivains forestiers. 

L’appréciation à laquelle je viens de me livrer , des qualités 
qui distinguent l'ouvrage dont j'ai l’honneur de vous rendre 
compte, justifiera les conclusions que je formule et d’après 
lesquelles il sera proposé , si vous voulez bien en adopter la 
teneur, à la Société d’Émulation , de décerner à M. Pulon une 
de ses plus hautes récompenses : il appartiendra, d'ailleurs, 
à la Société elle-même de décider, d’après les ressources de 
son budget et le mérite relatif des autres travaux soumis 
à ses suffrages, sous quelle forme se manifestera cette récom- 
pense. En terminant ma tâche de rapporteur de votre Com- 
mission , laissez-moi m’excuser de n’avoir pas su être court, 
en vous disant que j’avais à vous parler d’une science pour 
le culte de laquelle on se passionne aisément, et à louer devant 
vous l’œuvre d’un collègue et ami. 


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NOTICE 


* SUE 

M. le Colonel du génie GUERY, 


Par M. Gérard GLEY , 
Membre titulaire. 


Guery (Augustin) naquit à Épinal, le 44 novembre 4793, 
d’une famille honorable. Son père , membre du conseil 
d’arrondissement,- receveur de la ville, le disposa à recevoir 
une bonne éducation. 

Le 47 décembre 4803 , le jeune Guery fut envoyé par le 
4 er consul comme boursier au lycée de Strasbourg, où il fit 
ses études avec distinction. Le 37 septembre 4844 , il fut 
nommé à l'École polytechnique, et, le 8 octobre 4843, admis 
à l’École d’application de l'artillerie et du génie, ù Metz, en 
qualité d’élève sous-lieutenant. 

Guery appartenait à la forte génération du premier Empire. 
Arrivé dans l’armée à cet âge où tout frappe l’imagination 
et y laisse de profonds souvenirs , nu moment où la France 
avait besoin de tous ses enfants après la désastreuse retraite 
de Russie, le jeune sous-lieutenant fut employé aux travaux 
de défense de la place de Metz, du 4 er janvier 4844 au 
4 4 avril de la même année. Nommé lieutenant en second 
au 4" régiment du génie, le 23 mai 4845, il fut envoyé à 
l’armée du Nord et combattit à la bataille de Fleurus, qui fut 
livrée à l’armée prussienne, le 46 juin 4845. Enfin il assista 
à la dernière lutte de Napoléon dans les plaines fatales de 


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Waterloo , où il participa à l'attaque et à la prise de la ferme 
de la Haie-Sainte, le 48 juin 4845. Après cette grande et 
mémorable bataille , Guery suivit l'armée sur les bords de 
la Loire, et fut employé dans la 4 e compagnie du 2 e bataillon 
du 4 er régiment du génie, le 10 juillet 1815. Après la paix de 
Paris , le Gouvernement de la Restauration , fort de l'appui 
des baïonnettes étrangères, et ne se croyant point obligé de 
garder des ménagements avec des troupes déjà presque entiè- 
rement désorganisées, renvoya dans leurs foyers les généraux 
et les officiers. Alors, par suite du licenciement général de 
l’armée, Guery fut mis en non activité, le 46 octobre 4845. 

Quand il eut vu s’abîmer l’Empire, quand tout ce monde 
de soldats eut disparu, quand notre armée eut succombé, 
ensevelie sous les neiges de la Russie ou écrasée à Waterloo, 
notre compatriote reçut de ce grand désastre une impression 
profonde qu’il garda toute sa vie. Cependant, le 9 janvier 
4816, il fut rappelé sous les drapeaux comme lieutenant en 
2 e de sapeurs, à la compagnie provisoire de Metz , et, le 4" 
octobre de la même année , il entra comme lieutenant en 2* de 
mineurs au 1 er régiment du génie, à Metz. Nommé lieutenant 
en 1 er de sapeurs, le 44 janvier 4847, il devint lieutenant 
en 4 er de mineurs, le 43 février 4848, et, le lendemain, lieu- 
tenant d’état-major du génie. Maintenu au,4 er régiment du 
génie, il sollicita l’emploi d’aide-de-camp du général de di- 
vision Haxo, qui lui fit cette réponse le 8 octobre 4818 : 
« Mon cher camarade, j’ai reçu avec plaisir la lettre que 
» vous m’avez écrite pour me faire savoir que vous accepteriez 
% volontiers l’emploi de mon ai'de-de-canip. Je vous ai demandé 
» au Ministre en cette qualité, mais S. Exc. n’a pas jogéà 
» propos de m’accorder l’objet de ma demande, vu que 
» vous devez être nommé capitaine probablement à la ün de 
» cette année. 

» Recevez, mon cher camarade, mes remerciements et mes 
» regrets, et soyez assuré qu’il me sera toujours agréable 
» de servir avec vous. » 

Il fut, en effet, nommé capitaine le 25 mai 4849. Cet 


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— m — 

avancement, il le dut à sa capacité reconnue, à la sévérité 
de sa conduite , au sentiment profond qu’il avait de ses 
devoirs,, à son attachement inaltérable pour la discipline. 
Le 48 janvier 4824, il fut détaché du 4 er régiment du génie 
pour être employé à Strasbourg, et nommé capitaine de 2 e 
classe à l’état-major du génie, le 19 janvier 4822. Dès cette 
année, le Comité des fortifications et le Ministre de la Guerre 
exprimaient à M. Guery leur satisfaction d’un travail dont 
il avait été chargé à Strasbourg. 

Avide des connaissances qui pouvaient éclairer son esprit et 
hâter son expérience , il donnait à l’élude les loisirs que lui 
laissait le service. Il approfondissait toutes les parties de 
l’art difficile de l’ingénieur, prenant pour appui les grands 
modèles, s’entourant de livres, de cartes et des meilleurs 
documents scientifiques et militaires. Ses chefs disaient avec 
raison que les rapports et les mémoires du jeune officier 
étaient une preuve de la portée élevée de son esprit h la fois 
critique et pratique. 

Promu capitaine de 4 re classe au 4 er régiment du génie, 
le 31 janvier 4827, il fut détaché Tannée suivante pour être 
employé h Schelestadl, d’où il fut envoyé, le 34 janvier 4829, 
pour aller occuper le poste de capitaine en 4 er de sapeurs au 
2 e régiment, à Arras. Mais, le 46 avril suivant, il retournait 
à Schelestadl comme chef du génie; il occupa ces fonctions 
difficiles pendant près de 42 ans. 

Les inspecteurs généraux s’accordaient à signaler le capitaine 
Guery comme un officier de mérite et de distinction , et , 
en dernier lieu, comme un chef de service des plus remar- 
quables. 

Parmi les notes extraites du dossier du ministère, nous 
lisons les suivantes : « — 4832 , — officier distingué et plein 
de jugement — très-capable de mener les plus grands ou- 
vrages — chef du génie, ferme travailleur au cabinet et 
sur le terrain, est plein de ressources. .. .très-zélé et ferait 
un chef de bataillon distingué. » 

4833. — « Officier distingué et de beaucoup d’expérience. . . 


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mérite de l'avancement par la manière dont il a constamment 
servi, et spécialement depuis qu'il est cher à Schelestadt. » 

1834. — « Sous tous les rapports, M. Guery est un homme 

remarquable et qui fait honneur au corps du génie est 

un officier tout à fait remarquable par sod talent , son zèle 
et son activité. » (Général Valazé.) 

1836. — « M. le capitaine Guery est un officier du plus 
grand zèle et qui s’acquitte très-bien de tout ce dont il est 
chargé. Le temps n’est pas éloigné où le Comité des forti- 
fications devra le présenter au choix pour le grade de chef 
de bataillon. » (Haxo.) 

1839. — M. Le Beschu , directeur du génie à Belfort, lui 
écrit : « Je fais des voeux surtout pour qu’on vous éléve à un 
« grade supérieur que vous avez gagné par vos bons services. 
« Je n’ai jamais vu de notes plus favorables à un officier 
« que celles que mon prédécesseur a mises sur vos états de 
* services. » 

1847. — «Le Ministre de la Guerre Trezel lui témoigne sa 
satisfaction pour les éloges dont il a été l'objet de la part du 
Comité des fortifications. » 

1848. — « Le Sous-secrétaire d’État, Charras, lui écrit, 
au nom du Ministre de la Guerre, une lettre de félicitations 
« pour confirmer l’éloge du Comité des fortifications et lui 
témoigner sa satisfaction pour la manière distinguée avec 
laquelle il a dirigé les travaux de l’école régimentaire du génie 
à Metz. » 

1849. — « Le général Daigremont lui écrit, le 3 octobre, 
qu’il a été heureux d’apprendre de la bouche même du général 
Vaillant sa nomination au grade de lieutenant-colonel. > — 
« C'est une récompense qui vous était due depuis longtemps 
» et que depuis longtemps vos amis attendaient pour vous. 
» Quoi qu’il en soit, recevez mon sincère compliment. » 

1853. — « Enfin le Maréchal Saint-Arnauld , Ministre de 
la Guerre , le prévient que « par décision impériale du 15 
novembre, il a été admis à faire valoir ses droits à la pension 
de retraite, et lui exprime toute la satisfaction de S. M. 


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— m — 

pour les bons et honorables services qu’il a rendus pendant 
sa longue carrière militaire. > 

Reprenons les états de service de M. Guery. Nommé capi- 
taine de 4 r# classe de l’ètal-major du génie, le 45 février 4834, 
chevalier de la Légion d’honneur, le 26 juin suivant, il quitta 
le commandement du génie à Schelestadl, par suite de sa 
promotion au grade de chef de bataillon , qui avait eu lieu 
le 27 novembre 4840 , et de sa nomination aux fonctions 
d’employé à l’école d'application de Metz, le 29 mars 4844. 
Appelé au commandement de l’école régimentaire du génie, 
à Metz , le 28 février 4843 , chef du génie à Metz , le 22 
mai 4848, il remplit ces importantes fonctions avec un dé- 
vouement qui lui a mérité, comme nous l’avons vu , l’estime 
des ministres et des généraux du génie , et avec une arpénité 
qui lui a conquis la sympathie de tous ceux qui ont en l’oc- 
casion de servir avec lui , ou de recourir à ses lumières et à 
son extrême bienveillance. 

Mais les services qu’il rendait, c’était dans le but .d’être 
utile à son pays et non de se faire valoir. Il mettait en pratique 
cette belle opinion que son ami et camarade, le général Haxo, 
avait donnée sur l'officier du génie : « Un officier du génie ne 
« doit rien faire pour l’ostentation , ni même pour la gloire ; 
« la nature des services qu'il peut rendre exige que leur mérite 
« reste toujours ignoré du public, et ses lumières et son savoir 
< n'appartiennent qu’à l’État.» 

Nommé successivement lieutenant-colonel à l’état-major du 
génie, le 44 octobre 4849, officier de la Légion d’honneur, 
le 27 mars 4854 , directeur de l’arsenal du génie à Metz, le 
34 mai 4852, et colonel du génie, le 27 décembre de la même 
année, M. Guery fut admis à la retraite, le 45 novembre 
4853. 

Quand l'heure du repos fut arrivée , il revint à Épinal au 
milieu de sa famille. Il y continua cette vie appliquée qu’il 
avait menée si longtemps, s’occupant de physique, de géologie, 
portant sur toute chose cette puissance de travail , cette 
activité de corps et d’esprit, qui le distinguaient à un si haut 

15 


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— 494 — 


degré. Il écrivait un savant mémoire qu’il destinait à la Société 
d’Émulation , dont il se proposait de solliciter les suffrages ; 
il suivait avec intérêt les progrès des inventions modernes , 
annotant les ouvrages nouveaux , faisant des extraits , pré- 
parant des matériaux de toute sorte; lorsqu’il succomba, le 
26 février 4856, accompagné des regrets vifs, profonds et 
sincères de ses amis et de ses concitoyens. Il n’avait pas 
joui longtemps du repos qu’il avait si bien gagné. 

En retraçant les états de service du colonel Guery, nous 
n’avons rien dit de ses connaissances si étendues et si variées, 
de sa bonté , de sa modestie surtout qu’il cherchait à dissimuler 
sous des formes un peu sévères. Mais ces belles qualités 
étaient connues et appréciées de tous ses camarades , et nous 
terminerons cette notice en disant que notre compatriote , 
toujours obligeant, toujours dévoué et serviable, ressentait . 
une grande jouissance à être utile aux autres. Toutes les 
fois qu’on avait recours à lui , on était reconnaissant de son 
accueil et de son empressement à accorder ce qu’on lui 
demandait. Nature vaillante et probe, il était d’une cons- 
cience irréprochable; aimant t’élude-avec passion, aucune 
difficulté ne l'effrayait, aucun mécompte ne le décourageait. 

Il n’avait d’autre pensée dan9 sa jeunesse que celle d'aug- 
menter ses connaissances, et, dans son âge mûr, d'autre 
ambition que celle de tout devoir à &n travail , grades , 
honneurs , considération , sans que jamais la critique ou 
l’envie pût lui reprocher d’avoir obtenu par faveur ce qu’il 
sut toujours mériter par son application laborieuse. 


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RAPPORT 

lie N. MAtnVIIEUX père , Président de la Société d' Émulation 
des Vosges , sur !& travail de M. Duhamel : 

NÉGOCIATIONS 


DE 

CHARLES Vn ET DE LOUIS XI AVEC LES ÉVÊQUES DE METÉ 
pour la châtellenie d'Épinal. 


Votre Commission de publication a exprimé le désir d’obtenir 
mon avis sur l’œuvre de M. Duhamel, intitulée : Négocia -* 
tions de Charles Vil et de Louis XI avec les évêques dé 
Metz pour la possession de la châtellenie d’Epinal. J’ai 
accepté cette mission , et je viens vous rendre compte , en peu 
de mots , des résultats de mon examen. 

Il y a longtemps déjà j’ai fourni & nos Annales une chronique 
qui raconte les faits accomplis à Épinal, en 4423, entre les 
habitants de cette ville et l’évêque de Metz, Conrad Bayer 
de Boppard, la prétention de l'évêque de Metz de se faire 
livrer le château d’Épinal, le refus des bourgeois, le départ 
de l’évêque et les moyens violents qu’il met en œuvre pour 
les contraindre à céder à ses exigences. — M. Duhamel 
considère avec raison ces faits comme le point de départ 
des événements qui les ont suivis : la soumission de la ville 
au roi Charles VII, les négociations engagées par l’évêque 
Conrad avec le roi et avec Louis XI son successeur, le don 
de la ville au maréchal de Bourgogne, le refus des bourgeois 
de l'accepter comme seigneur , et enfin la réunion d'Épinal 


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— m — 


à la Lorraine dont elle ne fut plus séparée. Ces faits suc- 
cessifs sont décrits dans un style concis, rapide, élégant, 
mais néanmoins toujours sérieux et grave, comme il convient 
à une œuvre historique consciencieusement étudiée. 

C'est déjà vous dire , Messieurs , que Vaccès de nos Annales 
doit lui être ouvert. Mais elle a pour l'obtenir des droits 
spéciaux plus puissants encore. D'abord, elle est consacrée 
à des faits appartenant à notre histoire, elle est de plus 
un véritable monument élevé à la gloire de nos ancêtres. 
Comment ne pas admirer l’énergie inébranlable, laconstanre 
inépuisable dont ils ont fait preuve dans leurs luttes contre l’é- 
vêque et contre les ennemis qu’il suscitait de toutes parts 
à notre ville. Une population de marchands, de gens de 
métier, d’hommes de labeur, dépourvus de l'instruction si 
universellement répandue aujourd’hui, mais fortement trempés 
aux plus dures épreuves, ne craignaient pas de lutter contre 
les ennemis les plus puissants et les plus opiniâtres. Elle 
les combattait les armes à la main , malgré son petit nombre. 
Elle luttait avec eux, à l'aide de son bon droit, devant 
l'empereur d'Allemagne, devant la cour de Rome, d^ns les 
conseils des rois de Franœ, et l’on ne sait vraiment ce 
que l’on doit le plus admirer, ou du courage des habitants 
ou de l’habileté de leurs négociateurs. Ni la guerre, ni des 
pillages incessants, ni l’interruption de. leur commerce, ni 
la famine produite par des blocus successifs, ni la misère 
la plus profonde , ne parvinrent à ébranler la fermeté des 
habitants. Les ruses déloyales, les pièges et les embûches 
que l’évêque mettait en œuvre ne réussirent pas mieux à 
déjouer l'habileté de leurs représentants. Quand on met en 
regard ce saisissant tableau avec le spectacle des défaillances 
si tristes et si nombreuses qui font tache sur notre siècle. 


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on se demande si c’est à bon droit que nous l’appelons le 
siècle des lumières, tandis que nous flétrissons celui oit, 
pendant plus d’un demi-siècle , cette grande lutte a duré, 
du nom de siècle d’ignorance ou de servilité. Serait-il donc 
vrai que le génie de la France offre ce mélange étrange : 
ardeur incomparable à acquérir la liberté ; indifférence à s'en 
servir quand elle est conquise. 

Ce que l’œuvre de M. Duhamel fait aussi parfaitement 
ressortir, c’est la mauvaise foi et l’orgueil opiniâtre de l’évéque 
Conrad, la politique dilatoire de Charles VII, la politique 
cauteleuse de Louis XI. M Duhamel a été sobre dans cette 
triple peinture, et il a eu raison. Les pièces justificatives 
dont il propose la publication à la suite de son œuvre parlent 
en quelque sorte d’elles-mémes , et sont ainsi son commen- 
taire et sa preuve indispensables. 

Peu d’œuvres historiques pourront être plus dignes de 
prendre place dans nos Annales. Peu seront écrites avec une 
conscience plus scrupuleuse. Je puis m’en porter garant, parce 
que je connaissais depuis longtemps les faits et les preuves de 
ces faits. J’ai pu éprouver quelque regret de me voir devancer 
dans la réunion de celles qui me manquaient encore et qui 
devaient combler les lacunes qui m’arrêtaient. Plus heureux 
et plus libre d'autres devoirs, favorisé d’ailleurs par ses re- 
lations comme archiviste, M. Duhamel a pu rassembler des 
pièces éparses dans les collections qui existent à Paris et 
dans d’autres villes , et former un ensemble que je considère 
comme complet. Toute autre aspiration doit s'incliner. Pour 
moi, appelé tant de fois à l’honneur de vous présider, j’ai 
toujours placé au premier rang de mes devoirs celui d’aider 
et d’encourager mes collègues, d’exciter et de seconder leur 


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zèle et de fournir à ceux qui offrent la garantie d’un sé- 
rieux avenir, l'occasion de se produire et de se révéler. Aussi, 
terminerai-je ce rapport en engageant de tout mon pouvoir la 
Société d'Émulalion à ouvrir avec empressement ses Annales 
à l’œuvre de M. Duhamel et aux pièces justificatives qui 
l’appuient. 


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■v 


— <99 — 

NÉGOCIATIONS 

DE 

CHARLES VII ET DE LOUIS XI 

AVEC LES ÉVÊQUES DE METZ , 
poun 

LA CHATELLENIE D ÉPINAL, 

1444 - 1466 . 

PAR M. L. DUHAMEL, 

Archiviste du département, membre titulaire. 


i. 

La longue lutte de l'Angleterre cl de la France continuait 
depuis près d’un siècle. Ni l’héroïsme de Jeanne d’Arc, ni 
les efforts des lieutenants de Charles VII , n’avaient pu arracher 
le sol français à l’invasion étrangère. De l’une et de l’autre 
part, on s’était porté de rudes coups; mais la victoire, 
presque aussi changeante que la fortune, ne s’était défini- 
tivement fixée ni dans l’un ni dans l’autre camp. Cependant , 
depuis que la libératrice de la France avait réveillé le sen- 
timent national éteint, la fierté de la vieille Angleterre s’a- 
battait de jour en jour. Le traité d’Arras lui avait porté un 
coup mortel. Les succès militaires, remportés sur tous les points 
du royaume par nos armées, avaient décimé ses forces, abattu 
le courage de ses plus intrépides généraux. La ville de Meaux 
avait coûté neuf mois de siège à Henri V ; Jean Bureau , 


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-* 800 — 


avec sa puissante artillerie, venait de l'enlever en quinze 
jours (août 4439).- Dieppe était investi par leire et par mer 
par lord Talbot, qui disposait de forces considérables et 
s’appuyait sur des alliés nombreux ; le Dauphin , envoyé par 
Charles VII , venait de le forcer à lever le siège , avait délivré 
la place et remporté sur le capitaine anglais une éclatante 
•victoire (45 août 4443) (t). D’autres succès avaient achevé 
l’œuvre de délivrance. A l’instigation de l’Angleterre , les 
négociations avaient alors été entamées et elles avaient abocti 
à la trêve de Tours (30 mai 4444) , suivie ou plutôt accom- 
gnée du mariage de Marguerite d’Anjou avec Henri V (3). 
L’effet de ce traité fut immense. Le peuple des fcampagnes, 
opprimé par cent ans de guerre , semblait renaître à la vie. 
Ce ne fut point seulement de la reconnaissance, ce fut de 
l’enthousiasme. « Des troupes d’hommes et de femmes sortirent 
» de ces enceintes murées, comme des captifs, pour le simple 
» bonheur de respirer l’air libre. Ils se rendaient aux églises, 
» aux lieux de pèlerinage afin d’y accomplir les vœux qu’ils 
» avaient formés dans les temps d’épreuves et d’angoisses. 
» Leurs pas retrouvaient la trace des chemins effacés. La terre 
* inculte et redevenue sauvage leur semblait belle à voir. 
» Ils contemplaient dans ce vaste espace les beautés de la 
» nature toujours jeune et toujours féconde ... Le commerce 
» se rétablit entre les deux nations , et Jacques Cœut > envoyait 
» des marchandises françaises qui se vendaient en Angleterre. 
> Après s’être longtemps livré à la destruction , à des luttes 
» fratricides, le soldat quittait les armes et retournait au 

» labour et à l’industrie La France, au propre et au 

» figuré, se reprit à la vie avec une énergie réparatrice. » (3). 
Charles VII et sa brillante cour prenaient part à l'allégresse 
générale. Il célébrait ses succès sur les Vives enchantées de 
la Loire, au milieu de celte riche Touraine, terre de France 


(1) Vallet de Virmlle. Histoire de Charles VU. Tome lit , page 448. 
(3; Ibid. Pag. 453. 

'5) Ibid Pag. 25 et 26. 


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privilégiée, où la nature , prodigue de tous ses dons , entr. tient 
un printemps continuel C'est alors le grand règne d’Agnès 
Sorel. Au sein de son château de Loches, où elle devait dormir 
plus tard du sommeil éternel, la Dame de Beauté, devenue 
dame d’honneur de la reine , avait aussi sa petite cour, sa 
maison , qui n’était certes ni la moins animée , ni la moins 
galante , ni la plus éloignée du Roi. Belle et sympathique 
figure , mélange de fermeté , de galanterie et de dévotion qui , 
malgré sa mission galante, son renom de courtisane, mérite 
de la postérité plus d'égards et de reconnaissance que bien 
des reines de France. Entrava-t-elle jamais les projets du roi? 
Usa-t-elle jamais de son influence contre l'intérêt général? 
Qui sait, au contraire, si Charles Vil ne trouva point dans 
cette intelligence cultivée, dans ce cœur généreux et délicat, 
les encouragements et les excitations que la paresse naturelle 
de son esprit n’eût point cherchés ailleurs. Ainsi , au temps 
même qui nous occupe , alors que le règne d'Agnès est sans 
partage, le Roi méditait une des entreprises qui devaient avoir 
le plus d’influence sur les destinées des armes- françaises ; 
il voulait donner à l'armée une organisation régulière. 

Pour cette réforme longtemps méditée, ébauchée bien avant 
son apparition définitive, il y avait de grands obstacles, des 
écueils nombreux à éviter. On sentait bien que toutes les 
forces vives de la nation avaient besoin de se produire, qu'elles 
s'ouvriraient un jour ou l’autre on passage ù travers les vieux 
privilèges aristocratiques et militaires, mais qu'était l'armée à 
cette époque? Quelle main serait assez puissante pour guider 
ces bandes de pillards et d’écorcheurs qui ravageaient les cam- 
pagnes et les villes ? Qui mettrait un frein aux excès de la 
Pragoerie qu'on avait crue étouffée et qui se relevait à l’appel 
du Dauphin. L’exemple de Du Gnesclin , délivrant jadis la 
France des grandes compagnies , vint à l’esprit du Roi. Il 
se demanda si , dans le moment de paix que lui donnaient ses 
ennemis, il ne pouvait délivrer l’année de ces éléments 
dangereux, tout en utilisant leur ardeur et leur soif de pillage. 
Une occasion se présente, Charles VII en profite. Deux expé- 


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— m — 

ditions lontaines sont résolues dans scs conseils, Tune pour 
soutenir l’Empereur contre les Suisses; ce fut la campagne 
d’Allemagne; l’autre pour soutenir Rcnc, roi de Naples, 
de Sicile et de Jérusalem et duc de Lorraine ; ce fut la 
campagne de Metz. 

Nous ne devons point nous arrêter à l’expédition d’Alle- 
magne conduite par le Dauphin , ayant eu pour origine l'appel 
de l’empereur Frédéric à son confédéré Charles VII , pour 
principaux épisodes, la bataille de Saint-Jacques sous les murs 
de Bâle , la défaite des Suisses , les ravages des Écorcheurs 
qui , de défenseurs , étaient devenus ennemis de l’Em- 
pereur. Qu’il nous suffise de dire que Louis entra en Allemagne 
comme allié et soutien de l’Empereur, en ressortit poursuivi 
par les princes allemands et essuya, avec ses Écorcheurs, 
une déroute complète à Schelestadt. Voulant, au contraire, 
étudier l’un des épisodes de la campagne de Metz, il nous 
faut dire quelques mots des motifs qui poussèrent Charles VII 
à l’entreprendre. Le plus puissant, nous l’avons vu, c’était 
le désir de.se débarrasser des Écorcheurs, c’était là le vrai 
but , mais il ne fut jamais avoué. On prit un autre prétexte. 
Depuis un siècle, les ducs de Lorraine devaient à l’État de 
Metz des sommes considérables. Ils avaient toujours scrupu- 
leusement oublié de les payer. René d’Anjou , roi de Sicile , 
qui venait de réunir sous sa puissance les duchés de Lorraine 
et de Bar, avait encore accru ses dettes en sollicitant des 
Messins de grands secours pour soutenir ses prétentions contre 
Antoine de Vaudémont, et pour compléter a rançon lorsqu'il 
fut pris à la bataille de Bulgnéville. Les Messins réclamèrent 
plusieurs fois , mais inutilement. Alors, à bout de patience, 
ils en vinrent aux moyens extrêmes. Ils apprirent que , de 
grandes indulgences ayant été accordées par Eugène IV à 
ceux qui visiteraient le couvent de Saint-Antoine, à Pont- 
à-Mousson , Isabelle, duchesse de Lorraine, devait s’y rendre. 
Ils apprirent aussi que cette princesse serait entourée d’une 
escorte brillante et que ses bagages devaient la précéder. Une 
troupe de Messins se poste sur le passage de ses fourriers, 


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— 203 — 


enlève son riche mobilier, ses chevaux, sa garde-robe, el 
conduit à Metz , sous bonne escorte , richesses et fourriers. 
A cette nouvelle, Isabelle entre dans une grande colère, 
assemble son conseil : « Eh! messieurs, que vous semble 
« de ceux de Mets qui mes bahuz et garde-robbe à Mets 
« en ont menez. » Ses favoris essayent de temporiser , on 
écrit à Metz. Les Messins ne veulent rien rendre. La 
duchesse, .femme énergique, résolue, traverse la France et 
va trouver René, en Anjou. Elle lui demande vengeance de 
l'acte de violence commis contre elle. René sentit qu’il y avait 
là tout ensemble un moyen prompt et sûr de payer ses dettes et 
de se faire passer pour un parfait chevalier. 11 promit à Isabelle 
de demander raison , l’épée à la main , de l’insulte qu’elle 
avait reçue. Il la renvoya en Lorraine, et voyant que, malgré 
toutes ses belles résolutions, il ne pouvait rien seul, il se 
rendit à Tours près du roi Charles VII , son beau-frère. Il 
lui exposa son embarras. Celui-ci saisit avec reconnaissance 
le prétexte qui lui était donné d’utiliser ses bandes indis- 
ciplinées d’écorcheurs et de retondeurs (1). Il prit ouvertement 
parti pour le roi de Sicile, et, quelque temps après, la guerre 
contre l’État de Metz était décidée. Une armée nombreuse , 
sous les ordres de Pierre de Brezé, sénéchal de Poitou et 
d’Anjou , s’achemina vers la Lorraine el y commença ses 
opérations par le siège de Darney (2) , tenue engagée par 
le Bâtard de Vergy (3). Puis, il s'achemina vers les terres de 
l’évéché de Metz. 

Parmi les nombreuses possessions de cet Evêché , il s’en 


(1) Voir, poar ce qui précède el pour avoir une idée de ce qu'étaient ce* 
relondeara , MH. dr Saelry el Huguenin. Relation do aiége de Metz, 
1835. 

• (2) Chef-lien de canton , arrondiaacmenl de Mireconrl (Voigca) 

(3) Le bâtard de Vergy, tienr de Thoillièrea , tenait alora le cbilcau do 
Darney, el de Ik ponranivait lea babitanla de la contrée , lea rançonnant 
et pillant loua leora biena. Il fat délogé de ce x chiteaa par lea aoldaia 
de Pierre de Brezé. 


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— 204 — 


trouvait une qui depuis longtemps essayait de secouer le 
joug. C’était la châtellenie et surtout la ville d’Epinal. 

B&li dès le X e siècle et peut-être auparavant, possédé par 
les évêques de Metz de temps immémorial , le château de 
celte ville et plus tard ses murailles étaient devenus les refuges 
derrière lesquels s'abritait l’indépendance des habitants. De 
très-bonne heure ils avaient réclamé et soutenu , les armes à la 
main, leurs privilèges et leurs franchises. Ils s’étaieot soulevés 
contre l’oppression des Evêques qui les rançonnaient sans 
merci , engageaient & leurs créanciers leur terre et même leur 
ville et commettaient contre eux tous les actes de la plus 
tyrannique suzeraineté. Environnée de villes libres, ayant de 
fréquentes relations avec Metz qui ne reconnaissait que la 
suzeraineté de l’Empereur, avec toutes les villes libres de 
l’Alsace ou de l’Allemagne, où foncliooaaient les institutions 
les plus libérales, elle aussi, celte petite cité avec son château, 
l'un des mieux situés et des plus forts de Lorraine, avec son 
commerce, ses riches bourgeois, se croyait appelée à devenir 
libre. Malheureusement, elle ne comptait point comme Metz, 
comme les villes libres d'iau delà du Rhin , une population 
nombreuse, des milliers de défenseurs. Aussi elle avait 
toujours dû céder tantôt devant les forces de l’Evèque de Metz, 
tantôt devant celles des ducs de Lorraine, tantôt devant les 
pillards bourguignons ou autres, fin essayant de s’affranchir, 
elle n’avait fait que changer de matlre. A l’époque qui nous 
occupe, elle se débat contre les tentatives de Conrad Rayer de 
Boppart, évêque de Metz. Quelques années auparavant, il rnait 
traduit les représentants de la cité en cour de Rome , pillé et 
dévasté la ville , emprisonné trois des bourgeois les plus notables 
et exigé d r enx une rançon de 4 500 florins d’or (4). 44 n’entre 
point dans notre cadre d’approfondir toute cette querefle qui 


(t) L'honorable pnMdtnl de le Soddtd d’fsmiWtion., It üwIlMHpni 
« pnblid, dan* l’ira du voisine* d«* «ur toute «dte -qveeeUe <dc* 

kéHntt «l de IVitfiedc Meta, «ne pièce fort iBldreeaante. à*ir dtnmbf, 
Tome il, 3' Cahier, 4836- 


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— 205 — 

dura de 1422 à 4444, époque à laquelle les Spinaliens pas- 
sèrent sotas la domination française. Nous avons maintenant 
assez montré , croyons-nous , que si quelques villes de Lorraine 
virent arriver avec peine l’armée de Charles VII, ce ne fut 
point Epinal. Ce dut être au contraire avec des cris de joie 
qu’elle recevait, sinon un libérateur, du moins un maître 
nouveau. Avec lui on pouvait espérer de faire enfin partie d’un 
grand royaume, de ne point être livré à une souveraineté trop 
proche; on était dans la meilleure situation pour réaliser 
enfin le rêve de liberté si longtemps étouffé. Cependant, les 
luttes et les sacrifices n’étaient point finis, la longue série 
de négociations dont nous essayons d’exposer les vicissitudes, 
noos montre surabondamment que les nouveaux protecteurs 
des 'Spinaliens ne répondirent point toujours h leur courage et 
à l’ardeur qu’ils déployèrent pour s’incorporer corps et biens ao 
royaume de France. 

IL 

Ce fut le 27 août 1444 que Pierre de Srezé, Seigneur de la 
Varreine, Sénéchal de Poitou et d’Anjou, adressa « aux quatre 
seigneurs et gouverneurs de la ville d’Epinal » une lettre par 
laquelle il les priait de se rendre prés de lui pour aucune 
chose qu’il avait d leur dire (4). Il leur promet aide et 
protection: il se charge de faire reconduire leurs envoyés sains 
et saufs, s’ils se rendent à son appel. Cette sommation, datée du 
siège devant Darney, trouva les Spinaliens parfaitement disposés 
à devenir Français. Nous avons vu quelles longues querelles 
ils avaient, en effet., soutenues depuis un siècle, avec quelle 
énergie patiente ils avaient agi. Cependant, tout en leur 
déclarant que s’ils n’obtempéraient point à sa demande, ils 


(il C’ert à lort que M. Vallet 4e Viriville, dan* son beau et (avant travail 
anr Charlea VII (Tome 3, pag. 41), place la date de la aommation an 4 aep- 
tembre; la reddition de la ville eat du t aeptembre , la aommation de Pierre 
de Bnrzdeat do 27 aodt. Voir : Archiv. de la Menrthe, Anc.Tnvent. Ley. 
Epinal 2, N* 23. — Piècca juatifiealivea de ce travail. 


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— 206 — 


pouvaient se tenir « pour des fiez du Roy et de toutte sa 
puissance », Pierre de Brezé ne leur faisait point de conditions* 
Ce ne fut que trois jours après, le 30 août, qu’ ils reçurent 
une nouvelle sommation, datée de l'abbaye de Relanges, 
contenant les conditions de la reddition de la place. 

Il les requérait, de par le Roi, de mettre eux, la ville et 
le château d'Epinal en son obéissance, leur promettant les 
bonnes grâces de Charles VU qui protégerait leur commerce, 
respecterait leurs franchises, augmenterait leurs libertés, les 
exempterait des rentes et des redevances qu'ils payaient à 
l'Evêque de Metz, les considérerait enfin comme ses bons et 
fidèles sujets. L’offre était séduisante et la ville n'était nullement 
en état de soutenir un siège ni môme de repousser une 
attaque. Cependant, par un reste de respect pour leur seigneur, 
les bourgeois envoyèrent aux lieutenants de Conrad , alors 
absent de ses Etats, la lettre de Pierre de Brezé Ils exposaient 
la situation, sollicitant des gouverneurs un secours qu'ils 
n'espéraient guère et qu'ils n’étaient point décidés à attendre (I) 
(31 août). La réponse ne tarda pas; dès le lendemain un 
messager partait de Vie pour la porter à Epipal. Elle n’était 
guère faite pour encourager la ville dans le cas où elle aurait 
voulu résister. Les gouverneurs annoncent qu'ils ont reçu 
des lettres contenant celles du Sénéchal d’Anjou, qu’ils se sont 
assemblés en conseil pour décider ce qu’il y aurait à faire, 
qu’on attende patiemment le résultat de leur délibération, 
qu’on ne s’arrête pas aux menaces et aux défis du Sénéchal. 
« Vostre ville nest mie ville pour tantost conquester 
ne pour vous estre abahis pour V abandonner sy brief 
ne sy légièrement que Hz le requerrent. » Puis, lout 
en leur exposant quelles fâcheuses conséquences pourrait 
avoir pour eux et leurs successeurs leur reddition au Roi 
de France, les mêmes mandataires offrent d’envoyer à Epinal 
un secours de 100 ou 200 chevaux si les gouverneurs le 

(t) ârohtvà de la Mcarlbc. — Ancien Inv. Lay. Epinal 2, N* 25. - Pièce* 
justificatives. 


« 


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— 207 - 


jugent convenable (4). LesSpinaliens savaient par expérience ce 
il quoi ils s’exposeraient s’ils recevaient les troupes de l’Evéquê. 
Trop longtemps, ils avaient subi ce joug intolérable; depuis 
bientôt un demi-siècle, leur ville et les villages environnants 
avaient été indignement pillés et brûlés par les bandes 
armées de Conrad. Leur commerce était ruiné, leur trésor 
vide , leurs concitoyens emprisonnés et rançonnés ; le décou- 
ragement était au comble. Un nouveau soutien inespéré , 
inattendu s’offrait à eux, une occasion de se placer sous la 
protection d’un maître puissant leur était donnée; ils en 
profitèrent. Sans répondre aux offres, peut-être menteuses, à 
coup sûr insidieuses, des lieutenants de l’Evêque, sans même 
les avertir, les quatre gouverneurs, au nom de la ville entière, 
se rendirent à l'appel de Pierre de Brezé (4 septembre) (2), 
prêtèrent, entre ses mains, serment au roi de France et lui 
remirent les clefs de la ville. Ils pourraient du reste renouveler 
bientôt ce serment entre les mains du Roi lui-même. 
Charles VII, en effet, après être parti de Montils-lez-Tours 
vers le milieu de juillet, s’acheminait, à travers l’Orléanais 
et la Champagne, vers les marches de Lorraine (3). René 
d’Anjou , Roi de Sicile et de Jérusalem , au nom duquel se 


(1) Arcbiv. de la Meortbe. Invent. Ancien. Lay. Epinal 2. — Pièces 
justificatives 

(2) Voir Bibl. lmp. Collect» Foulanieu. Portef. 419-120. — Les auteur» 
de la relation du siège de Metz se trompent lorsqu'il» disent (page 83) que 
« des député» vinrent b Nancy, offrir au Roi Charles Vil la soumission 
d'Epiual >. D'après les documents que nous citons, on voit que ce fut le 
lieutenant du Boi lui-même qui les somma de se rendre. Ils se trompent 
eucore lorsque , suivant le Père Benoist (Orig. de la maison de Lorraine , 
in-12. Toul, 17()4, pag. 443), qui suivait lui-même le Père Viguier, ils disent 
que Pacte de soumission d'Epiual est du 7 septembre; il est du 4 , comme le 
prouve Pacte de la collection Pontanieu. — Æneas Silvius prétend aussi 
que tes bourgeois se donnèrent. « Oppidum , non parvi moment! quod 
Spinal vocanl, dedenlibus se oppidanis , ab tcclesia Metensis obtulil. » 

<3) Chronique de Mathieu Dcscouchy. Edit. Du Fresne.de Beaucoort. 
Tome 4, pag. 25. 


s 


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— *08 — 

faisait cette guerre, Ounois, Saiolrailles, Jean Bureau, 
Geoffroy de Saiut-Belin , tous les grands capitaines de 
l’époque, accompagnaient le Roi de France. Ce fut le 41 
septembre 1444, au malin, qu'il se présenta sous les mon 
d'Epinal. Les quatre gouverneurs de la ville, Baudenot 
Diroux, Perrin, dit Maistre Jehan, Nicolas Agnet et Jean 
Dupré , le jeune, suivis des bourgeois et des habitants, vinrent 
â sa rencontre. Ils lui ouvrirent les portes de la ville et lui 
renouvelèrent les protestations de fidélité qu’ils avaient ex- 
primées à son général. Les yeux sur leur passé, considérant 
les misères et les malheurs auxquels ils avaient été constam- 
ment en butte , les persécutions de toutes sortes qu’ils avaient 
endurées, poursuivis et traqués comme des brebis sans 
pasteur < quasi oves sine pastore » ( 4 ), ils ont résolu de 
s’arracher enfin à celte longue et misérable servitude. Ils 
reconnaissent Charles VII comme leur vrai et naturel seigneur, 
lui livrent, pour être réunis à la couronne de France, la 
ville, le château et la châtellenie d’Epinal et de Rualménil. 
Ils se reconnaissent ses hommes liges , lui jurent de rester à 
jamais ses sujets et de le servir n’importe contre quel ennemi 
(2). Cet acte de soumission auquel assistèrent René d’Anjou, 
Jean, duc de Calabre, Charles d'Anjou, comte du Mans, 
Guillaume, comte de Tancarville, Charles de Châlilton , etc., 
scellait à jamais l’alliance entre les Spinaliens et le Roi (3). 
De son côté, Charles VII, par un acte du même jour, 
reconnaissant leur soumission volontaire, déclare que le 
château, la ville, la châtellenie d'Epinal sont désormais sous 
sa souveraineté. En faveur de l'obéissance des bourgeois, il 
leur accorde qu’a l’avenir leur ville sera Chambre Royale, il 


il) Ce *ont lo* terme* tnèmeidet’aele 4e donation. 

(3) Dora Calmet, Tom. J, 833, raie une opinicu de Monpirelel, d’aj rt» 
laquelle I* ville aurait leno pour l'kvéque de SJelx et le château pour le loi. 
Le* doeaiuenl* inédit* dctrnwenl complètement cette idée 
(3) Deot Calmet. {Ton. 3, pige 833. Bibl. trop. Fond* latin, u* 11,935. 
— Pièce* joitifictlive». 


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— 209 — 

maintient tous leurs droits, coutumes, usages, privilèges, 
franchises et libertés, et les assure de sa royale protection 
contre ceux qui tenteraient de les attaquer. Entrant ensuite 
dans le détail de quelques-uns de ces privilèges pour lesquels 
les bourgeois soutenaient depuis si longtemps la lutte, il 
règle l’administration de la justice, les attributions des dif- 
férents gouverneurs de la ville, du bailli, du prévost, de 
l’échevin, il fixe létaux des amendes, l’exercice des droits 
de meu et de tonlieu. 

La justice est exercée à Epinal par un bailly nommé par 
le Roi (1). Il a la connaissance des causes d'appel et 
les juge en dernier ressort, sauf l’appel au Roi. Au-dessous 


(I) Celte autorité do bailly k Epinal ne (ut jamais que purement nominale* 
La justice était vraiment exercée par les quatre Gouverneurs. Par lettre du 
1 3 septembre <444, cttfe charge de bailly et capitaine du château et de 
la ville d'Epinal , fut confiée h Georges Deslye. Ce bailliage se composa de 
la ville d'Epinal et de Rualménil, des mairies de Sercœor, Dognevillc, 
Bull, Deyvillers, Chaveiot, Vincey , Tliaon , La Baffe, Longchamp, 
Girtnont, Vaxoncouri , Villoncourt , Domèvre-snr-Avière , Golbey , 
Dommartin . La Folie (près Rambervillers). La mairie de Sainte-Hélène 
comprenant Saiot-Gorgon avait dans les derniers siècles quai te maires : 
celui de l'abbesse d'Epinal, celui de l'abbesse de Remiremont, celui des 
chanoines de Saint-Dié et eelui du duc de Lorraine. Le droit du duo 
parait dériver des actes de 1466. Le droit de l'abbesse d'Epinal dérivait 
de la donation confirmée par Henri en <003 ; le ruissean de Sainte- 
Hélène y est appelé Artnttla comme dans la vie de saint Dieudonné; 
le ruisseau de Sainte-Hélène est encore appelé l'Arcntèle. 

Yilloncoort dépendait en partie du ban de Bayecoort, où le partage 
avait associé au chapitre de Reiuîremont le duc de Lorraine qui avait 
donné sa part de fief h la famille de Haraucourl. 

Arcbcttes , pour tout ce qui est en deçk do ruisseau , dépendait du ban 
d'Epinal, et au delk, du chapitre de Remiremont. 

Le ban de Tbaon comprenait Domèvre-sur-Àvière. 

Les comptes de ce bailliage se rendaient comme ceux du bailliage de 
Cbaumont , ait Chambre de Champagne. — Comptes da bailliage d'Epinal 
pour 1456» — Archives de la ville* 

u 


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9fO — 


de ce premier magistrat qui est en même temps commandant 
du château et auquel furent adjoints les quatre gouverneurs 
(1), se trouve l’écheviu. < Il connaît de tous procez et desbat» 
qui lui sont soumis, mais sans par escript plaidoyer ne garder 
ordre ne forme de droicl escript. » Vient ensuite le prevost. 
Parmi ses attributions se trouve la nomination des forestiers; 
il ne pourra contraindre aucun des habitants du château et 
de la ville à exercer cette charge; mais il n’en sera pas de 
même pour ceux qui habitent les faubourgs. Chaque année , 
il pourra faire comparaître devant lui quatre personnes à la 
fois , des gens de moyen état , c'est-à-dire , ceux qui auront 
au-dessus de 10 livres et au-dessous de 100. Il en élira deux 
d’entr'elles pour exercer la charge de forestiers. Venaient 
ensuite, dans l’ordre judiciaire, le grand doyen, le clerc- 
juré , deut sergents et deux banvars. L’amende encourue 
pour médisance de. trahison , meurtre ou larcin , est de 
5 sous seulement à payer envers le trésor. Dorénavant, 
le Roi tient les bourgeois et habitants d'Épinal francs et 
quittes de nourrir aucuns chevaux de troupe , ni de faire le 
service qu’ils- étaient obligés de faire en cette occasion. Os 
conservent, au profit de la communauté, pour tes frais 
qu’occasionneraient les réparations et les autres besoins de 
la ville , les droits de meu et de tonlieu qui leur avaient été 
accordés au XIII® siècle par les évêques de Metz. Ces droits 
étaient tels : chaque chariot chargé de vin qui entrait dans la 
ville devait trois gros, la charge ordinaire d’un cheval , quatre 
deniers , chaque muid , vendu en détail , six deniers. C’est 
ainsi que Charles VII, par la confirmation et la reconnaissance 
de ses privilèges , par la satisfaction donnée aux diverses 
plaintes que cette malheureuse ville avait tant de fois proférées, 
complétait son occupation. Il confirmait en même temps les 

(t) Par lettre de 4 inare 144C , Cliarlea Vil ordonne qae leo appelé dee 
sentence* prononcée* par l'dchevin feront porté* devant nn tribunal coaopead 
du bailly et de* quatre gouverneur*. — Pièce» jn»tlfl«etive». 


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— 314 — 


droits el privilèges du chapitre Saint-Goëry (4) (septembre 4 444), 
et , pour garantir la cité contre les innombrables ennemis qui 
la harcelaient continuellement , il défendait (4 4 septembre 4 444) 
(3) au bailly et au gouverneur de laisser pénétrer personne 
dans la ville , si ce n'est lui ou le dauphin. Il mandait aux 
baillis de Sens, de Troyes, de Vitry et de Chaumont de 
garder, défendre et porter secours à sa nouvelle ville (24 
septembre 4444) . créait à Épinal une office de tabellion 
(4 mars 4446) , ordonnait que toutes les marchandises seraient 
vendues d’après un poids public qui serait celui de Paris 
(c'est-à-dire 8 onces au marc et deux marcs à la livre, ce 
qui fait 46 onces à la livre). Une nouvelle lettre (24 mars 
4 448) régla définitivement cette matière. Il complétait aussi 
l’organisation intérieure de la police de la ville par diverses 
mesures d’intérêt et d’ordre public , telles que des ordonnances 
au sujet des femmes de mauvaise vie (4 sr juillet 4447), de 
la vente de la viande de boucherie (49 mars 4448) , des 
jurements, pour lesquels les gouverneurs ne devront exiger 
que 5 sous pour la première fois, 40 sous pour la seconde et 
40 sous pour la troisième (24 mars 4448). Enfin , une grande 
mesure vint terminer ce travail de recomposition. Les mar- 
chands d’Épinal, dont le commerce, à cette époque, était 
fort étendu , qui portaient leurs produits aux foires de Cham- 
pagne , de Franche-Comté , de Flandre , y étaient traités 
comme les étrangers , allemands , italiens , espagnols et 
autres. On percevait sur leurs marchandises, à l’entrée et 
à. la sortie , un droit de douane assez considérable. Par une 
ordonnance du 49 octobre 4446, Charles VII prescrit aux 
bail lys de Vermandois , Vitry , Chaumont et autres , ainsi 
qu'aux trésoriers de France, de laisser les marchands d’Épinal 
jouir et user des mêmes libertés que les autres marchands 
français; il les déclare quittes, francs et exempts des droits 


(1) Arcb. des Vosges Chap. d’i pinal Canalaire. Il confirma aussi celle 
nadme année les privilèges du chapitre de Remiremonl. (Octobre 4444.)- 

(2) Pièces justificatives. 


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— 212 — 


d'entrée et de sortie, des impositions foraines et autres charges 
auxquelles ils étaient exposés Ils auront désormais la libre 
circulation pour leurs marchandises et pourront écouler les 
produits nombreux et variés de leur industrie. C’était là une 
des faveurs les plus considérables que pût recevoir la nouvelle 
conquête de Charles VII, car le commerce d’Épinal, au 
moyen-âge, était très-étendu. Placée au pied de la chaîne 
des Vosges, en communication avec la Champagne, l'Alsace, 
la Franche-Comté, la Bourgogne, cette ville était une des 
haltes des marchands français et allemands. Aux XIV* et 
XV* siècles, ses propres marchands obtiennent eux-mêmes 
des ducs de Bourgogne, des ducs de Lorraine et autres 
souverains des franchises qui leur permettent de trafiquer dans 
ces divers pays. Une lettre de sauvegarde leur permit même de 
se rendre aux célèbres foires de Malines. Les toiles , les pape- 
teries, les draperies étaient nombreuses dans ses murs; sa 
population importante, sa bourgeoisie imposante, ses richesses 
considérables. 

On eût dit, à voir ainsi Charles VII prodiguer ses faveurs 
à Épinal, qu’il était désormais seul et tranquille possesseur 
de cette châtellenie , que toutes les épreuves étaient passées 
pour ses courageux habitants. Grâce, en effet, à l’occupation 
française , le commerce et les relations interrompues repre- 
naient avec les provinces voisines , les souffrances commen- 
çaient à s’oublier , car on oublie bien vite dans la prospérité 
les malheurs passés. Cependant , ce calme de quelque temps 
n’était que le présage de nouvelles luttes. L’évêque de Metz , 
en effet , n'avait point renoncé à ses prétentions. On a vu 
que les Spinaliens lui avaient fait connaître les conditions 
que leur dictait Pierre de Brezé et la réponse que leur avaient 
faite les lieutenants du prélat. Si les secours qu’ils annonçaient 
n’étaient point venus, si lui-même n’avait pas protesté ouver- 
tement contre l’occupation de la ville , c'est que les circons- 
tances ne l’avaient point permis. La puissante citée de Metz , 
capitale de son État , n’avail-elle pas été le point le plus 
important de cette guerre d’aventure tentée par Charles VII? 


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— 213 — 

N’avait-elle point reçu , quelques jours plus tard qu’Épinal 
(22 septembre) (1) , la sommation d’envoyer â Nancy des 
plénipotentiaires pour traiter avec le roi de France? On sait 
le courage des Messins qui , ayant à leur tête Jean de Witton , 
résistèrent, avec une armée inférieure, aux terribles bandes 
d’écorcheurs , on connaît les horreurs qui se commirent de part 
et d’autre, les représailles sanglantes dont usèrent assiégeants 
et assiégés. On se rappelle la capitulation glorieuse de cette 
ville, nœud de l’expédition, qui « se ruina, mais resta libre 
(2). » Nous n’avons point à étudier ici ce siège mémorable, 
autrement que pour constater que l’évéque Conrad n’avait point 
eu le temps ni les moyens de réclamer contre la prise d’Épinal. 
Il resta même assez longtemps après la campagne de Metz 
sans faire valoir ses droits. Ce ne fut que lorsque Charles VII 
eût quillé ses États, que la double expédition entreprise en 
Lorraine et en Allemagne fut terminée, qu’il éleva la voix. 
Appuyé par l’empereur et les princes allemands, qui avaient 
vu d’un fort mauvais œil l’expédition de 1444 et avaient 
presque forcé Charles VII à rendre toutes ses conquêtes , il 
entama alors les négociations. 

Vers la fin de l’année 1448, Conrad somma les Spinaliens 
de rentrer sous son obéissance, leur reprochant de s’ôtre 
donnés au roi de France. Le 10 décembre de cette année, 
un messager, porteur d’une lettre de l’évôque, se présenta 
aux portes et demanda à être introduit dans la ville. 
Conrad reproche aux habitants , en termes assez vifs , 
leur conduite passée et leur attitude présente. Il rappelle la 
longue autorité de ses prédécesseurs sur la châtellenie d’Épinal, 
prétend qu’elle n’a jamais dépendu que de l’église de Metz. 
Les coutumes accordées par les anciens évêques, qu’ils sont 
tenus de relire, chaque année, dans les plaids bannaux , 

(!) Vallet île Viri ville. liist. d« Charles VII. Tonne 5, pag. 42. — 
De Sauley et Ilttgucnin. Relation do siège de Metz. - Mathieu d’Escouchy. 
K dit du Presne de Bcaucourl. Tome 1. 

(2) Henri Martin. Tome 6, pag* 418. 


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• — 2U — 

prouvent suffisamment que leurs ancêtres Turent les sujets 
de l’église; les droits de seigneur qu’il y a exercés lui-même 
jusqu’à leur révolte, ne prouvent-ils pas assez la justesse de 
sa réclamation? Cependant, sans consulter et prévenir leur 
seigneur, ils se sont donnés, ils ont recouru à une autre 
justice qu’à la sienne, ils souffrent qu’un étranger perçoive 
des revenus qui appartiennent à l’Église, ils privent l'évêque 
de ses droits , de ses biens , de tout ce qu’il percevait légi- 
timement : tout cela au mépris des contrats passés, contre 
le droit, l’honneur et la raison, agissant ainsi en sujets 
révoltés et en vassaux félons. Jusqu’ici , il n’a pas voulu 
croire à leur désobéissance’, il a pensé qu’elle ne serait que 
passagère , que bientôt ils reconnaîtraient l'énormité de 
leur faute. Mais aujourd'hui, le doute n’est plus permis, 
aucune espérance ne lui reste , et il voit qu’ils persistent de 
plus en plus dans leur rébellion. Craignant que cette 
séparation ne soit invoquée comme un droit acquis, et 
devant conserver, avant tout, les biens qui lui ont été confiés 
sous le serment de l’épiscopat , il les somme de revenir à lui. 
Il est tout prêt à oublier leur égarement, mais s’ils persistent 
dans leur désobéissance , il poursuivra en justice et devant 
qui de droit sa souveraineté méconnue. Le messager Oger 
de Navery , chargé de porter cette lettre aux quatre gou- 
verneurs et de rapporter leur réponse , ne fut point par- 
faitement reçu par eux. S’étant présenté à l’une des portes 
de la ville , la porte du Grand-Moulin , l’entrée lui en fut 
refusée. Il dut se retirer chez un hôtelier voisin , en attendant 
que les Spinaliens, plus hospitaliers, veuillent bien lui 
permettre d’entrer. Il y était déjà depuis quelque temps, 
édifié probablement sur sa mission diplomatique, lorsque l’un 
des gouverneurs, Régnier dit Jehan Molot, vint à lui et lui 
demanda le sujet de son voyage ; celui-ci lui présenta ses 
lettres et le pria de provoquer une réponse des habitants. 
Elle ne se fit point longtemps attendre et peint admirablement 
le caractère de cette ville. « Nous avons reçu des lettres qu’on 
» nous a dit venir de vous , très-cher père en Dieu , mais 


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• nous ne pouvons penser que vous ayez commis une' folie 
» telle qne de réclamer Épinal ; aussi nous avons considéré 
» ces lettres commefausses et n'en avons tenu aucun compte ». 
C’était une singulière réponse à porter à l’évôque qui se tenait 
à Rambervillers , attendant, avec impatience, l’issue de sa 
mission. Aussi fut-il très -irrité en recevant cette réponse 
cavalière, et décida de poursuivre la restitution de la ville 
par tous les moyens qui seraient en son pouvoir. Les Spi- 
naliens, de leur côté, en présence d’un danger nouveau, se 
mirent sur la défensive. Après avoir renvoyé le messager de 
l’évéque , ils écrivent à Charles VII pour s’assurer de 6a pro- 
tection ; celui-ci leur répond qu’ils ne craignent rien , que 
son intention n’est nullement de les abandonner, qu’il les 
soutiendra comme sujets dévoués. Les envoyés de la ville se 
rencontrèrent à la cour du Roi avec les messagers de l’évêque 
de Metz. Car, lui aussi s’était adressé à Charles VII. Au mois 
de juin 1449, Henri Bayer de Boppart, son neveu, Jean 
Noire , abbé de Saint-Clément-de-Metz , allèrent trouver 
le Roi à Razilly (1). Ils lui exposèrent les griefs de l’é- 
vêque , les droits qu’il avait ou prétendait avoir sur la 
châtellenie. Ils produisirent les preuves que cette ville avait 
été fondée par un évêque de Metz, des extraits des car- 
tulaires de saint Vincent et de la chronique de saint Simpho- 
rien de Metz, relatifs aux vies des évêques Thierri I* r et 
Adalberon ; tout fut inutile (9). Épinal était tout ce que 
Charles VII avait pu conserver de sa campagne dans l’État 
de Metz, et il n’était point disposé à abandonner cette dernière 
épave d’une guerre qui lui avait coûté de réels sacrifices. 
Il fallait cependant ménager le puissant évêque de Metz qui, 
outre les appuis nombreux qu’il comptait en 'Lorraine et en 


(I) Il s’agit ici de Itasilly, près des roches Trsnclielion , entre Avon 
«t Saint-Espain (Indre— et-Loirc) , où Charles Vil se trouvait pendant les 
(Dois de join et joillel 1449 — Voir : Vallet de Virivjlle. Tome 5, pag. ISS, 
note 3. 

(2/ Voir l’un de ces extraits aux pièces juslificsüves. 


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— 216 — 


France , élait ouvertement soutenu par ses neveux , par 
les comtes de Salm , par tous les petits princes allemands, 
par l’empereur enfin, qui voyait dans l’occupation française 
un attentat à sa puissance. Le Roi ne refusa donc point 
positivement de rendre sa conquête, mais il ne la rendit pas. 
Il donna audience aux envoyés de Conrad, les assura de 
toute sa bienveillance , de tout son désir d’être agréable à 
leur maître, puis provoqua un arrangement destiné à satis- 
faire aux réclamations de l’évêque, tout en conservant Epinal. 
Il fut encouragé par la présence des envoyés de la ville, 
Guillaume de Lasalle, gouverneur, Jean Toyau, receveur, 
et Lorens Evrard; qui étaient venus lui exposer de nouveau 
la misère des Spinaliens et leur besoin de secours. 

Il fut convenu que Conrad ou ses représentants mettraient 
entre les mains du Roi toutes les preuves des droits qn’il 
prétendait avoir sur la châtellenie d’Epinal ; que, de leur côté, 
les Spinaliens fourniraient les preuves qu’ils n’appartenaient 
point à l’évêque. Toutes les pièces du débat devaient être 
produites avant le jour de la Purification (2 février 1450). 
Pendant ce temps, toutes voies de fait devaient cesser, toutes 
poursuites ù main armée étaient formellement interdites. De 
deux maux il faut choisir le moindre et l’évêque accepta 
la discussion. Il ratifia l’accord passé entre ses représentants 
et le Roi de France. Les envoyés de la ville rapportèrent la 
nouvelle de la convention , en même temps qu'une lettre 
du Roi qui les assurait de nouveau de sa protection, et 
leur recommandait de chercher attentivement tout ce qui 
pourrait servir â leur défense contre les prétentions de 
Conrad (1). On put penser un instant que la querelle élait 
terminée et que le débat allait être clos. Il ne- faisait, hélas! 
que de commencer. Sait-on jamais quand se terminent 
les événements à celte époque, où tout est encore chaos, 
où le caprice remplace le droit, où il y a autant de lois 
que de volontés; les Iraités, les conventions , les paix et les 

(1) Voir pibcci jnitiGcitive» 


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— 217 — 


trêves, tout cela n'est-il pas soumis au caprice? Dans ce 
quinzième siècle, où Ton n’a plus le respect de la force 
comme en plein moyen-âge, où Ton n’a*pas encore la sanction 
du droit, comme aux temps modernes, qui peut prévoir 
le commencement ou l’issue d’un événement? L’évêque s’était 
d’autant plus volontiers soumis au jugement du Roi qu’il 
était bien décidé à ne point accomplir la convention passée. 
Conrad, en effet, n’ignorait point les embarras de Charles VII, 
à celle époque môme de l’année 1449 , où , après un moment 
de paix avec l’Angleterre, il reprenait, avec plus de vigueur 
que jamais, la lutte qui devait se terminer par la bataille de 
Formigny, la délivrance de la Normandie, la prise de Calais, 
celle de Bordeaux, la délivrance de la Guyenne et l’expulsion 
complète des Anglais du territoire. Il savait les difficultés de 
toutes sortes qui attendaient le Roi. Ses adversaires avaient pour 
soutiens les représentants de la France, les baillis de Chau- 
mont, deTroyes, de Sens, de Vitry. Lui, d’origine allemande, 
dépendant spirituellement de l’archevêque de Trêves, avait 
pour alliés tous les princes d'Allemagne , le marquis de Bade, 
son parent, Henri et Jean Bayer de Boppart, les princes 
deSalm, Frédéric III, administrateur du Palatinat, l’empe- 
reur dont il relevait, le pape lui-même dont il était l’élu. 
Aussi n’eut-il aucun scrupule de violer le plus ouvertement 
du monde la convention conclue à Razilly. Ses soldats, ses 
partisans, des troupes de gens soudoyés par lui, harcèlent 
les habitants d’Epinal, pillent leurs terres, viennent jusque 
sous les murs de la ville enlever le bétail et les récoltes et 
commettent, au nom des droits de Conrad , toutes les horreurs 
du pillage. Les Spinaliens , quelque fortes que fussent leurs 
murailles, quelque robuste que fût leur courage, ne pou- 
vaient cependant résister à la ruse, à la misère, à la famine, 
rudes auxiliaires qu’on avait su- tourner contre eux. Vers la 
fin de cette même année , le désespoir était au comble. Non- 
seulement Conrad avait violé la convention , mais il avait 
porté la cause devant une autre juridiction ; la cour de Rome 
était saisie de l’affaire d’Épinal. Il avait jeté lui-même l’in- 


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— 218 — 


tordit sur la ville , obtenu des citations contre les habitants 
et les menaçait de l’excommunication. Aux extrémités maté- 
rielles auxquelles il s’était livré , il joignait maintenant les 
rigueurs spirituelles. D'une part, la lamine et la dévastation, 
de l’autre , l’interdit et l'excommunication. Devant tant de 
malheurs réunis , les Spinaliens avaient besoin de se sentir 
soutenus pour ne pas perdre courage. Au mois de novembre, 
le roi Charles Vil se trouvait à Rouen dont il venait de 
s'emparer. Une députation des habitants traversa toute la 
France pour aller à lui , exposer la situation et le prier de 
rappeler l’évéque à l’exécution des traités. C’était un certain 
Jean Cunel, prêtre, qui fut chargé de cette mission. Il se 
rendit à la Cour, porteur des preuves qu'ils avaient amassées 
pour défendre leurs droits. Ce documeut nous est resté; c’est 
un long réquisitoire contre la conduite de Conrad, qu’il ne 
sera peut-être pas sans intérêt de rapporter ici ; 

Pour remonstrer au Roy et Messeigneurs de son grand 
Conseil que, à bon et juste titre, les chastels ville ban et 
finaige d'Espinal appartiennent au dit seigneur et que l’evesqoe 
de Metz n’a cause ne raison de requérir au dit seigneur iceulx 
chastel, ville, ban et finaige lui estre baillées et délivrées 
comme à lui appartenant, si comme il dit, lequel n’y a aucun 
droict mais en doit le dit seigneur joir et avoir cause, les 
capitaines se sont rendus en son obéissance dient les bourgeois 
et habitants d’icelle ville pour advertir les dits seigneurs des 
causes moyens et raisons que s'ensuivent : 

Premièrement. — Est vray que tantost après que le dit 
evesque de Metz fut receu evesque du dit lieu de Metz, 
il se transporta en la dicte ville d'Espinal et remonstra aux 
habitants d'icelle ville qu'il n’avoit aucune résidence en 
icelle ville qui feust sienne et que, quand il y venoit, lui 
convenoit aller à la taverne ou aucune aultre maison des 
bourgeois. Et pour ce leur dit que une petite mason que 
avoient le6 dits habitants, laquelle ne leur portoit aucun 
proffict mais leur coustoit moult à garder, que leur plaisir 
feust lui donner icelle petite mason c’est assavoir le chaste! 


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— 219 - 


du dil lieu. Et par ce, serait hors de danger et on cas que 
ensi le ferait, se mestier avoit de franchises et privilèges plus 
qu’ils avoient ou ils aient , il se y consenteroit tellement que 
eulx et leurs successeurs en valdroient et seraient mieulx ; leur . 
permettant en oultre que sc ainsi le fesoient, ilz, après son 
trespas , auraient le dit chastel , confessant icelle chastel estre 
leur et de ce leur en ferait et baillerait bonne lettre et s’y 
l’édiûeroit qu’asprèz tournerait au profit de la dicte ville par 
ce que, comme dict est, icelle chastel retournerait aus dits 
bourgeois aprez son trespas. 

Item. Le dil evesque veant que les dits bourgeois n'esloient 
pas contents de ce faire enserra iceulx bourgeois en une 
chambre fermée a verreul c’est à savoir les principaulx de 
la dicte ville, et mist garde sur eulx tellement qu’ilz n’en 
pouvoient yssyr disant que ilz lui accorderaient et bailleraient 
le dit chastel et flst sonner la grosse cloche de la ville pour 
assembler tout le commun peuple et habitants de la dite 
ville , et le dit peuple assemblé en l’ostel de la dite ville à 
l’occasion du son de la cloche, le dit evesque fist a icelle 
peuple semblables requestes que dessus est dit , lequel 
demanda ou estoit lors bourgeois et le dit evesque leur dit 
que les dicts bourgeois estoient en ung ostel et avoient 
consenti sa dicte requeste laquelle il demandoitau dit peuple 
pareille et que ainsi le voulsissent octroyé. Et lors respondit 
l'un du dit peuple nommé Jehan Pescheur ces paroles 
« Monseigneur vous ne l'aurez poinct » et le dit evesque 
a donc lui dit ces mots « Ne suis-je pas vostre Seigneur? » 

A quoi tout le peuple respondit : < Monseigneur vous estes 
Seigneur comme les aultres évêques de Metz vos prédécesseurs 
mais on chastel n'avez vous rien ne aurez rien. » Et autant 
se départy la dicte assemblée et rencontrèrent les bourgeois 
qui s’en estoient yssys du lieu ou ils avoient esté détenus. 
Et disrent au dit peuple qu'il rencontrait que il s’en estoient 
yssys ne savoient comment du lieu ou le dict evesque les avoit 
faist mettre et détenir et ils tenoicnt que ce avoit esté 
chose miraculeuse. 

Item. Et au contempt des susdictes réponses ainsi faictes 


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par les dicts bourgeois et aussi par les commis de la dicte 
ville au ditevesque, icelle evesque fist dire et sonner parmy 
la ville que l’Empereur d’Allemaigne venoit en l’éveschié de 
Metz et qu’il seroit en la dicte ville d’Espinal et que l’on fist 
graves provisions pour sa venue et que les habitans les 
vendroient tellement que ils seroient a tousjours riches. Et 
fist signer les masons de la ville par manière de fourrière 
pour loger les gens du dict Empereur et demourèrent ensi 
signées l’espace de VIH jours, pendant lesquels plusieurs des 
autres de la dicte ville raconstèrent que c’estoit une fiction de 
traison ou mauvaiseté pour perdre toute la dicte ville. Et pour 
que ce soit vray, la course que le dict evesque ou ses facteurs 
faisoient faire en la ville de Besançon en façon de commerce 
de preuve pour icelle contrefaire, ne peult estre sou Idée que 
sur ce dernier marché par quoi la dicte fiction et traison et 
mauvaiseté ne peult estre accompli pendant les dicts Mil 
jours et fust congnue la dicte traison. 

Item. Et quant le dict evesque vit qu’il avoit à ce failly, 
fist prendre en la ville de Nomeny trois des bourgeois de la 
dicte ville d’Espinal, l’un nommé Baudenot Diron, Colin 
Estienne et l’autre nommé Huet — lesquels il fist mener à 
Vy et illec les emprisonna séparément en fers et ceps , les 
rançonna à la somme de XVIII e . florins d’or. 

Item . Ce voians les dicts prisonniers que le dict evesque 
les avoit ainsi prins et rançonnez sans cause raisonnable 
quelconques sinon à l’occasion et refus .du dict chaste! , les 
dicts habitans le firent adjourner et convenir par devers 
Nostre Sainct-père le Pape en lui demandant qu*il leur 
voulist restituer les sommes a quoy il avoit rançonné les 
dessus dicts bourgeois de la dicte ville d’Espinal, remontrant 
aussi les mauvaisetés qu’il leur avoit cuidé faire de contrefaire 
ung Empereur comme contenu est ès articles et parties 
dessus dictes ; et les parties oyes le dit evesque fut condempné 
en la dicte cour de Romo a restituer aus dicts bourgeois la 
rançon tant d’or, argent et interestz qu’il avoit exigé et pris 
sur eulx comme en sera monstre par lettre de la dicte sentence. 

Item. Depuis la dicte sentence donnée en la dicte cour de 


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- m — 

Rome à l'encontre du dict evesque, les dits habitons d’Espinal 
ne peuvent avoir paix ne amour avec icellui evesque, et 
tellement que voiant, feu Monseigneur Charles, lors duc de 
Lorraine, les descors entre les dits habitans d’Espinal et le 
dict evesque, icellui Monseigneur Charles leur requist qu’ils 
se voulissent mestre en sa garde et ils les garderoit contre tous 
et envers tous. 

Et pour les a ce accorder, leur détint les vivres tellement 
qu’il n'en veint ou envoierent aucun en la dicte ville et 
furent par l'espace de XXVI sepmaines sans qu’il vint aucun 
vivre en icelle ville, par quoy les dits habitans alèrent devers 
le dict evesque lui priant qu’il leur voulsisl aidier et con- 
seiller à l'encontre du dict Charles de Lorraine. À laquelle 
requeste leur fust respondu par le dict evesque qu'il feroit tous 
devoirs de résister à l'encontre du dict Monseigneur Charles ; 
et de fait, se transporta le dict evesque vers la ville d'Ëspinal 
accompagné de CXII personnes ou environ, armées, disant 
qu'il estoit nécessité de mectrc hors la pluspart de toutes 
gens de traiz et autres gens de fait qui se pourroient faire 
en la dicte ville d'Ëspinal, pour aller quérir des vivres et 
courir sus et ruer sur les gens du dict Monseigneur Charles 
de Lorraine qui se tenoient sur les chemins affin qu'il ne 
vinssent aucuns vivres en la dicte ville d’Espinal. 

Item respondirent les dicls habitants au dict evesque de 
Metz qu'ils estoient bien contants d’aler quérir les dicts vivres 
et courrir sur les dics gens du dict Monseigneur Charles qui se 
tenoient sur les dits chemins de la dite ville d'Ëspinal, par 
ainsi que les cent et XII hommes armés que le dit evesque 
avait amenés avecques lui en la dicte ville ÿroient ensemble 
avec ceulx de la dicte ville, veu et considéré que l’armée 
que on faisoit estoit conclute d'aller de nuyt. 

Item que le dit temps pendant, plusieurs des amis de la 
dicte ville d’Espinal vindrent de toutes parts , jour et nuit 
disant et affirmant qu'ilz avoient trouvez ez bois emprez 
demie lieue d'Ëspinal tant au bois de Failleux comme d’autre 
costé toutes gens d'armes lesquelz ils congnoissoient vérita- 


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btement que s’estoient des parens et amis du dict evesque et 
non pas des gens du dit Charles de Lorraine qui tenoient les 
vivres sur les dicts chemins d'Bspinal 

Item, environ neuf heures de nuyt, vindrent plusieurs mes- 
sagiers du dict evesque de Metz, de par les gens d’armes qui 
esloient esdits bois en embûche vers la dicte ville d’Bspinal et 
se transportaient devers le lict evesque demandant nouvelles 
qu’il estoit de faire et que les gens d’armes qui estaient 
en embûche estaient bien merveillez de lui et de tous ses 
messagiers qu’ils avoient envoyez envers luy, la nuyt durant. 

Item voyant les dicts habitans les nouvelles que l’en leur 
faisoit assavoir la nuyt durant que s’il faisoient aler les cran* 
quiniers , et gens de deffense que le dit evesque requeroit et 
aler dehors , et que le dict evesque ne se vouloit aucunement 
consentir que ses gens d’armes qu’il avoit en la dicte ville , 
accompagnissent les dicts habitans de qui fauldroient de la 
dicte ville, oyes les nouvelles queplusieurs messagiers aportoient 
au dict evesque la dict nuyct, conclurent ensemble les dicts 
habitans qu’ils ne sorliroient point hors de leur dicte ville 
et, veu les cent et XII hommes armés que le dict evesque 
avoit avec lui lesquels ne vouloient partir de la dicte ville ; 
dont le dict evesque fust très mal content et des nouvelles 
que l’en avoit fait assavoir auz dicts habitans et que la mau~ 
vaiseté du dict evesque fut congnue; et s'en vouloit partir la 
dicte nuyt que ses dicts gens d’armes estaient esdits embuscbes. 
Dont les dicts habitans ne le vouldrent souffrir, faignant 
qu’ilz ne savoienl rien des dicts embusches et disant au dict 
evesque de Metz qu’ils le garderoient seurement la dicte nuyt, 
et le lendemain au matin s’en partit de la dicte ville. 

Item incontinant le dict evesque de Metz se transporta 
devers le dict Charles , duc de Lorraine priant qu’il detenist 
les vivres plus fors qu’il n’avoit fait par l’espace XXVI 
sepmaines, de recbief les voulsist encores détenir les dicts 
vivres l’espace de vi sepmaines après ensuivant ce que le 
dict Charles les avait detenu XXVI sepmaines. 

Item considérant les dicts habitans la malveillance qne le 


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— 323 — 

dict evesqoe avoit envers eulx et qui leur faisoit détenir les 
dicts vivres comme dicta est, furent contraints tous les dicta 
habitons de la dicte ville d’Espinal d’eulx soubzmectre en la 
saulvegarde du dict duc de Lorraine parmy lui paiant certaine 
somme de grains et de deniers par chacun an et, avec ce 
aussi , que le dict duc de Lorraine povoit entrer en la dicte 
ville d’Espinal touteffois et quanteffois que bon lui sembleroit, 
laquelle garde dura la vie durant du dict duc de Lorraine 
et h son trespassement en fist rendre aus dicts habitans toutes 
lectres obligatoires qu’il avoit à l’encontre de ceulx de la dicte 
ville d’Espinal, par ce que les dicts habitants lui avoient fait 
plusieurs plaisirs, sa vie durant, desquels il estoit bien recors 
et pour ce les quiétoit de la dicte garde et des services en quoy 
ils estoienl obligiez par les tors , griefs et oppressions que le 
dict evesque (de Metz) leur avoit fait , dont ils avoient esté 
contraint d'eulx soubzmectre en la garde du dict duc. Bu 
laquelle garde et soubzmicion les dits habitans se povoient 
soubzmectre par les anciens privilléges et franchises que les 
dicts habitans ont de tous temps, comme il appert par les dicts 
privilléges. 

Item affermant le dit evesque que les dicts habitans ne se 
pouvoient aucunement soubzmettre en la protection et sauve- 
garde des seigneurs quelconques, icellui evesque fist adjourner 
les dicts habitants devant l'Empereur pensant que jamais ilz 
ne si comparroient, ne procureurs de par eulx, ausquelz 
adjournemenl, considérant les torts et oppressions que le dict 
evesque leur avoit fait dont il estoit condempnez en court de 
Rome, comme dit est, et que aucunement ilz n’avoient esté 
restituez de la dicte condempnacion et que nullement, ne 
povoient avoir accord avec lui sinon qu’il n’eust le dict 
chastel, envoyèrent les dicts habitans vers le dict Empereur eulx 
comparons par procureur de la dicte ville, c’est assavoir 
Messire Demenge Gadol etMessire Pierre Colin, prebtres, avec 
ung nommé Ricbart Mericheau et furent en une cité qui 
s’appelle La Couronne on pais de Hongrie auquel lieu le dict ' 
Empereur estoit et se présentèrent personnellement les pro- 


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— 224 — 


cureurs de la dicte ville d’Espinal à l’encontre du dict evesque 
de Metz ou de ses procureurs, lequel evesque ni aucuns de 
ses procureurs ne se comparurent aucunement et sur ce 
obtindrent les dicls habitons d’Espinal deffaull à l’encontre 
de lui comme il appert par lettre du dict Empereur. 

Item, en continuant le dit evesque ez persécutions, tors et 
griefs que, sans cause il faisoit aux habitons d’Espinal sans 
aucunement cesser, les faisoit courir et piller par ses subjects, 
prendre leurs corps, biens et bétail , les amenoient en ses sub- 
gections , rançonnoient les prisonniers sauf à iceulx nommer 
et declerer a plain en temps et en lieux, quant meslier sera 
et par plusieurs autres tant par Jehan Mengin de Versay, 
Pierre Legaulde et plusieurs aultres de ses gens , routiers et 
soudoiers, desquels dommaiges et extorcions les dits habitons 
n’eurent jamais aucune restitution et continuellement leur a 
fait guerre l’espace de XXXV ans ou environ depuis qu’il 
fut evesque jusques à ce qu’ils ont esté en l’obeissance du Roy. 

Item et durant que le dict evesque faisoit ainsi guerre aux 
dicts habitons par ses gens et subgets fit entendre ausdits 
habitants d’Espinal qu’il vouloit aler ou envoyer à l’armée 
que pour le temps se faisoit sur les Pragois v Housses et 
herretiques contre la foy , prioit aux dits habitons qu’ils loi 
voulsissent prester la somme de CCCG florins de Rio pour les 
employer à l’encontre des dits Housses et ou cas qu’il n’y 
yrroil en propre personne, promectoit de rendre aux 
dits habitants les dicts CCCC florins du Rio , laquelle 
somme les dicts habitants d’Espinal lui baillèrent contant par 
ainsi que il yroit à la ditte armée en propre personne, à 
laquelle armée le dict evesque n'y entra oneques ne aussi 
n’a rendu ne restitué les dicts CCCC florins ainsi que promist 
leur avoit. 

Item, pendant le dict temps durant le dict evesque de Metz 
fist courir devant la dicte ville d’Espinal, par plusieurs de ses 
hommes et subgetz, fist prendre plusieurs beufz et autres 
bestes à cornes , icelles emmenèrent en son chastel de Moyen; 
voyant plusieurs gentilzhommes des pais de Bourgogne et 


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— 885 — 


de Lorraine et d’AUemaigne que le dict evesque guerroyoit 
ainsi ceulx de la dicte ville d’Espinal , et que ainsi estoient 
habandonnez depuis le trespassement du dict duc de Lorraine, 
courraient sur les dicls habitans d’Espinal, leur prenoient 
par chacun jour les corps des hommes, femmes, enfanset 
biens et leur bestail comme a gens habandonnez, les ran- 
çonnoient, batoient et pilloient sans autre pitié quelzconques 
d'eulx et sans ce que les dicts habitants feussent aucunement 
tenuz à eulx ni qu’ilz eussent occasion de faire iceulx griefz, 
soumelans les dicts habitans à l’encontre de tous ceulx qui 
ainsy les pilloient et couraient sus , sans cause d'en venir à 
droit à toute cour ou seigneurie, à quoy les dicts habitants 
ne iaire povoient estre oys ne receus en cas de raison et 
justice. 

Item consequantment le dit evesque et plusieurs autres à 
sa requeste, déifièrent les habitans de la dicte ville d’Espinal 
et tellement qu’il les vint assiéger nuytamment et lit lever un 
chastel de bois sur une montaigne qui s’appelle Peine perdue , 
fist tirer de ses bombardes et canons dedenz la dite ville 
d’Espinal demandant le chastel de la dite ville, auquel siège 
les dits habitans, à l’aide de Dieu , résistèrent tellement qu’il 
convint qu’il s'en partit, par ainsi que, a sa requeste, les 
habitans de la dite ville aloient seurement vers lui souhz les 
suretez de messire Jehan Lois , chevalier du pais de Lorraine 
et de Guerard de Pasenolhe, bailli de Vaudémont, disant que 
paix estoit entre les parties par ainsi que le dit evesque de 
Metz demoureroit en sa seigneurie comme ses prédécesseurs 
de Metz avoient esté le temps passé et les habitans de la dite 
ville d’Espinal demoureroient en leur seigneurie, franchises, 
liberté, couslumes et anciens usaiges comme leurs prédéces- 
seurs avoient esté de tout temps; et s’en départit le dit evesque 
par la contrainte des grandes eaues et pluies qui faisoient 
depuis le jour qu’il mist le siège devant la dite ville d’Espinal 
josques à ce qu’il s’en fut alé, dont les eaues furent si grandes 
que la ripvière de Moselle fut tellement derrivée que tous les 
biens du pais en furent menez aval la dite rivièl'e, parquoy le 


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-aîe- 


dit evesque eult plusieurs mauldissous des bonnes femmes 
qui avoient perdu leur bien durant le temps que le siège y fut. 

Item cuidoient les dits habitans d’Espinal avoir bonne paix 
et accord au dict evesque de Metz et qu’il leur aiderait et 
conforterait envers tous et pareillement les dits habitans envers 
lui ; et plusieurs gens de guerre firent guerre aux dits habitans 
et prirent plusieurs, avec corps d’hommes, lesquels Us empri- 
sonnèrent, rançonnèrent et en tuèrent aucuns et telléhoent 
que les dits habitans alèrent a secours envers le dit evesque 
lui priant ainsi comme ils avoienteu appoinctement ensemble an 
département du dit siège, qu’il leur aiderait et conforterait 
envers tous, qu’il lui pleust à eulx aider à l’encontre de 
ceulx qui, sans cause, a tiltre quelconque prenoient, tuoient 
et rançonnoienl les dits habitons d’Espinal ; à laquelle 
prière et requeste faicte par lesdits habitants au dit evesque 
de Metz, icellui evesque leur respondit que se ilz ne lui soubz- 
mcltoient subgetz le chastcl et ville d’Espinal comme ses oilles 
de son eveschié de Metz , ne leur aiderait aucunement. 

Item voianl les dits habitans que le dit evesque de Metz 
ne leur tenoit promesse qu’il leur list, envoyèrent devers 
Jehan, bastort de Vergy, seigneur de Seillc, priant que il 
voulsisl estre leur aidant et pencionnaire à l'encontre de ceulx 
qui ainsi leur faisoient guerre et ilz loy bailleraient, chascun 
an, tout comme il leur aiderait, conforterait et soustendroit, 
la somme de cent florins d'or au rachat de trois cens florins 
d’or à laquelle requeste le dit bastord se consentit et fit tant 
que par son moicn ilz eurent acord avec ceulx qui ainsy leur 
faisoient la guerre. 

Item depuis le dit temps de XII ans, le dit evesqueenvoya gens 
a l’entour de la dite ville d'Espinal et fit abatre gros bois et 
barrer et empescher chemins à grosses pierres k barrer afin 
que nulz n’amenast vivres à la dite ville d’Espinal et y ündrent 
plusieurs de ses gens d’armes par plusieurs espaces de temps 
et tellement que nul n'osast envoyer nulz vivres k ladite ville et 
ceulx qui esloient trouvez par les gens d’armes dudit evesque 
amenant vivres k la dite ville estoient prains et destroussez. 


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— 227 — 

battus el très vilainement traictiez, et tellement y tenoientles 
gens d’armes dudit evesque de Metz et ses gens qu’ils n’y venoient 
certes nulz vivres, par quoy les dits habitans furent contrains 
par deffense de vivres, de yssir hors de la dite ville et desbarrer 
les dits chemins et tellement en tirent que les vivres vindrent 
à la dicte ville par le moien de ce qo’.'lz sc misrent en la 
garde de la duchesse de Lorraine. 

Item et finnemenl le dit cveSque fit faire grans apparil- 
lement de bois el vivres et artillerie disant que, de rechief 
metro.t le siège devant la dite ville d’Espinal s’il n'avoit le 
chastel ainsi comme il avoit autres fois demandé et par les 
menaces et doubles que le dit evesque faisoit aux dits 
habitans d’Espinal se midrent en la garde du comte de Vaul- 
demont moiennant certaine somme de deniers par ainsv ce 
que le dict comte de Vauldémont se informa du bon droit oue 
les dits habitans avoient à l’encontre du dit evesque de Metz 
et lui notiffia qu’il voulsist laisser les dits habitans en paix 
et en leur franchises et privilèges ou sinon le dit comte de 
Vaudémont soustiendroit les dits habitans en leur bon droict 
et les conforteroit de tout son povoir; er. laquelle garde les 
dits habitants estoient contrains d’euli soubzmectre pour les 
oppressions qu’il leur faisoit. 

Item advint que ung compaignon d’armes nommé Régnault 
tua ung des manans el habitans de la dite ville d’Espinal nom- 
mé Régnai. ItPescheur, emmy de ladite ville, lequel Régnault 
senfuist vers le dit evesque de Metz et fist guerre ieellui 
Régnault à a dite ville d’Espinal , et entrans le dit Régnault 
et ses complices par chacun jour hors des places et villes 
du dict evesque de Metz comme ses serviteurs, pour quoy 
est chose évidente et notoire a tous que le dit evesque faisoit 
grief et tort aux dicts habitans , veu qu’ils congnoissoit et 
S.,™, vériliiblement „„e " m Rc’„a,m a.L « el 
murdrj le dict Régnault Pescheur, habitant delà dicte ville 
et ce considéré, qui ne fait justice et soustient tel murdrier 
à I encontre des dits habitans, ont bien occasion d’eulx 


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— 338 — 


soubzmetlre cl donner an Roy qui fait faire justice à tous 
ceux qui l’cn requiert (1). 

Charles VU reçut parfaitement les envoyés de la ville; il 
leur promit que leurs griefs seraient sérieusement examinés 
et les félicita de la diligence qu’ils avaient mise à les exposer. 
Le 12 février suivant (2) , il les assura , de nouveau de sa pro- 
tection et du soin qu’il mettrait à les secourir. En même temps, 
il demandait au pape Nicolas V la levée de l’interdit jeté par 
l'évêque sur la châtellenie, il provoquait de Conrad des expli- 
cations sur sa conduite, le sommait d’exécuter la convention 
intervenue et envoyait des mandataires, Jean d'Estouteville, 
seigneur de Torcy , maître des arbalétriers de France, le bailly 
de Chaumont et Jean de Saint-Romain , pour examiner de 
nouveau la question et passer une nouvelle convention. Tout 
en blâmant l’évêque , Charles VII remettait toujours le pro- 
noncé de son jugement. Si du côté de Conrad il y avait des 
torts graves, des actes inqualifiables, du côté du Roi, il y avait 
une hésitation qui rappelle le petit roi de Bourges. Désireux de 
conserver sa conquête , il fut toujours retenu par la peur de dé- 
plaire au pape , il n’osa jamais répondre qu’il tenait Rpinal par 
droit du plus fort et qu'il ne le rendrait que devant la force. 
Il craignait les princes allemands, l'empereur devant lequel 
il avait dû abandonner la Lorraine. Enfin les résolutions nettes 
et radicales ne furent jamais son fait. Après plusieurs enquêtes 
des envoyés du Roi sur les courses et les ravages commis par 
les gens et les amis de l'évêque, une nouvelle convention 
fut signée à Nancy, le 17 février 1450, par l'intermédiaire 
du duc de Calabre, entre Jean d'Estouteville et l’évêque. 

11 fut stipulé : 

Que, du côté du Roi, on donnerait, par écrit, à Jean 
d’Estouteville , les demandes et conclusions que Charles ¥11 


(1) Orig. Arcbiv. delà Meurjbe. Trdeor de Lorraine. Ujr. Epinil |. K'ft. 

(2) Voir pièce* jiulificalive*. 


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— 229 — 

entendait poser contre l'évêque au sujet de l’interdit et des 
courses de celui-ci; 

Que le double de ces conclusions serait donné à Conrad 
qui pourrit produire sa justification avant le 8 mars suivant; 

Que toutes enquêtes et conclusions seraient échangées entre 
les parties , les noms et prénoms des témoins indiqués , les 
lettres et titres copiés ; 

Que Conrad serait tenu de faire emprisonner les gens de 
ses seigneuries qui seraient trouvés coupables de pillage, et 
que leurs personnes et leurs biens seraient confisqués jusqu’à 
ce qu'ils eussent donné réparation ou aient obtenu la grâce 
du Roi ; 

Que l’évéque se soumettrait au jugement de Charles VII , 
qu’il comparaîtrait en personne devant lui , quelque part qu’il 
se trouvât, ou y enverrait des procureurs fondés, le I* 1 2 août 
suivant , pour entendre la sentence ; 

Qu’au cas où l’évéque ou ses procureurs ne comparaîtraient 
pas devant le Roi au jour fixé, Jean Bayer, archidiacre de 
Trêves et de Metz, Henri et Rodolfî Bayer, chevaliers, 
tous trois frères, neveux de Conrad, s’engageaient, par ser- 
ment, à se rendre prisonniers six semaines après la sentence, 
et qu’ils ne pourraient être délivrés que sur l’ordre de 
Charles VII ou par la comparution de l’évêque lui-méme; 

Que , si le Roi ne donnait point sa sentence , trois mois 
après la comparution de l’évéque ou de ses représentants, 
ils pourraient s’en retourner sans être soumis à la clause 
précédente ; 

Toutes voies de fait devaient cesser jusqu’au prononcé du 
jugement (1). 

Conrad confirma ce traité le jour même où il avait été 
passé, par un engagement formel de lui et de ses neveux (2). 
Charles VII le confirma le 4 mars suivant. Mais, pas plus 
que celle qui l’avait précédée, cette convention ne devait 


(1) Pièces justificatives. 

(2) Ibidem. 


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— 230 — 


être de longue durée. Le Roi savait parfaitement ce que 
valait le serment de l’évêque et ne cherchait qu’à reculer 
la solution de la difficulté. Conrad , de son côté n’avait 
adhéré si facilement aux conditions onéreuses qu’on lui ion 
posait que parce qu’il était bien décidé à ne les exécuter 
qu’imparfaitement II recommencerait ses vexations contre la 
malheureuse ville et l’amènerait à rentrer en sa puissance; 
c’était là sa pensée. Quelques semaines après le départ des 
envoyés du Roi, ne trouvant plus dans ses états, dans ses 
partisans ordinaires, des aides suffisants pour harceler Epinal, il 
s’adressa à des princes étrangers, au marquis de Bade, au 
comte de Blamont, au seigneur de Richecourt, aux princes 
de Salm, etc. Il faisait passer sur leurs terres les bandes 
de pillards et de routiers que lui fournissait l’Allemagne. 
Il alla si loin que Charles VII, sur les plaintes des habitants 
d’Epinal, dut écrire à ces seigneurs de ne point laisser 
passer les bandes armées de Conrad. Il avait aussi une autre 
arme dont il attendait l’efTet. Une première fois, il avait 
jeté l’interdit sur la ville, mais ses efforts avaient été paralysés 
par le Roi. Il venait de représenter de nouveau la cause au 
Saint-Siège, il serait peut-être plus heureux. C’est dans ce 
but qu’il avait envoyé à Rome l’un de ses représentants, et 
qu’il avait provoqué la venue d’un auditeur de rote. La chose 
arriva comme il l’avait prévu ; les bourgeois n’ayant pas écouté 
ses demandes, une excommunication (12 juin 1450) fut lancée 
contre eux. A cette nouvelle, les Spinaliens résolurent d’aller 
trouver le Roi. Il était alors en Normandie où il poursuivait 
vigoureusement la campagne qui devait enfin mettre un terme 
à l’occupation anglaise ; il venait de lui porter le dernier coup, 
à la fameuse bataille de Formigny , et assiégeait en ce moment 
la ville de Caen. Ce fut sous les murs de cette cité, à l’abbaye 
de la Trinité, où se tenait Charles Vil pendant le siège, 
que Guillaume de Lasalle, gouverneur, JeanThiriet, receveur, 
et quelques autres envoyés d’Epinal, arrivèrent au milieu 
de juin. Ils exposèrent de nouveau à Charles VII la misère 
toujours’eroissantede sa conquête, les vexations continuelles 


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— 231 — 

de Conrad-, enfin l’excommunication qui venait d’ôlre lancée 
contre eux. Le Roi rassura les envoyés, leur promit aide et 
protection et, par une lettre du 29 juin 1430, fit savoir 
anx bourgeois qu'il allait écrire à l’évéque et au pape. « Et 
» tenons que nos dites lettres receues par nostre dit Saint- 
* Père, il y donnera telle provision que le dit evesque cessera 
> de plus vous donner telles vexations (1). » L'excommuni- 
cation fut en effet levée au mois de septembre suivant (2) , 
et Conrad voyant encore une fois que les foudres appelées par 
lui sur Epinal ne produisaient aucun effet, se résigna à em- 
ployer d’autres moyens, fl fit écrire au Roi par Frédéric III, 
administrateur du Palatinat, et par Jean de Sirck, son oncle , 
archevêque de Trêves. Ils le priaient de rendre Epinal. 
Frédéric lui reprocha de retenir injustement cette ville, fief 
impérial du domaine de l'église de Metz. Il s’étonna qu'il eût 
mis le siège devant la ville de Tout et rançonné celles de 
Metz et de Verdun. Sous la même impulsion, il écrivit au 
roi de Sicile, lui reprochant son manque de dévouement à 
l’Empire et d’avoir aidé Charles VII à amener des troupes en 
Allemagne. Charles répondit que Toul était de son 
royaume et « qu’à l’égard d’Epinal il n’avait nullement recher- 
« ché ce dénombrement et ne l’avait accepté que par l’impor- 
« tunité des bourgeois qui s’étaient librement donnés à lui (3). » 
Quelque temps après (14 mai 1451), un traité intervenait 
entre le marquis de Bade et le Roi au sujet d’Epinal. Cet 
acte garantissait la ville contre les attaques du marquis, et 
enlevait à Conrad l’un de ses meilleurs auxiliaires (4). 

Cependant, l’époque fixée pour le prononcé de la sentence 
arrivait, et, si Conrad avait violé envers les Spinaliens les 
clauses qui lui imposaient une trêve , il était bien décidé, à 


(1) Pièces justificative». 

( 2 ) Ibid. 

(3) Benoît Picard, llisl. du diocèse cl de Ij ville de Toul, page 537 
et suiv. 

(4) Pièces justificative?. 


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— 232 — 


exécuter les autres et à pousser son adversaire jusques dans ses 
derniers retranchements. C’était au 4“ août 4450 (I) qu’on 
avait, d’un commun accord, fixé la date pour la production 
des droits respectifs de l'evéque et du Roi et la comparution 
de celui-ci en personne. Malgré de graves préoccupations qni 
auraient pu le retenir dans son diocèse, malgré la longueur 
d’un voyage qui l'obligeait à traverser la France entière, 
Conrad avait résolu d’aller lui-méme exposer ses droits et 
attendre patiemment la justice du Roi. Celui-ci , après avoir 
terminé si glorieusement la campagne de Normandie, se 
trouvait maintenant dans le midi de son royaume, ne prenant 
plus , il est vrai , une part aussi active aux opérations militaires, 
mais suivant néanmoins de près la double expédition de 
Guyenne qui devait donner de si grands résultats (2). Dans les 
derniers jours du mois de juillet, il résida tour à tour à Poitiers, 
à Lusignan , .h S t -Jean-d’Angely , puis à Taillebourg, en Sain- 
tonge, où il se trouvait le 4 er août. C’est là que Conrad vint, 
ce jour même, en personne, demander justice, accompagné d’un 
nombreux entourage, de ses neveux Jean Rayer de Boppart, 
archidiacre de Trêves , de Metz et de Virzbourg (3) , Henri Bayer 
de Boppart, seigneur de Châtel-sur-Moselle, et plusieurs autres 
vassaux. Toute la cour, tous les seigneurs qui avaient suivi 
le Roi dans son expédition se trouvaient réunis là; c’était 
donc devant les plus grands personnages du royaume que 
l’évêque de Metz allait faire entendre ses plaintes. Le premier 
jour, il demanda audience au Roi, ce qui lui fut accordé avec 
empressement. On le reçut avec tous les égards dus à sa baote 
position d’évêque et de seigneur de l’Empire. On le combla 
d’honneurs; Charles VIT lui-même lui exprima toutes ses 


(1) Il y a ici une confusion apparente de date qu’on «'expliquera si l’oa 
songe qn’à celte e’poque l’année commençait t Pique» et qne l’année 1451 
va de Piques 1450 t Piques 1451. Cette observation est applicable i tenter 
qni va suivre. 

(2) Vallet de Viriville. Ton. 3, page 310 elsuiv. 

(3) Ibid , page 216. 


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— 233 — 

sympathies, puis, le jour même, le Ht conduire à Saintes où 
se trouvait le Chancelier de France et le Grand Conseil. C’est 
là que, le lendemain , on traita l’affaire d’Epinal. Conrad 
rappela la convention passée précédemment à Nancy , demanda 
qu’on l'exécutât, que le Roi et son Conseil rendissent leur 
jugement le plus tôt possible. 

Pour leur faciliter l'étude de la cause et le prononcé du 
jugement, il leur remit plusieurs chartes et titres prouvant 
la longue et continuelle possession d’Epinal par les évêques 
de Metz, des hommages rendus, des privilèges accordés par 
eux aux bourgeois de cette ville, des engagements de cette 
seigneurie à différents princes, enfin, un réquisitoire complet. 
Dans l’une de ces pièces , on rappelle la fondation du château 
et de la ville par l’un des prédécesseurs de Conrad , on expose 
que les évêques y ont toujours exercé les droits de justice ; que 
ce sont eux qui nomment le maire, le prévost, le clerc juré, 
Téchevin , le grand doyen ; que l’évêque seul a le droit de 
battre monnaie, que, d’après les coutumes et franchises de 
la ville, les bourgeois doivent aide et protection à l’évêque; 
que si un homme est jugé à mort par la justice d’Epinal, 
c’est le prévost dé l’évêque qui le fait exécuter; que le droit 
de grâce appartient à lui seul , qu'enfin il y a tous les droits du 
souverain seigneur (I). Il termina sa requête, en rappelant les 
lettres qui avaient précédé la reddition d’Epinal et en suppliant 
le Roi de lui rendre l’ancien héritage de son église. 

On obtempéra à ces doléances, et, après quelques jours passés 
à instruire l’affaire, on fixa l’arrêt au 25 août. Ce jour arrivé , 
au lieu de trancher enfin la question , le Roi trouva un nouveau 
moyen de temporiser. L’affaire, selon lui, n'avait pas été 
suffisamment instruite, et, sur ses observations, on convint 
qu’avant de se prononcer définitivement, on la ferait instruire 
par quatre cardinaux, deux du cêté du Roi , deux du célé de 
l’évêque. Ceux nommés de la part du Roi étaient le cardinal 
d’Estouteville et le cardinal d’Avignon, ceux du cêté de 


(!) Voir l’an de ce* document» aux pièce» juitificaliTes. 


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— 234 — 

l'évêque , les cardinaux de S'-Ange et de S ( -Pierre ad Vincula. 
La sentence devait être rendue avant le mois de mars. Par 
l'intermédiaire du roi de Sicile, duc d’Anjou et de Lorraine, 
on convint qu'elle ne serait prononcée que quatre mois après 
que les quatre cardinaux auraient terminé leur enquête et 
donné eux-mêmes leur jugement. L’évêque lui-même et ses 
neveux rappelèrent le compromis passé l’année précédente à 
Nancy par devant les représentants du Roi , se soumirent de 
nouveau à se rendre à la volonté de Charles VII et en don- 
nèrent de nouvelles lettres (4). C'était la troisième fois qu’on 
reculait la question , et nous verrons plus tard que ce n’éuit 
point la dernière. Rien n’égale, dans ces négociations inter- 
minables , la mauvaise foi des parties . si ce n’est le courage 
des victimes. C’est là, on peut le dire, un chef-d’œuvre de la 
diplomatie au XV e siècle, où elle possédait déjà l’art, si 
cultivé depuis, d’embrouiller les questions les plus nettes. Il 
s’agit de savoir à qui appartiendra une ville perdue au milieu 
d’un pays ennemi, éprise des libertés municipales, qui s’est 
jetée dans le parti lui otTranl le plus de sécurité cl de garantiel 
Pour cela, nous avons déjà vu trois traités passés et violés. 
C'est que ni l’un ni l’autre de ceux qui les signaient n'avaient 
parfaitement justifié de leurs prétentions , c’est que l’un et 
l'autre espéraient , avec le temps , se rendre maîtres des 
difficultés. De là ces conventions tour à tour reculées, cette 
première concession de l’évêque, en 4449, ce second traité 
passé à Nancy , enfin , cette troisième convention de Taille- 
bourg qui, confiant l'instruction de l’affaire à de nouveaux 
juges , en recule indéfiniment la solution. 

Mais nous- avons oublié, au milieu des négociations, la 
cause même du conflit. Que devenaient les habitants de la cité 
pendant qu'on délibérait ainsi sur leur sort? Comment 
trouvaient-ils, dans leurs propres forces, assez d’énergie pour 
résister aux terribles coups que leur portait l’évêque, leur 
implacable ennemi? Si l’épisode que nous racontons est, 

(1) Voir piècei justificative*. 


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— 235 — 


en effet, intéressant parce qu'il se lie intimement à l'histoire 
générale des règnes de Charles VII et de Louis XI, il est 
curieux aussi de voir une cité très-secondaire, tenir en échec, 
avec des forces épuisées par tant d'années de lutte, la puis- 
sance d'un évêque, appuyé sur ses états et sur l'Empire. Dans 
leur château, l'un des mieux situés et des plus forts de 
Lorraine, derrière leurs murailles, les Spinaliens luttaient 
toujours, repoussant les partis armés qui parcouraient le 
pays dans toutes les directions. Malgré leur épuisement, leur 
faiblesse et la famine qui dévastait la ville, ils tenaient 
toujours pour le Roi. Un moment cependant leur courage 
faiblit, ils étaient arrivés â la dernière extrémité; les villages 
de la châtellenie ne voulaient plus fournir aucun subside pour 
continuer la lutte, un grand nombre de bourgeois eux-mêmes, 
qui avaient déjà prêté des sommes considérables, étaient 
réduits à une extrême misère. Ils eurent recours à une sorte 
d'emprunt forcé; Charles VII les autorisa à lever jusqu’à la 
somme de trois cents livres toulois , tant sur eux que sur le ban 
et les villages environnants, le fort portant le faible (1). Cette 
somme devait être consacrée à subvenir aux frais du 
procès en instance, à défrayer les mandataires qui devraient 
se présenter en Cour de Rome et à préparer une réponse aux 
9 requêtes de l'évêque. Celle mesure qui avait été sollicitée 
par eux, ramena l'espérance parmi les bourgeois. Ce fut avec 
une nouvelle vigueur qu’ils refusèrent l'entrée de leur vilfe 
à Henri de Vézelise, -chargé par Conrad de leur signifier la 
convention passée à Taillebourg. Celui-ci s'étant présenté aux 
portes, une copie de ce document à la main, les bourgeois, 
pour toute réponse, dirent qu’ils verraient ce qu'ils avaient à 
faire et que, du reste , ils n’exécuteraient que les ordres du Roi. 

Telle était la situation de la ville et la conduite de ses 
habitants lorsqu’arriva le mois de mars , époque fixée par 
Charles VII lui-même pour se présenter en Cour de Rome 
devant les quatre cardinaux désignés. 


(T Pièce» justificative». 


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— 236 — 

L’évêque y envoya ses députés , mais ceux du Roi ne se 
présentèrent pas. La question fut donc encore une fois 
ajournée. A cette nouvelle feinte, Conrad envoya vers le 
Roi une députation composée de ses trois neveux, pour le 
supplier de nouveau de se présenter devant les juges qu’il 
avait choisis lui-même ou de lui rendre Epinal. Charles VII 
n’écouta pas plus celte requête que les précédentes , et la 
chose traîna encore en longueur jusqu’aux mois de février 
et de mars 4453. L’évêque fit alors une nouvelle tentative 
et renvoya ses neveux , munis d’une procuration de lni et du 
chapitre , pour réclamer de nouveau la châtellenie et passer 
un autre compromis au cas où on le leur proposerait (4). Pen- 
dant ce temps, Nicolas V écrivait à l’évêque et aux Spinaliens, 
menaçant d’excommunication ceux qui useraient de voies de 
fait avant le prononcé du jugement qui devait décider du sort 
de la ville. On attendit donc patiemment le retour des envoyés 
de l’évêque. Ils revinrent dans les premiers jours d’avril, 
porteurs d’une nouvelle convention avec Charles VII, que 
Conrad s'empressa de ratifier le 6 avril suivant, et que les 
doyens et chanoines de Metz confirmèrent le 22 août de la 
même année. Ce nouvel acte portait toujours la question en 
Cour de Rome , devant les quatre cardinaux désignés, fixait 
un délai dans lequel les parties devraient produire leur justi- 
fication et se-rendre à Rome, soit personnellement, soit par 
mandataire , pour entendre la sentence. C'était encore un 
moyen pour Charles d’éviter la solution et les difficultés. 

Conrad, qui avait grande envie d’en finir et qui connaissait 
la résistance désespérée des Spinaliens, viulut les pousser 
à bout. Une des clauses du nouveau compromis portait, 
nous venons de le voir, que les parties devraient produire leurs 
preuves. Pour pouvoir le faire , il fallait que les habitants 

(I) La procuration de l’évêque est datée du 7 février dan* l'iov. de U 
Ucurthc et' du 10 mare dans la Cailla Cbrialiana. Il est probable que la 
pièce de la Cailla est un vidimos, puisque nous avons du 9 février h 
procuration du chapitre. 


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— 237 — 


connussent le compromis passé , ce qu'ils étaient censés 
ignorer. Pour éviter toute réclamation de leur part, Conrad 
s’empressa de le leur faire signifier. Le 27 aoûr, au matin , un 
procureur fondé, Pierre Doucet, notaire de la Cour de Metz, 
se présenta à l’une des portes de la ville, appelée la porte de 
la Fontaine. Il était porteur d’une procuration de l’évéque 
qui lui permettait, lui enjoignait même de signifier aux 
habitants la convention passée entre lui et le Roi. Il devait 
en laisser copie , l’afficher, en cas de besoin , aux portes de 
l’église paroissiale, enfin mettre tout son soin à ce qu’elle fût 
connue de tous; mais l’évêque avait compté sans la défiance 
des bourgeois . Là se place un épisode qui peint admirablement 
la prudence des habitants et leur antipathie profonde pour 
tout ce qui venait de l’évêque. L’envoyé s’étant présenté à 
la porte, il trouve le portier armé qui lui demande d’où il 
vient et ce qu’il réclame : « Je viens de Vie au nom de l’évêque 
» de Metz. » 11 demande qu’on le laisse entrer dans la ville 
pour signifier le compromis aux quatre gouverneurs. Le 
portier fait la sourde oreille et va vite avertir les gouver- 
neurs. Un instant après, deux d’entre eux se présentent. Ce 
sont des bourgeois importants qui ont déjà eu maille à 
partir avec l’évêque, Regnier Mollet et Colin, dit Perron. 
Ils demandent au procureur ce qu’il réclame : « Je suis 
» envoyé vers vous par Révérend Père en Dieu , monseigneur 
» Conrad , évêque de Metz, je suis son mandataire pour vous 
» signifier et vous intimer la convention passée entre lui 
» et Charles, Roi de France. * — « Nous retournons en ville 
» prendre conseil des autres gouverneurs et des. habitants; 
» nous vous rapporterons leur réponse. » Quelques instants 
» après, Colin seul : « Je reviens du conseil. * — Alors le 
mandataire voyant que la porte restait fermée : < Au nom de 
» l’évêque de-Metz, mon seigneur, je vous intime et je vous 
» notifie à vous, à tous les habitants, bourgeois et manans 
» de cette ville , par cette copie authentique et tirée de 
» l'original , signée et collationnée de la main du notaire, le 
» compromis passé, afin que ni vous, ni la communauté ne 


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» puissiez alléguer votre ignorance de cet acte et la manière 
» dont il a été fait.» — « J’ai ordre des gouverneurs et de la 
» communauté, répond Colin , de ne recevoir de vous aucun 
» titre. Ainsi l’exige Pintérôt du roi de France, mon seigneur et 
» maître (!).» Le malheureux mandataire, voyant que tout 
était inutile et qu'il ne pouvait pénétrer dans la ville, s’éloigna 
des murs et , arrivé à Deyvillers , afficha à la porte de Péglise 
une copie de Pacte qu’il n’avait pu réussir à faire connaître 
aux Spinaliens (2). En même temps qu’ils repoussaient ainsi 
les propositions de Conrad, ils préparaient contre lui des 
armes d’une autre espèce. Elles devaient leur servir au cas 
où ils seraient obligés d’expliquer leur conduite devant les 
cardinaux, juges du débat. Le Roi, qui n’était point parfaite* 
ment édifié sur la tournure que prendrait l’affaire, leur 
avait communiqué les informations de l’évêque prouvant 
que la châtellenie lui avait toujours appartenu en les invitant 
à répondre de point en point à cette requête (3). Ils s’em- 
pressèrent d’obtempérer à cette invitation et adressèrent aux 
gens du conseil du Roi un long mémoire desliné à être produit 
par eux en temps utile; il détruisait complètement les pré- 
tentions de Conrad. Ce document est d’uue telle importance, 
dans la question qui nous occupe, que nous croyons devoir 
le publier ici. On ne saurait juger un procès sans la 
lecture des pièces produites par les parties. L’analyse affaiblit 
nécessairement les documents de cette espèce. 

Pour aucune instruction donner aux Seigneurs et Gens du 
conseil du Roy, nostre seigneur, afin qu’ils puissent mieulx 
inficier et «destruire les calumpnieuses et inadmissibles infor- 
mations données naguères et exibées, comme on dict, par- 
devant le Roy nostre dict seigneur par Révérend père en Dieu 
monseigneur Conrad, evesquedeMetzdéclairatoires des seigneu- 
ries, droicts et revenus qu’il se dict avoir en la ville d’Espinal et 

(I) Pièces jusiilicanvcs. 

;2) Voir pièces justificatives. 

(3) Voir plus haut et aux pièces justificatives la requête de l'évêque. 


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— 239 — 


les habitans el universités d'icelle ville client et envoient avec 
benigne supporlation aux dicts seigneurs et gens de conseil , 
les instructions préparatoires que s'ensuivent les soubmetlans 
en toute humilité à leur prudente correction et les offrantde 
prouver se mestier est. 

Et premier, aux premier et second articles des dictes infor- 
mations exibées comme dessus dont et desquels premier 
et second articles la teneur s'ensuit es telle : Il est assavoir 
que la ville d'Espinal ait esté de toute ancienneté à l'église 
de Metz el ne heurenl les habitans d'icelle, depuis qu'elle fut 
fondée et édiffiée, oncques autres seigneurs temporels que ung 
cvesque de Metz et ont de toute ancienneté jusques à présent 
obeys aux evesques de Metz qui sont estéz du temps passé 
et à icelluy qui est à présent comme leur droiclurier seigneur 
et souverain jusques au quatriesme jour de septembre, l’an 
mil quatre cents quarante quatre qu’ils firent substraction 
de obédience à mon dit seigneur de Metz qui est à présent, de 
vôulenté et firent obeyssance a Très Excellent et Très Chrétien 
Roy de France. Item pour déclarer la seigneurie et souveraineté 
que les evesques de Metz ont eu de tout temps et doivent avoir 
par raison en la dicte ville d’Espinal, cest assavoir que la 
haulteur el le ban d'icelle ville appai tient à ung evesque de 
Metz et est seigneur et franc vouez du dict lieu et ainsy le 
rapporte la justice et communaulté es plaiz bannalz, chascun 
an , a certain jour après la feste de Noël et pour le droict. 

Respondent iceulx habitans et université d’Espinal que 
depuis cent ans ença el de sy longtemps qu'il n’est mémoire 
du commencent ni du contraire, ils ont accoustumé d’eslire, 
chascun an, entreux et nommer quatre de leurs combourgeois 
du dit lieu notables personnes pour estre commis au gou- 
vernement et exercice de la chose publicque et à la police 
d'icelles, lesquelles quatre personnes iceulx habitans instituent 
et commettent au dit office et d'iceux reçoivent le serment 
en tel cas et accoustumé, par vertu desquelles institutions et 
commissions les dites quatre personnes esleues ont faict de 
leur temps et exercé leur dit office paisiblement sans 


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— 240 — 


conlredict du dict sieur Conrad ne de ses prédécesseurs 
evesques de Metz, el sans ce que icelles personnes, pour raison 
de leur dit office , âyent esté tenus des temps devant dict à 
faire ou prêter ne ayent aussy faict ou presté aucun autre 
serment ne que en l'exercice d’icelluy office elles ayent recongneu 
aucun autre seigneur ne souverain fors leurs dicts esliseurs. Et 
ce est vray, publicque notoire et manifeste. 

Item pour déclairer entièrement que les dicts habitans et 
université d’Espinal ont esté des temps dessus dicts, et jusques 
à l'obeyssance par eulx faite au Roy, nostre Seigneur en l'an 
mil quatre cents quarante-quatre, le quatriesme jour de 
septembre, francs bourgeois dient et proposent iceux habitans 
et université que d'iceulx temps les dites quatre personnes par 
eux esleultes qu’on appelle gouverneurs ont accoustumé de 
convocquer en leur dicte ville en certain lieu a ce dépoté, 
toutes fois que bon leur a semblé leurs combourgeois ordonnez 
au dit conseil delà dicte ville et par aucun d’eulx, proposer 
cl mettre en terme les besoignes et affaires des dits habitans 
et université, scruter et enquérir sur ce lés votes, et conduire 
en icelles affaires avec la plus sayne partye des dicts habitans. 

Item que pour icelle convocation faire et affin qu’elle soit 
notoire à chascun des dits habitans ont aconslumé des temps 
devant dicts sonner par l’ordonnance et h la requeste des dicts 
quatre gouverneurs ou d’aulcun d'eux une cloche seule ad ce 
députée et constituée qu’on appelle Mengeure. 

Item que pour convocquer générallement au dict conseil 
ou autrement tous les habitans de la ville d’Espinal et des 
faulxbourgs d’icelle ont accoustumé les dits quatre gouverneurs 
faire sonner à leur bon plaisir une autre grosse cloche qu’on 
appelle Meusse. 

Item, de l’ordonnance généralle des dicts gouverneurs et 
habitans d’Espinal des temps dessus dicts inviolablement 
observée, est accoustumé au dict lieu d’Espinal sonner chascun 
soir à heure compétent une cloche qu’on appelle La Grosse 
pour advertir les portiers des portes delà ville d’Espinal qu’ils 
les ferment, lesquels portiers obeyssant à icelle ordonnance 


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— ni — 

ont accoustumé de les fermer incontinent après ce que la 
dicte cloche a cessé de sonner et de délivrer les clefs d'icelles 
portes aux commis et députez sur ce par les quatre gouver- 
neurs et habitans de la dite ville. 

lie m que les dicts habitans et université de la dite ville d'Es- 
pinal pnt eu des temps devant dicts et jusques à l’obeissance par 
eux faicte comme dessus la possession des chastel, ville, tourset 
murs du dict Espinal et les ont tenu et possédé d’iceulx 
temps paisiblement et en ont eu les clefs et garde, de povoif 
les clore et ouvrir a cui bon leur a semblé et avec ce payé 
de leur 'propre, tous officiers les gardans, ont accouslumé 
iceux instituer et destituer toutes fois qu’il a pieu aux quatre 
gouverneurs et conseillers du dict Espinal sans ce que le 
dict seigneur Conrad et ses prédécesseurs, evesques de Metz» 
ayent en ce lieu quelque congnoissance. 

Item que de l’ordonnance généralle des dicts gouverneurs 
et habitans d’Espinal des temps dessus dicts inviolamment 
gardée, est accoustumé , au dict lieu chascunsoir, pour faire 
monter les guettes sur les murs des dits chastel et ville et 
sur iceuix faire le guet et pareillement pour leur donner licence 
de en descendre, corner ung cor estant en leur dict chastel. 

Item que iceux gouverneurs et habitants ont retenu , fortifié 
et maintenu à leurs frais et missions tous murs, tours, 
portes et ponts des dicts chastel et villes et de leurs fours- 
bourgs touttefois qu’il leur a esté nécessaire et qu’il leur a 
pieu , y aucune chose faire ou innover sans ce que l’evesque 
de Metz pour le temps , y ait en rien contribué ne soy présenté 
pour le faire. 

Item que les dicts quatre gouverneurs, à cause de leur dict 
office, ont accoustumé des temps dessus dicts, moyennant le 
conseil des conseillers du dict Espinal, reclamer, poursuit 
et demander tant de bouche que par cscript, envers tous 
seigneurs et dames spirituels et temporels et leurs Aciers 
ensemble leurs aydans, servans et complices et tous autres « 
restitution des biens et chaptelz de tous et singuliers les 
habitants des dictes villes et foursbourgs par eux ou aucun 

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d’eulx présens cl détenus à quelqu'occasion ou liltrc que ce 
a esté et sur ce envoyer leurs lettres scellées de leur scel 
armoyé des armes de la ville du dict Espinal différents du 
tout de celles des sieurs evesques de Metz; et ont iceux 
gouverneurs plusieurs fois recouvré les dits chastels par 
récréance plainière, accort de journées , de inerchés ou autres 
par eux acceptées selon l’exigeqce du cas. 

Item ont les dits gouverneurs et habitants afin de recouvrer 
les chastels et biens de leurs dicts combourgeois pour soy 
defïendre allenconlre de leurs malveillant et malfaicteurs 
plusieurs fois entré en guerre et faict et mené de leur propre 
auctorité sans sur ce demander licence, ottroy et consentement 
de seigneurs ou seigneuries queixeonques, leurs dictes guerres 
particulières, et, pour icelles conduire, mis en leur dicte ville 
gens d'armes et de traict à telles puissance et heures qu'il 
leur a pieu et des dictes guerres entré en trièves, les accepter 
et sur icelle faict paix par leurs lettres scellées du grand 
scel de l’université du dict Espinal, armoyé de leurs armes, 
sans approbation ou confirmation de quelconques seigneurs 
ou seigneuries spirituelles ou temporelles fors seulement pour 
cause de tesmoignages ou comme requis d’eslre plesges et 
seureté d’icelle paix entretenir. 

Item, pour plus grande déclairation de ce que dict est, 
est vray que les dicts gouverneurs et habitants d'Espinal ont 
des temps dessus dicts accousluiné d’avoir messaigers jurez 
portant leurs armes et lettres de messaigerie scellées de leur 
dict scel par les pays et duchez de Bar et de Lotheraine 
et evesché de Metz et autre part où il leur a esté expédient, 
ensemble et bannières armoyées de leurs armes pour porter 
en leurs guerres et autres, de laquelle d’iceux temps ont usé 
tousjours paisiblement. 

Item que les dicts habitans et université de la ville d’Espinal 
des temps devant dicts et toultes et quanies fois que bon 
leur a semblé , ont faict traictiez en faict de guerres avec les 
seigneurs et autres personnes quelconques qu’ils ont voulu 
et avec ce, de leur propre auctorité, sans consentement des 


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— 343 - 


seigneuries ou seigneurs quelconques présens saulvegahlé 
de seigneurs et pour raison d’icelle leur octroyé sur eulx et 
leur dicte ville, cens et renies annuels révocables à leur bon 
plaisir, les paye aux dicts seigneurs aux veu et sceu des 
seigneurs evesques de Metz pour le temps et mesme du dict 
seigneur Conrad non contredisant, mais comme il semble 
tant taisiblement que expressément, le tollerans et approuvans* 
ce que touttesvoyes ils n’eussent peu ne deu faire ne leur 
eussent aussy souffert à faire les dits evesques de Metz, s’ils 
" eussent esté leurs seigneurs comme le prétend le dict seigneur 
^ Conrad. 

Item pour fortification des choses devant dictes, dient les 
dicts d’Espinal qu’ils ne sont point esté des temps dessus 
dicts prenables, punissables, contraignables ne gageablesen 
général ne en particulier pour les guerres ne affaires des 
seigneûrs , evesques de Metz pour le temps , ne de leur eveschié 
ainçois touttesles fois que par inadvertance on les a pour ce con- 
traints ou dommagié par prinses de leur corps ou biens, ils 
en ont esté restituez et resaisis mesmes en cours de seigneurs 
et par sentences delfinitives sur ce proférées en jugement , à 
l’encontre de ceulx que les dites contraincleset violences leur 
avaient inféré. 

Item que toutes les choses dessus dictes et chascunes d’icelles 
sont vrayes, publicques, notoires et manifestes et d’icelles est 
commune renommée et famé publicques ès villes voysinesdu 
dict lieu d’Espinal. 

En retournant donc à la matière principale des responses 
à faire sur les articles des informations données par le dict 
sieur Conrad, evesque de Metz, à l’encontre des dicts habi- 
tans et université d’Espinal et les continuant, et premier sûr 
le tiers d’iceulx article dont la teneur s’ensuit : 

Item commet et ordonne ung evesque de Metz, pour exercer 
le faict de justice en la dicte ville, mayeurs, prevost, clercs 
juréz, eschevins et grans doyens et ne puent ne doivent les 
bourgeois et habitans du dict .lieu plaidoyer pour faict civil 


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— 844 — 


ou criminel devant autre que devant les dessus dieu, commis 
de par le dict seigneur evesque; 

Respondenl iceux d’Espinal que les officiers au dit article 
ne peuvent ne doivent , ne ont aussy accoustumé exercer leurs 
dictes offices jusques ad ce qu’ils ont presté et donné 6erement 
aux sainctes Evangiles de Dieu ez mains des quatre gou- 
verneurs d’Espinal ou d’aucun d’eux ayant de ce recevoir 
puissance, de bien et loyalement exercer leurs dictes offices , 
sans faire faveur à aucuns de9 dicts habitans par amour 
ne par hayne, aussy porter ou faire dommaige ne villenie 
à autres d’iceulx habitans qu’est , comme il semble , 
signe de souveraineté , attendu que celuy qui institue de soy 
mes mes aucun en son office, il luy donne auctorité de 
l’exercer, ce que paravant faire ne pouvoit et doit estre réputé 
plus grant que celui qui scellement a dudict office l’élection. 

Item au qualriesme des dits articles qui est tel : 

Item toutes amendes haultes et basses et touttes confisca- 
tions d’éritages et de biens pour faicl criminel on civil appar- 
tiennent aux evesque de Metz et puevent les dicts d’Espinal 
faire amende par mesdiz pour estre encheus de corps et 
d’avoir, au seigneur; 

Rcspondent les dicts d’Espinal que la plus baulte amende 
qu’ils ou aucuns d’eux, ou des forsbourgs delà dicte ville 
et des autres villes du ban du dict Espinal puissent com- 
mettre et enebeoir envers justice, est seulement de qua- 
rante sols, s’ainsy donc n'est que le cas soit criminel et requere 
punition de corps et bannissement, ou quel cas les hoirs on 
héritiers du convaincu et condampné à mort, s’aucuns en 
avoit, après l’exécution de luy faicte, pranroientet appré- 
henderaient et ont accoustumé des temps devant dicts de 
prenre et appréhender, sans le gré, licence on consentement 
des dicts justiciers ne de l’evesque de Metz pour le tempe, la 
possession de tous héritages et biens immeubles situés es bans 
et finages des dictes villes et ban d’Espinal , s’aucuns il en 
avoit délaissé et n’y pourrait ne debveroit ne accoustomé 


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— *45 — 


l’evesque de Metz pour le temps y aucune chose demander, 
poursuir ne réclamer, ainçois, comme il semble, appartient k 
luy seulement la nue et pure exécution du dicl malfaicteur. 

Item au cinquième des dicts articles qu'il dict : 

Item la rivière de Mezelle d’Espinal dessus et dessoubs 
jusques à certaines mettes sont à ung evesque de Metz et n’y 
puent pescher les habitaos d’Espinal en la dicte rivière sy ce n’est 
à la treulle et k la verge pour leur mangier, mais appartient la 
pescherie k ung evesque de Metz ou k ses commis pour la 
vendre k cui qu’il veult k son proffit; 

Respondent iceulx d’Espinal qu’en icelle rivière, ils peuent 
et ont accoustumé des temps devant dicts peschier k la 
main, k la treulle, k la verge, k lâchasse de pierre et de 
bois ferré, tendre leurs treulles es lieux ou les pescheurs 
admodiateurs de la dicte rivière ont tendu leurs nasses, 
pourveu que entre les dictes treulles et nasses y ait seulement 
ung pied ou plus; k la raille ou marchepied de bois avec la 
treulle. Et oultre plus, peuent les dicts d’Espinal, s’il leur 
plait, peschier en tous lieux de la dicte rivière mesme es lieux 
réservés par les pescheurs pour le temps d'icelle et dont ils 
ont tourné le cours de l’eauve affin de y peschier k leur proffit 
pourveu que les dicts pescheurs depuis leur dicte réservation 
et tour, l’iauve ayenl jour et nuicl continuels pour y peschier 
avant tous aultres. Lesquels habitans d’Espinal peuvent et 
leur loyt, de toute ancienneté, pranre du poisson ès manières 
dessus dictes pour leur defruicl et en donner k leur plaisir. 
Et se l'evesque de Metz .prétend a avoir ou a au surplus 
aucuns émoluments despendant de la dicte rivière ne scavent 
iceulx d’Espinal k quelle occasion il les a, fors seulement 
comme ils présument par aumosne faicte k son église et n’est 
mie illation de bonne conséquence ou conclusion de l’evesque 
de Metz k aucuns psmolumens sur ce et de la rivière de 
Meuzelle en certaines limites, Ergo il n'est seigneur d’icelle. 

Au sixiesme des dicts articles qu’il dict : 

Item sont les forests d’Espinal k ung evesque de Metz et 
quant il y a paison , ceux d’Espmal ne doivent envoyer leurs 


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— 246 — 

porcs fors en la forest du seigneur. Et se ils les envoyent en 
austrcs forets se payeront-ils de huict porcs ung et du surplus 
le paisonnagc. 

Respondent iceulx d’Espinal que l’evesque de Metz, pourle- 
temps, ne puet ne doibt et n’a accoustumé vendre à quel- 
conques personnes la paison des dictes forets jusque ad ce 
qu’ils ou ses commis les ayent offert et présenté aux dirts 
d’Espinal et qu’ils les ayent accepté ou reffusé. 

Au septième des dicts articles disant : 

Item h ung evesque de -Metz ses champs et crovées ou ban 
d’Espinal lesquels les dicts d’Espinal qui ont charrues doivent 
labourer et cultiver, s'il plaisl au seigneur et s’il ne plaist 
au seigneur de cultiver, ceux qui ont charrues en payent 
certaines sommes d’argent; 

Respondent iceux d’Espinal que s’ai nsy est que par aucuns 
temps, aucuns d’eulx ayant labouré et cultivé au ban d’Espinal 
les champs et crovées de l'evesque de Metz, ce a esté de grâce 
espécialle et ne leur doibt redunder à conséquence, et ou cas 
que aucuns des dicts habitans du dict Espinal ou des dicts 
forsbourgs auroyentdu temps passé payé au dict evesque pour 
raison de leurs charrues aucune somme de deniers, ce qu’ils 
ne croyent point, ce auroit esté de leur voulenté indeue et 
sans le sceu ne ordonnance des gouverneurs pour le temps et 
de la plus saine partye des habitans du dict Espinal. 

A l’uytyesme des dicts articles contenant : 

Item ung evesque de Metz, peut faire faire monnoye franche- 
ment quand il ly plait en la dicte ville et y ordonner un 
maistre pour faire monnoye et nuis de bourgeois de la dicte 
ville ne du ban ne doivent changier blanche monnoye ne 
argent à poidz s’il ne l’a offert de devant au maistre de la 
monnoye lequel la doit avoir pour ung denier moins sur ung 
marc (que ung autre ; 

Respondent les dicts d’Espinal qu’ils ne croyent point le dict 
article estre vray cl que des temps devant dicts, ils ne veirenl 
forger ne faire monnoic au lieu d’Espinal, mais est vray que 
d'iccux temps Ja monnoic forgée fuer dudit Espinal parles 


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— 247 — 


evesques de Metz pour le temps, n’a poincl eu de cours au dict 
Bspinal ains l'ont toujours refusée et usé de quelque monnoye 
qu’ils ont voulu. Car le dict evesque feit faire monnoye à son 
eveschié 

Au neufviesmc des dits articles contenant : 

Item la ville d’Espinal doit chascun an, trente livres de taille 
à ung evesque de Metz en signe de soubjection et ce et touttes 
les choses dessus dictes raportent la jastice et communaulté, 
chascun an deux fois à certain jour après Noël et Pasquè , par 
droict, en plaiz bannalz. 

Respondent les dicts d’Espinal que, chascun an, ils ont 
accoustumé de getter et imposer sur les habitans de la dicte 
ville d'Espinal et des forsbourgs d’icelle pour payer à l’evesque 
de Metz pour le temps , trois livres et autres part en divers 
lieux, selon les affaires annuelz des dicts d'Espinal et des 
forsbourgs, sans ce que nommément ils ayent accoustumé 
de getter sur eux trente livres seulement ne pour octroy de 
tailles ou subjection quelconques, sans licence des seigneurs 
ou seigneuries fors seulement des quatre gouverneurs et 
conseillers du dict Espinal. 

Au dixiesme article qui s’ensuit : 

Item avec touttes ces seigneuries et droicts dessus dicts 
qu’on rapporte, chascun an, ait encor ung evesque de Metz 
autre seigneurie et prééminences en la dicte ville d’Espinal 
desquels tous les evesques de Metz en ont joye jusques 
à ça : assavoir que ung evesque de Metz puet eslire deux 
bourgeois et manans de la ville deçà Muzelle et l’autre en 
la ville delà appelée Rualmenil, lesquels on appelle les 
bannerauls et à chacun une bannière des armes de l'evesque 
de Metz qui est pour lors pour les porter quand les bour- 
geois et manans partent de la ville en armes au commande- 
ment de l'evesque de Metz ou de ses officiers et ne doivent, 
ne peuent porter, ne avoir autre bannière que des armes de 
leur seigneur et sont les bannerauls francs, à cause du dict 
office de tous débis et servitude de la ville tant comme ils 
portent icelluy office, et ainsy a esté usé de toute ancienneté. 


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— 248 — 


Respondent les dicts d’Ëspinal qu'ils ont accoustnmé 
d’eslire et eslisent ung banneroy des bourgeois a cbevals et 
uog autre des albalestriers de la ville, lesquels et chascun d'eux 
ont accoustumé d avoir et porter en fais de guerre et as* 
semblées du peuple du dict Ëspinal, pour sièges de places 
ou batailles arengées, une bannière armoyée des armes de 
la dicte ville d’Ëspinal différens du tout et séparées de celles 
de l’evesque de Metz , auxquels banneroys, par l'ordonnance 
des quatre gouverneurs du dict Ëspinal , les habitans et uni* 
versité du lieu ont accoustnmé d’obéyr en tant qu'ils conservent 
le dict office et s’ainsy estoit qu’il apparust souffisamment, ce 
que ne croyent point les dicts d'Espinal , aucuns portam 
bannières de par l’evesque de Metz avoir esté supportez des 
charges de la dite ville, ils dient que ce a esté de grâce 
espécialle et non pas de droict deu, le sourplus du dict article 
ne croyent point les dicts d'Espinal. 

A l’onziesme des dicts articles qui s’ensuit : 

Item s'il ung evesque de Metz faict guerre pour le droict 
et defîence de son eveschié ou s’y aucuns entreprenoit de 
l’y faire guerre, et il requiert ceux d’Espinal pour ayde, 
ils sont tenus de l’y servir à certain nombre de gens à cheval 
tant comme la guerre durera et ainsy a esté usé de toute 
ancienneté et, en cette présente année, sont esté requis par le 
dict evesque de l’y servir à l’encontre du Bastart du Vergy et 
à leurs prières en furent quittez et supportez parmy cinq 
cents résaulx d’avoinne qu’ils payent au dict evesque. 

Respondent les dicts d’Espinal que se par aventure te 
servans de l’evesque de Metz en leur service et durant leurs 
guerres et pareillement leurs servans au service du dict 
evesque et durant sa guerre perdoient aucuns chevaulx ou 
soustenoienl aucuns dommages, ils seroient tenus l’ung en- 
vers les autres, et chascun en son endroit, rendre les dits 
cbevalx et restituer les dicts dommages par commun accort 
fait et accepté entre eux : 

Au douziesme des dicts articles qui s’ensuit: 

Item puel ung evesque de Melz eslirc un bourgeois en la 


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dite ville d’E&pinaA pour estre son napier lequel est tenu de 
soigner, chascun jour, au dict evesque de Metz et à ses gens 
et servans toute fois qu’il vient à Espinal, nappes, tabliez pour 
ses tables, escuelles, pots et autres vaisselles pour son estai 
tant et sy longuement comme il ly plaira de demourer en 
la dite ville, et est le dict napier, à cause de son office, 
franc de tous débis et servitude et en ait l'evesque de Metz 
qui est à présent faict plusieurs de son temps et pour ce 
encore à présent, Estienne Baudenet, bourgeois du dict lieu, 
a l’office pour et au nom dou dict evesque. 

Respondent les dicts d’Espinal que se le nappier dont 
mention est faicte ou dict article a esté aucune fois franc 
comme contenu est en icelluy , ce qn’ils ne croyent point , ce 
a esté seulement par l’entreport des dicts d’fispinal et de 
leur grâce espécialle et non pas de droicl deu , ainçois se 
lez habitans du dict Espinal ont eu affaires et qu’ils ayent 
esté oppressez, les dicts napiers selon l’estât de leurs personnés 
y ont contribué a les aydié à supporter leurs charges. 

Au treiziesme des dicts articles contenant : 

„ Item n’y ait homme qu’il ait puissance d’assurer homme 
qu'il soit pour venir en la ville, s'il ce n’est pas ung evesque 
de Metz ou ses officiers. 

Respondent les dicts d’Espinal que le dict article est négatif 
et trop général et que se les quatre gouverneurs du dict 
lieu ou aucuns d’eulx eussent, des temps devant dicts, 
asseuré aucunes personnes, pour entrer en la dicte ville 
d’Espinal , les y eussent tenus seures sy longuement que pour 
celle fois elles y eussent résidé et oultre plus. Les dicts 
quatre gouverneurs ét chascun’ d’eux, pour raison et à cause de 
leur dicte office, ont eu des dicts temps puissance de introduire 
ès portes d'Espinal et mettre fuer d’icelle tous ceux et celles 
que bon leur a semblé. Ce que n’a point eu ne peu faire 
le dict evesque de Metz auquel ses servans ou asseurez de 
par luy et tous aultres iceutx gouverneurs, s’il leur a pieu, 
ont refusé les dictes portes et l'entrée d’icelles. 

Au quatorziesme des dicts articles qui s’ensuit : 


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Item toutes les lettres que les dicls d’Espinal ont des 
franchises et libertez, ils les ont des evesques de Metz et 
non d’aultres. 

Respondent les dicts d’Espinal que des temps devant dietz 
et de toutte ancienneté ils ont esté et sont encor présente- 
ment francs bourgeois, réservez la haulteur du Roy, noslre 
dict seigneur auquel liberallement ils se sont donnez, qui an 
plaisir de Dieu les maintenra et entretenra en leurs dictes 
franchises ; pour quoy ne leur a esté expédient et nécessaire 
de demander, avoir ne obtenir les lettres articulées ou dict 
article car celiuy, qui en et de luy mesmes est sain n’a qu’à 
faire de médecin. 

Au quinziesme d'iceulx articles qui s’ensuit : 

Item commet le prévost de l'evesque tous autres offi- 
ciers , comme sergents , forestiers et banwars pour faire leur 
debvoir comme leur office appartient. 

Respondent les dicts d’Espinal comme ils ont déjà res- 
pondu au tier ces dicts articles commençant € Item commet 
et ordonne etc. » subjungens que se l’evesque de Metz ou soo 
prévost ont aucunes fois esleu aucuns officiers pour exercer 
leurs offices au lieu d’Espinal, pour ce faire les ayent présenté 
aux quatre gouverneurs du dit lieu affin de les instituer; 
iceux gouverneurs ont eu des temps devant dicta option et 
faculté de les admettre et instituer s'il leur a pieu ou les 
reppeler et reffuser s’ils ne leurs sembloient y doués pour les 
dicts offices exercer. 

Au seiziesme des dicts articles qui s'ensuit : 

Item paye l’evesque de Metz, pour chascun an , le chastelain 
du chastel, ses gages et desertes en sigùe qu’il est seigneur 
et souverain du dit chastel èt ait esté faict et édifié le 
dict chastel par les evesques de Metz et autres fois ait requis 
les dicts d’Espinal de l’y faire ouverture du dict chastel, ce 
qu’ils firent pour lors. 

Respondent les dicts d’Espinal comme ils ont déjà respondo 
en leur sixiesme article précédent commençant < Item que 
les dicts habitans » en y adjoustant que se autrefois le chastel 


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— 251 — 


d’Espinal, par les gardes et gouverneurs d’icelluy, a esté ouvert 
à un evesque de Metz, ce a esté de grâce espécialle et 
à sa prière humble, non par requeste et comme un de forain 
leur bon amy, affin de luy complaire à celle 'fois, ce que 
présentement ne doit estre rétorqué en conséquence. 

Au dix septiesme des dicts articles ensuivant : 

Item ont eu, édifié et fondé les evesques de Metz, la 
chapelle de Saint-Georges située dedans la forteresse et chas- 
tel d’Espinal et en sont encores collateurs et patrons d’icelle 
chapelle. 

Respondent les dicts d'Espinal qu’ils ignorent qui a fondé 
et donné la chapelle articullée. Toutesvoyes s’ainsy estoit 
que les evesques de Metz l’eussent fondée , comme on suppose, 
il est à présumer que ce aurait esté et serait par la permis- 
sion et de la licence des quatre gouverneurs et habitans du 
dict Espinal ayant pour et adjoncques le gouvernement du dict 
chastel. 

Au dix huictiesme des di's articles qui s’ensuit : 

Item nuis n’y puet imposer gabelles sur vin, biefs ne 
autres denrées sy ce n’est un evesque de Metz et naguières 
que, à la prière de ceux d’Espinal, octroya le dict evesque 
de Metz de mettre deux deniers sur chascune quarte de vin 
et au prouffit de la viile , et pour ce baillent au dict evesque 
de Metz les dicts d'Espinal , quatre cents florins de Rin. 

Dient les dicts d’Espinal que, de leur autorité, sans licence 
ne consentement de quelconques seigneurs ou seigneuries, 
ont accoustumé de mettre et imposer gabelles en la dicte 
ville et d'icelles lever les proflcts etcsmoluments et les appli- 
quer à leur singulier proffict : ou cas touttesvoyes que l'evesque 
de Metz, pour le temps, aurait, comme on prétend, octroyé 
sur ce aucunes lettres, ce aurait esté et serait de sa voulenté 
et ignorans les dicts habitans. 

Au dix neuviesme des dits articles qui s’ensuit : 

Item a ung evesque de Metz sa prison en la dicte ville pour 
y faire mettre les malfaiteurs et délinquans à l’accomo- 
dcment de son prévost ot officiers, quant le cas le désira 


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— 25 * — 


et nuis ne puet mettre la main à malfaideur ne autres 
quelconques et quels qu'ils soient, s’il ce n’est par l'or- 
donnance et commandement de l'officier de l’evesqae de Metz 
et par ses doyens et sergens. 

Dient les dicts d’Espinal que se les officiers désignes ou dict 
article ont par adventure, aucunes fois mis la main à mais- 
faicteurs et les ont emprisonnés ce a esté par la permission et dn 
bon gré des quatre gouverneurs du lieu qui de ce faire en les 
instituant ez dicts offices tant comme souverains , leur ont 
donné auctorité, ce que paravant, nonobstant la nomination ou 
eslection d’eux faicte par l’evesque de Metz, ils n'avoient pas et 
ne povoient faire; lesquels d'Espinalde toute ancienneté ont 
auctorité et puissance de colloquer prisonniers par eolx prenz 
pendant leurs guerres ou autrement, esquelles tours, clousteore 
et fermeté de ce chastel et ville d’Espinal que mieux leur a 
semblé, sans y appeler, s’ils n’ont voulu, quelconques des 
dicts officiers et sans ce aussy que le dict evesque de Metz y ail 
quelconques prisons déterminées; mais il est a&sez convenable 
que se les dicts officiers auctoriséz comme dessus, prennent 
quelque malfaicteur, ils aient lieu pour le détenir attendu que 
ce conserne le bien publicque et punition des mauvais. 

Au vingtiesme des dicts articles qui s’ensuit : 

Item s’il y heut homme jugié à mort, par justice do lieu, 
le prévost de l’evesque de Metz le faict exécutter et ly poet 
faire ung evesque de Metz grâce et rémission s’il ly plait. 

Dient les dicts d’Espinal que les officiers du dict evesque 
sont purs et nud exécuteurs de justice et n'ont iceux ne le 
dict evesque de Metz puissance ne auctorité de remettre ou 
quitter cas crimineux ne relaicher ou faire grâce à ceux qui 
les ont commis, quant pour ce sont jugiez à mort 
Au vingt et uniesme article qui dict: 

Item toutles les tours des murailles d'Espinal ou qu’il y ait 
hahitation doivent censure et droictures à ung evesque de Metz et 
le payent ceux qui s’en aydent de la dicte habitation et est signe 
évident que les murailles et tours sont à ung evesque de Metz , 
Respondent les dicts d’Espinal que, des temps devant dicts, 


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ils ont accoustumé de réparer, retenir et maintenir il leurs 
frais touttes les tours et murailles des cloustures de leurs 
chaste! et ville et en iceulx ont eu des dicls temps leurs aisances, 
allées et venues touttes fois qu'il leur a pieu, nonobstant 
quelsconques édifices y faicts; et, n’est souffisant i Hat ion de 
conséquence, l’evesque de Metz a censive sur une maison 
colloquée au fort d'une tour. Ergo la tour est sienne, car plus 
y a et doict avoir d’auctorité et de souveraineté le propriétaire 
réel que le censuaire d’icelle, aussy par adventure que les 
habitans és dictes tours ont par dévotion et à la décharge de 
leur conscience donné an dicî evesque qui est prélat d’église, 
ces dicts censaulx afin d’estre en ses recommandations ou 
il les puet avoir acquesté à ses frais. 

Au vingt deuxiesme des dicts articles qui s’ensuit : 

Item puet le prévost faire xawer touttes les fois qu’il ly 
plairait les mesures de la ville pour scavoir si elles sont justes 
et se non, touttes celles qui ne sont mie justes, doivent 
soixante sols d’amende à l’evesque. 

Respondent les dicts d’Espinal que les quatre gouverneurs 
du lieu ont accoustumé de garder et gardent devers eulx 
les patrons et attalons des mesures nécessaires en leur ville 
au regard de touttes choses qu’on puet mesurer et livrer et 
ne peuvent les officiers articnléz, icelles mesures faire plus 
grandes ne amaurir sans la voulenté et bon plaisir des dicts 
gouverneurs et habitans du lieu qui ont accoustumé , comme 
dict est, et gardent les dicts patrons à la conservation du bien 
puhlicque et pour éviter que, par les dicts officiers, fraude 
n’y soit commise, se au surplus iceulx officiers ont aucunes’ 
fois xawé et adjusté aux dicts attalons aucunes mesures et 
puny les délinquans en est que sur.ee il leur loisoit assez, à 
cause de leurs dictes offices qu’ils exerçoient des permission 
et auctorité que dessus. 

Au vingt-troisièsme des dicts articles qui s’ensuit : 

Item ait encor ung evesque de Metz plusieurs aultres 
droictures et seigneuries en la dicte ville et au ban qui ne 
æ puellent mie touttes mettre par escript comme les copilkms 


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— 254 — 


' gu’ila prennent sur le sel et autres choses qui se vendent au 
dicl lieu d’fispinal lesquels aucuns d’Espinal tiennent en gage 
des prédécesseurs de mon dicl seigneur qui est à présent; 

Dient les dicts d’Espinal que le dit article est général , confus 
et indéterminé auquel n’afliert quelque response et, au regard 
des copillons de sel que l’evesque prêtent à lui appartenir, etc. ; 
s’ils lui appartiennent les lieux s’il peut, par la levatioo 
desquels on ne puet arguer ne prétendre seigneurie ou lieu 
ou on les liève attendu que simples bourgeois et gens de prosté 
peuvent tenir, lever et parcevoir semblables rentes à eulx adve- 
nues ou escheues tant de leur patrimoine comme par acquest 
ou autrement. Lesquels pour ce ne seroient ne deveroient 
être aussi réputez seigneurs du lieu ou ils les leveroient. 

Au regard des lettres dallées du damier jour du mois 
d’aoust, l’an mil quatre cents quarante quatre, queprestend 
l’evesque de Metz avoir esté, par Ie9 dicts d’Espinal à l'avenue 
du Roy nostre sire es marches de par deçà escriples à ses 
officiers en son absence dont et desquels la teneur s’ensuit et 
est telle (1) : Très ebiers et honorèz seigneurs nous nous recom- 
mandons à vous; plaise vous à scavoir que leSeneschal d’Anjou, 
gouverneur du roi de France et de Sicile nostre seigneur des 
guerres et marches de par deçà nous requiert d’avoir l’obéis- 
sance de la ville et du chaslel d’Espinal et toute la seigneurie 
et estre soubgiez comme la cité de Paris et de tout mettre et 
bouttes fuer très révérend père en Dieu nostre très redoublé 
seigneur, monseigneur de Metz, que nous semble estre chose 
moult eslrange et ne nous donne terme de respondre 
jusques à cestui prochain mercredy a souleil levant comme 
il vous apparoislra par la copie du traictiez qu’il nous a 
a envoyée laquelle vous envoyons. Se envoyons par devers 
vous, pour que nostre très redoublé seigneur n’est point à pays 
priant et requérant de nous aydier, soustenir et conforter et 
deflfendre et y pourveoir d’envoyer par devers les dicts Roys 
pour y remédier et teillement faire que, moyennant vostre ayde 


(i; Ces lettres sont collationnées pins haut. Voir pièces justificatives 1444* 


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— 255 — 


el bon pourchas, soit gardée et deflendue la seigneurie de 
nostre dict seigneur et que par contraincte ne nous conveigne 
faire chose que soit à desplaisir et dommage de ncstre dict 
seigneur et de son eveschié, ce que nous voulrions faire en tant 
que le pourrions obvier. Dieu dict seigneur qu’il vous ait en 
sa sainte garde. Escriptes le darrier jour du mois d'aoust 
l'an mil quatre cents quarante quatre. Et sur ce vous plaise 
avons rescrire voslre response et brievc. 

A nos très chers seigneurs et lieulenans de nostre très 
redoublé Seigneur Monseigneur de Metz et à chacun d’eulx, 
Les quatre gouverneurs de la ville d’Epinal. 

Dient iceulx d’Espinal que, pour adoncques, à l’occasion du 
contenu es dits lettres qui leur estoit bien merveilleux, ils 
furent et non mie sans cause troubléz et en grand soussy et 
pourchas envers divers princes et seigneurs Et en tant qu’ils 
recourirent à l’ayde des gouverneurs du dict evesque ce fuit 
pour la communication et bonne amitié qu’ils avoient envers 
luy et pourtant qu’il avoil aucunes revenues en leur ville et 
fuer d’icelle seigneurie à eulx prouchaine, laquelle pareille- 
ment ou vouloit envahir, espérans que conjoinctement ils se 
deflfendroient par quoy ils seroienl plus forts en leurs defîenses. 

Et au surplus en temps que le dict evesque voulroit prétendre 
les dits d’Espinal luy avoir confessé ou attribué quelque sei- 
gneurie en leurs dits chastel et ville par la clause contenue 
en leurs dictes lettres , c’est assavoir « et du tout mettre 
et bouter fuer très révérend père en Dieu nostre très 
redoubté seigneur monseigneur de Metz, etc.» Dient ceux 
d’Espinal que icelle clause à bon entendement doit estre 
referée à sa clause plus prouchaine. C’est assavoir que le 
Seneschal d’Anjou demandoil avoir l’obéissance de toutte la sei- 
gneurie etc. que puet assez apparoir par le commencement des 
dites lettres où il est escript. « Plaise vous a savoir que le 
Séneschal d'Anjou gouverneur des Roys de France et de 
Sicile nostre seigneur des guerres es marches de par 
deçà nous requiert d’avoir l’obéissance de la ville et du 
chastel d’Espinal et toute la seigneurie et estre soubjects 


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— 256 — 


tomme la cité de Paris et de tout mettre et boutter fuet 
etc. » Car après ce qu’ils avoyent escript que le dicl séneschal 
leur demandoit l’obéissance des villes et chastel d’Espinal qu’ils 
possédoient continuons autre matière mirent en leurs dictes 
lettres une conjonction copulative et laquelle de sa nature 
conjoinct diverses choses , c’est assavoir ; Disans Èt toute la 
seigneurie en déclairant par ce qu’ils n’entendoient point parler 
ne escrire que le dict Séneschal voulsist bouter fuer l’evesque 
de Metz de leur dits chastel et ville en tant que puis après ils 
(nettoient en icelles lettres « et mettre et bouter fuer nostrt 
dict très redoublé seigneur. > Car il n’estoit point nécessaire 
de le mettre et bouter fuer de ce qu’il n’avoit oneques possédé 
ne possédoit , c’est assavoir des dicts chastels et ville. Ainçois 
estoit leur entendement qu’il le demandoit estre bonté fuer 
de sa seigneurie et pourtant démonstroyent au dictevesque, 
signe d'amitié de l’en advertir pour y obvier s’il luy plaisoit 
ne Iqur doit aussy préjudicier l’onnour que par icelles leurs 
lettres ils exibent au dit evesque en escripvant € nostre très 
redoubté seigneur » car pareillement escripveroient-ils et 
l’ont accoustumé de faire à semblables prélats d’église et 
autres princes temporels lesquels par et pour ce ne se peuvent 
dire ne prétendre estre leurs seigneurs. 

Quant au sourplus des autres requestes que le dict evesque 
de Metz faict au Roy, nostre sire, elles concernent princi- 
pallement et singulièrement icelluy seigneur pourquoy les dicts 
d’Espinal. remettent à Sa Royale Majesté et aux seigneurs de son 
très noble conseil les responses à faire sur ce , après cestes. 

Mais pour plus ample déclaration des choses, devant dictes 
et affin qu’il apparaisse évidemment que les dicts d’Espinal, 
n’ont pas esté des temps devant dicts à l’evesque de Metz, 
dient ioeux d’Espinal que touttes et quantes fois qu’il leur 
a pieu ou à aucun d’eulx , appeler et reclamer de quelconques 
sentences et jugemens rendus à l’encontre d’eulx ou leur 
dicte ville par la justice d’illec, iis en ont peu appeler et 
poursuir leur appel devant le maistre eschevin de la cité 
de Metz, lequel, pour raison de son dict office, n’est en 


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. — 257 — 

Ken subject au dict evesque et non par devant icelluy evesque; 
«es officiers ne autres quelconques et ont les sentences et 
jugemens rendus sur les dicts appels par le dict maistre 
cschcvin durant les temps devant dicts, tenu et sorty leurs 
plains effects sans ce que d’iceux ou n’a peu ne deu plus 
avant autre part poursuir ne reclatner, ce qu’ils n’eiissent peu 
ne deu faire s'ils fuissent ainsi subjects au dict evesque 
qu'il prétend , ainçois eussent deu appeler à luy comme leur 
Seigneur ainsi que font ceux des villes de son eveschié. 

Item est à considérer que, en certain temps de pieça passé, 
le dict seigneur Conrad, à présent evesque de Metz, S’efforçant 
par divers moyens de séduire et attraire à luy les dicts 
d'Espinal, affin de les luy rendre soubjectz, fit au lieu du 
Pont-à-Mousson par devant feu, de très noble mémoire, 
M. le marquis du Pont et les gens de son conseil iilec 
estant, poursuilië et requeste à l’encontre de Waultrin de 
Teulyères, escuyer sur et des dommages faicts par luy et 
ses complices sur les habitants d'Espinal qu’il pretefldoii 
estrcrses hommes; auquel ledit Waultrin cogniSsant véritable- 
ment que iceulx d’Espinal n’estoient pas de (elle condition 
ny ainsi subjects que les prétendoit estre le dict Evesque, luy 
demanda en jugement qu'il exhibast et produisit illec pro^ 
curation souffisante s’il l'avoil de ceux d’Espinal autrement 
il ne leur responderoit plus avant ; ce que àuSsÿ ne ûst et 
et par ainsi le dict evesque cognoissant et considérant la 
* response et requeste du dict Waultrin estré bonnes et raison- 
nables, manda hastivement aux dicts d'Espinal qu’ils luy vôui- 
sissent envoyer là dicte procuration , avouant par cè et confes- 
sant fedit evesque , tant taisiblement comme expressément ,' 
les dicts d’Espinal non estre ses hommes et soubjectz comme 
il prétend présentement. 

. Item que des temps ci-dessus déduits , l’evesque de Med! 
pour le temps ai cessé de nommer et de eslire les gouverneurs 
de la chose publicque de la ville d’Espinal, recepvoir d’iceulx 
par aultre ne de par luy quelconques sermens, les aussy 
instituer ne envestir de leurs dicts offices, de convocquer 

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— 258 — 


par luy ne ses officiers les habitans du dit Espinal à leur 
conseil , y conduire de faire aussy sonner cloches pour icelles 
ne autres convocations de peuple faire en la dicte ville, 
de faire cloir ne ouvrir, à son plaisir, par luy ne ses officiers 
les portes des chastel et ville du dict Espinal et d’en avoir 
et recepvoir les clefs ne la possession d’iceulx chastel et villes, 
tours, murs et de leur fermeté, de payer, aussi instituer et 
destituer les officiers à la garde d’iceulx chastel, villes, 
tours, murailles et fermeté nécessaires et commis; de faire 
aussy ne ordonner aussy estre faicl le guet ès dict lieux ne 
de le visiter aucunement par luy ne autrement, de recepvoir 
et appréhender héritages ou biens immeubles après le decèz 
de quelcun exécuté au dict lieu d’Espinal; de faire plus 
grande ou amanrir les mesures d’illec; de faire aussi mon- 
noye au dict lieu, ainçois ont les choses auparavant cy-dessus 
articulées pour la partye et en faveur des dicts d’Espinal 
d’iceulx temps possède les dicts quatre gouverneurs et habi- 
tan» d'icelluy. Par quoy puet clairement apparoir que le 
dict seigneur Conrad , a tort et sans cause du moins légitime 
travaille, inquiète et moleste iceulx d'Espinal et qu'il leur 
a bien esté* licite, attendu ce que dict est, eux réduire au 
Roy, nostre sire, ensemble leurs biens, chaptels et villes (Ij. 

Cette longue réponse des Spinaliens fut transmise par eux à 
ceux des gens du conseil qui devaient défendre leur cause en 
Cour de Rome. Il y avait certes de bonnes raisons alléguées 
par enx contre une puissance qui les avait accablés d’impôts 
et de sacrifices de toutes sortes. Ce réquisitoire était peut-être 
destiné à changer l’appréciation des juges s’il leur avait été 
•soumis, mais il ne le fut point. Charles VII, comme en 1451, 
éluda la comparution devant les cardinaux. Aux termes fixés, 
les envoyés de l'évéque se présentèrent, mais ils furent 
encore seuls et personne ne vint soutenir les prétentions du 
roi de France. La question ne put donc encore être jugée. 

(I) Orig. Arobrr. ic la Kenrlbe. Ley. Bpioal 1. N* 146. — lu. de b 
Tille AAI. 


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— 259 — 


Conrad, nu récil de celle nouvelle manœuvre dû Roi , tomba 
dans le découragement. Voyant que tout devenait inutile, 
que c'était un parti pris de la part de son adversaire de ne 
subir aucune justice et de conserver Epinal, il crut qu’il 
devait agir lui-même et vintréciamer de nouveau , en personne, 
ses droits attaqués et les privilèges méconnus de son église. 
Charles VII était alors à Tours, l'un de ses séjours de 
prédilection, jouissant, au milieu d’une cour brillante, de 
ses récentes victoires et célébrant par des plaisirs et des fêtes 
les succès de ses armées et les défaites éclatantes de ses 
terribles ennemis. Son royaume était délivré, son but ac- 
compli, et il pouvait- enfin contempler, avec calme, l’avenir 
qui lui avait apparu si sombre et si menaçant pendant un 
demi-siècle. 11 s’occupait fort peu alors de la campagne de 
Lorraine, de ses résultats et surtout des plaintes et des récla- 
mations de Conrad. Un jour enfin , on lui annonça l’arrivée 
de l’évêque de Metz avec une suite nombreuse. C’était, la 
seconde fois que celui-ci se présentait à la cour pour l’affaire 
d’Bpinal. Comme la première fois, la question fut étudiée 
dans les conseils de Charles VII ; il fut nommé une sorte de 
commission chargée de reviser les pièces. Elle était composée 
de l'évêque de Constance, du grand sénéchal, de Jean 
d’Eslouteville, seigneur de Torcy, et de quelques autres hauts 
personnages. 

On tenta une nouvelle solution des difficultés et, après 
mûre délibération, on proposa à l’évêque de le désintéresser 
dans la possession de la châtellenie d’Epinal. On lui offrit 
20*000 écus pour le dédommager de la perte de son ancien 
héritage. Conrad refusa. Il allégua qu’il ne pouvait accepter 
pareil marché sans la permission du pape, sans celle de 
l’Empereur dont il reprenait ses droits , sans le consentement 
du chapitre de son évêché; qu’il ne lhi était point loisible 
d’aliéner une portion des biens légués par ses prédécesseurs. 
A prés ce * non possumus » , il reprit le chemin de son 
évéché , plus irrité et plus mécontent que jamais. 

Cette résolution extrême inquiéta les gens du conseil et 


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— 260 — 

Charles VII lui-même s’en émut. On craignit que l’évêque ne 
trouvât de nouvelles forces dans l’empire. Aussi lorsque l'é- 
vêque de Constance quitta la cour pour venir en Allemagne, on 
le chargea de continuer les négociations et de tenter un nouvel 
arrangement avee Conrad. Il appela celui-ci à Andemach, et 
là, une entrevue eut lieu entre les deux prélats Conrad, sans 
décliner tou» ses droits, fit, contre toute attente , de grandes 
concessions. Il déclara que; puisque le Roi ne considérait 
Epinal que comme une place qui devait lui être ouverte, et 
où il devait percevoir certains droits, il voulait bien consentir 
à lui laisser le libre accès de la ville et la perception d’un resal 
d’avoine et d’une géline par conduit, à condition que, lui, 
évêque, conserverait ses droits seigneuriaux, sous la protection 
et sauvegarde du pape et de l’Empereur. Après le dépsrt des 
mandataires du Roi , il envoya à Bourges, où se trouvait alors 
Charles VII, scs neveux chargés de cet arrangement. Voyant 
une apparence d'irrésolution dans la conduite de l’évêque, 
Charles refusa cette 'transaction. Les envoyés demandèrent 
qu’on rendit au moins les villages du ban et qu’on soumit 
la question à des arbitres. On leur répondit que si 
l’évêque ne voulait point accepter les 20,000 écus offerts, 
on lui proposait de porter la querelle devant le Parlement 
de Paris On savait parfaitement que l’évêque de Metz , vassal 
de l’empereur, ne pouvait accepter celte juridiction (4). Ce 
fut la dernière négociation à laquelle Conrad Bayer put prendre 
part. Dans les dernières années de sa vie, il fut néanmoins 
toujours préoccupé de cette question. Il s’adressa à ses amis, à 
ses parents, à Jean de Bade, archidiacre de Trêves, à Charles, 
marquis de Bade , à Georges , son frère. Il alla même jusqu’à 
passer, en 4457, un traité avec ces derniers, par lequel il 
accordait la coadjutorerie de son évêché à Georges, chanoine de 
Cologne, frère du marquis de Bade, à condition qu’ils l'assisr- 
teraient l’un et l’autre de leurs conseils et de leurs armes contre 
les Spinaliens. Enfin il tomba malade à Vie au mois de mars 

( <) Pièces jotlificsürcs. 


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— 261 — 


4459, se fit transporter à Metz et mourut le 20 avril suivant (4) 
dans les bras de son neveu Jean Bayer. Il n’eut pas en mourant 
la satisfaction d’avoir atteint son but et de voir cette châtellenie 
d’Epinal, pour laquelle il avait tant négocié, rendue à son évêché. 
Il y avait dix ans que, sans relâche et sans repos , il poursuivait 
celte question insoluble, dix ans qu'il signait des conventions 
éludées presqu'aussitdt que signées, dix ans qu'il portait la 
question de Rome à la Cour de France, de la Cour de France 
à Rome , sans avoir pu jamais obtenir une solution. Ni les 
tourments, ni la famine, ni l’excommunication n’avaient pu 
décourager les Spinaliens, ses implacables et patients adver- 
saires. Ni les messages, ni les voyages personnels, ni les 
suppliques, ni les menaces n’avait ébranlé la résolution ferme 
de Charles VII de ne point rendre cette seigneurie perdue aux 
frontières de son royaume et qui n’était entrée en sa posses- 
sion que par un concours exceptionnel de circonstances. Ce 
n'était pourtant certes ni les médiocres avantages que retiraient 
les bourgeois de leur situation présente , ni les maigres revenus 
que percevait le trésor qui avaient entravé la solution des diffi- 
cultés. Mais, d’une part, une longue suite de calamités et de 
misères, causées par les évêques de Metz, avait précédé l’occu- 
pation françaiseàEpinal; d'autre part, c’était tout ce qui restait 
de la campagne entreprise en Lorraine. On comprend dès 
lors que les Spinaliens n’aient point voulu rentrer sous un 
joug odieux et que Charles VII ail tenu à les conseryer comme 
un dernier débris d’une campagne malheureuse. D’un célé, la 
souffrance et la ipisère , de l’autre , la haine et l’ambition 
avaient alimenté la querelle ; or , quand les malheurs ou les 
passions dominent les hommes, ils se jettent, sans réflexion , 
à travers les événements. 

Le successeur de Conrad, au siège épiscopal de Metz, fut 
son coadjuteur, Georges de Bade, allié au marquis de ce nom 
et à presque toutes les grandes familles d’Allemagne. C'était 
à lui que revenait désormais la lourde tâche de reconquérir 

(4) Gall. Cbriitiana. Ton». XIII, Col. 796, 


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— 268 — 


Spinal. Il avait déjà, avant son avènement, pris part soi 
négociations entamées par Conrad ; la question ne loi toit 
donc ni étrangère ni indifférente. Aussi, quelques mois après 
6on installation, reprit-il les pourparlers interrompus depuis 
quelque temps. La santé du Boi qui devenait de plus en 
plus mauvaise, ses querelles avec son fils, tout enfin pouvait 
faire espérer une solution si longtemps attendue. Il envoya des 
représentants vers Charles VII, parmi lesquels Henri Bayer, 
négociateur accoutumé dans cette affaire. On leur promit, 
comme toujours, d’envoyer des commissaires vers les marches 
de Lorraine. Ils devaient s'y rendre le 1“ septembre 1460, 
mais à cette date aucun mandataire ne s’était présenté. 

Georges réclame la promesse faite (I) (17 septembre 1460). 
Charles répond qu’il envoie ses représentants à Epiual 
pour connaître les droits respectifs de l’évêque et des habi- 
tants (2) (18 octobre 1460). Nouvelles réclamations de l’évêque 
qui n’a point vu les envoyés royaux (3) (décembre 1460). 
Le Roi répond que les représentants, qu’il destinait à celte 
enquête, sont absents, mais qu’il les enverra dans un bref 
délai (4) (29 janvier 4461). Georges paraissait disposé à 
continuer aussi activement que possible la revendication de 
ce qu’il appelait le patrimoine de ses prédécesseurs, lorsqu’un 
événement prévu du reste depuis quelques mois , vint mettre 
un terme aux négociations : au commencement de juillet 4464, 
il apprit que le roi de France était gravement malade et que 
ses médecins ne conservaient aucun espoir. On connaît la 
fin terrible de ce Roi, mort de désespoir et de faim. (22 juillet 
4464.) 

Cette nouvelle fut un deuil public pour les bourgeois d’E- 
pinal. Ils croyaient perdre en Charles VII leur protecteur le 
plus puissant et ne connaissaient rien d’ailleurs des intention» 


(4) Pièce* justificatives. 
(2) Ibid. 

(5) Ibid. 

(4) Ibid. 


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— 263 — 

de son successeur à leur égard. Tant de luttes soutenues , 
tant de sacrifices imposés, tant de misères et de privations 
supportées pour s’arracher à la tyrannie, tout cela devien- 
drait-il inutile et vain ? L'avenir seul pouvait répondre. Des 
prières publiques eurent lieu pour le repos de Tâme du Roi 
défunt. Le bailli, les gouverneurs, les bourgeois et tous les 
habitants y assistaient. Puis on s’assembla , on se demanda 
quelles résolutions prendre ; on choisit, parmi les plus in- 
fluents de la ville , une députation qui irait exposer au nouveau 
Roi , la situation critique d’Epinal et le dévouement entier 
et profond de ses habitants à la couronne de France. Pendant 
ce temps, Georges se préparait, de son côté, à continuer la 
lutte, à poursuivre le but tant souhaité. Mais il avait main- 
tenant à combattre un adversaire redoutable. Louis XI régnait, 
relevant d’une main ferme et vigoureuse , le sceptre chancelant 
de son père. L’affaire d’Epinal allait changer de phase. 

III. 

Nous avons vu que l’une des premières préoccupations 
des bourgeois, à la nouvelle de la mort du Roi , avait été de 
nommer des mandataires qui iraient exposer à son successeur 
la situation de la ville. Au mois d'août 1461, ces envoyés se 
mirent en route. Ils étaient porteurs d'une supplique par 
laquelle leurs compatriotes demandaient le maintien de leurs 
privilèges et la confirmation des franchises accordées par 
Charles VU. Louis écouta favorablement leur requête (4). Par 
une charte du 1* r septembre dans laquelle il rappelle le 
dévouement des bourgeois au feu Roi , leur longue lutte 
pour rester attachés à la couronne , il confirme tous les 
privilèges à eux accordés par son père. Vers le même 
temps, Georges, évêque de Metz , qui, sans se décourager, 
ramenait au jour l’éternelle question , avait aussi envoyé 


(I) Voir pièces jostificilWes. 


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— 264 — 


vers Louis XI Henri Bayer de Boppart et Jean de Toulon. 11$ 
furent parfaitement reçus par le nouveau Roi qui leur promit 
que, dès que leur maître et seigneur aurait produit les 
preuves certaines de ses droits sur la châtellenie d’Epinal, il 
était tout disposé à entrer en composition. Quelque temps 
après, le {5 septembre, Jean de Toulon revenait à Paris avec 
de nouveaux factums et porteur d'une supplique de l'évêque. 
Louis XI, mieux que personne, savait à quoi s’en tenir sur les 
dangers qu'il y avait à lutter avec un vassal de l’Empereur 
Comprenant que |a possession d’Epinal, hors des frontières, 
au milieu d’un pays étranger, ne pouvait être d’une grande 
importance, ni d’un grand revenu pour la couronne de France, 
il n'était guère disposé à suivre la même marche que son 
père. Cependant, il ne voulait point abandonner complètement 
petle conquête. Il chercha donc un moyen de conserver Epinal 
sous sa souveraineté, sans être obligé de soutenir la lutte aveç 
l’évêque de Metz. Il résolut d'en donner la possession, en fief, 
à Thiébault de Neufchâtel, maréchal de Bourgogne, auquel 
il avait de grandes obligations et qui lui avait demandé cette 
ville (1). Mais il avait compté sans les circonstances, et surtout 
sans l'opiniâtreté des Spinaliens qui ne voulaient pour rien au 
monde d’autre seigneur direct que le roi de France. Ici se 
place un épisode fort curieux et fort intéressant. C'est le spec- 
tacle d’une ville voulant rester française, malgré le Roi ; fait 
des plus rares dans notre histoire et qui, à première vue, 
parait inexplicable. On so demande comment une ville seule, 


(I) Voir pièces justificative*, cl Chrori. de Lorr. , chapitre LII. — Do» 
CalmeU Hist. Tome 3. Preu v. Col. XXIX — Digot. Hist. Tom. III pêge 1 18. 
C’est à tort que M> Digot prétend que ce ne fat qu’en t465 qae Loaialt 
donna Epinal j Thiébaat. Cet historien , d’an mérite incontestable d’ailtears, 
ne nous paraît pas a’ètre rendu parfaitement compte da commencemeei de 
ces négociations impossibles b débrouiller sans les documents originaux- — 
Ce Thiébault de Neufchâtel descendait d’an autre Thiébault da même nom, 
qui avait épousé Alix , seconde fille de flenri V, comte de Vaadémool , et 
qui avait obtenu, au moyen de ce. mariage, U propriété de Châtu'-sar-MoseUe , 
Bain ville aux -Miroirs et Chaligny. — Digot. Ilist.Tom* IIT, page 118. 


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— 265 — 


abandonnée loin des frontières , environnée d'ennemis , 
luttant depuis un siècle, non-seulement contre les hommes, 
mais contre tous les malheurs et toutes les misères, refuse 
d’appartenir à un puissant seigneur, son voisin, qui peut, 
bien mieux que le roi de France , la secourir et la protéger ; 
mais pour peu qu’on jette les yeux sur l'histoire d’Ëpinal, sur 
ses éternels démêlés avec ses seigneurs, on saisit promptement 
la cause dece^te anomalie. Ses bourgeois avaient respiré dans 
TBtatde Metz, en Alsace, en Allemagne, tout autour d'eux, 
l'amour de l'indépendance, la haine du servage. Devenir une 
ville libre, une sorte de république, tel était leur hut, telles 
étaient, au sein du malheur, leurs plus vives aspirations. Ils 
disputent pied à pied leurs franchises , leurs privilèges obtenus 
par la patience et par la lutte; ils défendent leur château et 
leurs murailles avec une rare énergie, ils veulent être gouver- 
nés par leurs pairs et non par un maître. Peu leur importe qu’il 
s'appelle l’évêque de Metz, le duc de Lorraine, le maréchal 
de Bourgogne; ce qu’ils veulent avant tout, c’est leur liberté, 
c’est, pour leur cité, l’organisation des villes libres qu’ils ont 
parcourues, qu’ils ont vues riches et florissantes. Or, la dé- 
pendance, plutôt nominale qu'effective, dans laquelle ils se 
trouvent, à l’égard du roi de France, leur donne cette situation. 
Il y nomme bien un bailli , mais son autorité est 
toute nominale , il ne peut rien sans les quatre gouverneurs 
qui, eux, sont élus par les bourgeois. Il nomme bien un 
un receveur, mais que leur fait la perception d’impôts 
réguliers près des vexations qu'ils ont subies? En réalité, ils 
sont presque, vis-à-vis du roi de France, dans la même 
situation que les villes libres d’Allemagne vis-à-vis de l’Empe- 
reur. C’est ce qu’ils demandent , c’est ce qu’ils réclament depuis 
si longtemps. Voilà ce qui explique la résistance si énergique 
qu’ils vont faire à Louis XI qui veut les séparer de sa couronne. 

Le 2 janvier U63 , Louis envoyait à Épinal Martin de 
Bellefaye, conseiller au Parlement, porteur d’une procu- 
ration du Roi et d’une lettre aux habitants. Louis leur fait 
savoir que sa volonté est que Thiébault, seigneur de Neuf- 


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— 266 — 

châlel , d’Épinal, et de Chùtel-sur-Mosellc , maréchal de 
Bourgogne, ait la jouissance pleine et entière des ville, ban, 
terre et seigneurie d'Épinal, pour lesquelles il lui a fait 
hommage ; que son intention n’est point de les séparer com- 
plètement de la couronne de France, comme il l’ont cru, 
mais' de donner seulement la jouissance de celte seigneurie 
à Thiébault ; qu'il leur envoie Martin de Bellelaye pour opérer 
entre les mains du maréchal la remise de cette seigneurie, 
qu’ils aient à obéir en tous points à ses ordres (I). Les 
bourgeois refusent de reconnaître Thiébault pour seigneur 
et en appellent au Parlement de la décision du Roi ; « car 
il nous vaulroit mieus morir que tomber és mains du dit 
mareschal. > Thiébault eut recours à la violence Des courses 
furent faites par ses soldats sur les terres de la seigneurie 
et contre la ville elle-môme. Mais les Spinaliens lui opposèrent 
une vive résistance , et il fut obligé de s'adresser au Roi. 
Le conseil décida (8 mars) que , jusqu’à nouvel ordre , la 
seigneurie serait mise sous la protection de Geoffroy de Saint- 
Bélin , bailly de Chaumont, et que toutes prises et tous 
prisonniers seraient rendus de part et d’autre. Cependant, le 
26 juin suivant, il y eut, dans la ville, sur le petit pont 
de Rualménil, une assemblée où comparurent Hugues de 
Bondil, vicomte de Gisors , mandataire de Thiébault , Étienne 
Baudenet , bailli , Guillaume de La Salle , gouverneur de la 
ville pour le Roi , et plusieurs des bourgeois les plus no- 
tables (2). 


(i) Pièces justificatives. 

(3) La chronique de Lorraine dit que l. rsque Louis XI eut décidé de 
donner 1s seigneurie d'Épinal h Thiébault de 'Peufcbâtel , il fat convenu 
qoe Geoffroy de Saint-Bélin , bailli de Son* . serait rbar.é d'apprendre 
cette nouvelle aux bourgeois, qu'il vint en compagnie de Thiébault i 
Cbâlel où c ils firent bonne chicrc jusque* au lendemain », persuadés 
qu’ils ne rencontreraient aucune rosi- tance. La même chronique ajoute 
que, lorsque Geoffroy se présenta , il trouva de la part des bourgeois une 
vive réaistaoce et toutes les portes fermées, qu'il s'en retourua i Cbitei 
avec le maréchal. Si le* événements se rapportant b Saint-Bélin sont 


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— «67 - 

Alors Hugues s'adressant aux gouverneurs et au bailly . 
« Monseigneur le Bailly, et vous M. le Gouverneur, vous 
estes chiefs de justice icy, faicles moy estre obéy selon le 
contenu de ce mandement, ainsi que le Roi le mande ». 
Ceux-ci répondent qu'ils obéiront et ordonnent aux bourgeois 
présents d'en faire autant. Alors l'un d'eux , nommé Régnier 
Molet, au nom des quatre gouverneurs et des habitants : 
€ Monseigneur le Bailly, et vous, Monseigneur le Lieutenant, 
» nous ne voulons contre raison aucunement désobéir au 
» mandement du Roi, nostre sire. Mais pour plusieurs grandes 
» doubles ? et menaces qu’on nous donne un cbascun jour, 
» n’oserions aucune chose innover en l’Bstat et Gouvernement 
» decestedite ville et, qui plus est, sommes informez que , 
» par faulx donné entendre , le Roy, nostre dit seigneur, nous 
» a mis hors de sa saincte couronne qui seroit à nostre très 
» grand préjudice, attendu le contenu en nos lettres de Chartres, 
» qu'avons de feu son très chier seigneur et père , que Dieu 
* absoilve , que depuis icelluy seigneur nous a, de sa benigne 
»Jgrace , confirmé , par lesquelles ne debvons à nuis jours estre 


vrai» , il» sont certainement postérieurs I la mission de Martin de Bellcfaye, 
puisque les lettres de créance de celui-ci sont do 9 janvier 1465 et que 
cel es qui mettent la ville sous la protection oc Saint-Bélin ne sont que 
du 8 mars. Noos croyons que l'auteur de cette chronique, qui raconte 
sommairement , du reste , les événements relatifs à Épinal , a confondu 
plusieurs dates , contusions bien permises dans une question si compliquée , 
et si , comme cela est probable, Pasteur n'écrivait pas entouré de tous les 
documents originaux. — Voir Cbron. de Lorraine* Dom Calmai , tome 3. 
l’reuv. Col. XXVIII. C’est peut-être également h cette époque qu'il fout 
placer on fait relaté dans l'o(lQce de saint Goëry, patron d’ppinal. C'est 
le pillage de la ville par une troupe de routiers qui escaladèrent Us 
murailles pendant la nuit et auraient exterminé tous les habitants, saos 
leur vigueur. Voici ce répons : Capto Spinal dolia non virtute desperabant 
atrenui cives de sainte; bostis clam iodegrediens mœnia tranacendit et 
auccensis ædihus bostem lux ovtendit. Cives rue lus incitati improvisée 
mort il *, parai fngam pa vidas prelia vir fortis ad fugandas igitor acies 
prædonom palam clerus evehit patriæ pstronum. — Calme*. Nat. I. Col 394. 
Di"oi. Tome III, page 418. 


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— 268 — 


» séparez de sa dicte saincte couronne; contre lesquelles lettres 
» si vous , Messeigneurs Bailly et Gouverneur, ne aultre pré- 
» sentseta venir, vouliez et vouloient allemplcr ou aucunes 
» choses exploiter en quelque manière que ce soit, nous en 
» appelons dès maintenant formellement en 'Parlement à 
» Paris. Et aussi nostre intencion est d’aller ou envoyer devers 
» le Roy, nostre dict seigneur, pour l'informer au vray et 
» monstrer nos affaires (4). * Devant une protestation aussi 
nette , le représentant de Thiébault n’avait qu’à s’incliner. 
Quelques jours après, les bourgeois, ne sachant pins à qui se 
fier, envoyèrent des mandataires au Roi lui-même pour l’in- 
former des manœuvres du maréchal , pour lui demander si son 
intention était bien de livrer leur ville et la seigneurie tout en- 
tière à Thiébault, pour protester de nouveau contre cet aban- 
don. Louis XI, dans une lettre ambiguë, leur répondit que 
son intention n’était nullement de les séparer de la couronne. 
« Nous sommes bien esmerveillé d’ou procède tel langage 
• et nous est fort difficile à croire que le dit mareschal de 
» Bourgogne ait dict ou faict dire que luy ayons faict le 
» dict don , car ce n’est pas nostre vouloir et intention de 
» donner nostre seigneurie d’Espinal. » Il leur reprochait 
en môme temps leur peu de déférence pour le vicomte de 
Gisors, la manière dont ils l’avaient reçu et leur recommandait, 
sous peine de lui déplaire et de lui désobéir, de laisser accom- 
plir, en leur ville , l’œuvre qui lui avait été confiée (2). C’était 
évidemment jouer sur les mots. Si Louis XI n’avait point aban- 
donné son droit de suzeraineté sur la seigneurie, il n’en avait pas 
moins investi le maréchal; quant à la mission du vicomte de 
Gisors, les bourgeois ne la connaissaient déjà que trop bien. Celui- 
ci, fort des ordres du Roi et des admonestations que les bourgeois 
venaient de recevoir, agissant maintenant comme gouverneur 
de fa ville pour Louis XI, rassembla, le 40 septembre suivant, 
les quatre gouverneurs, Jean Hurault, le jeune, Jean Hurault, 


(i) Pièce» juilificalives. 
(?) Ibid. 

a 


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— 269 — 

l’aîné, Nicolas Collet et Jean Du Prey ; l’un des riches 
bourgeois de la ville , Nicolas Cunot , se joignit à eux. Le 
vicomte voulait leur faire connaître une lettre qu'il devait 
écrire au Roi , au sujdl de la reddition de la ville, et qui 
n’était nullement l’expression du sentiment général des 
bourgeois. < 

NICOLAS CUNOT. — « Monsieur le Gouverneur, nous avons 
» monslré aux bonnes gens de ccsle ville d’Espinal les lettres 
» que vous voulez escrire au Roy, nostre seigneur, touchant 
» la créance que nos gens qui sont retournés de vers luy 
» nous ont apporté , du contenu desquels ils sont merveillés et 
» dient, salve vostre bonne correction, que la dicte créance 
» ne leur a pas été ainsy intimée par nos dits gens que vos 
» dictes lettres les contiennent. Ainçoi leur a esté intimé et 
» rapporté par icelluy Mollet en cesle manière : c’est assavoir 
» que messire Georges Hamert, seigneur de La Rozière, leur 
» dict en ceste manière : « Comment l’entendez-vous? En- 
» tendez-vous que le Roy vous donne ne boute fuers de ses 
» mains? Nenny , il ne vous a point donné ne entend pas 
» vous avoir donné » A donc icelluy Jehan Mollet luy respon- 
» dit : Monseigneur le dicles-vous pour nostre créance? Le dit 
» seigneur respondit : Oui. — Lors Jehan Mollet luy dict : 
» Monseigneur, nous vous disons pour nostre créance que nous 
» aurions plus chier qu’on nous abattit noz murailles et noz 
» maisons sur noz testes que jamais nous dussions avoir 
» aultre seigneur que le Roy et ainsi voulons vivre et mourir. 

> Et pour ce , Monseigneur le Gouverneur, escripvez au Roy 
» en manière que vos lettres et celles que lui escripvons aussy 
» touchant cest cas soient consonnant. > 

LE GOUVERNEUR : — < Adoncq je l’entends tout ainsy 

> que je l'escripts. » 

NICOLAS CUNOT : — « Monseigneur, si vous l’escripvez 
» en ceste manière , ce n'est point par nous , car nous 
» escripverons la vérité. » 

LE GOUVERNEUR : — « A doncq escripvez tout ce que 
» vous vouldrez , je ne vous en crains ne doulte , mais garde 

• 


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— 270 — 

» soy bien cellui qui y ira jescripveroi tout ce que j’ai ouï dire 
» el se vous dictes encore quelque chose, je l’escripveror 

* encore présentement. » 

NICOLAS CUNOT : — « Monseigneur, il ne vous fauldra 
» doncq rien dire si avons nous bonne confiance au Roy, nostre 
» seigneur, qu’il ne nous fera poinct de tort, aussy vous 

* escripverez en vostre lettre que Jehan Mollet a dict que 

* le Roy ne nous puet donné ne doibt. Entendez bien comment 
» il a dict. » 

JEAN MOLLET : — « Monseigneur, j’ay dict a Monseigneur 
» de La Rosière que nous sommes conditionnez par nos 
» Chartres qu il ne nous puet ne doibt donner à autres et que 
» de ce estions contens d’en ouïr le jugement de son Parlement 
» à Paris. » 

LE GOUVERNEUR : — « Vous n’en auierez poinct, je vous 
» en assure, car je le scay bien. » 

NICOLAS CUNOT : — « Nous avons bonne fiance au Roy 
» qu’il nous aydera et ne nous fera poinct de tort (I). » 

Le 43 , eut lieu une autre assemblée où se trouvèrent 
Girard Atel, chanoine de Toul , Élyot, bailly de Tonnelle, 
et Guillaume de Grachault, procureurs du maréchal de 
Bourgogne ; Colin Perron , procureur du Roi , et Nicolas 
Cunot, au nom de la communauté. Les envoyés de Thiébault 
ayant communiqué à Hugues de Bondil, aussi présent, des 
instructions du maréchal réclamant l’entérinement des lettres 
des donations faites par Louis XI et l'occupation de la ville, 
Nicolas Cunot défendit encore une fois la cité. « Monseigneur 
» le Gouverneur, dit-il, j’ay bien ouy ce que Messieurs les 
» procureurs de monseigneur le Maréchal ont icy relaté par 

* les instructions dont ils ont baillé le double, vousscavez 
» que la chose est haulte et pondereuse , et requiert bien 
» maliure et longue délibération de conseil, car elle touche 
» directement le domaine du Roi. Et afin que ne fasse chose 
» que soit à sa desplaisance , je vous demande un mois 


(!) Pièce* juftHlcatim. 

» 


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— 274 — 


» d’espace pour moy conseiller aux gens dif Roy sur ceste 
» matière, ainsy que ou cas appartient. » Hugues reconnut 
la justesse de la réclamation , surtout lorsqu’il vit le procureur 
du Roi, Colin Perron, réclamer aossi ce délai. A la requête 
de Nicolas Cunot , il accorda donc à la ville un mois pour 
prendre conseil des gens du Roi (4). Hais, malgré cette 
concession , huit jours après (20 septembre) le même Hugues 
rassembla les principaux habitants, les gouverneurs, le 
procureur du Roi, les élus des métiers, etc., et essaya de 
rompre .l’engagement pris. « Messieurs, leur dit-il, je fuis 
» hier voler aux perdrix et , environ une lieue d’icy, trouvoit 
» monseigneur le Maréchal , lequel me monstre une lettre 
» qu’il disoit que le Roy lui avoit envoyée , en laquelle entre 

* autres choses, luy mandoit que je le misse en possession, 
» jouissance et obéissance de ceste ville, sans nulz delay 
» et de ce me fist requesle de par le Roy, en offrant vous 

> tenir, mainctenir et garder en toutes vos franchises , 
» libériez et usaiges, tout ainsy que le Roy lez vous a promis 

> et de les vous sceller et jurer. Et pourtant que j’ay une lettre 
» de créance que le Roy m’a envoyé , que je veuille croire mon 
» dict seigneur le mareschal de tout ce qu’il me dira de par luy t 
» ainy comme ceiuy même le me disoit et de ceste requeste 
» qu’il me fist, et pris! pour tesmoings plusieurs de ses 
» gentilshommes qu'estoient avec luy , ensemble un homme 
» d’église de ceste ville, nommé messire Nicolle Prudent, 
» presbtre présent à ce faire. Et pourtant il me fault faire 
» le commandement de mon maistre, je vous requers et vous 

> commande , sous peine de confiscations de corps et de biens, 
» de désobéissance , que vous recepviez mon dict seigneur 
» le mareschal, et lui faictes obéissance selon le contenu 
» de ses lettres de don qu’il a du Roy. » Colin Ferron , 
procureur du Roy, . lui répondit : « Monseigneur le Gou- 
» verneur, vous scavez bien qu’il y a aujourd’hui huict jours, 
» les procureurs de mon dict seigneur le mareschal furent 

* icy pour vous requérir l'enlherinement de ses lettres de don 


ij Pièces jmstificatives. 


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— 872 — 


» qu'il dict avoir du Roy avec plusieurs articles qu’ils efcbi- 
» bèrent pour instructions , sur quoy je demanday pour le 
» Roy, jour de délay pour moy conseiller, et aiosy firent 
» ceux de cesle ville afin que moy ne eulx ne nous mes- 
» prénissions envers le Roy , nostre dirl seigneur , et sur 
» ce nous oclroyastes un mois de délay pour avoir nostre 
» conseil et, depuis, vous avez dict que monseigneur te 
j > mareschal vous avoil ainsy accordé et octroyé , et pour ce 
» m’esloit délibéré d’aller à Paris devers les gens du Roy pour 
» avoir sur ce leur conseil , car le cas est grans etjr affiert 
» bien avoir bonne et mehure délibération de conseil et 
* uiesmernent que le cas tombe et concerne directement 1e 
» domaine dn Roy, et pour ce que, nonobstant ces choses , 
» n’anticipiez le dict terme par quoy ne puis estre conseillé, 
> comme au cas appartient, je m'oppose pour le Roy à vos 
» dictes requestes. Vous rcquérans avoir jour compétent pour 
» dire et desclairer les causes de mon oppositon. Et aossy 
» je ne vies oncques les lettres de don de mon dict seigneur 
» le mareschal , fors seulement une copie d'icelle par 
» laquelle copie appert que les dictes lettres s'adressent 
» premièrement aux habilans et communautés de la dicte 
» ville et ban d'Espinal , après à MM. du Parlement et aossy 
» par mes dicts seigneurs des comtes et trésoriers. Et ainsy ne 
» tenez point l’ordre y requis selon que le Roy l'ordonnance 
» par le contenu en la dicte copie. > Colin Férron ajouta 
qu'il avait les lettres et les chartes obtenues de CbaHes Vil, 
la confirmation de ces chartes par Louis XI , la lettre que 
celui-ci avait adressée dernièrement aux bourgeois, et termina 
en disant que si le vicomte de Gisors voulait passer outre , 
il en appelait au nom du Roi en son Parlement de Paris. 
Nicolas Cunot fit aussi entendre quelques protestations aux- 
quelles applaudirent les bourgeois présents à l'assemblée, 
et, ce même jour, guidés par le même Cunot, Hs en ap- 
pelèrent au Parlement (!) (20 septembre). 

Hugues de Bondil , voyant qu'il n’avait point réussi dans 


(1) Pièces jnilificativei. 


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— m — 

sa nouvelle entreprise , essaya de l'intimidation, tl menaça 
les bourgeois et les habitants de la vengeance du maréchal; 
il devait venir sous leurs murs avec 4,000 hommes, il ferait 
le siège de la ville, abattrait leurs murailles et les forcerait 
bien à se rendre. Les bourgeois ne s’émurent pas, car depuis 
longtemps les dangers ne les effrayaient plus. Ils répondirent 
par une protestation des plus pacifiques. Le i' r octobre, dès 
le matin , le vicomte de Gisors put apercevoir à son réveil 
des panonceaux aux armes de Prance sur le château , sur 
les plus hautes tours et sur les murailles de la ville. C’était 
l’affirmation que la cité appartenait au roi de France et qu’on 
ne pouvant, sans porter atteinte à sa couronne, tenter quel- 
que chose contre elle. Le vicomte comprit parfaitement cette 
protestation ; il appela > le lendemain , les quatre gouver- 
neurs, Nicolas Cunot et quelques autres bourgeois, et 
provoqua une explication. Qui leur a ordonné de mettre 
sv leurs portes les étendards du Roi? 11 n’y a que trois per- 
sonnes en France qui paissent le faire : le Roi, le connétable 
et les maréchaux de France; encore ces derniers ne peuvent 
ils rien sans les ordres du Roi. Eux , cependant , ont 
arboré , de leur propre chef , les couleurs de France , il 
proteste contre cette infraction : « ce n’est pas par moy, je 
n’en veui pas porter la pénitence pour vous. * Il se plaint 
ensuite des procédés des portiers qui n’ont point vould laisser 
sortir de la ville l’un de ses valets , quoiqu’il err eût reçu 
l’ordre de son maître. 

Le défenseur ordinaire des bourgeois, Nicolas Cunot, lui 
répondit au nom de tous. Quand la ville se donna à Charles VII, 
en 1444, il ordonna d’arborer sur les tours les armes de 
France , c’est déjà une raison pour les conserver. On les a 
menacés d’on siège , ils ont mis les panonceaux du Roi au 
plus haut de leurs portes , afin que les Luitchaires (troupes 
du maréchal) et autres voient clairement qu’Épinal appar- 
tient au Roi, que les bourgeois ne veulent autre seigneur 
« ni pour vivre .ni pour mourir ». Quant au valet en question, 
c’est la coutume de ne laisser sortir personne de la ville 


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— iU - 

lorsque l’on a quelque crainte du dehors. Hugues, édifié 
par celle explication aussi nette que franche, se contenu 
de promettre que le maréchal ne tenterait rien sans le consen- 
tement de Louis XI (1). 

Le récit de la nouvelle protestation des Spinaliens fut fait à 
Thiébault. Voyant leur opiniâtreté, il s'adressa de nouveau 
au Roi. Celui-ci envoya à Ëpinal, où il arriva le 9 octobre, 
Henri de Maries , Président au Parlement , pour remettre, en 
son nom, la ville et châtellenie à Hugues, vicomte de Gisors, 
représentant du maréchal de Bourgogne. 11 s'adressa au bailli 
et aux quatre gouverneurs. < Messieurs, le Roy m'a ordonné 
« de mettre Monseigneur le mareschal de Bourgogne en pos- 
c session de ceste ville d’Epinal , je ne iuy puis pas permettre 
« l’entrée, car je ne vous veul pas offenser, mais vecy 
< monseigneur le gouverneur d'icy qui est son procureur, 
« lequel pour et au nom de luy je l’en mets en posses- 
« sion ». Alors l’intrépide Nicolas Cunot s’écria au nom de tous 
les habitants qu’il en appelait de tout ce qui se passait au Par- 
lement de Paris (9). Le 92 octobre, Louis XI adresse aux bour- 
geois une lettre dans laquelle ils les assure que son intention n’a 
jamais été de renoncer à la souveraineté sur la seigneurie d’É- 
pinal et qu’il veut seulement la donner en fief au maréchal. 
Il s’étonne de leur rébellion, il les enjoint d’exécuter ses 
volontés et leur ordonne de suivre les ordres de Geoffroy 
de Saint-Bélin , bailli de Chaumont, qu’il a chargé d’opérer 
la remise (3). A cette nouvelle injonction du Roi, les bailli, 
gouverneurs et bourgeois résolurent de répondre en envoyant 
une députation composée de trois d'entre eux, Simon de 
Monstier, Mathurin de Corsuàire et Henri Papetier, qu’ils 
désignèrent comme leurs représentants et auxquels ils 
donnèrent -plein pouvoir. Ils devaient se rendre devant le 
Grand Conseil, le 43 novembre suivant, pour justifier le 


,1) Pièce» justificative». 

(9) Ibid. 

(3) Ibid. 


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— 275 — 


refus fait à Hugues , représentant du maréchal, et défendit 
la cause dë la communauté. Une décision intervint-elle en 
faveur de la ville dans les conseils du Roi? L’abseiicë dë 
documents ne permet point de le dire, mais il ë$t certain 
que la question ne fut point entièrement tranchée, puisque 
le 10 avril 1464, Louis XI mandait aux bourgeois de venir 
le trouver, le 28 mai suivant, à Château-Thierry, où il devait 
tenir ses Etats. Là encore la question fut débattue et non 
résolue. 

Cependant, au milieu de toutes ces négociations, letnaréchal 
se tenait à Châtel, attendant toujours que l’opiniâtreté des 
habitants cessât et commençant à perdre patience. Plusieurs 
fois déjà il avait menacé Spinal d’un siège en règle et de 
prendre par la force ce qu’il ne pouvait obtenir par la 
persuasion. Plusieurs courses avaient été faites par ses soldats 
dans les villages de la seigneurie. Le bétail et les técoltes 
avalent 'été enlevés, les bois ravagés, les maisons pillées; 
plusieurs habitants emmenés prisonniers. Mais la ville tenait 
toujours , ainsi que les villages qui l’entouraient. Alors, au 
commencement de février 4465, Thiébault mande à Châtel 
les maires de Sercœur, Villoncourt, Girmont, Dogneville, 
Longchamp et plusieurs autres. Il leur rappelle que depuis 
bientôt trois ans, il a reçu l’investiture de la seigneurie 
d'Epinal , qu’il en à les lettres confirmées de la main du Roi, 
il leur dit qu’il les a envoyés chercher pour prêter serment 
comme ils doivent le faire, à leur droilurier et souverain 
seigneur, sous peine d’amendes arbitraires Sur leurs 
corps et sur leurs biens. Les malheureux demandent 
un instant de conseil ; Thiébault répotld qu’ils n’ont point 
de conseil à tenir lorsqu’il s’agit de leur seigneur et il leur 
fait lire ses lettres d’investiture. « Ceux d’Espinal prétendent, 
< dirent les maires, qu'ils en ont de meilleurs ». Ces quelques 
mots exaspèrent Thiébault qui traite les Spinaliens de 1 faux, 
de traîtres et de rebelles. « Veul bien que vous sachiez que 
« tous ceux que je pourrai trouver la main armée, s'écrie-t-il, 
v je les fairey pendre par la gorge ou décaptelez, et garderay 


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- *76 — 


« bien tes marchands d’aller en Flandre , ne ex foires antlrc 
« part. Et lous les marchands et laboureurs que je pourra; 
« trouver, je leur feray payer une amende arbitraire si 
« grosse qu’ils ne le pourront porter. » — Les'maires effrayés 
demandent de nouveau à se concerter avant de prêter 
serment. « Conseil lez- vous bien , car, par la mordieu, vous 
« me ferez le serment avant que n’alliez ne partiez de ceste 
< ville. > Puis il le» laissa délibérer, accordant b ses prison- 
niers jusqu’au jeudi suivant pour lut prêter serment. Il lot 
fit encore menacer par son fil» d’être pillés et brûlés, mais 
eux , fidèles à leur cause , ne s’en émurent pas. 

Vers le même temps, Georges, évêque de Metz, fit dm 
nouvelle tentative à l’appui de ses prétentions. Dans um 
lettre adressée à Louis XI , le 30 avril 4445, après avoir 
rappelé les longs et infructueux efforts de Conrad, son 
prédécesseur, il dit que les habitants sont venus à lui, 
demandant secours et le priant instamment de le» recevoir en 
son obéissance; qu’il n’a voulu rien promettre avant de 
consulter lé Roi et qu’il lui demande de lui laisser recouvrer 
l’ancien héritage de son église (t). Le porteur de ce message, 
qui n’était autre que Henri Bayer de Bopparf, ajouta que 
l’évêque avait appris que Louis XI avait donné la seigneurie 
d’Epinal à Thiébaut de Neufcbfttel, au détriment de» droit» 
de l’église de Metz ; il annonçait en même tempo que Georges 
était disposé à venir en personne trouver le roi de France. 
On comprend aisément ces prétentions du successeur de 
Conrad , ravivées tout à coup. Tant que, soutenus par le Roi, 
les bourgeois d’Epinal n’avaient eu d’autre ennemi qui 
l’évêque, celui-ci n’avait point osé trop en trepnendra, mais 
aujourd’hui, la situation n’était plus la même, les bourgeois 
épuisés se jetaient à ses pieds , leur ville allait être assiégée; 
l’occasion était donc belle pour revendiquer ses prétendus droits. 
Mais Louis XI ‘ n’entendait point faire rentrer Epinal soos 
l’obéissance de l’évéque. Aussi lui répondit-il que son inten* 


(1) Pièces joftlifioftüvqB. 


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— «77 — 


lion n'avait jamais été de séparer Bpinal de la couronne , , 
qu’il ne savait d’ob lui étaient venus ces bruits, que, quant aux 
droits qu’il prétendait avoir , s’il voulait une compensation ail- 
leurs, il était prêté la lui donner, mais que, pour Spinal, il n’y 
(allait point songer (4). En vain Georges écrivit-il de nouveau 
(45 mai 1466), Louis, comme jadis Charles Vil, resta sourd 
à ses prières et à ses supplications. Il ne pouvait, du reste , 
admettre un second prétendant & la possession de cette seigneu- 
rie dont il avait donné l’investiture au maréchal de Bourgogne. 
Puis, si nous en croyons plusieurs historiens , entre autres la 
chronique de Lorraine, un nouveau concurrent beaucoup 
plus sérieux, s’était présenté, et avait obtenu du rusé roi 
de France la cession de sa souveraineté. Ce n’était autre que 
le fils du Roi de Sicile et de Jérusalem , de ce Réné d’Anjou 
qui avait été l’instigateur de la campagne de Metz , c’était 
Jean, duc de Lorraine. Pendant que les négociations se 
poursuivaient entre Thiébault, les Spinaliens et Louis XI, 

H avait, lui aussi, agi près du Roi. S’étant trouvé à la cour, 
quand les envoyés de la ville s’y présentèrent, il leur avait 
demandé s’ils l’accepteraient volontiers comme seigneur. La 
réponse avait été des plus affirmatives : « Autres choses ne 
« demandons que de vous avoir pour nostre prince et seigneur, 

« car d’avoir ung tel que le maneschal de Bourgongne, 

« toute sa puissance ne serait pour garder une telle ville 
« comme Espinal («) ». Le Roi avait consenti à satisfaire 
enfin à la volonté des bourgeois et avait donné Epinal au 
due Jean. 

A cette nouvelle, Thiébaut vit quelle confiance il pouvait 
avoir dans l’investiture du Roi et résolut de devancer son 
concurrent. Ce que le droit lui refusait , il l’obtiendrait par 
la force. Il recruta alors dans ses seigneuries de Clézentaine, 
Romont, Tantimont, Chaligny et autres une petite armée 


(1) Pièces justificatives. 

(9) Chron. de Loi*. Cbtp. LVI. Apud. Don» Ca l net Ton. III. Preot. 
Col. XXIX. 


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rrr 278 — 

qu'il rassembla à Châiel , et s'avança sur Epinal en pillant et 
dévastant tout sur son passage. Pourvu de munitions et 
d'artillerie de siège , il vint camper en face du château sur une 
éminence dominant la ville appelée la hauteur de la Justice (I). 
U commença le siège. Epinal était une des places les plus 
fortes de Lorraine, son château, situé sur une montagne 
dominant la ville, entouré de gorges profondes, muni de 
bastions eide tours, pouvait résister longtemps aux bombardes 
de Thiébaut; ses murailles la mettaient à l’abri d’un coup de 
main. Enfin , ce qui valait toutes les tours et toutes les 
fortifications, c’était l’énergie de ses défenseurs, leur cou- 
rage éprouvé, leur ferme volonté de se faire écraser sous 
leurs murailles plutôt que de se rendre. Il leur fallait du 
reste cette énergie pour résister aux coups que leur por- 
tait Thiébault. Nuit et jour, une pluie de boulets tombait 
sur la ville, ruinait les édifices, écrasait les maisons et 
causait, dans la place, les plus grands ravages. La chro- 
nique de Lorraine - raconte, dans sa naïveté, que l'un de 
ces boulets, lancés contre l’église, vint frapper sur un vitrail 
pt s’y arrêta, ce qu’on ne manqua pas d’attribuer à l’inter- 
cession de Saint-Goëry , patron du chapitre et de la ville, qui, 
de sa main étendue, avait sauvé la verrière Mais malgré sa 
puissance divine, SainMjûëry ne pouvait tout arrêter. Thié- 
bault ne se contentait point en effet de bombarder la ville, 
les chemins étaient cernés, les récoltes fauchées, les bois 
ravagés, des enfants et des vieillards pris par surprise étaient 
jetés par lui dans les basses fosses. La ville ne pouvait plus 
tenir, les bourgeois désespérés voyaient arriver le moment 
de se rendre; ils tentèrent, dans les derniers jours de 
juin, une suprême démarche. Une députation composée de 
plusieurs bourgeois, ayant à leur tête Jean Mollet, partit 
furtivement et se présenta à Montargis devant Lodis XI f 


(I) Ce nom, d'après la tradition, venait de ce que c’était U ouïe fanaient 
d’orriinairp lef exécution* criminelles. CpMe appellation existe encore 
aujourd'hui. 


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— 279 — 


le 1 er juillet, lui exposant les souffrances de la ville et les 
maux que lui faisaient endurer le mareschal de Bourgogne 
et ses soldats. Le rusé Louis XI , suivant la conduite astu- 
cieuse dont il donna toujours tant d'exemples, voulut préparer 
la vote au duc de Lorraine; il répondit aux envoyés que 
de grandes affaires le retenaient et qu’il . ne pouvait les 
secourir. Le duc Jean, qui se trouvait là, renouvela sa 
demande; comme la première fois, les bourgeois le conju- 
rèrent de venir à leur secours. Celui-ci, fort de l’appui 
des habitants, les envoya immédiatement vers Nicolas, 
marquis de Pont, qui se trouvait alors à Neufch&teau. 
Ils emportaient une procuration du duc à son fils pour 
prendre possession en son nom de la seigneurie d’Epinal , 
une lettre à Collignon de Ville, bailli de Vosges, et une 
autre, au baillli de Nancy (t), leur ordonnant de prêter la 
main à Nicolas. Le lendemain, 13 juillet, Jean écrivait 
aux Spinaliens qu’il envoyait son fils à leur secours (2). 
Les mandataires vinrent donc trouver celui-ci à Neufch&teau , 
lui firent connaître les lettres et les volontés de son père, 
le pressèrent de les exécuter, lui indiquant les moyens 
de pénétrer dans sa nouvelle ville. Il ne se fait point 
prier, mande immédiatement Collignon de Ville qui se 
rend à son appel avec une petite armée, rassemblée à la 
h&le. On se dirige sur Epinal; on vient camper près des 
Forges et dans les bois entourant la ville. Dès que Nicolas 
apparaît, Thiébault, qui tient toujours Épinal assiégée, 
craignant d’être cerné et écrasé entre la ville et cette armée , 
lève précipitamment le siège, sans même donner le temps 
de se reconnaître à ses soldats épouvantés. « Tous haslivement 
» ont le siège levez, toutes leurs tentes et pavillons, le pot au 
» feu , la table mise ont tous laissiez , à peine en enmenèrent 
» l’artillerie, ils furent si espouvantez que desja cuidoient des 
» Lorrains estre pris et tuez; tous lassireqlef à Chaste! sup 


(I) Pièce» joitificetive». 
(?) Ibid. 


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— 280 — 


/ » Moselle sont retirez (4) ». Ceci se passait le 20 juillet <166. 
Ce jour même, la ville tout eatiôre venait saluer Nicolas de 
Pont, toutes les portes lui étaient ouvertes, toutes les 
murailles étaient garnies de panonceaux aux armes de 
Lorraine. Ce fut une fêle dans toute la châtellenie, mais 
surtout à Spinal. 

Chevauchant sur un élégant destrier richement capara- 
çonné aux armes de Lorraine, revêtu de ses armures les 
plus étincelantes, Nicolas, marquis de Pont, fit son entrée 
triomphale par la porte qui se trouvait près du petit pont 
de Rualménil (2). Il était accompagné de Jean d’Angleterre, 
frère du duc de Sommerset, de Jacques de Haraucourt, 
bailli de Nancy, de Henry de Savcrney, de Jacques Galleiebe 
de Naples, Philippe de Lenoocourt, grand écuyer, Colligoon 
de Ville, bailli de Vosges, Gérard de Haraucourt, Vautrin 
Vuisse, Jean de Savigny, Jean Philippe, receveur général 
de Lorraine , Simonin Louyon , procureur du duc Jean , etc. 
Tous les officiers de la ville, Etienne Baudenet, bailli, 
Jean Mollet, Nicolas Collet, Nicolas de Toul , Gérard Garnier, 
quatre gouverneurs, Guillaume de La Salle, prevost, Georges 
Cunot, échevin, Robert de Rugnécourt, clerc juré, Girard 
Richier , doyen , tous les bourgeois et habitants allèrent à sa 
rencontre avec les clefs de la ville. C’était partout des cris de 
joie et d’allégresse sur le passage du marquis , les femmes et 
les enfants se pressaient en l’appelant libérateur ; depuis 
un siècle , Spinal n’avait jamais vu pareille fête. Toute la 
journée , toute la nuit furent consacrées aux actions de 
grâces , aux jeux , aux divertissements. Les cloches sonnaient 
à toute volée, les tours et les murailles étaient pavoisées 
aux armes de Lorraine; de toutes parts, la vieille et coura- 
geuse cité était dans l’enthousiasme. Ou montrait, avec 


(<) Cbroniq. de Lorraine. Chap. LUI. V. Apod. Don» Calant. Tome Ut. 
Prcuv. Col. XXIX. 

(3) La CL r o nique de Lorraine qualifie celle porte du ooa do porte 
Eoymlniy* 


Digitized , 


Google 



— 28 f — 


ironie, le» dépouilles laissées par l’armée de Thiébault, les 
tentes et bombardes, les couleuvrines qu’il avait précipitam- 
ment abandonnées , et l’on se reprenait à espérer. Le lendemain 
vinrent les actes et les formalités de la donation et de la 
reddition de la place. Dès le matin , Nicolas , avec tous ses 
compagnons, se rendit à l’église Saint-Goëry pour recevoir le 
serment des bourgeois; là, au chœur de l’église, le procureur 
du duc Jean , en son nom , s’adressant aux bailli , gouverneurs, 
prevosl, échevin, et à toute la ville ; « Monseigneur le 
« bailli et vous aultres justiciers et quatre gouverneurs de 
« ces te bonne ville d'Espinal que cy présens esteis, vous 
« seavez que hyer a heure de vespres à l’entrée de mon dict 

< redobté seigneur, mon dict seigneur le marquis icy présent, 
€ vous faisans et portaris fortz de toute la communaulté 
« de ceste ville d’Espinal vous promites de aujourd'hui, a ceste 
« heure jurer et faire serment à mon dict seigneur le marquis, 
* pour et en- nom de mon dict seigneur le Duc de luy 

< donner héréditablement à tousjoursmais vos corps et vos 
« biens , le corps de la ville , les fabourgs , le chastial et toutes 
« les appartenances entièrement de ceste ville d'Espinal et 
« faire obéissance à mon dict seigneur le marquis pour et 
« on nom que dessus , comme à vostre souverain et naturel 
« seigneur. Se vous requiert, de par mon dict redobté seigneur, 

< monseigneur le marquis que vettilliez faire, asservir, inlé- 
« riner et acomplir ce que fuit hyer par vousdis, promis et 
€ appoinctié. » A ces mots, les officiers de la ville protestèrent 
de lenr résolution ferme et inébranlable; puis, à l’autel 
paroissial, la main sur l’évangile, ils jurèrent obéissance et 
fidélité, au duc de Lorraine, en la personne de son fils. 
Les gouverneurs, les officiers, les bourgeois eux-mémes 
vinrent successivement prêter serment de fidélité entre les mains 
du marquis. Une foule de témoins, venus des villes voisines, 
assistèrent à cette cérémonie (1). Un acte de la donation fut 


(1) Pièce* justificatives. 


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— 282 — 


dressé lo jour môme (1) à la requête des gouverneurs. Nicolas 
accepta celle reddition (2) , confirma les chartes et privilèges 
de la ville (3), lui en concéda de nouveaux, tels que celui 
de prendre do bois dans les forêts voisines pour les 
réparations de leur château et de leurs murailles (4). Le 
lendemain (22 juillet) t il fut mis par les gouverneurs en 
possession du château. Dès ' le malin, le marquis gravit 
les hauteurs qui conduisaient â cette forteresse et, arrivé 
â l’entrée principale, trouva les quatre gouverneurs à genou* 
sur les degrés; l’un d’eux, Jean Mollet, tenait en ses mains 
les clés du donjon : * Mon redobté seigneur, nous vous 
« présentons de par et pour et ou nom de toute la ville et 
« communaullé du dict Espinal, les clés du chaslel, fort 
« mason et donjon icy présent et vous en mettons en corporelle 
« et réelle possession par la tradition d’icelles clefs pour et 
« au nom de nostre souverain et très redobtei seigneur, 
v nostrè seigneur Jehan, duc de Calabre et de Lorraine, 
« marchis, vostre père et de ses successours duez de Lorraine.» 
Le marquis reçoit les clés des mains de Jean Mollet et les 
remettant au bailli, Etienne Baudenel : « Mes amis, vous les 
« avez bien gardées ou temps passé pourquoy je les met 
« ervierve en voz mains jousquez au bon plaisir et voloirde 
< monseigneur mon père, espérans que vous en ferez bonne 
« garde. » Puis il entra au château, le parcourut dans tous 
s.'s sens, entendit la messe dans la chapelle Saint-Georges 
avec toute sa suite. Il redescendit ensuite à l'église paroissiale, 
reçut le serment de ceux qui, la veille, étaient absents de la 
ville, celui des gens d’église, et termina ainsi sa prise de posses- 

(1) Pièces justificatives. 

(2) Ibid. 

(3) Ce» privilèges sont les mêmes que ceux confirmés par Charles VU, 
en 1444, et que nous avons analysés an commencement de ce travail , c’est 
ponrqnoi nons ne les rapportons pas ici; on les trouvera aux pièces 
justificatives* 

(4) Pièces justificatives. 


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— 283 — 


sion (I). Le 4 août suivant, Jean confirmait toutceqiie son 
fils avait confirmé et juré à Epinal (2). Deux jours après 
(6 août), Louis XI, malgré les réclamations de l’évêque de 
Metz, qui poursuivait toujours ses négociations, de l’Empereur 
qui lui avait écrit cette même année (3) , de Thiébault de 
Neufchàtel auquel il avait donné l’investiture d’Epinal, confir- 
mait la prise de possession par le duc de Lorraine et déta- 
chait ainsi pour toujours la seigneurie et la ville d’Epinal 
(Je la couronne de France. 


IV. 

► 

Ainsi se terminèrent les négociations des évéques de Metz 
avec les rois de France , Charles VII et Louis XI. La seigneurie 
d’Épinal est maintenant annexée au duché de Lorraine , elle 
est perdue pour la France. Elle lui avaitappartenu pendant vingt- 
deux ans, malgré l’évêque de Metz. malgrél’Empereur, malgré 
le pape, malgré le roi de France lui-même. Pendant vingt-deux 
ans , les bourgeois avaient courageusement lutté pour leurs pri- 
vilèges violés, pour leur indépendance menacée, pour la 
constitution d’Épinal en ville libre. Au milieu des guerres, 
des pillages, des malheurs de toutes sortes qui fondirent 
sur eux , dans les négociations et les discussions , ils ne 
perdirent jamais de vue cette grande idée. Leurs concitoyens 
peuvent être emprisonnés, leur château et leurs murailles 
battus par les bombardes ennemies, ils résistent victorieu- 
sement à toutes ces épreuves, et poursuivent leur affranchis- 
sement. Si l’expédition d’avenfure tentée contre l’État de 
Metz par Charles VII avait trouvé partout le même esprit, 
le même attachement à la couronne, elle aurait pu amener 
de sérieux résultats , et peut-être étendu , de ce côté du 
royaume, les frontières qqi ne devaient l’être que bien des 


(1) Pièces jpflificalives. 

(2) Ibid. 

(5} Ibid. 


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- 884 — 

siècles plus tard. Hais la conduite d’Épinal n'est qu’une 
exception ; aucune ville ne la suivit dans cette voie , parce 
qu’aucune n’était placée comme elle. Nous l’avons déjà dit, 
il faut chercher les causes de cette anomalie, dans la singu- 
lière position où se trouvaient ses habitants. Les évéques 
de Metz étaient voisins, leur domination tyrannique, les 
exactions , les rançons , le pillage des soldats en étaient le 
résultat ; le roi de France était éloigné , son autorité , 
tonte nominale ; elle n’entravait en rien le commerce 
de la cité qui cherchait, avant tout, la prospérité dans 
l’indépendance. L’évêque , c’était la misère et le servage; le 
roi de France , c’était la paix et la liberté. Deux trésors qui 
devraient être , pour les hommes comme pour les nations , 
le but suprême de la vie, car, sans eux, rien de beau, 
rien de grand , rien de vraiment digne de la conscience 
humaine et de la conscience universelle, ne saurait s'accomplir 
en ce monde. 


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— 888 — 


PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

i. 

5K7 Août 1444. 

A vous, les quatre seigneurs et gouverneurs de la ville d’Espinal , 
je Pierre de Breszé , chevalier, seigneur de Varraine et de 
Vrochesac, conseiller et. chambellain du Boy Nostre Sire et son 
Seneschal de Poitou et lieutenant sur le fait de sa guerre ez 
marches de par deçà, a y envoyé présentement par devers vous mon 
poursuiant d'armes pourtour de cestes, par lesquelles je vous fais 
savoir, de par le Boy nostre seigneur, que incontinent et a toutte 
diligence ces lettres vehues, ung ou deux de vous venez devers inoy 
avec mon dit poursuiant, pour aucune chose que j’ay a vous dire 
de par ledit Seigneur. Se le (aides ainsi et en y venaos et voua 
en retournans, je vous fais seurs de toute la puissance du Boy et 
vous ferai reconduire bien et seuremenl sans quelconques ennuyt 
ou empaichement jusques a vostres dite ville, et, se faulte y ait que 
n’y venez,. tenez vous pour desfiez du Boy et de toutte sa puissance. 
Escript au siégé devant Dargney» le XXVII e jour d'aoust l'an 
M CCCC XLIV. 

II. 

50 Août 1444. 

Ce sont les demandes que Monseigneur le Seneschal de 
Poitou et d'Anjou, conseillier et chambellain des Rois 
de France et de Seeille et lieutenant sur le fait de la 
guerre, fait a ceulx de la ville d’Espinal : 

Premièrement, les somme et requiert, de par le Bey de France 
son souverain seigoeur, qu’ils mettent eulx, la dite ville et le 
cbastel d'icelle , en son obeyssance et dès a présent en baillent la 
saisine et possession à mon dit seigneur le Sénéchal; 

Item, en ce faisant, le Boi les gardera et doresnavant les deafendra 
de tous maulz, dommaiges et oppressions de toutes gens de quelque 


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pays ou Dations qu’ils soient, pourront aller merchander et partout 
ou bon leur semblera Seureu.ent , et les gardera et tendra chiers 
comme les siens ; 

Item , leur seront tenues toutes leurs franchises et libertés ainsy 
comme ils ont acoutumés les avoir en temps passez ; 

Item, a la ville ne aus soubgez d'icelle ne sera fait quelconque 
mal ou dommaigc eu quelconques manières que ce soit. Ainçôfe 
serout tenus en bonne union et justice ainsy et mieulz qu’il* ne 
furent oncques ; 

Item , les rentes et devoirs qu’ilz dotent a l'evesque de Met* seront 
acquitlés en façon qu’ilz ne l’y seront doresenavant plus en tien 
tenus; 

lieni , en cas que promptement de letir bon grey saos attendre 
siège ou faire aucune dissimulation ils voudroient se mettre , sans 
autre contrainte, en la bonne obéissance do Roy; touttes les cbouses 
dessusdictes leur seront tenues et acompiies de point en point sans 
aucune fraude , baret ou malengin ; 

Item, ou cas qu’ilz ne vouldront tenir, faire et accomplir les 
choses dessusdictes , ilz le feront incontioant savoir et aueront a fè 
garder du Roy et de toutte sa puissance, comme de ses ennemis. 

Fait a l'abbaye de Relenge, le pénultième jour d'aoust Paü 
M CCCC XLIV. 

(Orig. Arebiv. de b Meorthe. L»y. Epinal 1 Mo 55.) 

ni. 

SI août 1444. 

Item, damier ement quant le Roy nostte sire s'approuchait, 
avec ses gens 9 pour venir ex marches de par deçà , 
Vevesque de Metz qui est a présent, estant hors des pais, 
les dits (TEspinal escrivirent aus gouverneurs dudit 
evesque une lettre dont la tenour s'ensuit : 

Très chiers et honorez seigneurs, nous nous recommandons à 
yous ; plaise à vous assavoir que le seneschal d’Aojou , gouverneur 
des rois de France et de Sicile, lieutenant des guerres ez marches de 
par deçà, nous requiert d'avoir l’obeyssance de la ville et du chastel 
d’Uspinal et de toute laseigoeurie et estre soubgez comme la cité de 


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— 287 — 

i>aris et du tout mettre et boutter fuer très reverend père en Dieu 
□ostre très rebobté seigneur Monseigneur de Metz, qui nous semble 
chose moult étrange, et ne nous donne terme de respondre jusquesà 
cestui prochain mercredi a soleil levant, comme il vous apparaîtra 
par la copie du traitiez qu'il nous a envoyé, laquelle vous enroyons. 
Se envoyons par devant vous, pouitant que nostre très redoublé 
seigneur n’est point au pays, priant et requérant de nous aydier, 
sousteuir, conforter et defifendre et y pourveoir d’envoyer par devers 
les dits rois pour y remédier et telement faire que, moyenant vostre 
ayde et bon pourchuis, soit gardée et dciîendue la seigneurie de nostre 
dicl seigneur et que par contrainte ne nous conveigne faire chose 
qui soit a desplaisance et dommaige de nostre dit seigneur et de 
son eveschié , ce que ne vouldrions faire en tant que le pourrions 
obvier. Dieu nostre seigneur vous ait en sa sainctc garde. 
Kscript le darien jour du uioiz d’aoust l'un mil quatre cent 
quarante quatre, bit sur ce vous plaise à nous rescrire vostre 
response et brieve. 

A nos très cbiers seigneurs Les quatre gouverneurs de 

les gouverneurs de nostre très la ville d’LspinaL 
redoublé seigneur Monseigneur 
de Metz et à chacun d’eulx. 

(Orig. Arcbiv. de lt Meurlhe. Layette Epinal 3.25. Cahier 
intitulé : Les Droits d'Espinal que ceulx d’Espinal 
doivent lire chascun an, deux fois , aux plaids 
annaux .) 


IV. 


I” Septembre 1444. 


Cy apres s'ensuit la réponse que les gouverneurs et lieu- 
tenants dudit evesque de Metz firent à ceux. d'Espinal : 

Cbiers et grans amis» Nous vous saluons. Nous avons receuez 
vos lettres et veu ce qu'escript nous avez touchant la requeste que 
le Seneschal d’Anjou vous a faicte de Tobeyssance de la ville et du 
çhastel d’Espioal et de l’aide , confort et deffense que requerez eu 


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l'absence de nostre très redobté seigneur Monseigneur de Mets , 
comme ce vos lettres contiennent plus a plain. Sur quoy vous plaise 
assavoir que pour tel cas et matière que touchent la seigneurie 
de Monseigneur d'illec et d'autrepart en son eveschié, l’esèrivons 
haislivement aux amis, gouverneurs, gens de conseil et antres 
hommes de l’eveschié de Mets et les prions et requérons de venir 
ici pour leur montrer vos lettres et articles que vous avez envoyé, et 
pour sur ce avoir conseil et deliberation, comme le cas le desire, 
et bien brief oierez nouvelles d’eulx ou aulcuns d’eulx. Et vous 
prions, de par Monseigneur, d'entretenir la chouse sans vous aban- 
donner pour teles menasses et doubtez qu'on vous puet donner, 
jusques ad ce que vous oyerez autres nouvelles des amis et gou- 
verneurs de mon dict seigneur, et faire comme bonnes gens et 
leaulx qui avez enté jusques ad cy al'eveschié de Metz, ont Criel. 
Et considérez aussy la destruction et maulx que a vous, voz euifens 
et successeurs en pourraient tenir. Car vostre ville u'est mie ville * 
pour tantost conquester ne pour vous estre abahis pour l'aban- 
don uer sy brief ne sy legierement que ilz le requièrent. Et se vous 
vouliez desja avoir les compaignoos et gens d’armes de Monseigneur 
estans eu ses garnisons , rescripvez-le nous haislivement , nous les 
vous envoyerons jusques à nombre de ceut ou deux cens chevaux 
pour vous aidier, garder et deffeudre, et mettrons tout le ramenant de 
l'éveschié de Metz et autres que nous pourrons floer ne avoir en 
personne pour vous aidier et conforter et (aire tout ce que nous 
pourrons, en l’absence de mon dit seigneur, par devers lequel 
envoyons haislivement; et l’y envoions copie de ce que avec escript 
et envoyé pardeça pour y mettre remede par le Roy des Romains 
et de soy tirer par deçà le plus a haiste qu'il pourra, se ainsy est 
qu’il ne soit jà sur chamin d'y venir, comme nous tenons par ce 
qu’il nous ait escript qu’il y est. Dieu soit garde de vous. 

Escript à Vy le premier jour de septembre l’an M CCCC XLIV. 

A nos chiers et grans amis Les gens du Conseil de œstre 

les quatre gouverneurs de la très redoublé seigneur, Mon- 
ville d’Espiual. seigneur de Metz estant a lieu 

de Vy pour le présent. 

(Origi. Arehiv. d« la Meirtbe. Layette. Bpfieel 3. H* 35. 


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4 Septembre 1444. 


In Domine Domini amen. Par la teneur de cest prescris 
publicque instrument soit chose congnue à tons que l'an de l'In- 
carnation Nostre Seigneur, mil CCCCXLIV, le quatriesme jour du 
moys de septembre , l'indiction sextime , l'an quatriesme dù 
pontificat Très Saint Père en Dieu Seigneur Eugène, par la 
providence de Dieu, Pape 1111 e , en la présence de nous notaire 
subscript èt des tesmoins desoubscripts, ad ce appelés especiale- 
ment et requis , au ch&ncel de l'Eglise Monseigneur Saint Goerit 
d’Espinalz, après la grand messe dicte iilec, et personnellement 
ensemblés tant ou dit chancel comme e> chappelle pendant, 
Hault et Puissant Seigneur , Monseigneur le Senechaul de Poictoo 
et d’Anjou estant devant l’autels , les gens de l’église presens, 
c’est a savoir : maistre Jehans Rabouleurs , curé de la dite Espinal , 
sire Jehans Huguenets, sire Jehans Martal, sire Jehan Tutet et 
tous les autres prestres et clercs de la dite ville, Baldenoy Dirou, 
Nicolas Cugnet, Perrin, maistre Jehan et Jehans Du Prey, le 
premier bourgeoys et gouverneur de la dite ville, Goery Mollaÿ, 
Jehans Thierri, Regnei Mollay, Rechier, George Cugnet, Jehans 
Hurant , Collin , Martin , Estienne , Baldenoy , Jaiques Ferron ; les 
autres bourgeois et toutes les communautés de la dite ville lé 
présens, lequel Monseigneur le Senechaut dit et proposait que, 
par l’ordonnance du Roy , nostre sire , estoit venus pour avoir 
ouverture et obéissance de la dite ville, desquel il étoit bien 
content ; et incontinent les requis de faire leur serment , et d'ici 
en avant les dessus dits bourgeoys , communaoltés et habitans 
seront a toujours bons et leaulx et vraiz obéissants et subjets au 
Roy, nostre dit seigneur, comme ses propres hommes de ses bonnes 
villes et a ses officiers commis et ordonnés de par ly ou d'autres 
ay&ns sa puissance contre tous et le preignent et retiennent pour 
leur seigneur, lesquels bourgeois , gouverneurs et communaultés 
ont levés les mains envers l’aultels et jurer par Deu, par la 
glorieuse Vierge Marie, par le benoist corps Saint Goerit Mon- 
seigneur Saint Goerit, par le baptême qu'ils ont reçu, que d’ici 
en avant seront vray obéissants et subjects au Roy, nostre sire, et 

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— 290 — 


que tenront ferme et estable les choses dessus dites sans aucune- 
ment aller au contraire ne en enfraindre en tout ne en partie. 
En oultre les dits gouverneurs ly eu ont mys es main les clefs 
de toules les portes , tant du chastel comme de la ville pour en 
ordonner et commectre en son plaisir. Desquelles choses dessus 
dites eQ ait requis nostre dit seigneur le Senescbal instrument à 
luy estre faict par nous notaires cy dessou bz escript. 

Fut fait l'an, le jour, le leu, l’eure, indiction et pontificat dessus 
dis, presens venerable et religieuse personne messire Jehan de 
La Haulte Mason, abbé de Chalmosey, nobles hommes Jacquet 
de Fumerey et Philippe de Besthey, escuyers et Baudenoz Salhein 
de Housiere a Saline et plusieurs aulres tesmoings à ce appelés 
especialment et requis. 

Signes premièrement des bourgeoys ; 

Et en la marge d’en bas dessous ledit, estoit escript ce qui 
s’ensuit : 

Et je Eslienne Durand d’E«pinal , prebstre du diocèse de Toul 
de l’auctorité impériale notaire et juré de la court de Toul , de 
toutes les choses devant dites et a chacunes d’elles fetes ainsi 
comme dessus est escript et devisé, ay esté présens, lesquels j’ay 
mys en notes en forme de ce présent publique instrument escript 
de la propre main de mon conotaire ci-après nommé, en tesmoiog 
de vérité des choses dessus dites ad ce appelais et requis. 

Et moy Didier Menestrey d’Espinal, prebstre du diocèse de Toul. 
notaire de l’auctorité impériale et juré de la court de Toul a 
toutes les choses dessus dites et une chacune d’icelles en la 
forme et manière comme elles sont escriptes ay esté présent, 
lesquelles j’ay mis en note en bonne forme publicque ainsi que 
mes conotaires et ay escript cest présent instrument de ma propre 
main et signé de mon signe publicque en signe de vérité ad 
ceu appelé et requis. 

Orig. Biblioth. lmp. Collect. Foatiniea portef. 119-1)0. 

VI. 

11 Septembre 1444. 

In nomine Domini. amen. Noverint universi et singuli hoc presens 
publicum instrumentum inspecturi , quod , anno Domini Miilesiino 


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— 294 — 


quadragenlesimo quadragesimo quarto, indictione septiuia, mensis 
vero septembris die undecima, hora décima ante meridiem vel 
circa, pontiflcatus sanctissimi in Christo patris et Domini nostri 
Domini Eugenii, divina providentia papæ quarti, anno quarto decimo 
in nostrum notariorum publicorum et testium subscriptorum ad 
bœc voc&torum specialiter et rogatorum prœsencia, propter hoc 
personnaliter conslituli coram excelientissimo serenissimoque ac 
cbristianissimo principe Domini nostro Karolo , Dei gratia Francorum 
rege, venerabiles et circonspecti viri Baldecelus Diroux, Perrinus, 
Maistre Jean, Nicolaus Agoeti , et Johannes de Prato junior, existentes 
quatuor gubernatores oppidi Spinalensis, Tullensis diocesis, et 
Jobannetus .MoUeti, Johannes Thirieti, Renatus Molleti, Stephanus 
Baldeneti , et Richerius delà Maillolle, hurgenses et habitatores 
dicti oppidi, tanquam lotam ipsius communitatem omnesque babi- 
t soles in ea aut sallem majorera ejusdem comraunitatis Tel 
suorum habitantium pariera, repræsentantes ; considérantes, ut 
dicebant, et attendenles dampna, incommoda, adversitates , et 
impedimenta gravissima quibus, retractis temporibus, variarum 
guerrarum turbinibus emuloru raque suorum quam plurimum 
violenter persecutionibus, quasi oves sine pastore , luporora faucibus 
expositi , et capitali protectore destituti omnique tuitione et defen- 
sione ca rentes, afflicti extiterunt et oppressi et in quasi qnadam 
captivitate reclusi et detenti , plurimique eorum eraulis circumvalati 
et verisimiliter suspicentur formidibilis per amplius affligi 
in futurum elopprimi, ad regiara præfati christianitatem principis 
majestatem récurrentes, et oculos suarum raentium ad eandem 
tanquam ad verara calurapniam vcrumque et justum refugium diri- 
gentur, quam plurimis justis et rationabilibus suadentibus carasis 
promoti, ex eorum spontanea voluntate præfatura christianissimum 
principem eorum ver uni, naturalem et snpremum Dominum suos- 
que in çorona et regno Franciæ successores recognoverunt et 
advohaverunt eique suis in prædictis corona et regno successoribus 
diclos caslrum, villamque Rualmennium et districtum seu ban- 
gnura Spinalensem cura omnibus singulis eorum juribus ac 
pertinentes universis et quicquid juris, aclionis, proprietatis, Domini 
utilitatis, custodis, facultatis vel possessions in eis habent vel habere 
possunt ad eosque potest , debet vel consueverit spectare dederunt, 
cesserunt, transportaverunt et donaverunt ac regno et coronæ 
Franciæ inseparabiliter et perpetuis temporibus appbcari , mûri 


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— 292 — 


et incorpora ri in cameranique regis Fraocorum erigi, sublimari, 
relineri , per præfatum christianissimun principem instanfer 
petieraot. Et bumiliter deprecati sont taliter qood a regnoet corona 
Franciœ successorumque per appanagium, part agiumseu aliis quibus- 
cumque modisaut tilulis poni vel alienari valeant seque soccessores 
suos in dietis villis , Castro Rualmenio et districtu seu bangno 
habitantes et omnia et singula sua successorumque suorum in 
dietis villis, Castro Spinalensi, Rualmennigno et districtu sen bangno 
habilantium bona cuoi omni subjectionis et fîdelitatis recognilione, 
obligalione et astrictione præfato christianissimo principi et suis in 
regnoet corona prædictis successoribus supposuerunt et sobmiserunt, 
tanquam vero, natural i et supremo Dominé in omnibus per omnia, 
sicut cæteri præfato principi in suo predicto regno subditi bac- 
tenus fuerunt esseque debent et consueverint , juraveruntque et 
promiserunt, per Odem suam, maoibus in cœlum levatis, tam suis 
propiis quam nominibus prædictis, se fore perpetuis temporibus 
veros ligios bomines et fideles subditos et obedientes prefato ebris- 
tianissimo principi coronæque Franciæ et suis in regno prædicto 
successoribus, eique servire et obedire ad versus et contra quoscumque 
mortales, ipsumque ebristianissimum principem et suos soccessores 
prædictos ac bonum, utilitatem, commodum et honorem suos 
custodire, servare et tueri malumque , incommodum aut dedccus 
ipsius vit are, fugare et impedire ac omnia singula fidelitatis, subjec- 
tionis, juramenta per subditos ligios homines quoscumque Domino 
suo naturali et supremo débita taliaque et qualia facere debent et 
tenentur cæteri præfato christianissimo principi ad causam præfati 
sui Francorum regni subditi dederunt, fecerunt et prestiterunt et 
estera omnia singula supradicta tenere et perpetuis temporibus 
invioiabiliter observare , nunquamque aliquid in contrariom agere 
vel aliquo modo contravenire, modo, forma, su pradictis promiserunt 
et juraverunt. Quibus per dictum christiaoissimum principem audi- 
tis et intellectis, ea omnia singula supradicta laudavit, approbavit et 
consensiit atque pro se, suis iu regno et corona Franciæ successo- 
ribus, recepit et acceptavit, præfatasque villas, castre m Rualmeu- 
gniuum, districtum et baogoum cum suis pertiuentiis universis 
in dominium suum came ram suam propiam suorumque soccesso- 
rum Franciæ regum, retinuit et erexit easque cum omnibus et 
singulis supradictis sibi cessis, transportait et donatis regno suo 
coronæque Franciæ perpetuo et inseparabiliter applicavit, adjuniü, 


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— 293 — 


univit et incorporait dictosque habitantes in suos et suorunt præfato 
regoo successorum subditos et hommes ligios retinuit et recepit. De 
et super quibus premissis omnibus singulis, prœfati quatuor cuber* 
natores et burgenses nominibus quibus supradictis voluerunt et 
consenserunt lifteras præfato christianissimo principi per ipsius 
principis notarios fieri el petierunt et requisierunt videlicet dictus 
christ ianissimus princeps et quatuor gubernatorcs et burgenses 
prædicti a nobis notants publicis subscript is sibi fieri et dari 
publica instrumenta unum vel pîura, testes invocando circumstantes. 
Rata fuerunt hæc publica in dicto oppido Spinalense in «domo 
babitationis nobilis vir Georgii Delv, scutiferi, anno, indictione, 
mense, die, horaet pontificat u prædictis, præsentibusad hæc, serenis- 
simo principe Renato, Dei grntia , Hierosotimitæ et Siciliæ rege, Ande- 
gaviæ, Barri et Lotharingiæ duce ac Provinciæ, necnon illustribus 
principi bus iobanne Calabriæ duce, Karolo de Andegavia, Cæno- 
manniæ comité, Johanne de Bourbonnio Claromontensis in 
Belvacinio comité, Guillermo de Harecuria, de Tancarviila comité, 
nobili viro Karolo de Castillione , domino de Albania, præfati Siciliæ 
regis conciliario, ac magistro, canonico de Romaricomonte , et 
domini Petro Colini presbitero, bncalario in decretis, curato de 
Venceyo, Tullensis diocesis , cum pluribus aliis nobilibus in multi- 
tudine copiosa testibus ad præmissa vocatis spccialiter et rogatis. 

Et me Johannes Martin us canonicus Sancti Deodati de Sancto Deo- 
dato, Tullensis diocesis, publicusapostolicaet imperiali auctoritatibus 
notarius, quia premifsis omnibus singulis dum sic , ut premittitur, 
agerentur, fièrent una cum testibus suprà ac notariis inferius 
descriplis, presens fui eaque sic fiere vidi et audivi et in notant 
una cum dictis notariis sumpsi , ex quo hoc presens puhiicum 
instrumentum, aliéna manu fideliter scriptum me, aliis impeditus 
negociis, confeci et in hanc formant publicam redegi hicque me 
manu mea propria subscripsi, signuin quoque et nomen ineunv 
apposui conscriptum in fidem et testimonium omnium singulorum 
præmissonim requisitus et rogatus. 

Et ego Stephanus Piati clericus , canonicus Senonensis , publicus 
auctoritatibus apostolica et imperiali notarius, quia præmissis omni- 
bus e( singulis dum ut supra scriberentur, agerentur, dicerentur et 
fièrent una cum testibus et notariis supra et inferius scriptis præsens 
interfui , eaque sic fieri vidi et audivi et in notant una cum dictis 
notariis scripsi ex quo hoc præsens puhlicunt instrumentum manu 


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— 294 - 


subscripsi notarii fideliter scriptum confeci publicum et in banc 
publicam fornmam reddegi sicque me subscripsi et signum meam 
apposai in testimonium omnium singulorum præmfesonim requi- 
silus et rogatus. 

St ego Willermus Barlrandi d’Fspinalz, presbiter, curât us de 
Longo-Campo, Tutlensis diocesis, publiais auctoritate irnperiali 
notarius et curia Tullensis juratus , qui premissis omnibus dum nt 
premittitur agerentur , dicerenlur et fièrent una cum testibus et 
notariis supradictis presentialiter fui eaque sic fieri vidi et audivi et 
in notam recepi. Idcirco huic presenli publico instrumente manu 
mea propria scripto indeconforto et publicalo me subscripsi et 
çignum meum apposui solilum una cum signis et subscriptionibcs 
notariorum suprascriptorum in testimonium præmissorum rogatus 
et requisilus. 

Orig. Bibl. Icnp. Mm. Fonds F. Saint -Germain n« 1099. — 
Do Psy 683 fol. 83. — ArchW. de la ritie. Mm. AAI. 
pag. 129. Indiqué : Archiv. de la Meorthe, Trésor éz 
lorraine. Epinai Invent. Ane. N* 34. 

VII. 


Il Septembre 1444. 

ê 

Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France. Sçavoir faisons 
a tous présens et a venir que , comme puis naguères, nous 
nous soyons transportas vers les marches de Barrots et de 
Lorraine et vers les Almeogncs pour aucuns gratis affaires 
touchant nous et noslre seigneurie, et, mesmement pour donner 
provision et remede a plusieurs usurpations et entreprises fai et es 
sur les droits de dos royaulmes et couronne de France en plusieurs 
pays, seigneurie, citez, et villes estans de ça la rivière du Rhin 
qui d’ancienneté souloicnt estre et appartenir à nos prédécesseurs 
Roys de France, et icelles remettre et réduire a nostre seigneurie 
et bonne obeyssance, et especidement les chastel et villes d’Espinal 
et Rualmesnil et les forsbourgs et appartenances d’icelles, assises 
sur les dictes marches de Lorraine et Àlemaigne; et pour celle 
cause ayant naguères envoyé (levers les bourgeois et hahitans 
des dicts chastel et villes d’Kspinals et Rualmesnil faire remonslrrr 
les choses dessus dictes et iceux faict requérir qu’ils voulsissent. 


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— 295 — 


ainsi que raison est, nous recongnoistrc en leur naturel, souverain 
seigneur et eux réduire et soubsmettre à nostre souveraineté, comme 
nos vrais hommes liges, subjects, et des dicts chastel et villes et 
leurs appartenances faire et rendre obeyssance. Lesquels consi* 
derans ce que dict est et eulx voulant nous recongnoistre , comme 
faire dévoient , leur naturel souverain seigneur, nous ayant volon- 
tairement et, d’un commun accord et consentement, faict et 
rendu pleine obeyssance des dicts chastel, villes, forsbourg», 
chastellenye et appartenances d’icelles et eulx avec leurs corps 
et bieus donnez , soubmis perpétuellement pour eulx et pour leurs 
successeurs a l’addition et seigneurie de nous et de nos suc^ 
cesseurs Hoys de France et pour estre et demourer nos vrais 
hommes liges, soubjets a tousjoursmais. Pource est que nous, eue 
considération à la dicte obeyssance ainsy a nous libéralement 
faicte par les dicts bourgeois et habitans , iceux avons reçus et 
recevons hommes liges, soubjects de nous et de nos successeurs 
Hoys de France, et déclaré et déclarons les dicts chastel, ville, 
chastellenye et appartenances estre et demourer de nos dicts 
royaume et seigneurie et, avec ce, en faveur de la dicte obeyssance 
avons à iceulx bourgeois et habitans, qui sur ce nous ont faict 
requérir, octroyé et octroyons par ces présentes que les dicts 
chastel et villes soient et demeurent a toujours Chambre Royale 
et que iceulx chastels, villes, forsbourgs / chastellenies et ap- 
partenances et tous nos subjects et habitans d'iceux soient et 
demeurent de cy en avant a tousjours soubs nous et la seigneurie 
de nous et de nos successeurs Rois de France nuement , sans 
aucun moyen. Et, en tant que mestier en serait et d’abondant, 
les avons adjoints et advenir adjoignons et adunissons a nostre 
vray domaine, couronne, seigneurie et de nos dicts successeurs 
Hoys de France , sans ce que ou temps advenir ils en puissent 
ou doivent jamais en estre séparez , pour quelconque cause que 
ce soit. Item que les bourgeois et habitans des dictes villes, 
chaste! et chastellenie seront par nous et nos dicts successeurs 
maintenus et gardez et les maintenons et gardons, par ces présentes , 
en tous leurs droits, coustumes, usages, privilèges, noblesses, 
franchises , et libertez quelconques ainsi que eulx et leurs pré- 
décesseurs en ont jouy et usé d’ancienneté, sans avoir esgard 
aux empeschemenls qui, de nouvel, leur pourroient sur ce avoir 
esté faicts, mis ou donnez. Item qu’ilz seront traictés, goi^ 


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— 296 — 


vernez, gardés et défendus et les traicterons, gouvernerons, 
garderons et défendrons comme nos bons, vrais, loyaulx et 
naturels subjects envers et contre tous ceulx qui leur vouldroient 
faire ou porter ennuy ou dommaige. Item que pour l'exercice 
de la justice aura et demourra ezditz chastel, villes, chastellenie 
et appartenances , prevost , eschevin , clerc , grand doyen , deux 
sergents et deux banvars, commis de par nous , qui exerceront, 
chacun en son office, ainsi que paravant ils avaient accoustumé 
de faire pour et en nostre nom et a nostre prouffit. Item que, par 
dessus les dicts prevost et aultres officiers de justice, y aura on 
bailly de par nous, qui aura la congoaissance des causes d'appel 
et de ressort et en jugera et déterminera selon les coustumes, 
stils et observances accoustumées , sans ce qu'ils soient tenus de 
ressortir devant aulcun aultre bailly de nostre Royanlme, mais 
seulement par devant nous ou là où nous ordonnerons. Item que 
le prevost qui est , ou celuy qui ou temps avenir sera de par nous, 
ne contraindra doresnavant aucuns di s habitants des dicts chastels 
et villes a estre forestiers mais contraindra seulement ceux qui 
habitent ou habiteront ez forsbourgs a l'estre. Et en pourra faire 
venir par devers luy par cbascun an quatre personnes à la fois 
seulement des gens de moyen estât , c'est assavoir gens qui auront 
vaillant au dessus de dix livres et au dessous de cent livres; 
desquels quatre il en eslira deux pour estre forestiers ainsi qu'il 
est accoustumé. Item que doresnavant l'amende de mesdid des 
trois cas de traysons , meurdre ou larçain, sera de cinq sols envers 
nous seulement a payer par celui qui encheira; et de simple 
mesdict en sera faict ainsi qu'il est accoustumé d'ancienneté. Item 
que les bourgeois, manans et habitans des dicts chastel, villes 
et forsbourgs seront doresnavant, quites et exempts de tenir, avoir 
et nourrir aucuns chevaux de commandement ne de faire les 
services que, a ceste cause, avoient accoustumé de faire. Item que 
les dicts bourgeois et habitans prengnent et ayent a leur proffit 
pour les réparations et autres affaires communes des dicts chastel 
et villes, le meu et le tonlieu ainsi que de tout temps ils ont 
accoustumé , c'est assavoir : sur chacun char ou chariot chargé de 
vin entrant ès dictes villes ou en l'une d'icelles trois gros, sur 
chascun muid de vin vendu a détail ôs dictes villes et forsbourgs, 
six deniers. Sy donnons en mandement par ces mesmes présent» 
à nos amis et feaulx chanceliers, les gens de nostre Parlement, de 


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— 297 — 

nos comptes et trésoriers, au bailly d’Espinal et tous nos autres 
justiciers et officiers ou a leurs lieutenants presens et advenir et 
a chacun d’eulz, si comme à luy appartiendra, que de nos présentes 
grâce et octroy ils facent, souffrent et laissent perpétuellement et 
a tousjours les dicts bourgeois et habitants des dicts chastels, 
villes, forsbourgs, chaste lie nie et appartenances d’Espinals et 
Rualmesnil, jouir et user plainement et paisiblement sans aulcune- 
menl aler ne venir ne souffrir venir ou faire aucune chose en 
quelque manière que ce soit au contraire. Ainçois se faicte estait 
la reparent et mettent ou facent reparer et remettre chacun d’eulx 
en droit soy incontinent sans delay au premier estât adeu. Car 
ainsi le voulons et nous plaist estie faict. Et pour que ce soit chose 
ferme et estable a tousjours, nous avons faict mettre nostre scel a 
ces dictes présentes sauf en aultres choses nostre droit et l’aultruy 
en toutes. 

Donné au dict lieu d’Espinals le onziesme jour de Septembre , 
Tan de gr&ce mil quatre cens quarante quatre et de nostre régné le 
vingt deuxiesme. 

Et sur le reply est escript : 

Par le Roy en son grand conseil , ou quel estaient le Roy de 
Sicile, Monseigneur Charles d'Anjou, Monseigneur le duc de 
Calabre, les comtes de Clermout et de Tancarville, les sieurs 
de La Caillière, de Precigny et de Treignel et autres plusieurs. 

(Scellé du grand sceau de cire verte pendant en las de soye 
rouge et verte.) 

Orlg : Mm intitulé : Ville d* Bpinal, Bibl. Imp. Fonds F. 
Sa^nt - Germain. Ancien N® 1099. — Archives de 
la ville d'Epinal. Mm AA 1. page 137. Indiqaé : 
Arcbiv. de la Menrthe. Trésor de Lorraine. Bpinal. 
Invent. Ane. R® 32. 

VIII. 


Septembre 1444. 

Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France. Convenable 
et consonant a raison et appartenant à nostre majestei royal, 
tenons estre que, entre autres nos cures et soings, notre désir, 
entente et pensée tende principalement a ce que l’estât ecclesias- 


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tique et les personnes dediées et données a l’eglise et meismement a 
la religion , qui jour et nuit entendent au divin service soient préser- 
vésel de {Tend u s des nuysanset relevez de leurs oppressions et joyssent 
de paix et tranquillité afin qu’ils puissent et doyent tant plus 
volontiers et franchement continuer de vacquer au dit service divin 
quant plus se sentiront aydez et gardez de nostre royal puissance. 

Corne doncques l'Eglise de Sainct Goery de nostre ville et lieu 
d’Espinal, de Tordre de Sainct Benoist, soit belle, notable de grant 
et ancienne fondation bien et louablement desservie de grant 
quantité de religieuses, bonnes et devotes, et il soit ainsy que 
nagucresque nous avons en nostre main le dit lieu d’Espinal, ayons 
trouvé les diltes religieuses et leurs gens avoir a nous et a nostre 
dicte couronne et majesté royal 1res bonne affection dont soyons 
plus enclins et meuz a avoir bon voloir a leur estendre nostre graice 
et liberalitei et a leur oclroyer nostre protection et garde laquelle 
elle nous ont fait bien humblement et justement supplier et 
requérir : sçavoir faisons a tous que, pour considération de ce quedict 
est et meismement en faveur dudit divin sacrifice et aussi inclinant 
favorablement a la dite supplication et requeste de nos chiéres 
et bien amées les dictes religieuses, c’est assavoir, Tabbasse et 
chapitre de la devant dicte Eglise de Saint Goery de nostre dit lieu* 
d’Espinal, avons icelles religieuses, présentes et avenir et celles qui 
leur succéderont en icelle eglise tant en chief comme en membre , 
leurs chanoines, chapelains et autres personnes de la dicte eglise et 
aussi tous leurs autres gens, officiers, familiers, subjects, hommes 
et femmes de corps, se aucuns en ont, terres, lieux, maisons, 
melayeries, granges, habitations, bois, prés rivières, cens, rentes, 
dismes, possessions, biens et choses quelconques prins et mis, 
prenons et mectons par ces présentes en et sous nostre especiale 
protection et sauvegarde a la conservation de leurs droits ef sans 
préjudice des nostres pour estres gardées et deffendues par vous et 
de par nous et par nos juges, officiers, gens et subjetz a leurs 
dépens et autrement duement envers et contre tous ceux qui 
violance, oppression , ou autres griefs ou injures leur vouldroient 
faire et leur avons, par ces mesmes lettres, député et ordonné, dépu- 
tons et ordonnons pour et eu especiaux gardiateurs, protecteurs et 
deffenseurs nos baillis et prevost de Sens , de Chaulmont et de noslre 
dit lieu d’Espinal , ou leurs lieu’enans ptesens et a venir et cbascun 
d’eux, ausquels chacun d’eux, nous mandons et commettons par 


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— 299 — 

ces dittes présentes que les dites Eglise et religieuses présentes et 
a venir et chascunes d’elles, ils maintiennent et gardent par nous en 
toutes leurs justes possessions, droitz, usoiges, libellez, franchises 
et saisines esquels ils les trouveront estre et leurs prédécesseurs- 
avoir esté paisiblement et d’ancienneté ei les gardent et desfendent 
et fassent garder et desfender de toutes injures, violences, oppres- 
sions, griefz, molestations de force d’armes de puissances et de 
toutes inquietationset nouvellelez indues. 

Et ceste nostre présente sauvegarde faicent publier ez lieux, places 
et aux personnes qu’il appartiendra et dont ilz serortt requis sur 
certaines et grandes peines à nous appliquées, en requérant et 
faisant requérir ceux qui ne seroient nos subjecls , se de la partie 
des dictes religieuses requis en sont , que a icelles ne a aucunes 
d’elles ne susdits chanoines et chapelains et autres personnes de 
leur dicte Eglise et aussi toutes leurs autres gens , officiers et fami- 
liers, subjets, hommes et femmes de corps, sn aucuns en sont, 
leurs lieux, maisons, metayeries, granges, habitations, vignes, 
bois,prez, rivières, cens, rentes, dismes posessions, biens et choses 
quelconques d’icelles Eglise et religieuses, ne mes taccnt ou fassent 
mesfaire en aucune manière. Et se aucuns de nos dietz subjecls ou 
autres non estans nos suhjectz avoient fait ou attempté aucune chose 
ou préjudice de nostre dicte sauvegarde et des dittes Eglise et 
religieuses contraignent et facent contraindre nos dits subjeetz par 
justice a repaire les dits attemptaz et les autres requièrent ou 
somment , de par nous , de procéder et lacent procéder deuement a 
la réparation des attemptatz qui par eux am oient este failz. Et se 
après les dittes requestes et sommation sur ce deuement faits que 
icculx gardiens les contraignent par toutes voyes et manières que 
pourra niieulx eslre faict et par mains armées, se mestier est, et 
requis en sont. Et, au surplus, donnons et octroyons par cesmesmes 
présentes aus dits gardiens et a chacun d'eulx plein pouvoir, aucto- 
ritéet licence de faire ez choses dessus dictes et de leurs dépendances 
tout ce qui a office de gardien peult et doit appartenir. Sy donnons 
en mandement par cestes nos lettres à tous nos officiers, justiciers et 
subjeetz, presens et a venir et chacun d’eulx, si comme a luy appar- 
tiendra, requerans tous autres que ausdits gardiens leurs lieutenans 
et autres commis et députez et a cbacuu d'eulx sur le fait de nostre 
dicte sauvegarde et en l’exercice de leur dicte commission et ez 
circonstances et dépendances d’icelle, obéissent et entendent et facent 


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— 300 — 


obéir et entendre diligemment et preslent et donnent et facent 
prester et donner conseil, coofort et ayde, se mestier en ont et par 
eulx requis en sont. 

Et afin que ce soit chose ferme et estauble a toujours , nous 
avons (ait mettre a ces présentes nostre scel ordonné en l’absence du 
grant, sauf et réservé nostre droit et l’aullruy en toutes choses. Et 
pour ce que les dictes religieuses pourront avoir affaire de ces 
présentes en plusieurs lieux et choses, nous voulons au vidimos 
d’icelles authentiquement fait, foy es're adjoustée comme a cesi 
original. Donné au dit lieu d’Espinal, ou mois de septembre mil 
quatre cent quarante quatre et de nostre reigne le vingt deuxième. 

Orig. Archiv. des Vosges. Cari, de l'Insigne Chapitre 
d’Bpinat. — Mm de la ville, AA i. 

ÏX. 

13 Septembre 1444. 

Charles, par la grâce* de Dieu, Hoy de France, a Cous ceux qui 
ces présentes lettres verront, salut. 

Comme puis naguères nos bien amez les bourgeois et habitans 
de nos cbastels et ville d’Espinalz et Bualuiesnil nous ayant faiet 
et rendu d’iceux chaslel et villes plaine et entière obeyssance, 
comme faire dévoient, et, par ce, soit besoing de commettre et 
ordonner officiers es dictz chastel et villes tant pour la garde que 
pour le faict de la justice d'iceulx et n'ayons encores pourveu 
aux offices de bailly et capitaine illec; sçavoir faisons que ce 
considéré et le bon rapport qui faict nous a esté des sens, 
loyaulté et bonne intelligence de nostre bien aimé Georges Deslye 
escuyer, icelui avons faict, ordonné et estably, faisons, ordonnons 
et establissons bailly et capitaine des dicts chastel, ville et chas* 
tellenie et appartenances d’Espiuals et Rualmesoil et iccux office; 
luy avons donné et donnons de grâce cspecial, par ces présentes 
pour les avoir, tenir et exercer doresnavant et jusques à nostre 
bon plaisir a tels gaiges qui par nous luy seront pour ce ordonnez 
et aux autres droits, profits et esmoluments accoustumex et ans 
dicts offices appartenans. Et luy avons donné et donnons par ces 
dictes présentes pouvoir , auctorité et mandement especial de 


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— 301 — 

cognoistre, discuter, soutenir et déterminer de toutes causes en 
cas d'appel et de ressort tant du prevost et autres officiers de 
justice des dictes villes d’Espinal et Rualmesnil, selon les coustumes 
et usages, stiles et ordonnances accoustumées et aussi des 
autres causes aus dicts offices appartenans. Si donnons en 
mandement par ces mesmes présentes aus dicts prevost, manans 
et habitans dessus nommez que au dict Georges duquel nous avons 
pris le serment sur ce accoustumé et mis en possession et saisine 
des dicts offices obeyssent entièrement comme a nous mesmes. 
Mandons, en outre, a noz amez et feaulx gens de nos comptes et 
trésoriers que les gaiges tels que aus dicts officiers ordonnerons, 
ils facent payer et délivrer doresnavant, par chascun an, au dict 
Georges aux termes et en la manière accoustumée et par rappor- 
tant ces présentes avec les lettres d'ordonnance sur le faict des 
dicts gaiges ou le vidimus d’icelles pour une fois tant seulement 
avec quittance sur ce suffisant dudict Georges. Nous voulons tout 
ce qui payé lui aura esté estre alloué et compté et rabattu de la 
recette de celuy ou ceulx qui payé l'aura ou auront par les dicts 
gens de nos comptes et trésoriers de France auxquels mandons 
ainsi ce faire sans difficulté, nonobstant quelconques ordonnances, 
mandement ou desfences a ce contraires. 

En tesmoing de ce nous avons faict mettre a ces présentes nostro 
scel ordonné en l'absence du grand. Donné en nostre ville 
d’Espinal , l'an de grâce mil quatre cent quarante quatre, et de 
nostre régné le XXII e . 

Et sur le repli est escript : 

Par le Roy en son conseil. Chaligant. 

Scellé d’uh sceau de cire jaune pendant sur double queue de 
parchemin. 

Orig. : Bib. Iinp. F F. S ‘-Germain n» 1099. — Archives 
de la ville AAI. Mas, page 143. Indiqué : Archives de 
la Meorthe. Trésor de Lorraine. Invenl. Spinal 1. 35. 

x. 

14 Septembre. 

Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, au bailly et 
capitaine de nos chastel et villes d'Espinal et de Rualmesnil et aux 


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— 302 — 

quatre gouverneurs et toute l'université et communaultez de dos 
dictes villes, salut. 

Pour certaines grandes causes et considérerons a ce nous mou- 
vans, nous vous mandons bien expressément et neantmoins def- 
fendons que es dictes villes ne en aucune d’icelles vous ne mettiez 
ne souffriez entrer en quelque manière que ce soit aucunes 
personnes plus , fors de vous , excepté nous ou nostre très chier et 
très amé fils le Dauphin de Viennois et jaos personnes, synon 
toutesfois que ce fussent gens ayant sur ce lettres patentes 
de nous scellées du scel de nostre chancellerie, faisant de ce 
expresse mention; et gardez, sur peyne d’encourir nostre indi- 
gnation , que ne faictes le contraire. 

Donné en nostre dicte ville d’Espinals le XIIII* jour de septembre 
l’an de grâce mil quatre cents quarante quatre et de nostre régné 
le XXII* sous nostre scel ordonné eu l’absence du grand. 

Et au dessous est escript : 

Par le Roy, en son Conseil. Cbaiigant. 

Scellé de cire jaune sur simple queue. 

Orig : Bib. Imp. Mu. P. F. S'-Germain II* 1099. — 
Archives de U ville AAI. Mss. page. 145. — Indiqaé : 
Archives de la Meorthe. Trésor Lorraine. Lay. I 
Bpioal. lovent. No 86. 

XI. 


4 Mars 1446. 

Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, sçavoir faisons 
à tous présents et a venir que , comme de toute ancienneté ait 
accoustumé avoir en nostre ville d’Espinal, entre les autres justiciers 
d’icelle , un eschevin qui congnoist, discute et détermine par 
semblant, selon les us et coustumes dudict lieu de tous procez, 
desbats et questions meus et introduites par devant lay et icenx 
ses conjusticiers , par les subjets d’illecques, sans par escript 
plaidoyer ne garder ordre ne forme de escript , duquel eschevio 
quand il advenoit qu’il donnoit sa sentence et condampnoit aucuo, 
Pon pouvoit raisonnablement appeler ; par qooy soit expédient de 
pourvoir d’aucunes notables personnes par devant lesquelles les 


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— 303 — * 

dictes appellations soient dévolues et qui ayent de par nous pouvoir 
de icelles décider finalement, juger, déterminer et mettre a fin. 
Nous, considerans que les dicts appeaulx pourront bien et conve- 
nablement et a peu de frais et dépenses de nos subjets du dict 
lieu, seigneurie d’Espinai, estre décidez par les bailly, quatre 
gouverneurs d*illec , qui vraisemblablement sont et doivent estre 
gens notables, et qui cognoissent çt sçaventus et coustumes de la 
dicte ville notoirement gardez , observez en tels cas iceux bailly 
et quatre gouverneurs d’icelle nostre ville d’Ëspinai presens et a * 
venir avons, pour ces causes et aultres a ce nous mouvans, commis 
ordonnez et establis, commettons, ordonnons et établissons juges 
et leur avons donné et donnons plain pouvoir et mandement 
especial de congnoistre décider, discuter, et déterminer par eulx 
ou la plus grande et saine partye d’eulx , de tous appeaux qui 
pourroient doresnavant estre et qui depuis l'obeyssance a nous 
donnée de la dicte ville ont esté interjectez dudict eschevin 
d’Espinat et sur ce sentencier et pronuncier leurs arrests selon 
les us et coustumes d’icelle ville ; et voulons que leur appointe- 
ments, sentences et arrests vaillent, sortissent leur plain effort 
sans ce qu’il en puisse ores ne pour le temps a venir estre appellé 
ne réclamé par devant aultres juges quelconques en aucune 
manière. Sy donnons en mandement, par ces présentes, a noz amez 
et féaux conseillers les gens de nostre Parlement et a tous nos 
aultres justiciers ou à leurs lieulenans presens et advenir et a 
chascun d’eulx, si comme il luy appartiendra, que nostre présente 
voulenté et ordonnance ilz publient et facent publier ou il appar- 
tiendra et en facent, sueffrent et laissent les manans et habitans 
des dictes villes seigneuries et les dicts bailly et quatre gouverneurs 
de la dicte ville presens et a venir, joyr, et user ainsi et par la 
forme et manière que dict est, plainement et paisiblement sans 
aucunement aller ne venir a l’encontre. Car ainsy nous plaist et 
voulons estre faict et aux dicts manans et habitans de nostre dicte 
ville d’Espinai presens et advenir l’avons octroyé et octroyons de 
de grâce espécial par ces présentes. Et afin que ce soit chose 
ferme et estable a tousjours, nous avons faict mettre nostre scel 
en ces présentes saulf en aultres choses nostre droict et l’allrui 
en toutes. Donné aux Montils-les-Tours ou mois de mars mil 
quatre cens quarante six et de nostre régné le XXV*. 

Sur le dos est escript : 


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— 304 — 


Lectaet publicata et regisirata Partons, io Parlementa, die vigesi- 
ma seconda Novembres, aqno Doaiioi millestmo qaadringdotestaio 
quinquagesimo sexto. 

Orig : BU». lmp. F F. S'-Genuio, 1099. — Archives 
de la ville AAI. Mm. Il* 449. — Archives de b 
Mearthe. Trésor de Lorraine. Spinal. Invent. Layette 
I No 39 


XII. 


94 Septembre 1444. 

Mandement de Charles Y II aux baillis de Sens, Troyes, Vitry 
et Chaumont pour garder et défendre la ville d’Ëpinal contre 
tous ennemis. 

Orig. Arobiv. de la Meurthe. Trésor de Lorraine. Lay. Spinal » 4. 
N- 37. 


XIII. 


4 Mar. 1446. 


Charles, par la grâce de Dieu , Roy de France , a tous ceux qui 
ces présentes lettres verront , salut. 

Comme pour la police et le bien publicque de nos villes et bailliage 
d'Espiual et pour obYier aux vexations et despenses que pourroienl 
avoir nos subjets d'illec, se aller leur convenoit a Toul ou aillems 
passer leurs contrats et aultres lettres a eux nécessaires ainsy 
qu'ils ont faict le temps passé, soit expédient de commette e 
et ordonner ou dicl lieu un notaire ou tabellion qui doresuavaot 
face tous contracls ou aultres lettres necessaires a nos dicta 
subjets d'Espinal tant en faict de héritages comme aultrement 
et facions faire un scel a nos armes dont les dicte contrats et 
aultres lettres seront scellées ; sçavoir faisons que, pour les causes 
dessus dictes et aultres a ce nous mouvans, avons voulu et ordonné, 
voulons et ordonnons et nous plaist que audict lieu d'Espinal 
ait un tabellion par devant lequel soient dorénavant passes tous 
contralz et aultres lettres convenables à nos dicte subjects des villes 


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— 305 — 

el bailliage d’Espinal tant en faict de héritages, debtes, rentes, 
comme autrement et un scel faict a noz armes pour les scellez 
et que le dict tabetlionnage soit baillé a ferme par nos procureurs, 
receveurs, et aultres nos officiers illec au plus offrant eb dernier 
enchérisseur y doive suffisant a ce ainsy et pour tel temps et y 
soit entièrement gardé Tordre que Ton a accoustumé faire et 
garder et que Ton faict encore de présent en nostre ville de Sens. 
Auquel notaire ou tabellion qui ainsi aura affermé le dict tabel- 
lionnage, après qu'il aura fait serment de iceluy bien et deuement* 
exercer, avons donné et donnons par ces présentes pouvoir et 
autorité de signer toutes lettres de contrats et huîtres par luy 
passées , voulons que les deniers qui en vendront et yseront soient 
unis à nostre domaine et receus par nostre receveur ordinaire 
dudict lieu. Sy donnons en mandement par Ces mesmes présentes 
a nos bailly, procureur, receveur et aultres noz officiers audict 
lieu d'Espinal presens et advenir et a chacun d’eulx, si comme à 
luy appartiendra, que nostre présente ordonnance mettent a exé- 
cution de poiûct en poinct selon sa forme et teneur, en bailliant 
a ferme le dict tabellionnage faisant faire le dict scel ainsy et pai' 
la manière qué dict est* Car ainsy nous plaist-il et voulons estré 
faict. 

En tesmoing de ce , nous avons faict mettre nostre scel a ces 
présentes. Donné aux Montilz-les-Tours , le quatriesme jour de Mars, 
Tan de grâce mil quatre cents quarante six et de nostre régné 
le XXV*. 

Ët sur le reply est escript : 

Par le Hoy en son conseil. Signé : Cheveleau. 

Scellé au grand scel de cire jaune sur double queue dé 
parchemin. 

Orig. : Bib. Imp. P F. SMsermain. Ant. If° 4099. — 
Archives de la ville AAI. Ma», page 457. — Archive» 
de Menrthe. Trésor de Lorraine. Spinal» Layet. 4* 
49. 


XIV. 

4 Mar» 4446. 


Charles par la grâce de Dieu , Roy de France a tous ceulx qui 
Ces présentes lettres verront, salut. 


20 


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— 306 — 


Comme depuis que nostre ville d’Espinal a esté mis en nostre 
main et obeyssance n’ayons du tout pourveu au gouvernement et 
police d’icelle et mesmement n’ayons ordonné a quel poids toutes 
denrées et marchandises qui se vendent a poids seront doresnavant 
pesées et vendues en nostre ville et bailliage dudict lieu d’Espinal, 
et par ce, soit expédient d’y pourveoir pour le bien et utilité 
de nos hommes et subjects d’icelle; sçavoir faisons que, considerans 
que en nostre ville de Paris , qui est la ville capitale de nostre 
Royaulme , l'on uze de huict onces en chacun marc et de deux 
marcs en la livre qui sont seize onces pour livre , nous voulons 
la dicte ville d’Espinal et les aultres villes du bailliage d’illec 
estre introduites et réglées en ce a la façon et semblence de nostre 
ville de Paris; avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons 
et nous plaist que toutes manières de denrées et marchandises 
qui ont accoustumé estre vendues et distribuées à poids, soient 
doresnavant pesées en nostre ville et bailliage d’Espinal par Ions 
marchands tant de la dicte ville comme forains, au dict poids 
de Paris et non aultres, et que ceux qui seraient trouvez faisant 
le contraire soient punis et condampnés en amende envers nous 
selon l'exigence des cas. Et avec ce, que en nostre dicte ville d’Espinal, 
en aucun lieu qui pour ce sera advisé plus propice et convenable 
soit rais et estably un poids pour peser toutes denrées et 
marchandises et pour chacun cent pesé au dict poids, soit pris 
par nous et appliqué a nostre domaine deux deniers tournois de 
nostre monnaie. Sy donnons en mandement par ces mêmes 
présentés aux baiily et quatre gouverneurs du dict lieu d’Espioal 
que nostre présente ordonnance et voulenté facent crier et 
publier ès lieux où l’on a accoustumé a faire criz et publications 
en icelle ville en manière que aucun n’en puisse prétendre juste 
cause d'ignorance, et icelle nostre ordonnance mettent a exécution 
de poinct en poinct selon sa forme et teneur et contraignent a 
icelle entretenir et garder tous ceuix qui pour ce seront a 
contraindre par toutes voyes deues et comme il est accoustumé 
de faire en tel cas. Car ainsy nous plaist-il et voulons estre fakt 
nonobstant quelconques restrictions, mandemens ou defensesa 
ce contraires. Toutesvoyes nous n’entendons pas que chascun 
marchand des dictes villes et bailliage d’Espinal, ne paisse tenir 
en son bostel poids pour peser jusques & vingt dnq livres et 
dessous et soy en ayder au regard des denrées qu’il vendra en 


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— 307 — 


détail sans pour ce cheoir en danger ou reproche ne estre 
condampné enver nous en aucune amende. 

En tesmoing de ce, nous avons faict mettre nostre scel a ces 
présentes. Donné aux Montils-lès-Tours, le quatriesme jour de 
Mars l’an de grâce mil quatre cents quarante six et de nostre 
régné le XV®. 

Et sur le reply est escript : 

Par le Boy en son Conseil : E. Elibi. 

Scellé d’un grand sceau de cire jaune sur double queue de 
parchemin. 

Orig. : Bib* lmp. F F. S 1 - Germain 1099. — Archive# 
de la ville AAI. Mas. page 151. — Archive# de 1# 
Mearthe. Spinal. Lay. 4. N® 44. 

xv. 


Sans date. 


Chiers et bons amis, le Roy a receu les lettres que lui avez 
envoyées par messire Jean Cunet prebstre , avec les lettres en 
vidimus d’aucunes lettres concernans la seigUeürie d’Espinal 
pour respondre aux requestes que fait l’evesque de Metz; il flt 
esté très content de vostre bonne diligence et a bon vouloir 
et bonne affection de vous entretenir et aider comme à ses vratà 
snbgiez et obéissants et n'en faictes aucunes doubtes. Et pour ce , 
de vostre part, faictes toujours de bien en mieulx au bien de 
lui et de sa seigneurie afin qu’il ait cause de vous avoir tousjours 
en plus grande recommendacion en lui faisant savoir et à nous 
de voz nouvelles, affin qùe on pourvoie à vous aider et conseil- 
lier ainsi qu’il sera nécessaire. Et, au regard de Guillaume de 
La Salle, gouverneur et autres officiers de par delà, nous leur 
eseripvons et faisons savoir le bon plaisir du Roy nostre seignenn 
Soit garde de vous. 

Escript à Rouen le XII® jour de février. 

A noz chiers et bons amis Le chancelier et antres gens 
les manans et habitans de nostre du grand conseil du Roy. 

ville d’Espinal. Signé Paudk. 

Orig. Arebiv. de la Mearthe. Layette. Bptnel , pièee cotée 
BB. (Commaniqaé par M. Lepage.) 


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— 308 — 


XVI. 

Sans date. 


De par le Roy, 

Ch i ers et bien amea, nous avons receu les lettres que, par 
Gérard Titre et autres, par vous envoyez par deçà, escnptes noos 
avez, et oy ce qu’ils ont voulu dire et exposer, ensemble les 
requestes qu’ils noos ont faictes de vostre part dont et du bon 
vouloir que tousjours avez envers nous et de l’obéissance que 
nous faites et continuez avons esté et sommes bien contons et 
sur tout leur avons fait faire responce telle et ainsi qne par eolx 
pourrez savoir, et avons bien inteneion de non vous babandonner 
et de vous garder de tort et de force comme noz bons et loyauix 
subguetz. 

Donné aux Montils-les-Tours le xim* jour de Mars. 

Signé : Charles. 

A noz cbiers et bien âmes les quatre gouverneurs, bonrgois 
et habitant de nostre ville d'Espinal. 

Dr Goiffy, Pour oopie : Gérard. 

Origin. Archiv. de la Mearthe. Lay. BpiaiL H. 

(Communiqué par M. Lepage.) 


xm 


*8 Juin 1447. 


Charles, par la grâce de Dieu y Roy de France, aux bailli et 
quatre gouverneurs de nostre ville d’Espinal, salut. Comme Jehan 
Cunart presbtre, Nicolas Cunart, Colin Martin etLaurens Curard, 
babitans de nostre dite ville, eulx portons procureurs et faisans fors 
de tout le corps et communaulté d’icelle et Richier Oseille et Moriset 
Priour, aussi eulx disans procureurs et faisans forts pour tous les 
manans et babitans des faulxbourgs d’ilec , soient de nouvel venus 
par. devers nous, disons : c’esà assavoir les die Jehq>, Cunart, Nicolas 
Cunart, Colin Martin et LanranaÇur%rd pour toute la dicte ville et 


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communaulté, icelle nostre ville estre située et Assise sur les fins et 
extrémitezde nostre Royaulrae, de grant enceinte et bien enviée de 
plusieurs et parce estre expediens et nécessaire de renforcer les 
guet et garde que Ton a accoustumé y faire et contraindre les 
habitans es dits faulxbourgs qui retraient eulx et leurs biens quant 
bon leur semble et faire le veulent en la dite ville, et faire guet et 
garde en icelle, tant pour l'entretenement de la dite ville en icelle 
nostre obéissance et le bien aussi de nos subjets demourans ilec, 
comme pour obvier aux incooveniens qui par la prinse d’icelle se 
pourraient ensuir, se provision n'y estoit donnée. Et les dis Ricbier 
Ozeille et Moriset Priour pour tous les habitans et demourans es dis 
faulxbourgs que par avant, et depuis que la dite ville a esté ainsi 
mise en nostre dite main et obéissance, les diz des faulxbourgs pour 
quelque guere, péril ou dangier en quoy la dicte ville se soit 
trouvée n'aient accoutumé faire guet ne garde en icelle, mais seule* 
ment l'aient fait ez diz faulxbourgs et sur les champs oultre iceulx 
faulxbourgs, et en ce se soient tellement conduis et gouvernez que 
aucun inconvénient, grâces a Dieu, n'en est advenu et aient vou- 
lenté et intencion de encore faire et continuer et* par ce, ne estre 
bssoing qu'ils soient contrains de faire le dit guet et garde en nostre 
ville. Savoir vous faisons que, pour obvier à tous les inconvéniens 
qui en desfault de guet et garde pourraient advenir tant à la dicte 
ville et é tous les habitans en icelle comme autres pals voisins, et 
pour tousjours norrir bonne amour et union entre les habitants des 
dites ville et faulxbourgs qui autrement pourraient cheoir en division , 
dont se pourrait ensuir la perdition de la dicte ville , que Dieu ne 
vueijle, avons, par l'advis et délibéracion des gens de nostre conseil, 
voulu, decleré et ordonné, voulons, declerons et ordonnons par ces 
présentes que les habitans de tous les faulxbourgs de nostre dicte 
ville d'Espinal faeent doresenavant, en cas de eminent péril et non 
autrement, guet et garde en nostre dicte ville comme font les habi- 
tants en icelle et que a ce faire et soient contrains en cas de refus, 
par toutes voies deues et comme il est accoustumé faire en tel cas. 
Se vous mandons et expressément enjoingnons que nostre présente 
voulenté, déclaration et ordonnance mectexet faites mettre a exécu- 
tion de point en point selon sa forme et teneur sans quelque dissi- 
mulation ou départ. Car ainsi nous plaist-il et voulons estre fait, 
nonobstant quelconques mandemens , desfenses et lettres subreptices 
impet ré es on a impetrer au contraire. 


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— 3*0 — 

Donné au Boys Sire Arr.é le XVIII e jour de juin, Fan de grâce mil 
CCCC quarante sept et de nostre régné le XXV e . 

Par le Roy en son conseil. 

Orig. Àrchir. d'Epiosl. AA. (En parchemin , scellé Mtr 
simple qneqe de parchemin dn sceau en cire blanche.) 


XVIII. 

1" Juillet 1447. 

Charles , par la grâce de Dieu , roi de France, aux bailly et quatre 
gouverneurs d’Espinal ou a leur lieutenant salut. De la partie de nos 
biens amés les bourgeois et habitants delà dicte ville nous a esté ex- 
posé que puis peu de temps ença plusieurs femmes mal renommées 
et diffamées, chamberrières des gens d'armes et de guerre et d'au lires 
se sont qagueres retraictes et venues demourer en nostre dicte ville 
et se sont Jogiées en rues publiques entre les bourgeois nobles et 
autres preudes femmes, sans porter aucune différence on habit ne 
autres, qui est la chose de mal exemple et desdit aux preudes 
femmes ethabitans de nostre dicte ville et en pourrait venir plusieurs 
inconveniens par la participation et communication que pourraient 
avoir les filles et chamberrières desdits supplians avecques les dites 
femmes communes par le moyen de la proximité des lieux ou elles 
sont demourant et logées entre les bourgeoises et autres notables 
femmes se sur ce n'éloit provision, si comme dit est. Remontré nous 
esté humblement et nous avons reconnu icelui; pourquoi nous» at- 
tendu ce que dictest voulant nostre dicte ville et les habit&ns d'icelle 
estre traictez et gouvernez en bonne police et honnesleté de via et 
rejetter toute scandelle et choses dont peuvent naistre et venir aux 
dicte supplians scandelle et injures, Nous mandons et parceque le gou- 
vernement de la police de la 'dicte ville nous appartiens et voulons 
a nous appartenir, commettons, par ces présentes que vous informies 
bien et diligemment de ce sur ce que dit est, et, s'il vous appert 
duement faictes ou faicles faire exprès commandement, de par nous, 
sous les certaines et grosses amendes a nous appliquées aux dictes 
femmes mal renommées et diffamées que incontinent et sans delà y 
elles se départent des dictes rues publiques et aillent demourer en 
rues foraines et portent un signal ou différence par laquelle on les 


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— 3H — 


puisse coDooistre des bourgeoises et autres femmes ménagières de 
la dicte ville et sur ce par voye et par maniéré ainsi que verrez au 
cas appartenir au bien publique et police de la dicte ville et 
contraindre à ce tous ceux qui pour ce serqnt à contraindre par toute 
voie et manière deues et raisonnables, nonobstant opposition ou 
appellation quelconques. Car ainsi nous plait-il estre faict nonobstant 
quelconques lettres subscriptes ou impetree» a ce contraire. Mandons 
et commandons à tous nos justiciers et officiers et subjectsque avons 
et a chacun de vous commis ou députés en ce faisant obéissant et 
entendant diligemment. Donné a Bourges le premier jour de Juillet 
Tan de grâce mil quatre cent quarente sept, denostre régné le XXV e . 

Par le Roy à la relation du conseil 

Signd : M. Bar dois. 

(Orig. Archiv. de U Meorlhe. Trëior de Lorraine. Lay. 

Epinal i iV *$.) 


XIX. 


10 Décembre 1448. 

In nomine Domini Amen. Tenore presentis publici instrument! 
cunctis pateat evidenter et sit notum quod , anno ab incarnatioue 
Domini millesimo quadringenlesimo quadragesimo octavo, in- 
dictione undecima, die vero décima mensis Decembris, hora 
dictœ die nona de mane ante meridiem ejusdem diei vel 
ci rca., Pontificatus sanctissimi in Chrîsto patris et Domini nostri 
Domini Nicolai , divina providentia papæ quinti anno secundo, 
in nostrum notariorum publicorum et testium infra scripiorum 
ad hec vocatorum specialiter rogatorum presentia, personaliter 
constitutus reverendus in Chrislo pater et dominus Conradus, 
Dei et apostolice sedis gratia, Metensis episcopus, qui quidem 
reverendus pater in suis tenens manibus certas tenons subscripti 
lifteras suas missivas in papiro verbis gallicis scriptas etiam cum 
una earumdem litterarum vera copia. Quas quidem principales 
litteras, burgensibus, incolis et toti communitate villœ suæ de 
Spinallo, Tullensis diocesis, per proprium suum nuncium juratum 
incontinent! miltere volebat et proposuerat, ut dicebat; formidans 
idem reverendus pater ne ipsi habit atores et incolœ dicere possent. 


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— 312 — 

in futurum ipsas sub e&dem forma non récépissé seu invalidas esse 
aut aliquid sinistri in contrarium allegare antequam dicto soo 
nuntjo eas deliberaret sigillatas ad deportandum ipsas litteras 
cum eadem copia collationandaç et in nostris registris seu proto- 
chollis ad futuram rei mbmoriam registre ndas et retinendas nobis 
iiotariis publicis subscriptis præsentavit et tradidit. Quas quidem 
(itteras missivas cum præfata earumden} copia ad ipsiu* reverendi 
patris insiantia statim et incontinenti collationavimus et hujusmodi 
popiam veram et débité collalionatam apud nos, ut premittitur , 
retinuimus. Quarum quidera litterarum ténor in latinum , per nos 
translatum expositus, nil addito vel remoto quod facli substantiam 
immutet vel varia intelleclum sequitur et est talis : 

Conrad us , Dei gratin , sanctæ sedis aposlolicæ Metensis episcopus, 
dilectis nostris burgensibus, incolis ac loti comxnunrtali Tito 
nostræ de Spinallo salutem. Vos scitls quod de omni antiqnitate $ 
fanto tempore cujus contrarii memoria hujusnqodi non existit , villa 
de Spinallo fuit nostris predecessoribus episcopis Metensibus, in 
omnibus , superioritate , dominatione et supremitate , veluti jura 
antiqua dictæ nostræ villre consueta legi et reportari annis singulis 
in annualibus placitis et plures alise quartæ déclarant bene ad 
planum, et fuerunt vestri antecessores et predecessores , quibus 
placet Dominus , de suo tempore boni, fideles homines, subjecti et 
obedientes omnibus nostris predecessoribus et nobis etiam , uti suis 
directis, meris et naturalibus domiuis; de quibus superioritalibus , 
nostri predecessores et nos de sup et noslris temporibus fuimus 
in vera et paciflca possessione usque ad quartam diem menri| 
Septembre vei circa sub anno Do mi ni millesimo quadringentesimo 
quadragesimo quarto, ultime elapso, quo eamdem obedientiam nobis 
subtraxistis et fecistis obedientiam illustrissimo et christianissimp 
régi Francorum, absque nostris, scilis, voluntateet consensu ec sine 
coactione et causa rationabili quacumque et nobis pro tune temporis 
absentibus a nostra patria ad mandatum et præceptum illustrissimi 
regis Romanorum nostri metuendissimi et supremi domini tempo- 
ralis; vos etiam retinuistis etadhuc retinetisjura, census, proventus 
annuos, emotumenta et addicta dictæ nostræ villae et qui nobis, 
causa dictæ nostræ ecclesiæ, competunt et pertinent. Et sine earnm 
splutione nobis facienda patimini ea nobis solvi, utiminique alia 
justitia quam nostra in dicto loco et totum in prejuditium et 
exhæredationem præfatæ nostræ ecclesiæ et nostn ad illius eau sam : 


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— 313 — 

et distulimus seu dissimulavimus vos hujusque prosequi, occasione 
dictæ inobedientiæ sub spe quod vos, bene advisati, reverteremini 
liberaiiter et de vobis melipsis ad obedientiam nostri et præfatæ 
nostrœ ecclesiæ et nostrum fueretis in hoc debitum, sicuti semper 
fuerunt vestri antecessores et sicut etiam vos facere debetis sec un- 
dum naturam, jus, honore m et rationem. Et quia non percepimus 
quod habeatis intentionem hoc faciendi sed continuatis dictant 
ioobedentiam per quant non possumus gaudere neque uti dictis 
superioritatibus , dominationibus , proveniibus <jet émolument» 
sed eis privamur et denudamur ex toto sine jure , forma et causæ 
cognitione ; et quoniam formidamus talis inobedientia bene posse 
verti in exhederationem perpetuam nostri cpiscopatus et domi- 
oationis et quod nos tenemur manu tenere et sustinere, juxta posse 
domination», et antiqua emolumenla dictæ præfatæ ecclesiæ nostræ, 
scribimus vobis rogantes, dorantes et requirentes amicabiliter et 
instantius quo magis possumus, quod , præmissis consi deratis , et 
quod numquam vestri prædecessores fuerunt reprehensi de tali 
inobedientia, vqlitis gratiose et amicabiliter reverti ad nostram 
et dictæ ecclesiæ nostræ obedientiam, nobisque velilis satisfacere 
de redditibns, emolumentis et proveniibus superventis et debitis 
a die dictæ substractionis, sicuti facere debetis secuadum 
naturam et rationem et deinceps facere erga nos, occasione diclæ 
nostræ ecclesiæ, sicut boni et fidcles subjecti facere debent suo 
naturali et sopremo domino et sicut vestri antecessores fecerunt 
nostris prædecessoribus in toto (emporepræteritQ. Et nos recipiemus 
vos libentissime, benigne et gratiose et quantum ad offensam per 
nos factam.erga nos et dictam nostram ecclesiam, occasione dictæ 
inobedientiæ et substractionis, nos faciemus taliter et ita benigne 
eiga vos quod debebijis esse contenturu Et , per Dei gratiam, erimua 
vobis bonus dorai o us et in hoc velitis taliter agere quod non stl 
necesse nos dotere de vobis et vos persequi et actionarc per nostros 
supremos ex causa dictæ inobedientiæ; et quia secundum juramen- 
tum quod habemus nostræ dictæ ecclesiæ , non possuqms magis 
dissimulare de prosequendo et action an do vos per viam justiciæ et 
ubi intererit, pro recuperando superioritatem , dominationeni et 
émolument* præfatæ nostræ ecclesiæ, casu quo essetis déficientes 
facere vestrum, debitum prout dictum est , nobisque rescribendo 
super hoc vestram voluntatem. Datum sub nostro sigillo plaeato 
seu annotato in, maxginibus præsentium litterarum, die décima 


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— 344 — 

raensis Decembris sub anno millésimé quadringentesimo quadra- 
gesimo octavo. 

Quibus itaque actis, præfatus reverendus pater dominos Metensis 
episcopus , prefatis litteris originalibus ibidem et in nostrum nota- 
liera m subscriptorum præseocia suo sigillo sigill&tis, ipsas dticreio 
viro Dionisio Ogeri de Naoerio, Tullensis diocesis, snofiunctojunio 
et arma sua portanti ibidem præsenti et vocato, dictis Spinaleostbus 
deferendas Iradidit, dixitque eidem et in vim juramenti soi sibi 
et officio suo præstiti pæcepit qualenus statim et illico ad villam 
suam de Spinallo cum eisdern litteris sibi traditis accederet dictas- 
que suas litteras, nomine suo, quatuor rectoribus dictæ villæ ac 
ipsorum et omnium aliorum quarum iuterest nomioibus, traderet 
et exhiberet, responsumque super eisdern litteris ab eisdem Tel 
eorum altero sibi dari peteret hujusmodique lilterarura præsen- 
tatione responsioueque et aliis per ipsum agendis in bac 
parte relatiooem veridicain sibi in nostrum notarium prædictorum 
prœsenlia, postmodum in suo regressu diligenter facere vellet atque 
faceret. Qui quidem Dyonisius nuncius juratus, jurameuto primitus 
ibidem per eum solemniter, ut moris est, facto et prœstito de 
tideliter et diligenter hujusmodi litteras portando et refereodo, 
prout supradiptas litteras in contioenti recepit, equoin soum 
ascendit, viara suam seu gressus suos versus diclum Spinaliom 
breviori ira mi te quo potuil recipiendo et eqoitando. Super qoiboi 
omnibus singulis præmissis taliter actis præfatus reverendus pater 
dominus Metensis episcopus petiitet requisivit sibi per nos, ootaricK 
publicos subscriptos, fleri atque tradi unum vel phira publtcum seo 
publica instrumenta quœ fuerunt acta in Castro tülœ de Ramberti- 
villarij in parva caméra superiori dicti reverendi patris sub anoo, 
indictione, mense, die, hora et pontifleatu prædictis; præsentibos 
ibidem discret» viris domino Johanne Strudenheim, presbytero 
et curato de Hudinga, Leonardo Scutifero, Heorieo de Dampnoapro 
et Johanne Guillermi de Baccarelo, clerico , Tullensis diocesis, cum 
pluribus aliis testibus ad præmissa vocatis specialiter et rogaiis» 
Consequenter, anno, indictione, meose et pontifleatu prædictis, 
die vero un décima prædicti mensis decembris circa, duodedmusi 
horelogii pulsum de mane ipsius diei, coram nobis notariis 
publie» et testibus subscriplis in hurgo dictæ villæ de Ramberti- 
villari, dictæ Tullensis diocesis, iu domo habitation» honesti rm 
Uamar Dathenchem dicti Molaire, comparons præfatus Diontsîs# 


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— 3*5 — 


nuncius jurâtes præfati reverendi patris domint Melensis episcopi 
reversas a dicta villa seu oppido de Spinallo ad quem , ut præmit- 
titur, et pro negoti suprascripto missus et destinatus fuerat. Qui 
quidem Dyonisius nuncius ibidem publiée relationem suam faciendo 
asseruit atque dixit quod ipse, die precedenti, qua fuerat décima 
die prædicti mensis decembris , hora dictæ diei duodecima de mane 
vel circa, ad prœfatum oppidum de Spinallo et ad portarn vulgariter 
nominatam portant Magni Molendini ut dictum oppidum seu 
yillam pro litteris sibi traditis prout a præfato venerendo pâtre 
domino episcopo babuerat, in mandatis presenteudis intrare et 
negotium hujusinodi sibi commissum débité adimplere et expedire 
posset applicuit. Et quia per jauilores ejusdem portœ introïtus dictæ 
vills eidem uuncio fuit pro tune denegatus, ipse nuncius ad man- 
datant earumdem ad domum cujusdam Johanni Leguars , hospitis 
publici, accessit ibidemque cum suis litteris se tenuit usque ad 
primum horalogii putsum post raeridiem ipsius diei vel circa , qua 
hora quidam Renerus, natus Johanni Molot unus de quator rectoribus 
dictæ villæ de Spinallo ac ipsum nuncium in dicta domo in qua 
missus fuerat et expectabat, veniens, litteras prædictas per dictum 
dominum Metensem epi&copum eidem traditas et quas dictis Spina- 
lensibus scribebat ab eodem nuncio petivil, quas sibi incontinenti 
idem nuncius tradidit et deliberavit petens ab eodem Renero super 
efsdem responsum sibi daii. Qui quidem Renerus, cum præfatis 
litteris sibi traditis in dicta villa recedil et ibidem permansit 
usque ad tertiam horam post mendiera ejusdem décimé diei vel 
circa. Post hæc, ad dictum Dyonisium nuncium responsum suum 
prædictum in prædicta domo Johannis Leguars, ut præmittitur , 
expectanti rediit et quasdam tenons subscripti litteras missives in 
papiro scriptas, clausas et quodani sigillu rubeo in quo, ut appa- 
rebat, due turres erant impressæ seu sigillatæ, sigiltatas prout 
eti&m testes subscripti fatebantur et aflirmabant, eidem reverendo 
patri domino episcopo Meteusi, nomine præfatorum burgensiuui 
et incolarum de Spinallo defferéndas et præsentandas eidem nuncio 
tradidit; quasquidem litteras responsivas dictas nuncius, eidem 
reverendo patri, hora duodecima vel quasi dictæ undecima diei , 
mensis Decembris, in dicta villa de Rambertivillari , et loco 
supradicto cum ea quæ decuit rcverenüa humiliter tradidit et 
present&vil; quarum quidem lilterarum ténor de gallico in lalinum 
per nos notarios subscriptos ad ipsius reverend i patris mandatum 


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— 346 — 

translatas et positas substancia certa non muta (a sequitur et 
est talis : 

Reverende in Christo pater, humillime nos vobis nos recomtnen- 
damus. Hodie , mane, décima die Deccmbris, circa novem horas 
dictæ diei de mane , nos recepimus unam litteram continentetn 
in data fore scriptam in dicta die, quod est impossibile ad creden- 
dum et ideo plu ras ei non adhebent fidem sed creduot eam esse 
unam rem fabricalam et idcirco non facimus super eis responsio- 
nem, rogantes humillime nos habere excusâtes, reverende pater. 
Dominus noster vobis donat bonam vitam et longam. Scriptum in 
ea die , hora undecima de mane, in loco de Spinallo, anno quadra- 
gesimo octavo. Vestri boni amici burgenses et universitas de 
Spinallo. 

Quæ quidem omnia et singula supradicta, prœfatus Djooisius 
nuncius juratus palara et publice ac per suuiu juraroentum , ut 
præmittitur, solemniter præstitum dixit, retulit et asseroit fore et 
esse vera ac modo et forma præmissis facta fuisseque gesta. 

Acta fuerunt hæc anno t indictione, mense, die, hora, loco et 
pontificatu prœ lictis, prœsentibus ibidem nobilibus viris Philippe 
de Lenonencurio , Johanne de Pcrroya, Andromo de Boulay, 
scutiferis ac honorabili viro Desiderio de Damelemere, illustrisslini 
principis, regis Siciliæ consi liario, cum pluribus aliis testibus ad 
præmissa vocal is specialiter et rogatis et prœfatum sigillum , ot 
præmittitur, approbantibus. 

Ego vero Desiderius Thuneus de Baecaretto , Tullensis éiocesès 
clericus, auctoritate imperiali publicus notarius, curieque episco- 
palis Tullensis juratus, præhibitis omnibus et singulis proposition! 
assertioni , presentationi , exhibitioni , receptioni , relation! , cæte- 
risque præmissis omnibus singulis, dum, sicut præmittitur, 
dicerentur, fièrent et agerentur cum prænominatis testibus prsseos 
interfui eaque omnia singula sic fieri vidî et audivi , ac ipsa in 
notam cum notario subscripto mecum in hoc assumpto sunipsi, ex 
quo hoc præsens publicùm instrumentum manu alterius fideliter 
scriptum sicut supra extraxi et in hanc publicam formam redegi 
signoque et nomme meis et consuetis in testimonial veritatis 
omnium et præmi9sarum singulornm signavi requisitus et rogatus. 

Et ego Stephanus Maliclerici, clericus Tullensis diocesis, publia* 
auctoritate imperiali curieque domini archydiaconi de Marsetk» 
jn ecclesia Metensi et curie Tullensis notarius juratus, quia 


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— 347 — 


proposition! , assertioai, présentation! , exhibition!, receptioni, 
reJationi, et omnibus aliis et singulis dum sic, u( præmitlitur, 
fièrent et agerentur una eu ni prænominatii testibus prœsens fui 
eaque sic vidi et audivi et in notam eum notario supradicto 
recepi, ex quo hoc præsens publicum instrumentum manu alterius 
scriptum scribi et gros&ari feci signoque et Domine meis solitis et 
consuetis signavi in fldem et testimonium omnium singulorum 
præmissorum requisitus et rogatus. 

Orig. Bibl. imp. F F. S'-Germain Ane. N® 1099. — Ar- 
chives 4e U ville AAI. Mm. pag 179. — I ndiqué : Arehiv. 
de U Meortbe. Trésor de Lorraine. Lay. Epinil. 48. 

XX. 

1449. 

Extractum a cronicis monasterii Sancti Simphoriani 
Mtten&is, de legenda Sancti Goerici Meiensis , episcopi, 
etc . 

Dominus Deodericus, Meiensis uibis antistes gloriosus , cui hic 
Dominus noster Adelbero successerat presul, in pago Calvomon- 
tensi locuni quemdam inter Mosellam et montem qui in declivio 
sui castrum habens ex accidenti rusticorum linguà Spinal vocatur, 
divino famulatui aptum reperiens, monasterium construxit, conse- 
crans illud Deo et Sancto Goerico cujus sacratissima ossa ab urbe 
MeLensi transférons, digna vénérations collocavit et patriœ patro- 
cinium fortissimum preparavit. Dominus Adelbero cujus successor, 
ad salutem.christianit&tis aut votum commissorum præsul offertur , 
perpendens murorum alta fastigia non valere si non sint servi: 
Del qui edifiçiorum constructiones faciunt, neque prodesse terrena 
nisi cœlestia, primo quidem clericorum conventum ad omnipotentis 
Dei honorem conducavit, post, gloriam divins tatis quantum in 
suum est ampliare lotis viribus omnique conamine gestiens, 
ancillas Chrisli sub regulari vita et institutione patris nostri beati 
sancti Benedicti, bene edoctus, Deo et sancto Goerico pontifici 
servir© destinavit, dans prœdia et possessiones quibus sine opia 
et sine indigentia vivere possent. Quantœ vero humilitatis et 
bospitalitatis , quant® patientiæ, et largitatis erga peregrinos et 


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— 318 — 


cunctos pauperes fuerint, in eadem loco acta, judicio est Sanctos 
confesser Cbristi Goericus qaid in vita sua promernerit , quid apnd 
Peum valuerit, rnultis miraculorum signis et prodigiis déclarai» 
fama sui longé latèque crebrescent populis, gentibusque inootuit 
Ut ergo gloria Dei nota fieret, et magnificeutii bonitatis ejos 
plusquam nostris temporibus manifesta cleresceret , in Burgundis 
cunctis finibus, cladis magna hostium multitudinem popnloram 
invasit, ^jua manibus pedi basque ardentes, miserabili pena bic 
perdito uno, hic utroque truncator pede, hic medio adostua 
aliquis ante primum aduci incipulis non multum sera venions 
audito sancti Pontificis rumore mittentes bat u lis aut caostis dereris 
undecumque confluebant Dum hœc fièrent , dominas Adelbero 
dura viveret lux grandiumque suorum, quia castrum emineiM 
monasterio sedes est episcopalis, sepissime aderat et hujus modi 
viros quotidie ad comminendum recipiens, propiis manibus mnhiare 
ilia coutrectans et conans ore et oculis demulcens, Denm in 
omnibus suis operibus laudare ac benedicere non desinebat. 

Orig : Arebiv. de l’Bmp. Trdtor des Ckartee. Cbwdbre 
Royale de Meta. Ctrl. 983. — Arekiv. de lt ville A AI 
page 17. — Bibl. lmp. Fonda F« S 1 — Germain. Ane. 
lf« 1099. 


XXI. 

99 Mars 1449. 

titrait de la chronique de Saint-Vincent de Metz. — Cet extrait 
n’étant que la répétition en style ampoulé de la pièce précédente, 
nous nous dispensons de la publier ici. — Elle se trouve : Archives 
de l’Emp. Trésor des Chartes , Chambre Royale de Metz. Cart 983. 
BibL lmp. F F. Saiot-Germain Ane. N° 4099. — Archives dlipinal, 
Mss. AAI. Page 4. 


XXII. 

97 Juillet 1449. 

De par le Roy, 

Chiers et bien amez, nous avons receu vos lettres par nos bien 


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— 349 — 


amez escuiers l'escuier Guillaume de La Salle , nostre gouverneur 
d’Espinal, Jehan Toyau , nostre receveur du dict lieu et Lorens 
Evrart , l’un des quatre de nostre dicte ville , qui sont venus par 
devers nous et oye la créance qu'ils nous ont exposé, de par 
vous , et sur icelle leur faict response ainsi que par eulx pourrez 
estre informez que l'Evesque de Metz a envoyé de ses gens et am- 
bassadeurs par devers nous qui ont faict plusieurs requestes et 
monstré aucunes besongnes auxquels avons assigné terme de leur 
faire sur ce response au premier jour de febvrier prochaine- 
ment venant. Si veuillez cependant faire diligence de quérir et 
faire quérir ce qui pourra en ce nous servir et l'envoyez par 
devers nous dedans le dict jour à ce que puissions et les gens 
de nostre conseil , estre mieux instruits de ce qui sera à faire. 
Car nostre entention et voulenté sont de garder et deffendre sur 
ce nostre droict et le vostre au mieux que pourront. Et , au surplus , 
veuillez adjouster plaine foy en ce que les dits gouverneur, re- 
ceveur et Evrart 7ous diront pour ceste fois sur ce de par nous. 
Donné à Razilly, le 27* jour de juillet. 

Signé : Charles. 

A nos chiers et bien amez les bourgeois, manans et habitans 
de nostre ville d’Espinal. 

Orig. Archive* de le Menrthe. Trésor de Lorreine. Layette 
Spinal 3. If» 33. — Bibl. lmp. Fonds F. S'-Germain, ane. 
4099. — Archives de la ville d'Bpinal, AA 4. 


XXIII. 

De par le Roy, 

Cbiers et bien amez , nous sommes bien informez des grans 
maulx, domaiges, surprises et excès qui, puis certain temps en 
ça , ont esté faiz sur vous et vostre vjlle , ban et seigneurie d’Es- 
pinal et du ces et interdit que l'evesque de Metz a fait mettre et 
apposer en nostre dite ville, ban et seigneurie, lesquelles choses 
sont à nostre très grant desplaisance; pour raison duquel ces 
et interdit avons escript a court de Rome par devers nostre Saint 
Père, lequel, a nostre prière et requeste, a icellui interdit cassé 
et annulé , comme nous sommes acertenez. Et ne faittes milles 


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— 380 — 

doubles que , à l'aide de Dieu , nous avons bon vouloir de voos 
aider et secourir en ce que dit est et autres vos affaires. Kl pour 
trouver manière de faire reparer les dits maulx et dommaiges et 
autres excès dessus dix et y douner provision , envoyons présen- 
tement par delà , nostre amé et feaul conseiller et chambellan 
le sire de Torcy, maistre des arbalestriers de France et autres 
nos officiers en sa compagnie. Si vous mandons et enjoignons 
que a nostre dit conseillier et autres nos dix ofBciers veuilliex obéir 
et baillier confort ôt aide et soi employer en tout ce que possible 
vous sera , et qu'ils vous requerront de par nous et les créés de 
ce qu'ilx nous diront pour ceste fois de nostre part. Donné à 
Montbaxon , le viii* jour de Décembre. 

Signé : Charles. 

A nos chiers et bien amex les bourgeois, manans et 
habitans de nostre ville d'Espinal. 

D. Coiffy. 

Orig. Àrcbiv. de le Meorüie. Lej. Spinal 1 BB. (Co» 
maniqné par M. Lepage.) 

XXIV. 


17 Février 1450. 

Par le moyen de Hault et Puissant Prince et nostre très redoublé sei- 
gneur Monseigneur le Duc de Calabre, Nous, Jean d’Estoufetille 
seigneur de Torcy, chevalier, conseiller, chambellan du Roi nostre 
sire et maistre des arbalestiers de France, commissaire du Roy nostre 
dit seigneur en ceste partie avons besongné , traictié et appoinctié, 
soubs le bon plaisir du dict seigneur avec révérend père en Dieu 
l’Evesque de Mets louchant les courses, interdit et maulx fhicts sur 
la ville et ban d’Espinal que l’on dit avoir esté fais par le dit 
Evesque, ses adberens, aliex et complices , par la manière qui s'en- 
suit : 

C'est assavoir que, du costé du Roy, seront baillés par escript et 
mains de M. de Torcy, de M. le Bailly de Chanlmont et de H. Jehan 
de S 1 Romain, commissaire du Roy nostre dict seigneur en caste partie 
ou l’un d’eulx , telles demandes et conclusions que le Roy entend à 
faire contre le dit Evesque touchant le ce* et interdit mis à Espinal 


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— 321 — 


61 les trais courses faictes au ban (lu «lit Espinal, la première environ 
Pasques, la seconde environ la Magdeleine , la tierce le mercredy 
après la S 1 Barthélémy dernièrement passé, dedans te vingt deuxième 
jour du présent mois de febvrier mil quatre cents et cinquante ; 

Item et desquelles demandes et conclusions, le double sera baillé 
au dit Kvesque sur lesquelles, sy bon luy semble, il baillera ses jus- 
tifications et défenses ez mains des dits commissaires ou l'un d’eulx 
dedans le huitième jour de mars après ensuivant; 

item et sur lesquelles demandes, conclusions, justifications et dé* 
fenses , par les dits commissaires la térité sera scem et enquisé 
tant d’un costé que d’autre et les dites enquestes faictes seront 
baillées de l’une partie è l'autre, noms et surnoms des tésmoings 
produits avec copies de lettres et tiltres , s’aucunes en exhibent pour 
les contredire et reproucher, se bon leur Semble; 

Item et si sera le dit Evesque tenus de faire prendre et empri- 
sonner les demourants en ses seigneuries qui seront trouvés cou- 
pables des dites courses, se appréhendez puent estre, avec tous leurs 
biens sans en faire délivmnce jnsques à ce qu’ils auront amendé 
l'outrage par éuix commis ou qü'i‘s en auront pardon et grâce du 
Roy; 

Item, et dez maiutenant, le dit Evesqué touchant la chose dessus 
dicte, se soubmet au jugement du Roy et prendra droict sur les dites 
demandes, conclusions, justifications, deffenses, enquestes et reprou- 
Cbes qui seront rapportées pardèvers le Roy, nostre dit Seigneur 
par les dits commissaires , et comparera le dit fitesque én personne 
devers le dit Seigneur ou y envoyera hommes par luy souflfi* 
sartiment fondez , quelque part qu’il soit , pour ooir sa sentence et 
jugement dedans le premier jour d’aoust ensuivant, laquelle sentence 
il sera tenu de paier et tenir l’adjugié et de ce baillera son scellé 
en la meilleure forme que faire se pourra; 

Item et au cas que le dit Evesque serait défaillant de comparoir 
ou envoyer par devant le dit seigneur au dit jour et de tenir, payer 
et accomplir ce qui sera par lüi dict, jugié et sentencié, en ce cas 
Messire Jehan Bayer, archidiacre de Trêves et de Metz, Messire Jehan 
Bayer, chevalier et Rodclf Bayer frères, promettront ez maint du dict 
seigneur de Torcy par la foy et serment de leurs corps et sur leurs 
loyautez et honneurs de rendre leurs propres corps prisonniers de-* 
dans six sepmaines après la dicte sentence et jugement en lieu ou 
le Roy sera lors, duquel lieu Ms ne pourront partir ni eulx tenir 

21 


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— 322 — 


quittes sans le congié et licence du dit Seigneur ou de son certain 
commandement , et de ce bailleront leurs scellez en la meilleure 
forme que faire se pourra. Toutesvoyes, si tant esloit que le dit Eves- 
que comparût en personne par devant le dict Seigneur les dits 
seigneurs demoureront quictes et deschargez de leurs promesses et 
scellez; 

Item et en tant que le Roy nostre dict Seigneur ne bailleroit sa 
sentence et jugement trois mois entiers après ce quo ledit Evesqoe 
y sera comparu en personne ou autre pour luy souffisamment 
fondé, comme dict est , en ce cas le dit Evesque ou celluy qui par 
luy y sera envoyé s'en pourront retourner, et seront les dits scelles 
des dits seigneurs et autres qui pour ce que dict est seront baillez, 
vains et nulz ; 

Item et se rendront tous prisonniers d'un costé et d'autre ou, selon 
qu'il semblera au dil sieur de Torcy, se rançonneront; 

Item et si cesseront d'un costé et d'antre toutes voyes de faict et 
tous procès estant en court; 

Item et avec ce pour tenir et accomplir toutes les choses dessas 
dictes et chacunes d'icelles le dit Evesque , messire Ferry de Parroye 
Henry Hanze et Jacob de Baverstoff bailleront leurs scellés en la 
meilleure et pins seure forme que faire se pourra ; 

Toutes lesquelles choses dessus dictes, Nous Seigneur de Torcy 
dessus nommé , soubs le bon plaisir du dit Seigneur avons promis 
et promettons tenir fermes et estables , sans aller au contraire en 
quelque manière que ce. soit et tout sans fraude, barat ou malengin 
quelconque. En tesmoinz de ce nous avons faict sceller ces présentes 
du scel armoyé de nos armes , le XVII e jour de febvrier l’an mil 
quatre cent cinquante. 

Signé J. Vau lard. 

Scellé en placard de cire ronge. 

Origine». Archive» de la Menrthe. Trésor de Lorraine* 
Layette Epinal. If* 61. — Bibl. lmp. Food» F. Saint- 
Germai o. N* 1099 aoc. — Archive» de la ville 
d’Epinal r AA. 1, pag. 489. 

XXV. 

17 Février 4450. 

Conrad, par la grâce de Dieu, evesque de Mets , savoir faisons à tous 


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323 — 


que comme pour certaines entreprises, courses et delis que l'on 
veult estre tais a nostre pour chas ou ayde de nos gens, serviteurs et 
subgetz sur et allencontre des villes, hommes et subgets du ban 
d’Espinal que le Roy nostre dit Seigneur veult maintenir a lui 
appartenir et estre en sa protection et saulvegarde, l'une d'icelle 
course faicte audit ban environ Pasques damier passé, l'autre en- 
viron la Magdeleine et la tierce, le mercredi après laJSaint-Bartholo- 
meu aprez ensuiant et darien passez, et aussi pour certain ces et 
inlerdict ecclésiastique que l'on dict a nostre requeste avoir esté mis 
et apposé esdites villes et ban, le Roy nostre dict seigneur heut 
présentement envoyé ez marches de par deçà, noble seigneur 
messire Jehan d'Estouteville* seigneur de Torcy , chevalier couseillier, 
chambellain du Roy nostre dict seigneur et maistfe des arbaulestriers 
de France, lequel nous heut sommez et requis, de part ledit seigneur, 
par ses lettres scellées de son seaul, défaire reparacion et restitution 
dez cbosez dessus dictes avec amende condigne et il soit aihsy, que 
après les dites sommations et requestes, par le moyen de Hanlt et 
Puissant Prince et très chier seigneur Monseigneur le duc de Calabre, 
le dit sieur de Torcy soit venu en ceste ville de Nancy pas devers 
mon dict seigneur de Calabre et, lui *y estant, nous serons traict 
devers eutx et leur* dict, exposé et affermé que desdites courses 
estions pur et innocent, et sur ce heussioris heu avec le dict seigneur 
de Torcy plusieurs grans altercations et contrariétés, assavoir est 
que, apres qu'icelles altercations et contrariétés ont esté débattues 
d'un cousté et d'autre , par le moyen de mon dict seigneur de 
Calabre, soyons venus et condescendus sur traictié et aecort avec le 
dict seigneur de Torcy par la manière qui s’ensuit : 

C’est assavoir, que du cousté du Roy nostre dict seigneur , seront 
baillieez, par escript, es mains dudict seigneur de Torcy, dubailly de 
Chaulmont et de maistre Jehan de Saint Romain, commissaires dudict 
seigneur en ceste partie ou de l'un d'eulx, telles demandes et con- 
clusions que le Roy entend à faire contre nous touchant les courses, 
cez et interdicts dessus dits, dedans le vingt deuxième jour de ce 
présent mois de Février mil quatre cent et cinquante? 

Item desquelles demandéz et conclusions le double nous sera bail- 
liez sur lesquelles, se bon nous semble, baillerons justifications et 
deflences es mains des dicts commissaires ou l'un d'eulx, dedens le 
quinzième jour de Mars après ensuiant ; 

Item et sur lesquelles demandes, conclusions, justjficacioBS 


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— 3*4 — 

et deffences par les dicts commissaires, la vérité sera sceue et 
enquise tant d’un cousté que d’autre et les dits eoquestes fatales 
seront bailliéez de l'une partie à l'autre, noms et sournotns des 
fesmoings produis avec copie de lettres et tiltres saurons, en sont 
exhibez, pour lez contredire et reprouchiez , se bon semble ; 

Item et sy avons accordés et fummes tenus de faire prendre et 
emprisonner les demeurans en noz seigneuries qui seront trouvez 
coulpables des dites courses, se appréhendez pue vent estre, avec tous 
leurs biens sans en faire délivrance, jusqu'à ce qu’ils aueront amendez 
l’outraige par eulx commis ou qu’ils en auront pardon et grâce du 
Roy nostre dit seigneur; 

Item et maintenant touchant les choses dessus dites et 
cbascune d'icelles nous soubmettons au jugement du Roy et 
prandrons droit sur les dites demandes, conclusions, justifi- 
cations, desfenses, enquestes et reprouches qui seront rapportées 
devers le Roy nostre dict seigneur par les dicts commissaires on l'un 
d'eulx ; 

Et s'y comparerons en personne devers ledict seigneur on y 
envoierons, quelque part qu’il soit, gens de part nous souffisant 
fondez pour ouyr sa sentence et jugement dedens le premier jour 
d'aoust ensuiant , laquelle sentence nous serons tenus et promettons 
de tenir et paier l’adjugié contre nous , sans aller au contraire ; 

Remet ou cas que nous serions desfaillant de comparoir ou en voier 
par devers le dict seigneur au dit jour et de tenir, payer et accomplir 
ce que sera par lui dit, jugié et sentencié, eu ce cas, promettons de 
faire rendre tous prisonniers les corps de messire Jehan Bayer 
arcediacre de Trevez et de Metz et de messire Henri Bayer, chevalier 
et de Rodotf Bayer frères, no9 nepveux eu lieu ou le Roy sera km. 
dedens le temps et terme de six sepmaines après ladite sentence et 
jugement proferrâ et donné par le Roy nostre dkt seigneur : 
duquel lieu nos dits nepveux, ne aucuns d'ieenlx ne pourront partir 
ne eulx tenir quictes sans le congié et licence dû Rey , nostre dict 
seigneur, ou de sou certain commandement, tout aiosi et par h 
manière que de ce ont bailliez audit seigneur de Torcy leurs scellât 
scellé de leurs seaulx. Toutes voies, se tant estait que nous soyons en 
nostre personne devers le dit seigneur, quelque part qu’U soit, an 
dict premier jour d'aoust , pour ouyr et tenir la ditte sentence , ta 
dits frères demeureront quittes et deschergiés de leurs droits, scella 
et promesses; 


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— 335 — 

Item et en tant que le roi notre dict seigneur ne b&illeroit 
sa sentence et jugement trois mois entiers passes après ce que 
auerons comparu au dit premier jour en personne, ou autres 
pour nous soufflsamment fondes, comme dit est, en ce cas, nous, 
celui ou ceulx qui de part nous y seront envoyez , s'en pourront 
retourner et seront les dits scellez s dits frères et autres qui pour 
ce dit est seront bailliez, vains ca* et de nu lies valences; 

Item et se renderont tous prisonniers d'un cousté et d'autre, prins 
et détenus a l’occasion des clives dessus dites et chacune d’icelles; 

Item et si cesseront d’un cousté et d’autre toutes voiez de faict et 
tout procez estant en cour de Romme; 

Et toutes lesquelle choses dessus dites et chacune d'icelles, 
Nous Conrad, evesque dessus nommé, avons promis et juré et 
par ces présentes p er: ectons et jurons par lafoid et serment de 
nostre corps et sur nostre loyautez et honneur, tenir, paier, 
entériner et accomplir de point en point selon leur forme et 
teneur et les avoir pour aggréables, fermes et estaubles sans contre* 
venir en appert on en requoy , souhz l'expresse pbligacion de tous 
noz biens, terres et seigneuries prescris et advenir que en soubzmet- 
tons et obligeons a la juridiction et constrainte du Roy nostre dict 
seigneur, ainsi comme par chose cognue et adjugée et soubz peine 
d’estre atteints et convaincus des cas coutre nous imposez, tout sans 
fraude, barat ou malengin quelconques. Et avec ce pour mieux 
assurer des promesses, traictiezet chouses dessus desclaireez le 
Roy nostre dit seigneur et le dit seigneur de Torcy , avons prié et 
requis de messire Ferry de Parroye, chevalier, Henry Hanse et Jacot 
de Baverstorff , escuiers que avec nous, seveulleutobligier et baillier 
leurs scellez et promesses pour tenir les choses davant dites, lit pour 
ce nous, les dits Ferry , Hanry et Jacot à la prière et requeste de 
nostre 1res chier seigneur l’evesque de Metz, avons promis et juré, 
promettons et jurons par la foid et serment de noz corps et sur noz 
loyaultez et honneurs, de faire tenir, garder, entériner et accomplir 
par mou dict seigneur de Metz et les dits messire Jehan , messire 
Henry et Rodolf Bayer frères, ses nepveux tout le contenu, cy dessus 
et ou seelez et promesses donnez par les dits frères sans corrompre 
et sans contrevenir en aucunes manières ou *>de payer et accomplir 
tout ce que par le Roy nostre dict seigneur sera dict et jugié, soubs 
l'obligation de tous noz biens, terres, seigneuries présens, et advenir 
que en avons pour ce soubmises et obligiéez à la juridiction et coi\- 


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— 326 — 

trainfe du Hoy nostre seigneur, du Roy de Sicille et de touz autres 
seigneurs comme pour chose cogneue et adjugée, tout sans fraude, 
barat ou malengin. 

En tesmoing de ce, nous Conrad, evesque de Metz, Ferry de 
Parroye , Hanry Hanse cl Jacob dessus nommez avons scellez ces 
présentes lettres des scadlz armoiez de noz armes et signéez de uoz 
signeis manuels qui furent faictes et données audict lieu de Nancey 
le dix septième jour du moix de Febvrier, l’an mil quatre cent et 
pinquantc. 

(Original en parchemin. Copie do temps. A rehiv. de la 
Afeorthe. \nc. fnvent. Lay. Spinal I. If* 60.) 

XXVI. 

5 Mars 1430. 

Je Jehan de Monder, escuier, fais scavoir à tous ceux qui ces 
présentes leltres verront et orront que je, priés instamment et 
requis de par Révèrent Père en Dieu et Seigneur Monseigneur Conrad, 
par la grâce de Dieu , Evesque de Metz . de dire et tesmoigner 
vérité des choses cy dessoubs escriptes, voulans pour ce icelle 
vérité proférer, dis et lestnoigne que, en l’an mille quatre 
cents quarante trois ou environ, moy, estant pour lors prévost 
et officier pour le Révérend Père en sa bonne ville d'Espinal, 
vindrent par devers môy Baudenet Dirou et plusieurs autres 
bourgeois du dit Espinal moy priant, comme officier, de parler 
et remonstrer à mon dict Seigneur de Metz qu'il lui plenst de 
sa grâce concéder et octroyer certaine imposition et gabelle ^ c’est 
assavoir deux deniers sur chacune quarte de vin qui se venderoit 
en la dite ville par l'espace d’aucunes années pour aidier et 
supporter lez charges de la dite ville. A la prière desquelz parlai 
à mon seigneur eu lu y remoustrant les charges et réfections 
nécessaires de sa dicte ville d’Espinal, lui suppliant pour et en 
nom des dicts bourgeois de ce faire, lequel mou dit seigneur, 
considérant les charges et réfections, à la prière et requestc de 
ses dessus dicts bourgeois par moy faictc comme dessus, leur 
octroyant, concédant et concordant pour lors icelles gabelles et 
impositions de deux deniers à prendre sur chacune quarte de 


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— 387 — 


vin qui se venderoit en sa dicte ville d’Espinal , comme dit est 
par le termes et espace de cinq ans entiers tant seulement 
si comme ce peut apparoir plus plainement par les lettres patentes 
de octroy qu’ilz ont de mon dit seigneur de Mets^ scellées de 
sonscel; lesquelles lettres je mesme leur délivray et mis en main. 
Toutes lesquelles choses dessus ainsi faictes et concédées par 
mon dit seigneur sur nia loyauté et honneur. En tesmoignage 
de ce , ay mis mon scel pendant à ces présentes avec mou signe 
manuel cy dessoubs eseript, le troisièsrte jour de mars Tan mil 
quatre cents et cinquante selon l'usaige de Metz. 

Signé : de Monder. 

Scellé d'un petit sceau de cire verte pendant sur double queue 
de parchemin, 

Orig : Archiv. de U Meurthe. Trésor de Lorraine. Layette 
Epinal I. N 4 5î». — Bibl. Imp. Fonds F. S 1 — Germain 
Ane. 1099. — Archives de la ville d’Fpinal. Mss. AAI, 
page 193 


XXVII, 


4 Mars 1430. 

Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, à nosamez el feaulx 
conseillers Jehan d'Estouteville chevallier nostre chambellan , sew 
gneur de Torcy et maistre des arbalestriers de France , Robert de 
Baudricourt aussi chevalier, nostre Chambellan et Bailly de Chaul- 
mont et M* Jehan de S 1 Romain nostre conseiller en la chambre 
de la justice à Paris salut et dileclion. Comme puis certain 
temps en çà nous vous eussions ordonné , député et commis à 
vous informer de et sur certains grands exoèz, crimes et maléfices 
et delicts que on disoit avoir esté faicts, commis et perpétrés par 
aucunes gens de guerre, serviteurs, alliés et complices de l'Evesque 
de Metz en et sur nostre terre , seigneurie et banlieue d’Espinal 
et nos hommes et suhjects d'icelle et des droicts que y prétend avoir 
le dict Evesque de Metz et aussi de ceux que y avoient nos dicts 
subjects et habitans d'Espinal ou temps qu'ils nous en firent don 
et transport et de ceux que y avons pour le présent et l'information 
avec tous autres enseignements que trouveriez, ensemble un advi& 


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— m — 

sur ce renvoyé per dever6 nous pour ieeux veus y avoir tel advi* 
et pourveoir au surplus ainsi qu’il app&rtiendroit et veussions estre à 
faire. Et, au regard des dicts excôz et surprises, eussions mandé et 
commis à vous , Sire do Torcy, sommer et requérir le dit Evesque 
de Metz ou ses officiel^, principaulx ez lieux à ce plus convenables 
ou pourriez avoir seur aocez , qu’il reparast ou üà réparer les dits 
ii) aulx, excès et débets ainsi fais et commis de par luy et à son adteu 
à nos dits hommes et subgetz d'Espinal et qu’il rendis! ou leur fit! 
rendre tous leurs biens qu'é la cause dessus dicte leur auroieot 
esté pris et tolus et qu'il vous baillas! ou fist bailler tous les dits dé- 
linquant pour en estre faict punition et justice ainsi qu'il appar- 
tieqdroit par raison. Et ou cas qu’il seroit de ce faire refusant ou 
en demeure, que procédissiez ou fissiez procéder allencontre de luy 
et de ses hommes, pais et subgez, par puissance et main armée 
jusquos à pleine et entière restitution et réparation des choses des&us 
dites et tellement que la force nous eodemeurast et que nosfre auc- 
torité et honneur y fussent gardez ainsi que ce et autres choses 
sont plus à plein déclairées en nos lettres de pouvoir à vous adres- 
sées. En obéissant et pour exécuter le contenu desquelles vous 
soyez tous transportez ez dites marches d'Espinal et après ayez as- 
semblé par voye amiable avec le dit Evcsque de tyeli , en la ville 
de Nancey et sur leç choses dessus dictes ayez appoioçlé avec icelle 
evesque en la manière cy après déclairée ; cest assavoir que de 
nostre part seront baillez par escript, ez mains de l’un de vous, telles 
demandes et conclusions que cous entendons faire contre le dit 
Evesque touchant l’excéz et ioterdict faict et mis au dit bien d'Ea- 
pinal et trois courses faictes ou ban du dict lieu, la première envi- 
ron Pasques, la secoqde environ les festes de la Magdeleine et la 
tierce, le iqercredy après la Saint Barlhelemen, derreoement passé 
dedans le vjngt-deuxième jour de fébvrier dernier passé et d'icelles 
demandes et conclusions sera baillé le double au dit Evesque de 
Metz sur lesquelles, se bon luy semble, il baillera ses justifications et 
défenses en vos mains ou de l'on de vous dedans les quinzième jour 
de ce présent mois de mars sur lesquelles demandes, conclusions . 
justifications et défenses, la vérité sera par vous eoquise et sceue tant 
d’un cousté que d'autres et les dites enquest es faictes seront baillées de 
l’une partie à l'autre , noms et surnoms des tesmoins produict* 
avec copies de lettres et tittres, s’aucuns en exhibent pour l<s 
contredire et re prou cher , se bon leur semble , et sera le dit tves 


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— 329 — 

que tenu de faire prendre et emprisonner les demourans en ses 
seigneuries qui seront trouvez coulpables des dites courses et appré- 
hendez peuvent estre avecques tous leurs biens sans en faire dé- 
livrance jusqu es à pleine réparation des cas par eux commis se par 
nous leur est sur ce donné grâce. Et avecques ce, dès maintenant 
le dit Evesque, pour obtempérer aux choses dessus dictes se soufc- 
m élira à nostre jugement et prendra droict sur les dit demandes, 
conclusions, et instructions, deffenses, enquestes et reprouches qui se- 
ront rapportées par vous, nos commissaires par devers nous. VA sera 
tenu le dit Evesque comparoir en personne par devers nous ou y 
envoyer gens de par luy garnis de pouvoir souffisaut, quelque part 
que soyons, dedans le premier jour d’aoust prochain vonaut pour 
oyr nostre sentence et jugement et de ce baillera son scellé en 
la meilleure forme que faire se pourra. Et ou cas que le dit Evesque 
seroit défaillant de comparoir en personne ou envoyer par devers 
nous au dit jour, il sera tenu de paier et accomplir ce que par 
oous sera dict et sentencié. En ce cas seront tenus Jehan Bayer, 
archidiacre de Trêves et de Metz, Henry Bayer, chevalier et Ilo- 
dolphe Bayer frères, et promettront ez mains de vous, sire de 
Torcy, maislre des Arbalesliers par la foi et serement de leurs corps 
et sur peine d'enfraiudre lent loyauté envers npus de eulx rendre 
en leurs personnes prisonniers dedans six sepmaines après le dit 
jugement faict quelque pari que soyons 1ers et seront tenus de tenir 
prison tant comme il nous plaira et de ce bailleront les dits frères 
leurs scellez en la meilleure forme que faire se pourra. Toutes voyes 
se le dit Evesque comparoissoit en personne en lieu ou nous soyons 
devers nous, en ce cas les dits frères demeureront quictes et de- 
chargéz de leurs dits scelléz et promesses. Et ou cas que nous ne 
donnions nostre dite sentence sur les dites choses dedans trois mois 
après la comparition personnelle du dit Evesque ou d'autres pour 
luy suffisamment fondéz, comme dict est, en ce cas le dit Evesque 
pu ceux qu'il aura aussi envovéz devers nous, s'en pourront re- 
tourner et seront les dits frères et autres quictes et desebargéz de leurs 
dits scellés et promesses. Et avecques ce cesseront d’un costé et 
d'autre toutes voyes de faict et tous procéz tant de cour de Home 
que autres meuz pour les choses dessus dictes, et pour mieux ac- 
complir et tenir les choses dessus dictes et chacune d’icelles, le dit 
Evesque, Ferry de Parrqye, Henry Hanze et Jacques de Banerstorff 
bailleront leurs scclléz en la meilleure forme que faire se pourra 


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— 330 - 

pourveu que les choses dessus dicles voulsissions consentir et avoir 
agréables. 

Nous, vu ce que dict est, considéré que désirons nourrir paix et 
amour en nos subjects en cetle matière , plus procéder par voye 
amiable que rigoureuse principallement pour l'honneur et révé- 
rence de Dieu et de l'Eglise et obvier aux inconvénients qui peu- 
vent advenir en fait de guerre et sur les choses dessus dicles , 
eue grande et meure délibération de conseil , icelluy appoiocte- 
ment ainsy par vous pris avec le dict Evesque de Metz, avons eu et 
avons agréable et icelluy avons ratifié et approuvé, ratifions et ap- 
prouvons et voulons qu'il sortisse son plein et entier elTect ainsi 
qu’il a par vous esté accordé. Ki vous mandons et commettons par 
ces présentes et à chacun de vous , en l’absence des autres , que à 
l’accomplissement du dict appoincteraent vous vacquet et entendez 
diligemment et vous informez de ce sur le droict de chacune des dites 
parties selon la teneur du dict appoioctement et ce que foict y aurez 
avec vos advis sur ce apportez ou envoyez , devers nous ou temps 
sur ce accordé et nppoinclé pour au surplus eslre faict ce qu’il ap- 
partiendra par raison. De ce faire vous donnons pouvoir, auctorité, 
commission et mandement spécial. Mandons et comoiandous a tous 
nos justiciers et officiers et subjects qu’à vous, en ce faisant, obéis- 
sent et entendent diligemment. Donné aux Montils- lez-Tours le 
quatorziesme jour de mars l'an de grâce mil quatre cents cin- 
quante et de uostre règne le vingt neufvième. 

(Orig. Bibl. lmp. Fonds F. S'-Germain 1099. — Àrcb. 
de la ville d’fipinal. Pag. 195. — Indiqué. Arebiv. 
de U Meurt he. Trésor de lorraine. Layette tpinal |. 
N* 62.) 


XXVIII. 

fl fi mai A4fiO t 

De par le Roy, 

Chers et bien amés , nous avons sceu par le Gouverneur de nostre 
ville d’Espinal que plusieurs baulsaires, gens de guerre et autres 
malveillans de nous et de nostre dite ville et seigneurie d'Espinal , 
s’efforcent de jour en jour de faire plusieurs courses, maulx et es* 


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— 334 — 


t reprises sur les babitaos de nostre dicte ville d'Ëspinal dont nous 
sommes desplais&ns, et pour ce qu'ils ne peuvent bonnement faire 
les dites courses sans passer par les pays, seigneuries ou destroicts de 
nostre nepveu de Calabre , du marquis de Baude , du comte de Bla- 
mont et du seigneur de Richecourt et que ne vouldrions souffrir ' 
que par les dits haulsaires ou autres vous fut faict aucun grief et 
dommaige , nous escrivons présentement aux officiers de nostre dict 
nepveu et aux dicts marquis de Baude , comte de Blamont et sei- 
gneurde Richecourt, qu'ils ne veuillent souffrir apx dits haulsaires 
passer par le dit pays popr faire les dites courses et dommages qu'ils 
s'efforcent vous faire, comme dict est, mais que à ce faire ils empes- 
chent de leur pouvoir en faveur de nous, et avous espérance que 
ainsy le feront. 

Donné à Tours le quinzième jour de may. 

Signé : Charles. 

A nos chiere et bien améz les habitons de. nostre ville d’Es- 
pipa). 

Origines. Archir.de |» Meorthe. Trésor de Lorraine. 
La jette Épinal 1. N* 58. — A rehiv. de la yille 
d'Epinal. MM** A A — Bibl. lmp. Fonda F. Salai- 
germain, 1099. 

XXIX 


99 Juin 1 430. 


De par le Roy, 

Chiers et bien amez, Nous avons reçu voz lettres par nos 
bien amez Guillaume de La Salle , gouverneur et Jehan Thiriot, 
receveur de par nous de nostre ville d'Ëspinal, et oy ce qu’ilz nous 
ont dit de par vous et, par ce sceu les grans peines, travaulx 
et vexacions que vous a donné et donne de jour en jour l'evesque 
de Metz pour raison des droiz et devoirs qu'il dit avoir sur nostre 
ville d'Ëspinal ; pour laquelle cause escrivons à nostre Saint Père, 
audit evesque de Metz et autres ainsi et selon que par les diz de 
La Salle et Thiriot le pourrez savoir plus à plain. Et tenons que 
nos dites lettres receues par nostre dit Saint Père , il y donnera 


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— 332 — 


telle provision que le dit evesque cessera de plus vous donner 
telles vexacions, et souvent nous faites savoir de vos nouvelles. 
Donoé en nostre siège, devant Caen, le xxix jour de iuing. 

Signé : Charles. 

A nos chiers et bien atnez les bourgeois, manans et habitans de 
npstre ville d’Espirial 

De Coiffy. 

Orig. Archiv. de la Meorthe Laj. Epioal. 2. BB, 
(Communique' par M. Lepage.) 


XXX. 


Septembre 14d0. 


Nicolaus, episcopus servos servorum Dei , dilectis filiis univers» 
incolis et habilatoribus oppidi, ville ac banni de Spinallo, Tullensis 
diocesis, saluteen et apostolicam benedictionem. Spécial ad lloma- 
num pontifleem quem pastor ille éelestis ét episcopus animarnni 
pre ceteris mortalibus voluit obtinere prîmatuui omni cura et dilt- 
genlia intendere ut üligiorum semotis anfraclibus, inter catholicos 
principes et ecclesiaruni prelatos pax et concordia perpetuo vigeat 
et anitnarum saluti provideatur. Exhibita siquidem nobis nuper 
pro parte carissimi in Christo fllii Caroli , Francorum Regis illustris 
petitio continebat quod iicet, alias postquam inter ipsum regem 
et venerabilem fratrem noslrum Cunraium , episcopuni Metensem 
super dominio temporali ac superioritnte ville, oppidi ac banni 
de Spinalo, Tullensis diocesis, quæ uterque ip^rum ad se de jure 
spectare asserobat, queslionis materia oriri forruidabalur et inter 
gentes consilii prefati Régis et procuratores scu nu d ci os ejusdein 
episcopi nonnulla concordata, perque procuratores aut nuncii 
prefati episcopi in ceito terminio cum consi lia ri is prefatis com parère 
debebant, ostensuri de jure seu titulo quod idem episcopus in 
eisdem oppido, villa et banno habere pretendebat incepta fuerant, 
dictus episcopus, de teruiiuo et alita premissis nulla facta menlfone, 
causant contra vos incolas et tiabitalores predidos per edictum 
publicum mutari obtiuuit. Et deinde, quia \ospretati incolæ et 


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— 333 — 

habita! ores certo libella in causa ipsa per dictum episcopum date 
non respondistis, audit or predictus oppidum, villam et bannum 
hujusraodi ecclesiastico supposuit interdicto. Quare pro parte dicti 
Régis nobis fuit humiliter supplicatum ut interdiçtum predictum 
nullum fuisse et esse decernere et declarare ac incolis et habi- 
latoribus prédictif in premissis oportune providere de benignitate 
apostolica dignaremur. Nos igitur cui venerabilis frater noster 
Alfonsus, episcopus Mundinensis quem dudum ad partes Francie 
destinavitaus nuntium nostrum et cui inter alia comroisimus 
ut super premissis et maxime si predicta causa prefatum Regem 
concernebat, diligentem reciperet informationem nobis nuper 
retulit quod causa ipsa contra dictum regem est et quod prefatus 
Rex contra dictum episcopum in causa bujusmodi paratus erat 
se defendere , et ubi deceret , stare; nos qui etiam auditori 
predicto ante interdiçtum hujusmodi ut prefertur appositum, certis 
de causis ne pretextu commission is predictæ ad aliquas sententias 
et penas absque nostro magie speciali mandato quoquo modo 
procederet , vive vocis oraculo dederamus in mandatis ipsius regis 
in bac parte supplicationibus inclinati ac ex premissis et aliis 
de cansis animum nostrum moventibus. causant bnjusmodi cujas 
statu pro suftteienter expresso haberi volumus ad nos presentui 
sérié advocantes ac inlerdictu per eumdem auditorem , ut premit- 
tilur, positum pro infect o habentes, ipsum etium ad habundantiorem 
cautelam in quantum opus sit tollimus, relaxamus et amovemus 
ac vos incolas et habitalores neenon omnes et singulas alias etiam 
ecclesiasticas personas a quibuscumque cens u ri s et pénis, si quas 
premissorum occasions quomodo libet incurristis aut etiam incur- 
rerunt, absolvimus et absolitas esse decernimus. Non obstantibus 
premissis ac constitutionibus et ordinationibus apostolicis ceterisque 
quibuscumque. Nulli ergo omnino hominum liceat banc paginam 
uostræ advocationis , relaxationis, amotionis, absolu tioois , et 
constitutionis infringere vel ei ausu temerario contraire; si quis 
autem boc attemptare presumpserit indignationemomnipotentis Dei 
et beatorum Pétri et Pauli Apostolorum ejus se noverit incursurum. 
Datum Fabriani, Caméra [censis] diocesis, anno incarnationis Domi- 
nice millesimo quadragentesimoquinquagesimo, idihus Septembre, 
pontificales nostri anno quarto. 

ûrfgiaftl. Archives de la villa d’EpInat. AA. , Mar. 


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— 334 — 


XXXI. 


De par le Roy , 

Cbiers et bien amez , nous escrivons présentement à notre chier 
et bien amé escuier d’escuerie Joachim Rouault qui se loge éa 
pays de Bar et de Lorraine , ainsi que nostre biau frère le Roy 
de Secile nous a promis le y faire loger, et que ses dits pays 
fourniront le dit Joacbini et ses gens de vivres et nous les paierons 
d'argent comme noz autres gens qui sont en nostre royaume. 
El pour ce que nous vous réputons et tenons nos bons, vrays 
et loyauh subjiets et ausquels noua désirons faire plaisir autant 
ou plus que à nulz autres que ayons, nous avons mandé et 
commandé par noz lettres audit Joacbim bien expressément 
qu'il ne soit si hardy ne osé de souffrir faire mal ou ennuy à 
nulz de vous ne à autres nos subjiez de toute nostre terre et 
seigneurie d'Espinal sur tout qu'ils se pourront mesprendre envers 
vous. Et. en outre, lui avons mandé que se aviez a faire de 
luy ne de aucun de sa compagnie , qu'ris vous servent et dé- 
fendent envers tous et contre tous qui mal ou ennny vous 
vouldroyent faire. Et creez que nostre entend on est de vous 
préserver et garder comme noz bons et loyaulx aibgiex et feaulx 
ainsi que vous dira plus a plain nostre bien amé Jacques de 
S 1 Romain, porteur de cestes. 

Donné a Chinoo le xxui' jour de Novembre. 

Signé : Chahlés. 

A noz chiers et bien amez les eschevins, bourgeois, manans 
et hahitans de nostre ville d’Espinal. 

De CoiffY. Pour copie : Gbbaid* 

ürigio. Archiv. de U Afeurtbe. Leyet. Epiait. S SB. 

(Communiqué par M. Lepage.) 

XXXII. 


96 Novembre 1480. 

ttumili recommendatione cum sincero animo vestrae regato 
majestati complacendi et obsequendi premissimus. Christianraiine 
et Sereoissime Princeps, Domine metuende et gloriosissime, regai i 


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— 335 — 

vestræ majestati mémorisé adhuc commendatum spero insinuatio- 
nem pro pace Beverendi Patris Domini Kpiscopi Metensis, avunculi 
mei carissimi , per me reverendæ vestræ majestati tam scripta 
quant etiam verbali informatione factam de Spiaalensibus; videlicet 
qualiter illi, detestabili ingratitudine, Episeopo et Ecclesiæ Metensi 
suis verts domiuis qui illos a Romauo tenent imperio, de facto 
repudiato etiam juramentorum et aliarum quibus subditi veris 
dominis astrioguntur obligatiouem immemores, ad versus Dominum 
Episcopum Metensem, eorum verum et ordinarium Dominum 
cervices suas rebeliiter érigé nies, se illas temeritatem prsesumptam 
opponere, et ab ipsius et ecclesiæ suæ obedientia et subjectione 
débita subtrahere non erubuerunt , in dictorum Episcopi Ecclesiæ- 
que Metensis magnum prejudicium et perniciosum exemplum 
plurimorum. Et quamvis, Serenissime Princeps, publica sit fama 
præfatos Spinalenses bujusmodi lemeritatem sine adjütorio et 
assistensia certorum vestræ reverendæ majestati subditorum non 
fuisse auctorum attemptasse , tamen pietatis et clementiæ vestræ 
præclarus zelus quem pro favcnda quorunicumque juslicia et 
ulciscendis ecclesiarum injuriis semper reverenda vestra Majestas 
gessit quod etiam gloriosissimum prædicatum de carissima vestra 
majestate apud principes Alemanniæ pro ampliatione celsitudinis 
vestræ ex corde sedule ennunciari vehementem affert præsump- 
tiooem quod assistentia, si qua fuerit attemptata, sit præter et contra 
voluntatem vestræ reverendæ majeslatis quæ etiam more progeni- 
torum suorum, nedum in tuendo, verum etiam notabilissimas 
in diversis mundi partibus preciosissimas fundando ecclesias , imo 
etiam universali ecclesiæ pacem procurando bujusque gloriosas 
impendit labores, ncque in opinione mea unquam fuit quodhujus- 
modi dictorum Spinalensium temeritas contra Romanum imperium 
et Ecclesiasticam libertatem sic, ut præfertur, præsumpta ex vestræ 
reverendæ majestatisconniventia, debuerit diutiustolerari. Præterea, 
Serenissime Princeps, licet Principes coelectores mei prædicto 
avunculo Metensi ex generali vinculo quo veluti notabiie membrum 
Imperii ipsis et mibi conjunctus est, pro sublatione viæ, facti et 
manutentione justiciæ suæ contra diclos Spinalenses scripta sua pro 

destinaverent quia idem Dominus Metensis, 

ratione suæ personæ qui avunculus meus est, et etiam ratione 
Ecclesiæ Metensis quæ ecclesiæ meæ Treverensis suffraganea existit, 
proxjmiori mihi affixitur vinculo, sumpta ex persooali notitia ac 
singulari confederatione quas præ ceteris coelectoribus meis cum 


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vestra reverenda mnjeslate habeo confidentta otajori ultra aliorom 
Principum coelectorum mcorutn illas quas possum ad vesfnr 
reverendæ majestatis obnixiores pariter et confidentiores pomgo 
preces, vestræ reverendæ majestatis affectuosius rogaftdo ut ea que 
tarn script isquam verbalicollatione de hac re prius vestra reverenda 
majeslas iQsinuavit iu Regiæ Majestatis vestræ mente cordialiter 
revoluens vestra reverenda maj estas adbuc efficacem impendere 
diguetur operam ut prsfati Episcopus et Eoclesiæ Metensis in 
pristina superioiitate et domiuio debitæ subjectionis Spioaleosium 
prædictorum plenarie assistentium prestitissent atst io future præs- 
tarent quomodolibet præsumerent , dignetis é celsitudo hqjusoiodi 
cessistentium selo, justiciæ remédie probibere opportunas etiam 
quatenus dicti Spinalenses contra præmissa aliegare aliqovd pr»- 
tendereot diguetur, et vos celsitudo ex innatn clemeutia reprknere 
vias facti et favere dicto avunculo med Episcopo Metensi , qui ctfm 
præfatis Spinalensibus super præmissis pos6it çoram suo jodice In 
jure experirié Si etiam dicti Spinalebses præfatum avunentom 
meum Episcopum Metensem, de gravamine eis, ut forsan pre- 
tendunt, coram reverenda vestra celsüudine detu lissent dignetar 
celsitudo vestræ majestatis ex solita pietate ipsios Episcopi avunenb 
mei excusationem pro ostensione innocenliæ sus benigue aodire. 
Sperat enim idem avunculus meus Metensis de ipsios hrooeentia 
et dictoruin Spioaleosium delatione quæ sioistra fueril , facere ila 
claram quod ipsum habebitis rationabiliter excusatum, Serenimme 
Princeps. Ut aflectionem meam cordiatem in hac ra parais 
conclu dam verbis, spero et siocerissime confldo quod oeUitado 
vestra ad has preces meas tam pia et clemeas se ostendet 
quod præfatus Dominos Metensis avunculus meus senfiet illas salai 
et Ecclesiæ soæ in premissis effectualiter profuisse super quod et 
quicquid vestra reverenda maj estas in hoc facere deliberaverit ; 
diguetur latori com prssentis script fs suis mihi io stngularcm 
coosolatiooem notificare reverenda vestra majestas quam Ahbshnos 
conserve! benepotentem longævamquc michi bedeplacïta sua conti- 
nué propltia. 

Datum in civitate mea Trevereosi, die vicesima sexta menais 
Novembris , anno millesimo quinquagesimo. 

(Origines : ârohtv. de la Meirtho. Trésor de Lorraine. 
Lajetle. Spinal i ït* SS. — fHM. Voorp. Fond*. F. S'- 
Cermain Ane. N» 1099. — Arebm ée la ville d*Bphtaa) 
AA 4. Mas. pag. 909.) 


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— 337 — 


XXXIII. 

SS Décembre 1430. 

- * 

Instructions pour Monseigneur de Tore y, conseiller du Roy et 
maistre des Arbalestriers, le Bailly de Cbaulmont , Maistre Jehan 
Coognet , conseiller du dit seigneur et lieutenant général du bailly 
de Vitry et Maistre Jehan de Saint Romain, conseiller général 
d’icelluy seigneur, sur le faict de Injustice des aydes ordonnez pou* 
la guerre, sur ce qu'ils ont charge de besongner ez matières touchant 
la ville d’Espinai. 

Et premièrement, est à sçavoir que on a à besongner sur deut 
poincts principaulx : le premier est touchant le droict appartenant 
au Roy en la dicte ville d’Espinal au moyen du don et transport & 
luy faict par ceux de la ville , en laquelle ville l’Evesque de Metz 
prétend avoir droict. 

L’auctre poinct si est sur les excez faiz en la ville et ban d’Espinal 
depuis un an en ça tant par le procès qu’à conduit l’Evesque de Metz 
contre les habitants de la dicte ville et ban d’Espinal en Cour de 
Rome jusques a fulminations de censures et apposition de interdit 
en icelle, et avec ce a esté procédé par voye de faict jusques à 
meurtres de personnes, boutement de feux, rançonnement de 
villaiges et personnes et autres plusieurs injures et dommaiges en 
maintes façons sur les dits habitants. 

Pour l’expédition du premier poinct, touchant le droict du Roy en 
la ville d'Espinal, sçauront les dessus dits, des habitants de la dite 
ville, les droit* qu’ils ont eu en icelle, tant en juridiction, domaine, 
garde da la ville et chastel ou autrement lesquels ils ont transporté 
au Roy : et de tout ce qu’ils monstreront en prendront vidimus 
collationnez en leur présence et tous apporteront devers le Rdy et 
leur pourra l’en bailler le double de ce que on a par deçà , ou 
l’inventaire car de ce que on a par deçà, n’est tnestier d’en en 
apporter. 

Item pareillement se l’Evesque de Metz veult monstrer , exhiber 
ou produire aucunes lettres ou instruments pour le droict qu’il 
prétend en la dite ville et ban d’Espinal , en prendront les vidimus 
collationnez en leur présence à l’original et tout ce qu’il voudra 
bailler l’apporteront devers le Roy* 

22 


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Item et pour ce que les dits habitants en la dite ville et ban 
d’Espiual ont de grandes questions avec le dit Evesque et de long- 
temps et que la dite ville n’est pas du diocèse de Mets et si est de 
très petite valeur à l'Evesque, traicteront d'avoir le droict de 
T Evesque par recompensation convenable tant que l’église n'y perde 
riens, car pour éviter les inconvénients qui à cause de ces questions 
pourraient advenir à l’Eglise, à l'Evesque et aux habitants dessus 
diets, a le Roy obtenu provision devers nostre Sainct-PArew 

Pour l’expédition du second poinct, en tant qoe louche le procès 
conduit en Cour de Rome par le dit Evesque contre les dits habitants, 
esté sçavotr que l’Evesque, pour ceste cause, a envoyé plusieurs fois 
devers le Roy ambassades et lettres comme appert par les coppies 
des lettres baillées aux dessus dicts et les respooses (aictes sur 
chacunes d’icelles. 

Item, et pour ceste cause, envoya ledit Evesque de Metz i’ahbé de 
S 1 Clément, messire Henry Bayer, son nepveu et autres devers le Roy 
à Razilly, ou mois de juin l’an mil quatre cents quarante-neuf. Et 
après ce qu’ils furent ouis bien au long, (ut appoinctié qu’ils met- 
traient tous leurs droits que prétend ledit Evesque en la dite ville et 
ban d’Espinal ez mains du Jtoy ou de son conseil et pareillement 
fourniraient ceux d’Espinal de leurs droicts et que tons iceux droicts, 
d’un costé et d’autre, seraient apportés dedant le jour de la purifi- 
cation Nostre Dame dernière passé, devers le Roy. Et pour ce que 
les gens dudit Evesque n’avoient que copie des dits droicts préten- 
dus par ledit Evesque, fut appoinctié que tous les originaux des dite 
ils apporteraient devers le Roy oq seraient baillés A un commissaire 
du Roy, si pour ceste cause le Roy envoyoit par delà, afin qn'iceulz 
vous le Roy pourveust à la matière ainsi qu’il verrait estre â (aire. 

Item lors fut appoinctié que durant ce temps tous procès et 
poursuites et voyes de îaict cesseraient de tons costez. 

Item et cest appoinctement faict avec les dits abbé de S 1 Clément, 
messire Henry Bayer et autres, le dit Evesque eut pour agréable 
comme appert par ses lettres de response. 

Item nonobstant les dites choses ainsi appoinctées, le dit Evesque 
longtemps par avant le dit jour de la purification de Nostre Dame, 
impétra citations et autres lettres de Court de Rome contre les 
dits h&bitans de la ville et ban d’Espinal àfoccasioa de la juri- 
diction et obéissance qu’il demande sur iceulx et tellooMQt que 
les dits habitans vindrent devers k Roy, au mois Novembre on 


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— m — 

Décembre ensuivant, à Rouen et à Caudebec, requérir provision 
contrôle dit Evesque qui ainsilesvouloit travailler contre lia teneur du 
dSct appomtement 

Hem, et pour ceste cause, en escript le Roy à nostre S* Père et 
autres afin d'empéscher le dit procès et aussi en escript au dit 
Evesque afin qu’il cessât de la poursuite du dit procès conduict 
contre ht teneurdu dict appoinctement faictpar ses gens et approuvé 
par loy* 

Hem que à Poccasion des dites lettres du Roy, vint messire Henry 
Bayer neveu du dit Evesque et arriva & Argentan, ou mois de Mky der- 
nier passé, arvecquesïeqnel après plusieurs paroles, fu tappoinctié 1 que 
la citation faicta par le dit Evesque seroit cassée et annulée ou aü 
moins que tous procès surcerroient jusqu es au quinziesme jour du 
mois de febvrier proucttainement venant, pendant lequel temps 
PEvesque de Metz envoyeroit ses droictè qu'il prétend en la dite 
ville d’Espinal devers le Roy ou les bailleroit aux commissaires du 
Roy s’il enenvoyoit aucun dedans le dit temps. 

Item et nonobstant ledit Evesque, ou préjudice des dits deux 
appoinctements, a procédé contre les dits babitans par procès de 
Court de Rome jusques à fulmination de censures et excommuni- 
cations et apposition dè interdict en la dite ville ou grand mespris 
du ftoy caria questton que a tait le dit Evesque est dudroiet que le 
Roy a en* la dite ville car il scait bien que les dits habitans a présent 
ne prétendent aucun droict, mais tout le droict qu’ils pouvoient 
avoir , Font transporté au Roy. 

Item est l'exécution des dites censures au préjudice dé 
l’tactorité du Roy car, par privilèges apostoliques, nul ne peut mettre 
interdit en terre ou lieu auquel il a seigneurie se n'est par commis* 
sién espécial de nostre Sfeinct Père. Par quoy appert cfairement que 
ce qui a esté taiot 1 , en eeste partie, par l'Evesque de Mètz a esté foict 
contre Paoctorité et privilège du Roy et contre la promesse et 
apporactements fàicts par te dict Evesque avec leRby etMesseigneurs 
do son conseil. 

Item par ce appert la grant injure et villenié feicte au Roy par le 
dit Evesque en le cooAiife du dict procès. 

Item, tâ p0w ce, nosttoSainct Père adverty dés dites choses fkictes 
au préjudice* du j Roy et contre* raison par ledit Evesque, a pourveu 
avx dits habitons d'Esptaal sur le faict du dit procès conduit par le 
dit Evesque, comme on dict ; néanmoings doit le dit Evesque faire 


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- 340 — 


rapporter le dit procès de Court de Rome et tout ce qui s’eu est 
ensuivy au préjudice des dits appointements. 

Item et pour ce fairont savoir au dit Evesque que, de son costé, 
répare tout ce qu'il a faict en cesle matière contre les dits babitans; 
et au regard de ce qu'il a offendu contre le Roy, il n'a pas enten- 
cion de laisser la chose sans réparation coudigne et raisonnable. 

Item, en temps que touche la matière des excéz et dommaigesponr 
la grant plainte que ont faict les dits habitans au Roy, à cause des 
dits excès et dommaiges, le Roy a envoyé ez marches de par delà 
Salins le Hérault, pour estre informé de la vérité des dits excéz et 
dommaiges; par l'information apperra d’iceulx et les personnages qui 
ont faict les dits excéz, dont en a grant partie des officiers, familiers 
et subgez de l’evesque de Metz, par quoy est vraysemblable tout 
avoir esté faict du sceu et consentement d'icelluy. 

Item est bien à noter que le soir fut mise la cedule sur l'interdict 
mis en la dite ville par un exécuteur de Court de Rome, et le matin 
furent fais les courses , excéz et dommaiges déclares par les dites 
informations. 

Item et pour ce que le dict evesque de Metz , par lettres envoyées 
du mois d'aoust et après par Salins le Hérault, et naguères par l'ar- 
chidiacre de Metz, son nepveu, a escrit au Roy, et, tant par lettres 
comme par Je dit archidiacre , a faict dire et déclairer plusieurs 
excusations menées sur les courses faictes sur les dits d'EspinaL En 
disant que n'avoient esté faictes de son sceu, vouloir, pourchas, con- 
sentement ne adveu ; ët s'il est trouvé par gens non partianlx que 
les dictes courses et dommaiges ont esté faictes par les Alemans et 
ceux d’Âussays et autres de son vouloir, sceu , consentement ou ad- 
veu , en ce cas s'en soubmettroit au bon plaisir du Roy et s'il estoà 
trouvé que aucuns de ses officiers, familliers ou subgez eussent esté 
aux dites courses, pareillement se soubmetloii à la grâce et ordon- 
nance du Boy , comme apert par \es copies des lettres envoyées par 
le dit evesque et certains responses faictes par icelluy et par le rap- 
port faict par le dit archidiacre, en la présence des gens du conseil 
du Roy dont on a baillé partie par escript; mais en aucune différence 
se semble au regard de ce qu’il avait dit de bouche en partant aux 
gens du conseil du Roy, touchant les dits officiers, familiers et sub- 
géz, car il semble que il ait dict, que se aucuns des dits officier», 
1 familiers, subgects a voient esté es dites courses, il s'en soubmetfcat 
au plaisir du Roy. 


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Item cl pour trop mieux respoodre de ses gens que des estrangez, 
et raisonnablement doibt mieux estre tenu des dommaiges faicts par 
ses officiers , familiers et subjects sur lesquels il a toute juridiction 
et puissance, laquelle n'a pas sur les estrangez. Et est v ray semblable 
que ses dits officiers, familiers et subgiez n'eussent pas faictes les 
dictes courses sans le sceu du dict evesque. Pourquoi en nuis cas ne 
se doibt excuser le dit evesque qui ne soit tenu du faict de ses dits 
officiers , familiers et subgez. 

Item et pour ce reprendront les dicts commissaires , les informa- 
tions faictes par Salins le Hérault, et pour ce qu’elles chargent fort 
le dit evesque et ses officiers, familiers et subgez, chargent aussi 
autres tant du pays d’Aussais , de Basle , de Strasbourg et autres , 
recèleront les dites informations et en feront de toutes nouvelles , 
ainsi que verront au cas appartenir. 

Item et se le dil evesque de Metz veut dire ou proposer aucunes 
cxcusalio’ns, les oiront et les rédigeront tout par escript et si ils 
trouvent le dit evesque, ou ses officiers, familiers et subgez avoir 
faict les dites courses ou esté en la compaignie , requièrent que la 
réparation en soit faite tant au Roy qu’aux parties. 

Item, au regard des autres qu'ils tiennent avoir esté aux dites 
courses, par bonne et honorable manière, se faire se peut, feront faire 
les réparations, et, sceues les causes des dites courses, mettront peine 
d'appaiser toutes les questions en quoy sont les dits habitans d’Es- 
pinal, tant à l’occasion de ce qu’ils se sont donnez au Roy que autre- 
ment et s’il est possible tendront manière de non entrer en nouvelle 
guerre mais de laisser le pays en paix et en repos. 

Item pareillement sçauront des maux et dommaiges faictes par 
ceux de Chastel-Sur-Mozelle qui sont du royaume, sur les dits d’Es- 
pinal et pour la réparation d'iceulx, seront pris mandements de la 
chancellerie et l’exécuteur s’adressera aux dits commissaires et au- 
tres baillis prochains. 

Item ou cas que le dit evesque ou autres qui auront fais les dictes 
courses et dommaiges ne vouldroient reparer les dits dommaiges, il 
y sera pourveu par les dits commissaires parvoye de faict ou autre- 
ment ainsi qu'ils aviseront estre à faire. 

Item pourront les dits commissaires enquérir et scavoir de quels 
droits est le voyer en la dite ville d’Espinal et s’il en use bien et s’il 
entreprend sur les droicts du Roy, et sur ce en appointer ou faire 
leur rapport au Roy pour en estre parluy appoinctié, ainsi qu'il verra 
estre affaire. 


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Faict aux Monlils-iez-Tours le 23 jour de décembre, l'an -de grâce 
niil quatre cepts cinquante. 


Signé : Charles. 


Origines. Arehiv. de la Merthe. Trésor de Lorraine. 
Layel. Bfind 1. Il* 68. Archives de 1s ville. If* 
AA t. — Bib. împ. Ponds P. S'-Gernwio , Ane. 
»• 1099. 


XXXIV. 

t w Septembre 1481. 

Conrad , par la grâce de Dieu Evesque de Meta, scavoir faisons à 
tous, que comme pour certaines courses , entreprises et delis que 
l’on veult dire avoir esté iaicts à nosire pourchas ou ayde de nos 
gens -serviteurs et suhjeta sur ei à l’encontre des villes , hommes 
pt subjets du ban d'Espinal , que Très Chrestien et Puiasaot 
Seigneur le Roy de France nostre Sire , veoit maintenir à luy 
appartenir et estre en sa protection et sauvegarde, l’une d’icellcs 
courses faictes au dict hau d'Espinal , environ Pasques l’an mil 
quatre cents cinquante, l’autre environ la Magdeleine et la tierce 
le mercredy après la Saint' Barthélémy après ensuivant , et 
pussy pour certain ces et interdict ecclesiastique que l’en dit à 
nostre requesle avoir esté mis es dictes villes et ban d’Espinal , le 
dict Très-Chrestien Roy, environ le mois de febvrier au dict an mil 
quatre cents cinquante , eust envoyé ez marches de Lorraine ci 
du dict Espinal messire Jehan d'Eslouleville, chevalier, seigneur 
de Tore y son conseiller et chambellan et maistre des Arbalestriers 
de France^ qui nous eust sommé et requis de par le dict Très 
Chrestien Roy par scs lettres patentes scellées de son scei , de 
faire réparation et restitution des choses dessus dictes avec amende 
condigne. Après lesquelles sommations et requestes du dict sieur de 
Torcby se fuit par le moyen de Hault et Paissant Prince très chier 
seigneur Monseigneur le duc de Calabre, lors estant en 1a ville de 
Nancy, par devers mon dict sieur de Calabre et eulx y estons, nous 
faussions transportés par devers eux et leur dict, exposé et a final 
4 que des dictes courses estions purs et ignosceus, et sur ce eussions 
eu avec le dict sieur de Torcby plusieurs giano altercations et 
contrariété* après lesquelles et icelles débattues d’un cousté et 


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— 343 — 


d’autre feussions parle moyeu de mon dict sieur de Calabre venu et 
condesceudu avec le dict sieur de Torcy à certain traictié et accord : 
c’est assavoir que , du costé du Roy nostre dict seigneur seroient 
baillées par escript èz mains du dict sieur de Torcy, du bailly de 
Ch&ulmont et de Maistre Jean de SMtomain ou de l’ung deux 
comme commissaire du dict sieur en cette parlye, telles demandes 
et conclusions que le Roy uostre dict seigneur entendoit & faire 
contre nous, touchant les courses, cèz et interdict dessus dicts 
dedens le vingt deuxiesme jour du mois de febvrier ensuivant ou 
dict an mil quatre cents cinquante, et desquelles demandes et 
conclusions le double nous seroit baillé, sur et contre lesquelles, se 
bon nous sembloit, baillerions justifications et deffenses es mains 
des dicts commissaires ou de l’un d’eux, dedans le quinziesme jour 
de mars après ensuivant. Et que sur les dictes demandes, conclusions, 
justifications, et deffenses la vérité seroit par les dicts commissaires 
sceue et'enquise tant d’un costé que d’autre et les enquestes 
faictes et parfaictes seroient baillées de l’une partie à l’autre, les 
noms et surnoms des tesmoings produis aux coppies des lettres et 
tiltres s’aucuns en estoient exhibez pour les contredire et reprou-» 
cher, si bon nous sembloit et aussy accordé et promis de faire 
prendre et emprisonner les demourans en nos seigneuries qui 
seroient trouvèz coulpables des dictes courses, se aprehendez pou-* 
voient estre avec tous leurs biens, sans en faire aucune délivrance 
jusques ad ce qu’ils en auroient amendé l’outraige par eulx commis 
ou qo’ils en auroient pardon et grâce du Roy nostre dict seigneur, 
et nous feussions dès lors, touchant les choses dessus dictes et 
chascune d’icelles, soubmis au jugement du Roy et que prendrions 
droict sur les dictes demandes, conclusions, justifications, deffenses, 
enquestes et reprouches qui seroient rappourtez devers le Roy 
nostre dict seigneur par les dicts commissaires ou l’ung d’eux et 
que comparaistrions en personne devant les dicts sieurs ou y 
envoyerions quelque personne qui feust gens de par noos souf» 
flsamment fondé pour oyr ses sentence et jugement, dedans le 
premier jour d’Aoust ensuivant, et la dicte sentence tendrions et 
promeismes tenir et payeront le jugement contre nous faict sans aller 
au contaire. Et au cas que nous serions desffaillant de comparoir 
ou envoyer par devers le Roy nostre dict seigneur et de tenir» 
payer et accomplir ce qui seroit par luy dict, jugé et sentencié, en 
ce cas promettions de faire prisonniers et rendre les corps de Messirç 


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— 344 - 

Jean Bayer de Boppart, arcediacre de Trêves et de Mets et Henry 
Bayer de Boppart chevallier, et de Rodolf Bayer de Boppart frères, 
nos nepveux au lieu ou le Roy seroit lors dedans le temps et terme 
de sii’sepmaines après la dicte sentence et jugement profères et 
donnez par le Roy nostre dict seigneur. Duquel lieu nos dicts 
nepveux ne aucuns d'eux ne pourraient partir ne eux tenir quittes 
sans le congié et licence du Roy nostre dict seigneur ou de son 
certain comiq&ndemenL et tout ainsy par la forme et manière que 
de ce avoient bailüé leurs scellés au dict sieur de Torchy pour le 
Roy nostre dict seigneur. Et se a tant estoit que feussions en nostre 
personne devers le Roy nostre dict seigneur, au dict premier jour 
d'aoust, pour ouyr et tenir la dicte sentence» nos dicts nepveux 
demeureraient quittes et déchargiez de leur dicts scellés et pro- 
messes. Et si advenoit que le Roy nostre dict seigneur ne baillas! et 
donnast la sentence et jugement trois mois entiers passés après 
ce que. aurions comparu au dict premier jour d’aoust , s'en pour- 
raient retourner et seraient les scellés ou antres pour nous 
suffisamment fondés, en ce cas, nous ou celluy ou ceux qui de par 
nous auraient comparu au dict premier jour d’aoust s’en pourraient 
retourner et seraient les dicts scellés de nos dicts nepveux et autres 
qui pour ce dict est, auraient esté bailles, vains cas et de nulle 
val Leur et se rendraient tous prisonniers d’nn cousté et d’autre, 
prins et détenus à l’occasion des choses dessus dictes, frans et 
quittes et cesseraient toutes voyes de fait et tous procès estant en 
Court de Rome. Et touttes lesquelles choses dessus dictes et chascune 
d'icelles nous eussions promis et juré par la foy et serment de 
nostre corps et sur nostre loyauté et honneur tenir, payer, ou 
terminer et accomplir selon leur forme et teneur et les avoir pour 
agréables, fermes et esl&bles sans contrevenir en appert ou en recoy, 
sur l’expresse obligation de tous nos biens, terres et seigneuries lors 
présens et advenir que en submetlions et obligions à la juridiction 
et contraincte du Roy nostre dict seigneur ainsi que pour chose 
cogqeue et adjugée et sur paine d’estre ait ai ni et convaincus des 
cas à nous imposez par le Roy nostre dict seigneur et tons sans 
fraude et barat ou malengin quelzconques. Et avec ce, pour mieux 
assurer des promesse, traictiez et autres chouses dessus déclairées, 
le Roy nostre dict seigneur et le dict seigneur de Torchy eussions 
prié et requis à Messire Ferry de Parroye chevallier, Henry Hanse 
et Jacob de Ranerstorf, rscuycrs que avec nous se voulsissent obliger 


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— 345 — 


aux choses dessus dictes et bailler leurs scellez et promesses qui 
& nostre dicte prière et requeste l’eussent faict et eux y obligéz 
et aussy à faire tenir, garder, et accomplir les choses dessus dictes 
par les dicts Messire Jehan , Henry et Rodolf Bayer de Boppart , nos 
nepveux , ainsi que toutes ces choses et autres estoient et sont plus 
à plain contenues en nos lettres signées de nostre seing manuel 
et des seings manuels des dicts seigneurs Henry Hanse et Jacob 
de Banerstorf, escuyers et scellées des sceaulx de nos armes et des 
leurs donnez à Nancey le dix septième de febvrier l’an mil quatre 
cents cinquante. 

Auquel premier jour d*aoust ensuivant, qui est écheu le premier 
jour du dict mois d’aoust dar renier passé, entretenant le dict ap- 
poinctement, nous soyons comparu deuement et présentez par 
devers le Roy nostre dict seigneur, estant en la place de Taillebourg 
sur la Charente , ou pays de Xaintonge et le jour d'après par 
devant son chancellier et autres gens de son grand conseil lors 
estans à Xainctes et leur dict et signifié comment entretenons le 
dict appoinctement et les promesses par nous faictes nous estions 
illec venus pour fournir au dict appoinctement et oyr la sentence 
et jugié que le Roy nostre dict seigneur vouldroit faire sur les 
choses devant dictes, requérant par nous et de no6tre part que les 
procès sur ce faietz tant de la part du Roy nostre dict seigneur 
que de l'autre, lesquels les dicts commissaires avoient appourtez 
féussent veuz et qu'il luy pleust, au plus tôt que faire sc pnurroit, 
nous faire expédier. A quoy par le Roy au dict lieu de Taille- 
bourg et depuis , par son dict chancellier et les dictes gens de 
son dict grand conseil estant à Xainctes , nous fust respondu que 
à nostre expédition seroit vacqué et entendu au plus diligemment 
et briefvement que faire se pourroit. Et tellement y vacquèrent 
que , après aucunes assignations, continuations et journées sur ce 
tenues nous eust par le Roy nosjre Seigneur esté' donné et as- 
signé jour pour oyr sur ce les dictes sentence et appoincterhent 
au mercredy vingt cinquiesme jour du dict mois d'Aoust. Pendant 
et durant laquelle assignation de donner la dicte sentence , après 
aucunes parolles eues sur le droict de la ville, ban et seigneurie 
d'Espinal , nous soyons soubmis, le Roy nostre dict Seigneur et 
nous, ou dict droict d'iceux ville, Seigneurie et ban d’Espinal au 
dict et ordonnance de quatre cardinaux, c’est assavoir : de Mes- 
seigneurs les cardinaux d'Estoutevillc et d'Avignon prins de la 


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part du Roy nostre dict Seigneur et de me&eigneurs les cardinaux 
de Sainct Ange et de .Sainct Pierre ad Vincula prins de nostre 
part, et consenti que les dicts quatre cardinaulx en poussent 
eslire un qui eut telle ou pareille puissance que l'uo d’eux » 
en cas qu'ils ne se porroient accorder , ainsy que plus à plein 
ces choses et aulres sont contenues et déclairées ès lettres et 
instrument du dict arbitrage; et par advant l'eure de la pro- 
nonciation de la sentence qui devoit estre donnée sur les dicts 
excez, ayons faict prier le Roy nostre dict Seigneur par Très Haut! 
et Très Excellent Prince et Seigneur le Roy de Secille, duc 
d'Anjou, de Bar et de Lorraine qu'il voulsist surseoir et faire 
surseoir de donner ou faire prononcer sa dicte sentence sur les 
dicts excez jusques à ce que les dicts cardinaulx eussent donné 
„ leur sentence ou ordonnance sur le droict du dict lieu, seigneurie 
et ban d'Espinal ; et en ce faisans , serions contents et nous obli- 
gions d'obeyr et obtempérer lors à la sentence qui sur les dicts 
excez sera donnée et prononcée par le Roy nostre dict seigneur 
et la réputer d'autel effet et valeur que se la dicte sentence 
eust été donnée au temps appoincté et desclairé en nostre 
dict scellé et que les submissions, promesses et obligations par 
nous faictes par nostre dict scellé demeurent en leur force et 
vertu autant qu'il nous touche, pendant et durant le temps de 
la dicte prorogation et serions tenu d’en bailler nostre scellé 
nouvel. A laquelle requeste le Roy nostre dict seigneur, en faveur 
et contemplation du dict seigneur le Roy de Secille , son frère, 
a liberallement et benignement obtempéré et a prorogné la dicte 
prononciation de la dicte sentence des dicts excéz, de nostre 
consentement et à nostre requeste jusques à quatre mois après que 
la sentence ou ordonnance des dicts cardinaux sera donnée ou 
faicte sur le faict des dictes villes, cbastel , seigneurie et ban 
d'Espinal ou le terme du diçt compromis passé. Scavoir faisons 
quef nous, reconguaissaut la grftce que le Roy nostre dict seigneur 
nous a sur ce faicte, nous soubmettons au jugement du dict Très 
Chrétien Roy de France sur les dicts excès tout ainsi et en la 
forme et manière que plus à plain est contenu et déclairé en 
nostre dict premier scellé et prendrons droict sur les dicts 
demandes, conclusions, justifications, deffenses et enquestes qui 
sont et ont esté apportées par les dicts commissaires et sy com- 
paraîtrons en personne devers les dicts seigneurs ou y envoyèrent 


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— 347 — 

dedans trois mois après la dicte sentence des dicVs cardinaulx 
donnée ou le dict compromis expiré, quelque part que le Roy soit 
ou gens de par nous suffisamment fondez pour oyr sa dicte sentence 
qui sera prononcée dedans les dicts quatre mois; laquelle sentence 
nous consentons estres d'autel effect et valleur comme se pro* 
noocée aurait esté dedans le temps de nostre dict premier scellé. 
Et icelle sentence nous serons tenus et promettons de tenir et 
payer le jugié contre nous faict sans aler au contraire et sy 
seront teous de faire prendre et emprisonner les demourans ou nos 
seigneurs qui seront trouvez et déclairés coulpables des dictes 
courses , se appréhendez puevenl estre avecques tous leurs biens 
sans en faire délivrance jusque» à ce qu'ils auront amendé l'outrage 
par eux commis ou qu’ils en auront pardon et grflee de nostre 
dict seigneur. Et s’il advenoit que le dict seigneur ne baillast 
ou doonast ses dictes sentence ou jugement dedans ung mois 
après que aurions comparu en personne ou autres pour nous 
souffisammenl fondez, comme dict est , en ce cas nous ou celluy 
ou ceux qui de par nous y seront envoyéz, nous en pourront 
retourner et sera nul ce présent scellé et cesseront d'un 
coslé et d’autre toutes voyes de faict. Touttes lesquelles choses 
dessus dictes et chascune d’icelles, Nous Conrad, evesque deasus 
uommé , avons promis et juré et par ces présentes promettons et 
jurons par la foy et serment de nostre loyauté et honneur de 
tenir, payer, entretenir et garder et accomplir de poinct en poinct 
selon leur forme et teneur et les avoir pour agréables, fermes et 
estabies sans contrevenir en appert ne en recroy, sous l’expresse 
obligation de tous nos biens, tertres et seigneuries présens et 
advenir que en soubmettons ou obligeons à la jurisdiclion et 
contrai ncte du Roy nostre dict seigneur, ainsi que pour chose 
congneue et adjugée et sur peine d estre atteins et convaincus 
des cas à nous imposez ; tout sans fraude , barat ou malengin 
quelscooques. En teamoiog de ce nous avons scellé ces présentes 
du scel armoyé de nos armes et signé de nostre seing manuel; qui 
furent iaictes et données à Taillebourg, le premier jour de septembre 
l’an mil quatre cents cinquante et ung. 

Signé : Conradus. 

Orig. Bibl. top. Fonds F. Samt-Gernain Ane. N* 4099. 

— Arcbir. de la Menrtke. Trésor de Lorraine. La y. 

Epiatl. — Arekiv 4e la vills. Mes AAI. 


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— 3*8 — 


XXXV. 

2 Septembre 1451. 

Nous Jean Bayer de Boppart, arcediacre de Trêves, de Met* et 
de Wirzbourg et Henry Bayer de Boppart chevalier, frère sei- 
gneur de Chastel et de La Tour, scavoir faisons a tôus que comme 
pour certaine entreprisse, courses et delicts, comme l’en veult 
dire au pourchas et ayde de révérend père en Dieu Monseigneur 
Conrad Bayer, evesque de Mets , nostre oncle ou de ses gens, ser- 
viteurs , hommes et subjects sur et à l’encontre des villes hommes 
etsubjects du ban d’Espinal que Très Cbrestien, Très F.xcellcot et 
Très Puissant Roy, leroy de France, nostre seigneur dict et maintient 
luy appartenir et estre en sa protection et saulvegarde et aussy pour 
certains cez et intcrdict ecclésiastique faict et mis au pourchas de 
nostre dict seigneur et oncle au dicl ban et ville d’Fspinal, ainsi 
que I on disoit, le roy nostre dict seigneur ait envoyé pieça es mar- 
ches d’Fspinal et de Lorraine nostre très honoré seigneur messire 
Jean d’Estouteville, chevalier, seigneur deTorcy, conseiller et cham- 
bellan du Roy, nostre dict seigneur, et maistre des arbalestriers de 
France, pour faire faire par nostre dict seigneur et oncle , répara- 
tion et restitution des choses dessus dictes avec amende condigne , 
sur quoy, après plusieurs grandes altercations, nostre dict seigneur et 
oncle et le dict seigneur de Torcy eussent, par le moyen de nostre 
redoublé seigneur Monseigneur le duc de Calabre, appoioctié en- 
semble en icelle maniéré que nostre dict seigneur et oncle , tou- 
chant les choses dessus dictes, se sèubmist au dit et ordonnance du 
Roy nostre dict seigneur et de prendre droict par les enquestes 
et procez que se dévoient faire par mon dict seigneur de Torcy, 
M. le bailly de Chaulmont et rüaistre Jehan de Sainct-Romain, con- 
seillers du Roy ou l’un d’eulx sur les demandes et conclusions qui 
se bailleraient contre luy de h partye du Roy nostre dict seigneur 
et sur les justifications et delfeoses que nostre dict seigneur et 
oncle baillerait au contraire ez mains des dicts commissaires ou 
l’un d’eulx , lesquels , avec les procès , seraient portées on envoyées 
devers le roy nostre dict seigneur, dedans le premier jour d’aoust 
lors prochain ensuivant et dernier passé; auquel jour nostre dict 
seigneur et oncle estoft tenu d’estre et comparoir en personne par- 


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— 349 — 


devant le Roy quelque part qu'il feust ou d’envoyer homme de par 
luy souffisamment fondé pour oyr sa sentence et jugement sur les 
dicts procès et enquestes et laquelle sentence noslre dict seigneur 
et oncle eust promis de tenir et de payer l'adjugié ainsi que ces 
choses esloient plus à plain contenues et déclairées ez lettres et 
scellés de nostrç dict seigneur et oncle et autres ses amys, que mon 
dict seigueur de Torcy avoit par devers luy; nous dessus nommez, 
arcediacre de Trêves et Henry Bayer, frères, eussions, pour plus 
grant seureté et entrelenement des choses promises et accordées par 
icelluy noslre dict seigneur et oncle, baillé nostre scellé duquelja 
teneur s'ensuit : * 

Nous Jehan Bayer de Boppart , arcediacre de Trêves, de Metz et 
de Virtzbourg et cubiculaire de nostre Très-Sainct Père le Pape , 
Henry Bayer, chevallier et Rodotf Bayer de Boppart escuyer, frère, 
seigneur de Chastel , scavoir iaisons que comme pour certaines en- 
treprinses, courses et débets faicts, comme l'en veult dire, au pour- 
chas et ayde de révèrent père en Dieu monseigneur Conrad Bayer, 
evesque de Metz , nostre oncle ou de ses gens , serviteurs, hommes 
et subjects sur et à l’encontre des villes , hommes et subjects du 
ban d'Espinal que le Roy nostre dit seigneur dict et maintient à luy 
appartenir et estre en sa protection et saulvegarde ; l'une d’icelles 
courses faictes au dict ban , environ Pasques dernier passé, l'autre 
environ la Magdeleine et l'autre le mercredy après la sainct Barlho- 
lomei ensuivant et dernier passé et aussy pour certain cez et in- 
terdict ecclésiastique faict et mis au pourchas de nostre dict seigneur 
et oncle ou ban et ville d'Espinal, comme l’en dict, le Roy nostre dict 
seigneur eust présentement envoyé ez marches de pardeça noslre 
très honnoré seigneur messire Jehan d’Estouteville , seigneur de 
Torcy, chevallier, conseiller, chambellan du Roy noslre dict seigneur 
et maistre des arbalestriers de France, lequel eut sommé et requis, 
de par le Roy, nostre dict seigneur par ses lettres scellées de son scel, 
à nostre dict seigneur et oncle faire réparation et restitution des 
choses dessus dictes avec amende condigne et il soit ainsy que, par 
le moyen et à la requeste de Hault et Puissant et Excellent Prince et 
nostre Très Redoublé Seigneur Monseigneur le duc de Calabre, mon 
dict seigneur de Torcy soit venu en ceste ville de Nancy et luy y 
estant , nostie dict seigneur et oncle se soit traict devers nos dicts 
seigneurs de Calabre et de Torcy et a eux a dict, affermé et exposé 
que des dictes courses estoit pur et ignocent, pourquoy, après plu- 


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— 350 - 


sieurs grandes altercations, par le moyen de mon dict seigneur de 
Calabre, nostre dict seigneur et oncle et mon dict seigneur de Torty 
ayent convenu et appoinctié ensemble en la manière qui s’ensuit : 
c'est assavoir que des maintenant nostre dict seigneur et oncle, tou- 
chant les choses dessus dictes, se sonbmet an jagement et ordon- 
nance du Roy, nostre seigneur et prendra droict pour les enqaestes 
et procèz qui se doivent faire par mon dict seigneur de Torcy, mon- 
seigneur le bailly de Chaumont et maistre Jehan de Saiuct Romain, 
conseillers du Roy nostre dict seigneur ou l*un d’eulx sur les de- 
mandes et conclusions qui se bailleront contre luy de la part du dict 
seigneur et sur les justifications et deifenses que nostre dict sei- 
gneur et oncle baillera au contraire ez mains des dicts commissaires 
ou l’un d'eulx, lesquelles enquestes ou procez seront portez ou en* 
voyez devers le Roy nostre dict seigneur, dfedans le premier jour 
(Taoust prochain venant, auquel jour quelque part que le dict sei- 
gneur soit, nostre dict seigneur et oncle a promis et sera tenu d’estre 
et comparoir en personne ou d'y envoyer homme de par luy souf- 
fisamment fondé pour oyr sa sentence et jugement sur les dicts 
procès et enquestes ; laquelle sentence il a promis et sera tenu 
de tenir et de payer l’adjugié comme ses choses puelleut plus à 
plain apparoir par le scellé de nostre dict seigneur et oncle et 
autres ses amis que mon dict seigneur de Torcy en a par devers 
luy : assavoir est que nous Jehan, Henry, Rodoîf Bayer frères dessus 
nommez, pour mieuk assurer dé ce que dict est le roy nostre dict 
seigneur et mon dict seigneur de Torcy, avons promis et juré et, 
par ces présentes, promettons et jurons ez mains de mon dict sei- 
gneur de Torcy, par les foys et sermens de nos corps et sur nos 
loyaulté et honneur, que ou cas que nostre dict seigneur et onde 
seroit ou sera défaillant de comparoir ou envoyer devers le Roy nos- 
tre dict seigneur quelque part qu’il soit au dict premier jour (Taoust 
prochain venant et de tenir, payer et accomplir ce que sera per 
luy dict , jugié et seutencié , de rendre et constituer nos propres 
corps prisonniers six sepmaines après la dite sentence donnée en 
la ville ou lieu ou le Roy nostre dict seigneur sera lors. Desquels 
ville ou lieu nous ne pouroos partir ne noos tenir pour quictes 
sans le gré , congié et licence du dict seigneur ou de son certain 
commandement. Touttes voyes, se taat est que nostre dict oncle com- 
pare en sa personne par devers le dict seigneur pour oyr et tenir 
sa dicte sentence et jugement le dict premier jour (Taoust proo* 


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— 354 — 


chain venant, cest présent scellé serait et demoaroit vain cas et dé 
nulle valleur, et aussy ne soyons tenus de nous rendra et consti- 
tuer prisonniers par la manière que dict est ; au cas que sur les 
# dicts procèz et enquestes le dict seigneur ne baillerait sa sentence 
et jugement trois mois entiers passez après le dict premier jour 
d'aoust et que nostre dict seigneur et oncle ou autres pour luy 
souffisamment fondez aura comparu devers le dict seigneur pour 
oyr sa dicte sentence et jugement, comme dict est, et soubs l'obliga- 
tion de nos honneurs , terres et seigneuries que pour ce en soubz- 
mettons à la juridiction du Roy, nostre dict seigneur et de tous autres 
seigneurs ainsy comme pour choses congneue et adjugiée et le 
tout sans fraude, baratou malengin quelzconques. En tesmoing de 
vérité , nous avons mis nos sceaulx pendant à ces présentes lettres 
avec les seings de nos mains qui furent feictes et données le vingt 
septième jour de febvrier l’an mil quatre cents cinquante. 

Et il soit ainsy que nostre dict seigneur et oncle monseigneur Con- 
rad, evesque de Metz, soit, en entretenant, fournissant, accomplissant 
le contenu en son dict scellé et ou nostre, venu en personne par 
devers le Roy nostre dict seigneur au dict premier jour d'aoust 
damier passé pour oyr les sentences , jugement et ordonnance du 
Roy nostre dict seigneur selon la teneur du dict appointement. 
Depuis laquelle journée escheue et avant la dicle sentence donnée 
le Roy nostre ttict seigneur et oncle se soient con descendus eux 
soubmettans du droict que chacun d'entr'eulx prétend avoir ez dictes 
villes, cbastel, seigneuries et ban d’Espina! au dict de certaines car- 
dinaulx et ait nostre dict seigneur et oncle fais supplier et requérir 
le Roy nostre dict seigneur par Très Hault et Puissant Prince et 
Seigneur le Roy de Secille , duc d’Anjou , de Bar et de Lorraine 
qu'il luy pleust surceoir ou faire surceoir de donner ou faire donner 
et proférer la sentence sur le dict excez jusques à quatre mois 
après que les dicts cardinaulz eussent proféré leur sentence et ap- 
poinctement sur le dict principal ou que le dict arbitrage fut ex- 
piré et finy, ce que le Roy nostre dict seigneur en faveur et con- 
templation du dict seigneur, roy de Secille, son frère a libéralement 
octroyé, pourveu que nostre dict seigneur et nous baillerions nos 
scellés nouveaolx et ait le Roy nostre dict seigneur de sa grâce et 
content demandé que nous nous obligions seulement à faire et ac- 
complir le contenu dé la sentence et jugement du Roy sur les dicts 


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— 352 — 


excëz; et ou cas que nosire dict seigneur et onde serait deffaillant 
de accomplir et entretenir la dicte sentence serions obligiés sont» 
l’obligation de tous nos biens que avons ès pays de Bar et de Lor- 
raine et autres pays du roy de Secille , que pour ce obligeons A la 
juridiction et contraincte du dict seigneur le roy de Secille, scavoir 
faisons que nous nous sommes soubmis et soubmettons , obligé et 
obligeons par la foy et serment de nos corj.s à tenir et accomplir 
la sentence et jugement du Roy nostre dict seigneur on cas que 
nostre dict seigneur et oncle fut défaillant des choses dessus dictes. 
Tout tes voyes, se tant est que nostre dict seigneur en sa personne 
compare pour oyr et tenir sa dicte sentence et jugement dedans les 
dicts trois mois après la dicte sentence des dicts cardioaulx donnée 
ou le dict arbitraige failly, ce présent scellé sera et demeurera vain 
cas et de nulle valleur, comme l'aultre premier du quel la teneur 
est cy dessus insérée; et, au cas que sur les dicts excéz ou enquestes 
le dict seigneur ne baillerait sa sentence dedans les dicts quatre mois 
après la dicte sentence des dicts cardinaulx et que nostre dict sei- 
gneur et oncle ou autre pour luy souffisamment fondez anra com- 
paru devers le dict seigneur pour oyr sa dicte sentence et jugement, 
comme dict est, ce présent scellé demeurera deschargé comme 
dessus. Et nous obligeons et soubmettons à tenir fermes et accom- 
plir les choses dessus dictes , sous l'obligation de nos honneurs , 
terres et seigneuries que avons es pays de Bar et de Lorraine et 
autres pays du Roy de Secille que pour ce en soubzmettons à la 
jurisdiction du dict seigneur, roy de Secille , comme dessus, ainsy 
comme chose congneue et adjugiée et le tout sans fraude, barrit ou 
malengin quelconques. En tesmoingnage de vérité nous avons mis 
nos sceaulx pendans à ces présentes avec les seings de nos mains 
qui furent faicles et données en la cité de Xainctes le second jour 
du mois de Septembre, l’an mil quatre cents cinquante et ung. 


Signé : Jean Bayer, Henry Bayer, 
Rodolf Bayer. 


Orfgin. Bibl. lmp. Fonds F. S^Genmlo , Abc. H* (099. — 
Archir. de la Menrüie. Trésor de Lorraine. Lajet. 
Epinsl. — Arcbiv. de la ville. M" AA 4. 


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— 353 — 


XXXVI. 

1450 . 

Informations des seigneuries, drois et retenue* que 
ïevesque de Metz ait et doit avoir en la ville d’Es- 
pinal, de toute ancienneté : 

Il est assavoir que la ville d’Espinal ait esté de toulte ancienneté 
a Peglise de Metz et ne heurcnt les habitans d’icelle depuis quelle 
fuit fondée et édifiée onques autres seigneurs temporelz que ung 
evesque de Metz et ont de toutte ancienneté jusques ad cy, obéit 
ans evesques de Metz qui sont estés du temps passez et a cellui 
qui est a présent comme a leur droiturier et souverain seigneur $ 
Item pour declairier la seigneurie et souveraineté que les eves- 
ques de Metz ont heu de tous temps et doivent avoir par raison en 
la dicte ville d’Espinal, est assavoir que la dicte ville, la haulteur et 
le ban appartiennent a ung evesque de Metz et est seigneur et 
franc vouez dudict lieu cl ainsy le rapourle la justice et commu- 
naulté cz plais bannaülz, ch asc un an, a certain jour apres la feste 
de Noël et par le droit ; 

Item commet et ordonne ung evesque de Metz pour exercer lé 
fait de justice en la dite ville maiéurs, prevosts, clerz jurés, es- 
chevins et granl doyen et ne puent ne ne deuent lez bourgois et 
habitans dudict lieu plaidoier pour fait civil ou criminel devant 
autres que devant les dessusdicts , commis de part ledit seigneur 
etesque; 

Item touttes amendes haultes et basses et touttes confiscations de 
héritages et de biens pour fait criminel ou civil appartiennent aus 
evesques de Mets et puellent lesdicts d’Espinal faire amende par 
mesdicts pour estre encheus de corps et devoir a seigneur; 

Item la ripvière de Muzelle d’Espinal dessus et desoubs jusques 
a certaines mettes, sont a ung evesque de Mets et ûy puent peschier 
les habitants d'Espinal en la dicte ripvière, si ce n’est à la truelle 
et a la verge pour leur mangier, maix appartient la pescherie a ung 
etesque de Metz ou a ses commis pour la vendre a cui quil veult a 
son proufflt ; 

23 


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' — 354 — 

Item sont les forets d’Espinal a ung evesque de Metz et quant il 
y a parson, ceulx d’Espinal ne deuvent envoyer leurs porcs fors 
qu’en la forest du seigneur et se ilz les envoient en aoltres forets 
se paieront ils de viii porcs ung, et du surplus le parsonnaige; 

Item ait un evesque de Mets ses champs et crouveez ou ban d'Es- 
pinal lesquelz lesdicts d'Espinal qu’ilz ontcharruez deivent labourer 
et cultiver s’il plais! a seigneur et s’il ne plaist a seigneur de culti- 
ver, ceulx qu’ilz ont charrue en paient certaine somme d’argent; 

Item ung ‘evesque de Metz pu cl faire faire mon noie franchement 
quant il ly plaiten la dite ville et y bi donner ung maistre pour faire 
monnoye et nulz des bourgois de la dite ville ne du ban ne deuent 
changier blanche monnoie ne argent a poids, s'il ne l’ait offert de- 
vant au maistre de la monnoie lequel la doit avoir pour ung denier 
moins sur le marc que ung autre ; 

Item la ville d’Espinal doit chacun an XX livres de taille a nng 
evesque de Metz, eh signe de soubgcction et ce et toutes les choses 
dessus dictes rapporte la justice et comnmnauité, chascun an, deux 
foix, a certain jour après Noël et Pasqucs par droit „ au plaît ban- 
naulx ; 

Item avec touttes ces seigneuriez et droitz dessus dicta qu*on ra- 
pourte, chascun an ait encore ung evesque de Metz autres seigneu- 
ries et proéminences en la dite ville desquelz tous les evesques de 
Mets en ont joit jusques ad cy. Assavoir que ung evesque de Mets 
puet eslire deux bourgoix et manans de la \ille l’ung en la ville 
deçà Mozelle et l’autre en la ville delà appellèc Ruameunil lesquels 
on appelle lez hanneralz et ait chascuu une banière désarmés de 
l'evesque de Mets qui est pour lors pour les pourter quant lesbour- 
gois et menans partent de la ville en armez au commandement de 
l’evesque de Metz ou de ses officiers et ne deuent ne ne puent 
pourter ne avoir autre bannière que des armes de leur seigneur, 
et sont les banneraulz francs, ad cause dudict office, de tous delis 
et servitude de la ville tant comme ilz pourtent ycellui office et 
ainsy ait esté usei de toulle ancienneté ; 

Item s’il ung evesque de Metz fait guerre pour le droit etdef- 
fense de son eveschié ou se^aucuns entreprenoient de ly faire guerre 
et il requiert ceulx d’Espinal pour ayde , ilz sont tenus de ly servir 
a certain nonibre de gens a cheval tant comme la guerre durera 
et ainsy ait esté usé de toutte ancienneté , et en ceste présente 
année sont esté requis de ly servir, a l’enconstre du bast^rt de Veigey 


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— 355 — 


et a leur prière en furent quitez et soupportez parmy 500 resaulz 
d’avoinne qu’ilz pairont au dict evesque ; 

Item puet ung evesque de Metz eslire ung bourgoix en la dite 
ville d’Espinal pour estre son nappier lequel est tenus de soignier, 
chascun jour, au dict evesque de Metz et a ses gens et servans tou- 
tefoix qu'il vient à Espinal, nappez, tabliez, pour ses tables, es- 
cuellos, polz et autres vaisselles pour son estai tant et si longue- 
ment comme il ly plaira de demourer en la ditte ville et est le dit 
capier, ad cause de son office, franc de tous dcbis et servitude; en 
ait l’evesque de Metz qu’il est a présent fait plusieurs de son temps 
et pourte encore a présent Estienne Bauldenet, bourgoix dudict lieu, 
l’office pour et ou non dudict evesque; 

Item ny ait homme qu’il aye puissance d’assurer homme qu’il soit 
pour venir en la ville s’il ce n’est par ung evesque dé Metz ou ses 
officiers ; 

Item touttes les lettres que les dits d’Espinal ont des franchises et 
libertez, ils les ont des evesques de Metz çt non d’aultres; 

Item ait a commettre le prevost de l’evesque tous autres officiers 
comme sergëns, fourestiers et banwars pour faire leur devoir comme 
a léur office appartient; 

Item paie l’evesque de Metz, chascun an, le chastellain du chaste! 
ses gaiges et désertes en signe qu’il est seigneur souverain dudict 
chaste l et ait esté (ait et édifié ledict chastel par les evesques de 
Metz et autrefoix ait requis les dits d’Espinal de ly faire ouverturè 
dudict chastel ce qu’ilz firent pour lôrs; 

Item ont heu et édifié et fondé les evesques de Metz la chapellé 
de Sainct George, située dedans la forteresse et chastel d’Espinal et 
en sont encore collateurs et patrons d’icelle chapelle; 

Item nulz ne puet imposer gabelle sur vin, bled ne autres dan- 
reez s'il ce n’est ung evesque de Metz et n’ait guerre que a la prière 
de ceulx d’Espinal octroya ledit evesque dè mettre deux deniers 
sus chascune quarte de vin a prouffit de la ville, et pour ce baillent 
au dit evesque de Metz les dits d’Espinal CCCC florins de Rin; 

Item ait ung evesque* de Metz sa prison en la dite ville pour y 
faire mettre les malfer teurs et delinquans Céans au commandement 
de son prevost et officier quant le cas le désire, et nulz ne puet 
mettre la main a malfecteur ne autres quelconques quelz qu’il* 
Soient si ce n est par l’ordonnance et commandement de l'officier 
de l’evesque de Metz, et par ses doyens et sergens j 


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— 356 — 


Item s'il y heu homme jugié à moit par la justice du lieu , le pre» 
vost de l'evesque de Metz le fait exécuter et ly puai faire uog e vasque 
de Metz graice et remission s’il ly plait ; 

Item toutes les tours des murailles d'Kspinal ou qu’il y ait babéta- 
cion doivent censi ve et droictures a ung evesque de Metz et le 
paient ceulx qu’ilz s'en aident de la dicte habitacion et est signe 
évident que les murailles et tours 9ont à ung evesque de Metz; 

Item puet ly prevost faire xawer ? toutes les foix que ly plaira 
les mesures de la ville pour savoir si elles sont justes et s’enoon , 
touttes celles qui ne sont mie justes, deuent soixante solz a l'evesque ; 

Item ait ung evesque de Metz plusieurs autres droitures et sei- 
gneuriez a la dite ville et ou ban qu'ils ne se puent mie toutes 
mettre par escript comme les copillons qu’ils prennent sur le ble- 
naige et sel et autres choses qu’il se vendent au dict lieu d’Espinal 
lesquels aucuns d’Espinal tiennent en gaige des prédécesseurs de 
mondict seigneur qu’est a présent. 

Gy finUtent les seigneuries, d roi et are* el revenu qae 
nag evesque de Metz doit «voir en la ville d’Espinal* 

Item darnierement , etc. ( Ici sont rappelés* et copiées les lettres 
des gouverneurs d’Epinal (31 août 1444), suivies de la sommation 
de Pierre de Bresé (27 août 1444), des articles offerts par lui pour 
la reddition de la ville (30 août 4 444) et de la réponse des gouver- 
neurs de V évêché de Metz (!* r septembre 1444). 

Item sur les lettres responsives que les gens de l'evesque de Metz 
firent comme cy devant est escript ne firent ceulx d’Espinal nulle 
respooce aus gens dudict evesque, maix tantost et incontinent dres- 
sèrent le traictiez selon les articles que le Senecbal leur avoit envoyé 
et receurent le Roy nostre Sire pour leur seigneur souverain et ly 
baillèrent la ville et le chastel qui n'estoii pas a eulx affaire et ly 
firent obeyssance et sermons de fidelité, comme gens font a leur sei- 
gneur, en préjudice et desberitance de l'esglise de Metz a laquelle 
sont tout liez, sans eulx acquitor enver l’evesque de Mets leur dm- 
turier el souverain seigneur, des sermens qu'ils ly aient fait Et fat 
le prevost dudict evesque privé de son office et fat commis Georges 
Dalye pour officier de par le Roy et Jehan Thiriet boorgoix dudict 
lieu pour recepveur, liquei reçoit chascun jour les droitures, revenus 
et emolumena pour et ou nom du Roy qui dévoient et denvent 
compter par droit et raison a ung evesque de Metz; 


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— 357 


Item avec ce sont contrains, de part le Roy, les officiers et bonnes 
gens des villaiges et mairies de Doignevilie, de Devillers, de Pau- 
dou , de Huit , et de Vommecourt que le dict evesque tenoit comme 
heritaige de son eveschié de faire sermens et feaultë au Roy et a 
ses officiers et de respondre ïe la enavant a eulx de toutes les droi- 
tures, rentes et revenues appartenant a l'eveschié et evesque de 
Metz sans obeyr plus avant a leur seigneur l’evesque ou préjudice 
et desheritance de son eveschié; 

Item ait encor fait saisir le Roy la vouerie d’Espinaî qui meud des 
fiez de l’eveschié de Mets de toutte ancienneté et fait contraindre les 
maires et bonnes gens de plusieurs villaiges que les vouelz tenoient 
en fiez et en gaigesdes evesques de Mets, de respondre au Roy et à ses 
commis des rentes et revenus d’icelles et n’ait le Roy remis et ne 
veult oster la dite saizine de la vouerie et les villaiges que lez vouez 
tenoient se le voué ne reprent la dite vouerie et ses appartenances 
du Roy en fiez et en hommaige comme le seigneur de Dongien Tait 
escript audit evesque. Et toutesvoies est chose notoire que la ditte 
vouerie avec ses appartenances meuveut des fiez de l’eveschië de 
toutte ancienneté , comme dit est , et que tous les vouez qu’ilz sont 
estez du temps passés ont heu reprins y celle vouerie des predices- 
seurs dudict evesque et de ly aussy. Pareillement ait fait saizir le 
Roy la mairie de Vaxoncourl qu'est du ban d’Espinal que Ferry, 
bastard de Lorreinne, tenoit en gaige et la ville de Giremont que les 
hoirs de Jehan Baudevin d’Espinal tenoient, qui tout sont heritaiges 
anciens de l’eveschié de Mets et ne heurent oneques les roys de 
France ne autres princes et seigneurs , seigneuries ne congnissance 
en la ville d'Espinal ne a tous les villaiges dessus dits , maix sont 
estez de la seigneurie de l'evoschié de Metz de cy loing temps qu’il 
n’est mémoire du contraire ; 

Sy supplie très humblement et dévotement le dit evesque de Mets 
au Roy qu’il luy plaise de sa benigne graice avoir resgard aus chouses 
dessus dites et rendre a Pesglise et evesque de Mets les ditles villes, 
chasteaul et villaiges d’Espinal et du ban devant nommez franche- 
ment et quictement , et te dit evesques et son aiglize prieront Dieu 
devottement pour lui et sa noble lignie. 

(Orig. Archiv. de la Meurlhe. Layette. Spinal 2. 

H* 15.) 


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— 358 — 


XXXVII. 

5 janvier 1451. 

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, aux gouverneur et 
Bailly de nostre ville d'Espinalouà leurs lieutenants, salut. L’unible 
supplication de nos bien amez les bourgeois manans et habitans de 
postre ville avons receue contenant qu’à l’occasion de certaines 
guerres , griefs , maulx et oppressions et aussi de certains procès et 
différends qui, puis certain temps en ça, ont esté meuz entre nous et 
l’evesque de Metz et plusieurs autres pour raison de la seigneurie 
d’Espinal ou de certain droict que le dit evesque y prétend et pour 
autres affaires qui leur sont survenues, les dicts exposants ont faicts 
et soutenu plusieurs grands frais el dépens à cause desquels i's se 
sont grandement endebtéz envers plusieurs personnes qui leur ont 
presté plusieurs sommes de deniers et, combien qu’à l’occasion des- 
sus dite, ils ayent grandement frayé et despensé , neantmoings les 
habitants du ban et chaslellenie d’icelle nostre ville d’Espinal n'y 
veulent aucunement aider ne aussi payer, ne contribuer aucune 
chose à la grant charge et foule des dits exposants niesmement que 
à l’occasion des habitants d’icelluy ban et par les grans maulx, cxcez 
et dommaiges fais en icelluy a convenu à iceux exposant frayer et 
despendre du leur largement, dont ils ont esté et sont moult inté- 
ressez et dommaigez et lesquels ne pourroient plus bonnement 
fournir ne payer ce qui leur fault encore à nous finer, tant a Court 
de Rome que autrement. Considéré qu’ils n’ont aucuns deniers com- 
muns ensemble sinon que les habitans du dit lieu et chastellenie 
leur aydassent à porter el soutenir, par le moyen desquels frais tes 
dits habitans du dit ban sont présentement en paix sans ce toutes 
voyes qu’ils y ayent aucunement contribué n*y frayé et ne oseroient 
les dits exposans lever ni exiger d’iceulx habitans aucune somme de 
denier sans nos congié et licence, si comme ils dient humblement, 
requérant iceux. Pour ce est ce que, nous, ces choses considérées et 
niesmement que cecy concerne nostre bien et celluy de la chose 
publique de nostre dite ville et seigneurie d’Epjnal, aux dits expo- 
sans, pour ces causes et autres à ce nous mouvans, avons donné et 
donnons par ces présentes congié et licence d’eux assembler em 


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— 359 — 


semble une fois ou plusieurs, faire et constituer un ou plusieurs pro* 
eu retire et de mettre sus, imposer et lever sur tous les mauans et 
habitans de la dite ville , ban et ch istclluinie le plus justement et 
également que faire se pourra, le fort portant le faible, jusques à la 
somme de trois cents livres pour une fois et au dessoubsavec les fraiz, 
sur ce nécessaires et raisonnables pour ayder à supporter les charges, 
mises et despenses que ont faict et porté et que encore fauldra faire 
et porter aux dits exposants tant au payement de ce qu’ils doivent 
jâ, comme à la conduite du dit procès et non ailleurs et pour icelle 
recevoir et cueillir, commettre telle personne ou personnes qu’ils 
verront estre affaire, pourveu toutes voyes que nos droicts et do- 
maines n’en soient aucunement empcschés ou retardez. Si vous 
mandons et a chascun de vous, si comme a luy appartiendra, que de 
noz présents grâce, congié etoctrdy vous faictes, souffliez et laissiez 
joir et user plainement et paisiblement les dits exposants sans leur 
faire mettre ou donner ne souffrir estre faict mis ou donné aucun 
empeschetncnt au contraire en contraignant ou faisant conlraintre 
à ce tous ceux qu’il appartiendra et qui y auront esté tauxés et im- 
posèz en la manière devant dite et en paier leurs cotes et portions 
par toutes voyes et manières dues et accouslumées faire pour nos 
propres debtes , besoin gnes et affaires, nonobstant oppositions et ap- 
pellations quelconques, pour lesquelles ne. voulons en ça eslre au- 
cunement différé de faire et exécuter les choses dessus dictes et 
chacunes d'icelles, vous avons donné et donnons plein pouvoir, auc- 
torilé, commission et mandement spécial. Mandons et commandons 
à tous nos justiciers , officiers et subgez que a vous et a jchacun do 
vous, vos commis et députéz en ce faisant obéissent et entendent di- 
ligemment. Donné à Tours, le V® jour de janvier, l’an de grâce mil 
quaire cent cinquante et un , et de nostre règne le XXXI®. 

Par le roy A la relation du conseil : Cbaliganl. 

(Origines. Archives de la Menrlbe. Trésor de Lorraine. 
Layette. Epinal. 4. N* 68. — Bib. Irap. Fonds F. S 1 - 
Germain. N» 4099, Ane. — Archives de la ville* M n 
AA 4 , pag. 24$*) 

XXXVIII. 

17 janvier 4 451. 

In Dei nomine Amen. Per hoc presens publicum instrumentum 


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— 360 — 

cuoclis patcat evidenter quod, anno Incarnations Dotnini millésime 
quadringentesimo qui nquagesimo primo, indictioue quarta décima, 
diei vero lunæ, décima septima , mensis jaouarii, ci rca boram ves- 
perorum diei ejusdem, pontifical us sanclissimi in Christo, patris et 
Domiui noslri , Domini Nicolai divina providenlia papœ quinti anno 
quinto, in mei notarii publici et tesfium suhscriptorum ad bec vo- 
catorum presentia, peisounaliler constituas, reverendus in Christo 
pater et Uominus Conrad us, Dei et apostolicæ sedis gratia episcopus 
Metensis asserens, quod nuper, de anno presenti , die vero prima 
mensis septembris ultimate prétérits, Chrislianissimus Dominos C&- 
rolus, Francorum Bex, pretendens jus seu dominium in villa, bannis, 
et dominiis de Spinallo, Tullensis diocesis, occasione cujusdam pre- 
tensœ donation is dicto domino rege, per habitatores et inccdas dicti 
loci f&ctæ, habere. Et ipse reverendus pater Douiinus Conradns Me- 
tensis episcopus, ex omni anliquitate dictam villam , banni, et do- 
minia de Spinallo ad episcopos Metenses ejus predecessores qui pro 
tempore fuerunt et ad ipsum, ratione épiscopat us predicti, spectare 
et pertinere, Super jure ac questionibus, controverses et querelis 
hujusmodi , in certos sanctæ Romanæ ecclesiæ Dominos cardinales, 
certis modis et formis compromiserunt prout et quemadmodum 
in dicto compromisso sub data in Castro Tailleburgi , anno et die 
predictis, confecto plenius continetur, et quia in dicto compromisso 
cavetur quod partes predictæ prima die Martii proxi me futuri co- 
ram predictis dominis cardinalibus, in dicto compromisso descriptis 
aut eorum ve! alterius eorumdem substitutis seu deputatis ad 
hujusmodi causant' defendendam et prosequendam , comparero 
debent et Mènent ur. Quorum quoque etiam habitatores dicti opidi 
de Spinallo, in causa hujusmodi compromissi si aliquid dicere seu 
allegare voluerint, ad plenam audire debent et possunl. ldcircô , 
licet prefati habitatores dicturn compromissum cum rebus communis 
inter regem et eosdem agatur, igname non poesint , tamen ad ha- 
bundantiorem oautelam, idem reverendus pater dominus Conradns 
episcopus Netep$i$ sponte , scienter et provide ac aliis omnibus me- 
lioribus, modo, via, jure, causa ql forma qui bus meüos et elfica- 
ciûs poluit et debuit fecit, constitué, crcavit et solide ordina vit 
suum verum, ccrtum , légitimons et indubitatum procuiatorem . 
actorem, factorem et negociorum suorum infrascriptorum gesto- 
rem, ac nuncium spccialeui et geueralcm , ila quod specialitas ge- 
neralitati non deroget nec e contra , bonorabilem virum dominum , 


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Henricum de Vezelisia prcsbiterum , Tullensis diocesis, in decretis 
licentiatum absentem tanquam presentem videlicet, specialiter et 
expresse pro et nomine ejusdem Domini episcopi constituendum 
ad hujusmodi compromissum ac omnia et singula, in eo contenta 
ne ejus ignorantiam forsan, in posterum allegare possent seu pré- 
tende re, portandum, insinuandum si ad eos accessum liabere poterit; 
alioquin ad eorum alterum seu aliis per affhionem dicti compro- 
mmi aut copie ejusdem in porlis seu lociscircumvicinis dicti oppidi 
de Spinallo noliciam deducendum et notificandum . c alia facien- 
dum adquæ hujusmodi compromissi vigore, idem reverendus pater 
dominus Metensis episcopus tenetur; neenon ad prolestandum quod 
sive dicti habitatores et incolæ ad causam et causas hujusmodi si 
sua credant interesse, tempore et loco predicto venerint, sive non. 
Nichilominus idem reverendus pater dominus episcopus in causa 
hujusmodi , juxta formant et tenorem dicti compromissi procédé!, 
juslicia mediante , et quascumque protestaliones alias cujus- 
cumque generis sive importancie fuerint faciendœ ac instrumenta, 
unum et plura de et super, ejus diligentiis in negocio hujusmodi , 
(tendis, et eorumdem habitatorum responsionibus toliens quotiens 
opus fuerit petendum et requirendum ceteraque omnia alia et sin- 
gula facienda, gerenda, exercenda et procuranda que ipsemet re- 
verendus pater faceret et facere posset si , in premissis omnibus et 
singulis, presens et pefsonaliter interesset, etiam si talia forent qood 
n.andatum exigèrent magis spéciale. Promittens idem reverendus 
paler dominus episcopus constitulus, in verbo Domini more prelati, 
seratum, gratum atque flrmum perpetuo habiturum totum id et 
quidquid per dictum procuratorem suum actum, datum, factum , 
gestumve fuerit in premissis, seu aliis quolibet procuratum, sub suo- 
rum omnium mobilium et immobilium, presentium et futurorum 
ypotbeca et obligatione bonorum, subque omni juris et facti renun- 
ciatione ad hec necessaria pariter, et cautela. De et super quibus, 
prefatus Dominus episcopus constitutus , petiit et requisivit sibi et 
dicto procuratori suo per me notarium subscriptum fieri publicum 
instrumentum unum sive plura. 

Acta fuerunt hec Métis ut supra, presentibus ibidem venerabilibus 
viris magistris Johanne Nicolai, decretorum doctore, decano ccclesiæ 
et Petro Francisci clerico jurisperito, advocato curiœ Metensis, testi- 
bus ad hoc vocatis et rogatis. 

Ët quia ego Jacobus Gustelli de Mortuaaqua, Bisuntinensis dio- 


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— 362 — 


' ccsis clericus, apostolici et imperiali aucloritatibus puhlicus curia* 
rumquc ccclesiaslicarura Mclensium nolnrius juralus, premissis om- 
nibus et singulis durn, sic ut prcmbtitur, per reverendurn patren» 
dominum episcopoui Metensem consi i tu tutum anicdictum, fièrent 
et dicerentur u«a cum prenominalis teslibus presens fui eaque sic 
fléri et dici, vidi et audivi ; ideo hoc presens publicum iostrumen- 
tum, mea manu propria scriptum, exirnie confeci, et in banc for- 
mai presentem redegi signoque et nomine meis publias, signavi 
in tesliinonium premissorum rogatus et requisitus. 

(Orig. Archives de U Meurlhe. Layette. Fpipal f, 

N* 69.) 

XXXIX. 

18 janvier 1481. 

In nomine Domini, Amen. Noverint universi et singuli, hoc pre- 
sens publicum instrumcntum inspccturi , quod anno ab incartw- 
tione Domini millesimo quadringentesimo quinqungesimo primo, 
indictione quarta décima , die vcro Martis décima octava, mensis 
Januarii , ci rca horam proxime diei ejusdem , pontifient us sanclis- 
simi in Christo patris et Domini Nicolai , divina provideutia pape 
quinli anno quinlo, in mei notarii publici subscripti testiumque 
infrascriptorum , ad bec vocatorum specialiter et rogalo'um pré- 
senta , personaliter constituto reverendo in Christo , pâtre et Do- 
mino Conrado Dei et apostolicœ sedis gratia, Mctensis episcopo ex 
una et veuerabilibus circumspectis virisdominis Johanne Nicolai de- 
crelorum doctore , decano , Cheroico Brabo, cancellario , Oüellero 
curatore, Stephano Jouvin, scolastico ecclcsiæ suæ Metensis, Pooi- 
sardo de Vico et Johanne Krnesti i psi us ecclcsiæ canonicis preben- 
datis et ibidem ad mandatum dicti reverendi patris Domini epis- 
copi comparentibus et vocatis partibus, ex altéra. Dictus reverendos 
pater eisdem dominis , decano et canonicis, verba sua dirigeodo, 
dixit et exposuit quod cum, de anno presenti et die, prima mensis 
septembris , proxime prelerita , Christianissimus Demi nus Karolos, 
Francoruui rex, prétendons jusseu dominium habere in villa, banne 
et dominio de Spinallo, Tullensis dioccsis, occasiooe cujusdam pre^ 
tensæ donationis per habitatores et incolas ejusdem loci sibi facta 


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— 363 — 


et ipse reverendus patei\ dominus episcopus Metensis, asserens ex 
omni antiquitale dictas villam, bannurn , et dominium de Spinallo 
adcpiscopos Metenses ejus predecessones qui, pro tempore fuerinl , 
ac ad ipsum, ratione dicli episcopatus, spectare et pertinere super 
jure et conlroversiis , questionibus et querelis hujusmodi incertas, 
sanctæ Romanœ ecclesiæ dominos cardinales certis modis et formis 
compromiserunt et compromissum inter se firmaverunt , prout et 
quemadmodutn in diclo compromisso manu certorum apostolico- 
rum notariorum super hoc confecto et signato, subdato in Castro 
Tailliburgi, anno et die predictis, ibidem per eumdem reveiendum 
patrem exhibito et ostenso plenius contineri videbatur. tël quia in 
eodem compromisso , contineri videtur et cavetur, inter nlia, quod 
partes predictæ prima die Marlii proxime futuri , coram dictis do- 
minis cardinalihus, arbitris , arbitratorijms et amvcalibus composi- 
tQribus in diclo compromisso descriptis aut eorum vel altcrius eo^ 
rumdem substitut is seu deputatis ad hanc causani persequendam , 
comparere debent et tenenlur, quorumque etiam idem reverendus 
pater dominüs Metensis episcopus propondit se operam daturum , 
ut predicla in eodem compromisso contenta, per capitulum Metense 
approbenlur et ralificentur et eo casu de hoc iitteras validas ad dicta 
prima die Marlii, qua in causa hujusmodi coram ipsis arbitris pro- 
cedi incipiet exhibera, et in manibus dictorum arbilrorum ad vali- 
dationfcm ejusdem actus, tradere. Idcircô, idem reverendus pater do- 
minus Metensis episcopus debitumsuum in et circa omnia et singula 
premissa facere volens et cupiehs. et eadem adimplere juxta posse, 
ut dicebat, prefatis dorninis decauo et canonicis ecclesiæ suæ Me- 
tensis in ejus presentia, ut prcmitlitur, presentibus et constituas, die- 
tum compromissum ad omnia et singula in eodem contenta inti- 
mavit, publicavit, insinuavit, ostendit et ad ipsorum et cujuslibet 
eorumdem noticiam, meliori modo quo potuit, deduxit instanterque 
et instantissime ipsos requisivit et rogavit quatenus hujusmodi com- 
promissum et in eo contenta prout et quemadmodum ipse reve- 
rendus pater spoponderat et promissent se operam ad hoc daturum 
approbare et ralificare , vellent , et super hoc Iitteras validas sibi 
tradere atque dare, et suos contraires et concanonicos capituli Me- 
tensis ad hoc inducere et premissa, approbation em et i'atificâtionem 
per eos fier, procurare. Quidquid dominus decanus et canonici pre- 
fati h iis audilis responderunt et dixerunt se velle super hoc cum 
fil iis suis confralibus et canonicis in capituio eorum deliberare et 


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— 364 — 


compromissum prefalum cis presonlari et cwlenderi ac, consi lio ca- 
piluH super hoc habito , responsuni suum brcvijs quod fieri posset 
dicto reverendo patri dari. hi sic ab cjus presencia dicli Domini 
decani et canonici recesserunt. Super quibus , idem revereodus 
pater dominus episcopus Metensis petiit et requisivit sibi per me 
ootarium publicum subscriptum fieri atque tradi publicum instru- 
mentum unum et plura. Acta fuerunt bæc in domo episcopali Me- 
tensi in parva caméra seu stufa superiori ipsius reverendi patris, pie 
sentibus ibidem, honorabilibus viris domino Henrico Fricbemain de 
Yizilisia, Tullensis dioessis, presbitero, et Jobanne Johann i$ Guil- 
lelmi de Vico, Metensis diocesis clerico, testibns ad hcc vocatis spe- 
cialiter et rogatis. 

Quibus quideni preniissis talitcr factis et dictis , dictus reve- 
reudus pater dominus Gonradus episcopus Metensis, premissa 
per eu m dicta et parlicuiariter , ut superius, prefatis decano et 
canonicis ecclcsiæ Mdensi* requisita capitulo ipsius ecclesiæ ac ca- 
non icis et personis ejusdem generaliter insinuare , publicare , et 
pro ralificatione et apprebatione rpsius compromis»! ipsos omnes et 
singulas requirere et inducere, cupiens atque volens melionbns 
modo via, jure, et forma quibus potuit et debuit fecit , consti- 
tué, creavil et ordinavit lenoreque présent is pu blici instrument 
facit, créât, constiluit et ordinat honorabiles et discrctos viros Domi- 
numNicolaum Jobannem, de Novocastro, Tullensis diocesis, decanom 
ecclesiæ collegiatæ Sancti Theobaldi olim extra muros Métis, et ma- 
gistrum Petrum Franciscum, jure perilum, in erria episcopali Met ensi 
advocaium, ibidem présentes, et omnes subsciiptos in se spontesus- 
cipientes sucs, veros , certes, legitiraos et indubitatosprocuratores, 
adores, factores, et suorum subscriptorum negociorum gestoreset 
nuncios spéciales et generales et eorum quemlibet tam generafim 
quam divisim, videücet specialiter et expresse ad con:parendnm et 
iu nomine ipsius reverendi patris et pro eo reputandum et compa- 
rendum in capitulo prefatæ ecclesiæ suæ Metensis, coram prefatis 
venerabilibus, circumspectis vins dominis, decano, capitulo et cano- 
nicis ejusdem ecclesiæ suæ, ipsiusqne et eorum singulis prefatum 
compromissum ac omnia et singula in eo contenta exponendum , 
ostendendum, pnblicandnm et insinuandum , et pro ratificaüone et 
approbatione ipsius, ut superius dedudum est, ipsos omnes et sin- 
gulos requirendum instanter et rogandum litterasque eorum et dicli 
capituli validas super hujusmodi ratificatione requirendum , peten- 


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— 365 - 


dum fieriquc el cxpediri faciendum juxta et secundum ipsius com- 
promise formam et tenorem. Et gcneraliter ad omnia alia et singula 
faciendum, dicendum et exercendum, quœ io premissis et circa ea 
necessaria fuerint, seu etiam opportune et queipse rcverendus pater 
dominos constituons facta et faccre posset si eisdem premissis pre- 
sens et personaliter intéressé!, etiam si talia essent quod mandatum 
exigèrent spéciale. Promittens idem reverendus pater dominus con- 
stituer in verbo episcopi ac more prelati se ratum , gratum atque 
firmum perpetuo habiturum omne id et quidquid per dictos suos 
procuratores constituas eleorum quauilibet insolido dictum, factum 
gestumve fuerit in primissis aliis quolibet procuratorum ipsosque 
suos procuratores et eorum quemlihet ab omnis satisfaction is onere 
relevarc et relevât de præsenli. De et super quibus omnibus et sin- 
gulis premissis dictus reverendus pater dominus constituas, peliit 
et requisivil sibi per me notarium publicum subscriptum fieri unum 
vel plura publicum seu publica instrumenta. Acta fuerunthæc, anno 
indictione, mense, die, hora, loco et pontificat u predictis, pre- 
senlibus tesdibus prenominalis juxta seriern premissorum ad ea vo- 
catis specialiter et rogatis. 

El ego Henricus Gerardi de Cornaio, Trevarensis diocesis, clericus, 
publicus imperiali auctoriiate notarius curiarumque Treverensium 
el Metensium juratus, premissis omnibus et singulis, dum sicutpre- 
mittitur, successive dicerentur, fièrent et agerentur una cum preno* 
minatis testibus presens interfui et ea sic fieri vidi et audivi ac in 
notarn suinpsi; ex quo hoc piesens publicum instrumentum, manu 
alterius me aliis prepedito negociis fideliter sumptum, confeci et in 
hanc publicam formam redegi signoque et subscriptione meis solitis 
signavi in testimonium veritatis premissorum per dictum référen- 
dum patrem dominum episeopnm Metensem, ut premittitur, re- 
qüisilus. 

(Orig. Arckfv. de !t Meurthe. Layette. Spinal. 1. 

H* 70.) 

XL. 

De par le Roy, 

Chiens et bien âmes, l’evesque de Metz est, puis naguères, 
venus devers nous pour les différences d’entre nous et lui meues 


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— 366 — 

à causa de noslre seigneurie et ban d’I.'spinal, et, après que 
les matières ont esté desbat ues d’une part et d’autre, Nous, pour 
obvier à toutes voyes de fait et afin que la vérité des dictes 
matières soit sceue et averée , avons esté contcns de remectrc 
la chose A l’arbitraige de quatre cardinaulx pour en congnoistre 
et appoi ne ter comme arbitres, arbilraiteurs et amiables compositeurs. 
Et ont esté csleuz de nostre part les cardinaulx d’Avignon et 
d’Estouteville et les cardinaulx de Saint-Ange et Sancti-Petri ad 
Vincula, de la part dudict evesque. Et pour ce que nous avons 
ceste chose bien a cuer et voulons que noz droiz y soient bien 
et soigneusement gardez , ainsy que vous savez mieulz queli 
droiz nous avons en la dite seigneurie et quelz vous y aviez au 
temps que nous en faictes don et transport, nous vous mandons 
et commandons que, en toute diligence possible, vous queret 
et faictes quérir tous les tiltres et autres raonumens et rensei- 
gnements qui se pourront trouver pour monstrer et enseigner de 
noz droitz que nous avons en la dicte seigneurie d’Espinai , et 
les envoyez devers nostre procureur à Paris en si bonne diligence 
qu’il les puisse avoir veuez et fait les mémoires pour ce né- 
cessaires dedens le prèmier jour de janvier prouebain venant , 
afin que ceulx d’entre vous qui seront ordonnez pour aler à 
Honune les puissent porter de si bonne heure qu’ilz soient audit 
lieu, à la journée qui est imprimée devant les diz cardinaulx 
ou premier jour de mars prouchaiu venant ; et convient qu’ili 
soit gardez , qu’il n'y ait faulte. 

Signé : Charles. 

A nos chiers et bien amez les bourgeois , maoans et habitans 
de nostre ville d’Espinal. 

De Coifify. 

Orig. Arcbiv. de la Meurtbe* Lay. Epinal 1 Coté B B. 

(Communiqué par M. Lepage*} 

XLI. 

14 Mai 1451. 

A lous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront , Jehan 
de Coiffy , garde des sceaux royaulx de la ville et prévosté 


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— 367 — 


d’Espinal, à ce faire ordonué et estably de par le Roy noslre 
sire, salut. Scavoir faisons que nous et Jehan Gérait de Perigueulx, 
clerc, tabellion, commis juré et estably en la dite prévosté , 
avons aujourd’hui veu , leu, tenu et diligemment regardé de mot 
à mot des lettres royaulx escriples en parchemin scellées du 
scel du Roy, nostre sire, en cire jaulne et en double queue 
pendant, saines et entières en scel et en escripturcs, si comme 
par rinspection d’icelles apparoit, desquelles la teneur s’ensuit : 
Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, à tous cculx 
qui ces présentes verront, salut. Comme, pour occasion de certains 
grands excez qui a voient esté faicts et commis par plusieurs 
des marches d’Allemagne a l’encontre de nos hommes et subjects 
de nos ville et ban d’Espinal, cl de ce que les dessus dicts ou 
aucuns d’eulx avaient esté recueillis, receptez, favorisés par nos 
eunemis en leur villes et places en allant et venant courir sur 
nos dicts hommes et subjects, nous eussions puis naguères envoyé 
ès dictes marches nostre. amé et féal conseiller et chambellan , 
Jehan d’Estouteville, sire de Torcy et maistre des arbalestriers de 
France , accompagné de certain nombre de gens de guerre avec 
tout pouvoir suffisant de nous pour résister aux dictes entieprises, 
icelles faire réparer par voyes de faict ou amiable ainsi qu’il 
verroit mieux estre à faire; pour l’exécution desquelles choses 
iceluy nostre conseiller se soit transporté au dict lieu d’Espinal 
et, après ce qu’il lui est deument apparu, les gens, officiers et 
serviteurs de nostre chier et amé cousin , le marquis de Baulde , 
estre chargiez et coulpables des réceptions, excès et autres délits 
dessus dicts. Par quoy ait nostre dict conseiller et chambellan 
faict sommer et requérir de par nous Je dict marquis tendant 
à fin de réparation, et finalement pour tousjours nourrir paix et 
amour entre nous et lui, Obvier à toutes voyes de faict et afin 
que nos dicts subjects et les siens puissent mieux vivre en paix 
et tranquillité, a esté faict et passé entre nostre dict conseiller 
et les gens et officiers du dict marquis certain traicté et ap- 
poinctement dont la teneur s’ensuit : 

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, Jehan d’Estouteville, 
seigneur de Torcy et de Bleurville, conseiller et chambellan du Roy 
noslre sire, et maistre des arbalestriers de France, commissaire du 
Roy , nostre seigneur en ceste partye et Warresich de Stanofem- 
berg, escuyer, bailly de Vosge, pour Hault et Puissant Prince, M. le 


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— 368 — 




marquis «Je Raulde et comte de Spoomehem , salut. Scavoir fanons 
que comme discors et desbas fust meu et espéré a mouvoir d'entre 
les gouverneurs et aultres gens et officiers du Roy , nostre dict 
seigneur , estant en sa ville d’Espinal d’une part, et mon dit 
seigneur le marquis de Baulde, et je bailly et aultres ses gens, 
officiers de ses terres et seigneuries de Vosges d'au lire part , pour 
raison de ce que on disoit avoir esté aucuns des ennemis du 
Roy receptez et favorisez ès places, villes, terres et seigneuries de 
mon dit seigneur le marquis à leur retour qu'ils faisoient de courir 
le ban d'Espinal, que naguères ont couru par plusieurs et diverses 
fois, et d’aultres dommages , ezcez et delicts commis et perpétrez 
sur et a lencontre des hommes et subjects du Roy, nostre dkt 
seigneur, demourant en iceluy ban, par les hommes et subjects 
de mon dict seigneur le marquis, et aussi pour plusieurs dom- 
mages, excèz et entreprises que mon dict seigneur le marquis 
disoit et maintenoit avoir esté faictes induement par le dict 
gouverneur d’Espinal et aultres hommes et subjects du Roy, 
nostre dit seigneur, sur et à l'encontre de ses hommes et subjects 
et il soit ainsi que pour ces causes et aultres le Roy , nostre dict 
seigneur, ait naguères envoyé nous, seigneur de Torcy, èz marches 
de par deçà et nous y estant, après ce que par information noos 
a paru aucunement des dicts receps, fureurs, entrefaictes et delicts, 
eussions, par nos lettres scellées de nœtre scel, sommé et requis 
de par le Roy, nostre dict seigneur, à mondict sieur le marquis 
qu'il voulsist faire réparer et restablir les dommages et codrses 
faictes au dict ban et que ses hommes et subjects qui avoieut 
esté aydans et consentons de faire icelles courses et dommages, 
recepté et favorisé les dicts ennemis du Roy, mist en nos mains 
et puissance pour leur faire recevoir punition selon l'eiigeoce 
des cas et payer amende condigne. Lequel monseigneur le 
marquis nous eust par ses lettres escript et rcsponda que se ses 
dicts hommes et subjects avoient recepté ou favorisé les dicts 
ennemis du Roy, faict ou porté dommage à ses dits hommes et 
subjects du dit ban auroit esté et serait & sa très grande des- 
plaisance, et que luy et ses prédécesseurs avoient toosjoun ça 
en arrières esté bienveullans et de leur povoir aydans et favorisai» 
du Roy, nostre dict seigneur, et de la couronne de France, 
et qne , après l'Empereur, n’avoit au monde prince ne seigneur 
qu'ils voulsist plus complaire ne servir que luy. Et outre que, sur 


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les dicts recèpls , fureurs et entreprises feroit faire information et 
que se , aucuns de ses dicts hommes et subjects il en trou voit 
chargea ou coulpables, en feroit faire telle punition et justice que 
raison vouloir Et depuis, par le moyen de plusieurs seigneurs 
et bienveuillans du Roy, nostre dict seigneur, et de mon dict 
seigneur, le marquis plusieurs journées se soient mises sus et 
tenues, auxquelles tant de h part du Roy, nostre dict seigneur, 
comme de la part de mon dit seigneur le marquis ayent esté 
baillées par escript, c’est assavoir aux gens et officiers de mon dict 
seigneur le marquis les demandes que on lui faisoit, auxquelles il 
a respondu et avec ce baillé lettres de ce qu’il faisoit a l’encontre 
du dict gouverneur et aultres du dit Espin&l. Et encores présente- 
ment par le moyen de bault, puissant et excellent prince et 
nostre très redoublé seigneur, monseigneur le duc de Calabre , ait 
esté prise et acceptée journée en ceste ville de Charmes à laquelle 
mon dict seigneur de Calabre et aussi nous, seigneur de Torcy 
et plusieurs aultres ayons esté pour la part du Roy, nostre dict 
seigneur, et pour la part de mon dict seigneur le marquis y ayent 
e9té vénérables et discrètes personnes messire Jacques Vuesse, 
doyen de Saint-Diey, et je Warresich, bailly de Vosges dessus 
nommé , maistre Thierry de Rozières, docteur en décret, chanoine 
du dict Saint-Diey et Jean Deunau, avec plusieurs autres. Et à 
icelle journée tant par nous, sire de Torcy, pour la part du Roy, 
nostre dict seigneur, comme par moy, bailly de Vosgc, pour la 
part de mon dict seigàeur le marquis, ayeut, en la présence de 
mon dict seigneur de Calalabre de l’une partie à l’aultre sur les 
dicts recepts , fureurs , entrefaictes et excès , faictes , proposées et 
alléguées plusieurs demandes, deffenses et replicques et flnable- 
raent ayons esté en avanlure de entrer et demourer en guerre et 
discord. A scavoir que pour icelle* guerre éviter et afin que les 
subjects du Roy , nostre dict seigneur, et ceux de mon dit sei- 
gneur le marquis puissions demeurer en paix, concorde et amour 
et communiquer et fréquenter les uns avec les aultres, et pour 
eschever toutes voyes, œuvres de fàict et injures qu’à l’occasion 
des choses dessus dictes pourraient advenir et ensuir entre les 
dictes parlyes , par le moyen de mon dit seigneur de Calabre et 
tout soubs le bon plaisir du Roy, nostre dict seigneur, Nous, 
seigneur de Torcy et bailly de Vosge, es dicts noms, avons 

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— 370 — 


appoinctié , traictié et accordé en la manière qui s'ensuit : c'est 
assavoir que desus les reccpts et dommages faicts ou dict ban 
d'Espinal comme sur mon dit seigneur le marquis, la vérité sera 
sceue et acquise par noble seigneur messire Robert de Beaodri- 
court, bailly de Chaumont, Bernard Trumeau , esleu de Langres, 
et Pierre de Daillaneourt , procureur du Roy , nostre seigneur, an 
bailliage de Chaumont, prins et esleus pour la part du dict 
seigneur ou par les deux ou un des trois, avec noble seigneur 
messire Warry de Fleville, bailly de Lorraine, ou Alemagne, 
messire Jean Maculi, prebstre, maistre de l’hôpital de Remiremoot, 
et Nicolàs Donne, deumeurant au dict lieu pris et esleus pour la 
part de mon dict seigneur le marquis , ou pour les deux ou uo des 
trois, dedans le jour de l'Assomption Nostre-Dame prochainement 
venant. Et ce que faict, sceu et enquis en auront , apporteront ou 
envoyeronl dedans le dit jour. C'est assavoir touchant les dits 
recepts, fureurs et dommages faicts et portes au dict ban parles 
subjects de mon dict seigneur le marquis par devers iceluy mon- 
seigneur le marquis ou ses gens et officiers qui icelles enquestes 
veues en fera ou feront faire aux dicts subjects telle réparation , 
amende et restitution que raison doura. Et touchant les dicts dom- 
maiges faicts par les dicts gouverneurs et subjects d'Espinal par devers 
nous, sieur de Torcy, qui pareillement en feront faire telle répa- 
ration et amende que raison doura. Et moyennant ce, toutes voyes 
et œuvres de faict cesseront d'un cousté et d'aultre et demoure- 
ront dorénavant en paix et concorde, les hommes et subjects des 
dits seigneurs les uns envers les aultres. Et si ne sera doresnavant 
par les baillis, officiers, hommes et subjects de mon dict seigneur 
le marquis, de ses dicts pays de Vosge fait ou parfaict aucun dom- 
maige, destourbier ou empeschemeut à l’encontre du Roy , nostre 
dict seigueur, ses dictes ville* et ban et seigneurie d'Espinal ne 
aultres ses pays, terres et seigneuries, hommes et subjects, et avec 
ce, ne donerout ou souffriront donner conseil, confort ne aydes à 
aultres qui le voudroient faire, sans le deuement faire scavoir au 
Roy, nostre dict seigneur; des dictes villes et baa d’Espinal ne 
sera aussi doresnavant faict ou porté dommaige ou guerre à l'en- 
contre de mon dict seigneur le marquis, ses gens et officiers de sou 
dict pays de Vosge. Et se davanture par les hommes et subjects des 
dicts pays de Vosge ou des villes et ban d'Espinal, aucune chose 




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estoit faicte, innovée on entreprise les uns contre les aultres, lesi 
dits seigneurs ou leurs dicts gens et officiers en tant que & chacun 
touchera après ce qu’ils en seront requis, en seront tenus faire 
réparation ainsi qu’il appartindra. Et s’aucunes questions, desbats 
ou différences se mou voient doresnavant entre les seigneurs, les 
hommes et les subjects du dict pays de Vosge et aussi de la dicté 
ville et ban d’Espinal , ils se devront déduire et terminer ainsi 
qu’il a esté accoustumé d’ancienneté tant en la dicte ville et baü 
d’Espinal que aus dicts pays de Vosges par les gens et officiers des 
dicts seigneurs, tout sans fraude, barrat ou malengin quelconque; 
En tesmoing de ce, nous avons scellé ces présentes de nos sceaux et 
signées de nos seings manuels qui furent faicteà et dônnées au 
dit lieu de Charmes le dernier jour d’avril l’an mil quatre éeôtsf 
cinquante un. 

Et pour ce ayons esté requis que pour plus grande seureté de la 
besoigne, nous pleust le dict appoinctement et traicté avoir agréable 
et icelluy ratifier et conformer, nous, ces choses considérées, 
désirans que nos dicts subjects puissent vivre en paix et tran- 
quillité soubs nous, et obvier à ce qu’ils ne soient doresnavant 
travaillez et molestez comme ils ont esté et aussi obvier à l’effusion 
du sang humain que à l’occasion de la guerre se pourrait ensuir, 
le dict traicté et appoinctement dessus escript, avons eu et avons 
agréable et icelluy approuvé, ratifflé et confermé, approuvons, 
ratifiions et confermons par ces présentes par lesquelles nous 
mandons à tous nos justiciers, officiers et subjects et à chacun 
d’eulx, si comme à lu y appartiendra, que iceluy entretiengnent 
et gardent , ïaeent garder et entretenir de poinct en poinct sans 
enfreindre, et s’aucune chose avoit ou esloit faicte à l’encôntre, si 
la reparent ou facent reparer chacun endroit soy el mettre au 
premier et deu , car ainsi nous plaist-il estre faict. En tesmoing dé 
ce, nous avons faict mettre nostre scel à ces présentes. Donné 
à La Guierche en Touraine, le quatorziesme jour de may l'an de 
grâce mil quatre cents cinquante un et de nostre règne le vingt 
neuviesme. 

En tesmoing de ce, nous garde sceaux dessusnommé avons signé 
ces présentes lettres de vidimus et transcript de nostre seing 
manuel avec le seing manuel du dit juré scellées du scel et 
contrescel de la dicle prévosté. Donné à Espinal, le second jour du 
mois de juin l’an mil quatre cents cinquante ung. 


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— 372 — 


Scellé sur double queue de parchemin du sceau de la dicte pre- 
vosté d’Espinal en cire verte. 

(Orig. Arebif. de U Mearthe. Trésor de Lorraine. Lsy. 
Bpinsl I. N» 66. - Bibl. Imp. Fonda F. S 1 — Germain 
Ho 1099 anc. — Archives de la ville AAI, page 2! 7 ) 


XLII. 

9 Septembre 145t. 

Commission de Charles VII au bailli de Chaumont on à son lieute- 
nant pour apaiser certains différens entre lui et Teveque de Mets 

(Celle pièce se trouve : Bib. lmp Fonds F. F. Si-Germain , 
Âne. 1099. — Archives de Is Heorlhe, Trésor de Lor- 
raine. Layette Bpinal. 67.) 


XLH1. 

10 Mars 1433. 


Conradus , Dei et sanctœ sedis apostolicæ gratta, episcopus 
Melensis, uuiversis et singulis præsentes litteraa inspectons, 
salutem. Noveritis quod, cum nos nuper, pro recuperaüone vills et 
banni de Spinallo una cum suis juribus, junsdictionibus , dominiis 
et pertinentes uuiversis, Tnllensis diocesis , ad mensam nostram 
episcopalem Metensem a tanto tempore et per tantum tempos, 
cujus initii seu contrarii hominum memoria non existit, jure 
dominii et proprietatis vel quavis alia ratione eliam et ad canstm 
uoslræ Melensis ecclesiæ légitimé spectautibus et pertinentibus, 
a nostra et dictœ ecclesiæ obedientia et subjectione, ab octo aouis 
ci rca subslraclis, et a Christianissimo Francorum rege detentis, 
ueenon pro illorum ad jus et proprietatem diclæ Dostræ ecclesùe, 
me (liante Dei auxilio , reductione et repositione , dilectos nostros 
ae potes iohanneni Bayer, Treverensis et Metensis ecclesianim 
archidiaconum, et Henricum Bayer militem, procura tores no&tros 


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— 373 — 


legitimos ad, pro nobis et nomine nostro, de et super querela et 
controversia quæ inter præfatum Cbristianissimum regem ex una 
et nos, de et super villa et ban no, jurtbusque, juridictionibus, 
dominiis et pertinentiis prœdictis ipsôrumque recuperatione ac 
eorum occasione , ex altero partibus , moveri speratur una cum suis 
incidentibus, emergentibus, dependentibus et connexis, in nonoullos 
reverendissimos in Christo patres et dominos sanctæ ecclesiœ 
cardinales, tanquam arbitros, arbitraires et amicabilescomposilores, 
condescendum et compromittendum modo et forma in nostris 
desuper confectis procuratorii mandati , litteris contentis et decla- 
ratis, fecerimus, constituerimus , et ordinaverimus venerabiles et 
dilecti fratres nostri, decanum et capitulum prœdictæ ecclesiæ 
nostræ quam plurimum affectantes hujusmodi recuperationem ad 
effectuai debitum pervenire ; ad nostram instantfiam, et petitionem 
eis desuper factam , prœfatos nepotes uostros etiam in suas légitimas 
procurationes ad pro eis et eorum nomïnibus bujusmodi compro- 
misse et arbitramento juxta et secundum formam procuratorii 
nostri mandati iniendum et fiendum , consentiendum et consensum 
suum pariter et assensum, in quantum eos tangit et concernit 
præstandum, etiam modo et forma in suis litteris desuper confectis 
fecerint, conslituerint et ordinaverinl. Huic si quidem fuit et est 
quod nos, considérantes dubios judiciorum eventus, confidentes 
tamen in Domino et bono jure nostri et dictœ ecclesiœ nostræ, 
volentesque nihilominus decanum et capitulum propter hoc indemnes 
reddere, relevare etconservare, si contingeret, quod absit, ali quam 
sententiam vel condemnationem ferri aut in aliquibus expensis, 
pœnis interesse, damnis aut aliis pecuniarum summis, nos et eos 
conjunctim vel divisim prœmissorum occasione condemnari vel eos 
in aliquo qualitercumque vexari, perturbari et damnificari, vel 
molestari : ex nunc pro ut ex tune et ex tune pro ut ex nunc, 
sicut tenemur et efficaciter obligamur, proinittimus présentes, 
in verbo prœlati, pro nobis et successoribus nostris Metensibus 
episcopis, decanum et capitulum supradictos ac eorum quem- 
libet indemnes et immunes conservare, ac eos relevare ab omni 
expensarum onere, aliisque damnis, pecuniarum summis, 
vexalionibus, perturbationibus et molestationibus. In quorum 
omnium fldem et testimonium præsentes litteras inde fleri 
sigillique nostri una cum signeto manuali secretarii nostri subscripti 
fecimus appensione communiri. Datum in domo nostra episcopali , 


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— 374 — 


Metensi, anno &b Incarnations Doraini millésime quadringenlesirae 
quintjuagesimo tertio, die subbati, décima mensis Marti i. 

(Orig. Gallia Christ. Tome XIII col. 414. Ins tram. Eccles. 
Metens. — tfeoriisc. Histoire des Eréqnes de Metz , 
psg. et seq.) 

xmv. 

Hors 1455. 

Nicolaus episcopus , servus servorum Dei, ad futuram rei mémo- 
fiam. Hœc est cordis aj ostolici requies, hoc refrigerium et h©c 
desideriorum npslforum g rata refcctio, ut ubique fidelibus singulis 
plenitudo quietis arrideat et tranquillitatis grala serenitas illucescal, 
odiorura formitibus extirpatis. Nupcr, fide digoorum relatione, 
percepimus quod dudum, postquam exorta inter venerabilecn 
fratrem nostrum Conrad uni opiscopum Melenscm ex uno et dilectos 
filios, oppidanos, jncolas, et habitatores opidi de Spinalo,Tullcnsis 
diocesis, et eliam super superiotate ac doiuinio dicti opidi cum 
vi|lagiis et terris ad illud pertiqenlibus , exaltera, maleria ques- 
tionis, bqjusque causa, certo palatii noslri causarum audit on 
commissa fuerat, in qua ad nonnullos actus quos hic b.iberi volu- 
mus prosufficienter expresses, ci Ira tamen conclusionem, processuai 
extitit ipse partem buic indè debito juris ordine prætermisse , ad 
viam facti, ut accepimus, manuque annexa processerunt, unde 
homicidia, incendia, rapina, furta, graviaque damna in omnipo- 
tentis Dci nianifeslam offensam , sedis apostolicæcnormcm lesionem, 
ot nostii displicentiam non modicam, ausu sacrilego commissa et 
patrata fucre, quod prælato nostrum inde amaricavit amorurn. Nos 
igitur , juxta pastoralis offlcii debituni non valenles absque gravi 
offensa Christ i, hapc tolsrare sed uniquique, concedente Domino, 

juslitiam minislrare cupientes et scandala graviora 

producat et ampüora pei'sonarum et rorum dispendia pertineat, 
parlibus supradictis et cuilibet ccrum , sub anathemaiis et tnaledic- 
lionis pæna, vobis piæcipimus et mandamus ne altéra pariium per 
sc vcl ûlium seu alios pu blice vel occulté, directe vel indirecte, 
quovis quæsito colore vcl ingeuio, via facli procédât, seu illaoi 
id versas ilium, seu vassales m irruptioncm dominicum, terras, loça 


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— 375 — 

seu subditos offendat , seu offendi faciat, oec non excommunication» 
in singulares personas quas contrà facientes ipso facta ac suspension», 
a divinis quo ad monasterium ibidem et interdicti , quo ad ecclesias 
et capellas aliaque loca et oppida in quibus contraventum fuerit , 
quas etiam ipso facto incurrere volumus , districte inlerdicimus et 
etiam inhibent us a quibus ab alio quam a Bomano pontifice absolvi 
non possent, prælerquara in mortis articulo constituti. Nulii ergo 
hominum liceat banc paginam nostræ voluntatis, mand&ti, inter- 
dictionis et iahibitionis intringere vel ei ausu temerario contraire. 
Si quis autem hoc attemptare præsumpserit, indignationein omnipo- 
tentis Dei et Beatorum Pétri et Pauli apostolorum ejus se noverit 
incursurutn. 

Datum Hornæ, apud Sanctum Pet ru tu, anno incarnation» domini- 
cæ millcsimo quadringentesimo quinquagesimo tertio, Kalendas 
Martii ,pontificalus noslri anno quarto. 

(Orig. Bibl. lmp. Fonds P. S*~Germ*m anc. N» 4099. 
Archives de la ville AA I, pag. 978.) 

XLV. 

% 

6 Avril 1433. 

Ratification par Conrad , évêque de Metz, du compromis passé par 
ses procureurs touchant l’affaire d’Epinal avec le Roi. 

(Cette pièce se trouve : ‘ rchiv. de la Meurtlic. Trésor 
de Lorraine. Laj. Epinal I, N* 75.) 

XL VI. 

«7 Août 1453. 

In nomine Domini, Amen. Tenore presentis publici instrumenti 
cunclis pateat evidenter et sit notum, quod, anno a Nativitatc 
Domini millesimo quadringentesimo quinquagesimo tercio, indic- 
tione prima, vicesima septima die mensis Augusti , hora dictæ diei 
decinna de mane vel circa, ante portam primam de Spinallo, portam 
Fontis appellalam , Tullensis diocesis, pontificatus sanctissimi in 
Christo patris et Domini , Domini Nico(ai , djvina providentia papap 


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— 376 — 


quinti , annoseptimo, in mei notant publici, Lesliumque infrascrip- 
toruuk et ad hec vocal o mm spedaliler et rogatorum presentia, 
personnaliter constitutus discrelus vir Petrus Douce! , in oppido de 
Vico, Metensis diocesis, commoraus, curiæ Metensis nolarius, 
procurator, sindicus, yconoinus ac procurator, Domine revereadi 
in Ghristo patris et domini , domini Conradi , Dei et aposlolics sedis 
gratia, episcopi Metensis, ad infrascripta peragenda speeialiter et 
légitimé ab eodem reverendo pâtre deputatus, et constitutus prout 
in suo procurations mandate , quod manu tenebat , lectione michi 
constiut , cujus ténor sequitur et est taiis : 

Conradus, Dei et apostolicæ sedis gratia, episeopus Metensis, 
universis et singuiis has nostras litteras inspecturis solntem in 
Domino. Notum facimus quod nuper , videlicet de anno Domini 
miliesimo quaàringentesimo qui nquagesimo tertio, die vero sexto 
mensis aprilis, Cbristianissimus Dominus Karolus, Prancoram rex, 
et nos de et super omnibus et singuiis qqerelis , controversiis, et 
debatis, dominium et superioritatem villæ et banni de Spinallo, Tul- 
lensis diocesis, quolibet concerueutes, cum omnibus suis et singuiis 
incidenlibus, emergentibus , dependentibus et couuexis, in quatuor 
sanctæ Romanæ ecclesiæ reverendissimos patres domioos cardinales 
et in communi casu quo dicli quatuor in unam seotentiam concor- 
da re non possent, tanquam in arbitras, arbitratores et arnica- 
biles compositores compromissimus, prout in ipso compromissi 
instrumenlo , subdalo Turonis, anno Domini miliesimo quadringen^ 
tesimo quinquagesimo tercio , die vero sexta mensis aprilis, de su per 
conlecto plenius continetur; et quia in eodem comprouùsso cavetur 
ut habitatores et incolæ de dicto Spinallo , tempore compromissi 
durante, si pro eorum interesse, coram præfatis reverendissimis 
Dominis cardinalibus, arbitris et arbitratoribus et amicabilibus 
compositoribus, aliquid dicere seu allegare voluerunt in temiioo- 
rum prefixionibus audiri debeant. Idcirco ne ipsi habitatores et in- 
colæ, dicli compromissi ignorancian* allegare possint seu valeant, 
omnibus melioribus , modo, via*, jure, causa et forma, quibus 
melius et efficacius possimus et debemus , facimus, constatuimus 
cl crcavimus et ordiuuvimus noslros procuratores, sipdicos et yco- 
nomos aclorum , factot um et negociatorum nostrorum inftascripto- 
rum, gostores ac nuucios spéciales et generales, ita quod speciliatas 
generalitati non derogel, nec ccontra > videlicet : honora biles viros 
domiQos Johannem Pelrcman, in Kambcrtiviliari , Pcreniuin in 


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— 377 — 


Nomecuria presbyteros, capellanos, et Petruni Doucet , curiæ Mc* 
teasis notarius, in oppido de Yico commorans, absentes tanquam 
présentes et eorum quemlibet in solido ita quod non sit melior 
cooditio priinitus occupantem nec deterior subsequentem, sed quod 
per unum inceptum fuerit , per alium seu alios eorumdem mediari 
valeat et finiri. Scilicet specialiter ad dietum compromissum eisdem 
habitatoribus et incolis, tam connecticn quam divisim, intiman- 
dum, insinuandum et notifieandmn , necnon ejus veram copiam 
collationatam , si necesse fuerit, eis presentandum, dandum et 
tradeodum, alioquin ad afflgendum eamdem in valvis seu portis 
ecclesiæ parrochialis de dicto Spinalio, seu aliis locis circumvicinis, 
et generaliter omnia alia et singula faciendum, gerendum et 
exercendum quæ in premissa intimatione facienda necessaria fue- 
rint seu etiam quolibet opporluna et quæ nos faceremus, si 
présentes et personaliter interessemus , promittentes , bona fide, 
nos gratum, ratura atque firmum habiturum quidquid per dictos 
procuratores nostros actum, dietum, gestumve fuerit in premissis 
seu aliis quolibet procuratum. In quorum omnium fidem et 
testimonium premissorum, présentes litteras fieri fecimus nostri- 
que sigilli, una cum subscriptione notarii publici, jussimus et 
fecimus appensum communiri. Àctum et datum in Castro oppidi 
nostri de Yico, sub anno Domini millesimo quadrigentesimo quin- 
quagesimo tercio, indiclione prima, Pontificatus sanctissimi in 
Christo patris et domini nostri, Domini Nicolaï, divina providentia 
papæquinti, anno sept imo , octava mensis Augusli, presentibus 
Waithero de Humburgo, Johanne Guillelmi et Jacquemino de 
Marsalo, clericis, in Yico residentibus,flestibus ad premissa vocati s 
specialiter et rogatis. 

Et ego Johannes Maroti de Yico, clericus, Metensis diocesis , 
publicus imperiali auctoritate curiarumque Metensis et Tullensis 
notarius juratus, quia diclorutn procuralorum constitntioni , créa- 
tioni et promissioni aliisque præmissis omnibus et siugulis, dum, 
sic ut premittitur, per præfatum dominum Metensem episcopum 
constitutum , dicerentur, fièrent et agerentur, una cum prenomi- 
nalis testibu?, presens interfui, eaque sic fieri vidi et audivi ; id~ 
circo has présentes litteras seu presens publicum instrumentum 
alterius manu, me aliis legitimis prepædito negociis, fldeliter 
scriptum et subscriptum , de ipsius reverendi Domini constituti 
jnatidato et voluntale inde confeci et in hanc publicam formaih 


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— 378 — 


redegi; quas seu quod signo et subscriptiooe nieis publias et 
consuetis , una cura appensioue sigilli prædicti revereod i patrie 
hic me subscribendo signavi in fidem et testimonium veritatis 
premissorura , requisitus. 

Accédons ad prædictam portera oppidi de Spioallo supradiclus 
nuocius, portæ janitor ab eodem procura ton , linde veoiret et quid 
quereret interrogavit ; quiquid procurator , quo supra notuine, 
gratiose respondit dicendo : « Yenio de Vico pro et nomint reverendi 
p patrie Dominé Meteneie » petcndo ac , cura omoi modestia, 
requirendo ut eidera ingressum prædicti oppidi annuere vellet, ad 
finem et effectuai , et intimandum ac insinuandura qurluor guber- 
natoribus ac toii commun itati oppidi præfati, aliisque omnibus et 
singe lis, quorum intererat aut intéresse potuerat, cotupromissuni 
noviter et de anno presenti inter Christianissimum regem Franco* 
rum et dominum Metcnsem, super differentiis dicti oppidi et banni, 
nutum et acceptatum. Qui janitor, his auditis, qu&nlotius ad 
prænorainatos quatuor gubernatores transmisil quæ sic intellexerat 
renunciandum ; et, illico, ad d i et ara portera accesserunt duo ex 
oppidanis ejusdera loci de Spinallo, videlice! Hegnerius Molct et 
Colinus, dictus Ferrum, etiara dicto procuratori quid quereret 
petentes , quibus idem procurator respondit « Ego mm hue nùesue 
)> parte reverendi patrie in Chrieto dominé Conradi Meteneie epie - 
» copi , tanquam ejue procurator ad vobie intimandum , notifican- 
» dum et ineinuandum compromis eum inter Christianissimum 
» Dominum Francorum regem et ipsum reverendum patrem de 
p anno presenti super differentiis hujus oppidi et banni nutum et 
p factum .» — (jui duo, videlicet Regnerius Molet et Colinus 
Ferrum, prædicti, responderunt : « Nos ibimus in oppidum et 
» habebimus concilium cum communiiate et officiarüs oppidi ad 
n sciendum quid super istis voluerint agatur et vobis responsum 
» renunciabimus .» — Post vero aliquid temporis spacium, reversus 
çolus Colinus, dictus Ferrum, ad eam portant sic inquit præiato 
procuratori : « Ego revertor de concüio prœmissorum officiorum et 
» communüatis dicti oppidi . » Videns procurator quod præd ictus 

Colinus ingressum nullum ei dabat « exhibüus ex nume 

» prout ex tune vobis in personam vestram neenon totius commu- 
» nitatis et eorum omnium et singulorum quorum interest oui 
» interesse potest inlimo , nolifieo et insinuo dictum eompromissum 
p prout et quemadmodum in hoc copia autenliqua a veris originali- 


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— 379 — 

» bus extrada et per notarium collata et signala continetur et 
» quam vobis nominibus quibus supra , et in signum testimonii et 
» veritatis eæhibeo ne vos ac tota communitas. ac alii quorum 
» interest aut interesse potest ignoranciam allegare possitis hujus - 
» modi compromissum sic non fuisse et esse , ut prœmittitur, 
» factum.» PqsI quam quidem diclæ copiæ presentationem, præ- 
fatus Colinus dictus Ferrum, respondit : « Ego habeo in mandatum 
» a supradidis officïariis et communitate oppidi quod nullas scrip - 
» turas a vobis recipiam eo quia Domini Regis Franciœ interest . » 
— Super quibus omnibus et singulis h inc inde gestis et dictis, 
idem procurator suo procuralorio nocnine statim et illico petiit a 
me uotario publico infrascripto unum vel plura instrumentum seu 
instrumenta sibi fieri. Deinde vero a prædicta porta dictus procu- 
rator discedens, cum dictum oppidum ingredi non posset ad villam 
propinquioren de Deyvillare vocitatam accessit et ad valvas cccle- 
siæ dictæ villæ dicta m copiant sic collaUm et manu notarii signa- 
tam, prædicto Colino, nomine dicte communitalis et officiarium 
prius presentatam et non receplam affixit. De quiquid affidione 
et omnibus aliis supradiclis, prænominatus procurator et nomine 
suo procuralorio prædicto petiit a me notario publico subscripto 
unum vel plura instrumentum vel instrumenta sibi fieri atque 
tradi. Acta fuerunt hec anno, indictione, pontificatu, mense, die, 
hora et locis supradictis, presentibus discretis viris Thunero de 
ppiscopivilla, curiæTullensis notario, et Petro Famerneles, clerico, 
Atrebatensis diocesis, bacalarii in artibus, commoranti in Ram- 
bertovillari testibus ad præmissa , vocatis pariter et rogatis. 

Et ego Pet rus de Malobodio, commorans in Vico , Metensis 
diocesis, auctoritate imperiali publicus et curiæ Metensis notarius 
juratus, omnibus et singulis supradictis sic ut superius narratur, 
per dictum procuratorem factis, dictis, presentatis, replicatis et 
affixis unacum prénommai is testibus presens interfui, ea sic fieri 
vidi, audivi et intellexi et ipsa in notam recqpi, ex quo hoc presens 
publicurp instrumentum , aliéna manu, me aliis negociis légitimé 
preprædito , fideliter scriptum extraxi et confed ac signo meo in 
talibus usitato et consueto in signum veritatis roboravi requisitus et 
rogatus. 

(Original en parchemin* Archiv. de la llearthe. Ane. 

Invent. Layette. Epinal I, N° 72.) 


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— 380 — 


XL VII. 


17 septembre 1460. 

Très chier, très illustre et très chrestien Boy, mon 1res re- 
doubté seigneur, a vostre Majesté royale humblement [me re- 
commande a laquelle] plaise a savoir que Messire Henry Bayer 

mon bailly et autres vous a leur retour me firent 

relation le premier jour de ce mois de septembre. 

envoieries commissaires au lied d'Éspinal sur la remonstrance 
que mes dits gens vous firent touchant le dit Espiual et le ban 
qui est l'un des principalz membres et ancien héritaige de mon 
eglise. Et pour ce que jusques cy n*ai oys nouvelles d*iceulx 
voz commissaires, recours vers vostre Majesté Royal comme as- 
trains par le serement que j’ay fait a ma dicte eglise, humblement 
suppliant que en faveur de l'Eglise et de justice, vous plaise 
avoir le dit fait pour especialement recommandé et donner pro- 
vision bonne et briefve en la dite matière et je prierai Nostre 
Seigneur que vous done bonc vie et longue prospérité de tous 
vos nobles désirs. 

Escript en mon chastel de Vy le xvn jour de septembre l'an mil 
quatre cent soixante. 

A très illustre prince et très Vostre humble orateur Geoige 

chrestien Roy, mon très re- esleu et confermé de Teglise de 
doubté Seigneur. Metz. 

(Original. Archives de la .Heurt lie. L*ye(te. Epinal, I. 

M* 126, pièce l r# .) 


XL VIII. 


18 octobre 1460. 

Charles par la grâce de Dieu , Roy de France. 

Très chier et amé cousin, nous avons reccu les lettres qae 
esc ri p tes noos avez faisans mencion du droit que prétendez en 
la ville d’Espinal. Et pour ce que la dicte matière requert congnois- 


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— 384 — 


sance de cause et qu’il est besoing d’est re informez de vos droits 
et aussi oyr les raisons que cculx de la dite ville d’Espiual voul- 
dront dire au contraire, Nous avons ordonné envoyer aucuns 
de nos officiers au dit lien d’Espinal pour eulx informer tant 
de voz droits que de ceulx des dits d’Espinal pour le tout nous 
rapporter et y pourveoir et au senrplus ainsi qu’il appartendra. 
Si vous escripvons ces choses afin que vueillez envoyer devers 
nos dits officiers quant ils seront par delà pour les informer 
de tout ce que vouldrez de nostre part et a leur retour envoyer 
aucuns de voz gens de' par deçà, afin que en ceste matière 
soit prinsc conclusion. 

Donné à Bressy, le xvm e jour d’octobre. 

Signé : Chasles. 

De Reilhac. 

(Original. Archives de U Meertlic. Layette. EpinaL f. 

WK> 426, pièce 2.) 

XL IX. 


Décembre 1460. 

Très chier, très illustre et très chrestien Roy, nostre très re- 
doubté seigneur a vostre Majesté Royal humblement [me recom- 
mande. Plaise vous assavoir que Messire Henri Bayer mon bailly] 

envoier aucuns. pour eulx informer de mon 

bon droit et pour ce, très redoublé seigneur, que jusques cy 
n’ai oy nouvelles des dits commissaires, cognissant vos autres grans 
affaires, vous supplie de rechief comme celui a qui la prolon- 
gation de ceste matière tourne à grant préjudice de l’avoir en 
mémoire et envoier les dits commissaires au plus brief que bon- 
nement faire se pourra et je seray tousjours prest faire à de mon 
costé ce que deveray, priant à Nostre Seigneur qui vous done 
prospérité de voz nobles désirs. 

Escript en mon chastel de Vy, le de Décembre l’an mil 

quatre cent soixante. 

A très illustre seigneur et très Vostre humbleorateur Georges 
chrestien Roy mon Uresredoubté esleu et confermé de l’Eglise 
seigneur. de Metz. 

(Original. Archive* de U Menrlhc» Layette. Epinal, 4 . 

N* 426, pièce 5») 


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— 382 — 


L. 


29 j an vie* I4(tl. 

Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France. 

Très chier et amé cousin, nous avons receu les lettres que 
par ce porteur nous avez envoiez, par lesquelles nous escripvez 
que le plus brief que pourront vueillons envoier par delà aucuns 
de nos officiers, pour eulx informer du droit que prétendez 
avoir au lieu d’Espinal, ainsi que le vous avons dernièrement 
escript. Sur quoy vous faisons savoir que ja pieça eussions en- 
voyé par delà de nos dits officiers pour la dicte matière si ne 
feust l’absence de ceux que avons commis pour la dicte cause. 
Mais nous avons présentement ordonné a nos dits commis que 
le plus diligemment qu'ilz pourront, ilz s’en aillent par delà 
pour besoigner en la dite matière, ainsi que autrefois le vous 
avons fait savoir. 

Donné à Bourges, le xxiX® jour de Janvier. 

Charles. 

De Reilhac. 

^Original. Archives de la Meurtbe. Layette. Epinal, I. R» 196* 
pièce 4.) 


LI. 


Juillet ou Août 1401. 

De par le Roy. 

Chiers et bien amez , nous avons receu vos lettres par vos frères 
et combourgeois porteurs de restes contenants creance, et oy tout 
ce qu’ils nous ont dicts de par vous, par lesquelles nous avons 
entendu que, pour aucuns rapports qui vous ont été faicts, vous 
avez eu et avez doubte que vous veullions mettre hors de noçtre 
obéissance pour vous mettre en autres mains. Et aussi avons 
sceu.par euh le grand vouloir et affection que vous avec 
envers nous et de vous entretenir en nostre obéissance, dont 
nous avons esté et sommes très contents et vous en scavons très 


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— 383 — 


bon grc, et par ces présentes vous signiffions que nostre en- 
tention n’est de faire aucune chose en vostre préjudice, ainçois 
avons vouloir et sommes délibérez de vous entretenir en tous 
les poincts et articles contenus en vos chartes et lettres à vous 
octroyées par feu nostre très cher seigneur et père que Dieu 
absoille, et tousjours vous garder vos droits et privilèges comme à 
nos bons et loyaux subjetz, tellement que vous aurez cause d’en 
estre bien contents, comme tout, ce nous avons fait dire et 
renions! rer plus à plein vos dicts frères et que par eulx vous 
pourrez scavoir. Si vous gouvernez tousjours envers nous en ma- 
nière qn'aians cause de nous en contenter et comme de nous avons 
en vous grande confiance. 

Donné à ! 

(Orig. Archiv. de la ville. Mis. — Bibl. Imp. Bondi 
F. S'-Gcrmaio, anc. 1099.) 


LU. 


i' r septembre 146t. 

Loys, par la grAce de Dieu, Boy de France, savoir faisons 
A tous prôsens et advenir, Nous avoir receue l’umble supplication 
de nos bien amez les bourgeois, manans et habitans de nos 
chaslel et ville d’Espinal et Rualmesnil et des faulxbourgs et 
appartenances d’icelle contenant, que feu nostre très cher sei- 
gneur et père, dont Dieu ait 1‘ âme, leur donna et octroya en 
sort vivant plusieurs notables privileiges, franchises et libertéz 
desquels ils ont depuis joy et usé plainement et paisiblement 
jusques à présent sans aucun contredict ou empeschement. En 
nous requérant à uostre joyeux avéuemcnt à la couronne et 
Royaume de France, leur octroyer qu’ils en* puissent désormais 
joir et user tout ainsi qu’ils faisoient du temps et par l'octroy 
de nostre dict feu seigneur et père. Pour ce est-il que nous, 
ayants considération aux choses dessus dictes et à ce que les 
dits supplians qui sont demourans sur les extrémités de nostre 
Royaume se sont toujours biens duement conduits et gouvernez 
en l’obéissance de nostre dict feu seigneur et père, espérant 
que ainsi le fassent soubs nous , à eux supplians, pour ces causes 


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— 384 — 


et par l'avis et délibération des gens de nos conseil, avons oc- 
troyé et octroyons de grâce spécial par ces présentes qu'ils 
puissent jouir et user des dits privileiges, franchises et libertés dont 
ils usoient et jouissoient du temps et vivant de nostre dict feu 
seigneur et père, et par octroy de lu y, comme dict est. Si donnons 
en mandement par ces dictes présentes à nos amez et féaux 
conseillers, les gens de nostre Parlement de noz comptes et tré- 
soriers, au baillv d’Espinal et à tous noz autres justiciers ou à 
leurs lieutenans présens et à venir et à chacun d’eulx comme à luy 
appartiendra, que les dicts supplians de nos présens, grâce et 
octroi fassent, souffrent et laissent jouir et user plainement et 
paisiblement sans rien mettre et donner ou souffrir estre faict 
mis ou donné aucun destourbier ou empeschement au contraire ; 
lequel faict si mis ou donné leur avoit esté ou estoit, si Postent 
et mettent ou facent osier ou mettre tantost et sans delay au 
premier estât, et deu, car ainsi nous plaist-il estre faict Et afin 
que ce soit chose ferme et estable à tousjours nous avons faict 
mettre nostre scel à ces dictes présentes, sauf en autres choses 
nostre droict et l'aultruy en toutes. 

Donné à Paris le premier jour de septembre, l’an de grâce 
mil quatre cent soixante et un et de nostre règne le premier, 
soubs nostre scel ordonné en l'absence du grand. 

Lecta et publicata ac registrata Parisius in Parlamento. 

Cheneteau contentor. 

(Origîa, Arcbiv. de la Meurthe Trésor de Lorraine. Liyellt. 

Epinilÿ i. H* 98 Bibl. lmp. Fonds F S'-Germam, aie. 

1099. — Arcbiv. de h ville AA I , pag. 311.) 

Lille 

15 Septembre 1461. 

très illustre prince et Très Chrestien Roy , mon très redoublé 
seigneur, a Vostre Majesté Royal hnmblement me recommande , 
a laquelle plaise savoir que Messire Henry Bayer et Messire Jehan 
de Toullon, chevaliers, mes bailly et serviteurs, vers vous der- 
nièrement envoyés , m'ont fait rapport comment benignemeot 
sont en vostre court esté traictiez et receu et mesmement, a leur 


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— 365 — 


i 


parlement d'icelle leur a esté par Vostre Majesté Royal dit , en 
effect , que quant je vous feroie savoir le droit que a cause de 
mou esglise prétendez avoir pu fait d’Espiqal, se droit y avoie, en 
dçschergeràez vostre conscience. dont de bon vouloir vous mercie 
le plus humblement que je puis. Et pour vous apparoir et informer 
de mon dit droit , envoyé de rechief vers vous le dit messire 
Jehan de Tou lion, fournis de muminens servant à la dite Espinal , 
vous suppliant que, en continuant iceluy bon vouloir qu’avez 
a ma dicte eglise , vous pleisç le dit messire Jehan de Toullon , 
de vostre grâce, bénignement oyr et laissier & icelle mon eglise 
la jouyssance de la dite Espinal , son apcien heritaige, ensemble 
ses appartenances. A quoi vous ferez euvres à Dieu aggreables 
et seroy tenus a l’aide de mes freres, amis et aliez vous servir 
et obeyr de tout mon pouvoir et prier Dieu pour vous et vostre 
noble lignie. 

Escript en mon chastel de Vy, le xv® jour de septembre l’an mil 
et quatre cent soixante et un. 

Au Roi mon redoubté Vostre humble orateur Georges 

seigneur. esleu et conformé de l'Eglise de 

Metz. 

(Original. Archives de la Meurthe. layette. Epinal , 1. 

R* 136, pièce 5.) 


LIV. 

2 Janvier 1463. 

Dé par le Roy, 

Nos amez et feaplx, nous envoyons à Espinal nostre amé et 
féal conseiller en nostre court 4e Parlement , à Paris, Messire Martin 
de Bellefaye, pour les causes lesquelles luy avions chargié vous 
communiquer, si le veuillez croire de ce <^u’il vous dira de par 
noua. Et avec ce l'accompaignez, le conseillez et aydez en tout 
ce dont il vous requerra, et le gardez de toutes oppressions, 
violences et voies de faict, et luy iaictes comme tairiez à nous 
mesmes et gardez que en ce n’ait faulte , car tel est nostre plaisir. 

Donné à Louviers le second jour de Janvier. 

Signé : Loys. 

25 


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— 386 — 

A nos amez et feaulx conseillers Estienne Baudenot et les quatre 
jurez de la ville d’Espinal. 

(Orig. Archiv. de la Meorihe. Trdaor de f-or raine. Layette. 
Epinal, I. N° 111 — 3ibl* lmp. Fonds F. Saiol-€ennain. 
Ancien, 4099; — Archives de la ville, AA t. page 327-' 


LV. 


9 J envier 1463. 

De par le Roy, 

Chers et bien amez, autres fois vous avons dicl et faict dire que 
nostre plaisir estoit que nostre chier et féal eousin Thiebault , 
seigneur de Neufchastel , d’Espinal et de Chastel -sur -Moselle , 
mareschal de Bourgogne , eust la jouissance plenière de nos 
ville , ban , terre et seigneurie d'Espinal , à qooy vous avez 
plusieurs empeschemenls, au contraire, doubtans que vous mis- 
sions hors de nostre main, ce que n*avons pas faict, car nostre 
intention est que toute la seigneurie directe, ressort et souverai- 
neté des dite ville , chastel , ban , terre et seigneurie d’Espinal , 
nous demoure et n’a nostre dit cousin que la jouissance de la dite 
seigneurie seulement, dont il nous a faict foy et hommage en 
tels cas accoustumé. Et pour ce que nous avons ordonné que 
les dites ville , chastel, ban, terre et seigneurie d’Espinal soient 
mis ez mains de nostre dit cousin nonobstant quelconques em- 
peschementz , oppositions ou appellations , et qu'avons parfaite 
fiance que nostre dict cousin vous gardera loyalement en nostre 
obéissance , nous lu y avons octroyées nos lettres patentes de 
commission adressant à nostre amé et féal conseiller en nostre 
cour de Parlement à Paris , Messire Martin de Bellefave, afin de 
faire jouir nostre dit cousin du dit don que luy avons faict des 
dits ville et ban d'Espinal. Si voulons et vous mandons bien exprès* 
sèment et sur la loyauté que vous debvez que à icelui vostre 
conseil en exécutant nos dites lettres de commission vous obéissez, 
le mettez dedans la dite ville et chastel et faictes obéir en font 
et partout, comme à nous mesmes, et le gardez et deflendez de 
tontes oppressions , forces et voyes de faict , et recevez nostre dit 
cousin ou son procureur pour luy en seigneur des dits ville , 


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— 387 — 


chastel, ban, terre et seigneurie d’Epinal , pour en joir par luy 
de par nous, soubz nous, nos ressortz et souveraineté, selon la 
teneur de nos lettres de don que luy avons octroyées. Et gardez 
que en ce n’ait faulte, car tel est nostre plaisir. 

Donné à Louviers le second jour de janvier. 

Signé : Loys. 

A nos chers et bien amez les quatre jurez , bourgeois et habitons 
de la ville d’Espinai. 

(Orig. Archiv. de la Meorlhe. Trésor de Lorraiue. I ayelte. 
Epinal, 1. N> 133. — Bibl. lmp. Fonds Saint Germain ,■ 
ans 1099; — Arcliiv. de la ville AA 1, pag. 361.) 


LVI. 


Sans date (entre 1460 et 1466). 


Il est notoire que par vertu des appointements faicts entre 
Monseigneur Georges et révérend Père en Dieu monseigneur Conrad 
Evesque de Metz, cui Dieu pardonne, touchant la coadjutorie dé 
l’Evesché de Metz que mon dict sieur Georges obtint au vivant du 
dict monseigneur de Metz, le dict monseigneur George et autres ses 
amys se obligèrent de faire povoir et debvoir envers le Roy nostre 
seigneur de remettre Espinal et le ban en l'obéissance de l’Eveschié 
comme autres fois à esté et pour ce en autre tenant les dicts 
appointements mon dict sieur Georges doit faire requérir au Roy 
humblement la réduction d’iceulx ville et ban par tous les meilleurs 
moyens que au cas pourront servir. 

Item pour ouvrir l’entendement des commis en la dicte matière 
est vray que en l’an quarante quatre le Roi estant ès marches de 
Lorraine, par petite et siuistre information, les dicts d’Espinai se 
donnèrent au Roy ce que faire lie pouvoient,au très grand préjudice 
et deshéritance de la povre église de Metz et usurpant et extrabant 
à la dicte église sa seigneurie, haultcur et souveraineté que tou- 
jours y ont eu les Evesques de Metz plus à plain spéciffiées en un 
rollet de papier que les dicts d’Espinai souloient, avant la dicte 
substraction , rappourler chascun an ou plais annals. 

Item nonobstant la dicte substraction, le dict Révérend père ait 
sou ventes fois envoyé vers la grâce du Roy messire Jean et messire 


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— 388 — 


Henry Bayer, ses nepveux et plusieurs autres, humblement et dé Fol- 
lement fuict rcmonslrer l’indue information des dicts Espinal avec 
iustruclion des droits seigneuriaux que 6on Eglise de toute ancien- 
neté y avoit et debvoit avoir requérant en lever la main et en laysser 
joyr la dicte Eglise et jamais o U ta ns les faveurs et suhtenois que les 
dicts d’Espinal ont toujours heu en court n’ay peu la dicte Eglise 
parvenir à son ancien héritage. 

Item le dict feu révérend p$rc se transporta en personne vers la 
grâce du Roy au lieu de Taillebourg en Sainctonge, priant et 
suppliant après plusieurs remonstrances par lui faictcs au dict sieur 
Roy de semblamment lever la main des dictes villes et ban, sur 
lesquelles requestes fui meu le dict seigneur Roy entrer en voye de 
compromis et arbitrage pour icelluy fait avec le dict Révérend père 
sur quatre cardinalz de court de Rome et sur un cinquiesme pour 
pardessus, en entretenant, lequel le dict Révérend père envoya à 
Rome au terme préfixé de comparoir et n’y comparut personne de 
par le Roy par quoi sa grâce fuit enchcue es peynes contenues au 
dict compromis. 

Hem le dict compromis expiré au deffaut du dict seigneur Roy, 
comme dessus, renvoya de rechief le dict Révérend père ses dicts 
nepveux vers Sa Majesté remonstrant comme par autresfois de 
rendre à la dicte Eglise les dictes ville d’Espinal et du ban et 
finalement fuit de rechef et de nouvel accordé ung autre compromis 
par la manière que dessus en ensuivant lequel , le dict Révérend père 
fit son debvoir d’envoyer à Rome aux termes préfixé de comparoir 
et de la partye du Roy ny comparut homme, par quoy Sa Majesté 
fuit de rechef encheue es peines contenues au dict compromis. 

Item le dict feu révérend père veant soy grandement coustengiez 
et frayez pour le pourchas des dictes ville et ban se transporta de 
rechef en personne au lieu de Tours vers le Roy et , après plusieurs 
remonstrances et apparences, par îuy faictcs, des droicts, ha u Heurs 
et seigneuries que son église avoit es dictes ville et ban' furent 
commis aucun du grand Conseil du Roy tels comme Monseigneur de 
Constance, Monseigneur le grand senescbal , Monseigneur de Torcy 
et autres pour en communiquer avec le dict Révèrent père et en 
conclusion luy fuit présentée lécom pense de l’héritage ancien de 
son Eveschié assavoir vingt mille escus pour les dictes ville et ban ; 
à quoy fuit respendu de la parlye du dict Révérend père que de 
prendre récompense de l’éritage ancien de son Eveschié ne le 


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— 389 — 


pouroit ne oseroil faire sans en estrc reprins tic ses souverains, du 
Pape et de l’Empereur soubs cui la seigneurie du dict Espinal est 
située mouvans de ses fîedz et par espécial sans le consentement de 
son chapitre de Metz et finahlement départit le dict Révérend père 
en refusant la dicte récompense de la grâce du Roy sans autre 
chose pouvoir obtenir. 

Item vint le dict Monseigneur de Constance ès marches par deçà 
pour lorsqu’il s’en alla à Colloigne et, en passant, manda au dict 
révérend père qu’il avait commission de part le Roy d’en besongner, 
lors se transporta le dict révérend père vers le dict seigneur de 
Constances à lieu de Andernach et illec fuit conceue une cédulle 
de la part du dict Révérend père baillée au dict seigneur de 
Constance contenant en efTect que veu que le dict sieur Roy né 
tenoit le dit Espinal pour mieux value se non que pour cause de 
recept et ouvertures et esloit content le dict Révérend père que le 
dict sieur Roy heut l’ouverture et recept de la dicte ville contre et 
envers tous, excepté l’Empereur, et h protection et sauvegarde des 
dictes villes et ban en prenant de chascun conduis un resel d'avoinne 
et une geline, par ainsy que le dict Révérend père pensant la dicte 
vove pervenir à effect envoya après le portement du dict de - 
Constances, messire Jean Bayer avec autres vers le Roy à lieu de 
Bourges et par l’instigation de ceux d’Espinal pourchassèrent 
tellement que les dictes voyes ne heurent lors nul effect nonobstant 
que le dict messire Jeau requist personnellement au Roy que 
puisque les dictes voyes ne pouvoient sortir effect, qu’il l’y pleust 
du mois rendre à l’Eglise les villages du ban qu’estoient du tout 
séparez de la ville d’Espinal et que le dict Révérend père avoit 
achetéz et relraictz pour plusieurs grosses sommes d’argent, jusques 
ad ce que la Majesté du Roy seroit mieulx ad visée affln que l'Eglise 
ne fuit mye du tout despouillée de son hérilaige : et toutes fois ou 
cas que tout ce ne pleust au Roy, que son plaisir fuit que la voye 
de justice fuit ouverte au Révérend pere A lencontre des dicts 
d’Espinal par voye d’arbitraige ou autrement pour l’acquist de la 
conscience du Roy. Et tout ce nonobstant nulle voye de justice ne 
puist obtenir avec lui, fuit par le chancellier respondus que ou cas 
que le dict révérend père ne voulut prendre recompense du Roy 
telle comme dessus, que le Roy lui offroit et présentoit son parle- 
ment de Paris , qui n’estoit mie présentation licitte à accepter 

(Orig. Arcbiv. de la ville A A. Mu, pag. 271. 


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— 390 — 


LVII. 


18 Janvier 1465. 

Nostre souverain seigneur, très humblement nous recommandons 
& votre bénigne grâce, à laquelle plaise scavoir que le dix septième 
jour de cest présent mois de janvier receusmes par M e Martin de 
Bellefaye vostre. conseiller de vostre court de Parlement à Paris, vos 
lettres missiblespar lesquelles nous mandez que faissions obéissance 
au mareschal de Bourgoigne de vos chaste], ville et seigneurie d*icy, 
ensemble le double de certaines letties de commissions que luy 
avez sur ce baillée dont sommes bien troublez et ne nous en pouvons 
trop merveillçr attendu qu'en faisant à feu vostre très chier seigneur 
et père, que Dieu absoille, l’obéissance des dicts chaste!, ville et 
seigneurie d’icy , nous fut par lui expressément promis que jamais 
à quelconque cause ce fust, ne serions séparez de la saincte 
couronne de France. Et dès lors il en fit chambre royale et nous 
adunit à son vrai domaine ainsi qu’il est plus amplement contenu 
cz lettres de Chartres qu’avons sur ce de lui bien enregistrées et de 
vous confirmées comme déjà par plusieurs fois à nos grands fraiz 
et travail, vous et vostre très noble conseil en avez esté par nous 
advertis. Et aussi que dernièrement vous estant au lieu de Paris il 
pleut à icelle vostre grâce dire et assurer à noz gens estant lors par 
devers vous pour ceste matière que le mareschal ne nous aueroit 
point, ainçois demeurions à vous à toujours et non à autres; si vous 
supplions, nestre souverain seigneur, qu’il vous plaise considérer les 
dites promesses et en gardant l'onneur de la dite couronne les nous 
entretenir comme de raison faire se doibt, autrement ou temps 
advenir pourroit la chose oster la bonne confiance que tous bons 
Chrétiens ont et doibvent avoir à vostre sacrée maison et aux 
supposts d’icelle. Et s’ainsi estoit, ce que Dieu ne veuille, aultrement 
voulsissicz faire vous supplions très humblement et réquérons en 
l’honneur de Dieu vostre créateur, qu’il vous plaise nous faire 
administrer bonne justice touchant les choses dessus dictes comme 
l’on doibt faire à tous bons chrétiens car nous sommes appelants de 
ceste matière en vostre dicte court de Parlement i Paris, car il nous 
voulroil mieux morir que tomber ez mains du dict mareschal ainsi 
que de toutes ces choses , Parisot et Jehan Merlot nos conbourgèois 


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— m — 


porteurs de cesles, vous pourront plus amplement informer, aux- 
quels plaise à icelle vostre grâce arijouster creance plenière louchant 
les dite matières pour reste fois. Et nous prierons à toujoursmais 
Dieu pour vous et vostre noble lignie que nostre souverain seigneur 
vous donne continuelle prospérité, victoire de vos ennemis et à la 
fin sa gloire. Escript à vostre ville d’Espinal le dix buiclième jour de 
Janvier Tan soixante-cinq. 

Vos très humbles et très obeissans subjects les Bailly, quatre 
gouverneurs, bourgeois, manans et habitansde vostre ville d'Espinal. 
Au Boy nostre souverain seigneur. 

(Orig. Arcbiv. de la ville, Mm A A 4. — Bibliolh. Imp. 

F. Français S‘-Gcrmain , ano 1099.) 


LVIII* 

8 Mars 1465. 

I.oys, par la grâce de Dieu , roy de France. A nostre amé et féal 
conseiller et chambellan Geoffroy de Saint-Belin , chevalier, bailly 
de Chaulmont , salut et dileclion. Comme sur la question qui s'est 
meue entre nostre chier et amé cousin le sire de Ncufchastel , 
tnareschal de Bourgogne, d'une part, et les habitons d’Espinal , 
d’autre, à cause de la possession et joissance que le dict mnreschal 
demande de la dite ville et seigneurie d’Espinal, comme soy disant 
avoir don de nous en cette partie, ait esté faict certain advis et 
délibération dont la teneur est telle : 

Touchant la question qui est entre le mareschal de Bourgogne 
d'une part, et les habitants d’Espinal d’autre, & cause de la pos- 
session et jouissance de la dite ville et seigneurie d’Espinal que le 
dit mareschal demande comme soy disant avoir don du Boy en ceste 
partie, sur quoi les dits habitans ont requis au Roy que là dite 
matière soit renvoyée en la court de Parlement ou ils sont appellé 
pour illec leur estre faict bonne raison et justice , attendu les 
choses alléguées d’un coslé et d'autre, et que, jusques ez, les 
dits habitans ont esté refusans de bailler icelle possession au dit 
mareschal de Bourgogne, a semblé à messeigoeurs du conseil du 
Roy que la dite ville et seigneurie d'Espinal doit estre mise de par 
le Roy soubs sa main en la garde , gouvernement et administration 


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— 392 - 


de messire Geoffroy de S l -Belin , bailly de Chaumont , et tous les 
frais et revenus que le Roy y prend et a accoustumé de prendre 
faire ainsi que par le Roy sera ordonné , et toutes voyes de faict et 
tout procès, tant d’un costé que d’autre, devront cesser; et en outre 
tous biens et personnes qui par voye de faict ont esté prise par l'ose 
des dites parties sur l'autre, seront mises à pleine délivrance et 
restituez à ceux à qui elles appartiennent , franches et quictes 
de tous serements et promesses qu’ils auroient faicles à cause 
des dites prises. 

Faict au Conseil du Roy auquel le cardinal d’Alby, messeignenrs 
le chancelier l'Admiral , M. George Havart, Pierre d'Oriolle, Guil- 
laume de Varis et Jehan de l’Anglée estoient , le seiziesme jour de 
febvrier, l’an mil quatre cents soixante trois. 

Nous voulans et désirans la dicte délibération et ordres estre 
tenus et gardez, vous mandons et expressément enjoignons que 
la dicte délibération dessus incorporée vous f&ictes mettre ou mettez 
réaniment et de faict à éxecution deue de poinct en poinct, 
selon sa forme et teneur, et enjoignons de par nous à chacune 
des parties sur tant qu’il double mesprendre envers nous , et en- 
courir noslre indignation que icelle ils entreteignent et ne faceot 
ne souffrent faire aucune chose au contraire. De ce foire vous 
donnons povnir et auctorilé , mandons et commandons i tous 
nos justiciers, officiers et subgez, que à vous, voz commis et 
députez en ceste partie obéissent et entendent diligémmeot et 
vous prêtent et donnent conseil, confort et ayde, se mestier en 
avez et par vous en sont requis. 

Donné à Paris le huiclième jour de mars de l'an de grftce mil 
quatre cents soixante- trois. 

(Orig. Archiv. de la Meurlhe. Trésor de Lorraine^fËpinfcl, 4. 
N* 414. — Bibl. lmp. F. Foods Saint-Germain, 1099 ane* 
— Arch. de la ville, AA 1, page 32.) 


LIX. 


1465. 

A tous ceux qui ces présentes lettres verront, nous garde du 
se cl commun royal estably aux conlracts et bailliage de Moscou 


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— 393 — 


et seneschaussée de Lion salut. Savoir faisons que par les 
deux notaires et tabellions royaulx dessou lis signés avons fait 
veoir, lire et visiter et de mot à mot diligemment collationner 
les lettres de don do Roy, nostre sire, saines et entières en 
eseripturô, scel et signature desquelles la teneur s'ensuit : ' 

« Loys, par là grâce de Dieu Roy de France, savoir faisons 
à tous presens et à venir que nous, ayons en mémoire la 
bonne amour que a dès longtemps eue à nous nostre cher et 
amé cousin Thibault, seigneur de Neufchastel, mareschal de 
Bourgoigne et les grans, bons et louables services a nous par 
lui fais du temps que estions en nécessité et crainte de nostre 
personne, ouquel temps icellui nostre cousin, combien qu'il 
ne feust aostre subgiet ne vassal, sans doute de personne vivant, 
nous servy acorap&igné de plusieurs gens notables et de fait ses 
parents et autres pour nous oster de la dite crainte et doubte où 
nous estions et nous mettre en nostre liberté et franchise et depuis 
a continué à nous servir et acompaignier estant continuelment 
autour de nostre personne et à ce a employé sa personne, 
ses biens, amis et serviteurs par longtemps en grant soing, 
cure et diligence et a grans frais, missions, et despens fait et 
continué, chacun jour, en nos plus grans et principalux affaires, 
sans ce que encores lui en ayons faicte aucune rémunération, 
voulans envers lui recongnoistre les dits services et Pen récom- 
penser en manière que ce tourne a Pormeur et prouffll de 
lui et des siens et desirans aussi qu'il soit nostre vassal et 
tiengne de nous aucune terre et seigneurie afin que ou temps 
a venir nous et les nostres en puissions mieulx estre servis, 
audit Thibault de Neufchastel, nostre cousin, en recongnois- 
sance desdits services et pour le récompenser et rémunérer 
d’icet^lx et des gratte frais, missions et despens qu’il a fais depuis 
que partismes de nostre pays du Daulphiné à cause de nostre 
dit service et pour autres causes et considérations a ce nons 
mouvans , avons donné, cédé, quicté, transporté et délaissé et 
par la teneur de ces présentes donnons, cédons, quictons, 
transportons et délaissons du tout, de grâce espécial, pleine 
puissance et auctorité royal pour lui, ses hoirs, successeurs 
et ayans cause pcrpétuelment nos ville, chastel, chastellenie, 
'ban et seigneurie d’Espinal, ensemble les justice, cens, rentes, 
rivières, boys, fours, moulins, fiefs, arrere-flefe, hommaigês, 


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— 394 — 


noblesses, prérogatives, drois et autres prouffis e: revenues 
pertinent is et appendeutes d’icelles quelsconques en quelque 
manière qu’ils viengnent ens, et à quelque somme on valeur 
qu’ils puissent monter ores ou pour le temps à venir sans 
quelque chose y retenir ne préserver ; fors seulement le ressort 
et souveraineté et les foy et hommaige que lui et ses dis hoirs, 
successeurs et ayans cause en seront tenus fere à nous et aux 
nostres toutefois que le cas y escherra et la tendront à cause 
de la coronne de France pour les dites ville, chastel, ban, 
chastellenie, terre et seigneurie d'Espinal, justice, cens, rentes, 
eaues,boys, fours, molins, fiefs, a rrere- fiefs, hommaiges et autres 
prérogatives, drois, prouffis et émoi u mens quelsconques desns 
dits à la dite seigneurie appartenant joyr et oser par le dit seigneur 
de Neufchaslel, ses dits hoirs, successeurs et ayans cause ou 
temps à venir eu faire et disposer tant de y mettre et ordon- 
ner officiers de par eulx en tous les offices et aultrement en 
toutes choses quelsconques à leur plaisir et voulenté comme de 
leur propre chose , en payant les charges se aucunes en sont 
deucs nonobstant que les dites terres et seigneurie d'Espinal 
ayent esté jugés à la couronne et icelles faites et establies 
chambre de roy par feu nostre très chier seigneur et père , que 
Dieu absoillc, en manière que jamais ne devoit estre séparée 
de la couronne de France : laquelle chose se ainsi estoit ne 
nuire ne préjudicier au contenu en ces dites présentes que nos 
présens dons, cession et transport ne sortissent leur plain et 
entier eflTect et quant à ce imposons silence à nostre procureur, 
si donnons en mandement par ces présentes, à tous nos hommes, 
feaulx et suhgiez de nos ville, chastel et chastellenie, ban et 
seigneurie dudit Espinal de quelque estât ou condition qu'ils 
soient, que dores en avant obéissent à nostre dit cousin, ses hoirs, 
successeurs et ayans cause comme à leur seigneur naturel soubs 
nostre fief, ressort et souveraineté comme dessus est dit et de 
nos amez et feaulx conseillers les gens tenans et qui tiendront 
nostre parlement et de nos comptes à Paris et aux trésoriers, 
gouverneurs et bailli dudit lieu d'Espinal et à tous nos autres 
justiciers et officiers et à leurs lieuxtenans présens et à venir 
que audit seigneur de Neufchastel, nostre cousin, ses hoirs, 
successeurs et ayans cause ils facent, seu firent et laissent joir et 
user paisiblement de nos présens don, cession et transport 


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— 395 — 


sans leur faire ne souffrir estre faict aucun destourbier au 
contraire. Àincoys se fait leur esloit ou temps a venir si le 
mettent ou facent mettre chacun endroit soy a pleine délivrance. 
Et afin que ce soit ferme chose et estable a tou sj ours nous avons 
signées ces présentes de nostre main et à icelles fait mettre 
nostre scel sauf en autres choses nostre droit et l’aullruy en 
toutes. 

Donné à Thoulose, le second jour de juing l’an de grâce mil 
quatre cent soixante et trois et de nostre règne le deuxième. 

Signé : Loys. 

% 

Par le Roy, le comte de Cominge, les sires du Lau et de 
Beauvoir et autres présens. 

De La Loère visa. • 

En tesmoing desquelles choses nous, garde dessus dits, avons 
fait mettre ledit scel commun royal à ces dites présentes lettres 
de vidimus faictes et données au dit Lion le second jour de juillet, 
l’an de grâce mil quatre cens soixante et troys. 

(Orjg. Archiv. de l’Empire Trétor des Charles. Chambre 
Roy. de Metz. J. 9S3. Suppl. II. Epinal ) 


LX. 


26 Juin 1643. 


A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront, Jehan de 
Coeffy, garde des seaulx royaulx de la ville et prévosté d’Espinal, 
pour le Roy, nostre sire, salut. Scavoir faisons qu’en l’an mil 
quatre cent soixante et trois, le vingt sixiesme jour du mois de juin 
environ neuf heures du dit matin, en la dite ville d'Espinal, sur 
le pont dit Le Petit Pont de Rualmesnil, en la présence de Nicolas 
Cunot , substitut , de Jacquemin Ferrant , tabellion juré en la dicte 
ville et prévosté et des tesmoings cy dessous escript , comparurent 
en leurs personnes, nobles^hommes Hugues de Boudil, vicomte de 
Gisoires d’une part, Estienne Baudenot, bailiy, et Guillaume de La 
Sale, gouverneur de la dite ville d’Espinal, pour le Roy, nostre 
seigneur, escuiers d’autre part, lequel Hugues adressant ses paroi les 


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— 396 — 


au dits bailly et gouverneur dit telle manière ou paroles à ce 
semblables : « Monseigneur le Bailly et vous , Monseigneur le 
» Gouverneur, vous estes chef de justice icy, faictes estre obey 
» selon le contenu de ce mandement ainsi que le Roy le mande. » 
Lesquels Bailly et Gouverneur respondirent qu’ils obéiroient volon- 
tiers au dict mandement. Et après ce que le dict Bailly et 
Gouverneur eurent faict commandement aux quatre gouverneurs 
et autres habitans de la ville illeC de faire selon le contenu au 
dict mandement, Régné Molet, bourgeois du dit lieu, par l'ordon- 
nance des dits quatre gouverneurs et de toute la communauté 
de la dite ville et bien advoué d’eulx respondit ce qui s'ensuit ou 
paroles semblables en leur substances : « Monseigneur le Bailly et 
» vous, Monseigneur le Lieutenant, nous ne voulons contre raison 
» aucunement desobéir aux mandements du Roy, nosfre sire. Mais 
i> pour plusieurs grands doubles et menaces qu'on nous donne un 
» chaque jour , n’oserions aucune chose innover en l’estât et 
»> gouvernement de ceste ville et, qui plus est, sommes informez 
» que par faulx donné à entendre , le Roy, nostre dict seigneur, 
» nous a mis hors de sa saincte couronne, qui seroit à nostre 
» très grand préjudice, attendu le contenu en noz lettres de 
» Chartres qu’avons de feu son très cher seigneur et père , que 
» Dieu absoile, que depuis iceluy seigneur nous a de sa bénigne 
» grâce confirmé. Par lesquelles nous debvons & nuis jours estre 
» séparez de sa dicte saincte couronne ; contre lesquelles lettres 
» si vous, Messeigneurs Bailly et Gouverneur ne au I très présents 
» et à venir vouliez et vouloient attempter ou aucunes choses 
» exploictier en quelque manière que ce soit, nous en appelons 
» dès maintenant et fotmelment en parlement à Paris. Et aussi 
» nostre intention est d’aller ou envoyer devers le Roy, nostre 
» dict seigneur, pour l’informer au vray et monstrer ooz affaires ». 
De et sur lesquelles paroles ainsi proférées que devant, les dessus 
dictes parties requirent à moy, Nicolas, substitut, que dessus 
que je leur eu fisse instrument un ou plusieurs d’une mestne 
forme et teneur ce que je leur ay octroyé. 

En tesmoing de ce nous , garde dessus nommé , à la relation 
et avec le seing manuel dudit substitut, avons scellé cest 
présent instrument des seaulx et contre seaulx de h dite ville 
et prevosté d’Espioai, qui fut faict les dits jour, mois, heure, 
fille et lieu dessus dits. Présents, Nicolas, Le Mercier, demeu- 


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— 397 — 


rant à Saint-Nicolas en lorraine, cl Durand de Langley, bou* 
langiei, tesmoings à cc appelez et requis. 

Signé : N. Couquet. 

(Orig. Ârch. de la Meorthe. Trésor de Lorraine. Lay. 
BpiDal 4. N M 101 et 402. - Bibl. lmp. Fonda F. 
Saint-Germain 4099 anc , Arcbi?. de la ville. À A I, 
page. 334.) 


LXI. 

24 Juillet 1463. 

De par le Roy , 

Chiers et bien amez, Nous avons re<}u vos lettres faisant mention 
qu'il est commune renommée par delà que le mareschal de Bour- 
gogne par faulr a donné à entendre qu'il a nouvellement obtenu 
de nous lettres pour le don de nos ville et seigneurie d’Espinaî, 
dont estes fort troublez, ainsi que vous escripvez attendu que 
par les lettres et Chartres do feu nostre très chier seigneur et père, 
que Dieu absoille, et par nous confirmées, vous et nostre dicte 
seigneurie d’Espinal ne debvez jamais estre mis hors ne séparez 
de nostre couronne, pour quelque cause que ce soit. Nous sommes 
bien esmerveillés d'ou procèdent tels langages et nous est fort 
difficile à croire que le dict mareschal de Bourgongne ait dict 
ou faict dire que luy ayons faict le dit don. Car ce n’est pas 
nostre vouloir et intention de donner nostre seigneurie d’Espinal 
à luy ne à autres, ainsi que vous pourrez scavoir par ceulx 
qu’avez envoyés devers nous, auxquels l’avons faict dire plus à 
plain. Mais nous avons sceu qu'avez faict lifftaulié de laisser 
entrer en nostre ville d’Espinâl , nostre cher et bien amé fourrier, 
Hugues, vicomte de Gisors, auquel avons donné charge d'aller 
par delà et pourvoir à aucunes entreprises, dont avons esté aveitis 
de quoy ne sommes pas contents. Car c'est un des anciens 
qui nous a servi en nostre nécessité et aussy veu le grand amour 
et loyauté que dictes avoir à nous ne debvez pas refuser l’entrée 
de nostre dicte ville à nos gens quand les y envoyons. 

Sy voulons et vous mandons surtout quant que craignez à 
nous desplaire et désobéir que vous souffrez et permettrez entrer 


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— 398 — 


nostre dict Tourner en nostre dicte ville et chaste] d’Espinal et 
y besongner en la charge par nous à luy donnée sans plus y 
faire ou souffrir estre faict aucun empeschemet ou difficulté. 

Donné à Amboise, le 21 jour de juillet. 

Signé : Louys. 

Et plus Las : Holant. 

A nos chiers et bien amez les quatre Gouverneurs , bourgeois et 
habitans de nostre ville d’Espinal. 

(Orig. Areh. de la ville AAI, page 337.) 

LXÏI. 

10 Septembre 1464. 

A tous ceux que ces présentes lettres verront et orront. Jehan 
de Goiffy, garde des sceaulx royaulx de la ville et prevosté d*Epinal 
salut* Scavoir faisons que en l*an de grftce mil quatre cents soixante* 
trois, le dixième jour de septembre, environ sept heures du matin 
du dit jour , en la ville d’Espinal et devant l’hostel de noble homme 
Hugues de Bondil escuier, vicomte de Gisors gouverneur d’Espinal 
pour le Roy nostre sire en la présence de Colin Ferron tabellion 
juré au dit lieu de par le Roy nostre dit seigneur, comparurent en 
leurs personnes le dessus dict noble homme Hugues de Bondil gouver- 
neur comme dessus d’une part. Jehan Huraull le jeune, Nicolas 
Colette et Jean du Prev, trois des quatre gouverneurs du dit lieu 
pour icest seigneur, ensemble Nicolas Cunot bourgeois d’illec 
d'autre part, lequel Nicolas Cunot adressant ses paroles au dessus 
dict Hugues et parlant comme il disoit de par les dessus nommez 
quatre gouverneurs et aussi de par le conseil de la communauté 
du dict Espinal dict ces mots ou autres semblables en substances : 
« Monseigneur le Gouverneur, nous avons moBstré aux bonnes gens 
de ceste ville d’Espinal les lettres que vous voulez escrire au Roy 
» nostre seigneur touchant la créance que nos gens qni sont 
» retournez de devers luy nous ont apporté, du contenu desquels 
» ils sont merveillés et dient, salve voslre bonne correction, que la 
» dite créance ne leur a pas esté ainsi intimée par nos dits gens que 
» vos dites lettres le contiennent. Ainçois leur a esté intimée et 
» raportée par icelluy Molet en ceste manière c'est assivoir que 


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— 399 — 


» M. George Hamert, seigneur de La Rozière leur dict en ceste 
» manière : Comment l’entendez-vous ? Entendez-vous que le Roy 
» vous donne ne boute fuers de ses mains ? Nenny, il ne vous a 
» point donné ne n'entend pas vous avoir donné. Adonc icelluy Jehan 
» Molet luy respondit : Monseigneur le dictes- vous pour noslre créance? 
» Le dit seigneur respondit ouy. Lors Jehan Molet lui dit : Monseigneur 
» et nous vous disons pour nostre créance que nous auerons plus 
» chiers qu'on nous abattit nos murailles et nos maisons sur nos 
» testes que jamais nous deussions avoir autre seigneur que le Roy 
» et ainsi voulons vivre et mourir. » Et pour ce, M. le Gouverneur, 
» escrivez au Roy en manière que vos lettres et celles de luy escri- 
» verons aussi touchant cest cas soient consonnans. — » Adoncq, res- 
» pondit ledit Gouverneur, je l'entends tout ainsi que je l'escripts.*— 
» Respondit Nicolas Cunot disant : Monseigneur, si vous l’escrîpvez en 
» ceste manière ce n’est point par nous car nous escr ipverons la vérité. 
» — Adoncq respondit icelluy gouverneur, escripveztoutce que vous 
» vouldrez. Je ne ne vous en crains ne doute , mais garde soy bien 
» celluy qui y ira. J'escriverai tout ce que je oy dire et se vous dictes 
» encore quelque chose, je l’escriveray encore présentement. — A 
« quoy dict Nicolas Cunot: Monseigneur il ne vous faudra donc rien dire 
» si avons nous bonne confiance a Roy nostre seigneur qu’il ne nous 
» fera poinct de tort aussy vous escripverez en vos dictes lettres que 
» Jehan Molet a dict que le Roy ne nous puet donner ne doibt; entendez 
» bien comment il a dict. Adonc le dit Jehan Molet prit la parole et 
» dictainsi: Monseigneur j'ai dict à monseigneur de La Rouzière que 
» nous sommes conditionnez par nos Chartres, il ne puet ne doibt 
» donner à autres et que de ce estions contents d'en ouir Se jugement 
» de son parlement à Paris. — Respondit adoneques le dict gou ver - 
» neur : Vous n’en auerez point je vous en assure car je le scay bien. 
» — A quoy dict le dict Nicolas Cunot : «Nous avons fiance au Roy qu'il 
» nous aydera et ne nous faira point de tort. » Sur et desquelles paroles 
ainsi proférées de partie a partie comme dessus Jehan Huraull, un 
des quatre gouverneurs devant nommez et pour et au nom des 
quatre gouverneurs et de toute la communauté du dict Espinal 
requist au dict Colin Ferron tabellion devant dit luy en estre fait 
instrument ung ou plusieurs d'une . mesme forme et teneur ce 
qu'il luy a octroyé. 

Eu lesmoing de ce nous, garde des seaulx dessus nommé à la 
relation et avec le seing manuel du dict juré avons scellé cest 


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— 400 — 


présent instrument des seau x et contresaulx accoutumez de la 
dicte ville et prévosté d’Espinal, sauf en autres chcses le drotet du 
Boy nostre seigneur et l’autruy. Ce fut faict Tan, jour, mois, heure 
ville et lieu devant dict, présents bonnestes personnes René Motet . 
ieban Hurault le Vie*, Vil lame Noblet, Girard Hicher tous d’Es- 
pinal , et Edmont vaslet de mon diet sieur le gouverneur et plusieurs 
autres présents* 

Signé : Colin Ferron. . 

Scellé d’un petit sceau de cire verte pendant sur simple queue 
de parchemin. 

(Orig. Arcbiv. de U ville A A 4, ptg. 339.) 

LXIII. 

15 Septembre I4B5. 

A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront, Jehan 
de Coiffy, garde des seaulx royaulx de la ville et prévosté d’Espin&l, 
par le Boy nostre sire salut. Scavoir faisons que l'an de grâce 
mil quatre cent soixante trois, le treizième jour du mois de septembre, 
environ sept heures du matin du dict jour, en la dite ville dT&pinal 
et l’ostel commun du dict lieu accoustumé a tenir le conseil d'icelle 
ville, auquel ostel estoient lors convoquez et assemblez les habitans 
d’icelluy lieu en la plus saine partie d’eulx en la présence de 
Jehan Molei et Parisot Girard ambedeux substituts du tabellion an 
dict lieu comparurent en leurs personnes discrettes et hooonrables 
hommes messire Girard Atel, chanoine de Toul , Elyot bailly de 
Tonnelle et Guillaume de Grachault, procureurs de Monseigneur le 
maresehal de Bourgogne en ceste qualité d’une part, Colin Ferron 
procureur du Boy nostre dict seigneur au dit Espinal et Nicolas 
Cunot bourgeois du dict lieu , pour et aû nom de toute la commu- 
nauté de la dicte ville d autre part, lequel Colin Ferron pour le Roy 
après ce que les dessus nommez procureurs eussent exposé, renions- 
tré, offert, requis, signifié et protesté à noble homme Hugues de 
Bondil, vicomte de Gisors, escuier et gouverneur du dict Espinal 
pour le dict seigneur les instructions de par mon dit seigneur le 
Maresehal proposa ce qui s’ensuit ou paroles semblables en leur 
substance : « Monseigneur le Gouverneur, j’ai bien oy ce que MM. les 
» Procureurs de Monseigneur le Maresehal ont iey relaté par les 


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— 404 — 


» instructions dont ils ont baillé le double. Vous scavez que la chose 
» est baulte et pondéreuse et requiert bien mahureet longue délibé- 
» ration de conseil car elle touche directement le domaine du Roy. 
» Et afin que ne fasse chose qui né soit à sa desplaisance, je vous 
» demande un mois d*espace pour moy conseiller aux gens du Roy 
» sur cette matière ainsi que ou cas appartient. » El semblablement le 
dict Nicolas Gunot pour et au nom que dessus dict et requit au dict 
gouverneur le dict mois d'espace pour eux conseiller ainsi qu'avoit 
faict le dict procureur ûu Roy ; sur quoy lé dict Hugues de Bondil 
estant gouverneur comme dessus pour le Roy nostre dict seigneur, 
disant et congnoissant la chose estre baulte et pondéreuse comme 
dict est, dict que les habitans auroient le dict mois pour eux sur 
ce conseiller ainsy que demandé l'avoient et sôy faisant fort en ce 
cas de mon dit seigneur le Mareschal octroya au dit procureur et 
aux habitans de la ville d'Espinal le dict mois d'espace pour eulx 
conseiller sur la dicte matière sans préjudicier ou innover aucune- 
ment par les dicts parties sur et desquelles choses ainsi dict de 
partie à partie le dessus nommé Colin Ferron , procureur comme 
dessus et Nicolas Gunot pour et au nôm des dicts habitans requirent 
aux dicts Jehan Molet et Parisot Girard substituts comme devant' 
leur en estre faict instrument un ou plusieurs d’une mesme forme 
et teneur, ce qu'ils leur ont oclroyé. 

En tesmoing de «Ce, nous garde dessus nommé à la relation et 
avec les seings manuels des dits substituts, avons scellé ce présent 
instrument des scels et Contrescels aux coàtraux de la dicte ville 
et prevosté d'Espinal saulf en autres choses le droict du Roy 
nostre seigneur et l'aultruy ; que fut faict l’an , jour, mois, heure, 
ville et hostel dessus dicts. 

Signé :Giraid. 

(Orig. Bibl. lmp. Fond* F. S*~Germiin 4099. — Arch. 
de U ville. Mm. A A 4.) 


LXIV. 

90 Septembre 1405. 

A tous ceux qui ces présentes lettres verront ou orront Jehan 
de Coiffy, garde des sceaulx royaulx de la ville et prévosté d'EpinaŸ 

26 


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— m — 

pour le Roy nostre Sire salut. Sc&voir faisons que en Cas de grAce 
mil quatre cents soixante et trois , le vingtiesme jour du moisdt 
septembre, environ sept heures du matin du dict jour,* en la ville 
d'Espina) , en l’hosiel accoustumé a tenir le conseil de la dicte 
ville en présence des tabellion et substitut du tabellion au dict 
lieu et des tesmoings spubscripU comparurent en leurs personnes 
noble homme Hugues 4g Bondils, vicomte de Gisors gouverneur 
du dict Espinal pour le Roy noslre seigneur, escuyer d'une part, 
Colin Ferron procureur d'icelluy seigneur, les quatre gouverneurs, 
les bourgeois et aussi les esleus au dict conseil de par les gens 
de meslier du dict Espinal et représentants toute la commuoaulté 
d'illec d'autre part, par lequel Hugues escuier gouverneur que 
dessus adressant ses paroles, aux procureurs quatre gouverneurs, 
bourgeois et esleus devant dicts en telles manières de paroles sem- 
blables en leur substance : «Messieurs je fuis hier vcler aux perdrix 
» et environ une lieue d'icy trouvai monseigneur le Mareschal lequel 
» me monstra unes lettres qu'il disoit que le Roy luiavoit envoyées en 
» laquelle entre autres choses lui mandoit que je le miaFe en possession, 
» jouissance et obéissance de ceste ville sans nuis delay et de ce me 
» fît requeste de par le Roy, en offrant vous tenir, maintenir et garder 
» en toutes vos franchises, libertez et usaiges tout ainsi qne le Roy 
» lez vous a promis et de les vous sceller et jurer. Et pourtant que 
» j’ai unes lettres de créance que le Roy m'a envoyé que je veuille 
» croire mou dit seigneur le Marescbal de tout ce qu’il me dira de par 
» luy ainsi comme se luy mesme le me disoit et de ceste requeste 
» qu’il me fit et prist pour tesmoing plusieurs gentilshommes 
» qu’estoient avec luy, ensemble un homme d'église de ceste dicte 
» ville nommé Nicolle Prudent prebstre présent à ce faire. Et poor- 
D tant qu'il mé faut faire le commandement de mon maistre, je 
» vous requiers et vous commande soubs peine de confiscation 
» de corps et de biens et de désobéissance que vous recepves mon 
» dict seigneur le Marescbal et lu y faictes obéissance selon le contenu 
» de ses lettres de don du Roy. » A quoy respondit Colin Ferron 
procureur du Roy nostre dit seigneur au dict Espinal et dict ces 
mots ou autres semblables en leur substance : « Monseigneur leGoo- 
» verneur, vousscavez bien qu’il a aiyourd'huy huict jours les procu- 
» reurs de mon dict seigneur le Mareschal forent icy pour vous 
» requérir l'euthérinement de ses lettres de don qu ? ildict avoir do 
» Roy avec plusieurs articles qu'ils exibèraut pour instme- 


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— 403 — 


» tion sur quoi jedemûtidày , potir le Roy, jour de delay pour moy 
» conseiller et aussi firent ceux de ceste dicte ville adfin que moy 
»ne eulx ne mesprenissionS envers le Roy nostre dicte seigneur et 
» sur ce nous oCtroyastes un mois de delay pour avoir nostre conseil 
» et depuis nous avez dict que Monseigneur le Mareschal le vous 
» aVoit accordé et octroyé et pour ce m'estoit délibéré d’aller à Paris 
» devers les gens du Roy pour avoir sur ce leur conseil, car le cas est 
» gratis èt y affiert bien avoir bonne et melieure délibération de 
» conseil et inesmement que le cas touche et concerne directement 
» le domaine du Roy; et pour ce que, nonobstant ces choses, n'antici- 
» piez le dict ternie par quoy ne puis estre conseillé comme au cas 
» appartient, je m'oppose pour le Roy à vos dictes reqtiesteS vous re- 
» quérant avoir jour compétent pour dire et declafrer les causes de mon 
n opposition* Et aussi je ne veis oncques les lettres de don de moni 
» dict seigneur le Mareschal fors seulement une copie d'icelles par 
» laquelle copie appert que les dictes lettres s’adressent premièrement 
» aux habitants et cotnmunaulté de la dicte ville et ban d'Espidal 
n après à messieurs du Parlement et aussi par inesdits sieurs des 
» Comptes et Trésoriers. Et ainsi ne tenez j oint' Pordre y requis 
» selon que le Roy l'ordonnance par lè contenu de la dicte copie. 

» En outre j'ai veu les lettres de Chartres que les habitans de cette 
» ville ont du feu roy Charles, que Dieu absoile, ensemble les lettres 
» de confirmation qu'ils ont sur ce du Roy noâtre seigneur, auquel Dieti 
» donne bonne vie , lesquelles lettres sont vériffiées, registrées et 
» enregistrées.en Parlement et Chambre des Comptes & Paris; sembla- 
» blement j'ai veu les lettres de creatice signées de la main du Rby 
» qu’il a darnièrement envoyées aux habitans de ceste ville d'Espinal 
» desquelles lettres vous mesmes avez ou y la créance telle que le Roy 
» ne les a point données ne n'entend point les avoir données. Et 
» pour ce monseigneur le gouverneur cés choses entendues, si vous ne 
» me voulez oir en mon propre et que vouliez procéder plus avant, 
» j'en appelle pour le Roy en son Parlement à Paris. » Après toutes 
lesquelles paroles ainsi dictes et proférées comme dessus Nicolas 
Cucot bourgeois du dict Espinal, pour et au nom et de par les 
quatre gouverneurs et toulte la commùhétifté dlcétluy lieu dict et 
proposa au dict gouverneur ce qui s'ensuit : « Monseigneur le gou ver- 
» neur ainsi que nous adiot et Técilé cy dessus Monseigneur le procu- 
» reur, il a aujourd’hurhuict jours q<te la dibte requeste vous fut faicte 


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— 404 — 


« par les procureurs de Monseigneur le Mareschal sur l'enthérinemenf 
» de ses lettres de don. Et ainsi que l'a dict monseigneur le procureur 
» nous donnastes un mois de terme pour nous conseiller pourtant 
» que la matière le requérait bien sans tourner au préjudice de l'un 
» des cousiez ne de l'autre et sans aucune chose innover cest temps 
» pendant , et depuis vous avez dict que Monseigneur le Mareschal 
» le vous avoit ainsi accordé et pour ce que dans les requestes que 
» vous avez présentement faict vous encourez et anticipez le dit terme 
* parquoy ne pourrons avoir nostre conseil dèz maintenant pour 
» nostre interest et aussy que c'est contre les lettres de Chartres que 
» nous avons de feu le Roy Charles, dont Dieu ait l'âme, confirmées 
» du Roy nostre sire, auquel Dieu done bonne vie, les bonnes gens 
» nianans et habitans de ceste ville d'Espinal s'y opposent et vous 
» requièrent et je pour de par eux avoir pour compétent à dire et 
» déclairer les causes de leur opposition et se ne les voulez recevoir 
» en ce et que vouliez procéder plus avant ils et moy< pour et au 
» nom d'eulx en appellent formellement au Parlement de Paris. » 

Et après ces paroles ainsi dictes que devant, iceluv Nicolas Cunot 
demanda aux quatre gouverneurs , bourgeois et habitans de la dicte 
ville illec assistons si ce qu’il avoit dict estoit par et de par eulx 
lesquels quatre gouverneurs pour et au nr>m de la dite ville 
ensemble les dicls assistants respondirent tous à une voix que ouy 
et advouèrent le dict Nicolas. Sur et de toutes lesquelles âinsi prolatées 
de chascune partie que dessus et tant en requestes que responses 
lès dictes parties et chascune d'icelles requérant à Colin Fenron 
tabellion juré au dict Espinal pour le Roy nostre Sire, Jehan 
Molet et Parisot Girard substituts du tabellion au dict lieu, qu’ils 
leur en fissent instrument un ou plusieurs d'une mesme forme et 
teneur ce qu’ils leur ont octroyé. 

En tesmoing de ce nous garde des seaulx dessus nommes, aux 
prières et requestes de chascune des dictes parties avons & la 
relation et avec les seings manuels des dicts juré et substituts , 
scellé cest présent instrument des seaulx et contresaulx de la dite 
ville et prévosté d’Espinal saulf en autres choses le droict du Roy 
nostre Sire et l'autruy; qui fut faict Tan , jour , mois , heure, ville et 
lieu devant dits. 

(Origio. Bibl.Imp. Foods F SM*ermaia , Àuc. IV* 1099. — 
Arcbtv. de la ville. Mm. A A. i.) 


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— 405 — 

LXV. 

90 Septembre 1465. 

A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront Jehan de 
Coiffy, garde dès seaulx royaulx de la ville et prcvosté d’Espinal 
pour Je Roy ncstre Sire saJut. Scavoir faisons qu'en l'an mil quatre 
cents soixante trois, le vingtième jour de septembre environ, huict 
heures du matin du dit jour, en la dicte ville et l’hostel commun 
ordonné à tenir le conseil de la dicte ville auquel hostel estoient 
lors appelez et convocquez aa son de la grosse cloche à ce faire 
députée, tous les habitants d’icelle ville en la plus grande et saine 
partie d’eulx en la présence de Jehan Motet et Parisot Girard, 
substitut du tabellion au dict lieu, comparut en personne Nicolas 
Cunot bourgeois d'illec, lequel proposa aux dicts habilans ce qui 
s'ensuit ou paroles semblables en substance disant : « Messeigneurs, 

» il est vrai que noble homme Hugues de Bondi l escuier, vicomte de 
» G i sors, gouverneur de ceste ville pour le Roy nostre sire a requis et 
n commandé à MM. les quatre gouverneurs d'icy pour le dict 
» seigneur et aux esleus desmestiers pour et au nom de toute la dite 
» ville, que nous fissions obéissance à Monseigneur le Mareschai de 
n Bourgogne, selon le contenu des lettres du don qu’il a sur ce du 
» Hoy, auxquelles requestes et commandements avons opposé et 
» appelé en Parlement à Paris, ainsi que paravant avoit esté conclud 
» et ordonoé en nostre conseil, desquels opposition et appel il puet 
» plainement apparoir par certain instrument sur ce faict. Et pour 
» ce que aucun de nous ne le puisse ou veuille ignorer, je vous 
» demande de par mes dicts seigneurs les quatre et les esleus des dicts 
» mestier se ce qui en est faict est pour et de par vous tant en général 
n qu’en espécial. » Lesquels habitans tous ensemble et à une voix par 
commun accord et d’un mesme assentiment, respondirent qu’ouy. 
Sur et desquelles proposition et response ainsy faictes que dessus le 
devant nommé Nicolas Cunot pour et au nom des dits quatre 
gouverneurs et des esleus des dicts mestiers a requit aux dits 
substituts et tabellion instrument un ou plusieurs d’une mesme 
forme et teneur ce qu’ils m'ont octroyé. 

En tesmoing de ce, nous garde des seaulx dessus nommé à la 
relation et avec les seings manuels des ditz substituts avons scellé 


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ce présent instrument du scel et contrescel aux contracta de la dite 
ville et prévosté, sauf le droict.dn Roy nostre sire et l’autruy. Donné 
au dict lieu d’Espinal Tan, jour, mois, heure et hostel devant dict. 

Signé : Picard. 


LXVI. 


2 Octobre 1463. 


A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront > Jehan de 
Coiffy, garde des sceau Ix royaulx de la ville et prévosté d'figpiaal 
pour le Roy nostre sire salut. Scavoir faisons que l v an de grâce 
mil quatre cents soixante trois, le second jour du mois d’octatee. 
environ neuf heures du matin dudit jour, en la ville d’Kspioal et 
l’ostel auquel demeure a présent noble homme Hugne de Bondit, 
ecuyer, vicomte de Gisors, gouverneur dudit Espin&l pour le Roy 
nostre sire, en la présence de Colin Ferron, tabellion et Parisot 
Girard, substitut et tabellion jures au dit Espioal , de per Je Roy 
nostre dict seigneur comparurent en lenrs personnes le devant dit 
Hugues escuyer, gouverneur comme dessus d’une part, les quatre 
gouverneurs de la dite ville d'Espinal pour icelluy seigneur , Nicolas 
Cunot et plusieurs autres bourgeois d’icelle ville d’antre paît auquel 
Hugues gouverneur comme devant. Jehan Hamult un des dits 
quatre gouverneurs adressa ces paroles, disant ces mots ou autres 
semblables en substance : « Monseigneur le gouverneur , nous avons 
» remonstré eux bonnes gens de ceste ville ce que vous nous dictes 
» hier et ve©cy Nicolas Cunot vous faira leurs responces. » — A 
quoy dict Hugues gouverneur en récitant ce qu’il leur avoit dict et 
proposa en ceste manière ou paroles semblables : « Je vous deroao- 
» day hier qui vous avoit fafct mettre les estendars du Roy sur vos 
» portes et a cui vous on avez fui licence car je vous fais seavoir 
» qu'il n’y a que trois personnes au Royaulme de France, c’est 
» assavoir le Roy, Monseigneur le Connestable et Messeigneurs les 
» Mareschaulx de France, de quoy nul d’iceulx ne les oserait porter 
» ne desployer sans le consentement du Roy et encore le mettre en 
» main sans qu’ilz soient bien gardez, et vous les avez mis ap plus 
» haut de vos portes; ce n’est pas par moy , je n’en veul pas porter 


» 


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— 40 n — 

,» la peuiteoce pour vous. Aussy j’envoyai hier mon vaalet hors de 
o la porte et voz portiers ne le voulurent pas laisser issir 
» dehors, se vous me voulez tenir dedans , je m’en rapporte a 
» vous. » Adoncq Jehan Cunot, par l’ordonnance des bonnes gens 
de la viîte respondit au dit gouverneur a telle manière en paroles 
consonans a ce en leur substance : « Monseignqpr le Gouverneur, je 

• vous diray présentement les causes pour quoy nous avons mis 
.» les pennonceaux sur les portes. Il est vrai que quand nous fismes 
» l'obeyssance de ceste ville au feu Roy, que Dieu absoille, 
» nous fut ordonné de mettre les armes du Roy à toutes les portes 

• lesquelles y sont si honorablement, qu’avons peu. Mais pour tant 
» que on nous a menacés que Monseigneur le Mareschal de 
» Bourgogne mettroit le siège ci-devant et y metteroit quatreMille 
J» Luüchaires et plus et que vous-mesme vous avez dict et pour» 
» tant que les dits Luitchaires et autres ne pourroient voir les dites 
» armes que 3ont sur les portes, basses, avons mis les pennonceaux 
» du Roy au plus haut des dites portes ainsi qu’avons accoustumé , 
» afin que les dits Luitchaires et autres voyent clairement que ceste 

• ville est au Roy et ne le puisse ignorer car nous sommes à iuy 
» et oncques ne eusmes autre seigneur que iuy, ne n’avons 
n intention d’en jamais avoir d’autre pour vivre et pour mourir. Et 
» aussi n’entendons ne desirons avoir secour ne ayde que de Iuy 
» comme de nostre souverain seigneur et avons parfaite fiance qu'il 
» nous gardera bien de tort et de force. Et au regard de vostre vas! et 
» nous avons accoustumé de toute ancienneté qu'aux jours de foires 
j> mesmement quand nous avons aucun doubte, que on ordonne aux 
» portiers de ne laisser saillir hors aucun de la ville pour la sûreté 
» d’icelle ; et pour ce qu'il sembloit au dit portier que vostre vaslet 
» estait bien de la ville en tant qu’il est vostre serviteur, sans autre 
» chose penser, loi a refusai l'issue de la dite ville et non autre- 
» ment. » Sur ce respondit le dit gouverneur que le Mareschal de 
Bourgougue n'y entrepreneroît rien outre le bon plaisir du Roy. 
De et sur lesquelles choses ainsi dictes et proférées par les dites 
partira, dbascune d’icelles requit les dessus nommé tabellion et 
substitut leur eu estre faict instrument un ou plusieurs d’une 
mesme forme et teneur ce qu'ils leur ont octroyé. Eu tesmping de 
ce, nous garde de&susdicts, & la relation et avec les seings manuels 
des dits tabellion et substitut avons sgellé cest présent instrument 
des scelsetcootrescels aux contrat de la dite ville et prévôsté, sauf en 


* 


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— 408 — 


autres choses le droict du Roy nostre sire et l’autrui. Ce fut 
faict l’an, jour, mois, heure, ville et hostel devant dits. 

Signé : Colin Ferron , et Picard. 

(Orig. Archiv. d'EpinaL Mm. pag. 351.) — Btbl. Imp. 
Jfondi F. Saint-Germain , anc* 1099.) 

4 ' 


LXVII. 


9 Octobre 1463. 


A Aous ceux qui ces présentes lettres verront et orront Jehan 
de Coiffy, garde des seaulx royaulx de la ville et prévosté d'Espinal 
pour le Roy nostre sire salut. Scavoir faisons qu'en l’an de 
grâce rail quatre cents soixante trois , le neuvième jour d octobre , 
environ neuf heures du matin du dit jour, en la dite ville 
d'Espinal et la chambre derrière haulte de l'hostel et habitation 
de Arnouf de Lise, en la présence de Jehan Molot et Parisot 
Girard, substituts, tabellion jurez au dit lieu de par le Roy 
nostre sire, comparurent en leurs personnes M rt Henry de Maries, 
chevallier conseillier du Roy et président en Parlementa Paris, 
ensemble noble homme Hugues de Bondiez, vicomte de Gisors, 
j&scuier, gouverneur d’Espinal pour le dit seigneur d'une part, 
Estienoe Baudenot, bailly et les quatre gouverneurs du dit lieu 
pour icelluy seigneur et avec eulx un nommé Nicolas Cunot 
d’autre part , lequel messire Henry adressant ses paroles au dicl 
bailly et quatre gouverneurs, dit en telle manière ou parolles 
semblables en leur substance : « Messeigneurs, le Roy m'a ordonné 
de mettre mouseigneur le Mareschal de Bourgogne en possession 
de ceste ville d'Espinal, je ne luy puis mettre pas l’entrée, 
car je ne vous vuel pas offenser, mais vecy monseigneur le gou- 
verneur d’icy qui est son procureur, lequel pour et au nom 
de luy je l'en mets en possession. » Auquel messire Henry res- 
pondit promptement icelui Cunot pour et au nom de toute la 
dite ville que touchant cesl cas ils appelaient de luy en Par- 
lement de Paris, en adhérant tousjours à leur premier appel. 
De et sur lesquelles paroles et choses dessus dites les devant 
fljtes partids et chacunes d'icelles requirent aux dessus nommés 


a 


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— 409 — 


substituts leur en-estre faict instrument un ou plusieurs et d’une 
mesme forme et teneur ce qu'ils leur ont octroyé. 

En tesmoing de ce nous, garde des seaulx dessus nommé, à 
la relation et avec les seings manuels des dits substituts, avons 
scellé ce présent instrument du scel et contrescel aux contraux 
de la dite ville et prevosté , sauf le droict du Roy nostre sire 
et l’autruy. 

Donné au dit lieu d’Espinal, l’an, jou?, mois, heure et hostel 
devant dits. 

Signé : Picard. 

Scellé d'un petit sceau de cire verte sur simple queue de par- 
chemin. 

(Orig. Bib. Imp. P F. S'-Germain. Ane. 1099* — 
Archivea de 1a ville. Mta. A A I.) 


lxviu. 

99 Octobre 1463. 


De par le Hoy, 

Ciers et bien amez, nagueres vous avons escript par nostre 
amé et féal conseiller, Henry de Marie, chevalier, lequel 
avions envoyé devers vous pour vous dire et remonstrer que 
tant pour vostre bien et seureté comme pour rescompenser nostre 
amé et féal cousin , conseiller et chambellan , le sire de Neuf- 
chastel, Mareschal d 3 Bourgogne, de plusieurs grans et notables 
services qu’il nous a fais, nous luy avions donné les ville, chastel, 
ban et appartenances d’Espinal pour iceux tenir de nous a foy 
et hommage lige sous le ressort de nostre cour de Parlement, 
et que nostre plaisir estoit que le dict sieur de Neufchastel eust 
la joissance das dictes ville, chastel et appartenances d’Espinal 
et que le receussions à la possession. Mais vous en avez esté 
refusans, quelques commandements qui fais vous ont esté sur 
ce de par nous , et vous estes fortifiez et fortifiez chascun jour 
pour vous mettre en rébellion et désobéissance dont nous donnons 
grans merveilles. Veu que le dict don est à vostre seureté et 
advantage et que ne nous mettons pas hors de noz mains, et 
cjue demourez soubs le ressort de nostre dicte court de Parlement. 


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— 4*0 — 


Et pour ce vous mandons de rechief surtout que nous doubles 
desplairc et encourir uestve indignation que vous faictes obéis- 
«race à nos dictes lettres, et laissez joir le diot seigneur de 
Neufcbastel du dict don par nous à luy faict sans plus y faire 
refus ou delay, et nous savons que par luy serez bien traictes 
et gardez de tous ceux qui vous voudraient faire oppression et 
violences iudeues. Et quand ne le vouldrez faire ni obéir à nos 
dicts commandements , nous y mettrons et donnerons telle pro- 
vision que congnoistrez par effect que avons la chose bien à 
cuer et que vous ne devez désobéir ne desplaire ainsi que vous 
dira plus & plein nostre amé et féal conseiller et chambellan 
Geoffroy de Saint-Belin, chevalier, bailly de Chaulmont auquel 
avons baillé sur ce charge, si le oyez et accomplissez ce qu’il 
vous en dira de nostre part sans point de faute. 

Donné à Ruel, le 22 jour d’octobre. 

Signé : Loys. 

A nos chiers et bien amex les bourgeois , mantes et habitant 
de nostre ville d'Espinai. 

(Orig. Bibl. lmp. Foods F. S^Gertnain Abc, N* 1099. — 
Arcbiv. de U ville. Mts. A A l.) 


LXÏX. 

Si Octobre 1463. 

A tous ceux que ces présentes lettres verront et orront Jean 
de Coiffy, garde des seaulx royaux de la ville et prevosté d'Espinai 
salut. Scavoir faisons que pardevant Collin Ferma , clerc tabellion 
juré au Roy nostre sire en la ville et prevosté dudit Espinat 
comparurent en leurs personnes nobles et honorables hommes 
Estienne Baudenot , Réné Molot , Jehan Humait le jeune , Jehan 
Hurault l'ayné, Nicolas Colette et Parisot Colette, lesquels et 
cbascun d’eulx pour luy et en son propre et privé nom nom- 
mèrent , ordonnèrent , constituèrent et establ iront leurs procureurs 
généraulx et certains messagers spéciaux Simon de Moustier, Ma- 
thurin de Corsuer et Henri Papetier, tous bourgeois d’Espinai, 
en toutes leurs causes, querelles et actions meutes et à mou- 


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— 411 — 

voir par devant tons juges allencontre de toutes et quelconques 
personnes especialement pour estre et comparoir par devant le 
Roy nostro Sire, ou mes très honnorez et redoublez seigneurs 
les gens de son grand conseil , au quinzième jour de novembre 
prochainement venant, illec ester à d roi et et respondre au pro- 
cureur du Roy nostre dict Seigneur, sur ce qu'il leur voudra 
demander à cause de certain refus de rentrée du dit Espinal, 
que l'on dit avoir esté faicts par les dits constituants à noble 
homme Hugues de Bpndil, ainsi qu'il est plus au long contenu 
au mandement royal sur ce faict , leurs droits, causes et raisons , 
et de chacun d'eulx poursuir. soutenir, garder et défendre en 
jugement et dehors et luv déclairer, si mestier est, proposer 
deffenses, congnoistre, nier, advouer et desadvouer, respondre aux 
positions et articles de partie adverse , jurer ez armes des consti- 
tuans et prester tous autres sermeus que ordre de droit requiert , 
substituer un ou plusieurs autres procureurs qui aient autelles 
ou [semblable] puissance que les dessus dits et les révoquer, se bon 
leur semble, ceste présente procuration neantmoings demourant 
en sa force et rigueur, et généralement faire, dire, procurer 
et besoigner ez choses dessus dictes et en leurs dépendances, 
tout ce et ainsi que les dits constituants feraient faire pourraient 
et debvroient se présents et en personnes y estoient jasoit que 
la chose requist mandement plus spécial, pramettans iceux consti- 
tuants et chascun d'eulx par leur foy, sur ce donnée corporel- 
lement en la main du dit juré en lieu de serment et soubs 
l'obligation de tous leurs biens meubles présents et avenir teoir 
et avoir agréable, ferme et stable à tousjours tout ce que par 
leurs dicts procureurs, leurs substituts ou* l'un d’eulx sera faici, 
dict, procuré et besongné ez choses dessus dictes et en leuos 
dictes dépendances et avec ce les relever de toutes charges <et 
satisfactions ensemble payer Tadjugier, si mestier est, lesquels biens 
ils ont pour ce soubmis k la juridiction du Roy, nostre dipt 
seigneur, et à toutes autres juridictions tant d'église que séculières. 

En tesmoing de ce, nous garde dessus nommé à la relation 
et avec le seipg manuel du dit juré, avons scellé oeg présentes 
lettres du scel et contrescel aux contrats de la dite ville et 
prévosté d’ Espinal, sauf le droict du Roy nostre sire et l’aultruy. 

Donné à Espinal , le darrier jour du mois d'octobre mil quatre 
cent soixante trois, présents honnorables personnes George Cunot, 


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— 442 - 

Girard Waïnier et Jeban Saheury , tous bourgeois d'Espinal f 
tesmoings à ce appelez espécialeinent requis. 

Signé : Colin Perron, 

Scellé d'un petit sceau de cire verte pendant sur simple queue. 

(Orig. Bibl. lmp. Fonds F. Sain (•Germain Ane. 4099. — 
Arcbiv. de la ville. Mm AAI.) 


LXXa 

10 Avril 1464. 

Loys par la grâce de Dieu Roy de France et seigneur d'Espinal, 
a nos amez et feaulz justiciers, officiers et gardes de nostre ville 
d'Espinal. Comme il soit ainsi qu’il a esté appoincté par nous et 
de la délibération de nostre conseil et de nostre court de Parlement 
sur le faict de vos privilèges et Ubertez de la confirmation de 
Monseigneur défunct, que Dieu pardonne, d’avoir regardé et 
considéré que tousjours avez esté nos bons et leaulx subgez, sur 
quoy nous vous envoyons ce porteur qui est nostre herault d'armes 
servant en ordonnance pour savoir et regarder treslous assemblée- 
ment par vostre bonne délibération la manière en quoy et au 
mieux pour le faict du bien publicque de nostre dite ville pour 
ce que autres fois estes venus p*r devers nous pour savoir si nous 
vouliens vous recevoir comme nos subgez. Et de la délibération de 
nostre conseil a esté advisé que pour les bons et agréables services 
que nous avez faict nostre Marescbal de Bourgogne, pourquoy à 
nostre joyeux advenement l'aviens pourveu et donné nostre droict 
de nostre dicte ville, pour ce que autres fois et tousjours il nous 
pouvoit aidier et secourir à toutes nos nécessitez pour mettre tous 
nos subgets en obéissance, considéré que nous avons regardé vostre 
leaulté et bonté comme bons leaulx français, que nous voulons 
reconfermer vos privilèges et libériez comme a faict Monseigneur 
defunct que Dieu pardonne , et par l'oppinion que a esté appoincté 
de nostre court de Parlement, si vous mandons par ces présentes 
que vous vous trouviez le vingt huictième jour du mois de may 
prochainement venant par devers nous en nostre ville de Chastcau- 
Thierry et ferons tant que serez content de nous et créez nostre dit 
officier d’armes en la créance de bouche qu’il a de. nous; rescrives 


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— «3 — 


par lui vostre bonne oppinion car nous tenrons nos estais ce dict 
jour pour bcsoigner à vostre matière sur le faict du bien publicque 
pour vous et beaucoup d’autres. En tesmoing de ce nous avons 
faict meslre nostre sceau de secret à ces présentes. 

Donné à Chartres le dixième jour du mois d'avril l’an de grâce 
mil quatre cents soixante et quatre et de nostre règne le troisième. 

Signé : de Viergiers. 

Scellé d’un petit sceau de cire rouge en placard. 

(Orig. Btb« lmp. Fonds F. anc. 1099. — Archives de 
de la ville. Mm. A A I.) 


LXXI. 

96 Avril 1464. 

A tous ceulx qui ces lettres verront et orront, Jehan de Coiffy , 
garde des sceaulx royaulx de la ville et prevosté d’Espinal, de par 
le Roy nostre Sire salut. Scavoir faisons que par devant nous 
Nicolas* Coignet et Colin Ferron tous deux tabellions de la dite 
prevosté vint et fut présent en sa propre personne Jehan dit Cuer 
de Lion natif de la ville d’Arelon lequel ait recongnu de son plein 
gré, pure et franche volontei, sans force ne contraincte aucune ne 
en quelconque manière que ce soit que de la gueire qu’il ait faict 
a ceulx d’Espinal pour et au nom de monseigneur le Mareschal de 
Bourgongne et aussi de sa bature et de ses gens pris par iceulx 
d’Espinal , il s’en est tenu pour content des dits d’Espinal du entiè- 
rement et les en veut quicter et quicte par ces présentes lettres, 
promettant par la foy et serment de son corps pour ce corporellement 
donnée en nostre main en lieu de serment , que jamais maulx ne 
dommages ne sera faict de part luy ne pour au nom de luy aux 
dits d’Espinal ni a au 1 très pour eulx. En la présence de noble 
homme Hugues d’Orge, lieutenant à Espinal, de mon très redobtei 
et très honoré seigneur Monseigneur le Bailly de Chaulmont et de 
Nicolay Philippe demeurant à Dompaire, Jehan Poignalz de Suara 
de la parroche de Ramonchamps, tesmoingsa ce appelez et requis. 

Donné à Espinal le XXVI e jour du mois d’apvril mil CCCC soixante 
et quatre. 

Signé : Coignet , Ferron. 

(Orig. Arcbiv. de la ville d’EpioaL Mm. pag. 365.) 


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— 414 — 


liXXU. 


24 Février 146&. 


A tous ceux qui ces présentes verront et orront , Jehan de 
CoifTy, garde des seaulx royaulx de la ville et prévosté d'Espinal , 
salut. Scavoir faisons que l’an mil quatre centz soixante cinq, 
le vingt quatriesme jour dü mois de fébvrier, environ deux heures 
après roidy d'icelluy jour en la ville d’Esptoal en l’hostel et 
l'habitation de Jehan Molot , bourgeois du dit lieu , en la pré- 
sence de Jehan Gohorey d’Espinal, clerc tabellion juré de la dite 
ville et prévosté de par le Hoy nostre sire et des tesmoings 
soubscripts, comparurent personnellement honorables hommes. 
Colin Ferron , procureur d'Espinal pour le Roy, nostre dict sei- 
gneur, et les quatre gouverneurs du dit lieu pouf icelluy seigneur 
d’une part, Démangé Math eu , maire de la mairie de Sercuer 
au ban d’Espinal, Jehan d’Oy de Villoncourl, Didier R&vaire, 
maire de Girmont, Faulquin dudit lieu, Démangé du Chaisne, 
maire de Doignon ville , Demcnge Parisot du dit lieu et Gérard 
de Longchanip, tous habitans du ban da dit Espioal d’autre 
part, lequel procureur adressa sa parole aux dits habitans, 
disans tels mots ou semblables en substance : « Messieurs, je vous 
» demande par le serment que vous avez au Roy nostre seigneur, 

» que vous me dictes quels appoinctements et paroles que vous 
» avez heu avec Monseigneur le Mareschal de Bourgoigne qui voue 
» a mandié au lieu de Chastel ? » — Sur quoy fut respondu par le 
dit Jehan d’Oy, pour et au nom des dicts habitans, qu’ilz avoient 
esté au dict lieu de Chastel et que Monseigneur le Mareschal leur 
dit telles paroles ou semblables en substance : « Vous scavez qu’il 
» a environ trois ans que le Roy m’a donné la ville d’Espinal et 
» le ban et en a joy par aucun temps et depuis le Roy y a heu 
» mis la main et le temps pendant. Je ne vous ai rien demandei 
b ne demande encore et darriennemeot en faisant la paix dés' 
» seigneurs, le Roy m’a reconformé mes lettres et m’en a levé 
» la main et pourtant vous ay mandé quérir pour me faire le 
» serment comme debvez, si vom commande que me faictes 
* le serment comme vostre droicturier et souverain seigneur sur 


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— 445 — 


» peine d'amende arbitraire à recouvrer sur vous et sur vos biens» b 
A quoy ils demandèrent conseil , dont leur fast respondu par le 
dit Mareschal qu’ils ne debvoient point avoir conseil contre leur 
souverain et droicturier seigneur mais leur monstra les lettres 
qu’il dit avoir du Boy et leur fit lire* Et après la lecture 
d’icelle, les dits habitans luy dirent : «Monseigneur, ceux d’Espinal 
» disent qu’ils en ont de meilleures et plus fortes pour eulx que les 
» voslres. » — Adoncq le dit Mareschal leur dict : « Ils vous abusent 
» car je ousseroye bien obligier la teste qu’ils ne se ouseroienl 
» trouver devers le Roy pourtant que darriennement ils n’ont 
» voulu obéir à un commissaire que le Roy leur a envoyé pour 
» m o y mettre en possession. Mais en sont esté refusans comme 
» faulx, traîtres, oontre leur rauverain et droicturier seigneur et 
» partant veul-je bien qne sachiez que tous oeux que je pourray 
» trouver la main armée je les fairay pendre par la gorge ou 
» decalptey et garderay bien les marchands d’aller en Flandre ne 
» ez foire autre part. Et tous les marchands et laboureurs que je 
» pourray trouver, je leur fairay payer amende arbitraire si grosse 
» qu'ils ne là pourront porter et' pourtant y a il icy celluy de 
» vous qui veuille faire son serment et qui ait bonne volonté? 

» Ceux qui le fairont sans contrainte on leur en saura bon gré et 
» ceux qui ne le fairont on leur faira faire par force et en seront 
» en male grâce. » Sur quoy derechef les dits habitans demandèrent 
conseil ce que leur fut octroyé par mon* dit seigneur le Mareschal 
disant : « Conseillez vous bien , car par la mort Dieu vous me fairez 
». le serment avant que n’allez ne partez de caste ville et le vous 
b défend sur peine d'amende arbitraire et d’èstre traduis et . aussi 
» de confiscation de corps et de biens. » Adoncq les dicts habitans 
se départirent du dit Mareschal et tanlost après Monseigneur ^En- 
court, fils du dict Mareschal s’en viol vers les dits habitans et 
leur dict : et Vous n’avez pas voulu faire vostre devoir envers iMon- 
b. seigneur mon père et pourtant qu’avez demandé conseil* Je me 
n fais fort de luy. qu’aurez- terme jusque® à jeudi prochain. Bar 
» ainsy qpe si ne luy faictes jeudi le serment que vous luy dehvez, 
» il vous abandonue A ses gens d’armes pour vous bruller,. peore 
» tout le vostre et vous faire plusieuisr autres mais et dommages,. 
» ne soyez point rebelles envers vostre seigneur* car vous ne 
b gaignerez riens, b Et fut ledit Jehan d’X)y tesmoigné et advoué 
de tous les autres habitans devant nommé qu’il estait ainsi qu’iV 


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— 416 — 


avoit dict et déposé. Sur et de toutes les. quelles paroles 
ai ns y dictes et déposées comme dessus ledit procureur et 
quatre gouverneurs devant nommés en requirent Jehan Goherey, 
tabellion devant dict en avoir un ou plusieurs instruments 
d'une mesme forme et teneur, se besoiog en avoient, ce qu'il 
leur octroya pour valoir en mesme temps et lieu ce que raison 
doura. En tesmoing de ce, nous garde des seaulx roy&uix dessus 
nommé à la relation et avec le seing manuel du dit juré 
avons scellé ce présent instrument du scel et contrescèl aux 
contraulx de la dite prevosté. 

Donné et fait au dict Espinal, l’an, jour, mois, heure, ville 
et lieu devant dict. Présens à ce vénérables et discrètes personnes 
Messire Jehan Tallet et Messire Mattheu Servel ambdenx d'Espinal 
prebstres (esmoings à ce appeliez et requis. 

Signé : Coheret. 

Scellé d’un petit sceau de cire verte pendant sur simple queue 
de parchemin. 

(Orlg. Bib. lmp. F F. SMvermain, 1099. — ArehivM 
de la ville. Mm. A A 1.) 


LXXIII. 

90 Avril 1468. 

Très illustre prince et très cbrestien Roy, mon très redoubté 
seigneur, à Vostre Majesté Royal humblement me recommande, à 
laquelle plaise savoir qu’il pleut au feu Roy vostre père lors estans 
ès marches de par deçà , avoir ljobeissance de la ville d’Espinal 
ancien héritaige de mon esglise. Et depuis requist avoir l’obeiasance 
des villes et mairies du ban d’Espinal appartenant aussi À mon 
eveschié, laquelle obéissance leur fut concedié à faire par feu 
messire Conrad, mon prédécesseur jusques a bon plaisir et rappel 
. de luy ou de ses successeurs afin que les dicts du ban par sinistre 
informacion lors fai cte audit seigneur Roy ne incourissent son 
indignation. Et pour la recou vrance des dites villes et ban mon dit 
prédécesseur et moi fummes des lors esté en continuel pourchas 
envers ledit seigneur Roy et envers vous , comme je tiens Vostre 
Majesté Royal et Messeigneurs de vostre grant conseil eu estre aase* 


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— m — 


recors et advertis des drois de ma dite eogiéæ et moy y avons et 
avoir peu vous. Car est-il que les dits du ban tant pour acquit et des- 
charge de leur conscience et eulx- mettre en leur devoir ettaame 
pour pluseurs adversités, molestations, perplexités et dommaiges st 
eulx infères sont pieça ot mesmement nagaires venus vers moy 
priant instamment tant par supplications comme de bouche dé 
les: racep voir en mon obeyssance. A qnoy n’ai voulu acquiescer sans 
vostre sceu et bon vouloir, espérant que quant derechief sériés 
advertis du bon et cler droit, que à cause de mon eglise, ay et 
doit avoir en yceulx villes et ban , lèveriez Ja main et 
joyrmon eglise et moy. Pourquoy, mon très redoublé seigneur, 
rescrips présentement a vous comme a prince très ehrestien, protêt 
leur et augmenlateur de l'Eglise* suppliant le plus humblement 
que je puis qu’il vous plaise avoir tegprt et considération «no 
repeter à ce que dit est en l’onoeur de Dieu et foveür de justice 
et d’equité estre content que je reçoive ledit ban et beritaige de 
taon église en mon obeyssance commet tenus suis. Et au plaisir de 
Dieu metteroy paine a l’ayde de messieurs frères et amis et bien 
voUlans de les garder, deffendre et maintenir, vous suppliant très 
humblement de moy sur ce par èe porteur faire àavôir voslre bon 
vouloir et plaisir. En ce faisant ferez voslre acquict et euvre méri- 
toire envers Diéu et mon eglise et seray tenus et obligiez le 
dcservir envers Vostre Majesté Royal, ce que de bon cuer en toute 
possibilité feray a l’aydo de Nostre Seigneur qui vous , très illustre 
prince et très chrestiea Roy, mon très redobté seigneur, vous 
doue accomplir vôz bons désirs. 

Escript le XX* jour d’Apvril l’an mil quatre dent soixante et ciüq. 

An Roy mort très rèdohté Vostre humble Orateur 

seigneur. Georges, èvesque de Mets. 

• (Orig. Archiv. dé la Meoribe. Trésor dè Lorraine. 

La jette Kpfnsl 4. fi* 4%, pièèe 6.) 

LXXTV. 

» Juillet 1464 on 1466. 

De par le Roy, 

Très chier et amé cousin , nous avons nagueres reçeu vos lettres 
par Henry Bayer chevalier; vostre conseiller contenant créance/ 

27 


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— 448 — 


laquelle nous avons volentiers fait oyr par 1rs gens de noslre grarrf 
conseil; et entre autres choses avons sccu que icellui vostre 
conseiller en exposant sa dite créance a dit que on vous a donné a 
entendre que nous avions fait don et transport de nostre ville et 
seigneurie d’Espiua). Duquel rapport nous sommes bien esmerveil- 
lez et ne savons d’où procèdent telz langaiges. Mais pour ce que a 
cause de vostre eglise de Metz y prétendez aucun droit , se d’icelui 
voulez prendre ailleurs recompense, nous, pour l’onneur et 
amour de Dieu et de l’église y entenerons bien voulenliers comme 
nous avons plus au long fait dire au dit \osire conseiller afin que 
sur ce nous faciez savoir vostre voulenlé. ht autre part de vostre 
venue devers nous dont vous avez fait savoir par vostre dict 
conseiller en sa dite creance, quant aurez temps et opportunité de 
venir, nous serons bien joyeux de vous veoir. 

Donné à Amhoise le XXII* jour de Juillet. 

Signé : Louis. Castel. 

Et au dos : 

A noslre très cher et aîné cousin , l’evesque de Metz. 

(Orig. Arcliiv. «le la Meorthe Layette Spinal I. PI* 426 , 
pièce 8.) 


LXXV. 


7 Décembre 14111. 

9 

Nicolas, marquis de Pont, lieutenant de Monseigneur au duchié 
de Lorraine, à nos très chiers, feaulx et bien amez les baillis de 
Nancey, d’Almaigne, de Vosges, les cappitaines de gens d’armes 
et de traict et autres hommes et subjets de Monseigneur, noi 
receveurs, prevostz, celleriers et autres officiers, salut. Nous 
voulons et vous mandons que de tout ce que à cause de la 
guerre qui darrieremeot a esté meute contre ceux d'Espioalx 
a esté séquestré, arresté et mis sous nostre main soit heritaiges, 
argens , biefs, vins, besliauix, denrées et autres meubles quel- 
conques *ant ou dict duchié de Lorraine comme en nostre 
marquisat du Pont et dont vous, receveur, n'en avez faict recepte 
ou assignations vous leviez la main et mectiez a pure et fran- 
che délivrance et les en laissiez joyr et user plenement et 


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— 419 — 


paisiblement san^ leur faire ne donner destourbier ou empesche- 
ment quelconque et sans attendre de nous mandement plus espécial 
car ainsi par l'ordonnance et commandement de mon dict seigneur 
leur avons aujourd'huy accordé et consenti. Et par rapportant 
copie ou vidimus de ces présentes vous en dcmourez quicles et 
bien deschargiez envers mon dict seigneur et vous ; sy n’v 
commette faillie*. 

Donné à Naocey le sepliesme jour de décembre, Pan mil quatre 
cens soixante cinq. 

Signé : Nicolas. 

Et au repi y : 

Par Monseigneur le marquis, lieutenant, etc., les baillis de 
Nnncey et de Vosge, le grant escuier et autres présents. 

Scellé sur double queue de parchemin du sceau de cire rouge du 
duc Jean 

(Orig. Archiv. de la ville d’Epinal AA.) 

LXXVI. 


4 Avril 1466. 

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront, Jehan 
de Coiffa, garde des seaulx royaulx de la ville et prevosté d’Espinftl, 
salut. Scavoir faisons que Tan mil quatre cents soixante six , 
le vingt troisiesme jour du mois d’avril , environ dix heures du 
matin dudit jour, en la ville d’Espinal, en l'hostel et habitation 
de George Cunot , eschevin dudit lieu , en la presencé de Nicolas 
Cunot et Colin Ferron tabellions jurez es dites ville et prévosté, 
de par le Boy nostre seigneur, vinrent et furent présentés en 
leur propre personne , Jehan , fils Démangé , Rstienne de Villon- 
court, Didier Genre, Jehan Breu, de Bul, Demenge Adeline 
dudit lieu , Didier Estienne de Villoncourt et Colin Huguenel 
de Bult, tous matians et habitans du ban d’Espinal, lesquels, 
de leur plein gré, sans force ne coutrainctes aucunes, et par 
serments faicts et solennez sur les sainctes Evangiles de Dieu, 
dirent et déposèrent en la forme et manière cy après escriptes : 

Et premier ledit Jehan Estienne, aagé d’environ de vingt quatre 
ans, a dict et déposé par son serment que le vingt deuxiesme jour 
r du mois d’apvril audit an, environ deux heures après nonne dudit 


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jour, il veit les gens de Monseigneur lemarescbal de Bourgoigoe 
habitans de Chaslel-sur-Mozelie qui vinrent audit Villoncoort 
et prinrent foutes les bêles dudit lieu avec quatre prisonniers 
et les emmenèrent audit Cbaetel avec certaine et grosse quantité 
d’au lires bestes qu’ils amenoient; qu’ils a voient jà prises ès 
villages de Bui et do S&iocte Heleine et dict qu’ils venoieot jà de 
courre ; 

Item Didier Geure, aagée d'environ trente ans, dict et déposé 
par sqn serment que le vingt deuxiesme jour d’apvril les dits de 
Chastel-su r-Mozelle couroient le dit Villoncourt en revenant qu’ils 
faisoient de Bul et de Saincte Heleine et prinrent toutes les bestes 
dudict lieu et les emmenèrent avec les autres bestes qu’ils avoient 
prises a Bul et a la dite Sainte Heleine et Tuf chassé du dict 
Chastel lequel s’enfuya; 

Item Demenge Adeline dict et déposé par son serment pareille- 
ment qu’à fait ledit Didier; 

Item Didier Estienne de Villoncourt , dict et déposé par son 
serment que le dit jour, il vit les dits de Chastel penre touttes 
les bestes dudict Villoncourt et les emmener avec plusieurs autres 
qu'ils avoient pris autre part et qu’il tes veit aller à l’huis de la 
maison du maire dudit Villoncourt pour le Roy nostresire, et 
frapper de la lance audit buis disant : « Entrerons-nous poinct 
» icy ? » ; 

Item Colin, Huguenel do Bul, aagé d’environ quarante ans, 
dict et déposé par son serment que le dit jour, environ l’heure 
dessus dite, les dits de Chaste 1-sur-Meze lie couroient les villes de 
Bul, Vomecourt et Saincte Heleine et en exnmerèrent toutes les 
bestes des dites villes avec six prisonniers lesquels ils lièrent les 
uns, les pieds dessoubs le ventre d'un cheval, et les autres 
battirent et blessèrent grièvement, mesmen.ent Ricbier Meslard 
de Saincte Heleine, nn des prisonniers, luy fendirent la teste 
en deux d’une espée jnsques après mort, lesquel? bestes et 
prisonniers ils meneirent audit lieu de ChasteDsor-Mozelle, et y 
demeurèrent une nurct et le lendemain , le baiily dudict Chaste) 
s’enviot vers eulx et leur dit : « Baolx enfants, si vous voulez 
» faire vos sermens , vous, on irez et enremenerez toutes vos 
» bestes et se ne le voulez faire l’on vous bouterons au fond 
» des fossés. » Lesquels habit ans, comme ledit déposant, redoub- 
lons les prisons et menaces des dits de Chastel, luy firent ser- 


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ment de payer les droicturcs qu’il doit au Roy et leur dirent 
encore les dits de Chastel : «Dictes aux aultres de vostre ville qui 
» ont desbestes icy que se ilz veulent venir faire leurs serinens, 
*» ilz en ramèneront touttes leurs bestes et leur dictes que nous 
» pranroos toutes les autres et jusques a ce qu'ilz auront tous fais 
» leurs sermens à Monseigneur le Mareschal de Bourgoigoe et ceux 
» qui ne le feiront , nous les pugnieront grièvement. » 

Sur ce et de touttes lesquelles paroles et dispositions, ainsi 
dictes et déposées, comme dessus, nous quatre gouverneins de 
la ville d’Espinal, en requirent au dessus dits tabellions en avoir 
wb ou plusieurs Instruments d’une mesure forme et teneur ce 
qu’ils leur octroyèrent pour valoir ce qu’a raison apparliendra. 

En tesmoing de ce nous garde dessusdit avons scellé ces 
présentés lettres du scel et contresel [usité] aux contrats de la 
dite prevosté, saulf le droit du Roy nostre seigneur et l’aullruy. 

Donné audit Espinal , l’an, jour, mois, heure, ville et lieu 
dessus dict. 

Signé : Congret et Colin Ferron , avec paraphe. 

(Orig. Archiv. de la Tille A A Mb»., page 401.) 


LXXVII. 

15 Mai 1466, 

Très illustre prince et très chrestieo Roy, uiou 1res redobté 
seigneur, a vostre Majesté Royal le plus humblement que je puis me 
recommande. Sur ce que nagueres par ung de mes serviteurs vous 
ay escript pour le faict du ban d’Espinal , héritaige de mon eglise, 
humblement suppliant de laissier retourner les habitans dudit ban 
a mon obéissance, moy confiant a Vostre Majesté que icelle derechief 
adverlie du droict et seigneurie que ma dite eglise et moy avons 
nussy en la ville et chastel d’Espinal en lèveriez la main et laisseriez 
yceulx retourner ou que selon Dieu doivent estre et appartenir, 
envoie de rechief mon feau conseiller et bailly messire Hanry Beyer, 
chevalier, seigneur de Chastel et de La Tour vers vous humblement 
suppliant qu'il vous plaise luy donner benigne audience et adjoster 
foid et creance entière a ce que sur icelle matière vous dira et 
exposera de ma part comme a moy tnesme, au sourplus avoir regart 


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— 422 — 


a ce que dit est et avoir ledit fait , mon eveschié et ma personne 
en especiale recommandacion comme ma singulière confiance y 
est. En quoi ferez euvre méritoire en ver Dieu pour vostre acquict 
et seray tenus, ce que de bon cuer feray, le deservir en toute 
possibilité envers Vostre Majesté Royal, laquelle Dieu Nostre Seigneur 
veuille en tous biens et prospérités augmenter. 

Escript le XV e jour de May l’an mil quatre cent soixante et six. 

Au Roy, mon 1res redobté Vostre humble orateur, 

seigneur, Georges, evesque de Metz. 

(Orig. Àrchiv. de Ip Meurt lie* Layette. Epinal I. N* 126, 
pièce 7.) 


LXXVIII. 


10 Juin 1466. 


Fridericus divina favente clemencia Romanorum imperator 
semper augustus, Hungarie, Dalmatie, Croacie etc, rex ac Austrie, 
Stirie etc. Dux, serenissimo principi Ludovico Francorum régi patri 
nosirô carissimo salutem et fraterni amoris continuum ineremen- 
tum. Serenissime princeps, frater noster carissimo, in facto ecclesiæ 
Metensis quo aliàs, occasione opidi et castri de SpinaJo caritati 
vestræ scripsimus, commissiuius etiam nihilominus non nplla 
nostroet imperii sacri fideli Henricode Peyrer dePoparten, ballivio 
in Lutringnia, pro pleniori ejusdem informacione eidem vestre 
caricati totius exponenda, sincero horlantes affect u ut in eisdeui 
suis rererendis sibi fidem creditivam adhibere ipsanique ecclesias 
Metenses uti confidimus quod se apud eanden vestram caritatem 
pro desiderato profecisse sensiat recom mandai um suscipere in 
complaccntiam nobis singularem ipsa eodem ve.-tra carilas velit, 
quam et bene valcre et prospère regnare semper optamus. Dalum 
jn Nova Civilate, décima die Mensis junii, anno domini millesimo 
quadr.igentesimo sexagestmo sexto, imperii noslri quinlo decimo. 

Ad mandatum proprium imperatoris. 

(Orig. Archiv de l'Empire. Très, des Chartes. Chambre 
ffpyale de Mets J. 985 ) 


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— 423 - 


LXXIX. 

8 Juillet 1466. 4 

Jehan de Brion, escuier, lieutenant général de noble homme 
Régnault du Chastellet, escuier, valet tranchant du Roy nostre sire, 
bailly de Cbaulmont, commissaire du Roy, nostre'dict seigneur, 
en ceste partie, scavoir faisons à tous que le Roy nostre dict 
seigneur , par ses lettres patentes données à Montargis, le douziesme 
jour de juin mil quatre cent soixante six, impétrées et à nous 
présentées de la partie des gouverneurs, bourgeois, manans et 
habilans de la ville, ban et seigneurie d’Espinal, a pris et mis en 
sa protection et saulvegarde especiale les dicts gouverneurs, bour- 
geois et habitants et , par vertu des dites lettres et du pouvoir à 
nous donné et commis par icelles, nous deffendons a noble 
seigneur Thiébautt de Neufchâtel, chevalier, seigneur de Chastel- 
sur-Mozelleet à tous ses alliez et complices que aux dits gouverneurs, 
bourgeois et habilans des dites villes, ban et seigneurie d’Espinal, 
ils ne mesfoient ou facent mesfaire par eulx ne par aultres en 
corps ne en biens ne en aucune manière. Et pour ce que de 
présent ne pouvons avoir seur accès à la personne dudict chevalier 
ne de ses dicts alliez et complices ni iceux pour le présent trouver 
ne appréhender en ce royaulnic, par autrement que par cry 
publicque, mettre à exécution les dictes lettres royaulx, et ensuivant 
le contenu à icelles : defTendons de parle Roy, nostre seigneur 
audit chevalier et à tous ses alliez et complices a son de trompe et 
par cry publicque, sous peine de perdicion de cause touchant 
certain procès meu en matière d’appel tant en la cour du Parle- 
ment qu’au Grand Conseil du Roy, contre les dicts gouverneurs, 
inanans et habilans de ladite ville, ban et seigneurie d’Espinal 
appelans et le dict chevalier intimé comme partie adverse à 
l’occasion de la seigneurie dudict Espinal par luy prétendue et sous 
peine déire repuiez rebelles et désobissans au Roy nostre dict 
'seigneur çt de quatre cent mille mares d’or à luy applicquer, que 
pendant la dicte cause d’appel, contre ne au préjudice d’icelles ne 
des dits appelans, ils ne atlemptent ou innovent, facent ou souffrent 
aucune chose estre a Item plée ou innovée et ne procèdent et facent 
procéder altenconlre des dits gouverneurs, bourgeois, manans et 


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— 434 — 


habitons des dites villes, ban et seigneurie d’Espinal ne d'aucon 
d'eulx par voye de faict, mua armée, hostilité en aucunement. 
Ainçais tout ce que faict, attempté, innové ou procédé a esté a ce 
pontraire par le dict chevalier et ses dicta alliez et complices, ils le 
reparent et revocquent ou facent reparer , revocquer et remettre 
Incontinent et sans délai on néant et au premier estât et deu. Et 
avec ce rendent et restituent eu Caceql rendre et restituer les 
prisowiere et bien? que par le dit chevalier et ses dits alliez et 
.pompUcfis ont esté pris sur les dicts habitons des d|te ville , ban et 
seigneurie d’Espinal, coenme nous sommes (tournent informes et, 
en ce cas que de ce le dit chevalier et les dits alliez et complices 
sont refusant! dès à présent pour ce que à leurs personnes ne 
pouvons Avoir seur accès, comme dict est, prenons et mettons en 
la main du Boy opstre seigneur tout et çhascun des biens meubles, 
immeubles estans au Boyau hue a e$slx appartenant et tour en 
demandons tous exploictz jusque* a ce qu’ilz ayant obéi a ce que 
dict est. En tesmqing de ce, nous avons signé ces présentes de 
uoslre seing manuel et faict sceller du contrescel du bailliage 
de Chaulinoot 

Falotes et données audit Espinal le huiptiesme jour de Juillet l’an 
mil q paire cent soixante six. 

Signé : Brion. 

(Arclifv. de la ville. AA I. , p»g* 403 ) 


LXXX. 

fâ 4 pille t 1466. 

Jehan , dis du HqV de Jherusatem et de Sicile , etc. , duc de 
(Calabre et de Lorraine, mardi js, à tous ceulx qui ces présentas 
lettres verront salut. Savoir faisons que nous, cootiaos a platu de 
la loyaolté, obéissance et autres loablee vertus de uoslre très chier 
et très amé fllz le marquis dp Pont, à icelui pour ces causes et 
autres à ce mouvons, avons aujourd’hui donné et donnons par 
ces présentes plein pouvoir, puissance , auclorité et mandement 
«spécial de traicter envers les manans et habitaus des ban, ville, 
terre, chasiel et seigneurie d’Espinal leur réduction en neslre 
obéissance et avec eulx ou tours commis ou depputez, accorder. 


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— 435 — 

condarre, et appointer leur dicte réduction , de promcctre, observer 
et garder tous leurs droiz, privilèges, exemptions, invœunttez et 
franchise?, d'y aller ou envoyer tel ou telz qu’il lui semblera, 
prandre leurs seremens et bomaiges, pour nous et en nostre non» 
et autrement besongner sur toutes et quelconques chou ses, 
touchant ta dicte reddition tout ainsi que nous mesmes ferions et 
pourrions faire se presens y estions. Promectans en parolle de 
prince, par ta foy et sercment de nos corps et soubs l'obligation de 
tous noz biens presens et advenir avoir agréable , ferme et estable , 
tenir et entretenir, observer et garder tout ce que par lui sera fait, 
promis, accordé et appoinclé et ne venir à rencontre en manière 
que ce soit, et se besoing est , le rnteffier et approuver et en donner 
nos lectre* patentes telles et vallables qu’il devra suffire. En 
tesmoiog de ce, nous avons signé ces dictes présentes de nostre 
main et fait seeller de nostre petit scel en absence du granl. 

Donné à Gully le XII* jour de Juillet l’an de grâce mil quatre 
cens soixante six. 

Signé : Jehan. 

(Original. Archiv. de la ville d'Bphnl AA). 

LXXXI. 

15 luillrt 1466. 

Très ctriers et bons amis, nous avons reçu voz lettres de créance 
en la personne de Jehan Molet, vostre combourgeoy et oüy bien 
au long tout ce qu’il nous a voulu dire de nostre part et lesgriefves, 
oppressions, charges et dommages que incessamment vous faict 
le marescbal de Bourgongne, dont avons esté très desplaisans et 
pour y remédier ainsy que tous les jours avons accoustumé de 
faire et avez bien peu congnoistre incontinant que le dit Jehan 
Molet a esté arrivé, l’avons présenté au Roy auquel il a baillé voz 
lettres et assez au long parlé requérant sur ce luy donner provision. 
Et au regart de la responce qui luy a faicte, il nous semble qu’il 
ne vous peult bonnement aider et secourir ainsy que plus a plain 
en pourrez estre informez par le dict Jehan Molet a qui le Roy 
l’a dict de sa propre bouche. Et pour ce que teosjours avez dict 
que quant ne seriez secouruz «et seriez pressez de prandre aucun 


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— 426 — 

parti , auriez plus chier venir en noz mains que de nul autre que 
cognoissez, maintenant que le povez faire et a vostre honneur, 
nous vous prions et requérons très instamment que a cesle fois 
nous vueillez demonstrer par effecl et bon vouloir et autour que 
nous portez et tellement vous y gouverner et conduire que nous 
puissions congnoislre que vous desirez nous complaire , car, comme 
entendrez par le dit Jehan Molet , le Boy a pins chier que vous 
veniez en noz mains que de nul aulUre et aussy il nous a dict 
de vostre part que vous le desirez. Et pourtant montrez-nous 
bonne volonté et ne vous souciez de rien, car tant envers le dict 
mareschal que tous au 1 très qui vous voudraient nuyre et endom- 
rnaiger pour vostre deffense, secours, bien et augmentation, 
y mec t rons personne, biens et tout ce que nous aurons tout ainsy 
que vouldrions faire pour la meilleure ville que nous ayons et vous 
traicterons si bien que vous ne vous repentirez point avoir 
prins nostre partie. Nous envoyons de nostre 1res chier et très amé 
filzle marquis puissance de besongner, et conclure avecqtles vous 
et pourtant vous pourrez adresser a luy et besongner se u rement, 
car tout ce qu’il vous promectra et accordera soit de rentrelcnement 
de voz privilèges, libériez, et franchises que de toutes aultres 
chouses, nous promettons l'avoir pour très agréable et ne venir 
a Rencontre en manière que ce soit, mais t’entretiendront et tons 
seront tousjours tout le mieux que nous pourrons, et se besoing 
est, vous en donnerons noz lettres telles et si valables qu'il devra 
suffire et vous prions derechef que y vueilliez entendre et brief 
besongner car. comme pouvez penser , la matière le requiert tant 
pour vostre honneur et bien que pour le nostre. Aussi et tant, très 
ebiers et bons amis, nostre seigneur vous ail en sa saincte garde. 

Escript d’Oully le Xlll* jour de Juillet. 

Signé ; Jehan. 

A nos très chiers et bons amys les bailli , quatre gouverneurs 
et habiians d’Espiual. 

(Orig. Archiv. de I» ville d’Epiatl AA.) 

LXXXII. 

21 Juillet fl 466. 

Nous, Estienne Baudenet , bailly, Jean Mollet , Nicolas Colette, 
Nicolas de Toul, Gérard Vuarnier, quatre gouverneurs. Guil- 


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laume de La Sale, prévost, Georges Cunot, eschevin, Robert 
de Bugnicourt, clerc juré, Gérard Richier, doyen, et tous les 
bourgeois, manans, habitans et communaulté des villes , chastel, 
chastellenie, Rualmesnil et forsbourgs d’Espinal, faisons scavoir à 
tous que comme ainsi soit que en faisant l'obéissance à feu le 
Roy Charles, que Dieu absolve, des dictes villes, chastel et 
seigneurie d’Espinal et de leurs appartenances en tant que à nous 
touchait et pouvoit toucher nous fut pour luy expressément pro- 
mis et accordé que jamais pour quelconques causes, tiltres et 
raisons que fussent, il ne nous mettroit, pouvoit, ne debvoit 
mettre hors de ses mains ne de ses successeurs, rois de France, 
et de ce nous en donna et octroya ses lettres de Chartres les~ 
quelles depuis ont esté confirmées et ratiffiées du roy Louis à 
son joieux advénement ; et nonobstant les dictes promesses depuis 
icelle confirmation, le dit Roy Louis avoit donné nous et la 
dicte ville à Messieurs Thiebault de Neufchastel, mareschal de 
Bourgogne, comme il est apparu par ses lettres par la vertu 
desquelles le dit mareschal nous a requis luy en donner la 
jouissance duquel don en avons appelé par plusieurs fois en 
parlement à Paris et deument relevé nos appels ainsi que clai- 
rement l’avons apparu en la dicte cour et sur iceux appels 
fais assigner journée au dit mareschal et intimé sur certaines 
et grandes peines, neantmoins icelluy mareschal comme homme 
de volonté et désobéissant à justice, quelconques appellations 
ne defenses à luy faictes, ny a voulu aucunement obéir, mais 
s’est efforcé par toutes voies de faict prendre nous et les uostres 
aux corps cl aux biens ou il les a put trouver et incontinent 
butiner mesmement détenir en fons de fosses hommes aagés 
de quatre vingts ans et enfaus aagés de douze ans, nous donner 
en grands menasses que s’il nous pouvoit avoir il feroit coppcr 
les testes à la plus grande partie de nous et déjà avoit donné, 
comme confisquez, nos maisons et biens à aucuns ses serviteurs, 
tenoit les chemins pour nous affamer, pilloit et faisoit piller tout 
ce qu’il a trouvé sur iceux , copper bourses et nous assiéger, 
tirer nuit et jour incessamment des bombardes et mortiers avec 
feu pour cuider bruller la ville, fasoit faucher nos bledz 
et avoinnes en herbes et plusieurs autres grandes et énormes 
injures et dommaiges insupportables; et pour avoir provision sur ce 
par plusieurs fois eh avons envoyé de nos bourgeois d'icy devers 


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— 428 — 


le Roy, mesmement le premier jour de ce mois de juillet dernier 
passé , et y envoyasmej Jean Mollet , nostre frère et comhourgeois, 
et le chargeasmes par lettres de créance de remontrer au Roy 
toutes nos doléances et pour de rechief humblement requérir 
provision ; lequel après ce qutl eut I ien au long parié au Roy 
et a lu y délivré ses dictes lettres en se deschargeant de sa créance, 
le dict seigneur luy respondit de sa propre bouche que pour 
certaines et autres grandesaffairesne nouspouvovt bonnement ayder 
ne secourir et ce veant très bault, très excellent, très puis- 
sant prince et nostre très redoubté seigneur, Monseigneur le Roc 
de Calabre et de Lorraine requist au dict Jean Molet veant la 
pitié de nous et luy semblant nous estre gens abandonner, 
destruitz et sans secours ne ayde, luy vouloir ' faire fobeyssance 
des chas*el, ville et seigneurie d Espioal en luy promettant de 
nous deffendre et garder contre et envers tous et nous eotre- 
nir en noz franchises et lihertez, lequel Jean Motet di fiera et 
prit delay de non faire la dite obeyssance jusque* à ce qu’il 
eust parlé 4 nous , pour ce esi-il que nous , ces choses consi- 
dérées, veant la bénignité, bonté, haultesse et puissance de 
nostre très hault , très excellent , très puissant prince et nostre 
très redoubté seigneur mon dit sieur de Calabre et de Lorraine, 
considéra ns aussi nostre povreté, misère et destruction et qne 
bonnement ne povions plus supporter les grandes oppressions et 
violences, que cbascun jour nous faisoit le dict marescfcai de 
Bourgongne et que après le Roy , plus noble ne plus conve- 
nable seigneur no prince ne pourrons avoir, par bonne et 
meure délibération premier sur ce eue et dun commun accort 
et consentement avons donné et donnons par ces présentes k 
nostre dict très haut, très excellent, très puissant prince et 
nostre très redoubté seigneur monseigneur de Calabre et de Lorraine 
pour luy et ses successeurs ducs de Lorraine a lousjours en per- 
pétuité nous, nos biens, ensemble les corps de la ville, l’hottel, 
Rualmesnil, chastelleoie, forebourg, terre et seigneurie d'Espioal 
en tant que a nous louche, compette et appartient en toute hauteur, 
justice, juridiction, ressort et souveraineté pour appliquer, unir, 
adjoindre et consolider à son dict duchié de Lorraine et estre et 
demeurer à tousjours au domaine d'iceluy en faire et user 
doresnavant comme de scs propres, obeyssaus , loyaulx et naturels 
subjects, selon nos franchises, privilèges et libertés, et avons 


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— m — 


pïins et receu, prenons et recevons par ces présentes nostre 
dict très redoublé seigneur et' prince pour nostre naturel et 
souverain seigneur et ses dicts successeurs ducs .de Lorraine 
après luy nuemenl et sans aucun moyen à nuis jours séparez 
pour quelconque cause que ce soit. Desqjuel les. choses et chacune 
d’icelles nous avons mis hâult et puissant prince et nostre très 
redoublé seigneur monseigneur le marquis du Pont, son fils et 
lieutenant, ayant puissance espéciale de luy quant à ce comme il 
nous apparu , en vraye , réelle , actuelle et corporelle possession 
et saisine des dictes ville, ehaslel, chaslellenie , forsbourgs, terre 
et seigneurie et leurs appartenances, haulteur, justice et sou- 
veraineté quelsconques en tant que à nous touche , compelte et 
appartient, moyennant aussi les promesses que nostre très redoublé 
seigneur monseigneur le marquis, au nom de nostre très redoublé 
et souverain seigneur monseigneur le Duc, son père, nous a faictes, 
données et accordées par ces lettres qnavons devers nous , pro- 
mettans nous et chacun de nous pour soy et pour le tout, 
comme promis et dit l’avons sur les sainctes Evangiles de Dieu 
et en la main de nostre très redoublé seigneur Monseigneur le 
Marquis pour et au nom que dessus en l'Eglise Monsieur Sainct 
Goeric du dict Espinal, sur le grant autel d’icelle, tant pour 
nous que nos hoirs ( t successeurs, par nos foy et serment estre 
doresnavant béréditablement et à perpétuité bons et loyaux hommes 
et subjects à nostre dict très redoubté et souverain seigneur et 
le servir et obéir comme ses naturels et obéissans hommes et 
subjeetz et avoir toutes les choses dessus dictes et chacune 
d’icelles a tousjoursmais fermes, est&bles et aggréables, sans y 
contrevenir en manière que ce soit, et à toutes les choses des- 
sus dictes et chascune d’icelles nous sommes soubmis et obligez, 
soubmettons et obligeons nos corps el nos biens et de nos dits 
successeurs présens et à venir par ces présentes, lesquelles en 
tesmoin de ce avons scellé du scel el contrescel de la dite ville 
d’ Espinal et en plus grande approbation , prions et requérons 
vénérable personne monsieur l'officiai de la cour de l’evcschié 
de Toul soubs la jurisdiction et compulsion duquel maintenant 
et pour le temps advenir nous soubmettons quant à ce que 
dict el pour nas hoirs et successeurs qu’il y veuille mettre et 
appendre son scel a*ec Us nostre. 

Ces choses furent faictes et accordées au dit Heu d’Espinal, le 


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— 430 — 


vingt unième jour du mois de jnillct , l’an de grâce mil quatre 
mil quatre cent soixante et six* 

Scellées de. deux sceaux , l*un de cire rouge et l’autre de cire 
verte, pendant sur double queue de parcbemin. 

(Orig. Bibl. lmp. Ponds F. Saint-Germain , anc. 1099. 
— Archîv. de la Ville. M*s. A A I.) 


LXXXUI. 

21 Juillet 1466. 

Nicolas, marquis du Pont lieutenant de Monseigneur' en son pars 
et duchié de Lorraine, a tous ceulx qui ces présentes lettres verront 
salut. Comme les hailly, quatre gouverneurs, bourgeois, hahitans 
et communauté d’Espinal, de Rualmesnil et leurs appartenances 
pour les causes et occasions plus a plain contenues èz lettres par 
culx à nous sur ce données, se soient présentement de leur gré, 
volonté et consentement et par bonne union et délibération dn 
conseil sur ce eue, mis ez mains de mon dict seigneur et père pour 
tousjoursuiais héreditablemeul, comme il puet apparoir plus a 
plain et au long pour le contenu des lettres ou par nous sur ce 
faictes à eulx données, scavoir faisons à tous que en la faveur de la 
dicte submisssion, nous, pour et au nom de mon dict Seigneur 
avons promis et promettons par ces présentes leaumenl en bonne 
foy et parolle de prince que se Monseigneur le Roy, nostre cousin 
l’Evesque de Metz, le seigneur de Chastel-sur-Mezelle, mareschal de 
Bourgoigne, leurs successeurs ou aullres ou temps avenir leur 
faisoient aucune question ou demande à causé de ce que dict est 
les emporter quictes et en pai2 et bonne garantie sans quelconques 
desf&ulz contredicts ou malengin que soit ou puisse estre. En 
tesmoing de ce nous avons signé ces présentes de nostre main et à 
icelles faici mettre le grand scel de mon dict seigneur. / 

Faictes et octroyées au dit Espinal le vingt uniesme jour de Juillet 
l’an MCCCLXVI. 

Signé : Nicolas. 

Et au reply : 

Par Monseigneur le Marquis lieutenant etc. 

(Orig. Archiv, de la ville d’Epioal A A. Scellée ter domble 
qiene de parchemin dn grand acean en eire ronge de 
Jean , Duc de Lorraine*) 


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— 431 


LXXXIV. 

«I Juillet 1466. 

Nicolas, marquis de Pont, lieutenant de Monseigneur en son 
pays et duchié de Lorraine, a nostre très chier et bien amé 
Vincenot de Saint Orvain , gruter général de Lorraine et ses suc- 
cesseurs oudict office ou leurs lieuxtenans et chascun d’eulx salut 
et dilection. Savoir faisons que comme présentement noz très chiers 
et bien amez les bailly , gouverneurs et autres officiers, bourgeois, 
inanans, habitans et communaulté d'Bspinal se soient hereditable* 
ment et a perpétuité soubmis et donnez ensemble leschastel , villes 
et forsbourgs dudit lieu et leurs appartenances quelzconques à mon 
dit seigneur et à ses successeurs ducs de Lorraine et nous en aient 
pour eulx, leurs hoirs, successeurs et aians cause mis en saisine 
et possession, et parmy ce faisant, leur ayons en la vertu du povoir 
a nous donné par mon dict seigneur pour et en son non concédé 
et octroyé certains privilèges et promesses. Et entre’autrc que les 
dits bourgeois et habitans puissent aller è$ bois de Renaive 
(de Renauvoid) et autres boys de mon dit seigneur au plus près 
d’eulx pour en prendre ou temps à venir a tout ce que mestier 
leur en sera fait pour les teparations et fortifications des dits chaslel, 
ville et des ponts d’Espinal tant seulement par vostre advis et au 
mains mal , ainsi qu’il appert et est contenu es lettres de Chartres 
que leur avons données. Nous, voulans nostre promesse estre en 
ce entretenue, gardée, entérinée et accomplie ausdits bourgeois 
et habitans d’Espinal nous mandons expressément, enjoignons par 
ces présentes que des dits boys de Renaive et autres bois de mon 
dict seigneur au plus près d’eulx, vous leur délivriez, faites, 
souffrez et laissez prendre dorénavant au mains mal que adviserez 
tout ce que mestier leur en sera pour les dictes réparations et 
fortifications d’iceulx chastel, villes et ponts d’Espinal tant seule- 
ment sans aucunement y delayer, contredire, faire ne mettre 
difficulté et vous et chascun de vous en droit soy en serez et demour- 
rez quictes et déchargiez partout où il appartiendra et besoingsera. 
Et voulons au vidimus de ces présentes fait en forme authentique 
soulz le scel du tabellionnage dudit Espinal ou anltre tabellionage 
Je mon dit seigneur par vous et toutz autres a qui il pourra toucher 


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1 — 432 — 


et appartenir plaine foy estre adjouslée comme a ce présent original, 
lequel, en tcsmoing de ce, nous avons fait sceller du scel de mon 
dit seigneur en l’absence du nostre. 

Donné audit lieu d’Ëspin&Me XXI 9 jour de Juillet, l’an mil CCCC 
soixante et six. 

Signé : Nfcolas. 

(Orig. Arobiv. de le ville «TEpinat A A.) 


LXXXV. 

# 21 Juillet 1466. 

Nous, Nicolas, marquis de Pont, Lieutenant de Monseigneur 
en son duchié et pays de Lorraine, faisons scavolr et ooogooi*- 
sant à tous présent et advenir que comme nos très thiers et bien 
amez Estienne Baudenot, bailly. Jehan Molet, Nicolas Galette, 
Nicolas de Toul, Gérait Garnier Garnier, quatre gouverneurs, 
Guillaume de La Salle, prévost, Georges Cunot, escfaevin, 
Robert de Bug nécourt, clerc juré, Gérard Richier, grant doyen 
et tous les bourgeois, manao» et habilans et communanlté 
des villes, chastei , chastellenie , forsbourgs , terre et seigneurie 
d’Espinal, ayent libéralement d'un commun accort et consente- 
ment de leur plain gré et vouloir, sans force, violence, séduction, 
ne contraintes aucunes, donné eux et leurs bien6, ensemble 
le corps des dictes villes , chastei, chastellenie, terre, seigneurie, 
circonstances et deppendances d'ioeulx en tant que à enlx touche 
et appartient, tant pour eulx que pours leur hoirs, successeurs 
et ayans cause a tousjoursmais héreditablement et perpetuel- 
à. mon dict seigneur pour les avoir, tenir, posséder et eu joyr 
et user comme de ses propres, vrais, naturels et obéissons 
hommes et subjects et eulx et chascun d’eulx nous ayent pour 
et au nom de- mon dict seigneur faict obéissance et serement 
solemnel en l’église de monsieur Saint Goeric du dict Espinal, sur 
les sainetes Evangiles de Dieu, estant sur le grand autel d'icelle, 
d’avoir et tenir mon dict seigneur pour leur souverain et naturel 
seigneur et ses successeurs, ducs de Lorraine après luy et des dictes 
ville, chastei et chastellenie, terre, seigneurie et leurs appartenances 
quelconques en tant que à eux appartient, noua aient pour et ou 


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— iâ3 — 

nom que dessus mis en vraye, réelle , actuelle et corporelle saisine 
et possession comme plus à plain et au long est déclairé en 
certaines lettres que avons des dicts bourgeois et habitaos 
du jour et date de ces présentes. Pour ce est-il que nous, eué 
considération aus dicts don et obéissance ainsy libéralement faietz 
par les dietz officiers, gouverneurs, bourgeois, habitans et 
comnuinaulté d’Espinal* iceulx par le povoir à nous sur ce donné 
par mon dict seigneur avons aujourd’hui prins et receuz, prenons 
et recevons par ces présentes a hommes liges et subjects de 
mon dict seigueur et de ses successeurs ducs de Lorraine et 
déclairé et déclairons les dits chastel et chastellénic, villes, 
forsbourgs, seigucurics et appartenances d’Espinal estre et demou- 
ror a toujours au dict duchié de Lorraine et avec ce en faveur 
de la dicte obéissance, avons à iCeulx bourgeois et habitans oc- 
troyé et octroyons que les dicts chabtel, ville, seigneurie, leurs 
appartenances , subjects et habitans d’iceuh soient et demeurent 
doresnavant en perpétuité soubz mon dict seigneur et ses suc- 
cesseurs ducs de Lorraiue mucinent et sans aucun moyen et 
les avons adjoings, uniz et incorporez, adjoignons, unissons et 
incorporons au vray et propre domaine du dict duchié 
de Lorraine pour y estre et demourer à tousjours saris ce que 
ou temps advenir, ilz en puissent ou doyent jamais estre séparez 
par partuige, mariaige, appanaige, gaigiôre, don, ne eschange 
par rétention de tiedz, arrière-fiedz ne autrement en quelconque 
manière que ce soit ou puisse être. Item avons consenty et 
octroyé , consentons et octroyons comme dessus que les bourgeois 
et habitans des dits chastel, ville, forsbourg, seigneurie et 
appartenances seront par mon dict seigneur et ses successeurs 
maintenus et gardez et les mairilenront et garderont par la 
vertu et teneur de ces dictes présentes en tous leurs droits, 
coustumes, usaiges, privilèges, noblesses, franchises, cbaces 
en boy et en eau , patronaige de bénéfices et libel lez quel- 
conques, ainsi que euh et leurs prédécesseurs en ont joy et 
u/é d’ancienneté sans en riens y contrevenir. Item qu’ils seront 
traictez et gouvernez, gardez, maintenus et desfendus par mon 
dict seigneur et ses dicts successeurs ducs dë Lorraine et les 
traicteront, gouverneront, garderont, maintenront et deffendront 
comme leurs bons, vrays et naturelz subjeetz envers et contré 
tous ceulx qui leur vouldroicnt faire ou porter ennuy, grief OU 

28 


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— 434 — 


dommaige. Item que pour l'exercice de la justice aura et de- 
ir.oura ès dictes ville, cliastcllcnie, et leurs appartenances, prévoit, 
eschevin, clerc juré , grand doyen, deux sergcns et deux ban- 
wars commis de par mon dict seigneur qui exerceront chacun 
en son office sans toutes voyes en estre fermiers pourtant qu'ils 
ont les droites deus et apparlenans aux dicts offices, ainsi que de 
tout temps ils avoient accoustumé à estre pour el au nom de 
mon dict seigneur et à son profiet. Item que par dessos le 
dict prévost et autres officiers de justice y* aura ung bailly de 
par mon disl seigneur lequel avec les qaatre gouverneurs qne les 
dicts habilans ont accoustumé faire et renouveller ehascun an au 
dict lieu auront la congnoissance des causes d'appel et de res- 
sort illec meues et ventillées el en jugeront et détermineront 
en observances accoustumées au dict lieu, sans ce qu'ils soient tenus 
de ressortir devant aucun autre juge, seigneur, ne bailly do 
dict duchié de Lorraine ne d’autres, mais sortira leur jugement 
son plain effect comme par arrest cl sentence deffinitive. Item 
que le prévosl du dict lieu ne contraindra doresnavant aûcuns 
des habitaus ès dicts cbastels, ville et Rualmesnil a estre forrestiers. 
mais contraindra ceux qui habitent ou habiteront ès forsbouigs à 
le estre et en pourra faire venir par devers luy par chascun an 
quatre personnes à la fois seulement de gens de moyen estât, 
crst assavoir gens qui auroient vallant au dessus de dix livres 
et au deseoubz de cent livres, desquels quatre il en es lira deux 
pour estre forestiers ainsi qu'il est accoustumé. Hein que dores- 
navant l'amende de mesdis des trois eas, c'est assavoir d'ap- 
peler ung autre iraistre, larron ou murlrier sera seullement 
de soixante sous envers mon dict seigneur à payer par eellny 
qui y esc b erra et des autres villenics dictes en sera faici aiosy 
qu’il est accoustumé d’ancienneté. Item que les bourgeois, ma- 
nans et habitans dos dicts chaste], villes et forsbourgs seront 
doresnavant quictes et exempts de tenir aucuns chevaux de 
commendcmcnt el de faire le service que à coste cause avoient 
accoustumé faire. Item que les dicts bourgeois ^et habitans preigneot 
et ayent à leur proufil pour les réparations et autres affaire» 
communes des cbastel, ville, ponts et forsbourgs le meu et le 
tonneu ainsy que de tout temps ils ont accoustumé, c'est assavoir 
sur chascun cher chargié de vin deschargié ès dictes villes 
ou en l’une d’icelles, trois gros ; sur chascuue charrette, ung gros 


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— 435 — 

bt demy, Sur chascune charge de vin a cheval, quatre dëuiers 
fet sur cbascun muid de vin vendu à destail ùs dictes villes 
ét forsbourgs six deniers, et avéc ce pour cë qu’avons veu et 
considéré les grans frais et missions qu’il faut faire pour l'en*- 
trctenement des dicts chastel, villes, ponts et forsbourgs, leur 
avons octroyé et octroyons de grâce espt cial doresnavent et pour 
tôusjours prendre et avoir sur chaScunc quarte de vin qui sera 
vendu a détail et bu par cstorement au dict lieu d’Espinal, 
deux detiiers de monnoye coursablcs ori dict duchié de Lorraine 
pour tourner, convertir et réduire par les dicts habilans au 
dict entrctenement et autres leurs affaires, ainsÿ qu’ils ont afc- 
coustumé en leur dônnant puissance et auctorité de tant ou 
temps advenir modérer les dicts deux deniers et réduire à ung 
ou du tout ihettre à néant se bon leur semble. Item que ores 
he ou temps avenir mon dict seigneur ne pourra et ne devira 
he ses dicts successeur eslever-, mettre, imposer sur les dicts 
habilans tailles, succides, presls, gabelles he quelzconques 
exactions. Ainçois seront et demouront iceux habilans Soubz mon 
ditt seigneur et des dicts sutcesseurs de Lorraine francs bourgeois 
comme ils ont esté de toute ancienneté. Item que combien que 
les dicts habilans eussent puissance et auctorité de toutte an- 
cienneté de pesër toutes marchandises et tenir poix gros et fchenus 
en leurs hoslels et que iceux le ayent libérallement donné cl 
octroyé à mon dict seigneur pour adjoindre ou dict domaine de 
Lorraine, rtoantmoins leur avons' donné et ofctroyé franchise et 
liberté de peser et tfenir poix pour leurs marchandises jusques 
à cent livres et au dessoubz. Itém que combien qu’ils soit or- 
donné et passé entre mon difct seigneur et les nobles de son 
dict pays de Lorraine que nulz de ses subjecls demourans soubz 
Juv ne se peuvent transporter soubz autres des dicts nobles aussy 
ne les ont & recevoir ét semblablement que les subjecls de- 
înourans soubz iceulx noble?* ne se peuvent transporter soubz 
mon dict seigneur. Neantmoius n’entendons, ne voulons ostre 
entendu les dicts bourgeois et habitans d’Espinal eslre comprins 
Subjectz ne soubmis à celle ordonnance, pourtant qu’ils sont 
francs bourgeois, mais voulons et consentons pour mon dict 
seigneur, ses dicts nobles et successeurs que iceulx bourgeois et 
habitans puissent aller et demourer partout ou bon leur sem- 
blera soubz mon dict seigneur, les dicts nobles ou autre pari 


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et aussi qu’ils puissent recevoir demourer en la dicte ville tout 
ceulx des pays de mon dict seigneur, de ses dicts nobles ou autres 
ainsy qu'ils ont accoustumé de toute ancienneté. Item comme 
les dicts bourgeois nous ayent remonstré que d'ancienneté et 
selon leur ancien, ils peuvent racheter touz censaulx deus à gens 
d'eglise assignez sur leurs hérilaiges et autrement pourtant que 
iceulx hérilaiges en alloient à destruction , nous pour mon dicl 
seigneur et ses successeurs, louons, consentons, et agréons que 
ainsy le facent ou temps à venir sans aucun contredit parmy 
payant vingt solz pour un ne racbapt selon leur dit ressort. 
Item voulons et donnons de grâce espéciale par ces présentes 
aux dicts bourgeois et habitans, puissance et auctorité d'aller 
es bois de Renavre el autres bois de mon dict seigneur 
au plus près d'eux pour en prendre ou temps adve- 
nir tout ce que mestier leur en sera pour les réparations et 
fortifications des dits chastel , villes et ponts tant seulement par 
l’advis du gruyer général de Lorraine ou son lieutenant présens 
ou advenir au moins mal. Toultes lesquelles choses dessus dictes 
el cbascunes d'icelles nous, pour et au nom de mon dict seigneur 
promeltons en bonne foy et parole de prince el soubs uoslre 
loyaullé et honneur ainsy que promis et juré l'avons aus dits 
habitans, devant la porte de la dicte ville sur les sainctes Evan- 
giles de Dieu, avoir et tenir ferme, estable et agréable a tousjoun» 
sans jamais y contrevenir en manière que ce soit et faire ra- 
tifier, agréer, accorder et conformer à mon dict seigneur par 
ses lettres scellez de son grant scel tout ce de poiuct en poincl 
qu'est contenu , devisé , spécifié et declairé en ces dictes présente* 
signées en tesmoignage de vérité de la main de nous , Nicolas 
marquis dessus dict et scellées du grand scel de mon dict 
seigneur en l'absence do nostre. Et furent faictes et données au 
dict lieu d'Espinal, le vingt uogniesme jour du mois de juillet. 
Fan de grâce No6tre Seigneur mil quatre cen's soixante et six. 

Signé : Nicolas. 

Ait repli est escrit : 

Par Monseigneur le marquis, lieutenant Jehan Monseigneur 
de Sommerez et messire Jacques de Haraucourt , bailly de Nancy 
Mesure Ferry de Savigny, chevalliers , Philippe de Lenoncourt , 
grand escuier descurie du Roy de Sicile, Colliguon de Ville, 
bailly de Vosges, Gérard de Haraucourt, André de Parroye , 


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— *37 — 

Galas de Bernes, maistre d'hostcl , Jehan Philippin, receveur, 
Simonin, Loyon , procureurs généraux de Lorraine, conseillers 
de mon dicl seigneur et plusieurs autres presens. 

Signé : Pelerin. 

Scellé du grand scel en lacs de soie verte et rouge auquel est 
suspendu le grand sceau en cire verte au contreçcel en cire rouge 
du duc Jean de Lorraine. 

(OrigiaftL Archive! de It ville é'Spiml A A.) 

LXXXVI. 

Bft et Juillet 1436. 

En nom de nostre seigneur, Amen. Par la toneur de cest présent 
publique instrument cognue chose soit a tous que Tan de grâce 
nostre seigneur courant , mil quaitre cent soixante six, le vingt et 
uniesme jour du mois de Juillet, environ heure de tierce d’icelui 
jour, Tindiction quartoizième, très saint père en Dieu nostre sei- 
gneur Paule, par la preveance de Dieu pape second, estant ou 
second an de son pontifical , en la bonne ville et meismement en 
Teglise collegiale de Monseigneur Saint Goeric d’Espinal et on 
chancel d’icelle , en la présence de nous notaires publiques et des 
tesmoings subscripts ad ceu especialement appellés et requis, illec 
personelment existeps Hault et Puissant Prince Monseigneur Nicolay, 
Marquis de Pont pour et en nom de Très Hault et Puissant Prince 
Monseigneur Jehan, duc de Calabre et de Lorraine, marchisson 
père et comme lieutenens d’icelui , accompognié de nobles et 
honnorez seigneurs Jehan d’Angleterre, frère de Monseigneur le 
duc de Sombresset , messire Jacques de Haracourt, bailiy de Nancei, 
messire Ferry de Favernei, chevaliers, Jacque Gallieiche de Naples, 
Philippe de Lenoncouil , grand escuyer, Collignon de Ville, bailiy 
de Vosges, Gérard de Haracourt, Vualtrin Vuisse, Jehan de Savegnei, 
escuyers, Jehan Pbelepin, recepveur général de Lorraine, Symonin 
Loyon , procureur dè mon dit seigneur le duc. Et icelles sa parolle 
adressant principalement aux bailli, prevost, eschevin, clerc jurei , 
grand doien et aux quaitres gouverneurs de la dite ville d’Espinal 
illec presens en la forme et manières ou semblabes en effet et 
substance que s’ensuit : « Monseigneur le bailli et vous aultres 


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— 438 — 


» justiciers et quaitre gouverneurs de ceste ville d’Espinal que cy 
9 presens esleis, vous scavez que hier a heure de vespre a rentrée 
» de mon dit redoblei seigneur mon dit seigneur le Marquis ycy 
» présent, vous faisans et portans fortz de toute la communaulté de 
« cest ville d'Espinal , vous promûtes de au jour d’uy a cest heure 
» jurer et faire serment a mon dit seigneur le Marquis p:ur et en 
» nom de mon dit seigneur le duc , de lui donner héréditairement 
» a tousjourmais vos corps, vos biens, le corps de la ville, les 
a fobourgs, le chastial et toutes les appartenances entièrement de 
» cest ville d’Espinal et faire bonne obéissance a mon dit seigneur 
» le Marquis pour et on nom que dessus, comme a nostre souverain 
» et naturel seigneur. Se vous requiert de par mon dit redoblei 
» seigneur. Monseigneur le Marquis, que vuelliez faire assenir, 
» interioer et accomplir ce que fuit hyere par vous dit, promis et 
• appoinclié. » Lesquels bailli, justiciers et quai très gouverneurs 
d’Ëspinal incontinent de leurs certains propos at advis, plains 
greis et franches volonteis, sens force , contrainte , séductions 
ou circouveutioiDS quelconques mehures et longue deliberation 
d'avant sur ce ehue successivement l’un après l'autre ; premier 
Estienne Baldenet bailli , Guillaume de La Salle prevost , 
Georges Cugnoy, escbevin, Robert de Begneicourt -clerc jurei. 
Jehan Molet, Nycolay Collette, Gérard Vuarnier, Nycolay de Tout , 
quaitre gouverneurs du dit Espinal pour lors jurèrent en 
mettant la main sur le saint Missel estant ouvert sur l'aultel 
de Monseigneur Saint Goeric qu’ilz avoient donnei, concedei 
et otlroié, donnoiecl, concedoiunt et ottroient sens jamaix 
i appeler leur corps, leurs biens et de tous les hahilaas et 
de leurs successours, la bonne ville, chaslial, et toutes les appar- 
tenances dudit Espinal en temps que a eulx coin pe te et appartient 
a mon dit 1res redobtei seigneur et prince Monseigneur le duc 
Jehan, duc de Calabre et de Lorraine marchis pour luy et pour ses 
successours duez de Lorraine a tousjoursiuais hereditablement et 
en perpeluitei, promettens et jurans que ilz et leur dilz successours 
seroient et seront d’or en avant, bous, loials, fiables, et oheissars 
servans cl subgetz a mon dit 1res redoblei seigneur le duc et a ses 
successoûrs ducs de Lorraiue a toujours-mais, comme a leur souve- 
rain et naturel seigneur et pour tel le prenaient, leuoient et 
tunroient dès cest presens jour en avant a tousjourmais, moyennant 
et selon les promesses que leur avoit hyer faittes et jurées mon dit 


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— 439 — 

seigneur le marquis por et ou nom de mon très redobtei seigneur 
Monseigneur le duc Jehan son père, comme plus a plain. est 
contenu es lettres par lui a eulx sur ceu données et concédées 
desoubz son grant scel. Et ce fais , incontinant et sens dilation 
vindrent et jurèrent ès mains de mon dit seigneur le marquis en 
la forme, manière et substance que dessus, pcrsonelment, singuliè^ 
renient et successivement les bourgeois du dit Espiéal que s’ensuient : 
Et premiez Regnier Molet, Jehan Cugnin, Haral le Vief, Colay 
Cugnoy, Pariset Gérard, Jehan Hural, le jeune, Vuillaume Noblet, 
Andreu Guillaume, Jehan du Prei, le moyen, Jehan du Prev, le jeune, 
Glaude Paresson, Jehan Thalet, Nycolay Gérard, Jacquet Goeric et 
conséquemment tous lez aultres bourgeois et habitans dudict 
Espinal. Les avant dits officiers, quaitres gouverneurs et aultres 
bourgeois dessus nommez, euU faisans et portans fortz en cestui 
fais de tous les aultres bourgeois et habitans dudit lieu d’Espinat 
pour lors ahsens. De et sur lesquelles donations , promesses , sermens, 
obey6sance et toutes aultres choses dessus escriptes en demandit et 
requist le dit messire Jaique bailli de Nancey pour, et en nom de 
mon dit seigneur le duc à nous, notaires publiques cy dessoubs 
soubscriptz instrument publique ung ou plusours d’une melsme 
substance et teneur. 

Et d’aultre part, Estienne Baldenet, bailli dudit Espinal de- 
mandit et requist pour et ou nom de la ditte ville entièrement le 
double en forme publique de cest présent instrument. 

Ce fuit fais l’an, le mois, le jour, l’eure, l'indiction, pontificat 
et ou lieu que dessus. Présent tous les seigneurs dessus nommés 
estans en la compagnie de mon dit seigneur le marquis, ensembles 
reverand père en Dieu frère Nycolle $fe?gniens, abbei de Bonfais, 
messire Vuillame d’Eicles, prieur du Saint Mont. Maistre Jehan 
Gouget, chanoine d’Espinal, messire Nycolle Druet, messire 
Estienne Petit, curé, messire Nycolle Rouxav, messire Jehan 
Merchal de Halsonville, cutei d’igney, messire Jehan de Raville, 
chanoine de Remieremont , messire Nycolle Rnicle. clochier dudict 
Remieremont, prebstres; nobles hommes Henry de Lenoncourt, 
Loys de Dompmartin , Jehan de Savegney , Pheiippe de FraneHe- 
Grand, Jehan de Bacy, escuyers et pluseurs aultres nobles pour 
tesuioignaiges ad ce appelés especialement et requis. 

Item le lendemain de la datte que dessus, c’est assavoir le vingt 


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— 440 — 

flousvemo Jour dudit mois de jullet soub l'an soixante six dessus dit, 
environ six heures devers le matin mon dit redobtei seigneur le 
msrquis accompaignié de nobles et honnorex seigneurs Jehan 
d’Angleterre frère, Monseigneur le duc de Sombresset, Philippe de 
Lenoncourt grand escuyer, Collignon de Ville bailly de Voges, 
Jaique Galliaiche, de Naples, Vualtrio Voisse, Humbert de 
StnicvUle, Jehan de Buxey le Vief, Symonin Louyon procureur de 
mon dit seigneur le duc et pluseurs aultres nobles et notables 
personnes se transportât jusque? an chaste! et fort-mason dudit 
Ëspinai et illec aux pieds des premiers degrés de l'entrée du dit 
chaslel trouvait Eslienne BaWenet, bailli dudit Espinal, Jehan Motet, 
Hegnier MoJei et plusours autres dudit Espinal estans a genoilz, le 
dit Jehan Molet tenant en ses mains les clefs dudit chastel lique! 
presentist ycelles humblement a mon dit redobtei seigneur Monsei- 
gneur lo marquis disant en cest manière : « Mon redobtei seigneur. 
» nous vous présentons de par et au nom de toute la ville et 
» communaltei dudit Espinal les clefs du chastel, fort niason et 
» donjon yey presens et vous en mettons en corporelle et reello 
» possession par la tradition d’icelles clefs pour et ou nom de 
p nostre souverain et très redoubtei seigneur nostre seigneur 
p Jehan, duc de Calabre el de Lorraine , marchis, voslre père et de 
» ses successours duez de Lorraine. » — Lequel Monseigneur le 
marquis benignement les rccehut pour et en nom que dessus. El 
incontinant, sens grans dilation les remist en la main dudict Esticone 
Baldenet, bailli du dit Espinal disant en ceste manière : «* Mes amis, 
p vous les avc$ bien gardées ou temps passer pour quoy je les met 
» ervierve en voz mains jeusquez au bon plaisir et voloir de Monsei- 
» gneur mon père, esperans que vous en ferez bonne garde. » — 
De et sur lesquelles choses davant ditles mon dit seigneur le 
marquis en ait demandei instrument pour et ou nom que dessus. 
Et incontinant entrait et montist mon dit seigneur le marquis ou dit 
chastel, fort mason et donjon en le visitant, hault et bais tout ad 
son bon plaisir et oit la iqesse en la chapelle dudit chastel accoœ- 
paignié comme dessus. Presens en tout et partout les dicts seigneurs 
estans en sa compagnie ensembles les devant ditz reverand pere en 
Dieu Monseigneur l'âbbei de Bonfais, frère Jehan l’Escuyer prieur 
tf'Yreval , messire Estiennc Bcgin de Mirecourt, Mossire Jehan Hussoo 
Ncufchastel, Airci de Gironcourt prebstres; nobles hommes 


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— 441 — 


Jaiquet de Jaxey, Jehan d’Anglure, voués du dit Espinal, Loys de 
Dompmartio, escuyers et plusours aultres nobles et notables per- 
sonnes ad ceu appelés especialeoaent el requis. 

Item tantost après en icelle heure meisme mon dit seigneur le 
marquis accompaignié comme dessus, se transportist en l’englise 
collégial dudit Espinal ou grand chancel d’icelle et là furent presens 
pluseurs des bourgois et habitans du dit Espinal lesquels estaient 
hyer esteis absens lesquels firent pareillement le serment et 
obéissance ès mains de mon dit seigneur le marquis pour et ou 
nom que dessus en la forme, manière et substance que avoient hyer 
fait les aultres dessusdit dudit Espinal. Et tantost sens quelconques 
dilation furent appelés les seigneurs d’englise dudit Espinal lesquel z 
illec venons et coniparens pour la plus grant partie lurent requis 
par Monseigneur le bailli de INancey pour et ou nom que dessus de 
faire obéissance à mon dict Seigneur le marquis, demourer et estre 
adjoincts ou lemps advenir et seraient bons et loialz obéissons a 
mon dit seigneur en temps que a euh appartient , salve les drois 
de Monseigneur de Toul leur prélat ad cui Hz avoient leur sermens. 

De et sur toutes lesquelles choses mou dit seigneur le bail i de 
Nancey en requist à nous notaires publiques instrument urig ou 
pluseurs. 

Ce fuit fait le ving dousieme jour du mois de jullet environ sept 
heures dever le matin, Tan , l’indiction , et pontificat que dessus. 
Prcsens en tout les dessus nommés scignieurs estans en la 
compagnie de mon dit seigneur le marquis ensembles messire 
Ferry de Savegney, chevalier, Loys de Dompmartin, Phe- 
lippe de Franel, escuyers, le dit prieur d’Yreval, messire Jehan 
Husson du Neufcbostel, curei de Gironcourt, messire Jehan Mcrchal 
de Hassonville, curei d'Igneiz et pluseurs aultres nobles et non 
nobles, ecclesiastiques et seculers tesmoiogs ad ceu appelés 
especialement et requis. 

Suivent les signatures des notaires. 

(Origin. Àrchiv. de la ville d’Bpinal AÀ.) 

LXXXVII. 

4 Août I486. 

Nous Jehan filz du Boy de Jherusalem et de Sicile, etc., duc de 


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— 443 — 


Calabre et de Lorraine m&rchis, faisons savoir et cognoi6saiit a toux 
presens et a venir que comme noz très chiers et bien amez les 
bailly, quatre gouverneurs, prevost, eschevin, clerc juré, grant 
doyen et touz les bourgeois, manans, habitans et communanlté 
des villes, chastel, chastellenie, forbourgs, terre et seigneurie 
d'Espinal, d’un commun accort et consentement ayent liberalment 
donné et soubmis eulx et leurs biens, ensemble le corps des dites 
villes, chastel, chastellenie, forsbourgs . terre, seigneurie, cir- 
constances, appartenances et deppendances d’iceulx en temps que 
a eulx touche et appartient tant pour eulx que pour leurs hoirs, 
successeurs et ayans cause a tousjourmaix heredit&blement et 
perpetuelment a nous et a noz successeurs ducs de Lorraine pour 
joindre, unir et consolider au domaine de nostre dit duchfé sans 
jamais en estre séparez *en manière quelconque. Et nous aient prias 
et receu pour leur souverain et naturel seigneur nuement et sans 
aucun moyen et fait obéissance et sereinent solennel pour eulx 
leurs dits hoirs , successeurs et ayans cause ès mains de no6tre 
très cbier et bien amé fils et lieulenant en nostre duchié de 
Lorraine le marquis du Pont pour et ou nom de nous et promis 
et juré nous estre bons et loyaulx hommes et subjetz et a nos dits 
successeurs ducs de Lorraine après nous. El des dites villes/ chastel, 
chastellenie, forsbourgs, terre, seigneurie, circonstances et dépen- 
dances quelconques ayent mis et institué nostre dit fils pour nous 
et nos dits successeurs en vraye, réelle, actuelle et corporelle 
saisine et possession comme toutes ces choses nous sont apparues 
par lettres dudit officiers, bourgeois, habitans et communaullé 
données en date du vingt uniosmc jour de juillet dernier passé. Et 
parmy faisant les dits don, soubmission et obéissance et au moyen 
d’iceulx nostre dit très chier et bien amé fils, par vertu du povoir 
par nous a lui sur ce especialment donné ait receu les dits 
officiers, bourgeois, habitans et communaulté a hommes liges de 
nous et de nos dits successeurs et leur ait concédé et octroyé ses 
lettres de chartre et autres contenant pluseurs articles et promesses 
en date dudit vingt ungième de juillet derrain passé dont sommes 
bien a plain et au vray advertiz, informez, et accerlenez. Nous, de 
nostre certaine science , povoir et auclorité , par bonne, longue et 
meure deliberation de conseil sur ce eue pour nous, nos hoirs et 
successeurs ducs de Lorraine avons loué, raltiffié, agréé, accordé, 
et confirmé, louons, ratifions, agréeons, accordons et confirmons 


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— 443 — 


de point en point toutes et chascunes les choses faicles. passées, 
jurées et accordées a iceulx officiers, bourgeois, hahitans et com^ 
munalté d’Espinal pour et ou nom de nous par nostre dit très 
chier et très amé fils, contenues, divisées, spécifiées et nu long 
declairées esdits Chartres et leltros pnr.luy a enlx données, concédées 
et octroyées. Promettans en bonne foy et parolle de prince pour 
nous et nos dits successeurs ducs de Lorraine les avoir tenir et 
entretenir et chascune d'icelles a tousjourmais, perpétuelment 
fermes, estables, permanens et agréables et voulons, décernons et 
declairons icelles avoir pareil effecl et vertu comme se nous-meismes 
en propre personne les avions faites, passées, promises, jurées 
et accordées et tout ainsi que se au long et de mot à mot estoient 
cy devant insérées, escriptes et déclairées selon leur forme, teneur 
et substance sans jamais y contrevenir, contrarier ne oppugner par 
nous ou nos dicts successeurs ducs de Lorraine en manière quel- 
conque. Par ces présentes signées en tesmoignaiges de vérité de la 
main de nous, duc dessus dict et scellées de nostre giant scel. 

Données à Montargis le quatriesme jour du mois d'août l'an de 
grâce nostre seigneur mil CCCC soixante et six. 

Signé. : Jehan. 

Par Monseigneur le duc, Har- Scellé sur doubles lacs de 

douin de la Juille, Philippe de soie rouge et verte, avec le 

Lenoncourt, messire Palamides grand sceau en cire verte et le 

Forbin conseillers et chauibel- contre-sccl en cire rouge, 
lans. 

(Origin. Archiv. de I* ville d'Epinal A A.) 

LXXXVIII. 

6 Août I486. 

Louys par la grâce de Dieu Koy de France. A tous ceulx (jui ces 
présentes verront salut. Scavoir faisons que pour aulcunes causes cl 
considérations à ce nous mouvans, nous avons quicté et deschaigé 
quictons et desebargeons les bourgeois manans et babilans de la 
ville d’Espinal des foy et serment qu'ils ont et avoieut à nous. Et 
leur avons donné et donnons congié et licence de prendre et 
choisir tel autre parly et seigneur que bon leur semblera pour les 


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- 444 - 

supporter, soutenir et deO&adre en leurs biens, franchises et 
libellez au bien et utilité d'eulx et de leur dicte ville, sans ce que 
ores ne pour le temps advenir leur en puessions demander aucune 
ne donner aucun reproche de quelque manière que ce soit. Sy 
donnons en mandement à nos amez et feaulx les gens de nos 
comptes qu’ils rendent et restituent aux dicts d’Espinal les lettres 
qu’ils en ont autrefois sur ce baillées, car tel est nostre plaisir. Eo 
tesmoing de ce nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes. 

Donné à Montargis, le sixiesme jour d’aoust, l'an de grâce mil 
quatre cents soixante six et de nostre règne le sixième. 

Par le Roy, les sires de Craon, de La Foresl et autres présent. 

Scellé sur double queue de parchemin d'un grand sceau de cire 
jaune (i). 

(Orig. Bibl. lmp. F. Français Saint-Cermsin toc. 1099. 

— A rehiv. de la ville. Mss. A 4 I.) 


(4) fions ne voulons point terminer ce travail sans exprimer tonte noire 
gratitude S notre ancien maître M. Vallet de Vin ville, professeur à PEcole 
des Charles , et an savant archiviste de ta Meorlhe , M. H. Lepage , qui ont 
bien voûta , Pan nous guider dans nos recherches & Paris , Paulre nous 
fournir des renseignements prédeot* 


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— *45 — 


RAPPORT 

DE n. maud'hfitx père , président , 

m la comnciTio* püte a la société déidiatiom. 


par 

M. le docteur CHEVREUSE , 
DE CHARMES, 

■tnt ses 


ESSAIS DE PISCICULTURE. 


M. le docteur Chevreuse est un ardent ami de l’huma- 
nité et du progrès. Dans sa pratique médicale, il donne 
des preuves nombreuses de la première de ces qualités; 
ses rapports avec notre Société , qui le compte au nombre 
de ses membres les plus actifs, attestent la seconde. Ob- 
servateur patient et sagace , il ne laisse pas passer un fait 
sans l'examiner sous tous ses aspects, sans étudier ses causes 
et sans calculer ses effets. 

Le rapport qu’il nous a adressé , le 92 novembre dernier, 
porte l’empreinte de ces précieuses dispositions. A deux re- 
prises , U. le docteur Chevreuse a tenté des essais de pis- 
ciculture dans un vivier qu’il possède à Charmes et qui occupe 
une surface de 6 ares environ. En janvier 4864 , il reçut de 
rétablissement d’Huningue six mille œufs fécondés , de truite 
commune et de truite saumonée. L'hiver était rigoureux, 
et malgré les précautions prises pour l’emballage , les œufs 

furent atteints par la gelée. M. Chevreuse n’obtint qu’un 

« 


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— 446 - 

petit nombre d'éclosions. Les jeunes poissons , placés dans 
une boite près du point où les eaux entrent dans son vivier; 
ne lardèrent pas à périr sous l’influence d’un sédiment terreux 
charrié par ces eaux. 

En 4865, M. le docteur Chevreuse fit venir du même éta- 
blissement des oeufs de truite commune , de truite des grands 
lacs, de saumons et d’ombres -chevaliers. Sauf un petit 
nombre , ils lui parvinrent en bon état. Les plus sages pré- 
cautions furent prises pour assurer l’incubation et l’éclosion 
des oeufs. Hais le vivier produit en abondance la conferve 
bulleuse de Llnnée, et, dès que celte plante prit des dé- 
veloppements, les jeunes alevins commencèrent à périr; il 
se détachait de ces plantes des mousses mucilagineuses qui 
les enveloppaient et étouffèrent les jeunes poissons. Les progrès 
de la chaleur ambiante bâtèrent cette destruction, et, ce 
qui prouve évidemment son influence , c’est que les alevins 
éclos dans des boites placées & l’ombre périrent les der- 
niers , et que là , il en fut sauvé environ 450 sur 6,000 œufs 
que M. le docteur Chevreuse avait reçus. 

Ce faible résultat devait encore disparattre. Les jeunes 
poissons vécurent jusqu’à l’épuisement de leur vésicule om- 
bilicale. M. le docteur Chevreuse essaya de les alimenter 
avec de la viande et du poisson hachés menu , et les trans- 
porta dans son vivier. Depuis cette époque , il n'en a plus 
revu. 

M. le docteur Chevreuse attribue ces insuccès successifs, 
4° à l’influence des sédiments terreux charriés par les eaux 
qui alimentent son vivier; 2° à l’action des conferves bul- 
leuses ; 3° à l’espacement insuffisant des tiges de verre qui 
formaient les fonds de ses boites et entre lesquelles plu- 
sieurs jeunes poissons ontpéri étranglés ; 4° au grand nombre 
de poissons contenus dans son vivier ; 5° aux crevettes d’eau 
douce qui y abondent; 6° au renouvellement insuffisant de 
l'eau des boites; 7° au choc produit par le jet d’eau dont 
le bassin était pourvu dans son niveau. 

Je crois à la désastreuse influence de la plupart de ces 


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— 447 — 


Muses et notamment des deux premières. Je crois , au con- 
traire , que la chute de l'eau du jet d’eau était favorable à 
ses tentatives. Les salmonidés , en effet, recherchent de pré- 
férence les eaux agitées, parce que le mouvement ajoute à 
l’aération de l’eau. Les transports qui en portent à de longues 
distances, à Paris, à Alger même, sont pourvus d’appareils 
qui agitent constamment l’eau dans laquelle les poissons sont 
placés. Je crois aussi qu’avant d’alimenter ses alevins avec 
de la viande et du poisson hachés , nourriture que lés 
autres poissons du vivier leur ont nécessairement disputée, 
il eût fallu , pour ménager la transition , déposer dans le 
bassin ces enveloppes mucilagineuses qui entourent , comme 
un nuage , les œufs et le frai des grenouilles , enveloppes 
dont les truites sont avides , ou , h leur défaut, déposer dans 
les eaux des blancs d'œufs crus et délayés. 

U. le docteur Chevreuse, sans considérer cependant la 
chaleur comme une cause directe de mortalité , lui a, avec 
raison , attribué une grande influence sur l’action des autres 
causes. A cet égard , il me paraîtrait utile de signaler à 
l’attention des pisciculteurs une étude de M. Carbonier sur 
les causes de la mortalité des poissons d’eau douce, pu- 
bliée dans , le Bulletin de la Société d’acclimatation de 
novembre 4866. Je n'en extrairai que quelques faits. 

M. Carbonnier estime que les carpes et les tanches veulent 
des eaux à une température élevée de 20 à 25 degrés cen- 
tigrades, et que , pour les truites , les lottes et les ombres , 
il ne faut pas que cette température dépasse 42 ou 45 degrés. 
Ces données peuvent être facilement vérifiées par les amis 
de la pisciculture; dès à présent, il est déjà suffisamment 
évident que les températures indiquées ne peuvent pas être 
constamment nécessaires : autrement les hivers détruiraient 
tous les poissons d’eau douce. Mais de ces données oh peut 
déjà conclure que la carpe et la tanche doivent réussir dans 
les étangs et les viviers, plus faciles à échauffer que les eaux 
courantes qui conviennent mieux aux truites , aux ombres 
et aux lottes. La carpe et la tanche réussiront aussi dans 


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— iis — 

les eaux calmes et profondes ; les autres dans les eaux cou- 
rantes et agitées. 

M. Carbonnier indique une autre cause dans les diminu- 
tions un peu considérables de la pression atmosphérique 
qui , par la dilatation des organes des poissons , foncent les 
espèces qui se'tienneüt habituellement au fond à remonter 
vers la surface des eaux , et les espèces qui vivent à la sur- 
face à descendre vers les profondeurs. 11 en indique une 
troisième dans les orages qui , parfois , foudroient tout ou 
partie d’un cours d’eau, et cite un fait arrivé dans les ca- 
naux d’élevage de M. le marquis de Velve, où la foudre 
étant tombée dans un de ces canaux fit périr, sur une 
étendue d’un kilomètre, toutes les perches et tous les poissons 
blancs, et mit en fuite les écrevisses qui n’y rentrèrent que 
plus tard , apparemment après la disparition totale des traces 
du fluide électrique. 

Il signale aussi comme causes de mortalité : 

t° Les grandes eaux , lorsqu’elles puisent dans le sol iDoudê 
des principes pernicieux ou se chargent en excès de sédi- 
ments terreux; 

2° L’abandon aux eaux courantes des résidus de certaines 
industries; 

3° Les pluies orageuses tombées sur des foins récemment 
coupés et contenant des herbes nuisibles aux poissons. 

Ces observations de M. Carbonnier nous semblent mériter 
la plus sérieuse attention de la part des amateurs de la 
pisciculture. 

Je reviens à la communication de M. le docteur Chevreuse, 
et je n’hésite pas à dire qu’il faut reconnaître à son auteur 
le rare mérite d’avoir fait abstraction de son amonr-propre 
au profit du progrès , en avouant hautement ses essais suc- 
cessifs, dans le but de préserver des mêmes revers ceux 
qui seraient entraînés à suivre son exemple dans de semblables 
conditions. Les insuccès éclairent autant que leê réussites. 

Aussi je crois qu’il serait utile de donner la publicité 
de nos Annales à son intéressante communication. Plus puis- 


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— U9 — 

tantes que les plus sages conseils, ces expériences diront* 
aux pisciculteurs que , si les eaux qu'ils possèdent offrent 
tes mêmes conditions que celles où notre collègue a pratiqué 
ses essais, ils tenteraient vainement d'y faire vivre les salmo^ 
nides, et qu'ils doivent les réserver aux carpes, aux tanches, 
au brochetqui réussit aussi bien dans les eaux les plus vaseuses 
que dans les eaux les plus pures, aux gardons, auxcheVennes, 
et aussi à ce poisson dont il vante la finesse et qu'il désigne 
sous le nom de carasche , tandis qu’il faut réserver lés eaux 
vives et froides aux salmonidés , aux ombres et aux poissons 
de petites espèces qui s’y plaisent aussi et qui servent de 
pâture aux premiers 

Je ne dirai qu’un mot sur les observations de M. le doc- 
teur Chevreuse en ce qui concerne la dernière loi sur la 
pêche fluviale. Comme lui, cependant, sans méconnaître les 
obstacles qui retardent la stricte application des excellentes 
dispositions qu’elle prescrit, je forme le vœu que ces obstacles 
soient surmontés le plus tôt possible , que les cantonnements 
de réserve soient établis, que les vannes munies d'échelles 
à poisson permettent au saumon de remonter nos rivières 
comme autrefois , et que des mesures conciliables avec les 
intérêts des arrosages préviennent cette énorme destruction du 
fretin par la fermeture brusque des portières de tète des canaux. 
Je ne crois pas que les fosses proposées par M. Chevreuse 
puissent remédier au mal. La chaleur de l’été y déterminerait 
promptement une mortalité inévitable. Le seul moyen qui 
puisse réussir, serait l'ouverture de rigoles de décharge où 
le fretin pourrait descendre à mesure de la retraite des eaux * 
et qui communiqueraient avec la rivière. Dans les lieux où 
ce moyen serait impraticable, on exigerait que les rigoles 
d'irrigation fassent prolongées jusqu’à la rive du cours 
d'eau. 

En résumé , j!ai l’honneur de proposer le renvoi de la 
communication de M. le docteur Chevreuse à la Commission 
de publication, afin qu'elle examine* s’il y a lieu de pren 
poser l'insertion dans nos Annales . • 

29 


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*50 — 


i 

A Messieurs les membres de la Société d’Émulation 
des Vosges. 

Messieurs et honorés collègues, 

J’ai l'honneur de voqs faire part des essais de pisciculture 
auxquels je me suis livré en *86* et en 4865. 

Le 8 janvier 4864, rétablissement de pisciculture de Hu- 
ningue m’a envoyé trois mille œufs de truite commune, 
et environ 45 jours après, un pareil nombre d'œufs détruite 
saumonée, tout fécondés. 

L’hiver était rigoureux , et malgré des emballages parfai- 
tement soignés, malgré les deux bottes en sapin qui ren- 
fermaient ces œufs , la mousse sèche qui entourait de toutes 
parts la seconde botte dans laquelle ils reposaient sur de 
la mousse humide, malgré la rapidité du transport par 
notre voie ferrée , la précaution de porter immédiatement le 
contenu de ces bottes dans les eaux de mon vivier, je n'ai 
obtenu que de rares éclosions , ces œufs ayant été gelés en 
majeure partie. Je ne devais donc pas m’attendre & leur en- 
tière réussite, puisqu’ils étaient privés de leur transparence 
et de leur couleur rouge groseille tendre, à leur arrivée, 
du moins pour la plupart. 

Une autre raison d’insuccès est celle-ci : les œufs qui me 
parurent sains ayant été placés dans une longue bo^le en 
peuplier, à c6té de l’entrée des eaux dans mon vivier, ne 
tardèrent point à être recouverts d’une couche épaisse de sédi- 
ment de ces eaux, qui pouvaient entrer dans tætle botte 
et en sortir au moyen de Irons pratiqués aux extrémités. 

Malgré ces conditions défavorables pourtant , j’ai obtenu, 
quelques semaines après, vingt ou trente éclosions. Mais les 
petites truites n’ont pas tardé à périr, à cause de ce dépôt 
terreux. 

En 4865, nouveaux essais avec des œufs de saumon , de 
truite commune, de truite des grands lacs, d’opibre-chevatier. 


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Ces envois successifs eurent Ueu en décembre 4864, jan- 
vier, février, mars et avril 4866. 

A l’exception d'un très-petit nombre , ces œufs étaient, à 
leur arrivée, dans les meilleures conditions de turgescence 
et de transparence. 

Ils furent soumis h l'incubation , partie dans une petite 
auge en sable alimentée par un courant continu , partie dans 
le bassin en pierre qui le domine. Ce bassin en pierre cir- 
culaire a cinquante centimètres de diamètre et présente dans 
son milieu un jet d’eau de 45 centimètres d'élévation. 

Plus tard , je soumis encore h l’incubation un très-grand 
nombre des œufs qui me furent envoyés : 4° dans une 
auge ordinaire en pierre alimentée par un courant continu 
de deux centimètres de diamètre; 3° à l’entrée et h la sortie 
des eaux de mon vivier, qui a six ares et quelques cen- 
tiares d'étendue , et dans le milieu duquel existe un jet 
d’eau d’un mètre et demi d’élévation. 

Ces œufs furent placés sur des châssis en bois de peu- 
plier dont le fond était formé de baguettes de verre distantes 
de deux millimètres. Ces châssis furent mis dans des boites 
en peuplier aussi d'une dimension variable. La plus grande 
de ces bottes avait un demi-mètre de longueur, une largeur 
et une profondeur de vingt centimètres. Au fond de toutes 
ces boites se trouvaient des graviers et des cailloux , et l’eau 
pouvait y entrer et en sortir au moyen des trous pratiqués 
aux extrémités. 

Les châssis suspendus dans ces bottes n’étaient recouverts 
que par quelques centimètres d’eau et souvent moins. Quant 
à la température de cette eau , elle variait de 40 à 44 
degrés. 

A côté de l'entrée des eaux dans mon vivier, dans un 
endroit calme et abrité par un énorme saule pleureur, je 
fis déposer une grosse brouette de graviers et de cailloux. 
Avec un bâton , je traçai des sillons dans lesquels je semai 
une certaine quantité d’œufs de truite commune qui me pa- 
rurent sains , puis je les recouvris avec ces cailloux sur une 


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épaisseur de quelques centimètres. Il y avait à peine cinq 
ou six centimètres d’eau au-dessus. C’est ainsi que je pro- 
cédai. 

Quelques semaines après l’entrée de ces oeufs dans mes eaux, 
j'observai de nombreuses éclosions. Dans la petite auge ea 
sable , ces éclosions furent si nombreuses que son fond pré- 
sentait partout une belle couleur violette. Même résultat 
ailleurs. Mais dès que la mousse (conferve bulbeuse de Linnée), 
qui croit si abondamment et si vite dans ce petit bassin , 
eût recouvert mes alevins pourvus de leur vésicule ombi- 
licale, je ne tardai pas à les voir devenir blancs, opaques, 
puis périr. Celte mousse produisait sur le corps si tendre 
de ces petits poissons l'effet de la glu sur les oiseaux que 
l'on prend & la pipée, ils étaient tellement empêtrés dans 
cette plante mucilagineuse qu'ils ne pouvaient s’en délivrer. 
Telle a été, je crois, la cause principale de la mortalité de mes 
alevins dans ce petit bassin et dans l’auge située au-dessous. 
Une toile métallique, percée d’une multitude de petits trous 
comme une écumoire , laisse passer les eaux qui tombent 
de ce bassin dans la petite auge. Cette toile a prévenu quelque 
temps l’envahissement de la conferve dans celle auge et ses 
conséquences létli ifères. Mais dès qu’elle s’y produisit sous 
forme de gelée verd&tre , la mortalité s’y déclara de même (lj. 
j’avais beau , chaque jour, enlever cette mousse , les œufs 
opaques et atteints de moisissure , ainsi que les poissons 
morts : il me fallait , le lendemain , recommencer la même 
opération, cette mousse se reproduisant avec une rapidité 
extrême , par la chaleur surtout. 

’ Une autre cause de mortalité pour mes alevins a encore 
été le sédiment de ces eaux. Aussi n’ai-je pas tard£ à les 


(i) La conferve bolbeaae ar-l-elfe encore agi aar met alevina par les âé- 
mente qni la eonatiloent? 

On troavera dana mon mémoire car celle plante , mémoire dont j*ai 
fait hommage b la Société, l'aoalyae cbimiqee qai en a été laite par 
M. Chatin , profeaaeor b Péeole de pharmacie de Paria. 


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voir recouverts de ce dépôt terreux que la loupe et le mi- 
croscope m’ont mieux fait voir encore. A mesure que ce dépôt se 
formait, mes poissons perdaient leur teinte rouge violette 
et devenaient grisâtres. 

J'ai remarqué aussi qu’un grand nombre de mes alevins 
avaient été strangulés par les trous de ma toile métallique 
dans lesquels leur tête 1 s'est trouvée prise comme dans un 
lacet. Afin de prévenir cet accident , je substituai à la toile 
métallique une toile d’emballage dont les fils me semblaient 
suffisamment rapprochés. La strangulation s’est opérée de 
même, et la conferve ayant bientôt obstrué tous les écar- 
tements de ces fils , les eaux du petit bassin débordèrent. 

Les œufs placés sur châssis dans des boites, à côté de 
l’entrée de l’eau dans mon vivier et dans le petit canal qui 
existe à la sortie , n’ont pas tardé à éclore en grand nombre 
aussi, mais presque tous leurs alevins ont péri. Je me suis 
aperçu que malgré les trous pratiqués aux deux extrémités 
de ces bottes , l'eau ne s’y renouvelait pas assez. Enfin , je 
me suis aperçu aussi que ces petites crevettes d’eau douce , 
qui abondent dans mon vivier, ont nui à mes poissons et 
h leurs œufs. Chaque jour j’en enlevais un grand nombre 
de mes bottes. 

C’est dans l’auge en pierre , la plus longue et la plus 
large , alimentée par un jet continu , que j’ai obtenu les 
meilleurs résultats. La conferve y croit pourtant aussi en 
quantité notable , mais elle ne.jouit pas de la même propriété 
agglutinative de celle de mon petit bassin. Sa couleur est 
brune, parce qu’un mur et les arbres de mon bosquet font 
obstacle aux rayons solaires qui exercent toute leur influence 
sur celle du bassin. 

J’estime à environ 150 les saumons, truites et ombres- 
chevaliers qui ont réussi sur les six mille œufs que j’ai 
reçus. 

Durant cinq ou six semaines, mes petits poissons, pourvus 
de leur vésicule ombilicale , sont restés à peu près immo- 
biles. De temps à autre cependant , je les voyais émigrer 


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— 454 — 


d’un point sur un autre où ils reprenaient leur immobilité. 
Lorsque leur vésicule a été entièrement résorbée, j’ai vu 
mes alevins aller et venir, sans doute à la recherche de 
l'aliment qu’ils ne trouvaient plus en eux-mémes. Alors je 
me bâtai de les porter dans les eaux de mon vivier. Je leur 
donnai pour nourriture de la chair de grenouilles et de 
poissons hachée bien menue , chaque jour, et pendant une 
semaine, puis je ne m'en occupai plus. 

Maintenant, que sont devenus ces poissons depuis leur 
entrée dans mon vivier, c’est-à-dire depuis 6 ou 8 mois? 
Ont-ils continué à vivre et à grossir? Je ne sais, mais j’ai 
eu beau jeter assez souvent l’épervier, jamais encore je n’en 
ai pris un seul , bien que les mailles de mon filet soient 
assez rapprochées pour ramener des poissons mcins gros 
que des petits gougeons. 

Pendant Tété, lorsque le soleil darde ses rayons sur la 
surface des eaux , une quantité infinie de petits gardons 
roses (rousses), quelques perches et chevanes (vilains,. meu- 
niers), des carpes y paraissent immobiles; jamais je n'ai 
distingué parmi eux une seule truite, ni un seul saumon. 
Je n'en ai pas vu non plus à l’entrée des eaux dans mon 
vivier, qui est le lieu de prédilection de toutes les truites 
que j’y ai mises à diverses époques. Je pense donc que ces 
alevins ont péri et que leur mort doit être attribuée à la 
mauvaise qualité de ces eaux dans lesquelles pourtant per- 
ches , gardons , chevanes , carpes , tanches , gougeons , bro- 
chets etcaraches (1) vivent et grossissent parfaitement, sinon 
tous avec la même rapidité. 


(I) Cirachei. Je n'ai trouvé nulle part le nom «JUe ee poisson gui 
ressemble s la brème pour ss forme et b U carpe pour sa couleur* Ce 
poisson est excellent , mais il n'atteint que rarement le poids d*un demi 
kilogramme* 

Ce poisson m’a été donné par M. de Malglaive, propriétaire do joli 
cbàlcau de Neuvillers (Meurtbc) , qui a appartenu k l'ancien Intendant de 
Lorraine , du nom de Lagalaisièrce. 

C'eut au roi Stanislas, ro’a-l-on dit, que l'on doit l’Importation de 


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455 — 

Des truites, grosses comme des gougeons, ne sont guère 
qu’un an pour acquérir, dans ces eaux , le poids d’un quart 
de kilogramme , ainsi que je l’ai expérimenté plusieurs fois. 
Mais ce développement leur est peut-être nécessaire pour se 
défendre contre mille accidents. 

De tous les poissons qui sont entrés dans mon vivier et 
qui y ont vécu , le brochet est celui qui a crû le pins vite. 
Trois brochets de deux ou trois grammes chacun , avaient 
acquis, au bout de 18 mois, l’un, un kilogramme et demi, 
et les deux autres environ un kilogramme. Mais c’est au 
détriment d'un grand nombre de mes autres poissons 
qu’ils avaient acquis ce poids , aussi j’ai bien juré que ces 
dévorants n’entreraient plus dans mes eaux. Toutes mes 
truites, au nombre de 35, tous mes barbeaux, au nombre 
de 42 , sont devenus la proie 0e ces vrais requins d'eau 
douce, sans compter une foule d’autres espèces. 

La carpe se plaît à merveille dans mon vivier, et sa chair 
est excellente et saumonée. Mais il lui faut un grand 
nombre d’années, huit ou dix au moins, pour acquérir le 
pouls d’un kilogramme, par la raison sans doute que ce 
vivier, étant trop peuplé , la nourriture y est insuffisante. 
Des propriétaires d'étangs m’ont déclaré que , pour un vivier 
de 6 ares et quelques centiares , il faudrait au plus 30 ou 
40 carpes si l’on voulait qu’elles acquissent chacune le poids 
d’un demi kilogramme en un an et demi. 

Quant au meunier ou chevane, il grossit vite, et j’estime 
à 300 grammes et plus le poids qu’il est susceptible d’y ac- 
quérir en une année. 

Il n’en est pas de même du gardon , de la perche et de 
la tanche qui croissent beaucoup plus lentement. 

A l'exception de ces deux poissons, le gardon et la perche, 


ce poiMOQ qui abonde et le multiplie h l’infini dan* le* eaux alignante* 
de ce chiteau. Il mdrilerait d'élre pin* connu et plua répandu , car une 
friture de caracbei équivaut preique k une friture de perebce : Erperlo 
créât Roierto. 


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aucune autre espèce ne se reproduit dans* ces eaux. Pour- 
quoi? Je l’ignore. J’ai eu beau construire des frayères ar- 
tificielles avec de la bruyère, ainsi que le conseille M. Coste, 
je n'ai pas vu qu’elles réussissent. 

Deux autres viviers situés dans le voisinage du mien , 
alimentés par les mômes eau*, présentent les mêmes par- 
ticularités Pourtant mes eaux sont tranquilles, leurs rives 
sont peu profondes, et des plantes aquatiques, parmi les- 
quelles se trouvent le roseau à balai et le roseau massette, 
y croissent en abondance (t). 

Que conclure de ces faits et de ces expériences? 

4 ° Que je n'ai pas toujours observé les préceptes de 
pisciculture comme j’aurais dû le faire, puisque j’ai laissé 
mes œufs exposés à l’influence fâcheuse des sédiments de 
mes eaux, ainsi que mes .alevins; que je les ai exposés en 
outre au défaut de renouvellement de l’eau dans les boites 
ou je les avais placés , à une cause de strangulation , ainsi 
qu'au choc de l'eau du jet continu de mon petit bassin; 
que les soins dans les conditions où j’opérais doivent se 
multiplier beaucoup pour assurer l’éclosion des œufs et la 
vie des alevins; 2° que pour que les truites, saumons et 
ombres-chevaliers puissent vivre dans des eaux abondantes en 
dépôts terreux comme celles de ce vivier, il faut qu’ils aient 
acquis un certain degré de développement. 

Peut-être faudrait-il conclure aussi que le trop grand nombre 
de poissons a été une cause de mortalité pour mes alevins, 
qui n’ont pas trouvé dans ce vivier la nourriture indispen- 
sable à leur existence et à leur développement. 

Dans la pratique de la médecine, les revers instruisent 
plus que les succès , pourquoi n’en serait-il pas de même 


M) On croil généralement qu'une condition indispensable b la repro- 
duction de la carpe dans les réservoirs est le peu d'élévation de lenrt 
bords. C'est one erreur. Le réservoir de ma belle-mère a pins d'an 
mètre et demi de profondeur sur ses bords , et pourtant la carpe y multiplie 
démesurément. 


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— 457 — 


dans l’art de cultiver les poissons? J’ai l’espoir qu'on ne 
suivra pas mon exemple et que ceux qui ont l’intention de 
peupler leurs viviers ou leurs étangs procéderont autrement 
que je ne l'ai fait. Ils devront avant tout tenir compte des 
propriétés de leurs eaux et s’efforcer d'imiter la nature qui 
ne fait croître les salmonidés que dans des eaux rapides et - 
coulant sur des fonds de sable , de cailloux et de gravier. 
Voilà pourquoi ces poissons affectionnent la Loire, dont le 
lit est généralement formé de sables fins et purs , et dont 
la partie haute traverse les montagnes granitiques du pla- 
teau central. De toutes les rivières , la Loire est la plus 
limpide. La Seine, au contraire, dont le cours est paisible, 
et qui roule sur un lit de limon , ne convient pas aux 
salmonidés. Aussi est-il très-rare que l’on y pêche ce genre 
de poisson. 

Mais pourquoi puiser ailleurs qué dans notre département 
les exemples dont nous voulons étayer nos conseils? N’a- 
vons-nous pas , dans notre voisinage , la Moselle et le Madon 
qui peuvent nous éclairer? Trouve-t-on dans ce dernier une 
seule truite et un seul saumon? Non, par la raison que 
le fond vaseux du Madon ne leur est pas favorable , tandis 
que celui de notre limpide Moselle se trouve dans des con- 
ditions tout opposées. 

Terminons ces réflexions par le vœu que l’administration 
se hâte de remédier au dépeuplement progressif de notre 
Moselle dans laquelle saumons, truites, brochets et perches 
sont devenus infiniment rares , au grand préjudice de l’a- 
limentation. La perche surtout, ce poisson favori des ma- 
lades et des gourmets , ne s'y trouve presque plus , tandis 
qu’il y a 25 ans il y était assez commun. C’est qu’il y a 
25 ans , les rives de notre belle rivière n’étaient pas , comme 
aujourd’hui, sillonnées de canaux d’irrigation dans lesquels 
le fretin aime à pâturer. Ces canaux étant mis à sec très- 
souvent, le fretin périt en grand nombre, ainsi que je l’ai 
observé maintes fois. 


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— <58 — 


Telle est la cause principale, sinon l’unique, du dépeu- 
plement de noire Moselle. 

Est-ce qu’il ne. serait pas possible d’allier à la fois deui 
grands intérêts, celui de l’agriculture et celui de l’empois- 
sonnement de notre rivière? • 

Ne pourrait-on, dans cette vue, laisser couler toujours 
une certaine quantité d’eau dans les canaux d’irrigation et 
y creuser, de distance en distance , des fosses suffisantes 
pour servir de refuge aux petits poissons et les empêcher 
de devenir la proie des buses et des corbeaux? Sans cette 
double précaution , sans une eau toujours renouvelée et tou- 
jours fraîche , le fretin de poissons fins périt immanqua- 
blement. 

Enfin , ne pourrait-on encore emprunter à l’art de la 
pisciculture les moyens de repeuplement dont il est ques- 
tion? 

Une autre cause de dépeuplement est celle-ci : quand, par 
le fait des inondations, la Moselle a quitté son lit pour 
se répandre au loin dans sa vallée , elle laisse fréquemment 
çà et là , en se retirant , des flaques qui n’ont plus de com- 
munication avec elle. J’ai vu parfois dans ces eaux stagnantes 
une foule d'alevins de toute espèce qui ne tardaient pas à 
périr. Est-6e qu’il ne serait pas possible encore de prévenir 
cet accident en creusant des rigoles qui permettraient à ces 
petits poissons de rentrer dans le lit de la rivière? Cette pré- 
caution devrait être prise de bonne heure pour denx raisons : 
t° parce que la température élevée de ces eaux stagnantes 
ne tarderait pas à causer la mort des petits poissons fins; 
2° parce que l’éloignement progressif des flaques do lit de 
la rivière ne permettrait plus aussi aisément d’opérer cette 
communication. 


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— 459 — 


Charme*, le 95 Janvier 4867* 


Messieurs et honorés Collègues , 

Depuis l’envoi de mon petit mémoire sur mes essais de 
pisciculture , j’ai lu un ouvrage récent sur les poissons des 
eaux douces de la France, par M. Émile Blanchard , membre 
de l'Institut, professeur au musée d’histoire naturelle. J’y 
ai trouvé la description de la carasche ou carassin ( cyprinop - 
sis-carassius ) dont j’avais parlé dans ce mémoire. J’ai trouvé 
aussi le même poisson , décrit sous le nom de cyprinus , dans 
mon Dictionnaire d’histoire naturelle en 16 volumes. 

La carasche, dit M. Blanchard, est peu connue en France; 
elle ne se trouve que dans'Certaines localités de nos dépar- 
tements de l’Est, où elle ne paraît pas encore très-abon- 
dante. 

Elle est commune, au contraire, dans toute l’Allemagne, 
en Suède, dans les provinces méridionales de la Russie. On 
l’appelle vulgairement le carassauche , le nom sous lequel 
ce poisson est désigné dans presque toute l’Allemagne, ou 
bürratschel, comme à Strasbourg. 

Le carassin a l’aspect d’une carpe démesurément élargie 
dans le sens de la hauteur et comprimée latéralement, avec 
la tête petite et courte, une coloration générale d’un 
vert de bouteille assez sombre, ayant des reflets dorés sur 
les parties inférieures et passant à des teintes rougeâtres sur 
la poitrine, le milieu du ventre et les nageoires, plus ou 
moins vives, suivant les saisons et les localités. 

M. Blanchard dit que la chair de ce poisson est fade, et 
il ne semble pas la priser beaucoup. A quelle sauce te savant 
professeur a-t-il mangé la carasche? Je l’ignore, mais, ce 
que je n’ignore pas, c’est qu’elle est excellente en friture et 
qu’on peut la comparer à celle de perche. Voilà ce que j’ai 
cru devoir vous écrire. 


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— 460 — 


Ce poisson , m’a-t-on dit, est très-abondant dans les pièces 
d'eau du château de Neuvillers , et il s'y reproduit démesu- 
rément. Ce qui est regrettable , c’est qu'il n'acquiert pas un 
gros volume. 

Veuillez agréer, honorés collègues , l’assurance de mes 
sentiments les plus dévoués. 

* 

Aug. Chevrecse. 


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— 464 — 

DE LA 

DÉTERMINATION 

DBS 

ORBITES DES ÉTOILES DOUBLES 

Par 

UNE MÉTHODE PUREMENT GRAPHIQUE. 


Lecture faite à la Sorbonne devant la première Commission 
des Délégués des Sociétés savantes , 
le 24 avril 1867, 

PAR M. Em. REUSS , 

DOCTEUR ES SCIENCES, 

Membre associé libre de la Société d’Ëmnlation. 


1. Parmi la quantité prodigieuse d’étoiles qui peuplent le 
firmament, il en est un grand nombre qui, paraissant simples 
à l’œil nu ou dans le champ d’une lunette ordinaire, se 
dédoublent lorsqu’on les examine avec des instruments d’un • 
pouvoir amplificatif suffisant; elles paraissent alors composées 
de deux étoiles très-rapprochées , ayant des intensités assez 
inégales et présentant souvent une notable différence de 
couleur. On compte aujourd’hui plusieurs milliers de ces 
étoiles doubles, et le nombre en augmente tous lés jours. 

W. Herschel, en étudiant quelques-uns dé ces groupes 
remarquables, découvrit que, le plus ordinairement , ce rap- 
prochement n’est pas un pur effet de perspective, mais 
que les deux astres sont physiquement liés par une action 


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— 462 - 

mutuelle, que leurs positions relatives changent sans cesse» 
que l’un semble circuler autour de l’autre dans un orbe 
régulier. 

Depuis cette importante découverte, annoncée par son 
auteur en 4803, beaucoup d’astronomes s’appliquèrent à 
observer assidûment les étoiles doubles et à mesurer avec 
soin les deux éléments dont se compose toute observation 
complète, savoir : 4° l'angle de position > c*est~à-dire l’angle 
que forme avec une direction fixe la ligne qui joint l’étoile 
la plus brillante à son compagnon ; 2° la distance apparente , 
c’est-à-dire l’angle sous lequel on aperçoit la droite qui 
unit les deux astres. On ne tarda pas à reconnaître, par 
la variation de ces éléments, que la majeure partie des 
étoiles doubles de plus petite distance constituent des 
systèmes binaires, et que dans leur révolution les deux 
étoiles d’un groupe suivent exactement les mêmes lois qui ré- 
gissent les mouvements des planètes autour du soleil, c'est-à- 
dire qu’elles obéissent aux lois de Kepler. Dès lors il devenait 
possible de déterminer la forme et la position de l’orbite 
que l’une des composantes décrit autour de l’autre consi- 
dérée comme immobile, ainsi que la durée de la révolution. 

2. Différentes méthodes ont été proposées pour la solution 
de cet intéressant problème; la première est due à Savary 
et se trouve insérée dans les additions à la Connaissance 
des temps pour l’année 4830; des procédés de calcul un 
peu différents ont été donnés par MM. Encke (4), John 
• Herschel (2), Mædler (3), Yvon Villarceau (4)etKlinkerfues (5). 

On comprendra sans peine que la précision des résultats 
obtenus ne dépend pas seulement de la plus ou moins 

(1) Berliner astronomisches Jalirboch für 1832. 

(2) Mémoirs of the royal astron. Society, vol. V (4853) , page 174. 

(3) Scliumacher’s astronomiaclic Nachrlchlen , no 563 (48371; Untersn-* 
cliungen über die Fixstern-Systeme von D r J. -H. Mædler (4847). 

[h) Connaissance des temps pour 4832. 

(5) Astron. Nachriebten no 990 (4856) et n° 1427 (1858). 


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— 463 — 

grande perfection de la méthode employée, mais encore de 
l’exactitude des mesures, et surtout de l’amplitude du dépla- 
cement observé. C’est pour cela que le calculateur devra 
s’attacher à rechercher non pas la méthode la plus rigou- 
reuse, mais celle qui pourra le conduire le plus rapidement 
et avec le moins de travail à des résultats en harmonie avec 
la valeur et l’étendue des observations; car à quoi bon 
recourir à une méthode parfaite en théorie, mais longue 
et pénible dans son application, si elle s’appuie sur une 
base incertaine, si les données sont insuffisantes pour per- 
mettre une solution rigoureuse, si enfin les résultats obtenus 
ne présentent qu’une exactitude illusoire? 

Il y aura donc avantage pour le calculateur à posséder 
ime méthode facile et courte qui le fasse arriver en peu 
de temps et presque sans calculs à la connaissance des 
éléments des orbites elliptiques des étoiles doubles, et c’est 
dans ce but que je viens proposer le procédé graphique 
suivant. Je n’ai pas la prétention de donner ma solution 
comme entièrement neuve, je m’appuie au contraire sur une 
méthode connue, celle de Sir J. Herschel; mais je crois 
être parvenu à la compléter et à la simplifier considérable- 
ment, et à la rendre ainsi apte à répondre au desideratum 
que je viens d’indiquer. 

La méthode d’Herschel, basée en grande partie sur des 
constructions graphiques, ne fait usage que des angles de 
position , ce qui constitue déjà un avantage sur les autres qui 
exigent des observations complètes; en effet, les angles sont 
susceptibles d’étre mesurés avec beaucoup plus de précision 
que les distances, qui souvent ne dépassent pas une seconde, 
et qui de plus sont sujettes à une sorte d’équation personnelle 
dépendante de l’observateur, de l’instrument dont il se 
sert, etc. C’est donc avec les angles pour données que Sir 
J. Herschel nous apprend à construire la trajectoire appa- 
rente, c’est-à-dire la projection sur la voûte céleste de 
l’orbite relative que l’une des étoiles décrit autour de l’autre; 
on en déduit ensuite les constantes du mouvement, à l’ex- 


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— 464 — 


céplion toutefois du grand axe, pour lequel on a besoin 
de recourir aux distances observées. 

Mais Tillustre astronome anglais, après avoir tracé l'orbite 
apparente et obtenu les éléments qui en découlent directe^ 
ment, abandonne le procédé graphique, et calcule les 
éléments restants par des formules de mécanique céleste; 
dans la présente méthode, au contraire, je les obtiens tous 
par une construction géométrique extrêmement simple ; 
facile et courte , et cela, avec un degré d’approximation 
suffisant dans la plupart des cas , et toujours en rapport 
avec celui des éléments sur lesquels Herschel a étayé ses 
formules analytiques. 

Les constructions qui constituent cette méthode peuvent 
se ramener à trois séries d’opérations distinctes : 

t° Tracé de la courbe d’interpolation pour les angles de 
position , et calcul des distances correspondantes à des positions 
choisies, d’après la loi des aires; 

2° Construction de l’orbite apparente à l’aide de ces dis- 
tances ; 

3° Détermination graphique des éléments de l’orbite réelle; 
son rabattement dans le plan de projection. 

Les deux premières séries d’opérations sont, à quelques 
simplifications près, celles que Sir Herschel décrit dans les 
articles t3 à 27 de son mémoire; je les résumerai ici succinc- 
tement. 

l ri SÉRIE DE CONSTRUCTIONS. 

3. On construit un canevas de rectangles ou de carrés, 
avec les temps pour abscisses et les angles de position 
pour ordonnées, et l’on y porte les moyennes annuelles de 
toutes les observations d'angles dont on peut disposer. On 
trace une courbe qui passe le plus près possible de tous 
ces points* sans présenter trop d’irrégularités ou de trop 
brusques changements de courbure: cette ligne devra avoir, 
entre les limites d’une révolution entière, deux ou quatre 
points d’inflexion , jamais davantage. 


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— m — 

0® prénd sur celle courbe tes valeurs des angles de position 
pour des époques équidistantes, par exemple de 5 ën 5 ans, 
un, ce qui me parait plus commode pour le tracé de t'ortrité 
apparente , on déduit tes époques où i’anglc dé position 
est un multiple de tO* (ou dé S“). De cette manière on sé 
Urée une sérié artificielle d’observations qui remplacera avan- 
tageusement celte des observations brntés, plus on moins 
entachées d’erreurs. 

A chaque point ainsi choisi sùr ta tourbe d f inlerpolation , 
un mène unè tangénte et l’on mesure les côtés de l'angle 
droit du triangle qui a pour hypoténuse une portion dé 
cette tangente : ces côtés sont proportionnels aux deux 

do 

termes du rapport qui exprime la vitesse angulaire 

Correspondant au point de contact. Or, d’après 1e principe 
îles aires, si l’on désigne par r la distance du compagnon 
a l'étoilé principale on a 

* de - 

r -^= constante; 

'~~dt~ 

de sorte que ltexpressioh y/ sera proportionnelle à lé 

distance r. Pour abréger cës petits calculs numériques, je 
prends pour hauteur de chaque triangle «me distante detOO 6 , 
(ou 200°) et j’évalue, par une sitnplé lecture, l’intervalle de 
temps- compris entré le pied de l’ordonnée et te' pied delà 
tangente; cela me donne, en divisant ce dernier nombre 

dï 

par tÔO (on 2Ô0) , la valeur de -y , dont j’extrais la racine 

dB 

carréé : ces extractions se font à vue sur des tables qui 
font partie de beaucoup de recueils * tels que les tables 
tf r August, de Cousinéry, etc. 

îi* SÉRIE DE CONSTRUCTIONS. 

4. Ayant ainsi dressé un tableau des angles dé position 
et des distances correspondantes, on décrit une circonférence 

50 


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— 466 — 


que l’on divise en degrés, et sur les rayons de celle-ci on 
porte les distances réduites à une échelle convenable, en 
rapport avec les dimensions qu’on veut donner à l’épure. 
Il s’agit maintenant de tracer une ellipse qui s’écarte le 
moins possible de tous les points qu!on vient de marquer ; 
c’est là l’opération la plus délicate et la plus importante (I), 
et pour y réussir il est nécessaire de faire un essai préalable. 
On voit facilement, sur un premier croquis, quelles sont 
les distances qui sont trop grandes ou trop petites pour 
être assujetties à une ellipse; on cherche alors si l’on peut 
diminuer les unes et augmenter les autres par un léger 
changement de la première forme de la courbe d’interpo- 
lation, sans toutefois trop s’éloigner des positions observées , 
notamment de celles qui paraissent mériter le plus de confiance. 
Après quelques tentatives de ce genre , on finira par trouver 
une ellipse qui s’adapte d’une manière satisfaisante aux 
points marqués sur l'épure. 

5. Il est bon de comparer dès à présent l’orbite apparente 
avec les observations. Désignons par k un coefficient constant; 
par r , r , r , — les distances observées et exprimées en 

secondes; par les distances correspondantes 

obtenues à l’aide de la courbe d’interpolation et de l’épure, 
et exprimées en parties de l’échelle choisie pour cette dernière; 
on aura 

kr 1 —r , A r 1 — r , A r* ~ r , 

iis* s s 

Pour trouver le rapport constant A, Herschel fait simplement 
l’addition de ces égalités et pose 


(*j « For t his put pose , dit I1er,chel, a s tend y hand and a tolerably 
correct eye dre ail we need . » Hcrschcl indique ici plusieurs, moyen» 
pour s’aider dan» ce (race, par exemple de projeter *ur le papier l’image d*ao 
disque circulaire , placé dan» une chambre claire et dont on ferait varier 
convenablement la position et l'inclinaison , ou bien encore l'ombre portée 
derrière une bougie par un anneau mince ou un disque ; mais il ajoute 
qu'il ne s'est jamais servi d’aucun de ces procédés. 


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mais la valeur la plus probable de k sera k - — fi ; son 

2 r 

inverse 4/k donnera- alors, en parties de l’écheile, la valeur 
de V * , et permettra d’y réduire les distances observées et 
de les porter sur l’épure. On jugera ainsi du plus ou moins 
d’exactitude de l’orbite tracée, comme aussi du degré de 
éonfiance qu’on pourra accorder à telle observation particulière. 

6. Tirons maintenant une droite par le centre O de l’ellipsê* 
et par le centre S dü cercle qui a servi de base à la construction, 
et qui représente le lieu de l’étoile fixe. Cette ligne sera la 
projection du grand axe de l'orbite réelle; son extrémité P 
la plus rapprochée de S est la projection du périhélie vrai; 
en mesurant son angle de position, et en cherchant, sur la 
courbe d’interpolation, l’époque correspondante, on connaîtra 

OP 

la date du passage au périhélie; enfin le rapport — don- 

ci O 

nera l' excentricité de l’orbite vraie. Pour avoir la projection 
du petit axe on n’a qu’à mener le conjugué du diamètre PA. 

On obtiendra les maximaet minima de distance apparente 
en décrivant par tâtonnement, du point S comme centre, des 
cercles tangents extérieurement ou intérieurement à l’ellipse * 
et en cherchant, comme pour le périhélie vrai, la date cor- 
respondante; ces époques ne sauraient èlre ainsi déterminées 
avec beaucoup de précision, mais aussi elles ne sont que 
d’une importance secondaire; quant aux distances elles-mêmes* 
on les connaîtra avec une approximation suffisante et on 
pourra les réduire en secondes, en multipliant les distances 
mesurées sur l’épure par lè coeficient k déjà calculé. 

5“* SÉItlE DE CONSTRUCTIONS. 

7. C’est jusqq’ici que nous suivrons la méthode d’Herschel * 
le reste du procédé repose sur le Théorème suivant ; 


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— 468 — 


Théorème. Si par un point S, donné dans l'intérieur 
d’une ellipse, on mène une corde quelconque GG’, et 
qu’on cherche la moyenne harmonique SM entre les segments 

„ . 2 1,4 

de cette corde, de manière que l on a%t ^ + gg-, » 

le lieu géométrique des points M est ■ une autre ellipse 
ayant S pour centre. C’est une circonférence, si le 
point S est i*n foyer de l'ellipse donnée. 

Prenons pour axe des x le diamètre passant par le point S, 
et pour axe des y une parallèle au diamètre conjugué , et 
menée par le même point S. En désignant par a et b les 
demi-diamètres conjugués de l’ellipse, et par d la distance de S 
an contre de V’eUipse, l’équation de cette courbe sera : 

u*y* -(- b* [x — d)* =o* é*. 

Soit y — mx l’équation de la sécante GG'; les abscisses des 
points d’intersection G et G' sont les racines de l’équation : 

— 2 b* dx — é*(fl* — d*) = o. 


Or, on doit avoir la relation 
2 t . I 

-SM^SG+ SG»’ 
ou encore , en. menant les 
ordonnées G g, M VJ » g f ; 

_L = _L + -!- 

SQ Sg S g 1 
Désignant par x et y les, 
coordonnées du point M , et 



prenant les valeurs absolues 
des projections Sg, Sgf , on aura . 

• ab\ m*( a* — d*) + 


ab V' m\ a* — — b*d 


Sfl' 48 * * , ,» ' 

a w -j-6 • 


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— m — 

ret valeurs , substituées dans la dernière relation , donnent ; 

6* («*— d*) = ax y f »*(«*— d*)+ 6* ; 

et pour avoir le lieu des points M , il faudra éliminer m entre 

cette équation et celle de la corde y — mx, ce qui conduit à 

* t a » 

a y a x 

6 *( a *_ d f j + ( 0 *_ d *)* =1 - 
Cette équation représente une ellipse, rappariée à soç 
centre et ses diamètres conjugués. Les valeurs de ces di*r 
mètres sont données par : 



et ils sont, comme on voit, parallèles à ceux de la première 
ellipse. 

Corollaire . Si S est le foyer de l’ellipse donnée, a et 6 
en sont les demi-axes, les diamètres conjugués de l’ellipse 

trouvée sont donc rectangulaires, et l'on a rf* — c % - a* — b * , 

’ f* 

et par suite a? = b 1 ~ — = p, en représentant par 2 p le 
a 

paramètre de la première ellipse. Ainsi, dans ce cas, le lieu eu 
]ueslion est une circonférence décrite sur la corde paramé- 
trique comme diamètre , c’est-à-dire sur laeorde menée par 
e foyer perpendiculairement au grand axe. 

8 Cela posé, supposons que l’on projette l’orbite vraie d’un 
système d'étoiles doubles sur un plan passant par l’étoile fixe 
3l faisant un angle i avec celui de l’orbite; il est clair que 
le cercle construit sur la corde paramétrique se transformera 
în une ellipse, que j’appellerai ellipse paramétrique. 
Comme le grand axe de cette ellipse est le seul diamètre qui 
l’aura pas été altéré par la projection , sa direction coïncidera 
ïvcc la ligne des nœuds et sa longueur sera précisément 
*gale au paramètre 2p de l’orbite réelle; de plus le rapport 


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— 470 — 


de ses axes sera égal au cosinus de l'inclinaison i , ou bien 
son excentricité égale au sinus du môme angle. 

Quant à la projection de l’orbite réelle, ce sera encore une 
ellipse, et le point S, qui n’occupera plus alors le foyer, 
jouira toujours de la propriété de diviser toute corde qui y 
passe en deux segments ayant pour moyenne harmonique 
la distance de ce point à l'intersection do la corde avec l'ellipse 
paramétrique (4). 

9 De ces propriétés je déduis la construction suivante : 
Ayant tracé l’orbite apparente du satellite stellaire, et mené 
le diamètre PS A (voir la ligure explicative) , je détermine sur 

cette droite le point H de manière que l’on ait ^ ~ -f fg . 

en d'autres termes je cherche la moyenne harmonique entre 
les longueurs SP, SA, par l’une des constructions que nous 
enseigne la géométrie; je mène ensuite la corde CSD paral- 
lèle au diamètre conjugué de PA : cette corde devra avoir son 
milieu au point S. J'ai ainsi deux diamètres conjugués de 
l’ellipse paramétrique dont il s'agit à présent de trouver les 
axes. A cet effet, j’abaisse du point H une perpendiculaire 
sur C D , et je prends sur cette perpendiculaire, des deux côtés 
de H, les dislances H M , H M' égales â S C ; je joins enfin le 
point S aux deux points M et M f . La somme de ces deux 
droites MS et M’S sera égale au grand axe, leur différence 
égale au petit axe de l'ellipse paramétrique. Divisant en deux 
parties égales l’angle M S M f ainsi que son supplément, les 
bissectrices obtenues seront les directions respectives du grand 
et du petit axe, c'cst-à-d ire seront, la première, la ligne des 
nœuds, et l’autre une perpendiculaire à cette ligne. 

En marquant les foyers de l’ellipse paramétrique et joignant 
l’un d’eux au sommet du petit axe, l'angle formé en ce 
dernier point sera égal à ï inclinaison i du plan de l'orbite 
vraie sur relui de l’orbite apparente. La longitude du nœud 


(4) Ces propriétés ont été indiquées par M. Thiclé de Copenba-oe , dans 
les Astronomische Nachrichlen , ti‘4327 (année 48CO). 


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— 471 — 


s'obtiendra en mesurant sur la ligure l'angle que la ligne 
des nœuds fait avec la ligne fixe SX dirigée vers le nord ; ou 
trouvera pour cet angle deux valeurs d itérant le 180°, et dont 
une seulement est la bonne; cette indétermination ne pourra 
être levée que lorsqu’on parviendra à distinguer si, à son 
passage au nœud, le compagnon se rapproche ou s’éloigne de 
nous. Provisoirement nous adopterons , à l’exemple de Mædler, 
celle des deux valeurs qui est comprise entre 0 et 180°. 

10. Nous avons encore à déterminer la valeur du grand axe 
de l’orbite réélit? , et la distance angulaire X du périhélie 
au nœud . Le premier de ces éléments peut déjà s’obtenir 
par un calcul très-simple, car nous connaissons l'excentricité e 
et le paramètre 2p (qui est, comme on le sait, le grand axe 
de l’ellipse paramétrique) ; on aura donc 


P 



Mais il sera préférable de rabattre l’orbite vraie autour de 
la lignedes nœuds, dans le plan de l’orbite apparente, ce qui se 
fera très-simplement de la manière suivante : 

Par les points K et P, projections de l’aphélie et du périhé- 
lie, je mène des perpendiculaires à la ligne des nœuds, jusqu’à 
leur intersection avec la droite MS suffisamment prolongée; 
les points A 4 et P 4 ainsi déterminés seront les extrémités du 
grand axe de l’orbite rabattue. 

En effet , si nous considérons l'ellipse paramétrique, et 
.que par le point H nous menions une perpendiculaire Q H 4 et 
une parallèle HL au grand axe, jusqu’à leur rencontre avec S M, 
on sait que SH 4 et SL sont respectivement égaux au demi- 
grand axe et au demi-petit axe de cette ellipse; si «donc de S 
comme centre, avec SH t pour rayon, nous traçons une cir- 
conférence, ce sera le rabaltement'de l’ellipse paramétrique 
autour de la ligne des nœuds, et le demi-diamètre SH f sera 
le rabattement du demi-diamètre SH. Or les projections de 
l’aphélie et du périhélie sont situées sur la droite SH, donc 
les rabattements de ces mêmes points se trouveront sur la ligne 


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™s“ 472 -r 

$IS- On saura donc construire l'orbite vraie en rabattement, 
puisque l’on connaît la grandeur et la position du grand axe, 
ainsi que l’un des foyers. 

On peut encore obtenir le même rabattement d’une autre ma- 
nière, qqi servira de vérification à la construction précédente. 
Par un point quelconque de l’orbite apparente, je mène une 
perpendiculaire et une parallèle à la ligne des nœuds; par le 
pied de la perpendiculaire , je lire une droite formant avec 
elle un angle égal à i ; l'hypoténuse du triangle rectangle 
ainsi obtenu, étant ramenée sur ta perpendiculaire, me 
donnera le rabattement du point choisi. On fera bien d’exé- 
cuter cette construction pour les extrémités du diamètre AP 
et de son conjugué (ce qui donnera les quatre sommets de 
l’ellipse); pour les extrémités de la corde paramétrique, 
dont les rabattements devront se trouver sur la circonférence 
décrite sur le grand axe de l’ellipse paramétrique, et en 
même temps sur une parallèle au petit axe- de l’orbile ra- 
battue, etc. On aura de celle manière de nombreuses vérifi- 
cations. 

Les axes de l'orbite rabattue étant construits, l’angle À 
(distance du périhélie au nœud) s’obtient par une simple 
lecture sur Pépüre. 

Jusqu’il présent le grand axe est exprimé en fcirties de 
l’échelle de la figure; il reste h le réduire en secondes d'angle, 
ce qui se fera en multipliant la valeur trouvée par le coefficient 

v r r l 

k —, (§*), 

2 r 

A cause des erreurs personnelles qui affectent les observations 
de distances, il faudrait, à la rigueur, calculer une valeur du 
grand axe correspondante aux distances mesurées par chaque 
observateur. 

Quant à la duree de la révolution, on la tire immédiate- 
ment de la courbe d’interpolation, si les observations 
embrassent une période entière au moins; dans le cas con- 
traire, on l’obtient par la comparaison de Paire du secteur 


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— 473 


elliptique décrit entre tes limites des observations , avec Taire 
de l’ellipse entière. Herschel indique pour cela un moyen 
mécanique, qui consiste à calquer Torbite projetée sur une 
feuille de papier un peu fort, bien égal et sans défauts, à 
découper et à peser sur une balance délicate d’abord l’ellipse 
entière, puis le secteur compris entre les dates extrêmes 
de l'observation; les poids obtenus sont proportionnels aux 
temps employés par le rayon vecteur à décrire ces surfaces. 

FORMULES DE CALCUL BASÉES S|JR LA MÉTHODE 
PRÉCÉDENTE. 


H. Le procédé graphique qui vient d’être décrit conduit h 
des formules d’une application fort simple et qui remplaceront 
avantageusement celles que sir J. Herschel a déduites de 
considérations d’un ordre plus élevé. Le calcul servira ainsi 
de contrôle aux constructions; même, si on le préfère, on 
pourra abandonner tout-à-fait le procédé graphique après les 
deux premières séries d’opérations. 

Nous supposerons que Ton ait construit Torbite apparente 
en position , comme nous l’avons expliqué dans les paragraphes 
3 et 4; que Ton connaisse ses axes, le diamètre ASP qui 
passe par l’étoile fixe, ainsi que l’angle PSX — 5 qu’il fait 
avec la 'ligne dirigée vers le nord. 

Désignons par A, B les demi-axes de Torbite apparente ; par 
A\ B 1 les demi-diamètres conjugués dont le premier passe en 
S, et par y l’angle aigu que ces diamètres font entre eux. 
Ou calculera d’abord B r par la relation 


9 t t S 

(1) A’ + B - A -|- B 

et y par celle-ci 

(2) a' B' sin 7 AB. 


On a, par mesure directe sur l’épure, les distances périhélie 
et aphélie, SP et SA (dont la somme égale 2A') t et Ton calculera 
l'excentricité e et l'angle par la formule 


(3) .... 


sin » 


SA— SP 
S A + S P. 


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— 474 — 


Les demi-diainètres conjugués de l'ellipse paramétrique ont 
pour valeurs, d’après le § 7, 




b'- 


Bf \/ A'* - d % 

A' 


mais ici 


A f 


(*)• 


: e — sin * ; par conséquent on a 

ja' = A' 0 — e*) — A 1 cos% 

\b' = ff ' 1 — e* — B' cos « . 

Connaissant v! et b\ on déterminera les axes de l’ellipse 
par les formules 

a f 4 = V \ b'* | î a’ 4' sin y 
a — b — V a ! % -f b 1 — 2 a' b f sin y 

V ( a r * + b'* * — 4 a f * 6 f * sin* y , 


d’où 


i 

c — 


et l'inclinaison i du plan de l’orbite par l’une des deux 
suivantes : 

c b 


( 5 ) 


sin % 


cos i — 
a , a 


Pour calculer ces valeurs plus commodément, on posera : 


2 a! b ' sin y 

•_ Cl 


a' f b' 


sin f 


et il vient 


( 6 ) 


a = V a'* -f b' % . cos Y 7 

è = v/ 


a'* -f 6'\ 


s.n — ? 


c = \/ ( a> * "H ^ )• 008 ?• 


cos i = lang — ? 

\ 2 

Reportons-nous maintenant à la figure explicative, et à la 


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— 475 — 

construction du § 10. On a S H — a HM — H M' 
-SC — è'; SM — a b } SM' = a - 4; SH = a, 
S L = b ; angle HSQ=«, LSQ-^X, HSC=: 7 . 

Par suite de la proportionnalité entre les côtés et les sinus 
des angles opposés, les triangles MHS, M' HS donnent les 
relations 


ou bien 


sin 

MSH 

gin MHS 


b' ~ 

SM 

sin 

M SH 

COS 7 


b' = 

a — h 

sin 

(>-«) 

b f cos 
a 4” i 


ou 


cos 7 
a b 


sin ( X -f « ) 


b 

b 1 cos 7 


...(7) 


a — b 

d’où l’on déduit les valeurs des angles a et a; le premier 
est la distance angulaire du périhélie au nœud; le second 
fait connaître la position de la ligne des nœuds, et l’on a 

longitude du nœud a ~ $ — a. 

Entre ces angles existent d’ailleurs encore les relations 

tang a = tang l cos i ( 8 ) 

a 9 cos « a cos ) ; (9) 

que l’on obtient par la comparaison des triangles HSQ, 

HQ b 

H t SQ; ils donnent, d’une part, -- — = cos i , et 

HQ tang « , 

d autre part rj-p: = — ; ensuite, en exprimant la va- 

iii y tang a 

leur de l’abscisse SQ de deux manières différentes, on arrive 
à l’équation (9). 

On peut aussi calculer la distance D, E du rabattement 
d’un point quelconque D de l’orbite apparente à l’axe de ro- 
tation, et pour cela on n’a qu’à multiplier la valeur de la 

a 1 

distance D E par le rapport — ou . 


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— 476 - 

Quant à’Ia longueur du grand axe de l'orbite réelle, on a 

SA, SH, a COS a S P, a Ct>S a 

SA SH — a' ~~ cos > ’ s"p a! ~ cos 1 

. •. in . „ v , a i A 1 cos a 

et par suile A, Pi — A P X — r = , 

1 a' cos.l 

Cette dërnière valeur peut encore être obtenue plus sim- 
plement par la formule 

a a 

a rrr —t = , 

4 — e cos v 

comme on l'a vu plus haut (§ 40); il ne reste plus qu'à l'ex- 
primer en secondes d’angle, à l’aide du colBcientA, comme 
il a été dit aux §§ 5 et 40. 

Application du procédé graphique à la détermination des 
orbites de quelques systèmes d'étoiles doubles. 

Pour juger de l’approximation à laquelle pouvait conduire 
mon procédé graphique, je l’ai appliqué à la détermination 
des orbites de plusieurs étoiles doubles qui ont déjà été 
calculées par divers astronomes. 

Les observations sur lesquellesj’ai établi mes constructions, 
et qui sont les seules que j’aie pu me procurer, sont : 
4°. celles qui sont consignées dans les Untcrsuthungen iiber 
die Fixstern-Systemc , de M. Mædler, et s’étendant jusqu’au 
commencement de l’année 4847 ; 2° celles qui sont rapportées 
(en outre des précédentes) par M. Yv. Villarceau dans ses 4", 
2 e , 3 e et 6 e notes sur les étoiles doubles (Conn. des Temps pour 
4852 et Astron. Nachrichten . pour 4858, n é 668) ; 3* celles 
qui ont été faites à Naples par le baron Dembo^ski dans les 
années 4856, 4862 et 4863, et insérées dans les Astrono- 
mische Naehrichten ; 4° enfin celles qui ont été faites à Leipzig 
par le D r Engelmann, en 4864 , et insérées dans le même 
recueil. 

Je n’entrerai pas ici dans le détail de mes opérations, et 


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- 411 - 

lue bornerai à donner, après quelques explications indispen- 
sables , des tableaux résumés où je mettrai mes résultats en 
regard de ceux des astronomes dont j’ai pu consulter les 
travaux; l’examen de ces tableaux permettra de se faire 
une idée assez juste de la valeur du procédé que j’ai suivi. 
Les orbites déterminées par Savary et sir J. Herschel , il y 
a trente-six ans et plus, représentent en quelque sorte 
les premiers essais de ce genre de calcul, et je ne donne 
leurs éléments qu’à titre de renseignement; mais le lecteur 
voudra bien comparer mes chiffres avec ceux de MM. Mædler 
et Ÿv. Villarceàu qui ont pu disposer d’une plus longue suite 
d’observations que leurs devanciers , et il remarquera une 
coïncidence frappante entre mes résultats et les leurs, obte- 
nus par des méthodes de calcul entièrement différentes. 

I. Ç DE LA GRANDE OURSE (1523 Stnivc). 

La courbe d’interpolation a été construit^ avec 45 moyennes 
annuelles, formées : 1° de.deux observations de W. Herschel, 
des années 4802 et 4804 (je ne me suis pas servi d'une plus 
ancienne de 4784) ; 2° de 74 observations de W. et O. Slruve, 
faites de 4849 à 4848; 3° de 24 observations faites par 
MM. J. Herschel, South, Dawes, Bessel, Encke , Galle et 
Kaiser, de 4823 à 4840 ; 4° de 80 observations de Mædler, 
de 4840 à 4847 ; 5° de 26 observations de M. Dembowski , 
des années 4866 et 4863 ; 6 e enfin de 7 observations de 
M. Engelmann, de 4864. 

Les distances déduites de cette courbe m’ont conduit à 
une ellipse dont les axes avaient, sur mon épure, 424 mm ,2 
et 258 m “,4; pour y rapporter les positions observées, j'ai cal- 
culé le cofficient -j- (valeur de 4 ') en me servant des obser- 
vations réunies de MM. Struve, Mædler et Dembowski, et 
les points déterminés par son moyen se sont groupés assez 
exactement le long de l’ellipse tracée. Cette orbite apparente 
m’a d'abord fourni les éléments suivants : 


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- 478 — 


ORBITE APPARENTE. 

POSITION. 

ÉPOQUE. 

DISTANCE. 

Plus petit périhélie apparent. 

354°, 0 

<8<5,<0 

0 ,9190 

Plus petit aphélie » 

248 ,0 

mm 

1 ,7406 

Plus grand périhélie » 

217 ,0 

||n| 

1 ,7107 

Plus grand aphélie » 

111 ,3 

mm 

3 ,0823 

Excentricité de l’orbite app ta . 
Mouvement 

• 

0,7897; 

rétrograde 



Je ne transcrirai pas les valeurs des autres lignes et angles 
auxiliaires ; je dirai seulement comment j’ai obtenu le temps 
de la révolution. L’angle de position 95° correspond sur la 
courbe d’interpolation aux époques <803,08 et <864,20; d’où 
résulterait une durée de 6<,<2 années; elle est un peu in- 
certaine, parce que la courbe s’arrête précisément à ces 
deux dates extrêmes. Mais, remarquant que la première 
observation de W. Herschel, de <78<,97, donne l'angle de 
position <43°47’, et que la courbe d’interpolation donne l’é- 
poque <843,20 pour ce même angle, on obtient une durée 
de 61,23 ans qui mérite un plus grand degré de confiance 
que la précédente. 


Tableau comparatif des éléments de Torbite relative de 
l étoile double ? de la Grande Oilrse v 


Orbite réelle. 

Savary 

(1828). 

J. Herschel 
(1832). 

Mædler 

(18*7). 

Y. Villarteaa 
(18*9). 

Mes 

résultats. 

Durée de larévoluti 0 ®. 

■ D> 

68,2625 

IN 

60,72 

•H 

61,30 

■ M 

61,576 

•a» 

61, 83 

Longitude du nœud. 

95*. 22' 

97°. 47’ 

96° .21 ',9 

95°.50*,0* 

94*. 15’ 

Inclinaison. 

59 o .40‘ 

56.6 

50.55,4 

52.48,6** 

52.28,9 

Distance du périhélie* 
au nœud. 

131 *.38’ 

134.22 

132.28,7 

128.57,2* 

129.40,6 

Excentricité. 

0,4164 

0,3777 

0,4037 

0,43148 

0,4233 

Epoque du passage au 
périhélie. 

1817,25 

1 

! 1816,73 

s 

00 

1816,857 

1847,12 

Demi-grand axe. j 

3”, 857 

, 3", 278 

£”,*95 

2”,4389 

2”,4598 


* J’ai retranché 180* de la valeur donnée par JI. Villarcean. - 


C’est le supplément de l’angle de M. Villarcean. 


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11. Zêta d'Hercule (2084 Struve). 


Le canevas pour la courbe d’interpolation a été construit à 
l’échelle de 4Û mra pai; année et de 15 ram par 10° d’angle. J’y ai 
porté 25 positions moyennes résultant de 155 observations 
d'angles, dont 45 de \V. et O. Struve (commençant à l’année 
4826), 72 de Mædler, 2 de M. Galle et une trentaine de 
M. Dembowski , (les dernières de 1863). 

Après quelques essais et quelques modifications apportées 
au premier tracé de la courbe d’interpolation, j’ai obtenu une 
ellipse qui s’accordait parfaitement avec les distances calculées; 
mais en cherchant à y rapporter les distances observées , 
m’appuyant pour cela sur l’ensemble des observations, j’ai 
reconnu que toutes les positions déduites des mesures de 
W. et O. Struve étaient en dehors de mon ellipse , tandis que 
toutes celles de Mædler étaient en dedans. J’en tire la conclusion 
que ces observations sont affectées d’erreurs personnelles qui 
portaient MM. Struve à exagérer ces petites distances (dépassant 
rarement une seconde) , ou M. Mædler à les amoindrir. Il en 
résulte encore que la valeur attribuée au grand axe de l’orbite 
réelle est différente selon qu’on s’appuie sur les mesures 
de MM. Struve ou sur celles de M. Mædler; en effet avec 
les premières j’ai trouvé 1",2487, et avec les secondes 1' ,0366. 

Quant à la durée de la révolution , on peut l’obtenir à l’aide 
de la courbe d’interpolation seule, car plusieurs angles de 
position se reproduisent au commencement et à la fin, de 
sorte qu’on peut former le tableau suivant : 


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-* 488 — 


■angles. 

ÉPOQUES. 

Différences. 

30° 
20° 
♦0° 
0° 
350° 
; 3*o« 

4826,00 et 4861,06 

26,90 et 64,80 

27,64 et 62,40 

28,44 et 62,87 

28,66 et 63,30 

28,96 et 63,60 

ans. 

35,06 

34,90 

34,76 

34,73 

34,64 

34,64 

j Moyenne. .... 34,788 | 


Dans ceci on n’a pas tenu compte de Fancienne observatiori 
de W. Herschel, de 1782,55 ; cet astronome indique la 
position de 69° 48' pour l’époque en question , et notre courbe 
donne, pour le même angle, la date 4855,26; d’où : 

différence des deux époques : 72,74 ans, 

et par suite * durée de la révolution . . . 36,353. 

Ce résultat devra modifier celui que nous avons obtenu 
d’abord ; car l’observation d’Herschel, quoique unique et isolée, 
a été faite dans de meilleures conditions de distance que celtes 
de MM. Struve en 4828 et Dembowski en 4863, vu qu’à ces 
deux dates l'étoile satellite allait gagner le périhélie, et 
n'était éloignée que d’une demi-seconde environ de l’étoile 
fixe, ce qui rendait la mesure de l’angle fort incertaine; 
aussi, en calculant une nouvelle moyenne, avons-nous attri- 
bué au dernier nombre une valeur triple de chacun des six 
premiers , ce qui noos a donné * pour la durée la plus probable, 
35 ta *,3i0. 

Les nombres de la dernière colonne du tableau suivant 
ont été obtenus graphiquement et par le calcul de nos for- 
mules. 


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— 181 — 


tableau comparatif des éléments de l'orbite relative 
de l’étoile double zêta d\ Hercule. 



Mædler 

(1847). 

M. Y. ViUar- 
ccau. (1849). 

Mes résultats. 

Durée de la révolution.. 
Longitude du ndeud — 

Inclinaison 

Distance du périhélie au 

noeud 

Excentricité 

Epoque du passage au 
périhélie 

Demi-grand axe. 

ans. 

30,216 
19°. 25' 
44° .5’, 3 

2760.39’. 

0,4320 

1830,411 

1",2081. 

art». 

36,357. 
34°.20',7 
43°. 43 ,4 

2840.54’, 6 
0,448$ 

1830,481 

1”Î54 (obs. dé 
Struve seules.) 

ans. 

35,310 
41°, 20' 
45°.46 ,0 

286°. 45 ,6 
0,4617 

1830,22 
<i”,165(toutes 
J les obs). 

J 1,249 (celles 
fde Struve s M ). 

Passage au périhélie ap- 




parent 


1830,097 

1829,90 

Distance périhélie app*». 


0 ',504 

iO',443 


in. y DE LA VIERGE. (1*70 Struve.) 

La première observation que Aous possédons de ce système 
binaire remonte à 4718,80 ( Bradley ) , et la denière parvenue 
à ma connaissance est celle faite en 1863,33 par M. Dembowski ; 
dans cet intervalle de 145 années, les angles de position ont 
diminué depuis 330°50’ jusqu’à zéro , et de 360° jusqu’à 
345°54'; de sorte que nous n’avons qu’un déplacement 
angulaire de 344°56' , un peu moins qu’une révolution 
complète. 

La oourbe d’interpolation présénte deux coudes bien carac- 
térisés, reliés par une ligne presque verticale et qui corres- 
pond aux observations des années 1634 à 38, pendant lesquelles 
l’angle de position a varié de 180°. Son commencement est 
une ligne d’une très-faible courbure et faisant un très-petit 


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angle avec l'axe des abscisses ; elle correspond aax angles 
de position compris entre 330° et 300°, et s’étend sur un 
espace de près d’un siècle , dans lequel nous n’avons que deux 
observations sérieuses , celles de W. Herschel , faites en 4781 
et 1803; car on ne peut compter les observations rapportées 
par Cassini en 4730 et T. Mayer en 1756 : ces dernières ne 
sont pas des mesures directes , mais de simples appréciations 
obtenues par la comparaison des deux étoiles avec d’autres 
étoiles voisines. Cette portion de courbe offre, par conséquent, 
peu de garantie pour les distances qu’on peut en déduire , 
distances qui se rapportent précisément au maximum d’é- 
loignement. On peut en dire à peu près autant de la portion 
qui correspond aux années 1834 à 38, parce que les astre» 
étaient trop rapprocltés pour permettre des mesures précises, 
principalement dan9 l’année 1836, où il n’a pas même été 
possible de dédoubler le système des deux étoiles. 

Néanmoins , après un ou deux essais préalables , je suis 
arrivé à une ellipse passant d’une manière très-satisfaisante 
à travers les positions calculées , et le Long de laquelle les 
distances observées (depuis 48251 , et réduites à l’échelle de 
l’épure, venaient s’aligner aussi bien qu’on pouvait le désirer. 
Comme on peut le voir par le tableau résumé , les éléments 
que j’en ai tirés s'accordent parfaitement avec ceux de l'orbite 
de M. Mædter (1847) , excepté, toutefois, la longitude du noeud 
qui présente une différence d’une vingtaine de degrés. 

Pour l’époque du, passage au périhélie, j’ai trouvé 4836,26 , 
et à L'aphélie , 4746,36, ce qui donne approximativement 
pour la durée de la révolution 2 (4836,26 — 4746,35) 479,82 
années. D'un autre cûté , en comparant faire du secteur 
elliptique décrit depuis l'observation de Bradley jusqu’à la 
dernière. de M. Deinbowski , avec celle de l’ellipse entière, 
je trouve 479®°», 3; je n’obtteas que 470,3 ai , au lieu du pre- 
mier secteur, je prends le secteur décrit depuis 4825,33 jusqu'en 
4863,33; ce n'est que dans quelques dizaines d’années que 
l’on pourra exactement connaître la durée de la révolution. 

L'excentricité de l’orbite apparente est ôgnle ù 0,832$; celle 


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— 483 — 

de l’orbite réelle, 0,8842; si j’insiste sur ces deux nombres, 
c’est que le système binaire de y de la Vierge est celui qui 
présente l'orbite la plus allongée de toutes celles que l’on 
connaît jusqu'à, présent. 

Le demi-grand axe de l’orbite, déduit de d moyennes 
annuelles de W. Struve , est de 3' ,8176 ; on oe trouve que 
3", 6801 par les observations de M. Mædler; le nombre inscrit 
dans le tableau a été obtenu en réunissant les précédentes 
et y joignant celles de M. Dembowski. 

Le périhélie et l’aphélie apparents se confondent à très- 
peu près avec le périhélie et l’aphélie vrais ; les époques sont 
donc sensiblement les mêmes ; quant aux distances , elles 
sont, d'après l’ensemble des observations : 


Distance périhélie apparente 0”,3827 

Distance aphélie idem ....... 6”, 2254 


Comparaison de mes résultats avec ceux de MM. J. Herschel 
et Mædler. 


ÉTOILE DOUBLE y DE LA VIERGE. 



J. Herschel 

Mædler 

Mædler 

J. Herschel 

Mes 


(1832). 

(1842). 

(1847). 

(1849). 

résultats. 

] Durée de la révo- 

• RS 

ans 

ait 

Il* 

sa* 

lution 

513,28 

143,109 

169,4434 

182,12 

179,3 

Lonjrit de du nœud. 

87*.6Û’ 

GOo.37,6 

62\8’,7 


40°. 45’ 

Inclinaison . . . . 

67.59 

24.39,2 

23.23,4 


27.48,9 

Distance du péri- 
hélie au iheud. 

82.13 

78«.22,1 

79.4,3 


80.7,8 

Excentricité. . . . 

0,88717 

0,86810 


0,8795 

0,88421 

Passade ail péri- 
hélie 

1834,01 

H M ,830 

1836,313 
3”, 402 | 

1836,2788 
3” ,863 


1836,26 
3”, 720 

Demi-grand axe. . 



3”, 580 


IV. n DE LA COURONNE BOREALE (4037 StrUVe). 

Cette étoile double ayant donné lieu à une discussion fort 


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— 484 — 

intéressante, nous dirons quelques mots de l'historique de la 
question 

Dans une Notice sur l’orbite elliptique de \ du Bouvier 
(4833), sir J. Herschel donne les éléments de l’orbite de « 
de la Couronne, et assigne une durée de 44 242 à la 

révolution de l’une des étoiles autour de l’autre considérée 
comme ipimobile. 

W. Struve, dans son ouvrage : Mensurœ micrometricte 
Stellarum duplicium (1837), s’exprime ainsi : «Ces étoiles 
offrent un système dans lequel le temps de la révolution 
est d'envirom 43 ans. Cela me paraissait déjà probable en 
1829, comme résultant de la comparaison des angles 
observés par Herschel I en 1781 et 1802, et était devenu 
pour moi une certitude en 1834. » 

M. Mædler, en 1847 (Untersuchungen über die Firstem- 
Systeme § 23) fixe la durée de la révolution à 42 500 , 

et ajoute qu’il croit cette valeur exacte à deux mois près 

En 4849, M. Yvon Villarceau s’occupe du même système 
et donne (Conn. des temps pour < 852) deux solutions très- 
distinctes, basées sur deux interprétations différentes des 
anciennes observations de W. Herschel. Lorsque, comme c’est 
ici le cas, les deux étoiles d'un groupe binaire sont à peu 
près de même grandeur et de même couleur, on est exposé 
à prendre pour fixe relativement, tantôt l'une, tantôt l’autre; 
et ce n’est qu’en comparant les positions mesurées avec les 
positions voisines que l’on peut reconnaître les angles qui 
devront être modifiés de 180°. Hais pour les observations qui 
sont, comme les deux d’Herschel, isolées et séparées des 
suivantes par un grand intervalle de temps, il y a une incer- 
titude qui peut entraîner à deux interprétations opposées. 
C’est ainsi qu’en maintenant sans altération l’observation 
de 4802, et en ajoutant 180° à l’angle de position de 4784, 
M. Villarceau obtient une première solution avec 66 *», 257 
de révolution ; en renversant, au contraire , la position de4802, 
comme l’avaient fait J. Herschel , Struve et Mædler, et conser- 
vant intacte celle de 1784, il arrive à une durée de 42»“, 504; 


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— *85 — 

«l, après une petite discussion sur les circonstances physiques 
des deux observations d’Herschel , et les erreurs d’observation 
possibles dans les distances données par Struve, M.|Villarceau 
conclut que sa première solution était plus probable que’ la 
deuxième, sinon la véritable. 

Quatre années plus tard, M. Villarccau reprend le calcul 
de cette orbite; dans une note, insérée dans le n® 868 des 
Astronomische Nachrichten (185*) , il indique 67,3 ans pour 
la durée de la révolution , et rejette de nouveau l’orbitp de 
*3 aps. 

Réponse à ce 6ujet de M. Winnecke [Aetron: Nachrichten 
pour 1855, n® 967). Tout en penchant pour la solution de 
M. Mædler, cet astronome conclut qu’il n’y avait pas encore 
lieu de se prononcer définitivement, et qu’il fallait attendre 
les observations subséquentes. Il promet de revenir sur ce 
sujet , mais je n’ai rien trouvé dans les Astron. Nachrichten, 
que j’ai consultées jusqu’à l'année 1865. 

Aujourd’hui que nous sommes en possession des obser- 
vations faites en 186*, la question n’admet plus de doute : 
l’orbite de 67 ans doit être abandonnée; la durée'de la ré- 
volution ne dépasse pas la limite fixée par M.} Mædler, et 
même celle-ci me paraît devoir être diminuée un peu. 

Ma courbe d’interpolation pour les angles de position a été 
établie en dehors des observations litigieuses de)W. fHerschel ; 
la première donnée dont j’ai fait usage est la position de 
1823 , mesurée par J. Herschel et South ; j’ai employé toutes 
celles qui sont relatées dans la 6® note de M. Villarceau (Astr. 
Nachr., n® 868) allant jusqu’en 1852 ; j’y ai joint les observations 
de M. Dembowski faites en 1856 et celles de M. Engelmann, 
en 186*. J’avais ainsi *3 moyennes, dues à 11 observateurs 
différents, et embrassant une période de *1,18 années. 

La dernière observation, celle de 186*,*5, donne l’angle 
de position 28®, 25; cet angle tombe entre les deux obser-. 
valions suivantes : 

I J. Herschel et South 1823,27.... 25®, *5 

| W. Struve 1826,77 .... 35®, 375 , 


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— m — 


et correspond à l’époque. . 4824,27 ; d’après cela , si 

les observations sont exactes, la durée de la révolution 
sérail de 

(1864, *5 — mi fil) = 40, 18 années; 

ft, de toute manière, elle ne saurait dépasser 45 ou 43 ans. 

Nous pouvons maintenant tenir compte des deux anciennes 
observations de W. Herscbel , elles sont : 

Date*. Positions. 

1781.69 30°. 41' ou 24<K41' 

4802.69 4 79°. 40' ou 359M0' 

En ne considérant d'abord que celle de 4802 , on trouve 
sur la courbe d’interpolation que l’angle de 479°, 40* corres- 


pond h l'époque 4834,74, 

de sorte qu’en en retranchant l’époque 1802,69 , 

pn trouve , pour la durée de la révolution 42,05 , 


tandis que l’angle de 359°. 40' correspond à la date 1858,4, 
ce qui ferait conclure à une durée inadmissible de 55,4 années. 

Prenons à présent la plus ancienne, de 4784,69. L’angle 
210°. 41 répond à l’époque 4849,02 et conduit à 67,33 années 
de révolution, résultat qu’il faut rejeter comme nous l’avons 
fait voir; au contraire l’angle 30°. 44 f correspond, sur noire 

çourbe, aux deux époques.. 4825,42 1865,34. 

Retranchons la date 4781,69 4784,69 

$t nous obtenons pour la durée 

de 4 révolution 43,43 ; 2 révol. . 83,65. 

4 — 41,825. 

La dernière valeur approche beaucoup de celle que nous a 
donnée l’observation de 4802 , et la précédente s’accorderait 
avec les deux autres, si nous augmentions de 4 k 5° l’angle 
mesuré par t. Herscbel et South en 4823. Nous pouvons 
prendre qne moyenne des quatre résultats que nous venons 
d’obtenir, mais dans son évaluation, nous devrons attacher 
un plus grand poids h la durée conclue de l’observation de 4802, 
parce que les autres ont été obtenues vers les extrémités, plus 


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— 487 — 


on moins mal déterminées, de la courbe d'interpolation. Je 
regrette de n’avoir pu me procurer d’observations postérieur» 
à 4864— 65, car il est certain qu’avec une bonne position, 
mesurée en 4866 ou 1866, la durée eût été connue très-exac- 
tement; en attendant, je pense qu'une périodo de 41,9 années 
doit se rapprocher beaucoup de la durée véritable. 

Venons-en maintenant à la construction de l’orbite appar 
rente et à la détermination des éléments du mouvement 
elliptique. 

En ne tenant nul compte des distances observées, m’ap- 
puyant exclusivement sur les angles de position , je suis arrivé 
à une ellipse de laquelle j'ai tiré les valeurs suivantes : 

Excentricité de l’orbite réelle 0,2724 ; passage au périr 
hélie 4850,73; longitude du nœud 83 # .30'; inclinaison 
60*8', 3 ; distance du périhélie au nœud 220M5', 

Mais quand j’eus rapporté sur l’épure les positions observées 

et réduites à l’aide du coefficient — (§ 5) , j’ai reconnu que l’el- 
lipse obtenue par les angles seuls n’était pas celle qui 
s’accordait le mieux avec les distances mesurées; ainsi, les 
positions comprises entre 25° et 90°, et observées par 
W. Struve et M. Engelmanu dans les environs de l’aphélie, 
étaient toutes extérieures à l’ellipse, tandis que les positions 
observées par O. Struve, un peu avant le passage au périhélie, 
étaient intérieures. Il était cependant impossible de modifier 
la courbe d’interpolation de manière à satisfaire à ces 
mesures de distances, sans faire subir de trop grandes alté- 
rations aux angles; j’avais fait dans ce sens tout ce qu’il était 
possible pour concilier les deux exigences. 

Néanmoins, pour juger delà différence que cela pouvait 
produire, j’ai tracé une autre ellipse passant le plus près 
possible des positions observées par MM. Struve et Mædler, 
sans faire attention aux points donnés par la courbe d’interpo- 
lation, et voici les valeurs que j’ai obtenues avec cette seconde 
orbite : 

Excentricité 0,3693; passage au périhélie 4850,54; 


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— m — 

longitude du nœud 49°.40' ; inclinaison 59°.1',5; distance 
du périhélie au nœud 994°.97'. 

Comme on le voit, cette solution ne diffère essentiellement 
de la précédente que par l'excentricité qui est notablement 
augmentée; la longitude du nœud est un peu diminuée ; les 
autres éléments resteint sensiblement les mêmes. Hais , comme 
les angles sont dans la question d'un poids plus considérable 
que les distances, comme surtout, dans l'orbite qui nous 
occupe, les mesures de distances présentent dans leur suc- 
cession des écarts relativement énormes . écarts qui s'expliquent 
par le trop grand rapprochement des deux étoiles, je suis 
porté à regarder la première solution comme plus près de la 
vérité que la seconde. J’aurais pu me prononcer d’une 
manière plus affirmative si , à la place des deux observations 
isolées de 1856 et 64 , j'avais eu à ma disposition toutes celles 
qui ont été faites depuis 4859 jusqu^aujourd’hui. 

En réduisant en secondes la valeur du demi-grand axe dans 
ma première orbite , j’ai trouvé : 

d'après les mesures de W. Struve (8 moyennes). . . 0",$9jt7 
idem O. Struve (42 moyennes) . 0,7809 

idem M. Mædler (6 moyennes) . . 0,8931 

d’après l’ensemble des mesures (33 moy. dues à 

8 observateurs). 0",849t 

Les distances inscrites dans les tableaux résumés qui 
suivent, ont été calculées, comme dans cette derrière , d’après 
l’çqsemble de toutes les observations. Pour l’orbite apparente, 
je ne rapporte que mes propres résultats ; mais pour l’orbite 
vraie, je leur adjoins ceux de MM. Mædler et Villarceau, 
afin qu’on puisse les comparer ensemble. Voici ce que dit 
M. Mædler çn donnant sa solution : t Je regarde le temps de 
la révolution exacte à deux mois près; la position du nœud 
et le sinus de l’inclinaison resp 1 à 3° et 0,05. La longitude du 
périhélie est moins certaine, ce qui est dû en partie à la 
petitesse de l’excentricité. » On yqrra que mes nombres ne 
sortent pas.de ces limites, si ce n’est la durée de la révolution, 
qui est un peu plus courte. 


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— *89 


ÉTOILE DOUBLE q DE LA COURONNe (4937 SlTUVc). 
Orbite apparente. 



4 re SOLUTION , 

(basée sur les angles de 
position seuls.) 

2® SOLUTION, 

(basée sur les distances 
observées.) 


Posi 7 

tion. 

Date. 

Distance. 

Position. 

Date. 

Distance. 

Plus grand aphé- 
lie apparent. 

29®, 8 

1824,70 
et 1863,2 

4 ”006 

29®, 2 

1824,50 
et (863,0 

4”, 079 

Plus grand péri- 





hélieapparent. 

123°, 6 

1839.»* 

0,503, 

123®, 8 

4839.70 


Plus petit aphé- 
lie apparent. 

196*, 0 


0,638 

(88,7 

4845,96 

0,398 

P! us petit périhé- 




lie apparent. 

286», 2 

18- ? »3, 72 

0,328 

28», 3 

1863,67 

0,30* 


O'btle, réelle. 




M. Y. VILLARCKAU. 

MBS RÉSULTATS. 


Mander 

(18*7). 

2® 

soluti 00 

(1849). 

0” 

solution. 

(1833). 

(Inadmissib 1 ® 

aujourd’hui). 

ira 

solution 
(angles seuls). 

2® 

solution 

(distances). 

Durée de la ré- 
volution 

-Longitude du 
1 nœud 

• D* 

*2.300 

20*.6’,* 

ans 

*2.301 
■10*31’, ( 

• DS 

67.309 

9°.32’,3 

SDS 

41.9 

23®.30’ 

ans 

*1.9 

(9*.W 

(Inclinaison. . . J 

59®.28’,1 

63.39,2 

59.18,6 

60®.8’,3 

59.1', 6 

'Distance du péri- 
1 lié lie au nœud. 

21 3°. 10’ ,9 

227.9,3 

194.51,9 

220°. 15’ 

221®. 27’. 

Excentricité. . . 

0,2890 

0,4744 

0,*0*3 

0,2721 

0.3693 

'Passage au péri- 
I hélie 

| 4849,71 

4848,17 

. 

18*6,0*7 

1830,73 

1830,54 

Demi-grand axe. 

| 0”,9024 

4”, 01 23 

l-,20(o 

0”,849l 

0”.8536 


V. p ou 70 e d'Ophiuchus. (2379 Struve). 

Nous possédons de ce système d’abord quatre angles de 
position observés par W. Herschel en 4779, 4784, 4809 et 


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— 490 — 


1804 ; puis une petite série de sept observations , de 1819 à 
1823, dont quatre de W. Struye et trois de sir Herschel, 
toutes obtenues avec des instruments d'une faible puissance. 
A partir de 1825, les mesures se succèdent plus nombreuses 
et plus rapprochées; elles sont faites avec des instruments plus 
parfaits et offrent par conséquent toutes les garanties désirables. 
Mais je dois dire ici que, de toutes les observations faites 
depuis 1846 jusqu’à ce jour , je n’ai eu à ma disposition que 
’ celles de M. Dembowski de 1856 et 63; celles du P. Secchi 
de 1860, et de M. Engelmann de 1864. 

Ma courbe d’interpolation , basée sur ces données, passe 
presque toujours très-près des points qui figurent les angles 
observés; les plus grands écarts existent à la seconde obser- 
vation de W. Herschel (1781), où il y a une différence de 
5° entre l’angle calculé et l’angle observé , et à celle de 1825 
à 27, où les angles observés surpassent en moyenne de 2° 
ceux qui sont donnés par la courbe d’interpolation. 

Cette ligne a quatre points d’inflexion, dont trois tombent 
dans la première période, entre 1796 et 1815 , et dans laquelle 
les observations sont rares et incomplètes; malgré celte cir- 
constance défavorable, les distances calculées m’ont conduit 
à une ellipse qui représente assez bien les distances mesurées 
par MM. Struve et Mædler, à l’exception toutefois de cciles 
de 1819 à 1822, qu’iï est impossible de rapporter à la 
même orbite. C’est ce que l’on pourra voir par le petit tableau 
suivant : 

W. Struve. Distance observée. Distance calculée. Différence (Cale. — Ohs. 

1819,46 4 r ,656 2 ',579 — 9",077 

1821,74 3,79 3,167 — 0,623 

1822,64 3,76 3,447 — 0,313 

Tandis que les distances calculées vont en augmentant, les 
distances observées par W. Struve vont en diminuant, et sont 
d’ailleurs beaucoup trop grandes pour notre orbite. Celles qui 
sont données par sir J. llerschel pour la même époque sont 
également incompatibles avec elle : 


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— 491 — 

J. Hcrschcl.) 

1894,30 3 ',689 3 ',094 — 0' ,588 

1899,51 4", 854 3", 334 — 1",517 

Ces étranges anomalies ont frappé toutes les personnes qui 
se sont occupées de celte orbite , « véritable experimentum 
crucis pour le calculateur » , comme dit M. Mædler. L’as- 
tronome que je viens de citer émet l’idée que le système en 
question pourrait bien être multiple , et que peut-être il 
existe dans le voisinage des deux étoiles un corps obscur, 
une masse troublante, comme cela arrive pour Sirius et 
Procyon , et qui , par ses perturbations , aurait amené les 
anomalies que je viens de signaler. 

En attendant, l’examen de cette question parait prématuré, 
et l’on devra avant tout chercher à connaître les éléments 
de l’orbite principale, et à déterminer avec précision la durée 
de la révolution. Les valeurs que je viens présenter n’offrent 
peut-être pas un plus grand degré d’exactitude que celles que 
l’on connaît déjà; mais le lecteur voudra bien ne pas oublier 
que je ne les donne que comme un exemple de plus, un 
nouveku terme de comparaison pour arriver à l’appréciation 
de la méthode qui me les a fail obtenir. 

Le temps de la révolution (93 an \91) a été déterminé par 
la comparaison de l’aire de l’ellipse entière avec celle du 
secteur elliptique décrit par le rayon vecteur entre la première 
observation d’Herschel, en 1779,77, et celle de M. Dembowski, 
en 4863,06 ; on arrive à un nombre un peu plus petit (92 a0 %14) 
si, au lieu du secteur précédent, on prend celui qui com- 
mence aux observations que W. Struve fit avec la grande 
lunette de Dorpal, à partir de 1895. Remarquant, d'un 
autre cOté , que le passage au périhélie a eu lieu en 1807,9 , 
et à l’aphélie en 1855,5, on trouve une durée de 95,9 ans; 
mais ce nombre me paraît moins probable que les deux 
précédents , à cause de l’incertitude des dates du passage par 
la ligne des apsides. 

Dans le calcul du grand axe et du coefficient de réduction k % 


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— 492 — 


je ne me suis servi que des distances qui ont été mesurées 
depuis l’année 1825, par HH. Struve, Hædieret Dembowski. 

étoile double p d’ophiuchus (2272 Slruvc). 

Orbite apparente. 


1 

Position 

Epoque 

Distance. 

plut grand périhélie appâtent. 


1789.8 

f.tsn 

Plut puiif aphélie » 

819*. 10 

«808 6 

1-.8I88 

Plut petit périhélie » 

wo*.8o 

1818,1 

1.81S8 

plut graad aphélie ■ 

117.81 

1880.1 

8.8070 

Excentricité 

. 9.8888 j 


Orbite réelle. 



Eocke 

(l»I0.) 

1 1 1 

Pertch«4 

(1881) 

■sdler 
v 1887 ). 

*. Villar- 
ceaa (1889). 

tfet 

résultait. 

Purée de la révolu- 

«O 

«ne 

aas 

«as 

«os 

tioa 

78 

80.88 

9t.... 

91.888 

98,91 

jLoegitude do noeud. 


187M* 

itgv 


118*. Il* 


86*. 8 

88.1 

87*. Il* 


86.11 

Dittaace du périhélie 






au uoiud 

...... 

188.86 

180*. 


188,8 

Excentricité 

0,88 

0.8667 

0.9788 

0,8889 

0,8088 

Passage au périhélie. 

1806,89 

1807.06 

1810.8 


1807,90 

Demi-grand axe. . . . 


O'MOl 

8**, 8 

8'*, 966 

9**.819S 


CONCLUSIONS OÉméBALES. 

La méthode qui fait l’objet du présent travail permet d’ob- 
tenir graphiquement tous les éléments de l'orbite elliptique 


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— 493 — 

d'une étoile double ^ en ne faisant ùsage que dès seuls angles 
de position (les distances n’étant nécessaires que pour la 
détermination du grand axe). 

Si l’on veut bien examiner les tableaux comparatifs des 
cinq orbites auxquelles j’ai appliqué mon procédé , on devra 
être frappé de la concordance remarquable de mes résultats 
avec ceux qu’ont obtenus les astronomes les plus compétents 
en cette matière, sir J: Herschel, MM. Mædler, Yvon Vil- 
larceau , etc. , et l’on sera déjà porté à accorder une grande 
confiance à la méthode graphique. 

Mais si l'on considère combien ce procédé est court , facile 
et agréable à côté des méthodes de calcul pur, on ne man- 
quera pas de lui donner très-souvent la préférence sur ces 
dernières , d'autant plus que , même après les calculs les 
plus minutieux et les plus pénibles , il reste généralement 
une incertitude assez grande sur les éléments obtenus, in- 
certitude qui tient à la nature même du problème , et qui 
ne disparaîtra que lorsqu'on se trouvera en possession d'un 
nombre considérable d’observations, embrassant plusieurs 
périodes. 

On pourra donc , dans la plupart des cas , se contenter 
des résultats du procédé graphique ; mais rien n’empêche 
de regarder ceux-ci comme une première approximation , 
quitte à les corriger à l’aide des formules différentielles et 
des équations de condition , dans les cas où l’on espère 
pouvoir arriver à une détermination exacte ; mais ces cor- 
rections seront, je le répète, lé plus souvent inutiles. 


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APERÇU 

SUR 

LES VOSGES 

DANS 

LES TEMPS ANCIENS ET DANS LES TEMPS MODERNES; 

MÉMOIRE 

lu à la Sorbonne , à Paris , au mois d’avril 1866 , 
PAR M. MALGRAS . 

INSPECTEUR D’ACADÉMIE A ÉPÎNAL, 

membre titulaire. 


Les Vosges faisaient partie de cette belle province dont 
le nom et l’origine remontent à Lottwire (858), pour se ter- 
miner à la mort de Stanislas le Bienfaisant, Je dernier de 
ses ducs, mort en 1766; date de la réunion définitive de 
la Lorraine à la France , dont elle devint une province dans 
laquelle se formèrent , en 1790 , les départements de la Meuse , 
de la Meurthe et des Vosges. 

Ce département lire son nom des montagnes qui le tra- 
versent du Sud au Nord et qui forment ses limites au midi 
du cOté de la Haute-Saône , et , à l'Orient, dü côté du Bas et 
du Haut-Rhin. 

(Cette succession de montagnes , anciennement appelées 
Vosegus mons, part de l'extrémité de la Champagne , touche 


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— 495 — 

presque au Jura; dans le Haut-Rhin, tourne à Belfort, vêts 
le Nord, et, gardant une direction presque parallèle à celle 
du Rbin, longe les deux départements alsaciens, et envoie 
ses dernières ramifications dans le pays de Trêves. 

Les sommités de cette chaîne ont généralement une forme 
arrondie, ce qui leur a fait donner le nom de ballons; les 
plus remarquables sont les ballons d'Alsace et de Scrvance 
(1 ,426 mètres) qui forment un massif imposant au midi; le 
Gresson (1,300 mètres), le Dreumont, le Grand-Ventron , 
le Rotabac, le Honeck (1,366 mètres) , les tètes du Bonhomme 
(1 ,231 mètres), le Bresson (1,939 mètres), .les montagnes de 
Sainte-Marie, enfin le Donon (1,010 mètres) et les massifs 
du Champ-du-Feu (1,360 mètres). 

Cette chaîne domine toutes les proéminences des diverses 
contrées environnantes. Quelques-uns de ses sommets sont 
couverts de neige pendant une grande partie de l'année (1). 
Les blocs roulés et les moraines qn’on trouve en plusieurs 
endroits font supposer que, dans une haute antiquité, les 
Vosges avaient leurs glaciers comme les Alpes. Le grès rouge 
forme comme une espèce de ceinture à ces montagnes pour 
faire place ensuite, dans les groupes principaux et le? plus 
élevés, à des massifs de granit et de syénile qui s’élèvent 
au-dessus dé tous les autres dépôts. 

La similitude de la constitution géologique des Vosges et 
des montagnes de la Forél-Noire, dont la chaîne suit sur 
la rive droite le cours du Rhin, comme les Vosges font sur 
la rive gauche , donne lieu de penser que ces deux chaînes 
formaient anciennement les digues d’un, lac immense A la 
place duquel on voit maintenant le bassin du fleuve. Chaîne 
de moyenne hauteur, les Vosges sont dépourvues des aspects 
grandioses et souvent effrayants des Alpes; en revanche, elles 
ont beaucoup de sites agréables et sont partout habitables. 

Si la partie orientale du département est couverte de mon- 


( t) An fin» fort de l’dld oo iroave de le glace dan* «ne d« gerge* de la 
valide de Grange*. 1 


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lignes élevées , chargées de sapins sur leur flanc et dénudées 
à leurs sommets couverts de neige, en hiver, et transformés 
en été, en chaumes destinés aux pâturages; si des massifs 
granitiques, des pics, des rochers abrupts séparés entre eux 
du découpés par des vallées étroites, profondes, resserrées et 
dans le fond desquelles coulent des eaux torrentueuses, en 
font une contrée pittoresque , par opposition , la partie oc- 
cidentale forme uné espèce dé plaine d’un tout autre aspect. 
Là dominent les terrains calcaires, dans des plaines fertiles 
et bien cultivées. 

Lé département des Vbsgés a donc cela de particulier qu’il 
offre line variété de formes qil’on rencontre rarement ailleurs; 
il réunit les richesses agricoles de la plaine aux beautés 
pittoresques et à ‘la richesse industrielle delà montagne. Les 
vigneà et les blés commencent où finissent les sapins et les 
seiglés; il résume dans un espacé étroit presque toutes les 
productions dé la France. 

Son étendue est dé 607,994 hectares ou dé 4/89* du ter- 
ritoire de la Francë; dont le tiers envirod est couvert de belles 
et majestueuses forêts. L’industrie s’est emparée de tous les 
cours d’eau de la montagne , ce qui lui donne] une physio- 
nomie animée qu'il n’avait pas autrefois. La richesse a fait 
place à la pauvreté. Le travail de la nature et la main de 
l’homme eh ont accidenté le sol , et il porté au plus haut 
degré, l’empreinté de cette double puissance. 

On a beaucoup écrit sur les Vosges; mais, malgré tout, 
soit que l’aspect sauvage des montagnes et des forêts, soit 
que la simplicité primitive qu'ont conservée longtemps ses 
habitants, soit enfin que les malheurs causés par les famines, 
les pestes et les guerres qu’elles ont essuyées sous t’intasitfn des 
Bourguignons et des Suédois , aiént influé sur leur primitive 
réputation , on a longtemps, et Cette triste renommée subsiste 
encore aujourd’hui , considéré le dépactetnent comme la Si- 
bérie de la France. C’est une réputation malheureuse , juste 
peut-être dans les premiers temps, mais imméritée aujourd'hui, 
et il est bon que des voix s’élèvent pour venger cette belle 


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— 4Ô7 — . 

mirée de l’espèce d’oubli ou de dédain auquel on semblerait 
condamner. Le temps n’est plu^où un intendant de Lor- 
ine, Vaubourg des Marets, disait dans un de ses rapports, 
:rit en 1697, que : « le pays était peu peuplé, que l'agri- 
culture était nulle, que le commerce consistait surtout en , 
bestiaux, fromages, planches de sapin, quelques pelle- 
teries et principalement des peaux d’ours qu’on prend 
dans les montagnes. En parlant du caractère des Vosgiens* 
il les trouve grossiers, mais laborieux; leur aspect, dit-il * 
est plutôt pesant que vif; quelques-uns sont capables 
d’affaires, de. sciences et de belles-lettres; voisins des 
Allemands , ils participent de la lentèur des Allemands > 
mais ils sont propres à la guerre , attachés à leurs anciens 
usages , aux anciennes manières et à tout ce qu’ils ont 
vu faire et pratiquer par leurs pères; naturellement Us 
sont enclins à la paix, mais, quand la guerre est une fois 
chez eux , ils deviennent cruels jusqu’à l’excès. 
p En 1632, le duc Charles ayant attiré dans ses États les 
armées des Suédois , lesquels y firent tous les ravages qui 
sont inséparables d une guerre fort animée , tes paysans 
lorrains, chassés de leurs habitations, furent obligés de 
se retirer dans les bois ; ils devinrent si féroces que la 
plupart abandonnèrent entièrement la culture de la terre 
et leurs occupations ordinaires pour voler et assassiner 
sur les grands chemins;" on les appelait loups de bois. 
La campagne fut entièrement dépeuplée , les chevaux et 
les autres bestiaux périrent pendant 10 ou 12 années, 
les terres furent incultes ; et pendant la guerre de 1678, 
dit le même chroniqueur, comme ils étaient plus voisins 
des armées et des actions qu’ils ne l’ont été pendant la 
guerre commencée en 1688, les paysans, surtout de la 
Vosge, avaient encore repris cet esprit de férocité. Un très- 
grand nombre d’hommes y étaient devenus ce qu’on appelle 
schnapants ; ils faisaient, autant qu’ils pouvaient, main 
basse sur les troupes du roi et les officiers qui allaient 
et venaient pendant l’hiver, et il a fallu punir plusieurs 

52 


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. — 498 — 


» de ees misérables du supplice de la roue, e! ensuite . 
» attendu leur grand nombre , accorder une amnistie aui 
» autres. » 

Si ce tableau a un côté assez triste , il est permis néan- 
moins d'en conclure que les Vosgiens avaient l’amour de 
leur, pays et le désir de l’indépendance ; frappés dans ce qu'ils 
avaient de plus cher, ils savaient se défendre, et là, comme 
à toutes les époques, ils ont fait preuve d'un patriotisme 
qui a peut-être été mal jugé par l'intendant de Lorraine. 

Hais retournons à notre sujet et jetons un coup d'œil sur 
ce qu'étaient les Vosgiens dans les temps anciens, pour arriver 
aux temps modernes, et montrer par là qu’ils se sont rendus 
dignes à tous les point? de vue de figurer en première ligne 
parmi ceux qui sont entrés le plus rapidement dans la voie 
des améliorations et du progrès. 

TEMPS ANCIENS. 

Le département des Vosges est presque entièrement formé 
de la partie méridionale du pays nommé, dans l'âge romain, 
la province des Leuquois (Leuci); il faisait partie de la Gaule 
belgique, et les Belges, ainsi que ledit César, dans le livret** 
de ses Commentaires, étaient les plus belliqueux des Gaulois. 
Rome leur imposa ses lois et, on doit le dire, adoucit leurs 
mœurs agrestes et leur caractère farouche. 

Au 3* siècle, sous Aurélien, le nom des Franks, ignoré 
de toute l’antiquité, commence à être connu par leurs ex- 
cursions en deçà du Rhin; ils pénétrent dans les Gaules 
vers l'an 430 et s'établissent sur les bords de la Meuse et 
de la Moselle, deux rivières qui traversaient les Vosges. 

Clovis était alors souverain d'un grand pays dans lequel, 
à sa mort, fut incorporée l’Austrasie dont les Vosges faisaient 
partie et qui échut à Thierry, qui fit de Metz la capitale 
de son royaume. Depuis l’époque où le royaume d'Austrasie 
fut formé jusqu’à celle où la Lorraine fut gouvernée par 
des ducs héréditaires, ce malheureux pays, théâtre des dis- 


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— 499 

sensiorvs du roi, fut tantôt réuni à la France, tantôt goïH- 
verné comme royaume séparé, et enfin, étant tombé sous la 
domination desOthons, U passa sous celle des ducs, qui furent 
d'abord à vie, et ensuite, héréditaires dans la personne dé 
Bérard d'Alsace. 

Pendant 500 ans que durèrent toutes ces révolutions, elles 
se succédèrent avec tant de rapidité qu’elles laissèrent rare- 
ment aux peuples le temps de goûter les douceurs de la 
paix. On prétend qu'à cette époque (595) elle eut à souffrir 
de la rivalité des deux femmes trop célèbres, Brunéhautet 
Frédégonde , et que celle-ci fut vaincue par la première près 
de Liffol-le*-Grand , dans les environs de NéufChftteau. 

Un fait assez remarquable se passe alors dans nos montagnes. 
Soit que les dissensions des cours et les persécutions qu’on 
y éprouvait fussent les véritables motifs de la retraite de 
quelques seigneurs, soit que pénétrés d’un zèle religieux ou 
que le goût de la solitude fût la vertu de ce siècle trop 
barbare pour voir éclore les vertus civiies et politiques, ils 
formèrent une foule de monastères. On peut même faire 
remonter à ce temps t ioigné la fondation de plusieurs villes 
des Vosges et le défrichement d’une partie des forêts qui 
tes couvraiént : ainsi saint Romaric se retira de la cour de 
Brunehaut et vint fonder un monastère à Remiremont. 

Faut-il croire, avec de piettx légendaires et la foule des 
copistes que les Vosges, n’ont été connues, fréquentées, ha- 
bitées que vers le VI* siècle; qu’avant, les solitaires, les saints 
abbés qui, vers cette époque, y dressèrent leurs tel lu les, y fon- 
dèrent leurs monastères et y amenèrent des néophytes, les 
Vosges n’étaient qu’une profonde et affreuse solitude que les 
hommes évitaient, une espèce de labyrinthe hanté par des ours 
farouches et confié à la garde des taureaux sauvages d’une taille * 
gigantesque. 

Ou bien devons- nous penser que, loin d’être un désert 
sauvage et inconnu au milieu de l’ancienne civilisation de 
la Gaule, la puissance merveilleuse des spectacles propres 
à agrandir la sphère des idées , à élever l’Ame et à lui inspirer 


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— 500 — 


les sentiments religieux y avait attiré, dès Içs premiers âges, 
des prêtres et des philosophes qui y auraient fixé leur séjour, 
pratiqué leur religion et donné au peuple des enseignements? 

Ces deux opinions ont donné lieu à des controverses ; ce- 
pendant on incline vers la première. En effet, pour quiconque 
a parcouru les Vosges, it est facile de comprendre qu’avant 
l’arrivée des solitaires dans cette contrée, elle était peu ha- 
bitée et presque .inhabitable : partout de profondes forêts, 
des pentes rapides, des pics escarpés, des torrents, pas de 
terres arables, pas de chemins. Cependant il faut bien ad- 
mettre qu’à l’époque celtique quelques prêtres y ont pénétré, 
puisqu’on trouve sur le sommet des montagnes des vestiges 
qui annoncent la présence de l’homme; mais il y a loin 
de la présence de quelques sacrificateurs druides à une po- 
pulation agglomérée dans des lieux qui n’anra'rent pn subvenir 
à ses premiers besoins. 

Les Gaulois avaient les mômes dieux que les Romains, 
mais ils ne les invoquaient pas sous le même nom. Terrains 
étail leur Jupiter, Bélenus leur Apollon et Teutatès leur 
Mercure. Fidèles aux antiques traditions, ils sacrifiaient en 
plein air, sur les hauts lieux, anx bords des lacs et dans 
l’épaisseur des forêts. Leurs monoments religieux sont des 
monticules de terre, des blocs de pierre souvent dressés en 
cercle, des bassins grossièrement taillés dans les roches et 
des pierres tremblantes, polies, dans un équilibresi parfait 
que la main d’un enfant peut remuer leur masse énorme. 
Enfin , ils ont attaché les noms de leurs divinités à certaines 
localités des Vosges et notamment aux montagnes. 

L’ignorance et la rareté des métaux, ou l’idée que les œuvres 
grandioses et solides de la nature sont seules en rapport avec 
t une divinité sublime, les guidèrent sans doute dans leurs 
travaux et dans le choix des lieux. Quoiqu’il en soit, l’exis- 
tence de monuments dressés par la main des hommes, se 
rapportant au culte druidique, est maintenant constatée dans 
nos montagnes. On en trouve la preuve dans la Pierre levée 
et le Dassin de la Sale , découverte faite dans l’arrondis- 


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— 501 — 

sement de SakU-Dié, par M. Gravier, et dans les deux mo- 
nolithes ou Pierres fittes qui se trouvent à une faible distance 
de Remiremont. 

Les Celtes et les Romains ont donc laissé des traces de 
leur séjour dans les Vosges. « C’est ainsi, dit M. Charton 
dans un ouvrage qu’il a écrit sur les Vosges, que, pour la 
période celtique, les archéologues ont reconnu dans les forêts 
du Donon les ruines d’un autel druidiqiffe, où les prêtres 
gaulois consommaient leurs sanglants sacrifices; la montagne 
de Chazeté, fermant le vallon des Rouges-Eaiix , leur a 
paru présenter les caractères distinctifs d’un Mallus ou lieu 
d'assemblée religieuse du culte. A Mortagne, dont le nom 
serait d’origine celtique, ils ont découvert un monticule qui 
était probablement une tombelle gauloise. Les montagnes des 
Jumeaux portent aussi des vestiges de celte époque reculée; 
la plus petite, voisine d’Elival, était consacrée au culte san- 
guinaire des Druides, et le grand Jumeau s’était prêté à 
l’établissementd’un camp gaulois. La montagne de Poigeat , 
autre dénomination celtique , qui domine le vallon de Wisem- 
bach, semble aussi avoir eu pour hôtes les farouches prêtres 
de Teu talés. 

» L’autel trouvé à Lamerey, , les tumuli de Bouzemont, 
de Dommartin-les-Reiniremont, de Martigny sont autant 
d’antiquités qui rappellent la même période. Plusieurs localités, 
entre autres le Val-d’Ajol, la ville de Darney et ses environs, 
ont reçu des noms qui en perpétuent également le souvenir. 

» Mais les monuments de l’époque gallo-romaine se 
présentent beaucoup plus nombreux , et témoignent parleur 
caractère, leur importance ou leur construction qu’ils sont 
l’œuvre d’un peuple conquérant et civilisateur. 

» Ici, c’est un temple élevé à Jupiter sur le Jomont Jovis 
mon s pour la célébration des cérémonies du culte païen; 
c’est un camp romain établi sur la montagne de Repy , au- 
dessus d’Etival ; c’est un assemblage de meules à bras, an- 
ciennement en usage, queTenfermait la carrière des Fossottcs 
de la Salle ; c’est le Forum ou marché public qui occupait 


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l’emplacement 4u Faubourg Saint-Martin de la ville de 
Saint-Dié ; ce sont surtout les thermes de Plombières et de Bains 
» Là, c’est le Castellum, château-fort de Daruey, la station 
romaine d’Esdes Esculawum , où se dressait un arc triomphal ; 
le Panum, temple du Void-d’fîscles; les tombeaux de 
Dombasle et de Bouderie, les Forges de Ville-sur-IHon, les 
bains de Lamerey; le camp de Châtelet, les villas d’AUigny, 
de Nonville, de Bleurviile ou H y avait aussi des bains, de 
Vilémont et delà Grange-Jacob. 

» Plus loin ce sont les antiquités de Soulosse (Sotimsriaca) 
le vaste amphithéâtre de Grand (Granum) , la riche mosaïque 
de Liffol-le^Graod, transportée au musée d’Epinal, le camp 
de Julien établi à Saint-Elophe. 

i Enfin on a trouvé en différents lieux, et surtout dans 
l’arrondissement de Neufchâteau , beaucoup d’objets antiques 
qui témoignent de l’occupation romaine. » 

Tous ces monuments , principalement placés dans la plaine 
et dans la vallée de Saint-4>»&, la plus ouverte du dépar- 
tement, ne prouvent pas que le groupe des montagnes ail été 
bien peuplé. On peut môme dire que c’est la retraite absolue 
qu’on y rencontrait qui a fait choisir ces lieux par les 
solitaires qui sont venus s’y fixer. 

Les monuments de la période Frank-austnasienne sont en 
petit nombre; on ne cite guère que les églises de Sakit-Diê 
et de Champ-le-Duc, le château de Bruyères et quelques- 
unes de ces résidences passagères où les rois de la première 
race s'établissaient lorsqu’ils venaient dans les montagnes des 
Vosges pour se reposer des fatigues de la guerre et se livrer aux 
plaisirs de la pèche et de la chasse. 

Les chroniques disent que Contran ,* roLde Neustrie, appelait 
les Vosges la forêt royale, qu’il vint en 589, qu’Eberbard , 
duc d’Alsace, y vint en 796, et qu’enfin elles furent souvent 
visitées par Charlemagne, Louis-le-Débonnaireet Lolbaire (4). 


(4) On cite entre antres C!iamp-lc*Doc et Remiretnont Quelque* 
Ustoriciis, se fondant sur une faune étymologie, placent à Franont « 


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— 503 — 


Ce sont là des litres de noblesse qui, joints aux monuments 
dont nous venons de parler, assurent aux Vosges une part 
honorable dans les annales du vieux temps. 

Mais dans un autre ordre d'idées, elles ne sont pas moins 
remarquables. C’est encore au milieu des forêts vosgiennes 
que, du VII* au IX* siècle, de pieux anachorètes vinrent 
établir leurs demeures solitaires Ces religieux avaient déjà 
fait germer dans les villes du centre de la France les 
semences de l'Evangile; mais des contrées sauvages, où 
régnait encore le paganisme , avaient besoin , pour se civiliser, 
de leur présence et de leurs leçons. Ces cénobites échangèrent 
les douceurs de la vie , contre les privations qu’ils attendaient 
aux déserts : c’était alors l'esprit du siècle. Nos montagnes 
devinrent pour eux une nouvelle Thébaïde; alors la croix 
remplace, dans les habitations païennes, le buste du Dieu Mars 
ou la tête de Jupiter. Bientôt les populations disséminées, 
avides d’instruction , se groupèrent autour d'eux. 

« Les Vosges , dit M. Gravier , autrefois le refuge de proscrits, 
devinrent la tbébaïde des Gaules, les fQréls dont les montagnes 
étaient hérissées offraient un attrait à la contemplation. De 
pieux ermites y accoururent pour trouver quelques peuplades 
à convertir ou pour y chercher une terre hospitalière. Ainsi 
le culte du vrai Dieu succéda rapidement au paganisme des 
Romains enté sur celui des druides, et ces sombres forêts, 
arrosées autrefois du sang des hommes, tombèrent sous la 
cognée des premiers chrétiens. Les noms de tous ces confesseurs 
de la foi ne sont point parvenus jusqu’à nous; ils ont 
légué le prix de leurs travaux aux fondateurs des monastères 
et sont morts dans l’oubli du monde pour avoir vécu dans 
l’habitude d’un héroïsme ignoré ; tels entre autres les fonda- 
teurs de l’église d’Etival. » 

Sans entrer dans de nombreux détails , nous nous conten- 
terons de citer les noms des fondateurs les plus célèbres de 


Frankemberg (montagne* des Francs) U sdjiaJiore de Pharamond et de 
Mdrovde. 


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— 504 — 


ces antiques abbayes : c’est Saint-Colomban , se fixant au 
pied des Vosges en 58H; Saint-Àmé réunissant les solitaires 
sur le Saint-Mont en 623 , où Saint-Arnould et Saint-Romaric 
cherchent une retraite 40 ans plus tard , c’est Gondelbert qui, 
de l’évéché de Sens, se retire à Senones où il fonde le monastère 
d’où devait sortir le plus laborieux des historiens, Dom Calme!. 
A la môme époque, Saint-Goëric se livre à la vie érémitique 
sur les collines (TEpinal; Saint-Déodat, évêque de Nevers, 
suit l’exemple des autres et fonde le monastère du Val 
de Galilée (Saint-Dié), au pied de la montagne d'Ormont 
Saint-Hydulphe, archevêque de Trêves, jette les fondements 
de l’abbaye de Moyenmoutier, puis Bodon , évêque de Toul, 
fonde l’abbaye d’Elival. Voilà les premiers et les principaux 
établissements religieux des Vosges D’autres furent fondés en 
grand nombre; on en comptait 29 en 1697, outre les trois 
abbayes florissantes de Remiremont. Poussay et Epinal Ces 
établissements comptaient 138 religieuses et 221 religieux. 

Malgré les assertions de quelques écrivains, nous sommes 
portés à croire que ce n’est qu'à l’époque de la fondation de 
ces monastères que date réellement le peuplement des mon- 
tagnes et qu’avant eux ce n’était qu’un désert inhabité, tout 
couvert de bois, de forêts immenses hérissées de rochers; il 
est juste de laisser aux premiers fondateurs des monastères 
leur part de gloire dans l’œuvre de la civilisation, et de les 
considérer comme les seconds créateurs de cette contrée 
montagneuse. 

Que les Gaulois, les Romains et les Franks y aient laissé 
des traces, dans la plaine, dans les larges vallées, on ne les 
niera pas, mais la montagne, comment aurait^elle été 
peuplée, comment y aurait-on vécu? Que les rois y soient 
venus pour la chasse, c’est une preuve de plus que ces 
forêts étaient plutôt peuplées d’animaux sauvages que d’êtres 
humains, que l’on compte 2,000 habitants dans le comté 
d’ilabend, dans la vallée de Remiremonl, c’est là une po- 
pulation bien faible et qui constitue à peine le 30 e de la 
population actuelle. 


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— 505 — 


One saint Romane, les Déodat, les Hydulphe trouvent au- 
tour d’eux quelques néophytes, on le comprend, mais s’ils 
ont choisi les Vosges pour leur retraite, c’est à cause de 
leur solitude et pour mieux agir sur qrelques peuplades qui 
étaient restées jusqu’alors isolées et grossièrement sauvages. 

Mais après avoir ainsi reconnu les conquêtes faites par le 
christianisme, conquêtes dont l’empire domine encore les 
populations actuelles, chez lesquelles se maintiennent l’esprit 
de foi et les croyances religieuses les plus libérales et les 
plus éclairées, revenons au côté purement historique de notre 
département. 

Ce fut en vain que vers l’an 940 Louis d’Oulremer essaya de 
conserver la Lorraine qu’il avait conquise, elle retourna à 
Othon qui créa les ducs, les dépouilla ensuite pour donner 
la Lorraine à son frère Brenon, archevêque de Cologne, 
qui la divisa en haute et basse, se réserva le gouvernement 
de la dernière et donna l’autre, appelée Mosellame, à Frédéric, 
comte de Bar. 

La Lorraine passa ensuite sous l’obéissance de Gérard d’Alsace, 
qui fut le premier duc héréditaire et la lige de la maison de 
Lorraine. 

Jusqu’à Gérard d’Alsace, premier duc de Lorraine, le peuple 
gémissait sous une dure servitude; corps et biens, le serf 
appartenait au château ou au monastère, l’homme n’était 
qu’une brute sur laquelle le seigneur avait droit de vie e£ 
de mort, et dont le travail devait servir à la grandeur de 
celui qui l’opprimait; tel fut longtemps le sort de nos ancêtres. 
L’inégalité que la guerre met entre les hommes, força la 
plupart des paysans à se soumettre complètement aux ser- 
vices féodaux. Alors les seigneurs, devenus tout-puissants, 
parvinrent à mettre sous le joug ceux-là même qui avaient 
encore conservé leur liberté. 

La classe laborieuse se vit ainsi dépouillée pour enrichir les 
seigneurs et les monastères. La servitude décourage et anéan- 
tit l’industrie; aussi ne vit-on , dans ces temps malheureux , 


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— 506 — 


ni agriculture, ni commerce fleurir, à peine les villes com- 
mnnrqnaient-elles enlre elles (I). 


(I) Les métairies ou fermes des Vosges n'éiaieat composées que de cinq 
à six hectares , exploitées par une famille h laquelle le propriétaire 
adjoignait an esclave, si le* besoins de la culture l'exigeaient. Cet petites 
fermes rendaient au maître chacune dix modiot de seigle ou cinq de 
froment et depuis dix deniers jusqu’* trente, des poulets et des œufs. 
Dans une partie de U plaine, les fermes produisaient vingt modios; c’est 
de U notamment qne les monastères tiraient leurs blés. Les pâturages 
restaient « n commun , de même que chcs les peuples pasteurs et dans les 
contrées d'une faible population. Outre le reveou de oes fermes , les mo- 
nastères levaient un cens sur les terres qai ne leur appartenaient pas. 
et qu’on payait h diverses époques, mais p'os communément aux fêles 
pastorales. C’est ce que l’on appela par la suite la taille de S l --Reniy. 
D'autres droits étaient exercés sur tous les travaux champêtres. On ne 
pouvait faucher ni faner sans acquitter le droit d’ouverture de ces Ira- 
vaox. Parmi ces droits, on retrouve un ancien usage des Romains, 
c'est le cens Jet nuits (census uoclium) payé par ceux qui fauchaient ou 
moissoimaicnt de nuit, comme le recommandent les anciens auleuis gt»- 
poniques, pour l*’a sols ar;des. La vigne occupait les pentes méiidio— 
nales des Vosges; elle y avait été introduite au X* siècle, environ trois 
cents ans après l'établissement des monastères, et lorsque le défrichement 
du pied des montagnes et le dessèchement des marais eurent tempéré 
l’êpretc du climat. Mais il fillsii suppléer au défaut de maturité com- 
plète du raisin par une mixtion de poix pour arrêter les progrès accleux 
du vin. La vigne ne. fut abandonnée dans les Vosges que par l'abus des 
défrichements. Les monastères faisaient cultiver leurs vignes par des co- 
lons qui n’avaient que cette acule occupation, les autres serfs devaient 
transporter les vins ou payer Le rachat de ccWe charge. 

c Les corvées (croadæ) étaient d’usage dans toutes Içs possessions des 
monastères. Elles consistaient è faire pour le maître autant d’ouvrage que 
pour soi-même. La nourriture du corvéable consistait en pain, ail, sel 
et esu qu’on lui portait au champ; la chair et le tourteau constituaient le 
repas du soir à la maison. Le breunage (brennagiom) était une redevance 
en son ou grosse farine pour Ja nourriture des chiens de chasse attachés 
au service du monastère; il était livré à la Saint— Martin. Li tenue dea 
plaids ou «casions de justice f>ar les abbés ou leurs délégués produisait 


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— 507 — 


Les premiers ducs de Lorraine établirent leur demeure or- 
dinaire à Châtenois, et Gérard d’Ateaœ y fit construire un 
château dont on voyait encore les ruines il y a 450 ans. 

Mais l’autorité de Gérard d’Alsace était elle L méme fort 
limitée, les dissension^ particulières déchiraient l'Etat. Papes, 
évôques, seigneurs, suscitèrent toutes sortes d’embarras à 
ses successeurs, Thierry et Simon I er , en 4089. 

Cependant un peu plus tard, sous Ferry III, vers 4254, 
le pouvoir des petits tyrans diminua et le peuple commença 
à voir poindre l’aurore de la liberté. Les villes de Châtenois. 
Bruyères, Arches, Neufchâteau, Mirecourt, Montfort, Charmes, 
La Neuveville-devant^Raon , Châtel , Fontenoy-le-Château ef 
d’autres localités, dont on ne retrouve pas les noms, furent 
affranchies, et la restauration de Tagriculture fut la consé- 
quence de ce bienfait. 

Bientôt l’évôque de Metz, toujours en hostilité avec ses 
voisins, prit les armes contre Ferry III, mais celui-ci lui 
prit Epinal et le fit prisonnier. Ce fut ce Ferry qui fit cons- 
truire un château à Plombières pour protéger les malades qui 
venaient demander la santé à ses eaux. 

C’est, ainsi que nous l’avons dit, sous le régne de Ferry 
III, c’est-à-dire dans la seconde moitié du 43 e siècle, que 


un droit fixe, outre tes amendes et confiscations, cl un autre droit payable 
par le lavcrnnr dit ban Le ban devait aussi livrer des denrées «*l payer 
un droit d’cxolnc pour ceux des justiciables qui obtenaient I* p^rmitsion 
de s’exempter du plaid. L'étalage des comme Mibles dans te temps des 
sessions était passible d’un droit. Les gens de métiers, tisserand»; cltar- 
pentiers et maçons n’acquéraient le privilège de demander justice qo'cr» 
payant le droit auquel ils étaient tarifés. Les femmes étaient spécialement 
chargées de tout ce qui appartenait b la couture; la seule charge qui leur 
était imposée pour ce privilège, c’était de coudre 1rs caleçons des moines 
et leurs chemises. Les serfs chargés d’approvisionner de bois les monas- 
tères, devaient leur fournir, cbaque année, en décembre, de petits fagots 
ou bottes composées de quinxe lanières d’écorce de jeunes sapins pour 
l’éclairage, d’environ un mètre de longueur sur trois centimètres dè 
largeur. » 


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— 508 — 


s'opéra un certain mouvement vers la liberté, mais, dans les 
Vosges, il n'y eut pas de lutte, comme dans certaines parties 
de la France, pour conquérir des droits. L'affranchissement 
des communes se fit sans qu’une goutte de sang ait été 
répandue; au reste l’absence d'une population agglomérée, 
jointe à la misère et à l’ignorance, empêcha les paysans d’exer- 
cer avec énergie et d'étendre les concessions qui leur furent 
octroyées. Ainsi, cet affranchissement était loin de signifier 
une liberté complète, il ne présentait guère qu’un adoucis- 
sement à l’esclavage; néanmoins, quelque restreints que fussent 
les privilèges concédés, ils procurèrent d'incontestables avan- 
tages. « L'établissement des communes dans les domaines du 
prince, et leur affranchissement, dit M Gravier,. accélérèrent 
les progrès de l’industrie^et l’accroissement de la population. 
Le besoin de se réunir, pour exercer en commun les privilèges 
accordés par le Duc, favorisa les rapprochements : autour de 
la maison seigneuriale chef-lieu du Ban, vinrent se grouper 
successivement d’autres habitants, et l'on retrouve encore, 
dans les noms de ces villages du XIII e siècle , de même que dans 
ceux qui ont une origine plus ancienne, la Villa d'un Cen- 
tenier, d’un Comte ou d’un Prévôt. Il reste encore, dans les 
Vosges, une infinité de traces de l’ancien état du pays; 
quelques communes ne sont composées que de cens ou de 
hameaux disséminés sur une surface considérable; aucune 
agglomération ne porte le nom de la commune; chacune a 
le sien particulier, et c’est la réunion de ces noms divers 
qui fait corps de communauté . . . Les habitants des Vosges, 
dispersés pour la plupart dans leurs montagnes, perdirent 
insensiblement, par leurs fréquentes réunions en commu- 
nautés, ce caractère sauvage qu’ils tenaient delà nature du 
sol et d’une longue servitude » 

Les affranchissements étaient à la fois utiles aux serfs, 
aux seigneurs et aux ducs : les serfs, une fois libres, fer- 
tilisèrent les terres et les seigneurs ne furent plus obligés 
de les nourrir, et enfin les ducs trouvaient dans les serfs 
ainsi affranchis des auxiliaires contre les envahissements des 


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— 509 — 


seigneurs, car la chevalerie et la noblesse traitaient les ducs 
d’égal à égal ; les chevaliers pouvaient môme les juger et 
ils jouissaient de grands privilèges dans les assises judiciaires, 
dont le siège était à Mi recourt. 

Dans le 14 e et le 45 e siècle, si Ton jouit de quelque 
tranquillité, les luttes, les secousses et la misère ne man- 
quèrent pas; en 4344, le règne du duc Raoul fut témoin 
d’une grande famine, elen 4370, sous Jean I er , les habitants 
de Neufchâleau , obligés de se défendre contre les Bretons, les 
dispersent; mais aux calamités de la guerre vint se joindre 
une peste qui frappa chaque famille de la plus effroyable 
misère. Charles It , animé de l’esprit belliqueux de son prédé- 
cesseur, ne revint dans ses états, en 4398; que pour opprimer 
son peuple , et les habitants de Neufchâleau , déjft décimés par 
la peste, eurent beaucoup à souffrir de ses cruautés. C’est à 
cette époque que parut Jeanne d’Arc, l'héroïne vosgienne. 
Les secousses qu’éprouva la France furent analogues à celles 
de la Lorraine ; mais Charles II revint à de meilleurs sentiments. 
II protégea les arts et, malgré ses défauts, il fut un des hommes 
les plus étonnants de son siècle. Vint ensuite Réné d’Anjou, 
en 4 431. Ce prince eut beaucoup à souffrir d'Antoine de 
Vaudémont, son compétiteur Jeune et plein de courage, celui- 
ci vainquit Réné à Bulgnéville, Réné fut fait prisonnier et 
pendant cinq ans, il endura une longue captivité en Bour- 
gogne. Renlré dans ses états, il impose, pour payer sa ran- 
çon , une taxe sur chaque famille; ce fut le premier impôt 
que les Vosgiens supportèrent. 

Epinal eut alors à soutenir son indépendance contre les 
• vexations de l’évêque de Metz; elle secoua son joug en 4444 
et se donna à Charles VII, roi de France. Bientôt Louis XI 
rendit cette ville à la Lorraine; mais elle, qui était libre, 
ne voulut pas y être contrainte , et ce ne fut qu’après que le roi 
eût délié du serment de fidélité les citoyens d’Epinal et leur 
eût laissé le choix de se donner à qui bon leur semblerait, 
qu’ils voulurent bien reconnaître le duc Nicolas, tout en 
conservant leurs privilèges. 


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— 510 — 


Dans celte succession continuelle de guerres el de combats, 
le courage des Vosgiens fui toujours remarqué, et partout où 
Us se présentèrent ils firent des actions d’éclat. 

Réné If succéda à Nicolas, mais un voisin trop puissant 
tenta de s’emparer de la Lorraine. Charles-le-Témeraire, duc 
de Bourgogne, prince féroce et ambitieux, jeta le trouble 
en Lorraine; Mirecourt, Charmes, Epinal, Doropaire, Bruyères, 
Darney , Neufchàteau , Remiremont, Arches devinrent la proie 
du vainqueur, enfin les malheurs des Lorrains touchaient 
â leur fin, Charles périt sous les murs de Nancy, en 4046. 
Toutes les grandes actions que peuvent engendrer ht fidélité 
au souverain et l’amour du pays éclatèrent dans cette guerre. 
Le peuple commençait à respirer, sous le règne de Réné ü, 
lorsque le pays fut de nouveau ravagé par une peste el une 
famine qui emportèrent le tiers delà population. Ce fut vers 
cette époque , en 4505 , qu’eut lieu dans les Vosges la première 
exportation de planches de sapin. 

Vinrent ensuite les ducs Antoine (4508) , Charles II( (1545) 
et Henry, son fils, (1608). Antoine mérita d’étre surnommé 
le bon. Charles LII sut par des règlements et des édits remé- 
dier aux désordres et maintenir la tranquillité parmi ses 
sujets, tandis que le reste de l’Europe était divisé par des 
querelles de religion; iV fit fleurir les arts et les sciences, 
établit une université à Pont-à-Mousson et mourut en 4608, 
aimé et regretté de ses sujets. 11 n’en est pas de même de 
Charles IV, qui succéda à son fils Henry en 4625; esprit 
aventureux, il attira toutes sortes de maux sur la Lorraine. 

Epinal fut pris par les armées françaises, et Charmes, réduit 
eu cendres en 4637. C’est alors qu’éclata la guerre avec les 
Suédois, guerre terrible dont la Lorraine fut le 'théâtre et 
qui amena après elle tous les fléaux. La famine, la peste 
se joignirent à ses ravages et firent de ce malheureux pays 
un vaste désert, inculte, abandonné aux reptiles et aux ani- 
maux carnassiers; les hommes, devenus plus féroces que les 
animaux, se dévoraient entre eux. D’un autre côté, Richelieu, 
ministre ombrageux, s’attaquait a tout, il détruisait les villes 


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et les forteresses, etc. En quelques années, de 4634 à 4637, 
on vit tomber, l’un après Vautre, tous les manoirs féodaux 
élevés par les seigneurs du moyen-âge (4). 

Enfin le duc Charles, après bien des combats, des défaites 
et des victoires, mêla les troubles domestiques aux troubles 
politiques, il mécontenta le peuple, le clergé et la noblesse, il 
fut le fléau de son pays. 

Sous ses successeurs, Charles V (4675), Léopold en (1697), 
François III et Stanislas, les Vosges, comme les autres parties 
de la Lorraine, virent la paix ramener l'abondance au sein du 
peuple, et le pays, se reposant enfin des maux qu’il avait 
soufferts, marche tranquillement à la conquête de l’avenir, 
sous les règnes pacifiques des derniers ducs, Léopold et 
Stanislas méritent une mention particulière. 

Voltaire a dit de Léopold que c’est le souverain qui a fait 
le plus de bien à son peuple, qu'il trouva la Lorraine dépeuplée 
et déserte, qu’il la repeupla et l'enrichit. Quant à Stanislas, 
ce fut un des meilleurs princes qui régnèrent sur les hommes. 
Il fut le père de ses sujets : tout atteste la félicité de son 
règne, Saint-Dié, incendié en 1757, lui doit d’être reconstruit 
sur un nouveau plan. Portant également ses regards sur 
toutes les parties de l’administration , il réprime les abus et 
porte la Lorraine au plus haut point de félicité. Les peuples 
heureux pleurèrent longtemps la mort de ce bon prince 
qui perdit la vie par un accident funeste en son château de 
Lunéville. 

La mort de Stanislas fut le signal de la réunion définitive de 
la Lorraine à la France, en 1766. L'histoire de Lorraine se lie 


(I L’origir.c d*-» nombreux châteaux qui rouvraient la province remonte, 
pour la plupart , 1 l'ércctioii de la Lorraine en duché» souverains. Alors 
les seigneurs particuliers, accoutumés h vivre dans une sorte d'indépendance 
et ne pouvant se résoudre i subir le joug d'un souverain maître , se canton- 
nèrent, chacun dans sa lertc et dans son château , et voulurent, sinon 
se maintenir en liberté, du moins partager l'autorité avec celui qu'on leur 
avait donné pour souverain. ( Statistique de la ifeurihe.) 


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donc désormais à celle de tout le royaume jusqu'en 4790 ; lors 
du démembrement de la province en 4790 la partie méridio- 
nale de la Lorraine devint le département des Vosges. A celte 
époque mémorable, dans la guerre de la liberté et de l’indé- 
pendance, les habitants des Vosges se sont montrés les 
dignes héritiers du courage des Lorrains; plus de 25,000 
d'entre eux volèrent à la victoire en défendant la patrie. 

La révolution n*a été pour eux qu'une nouvelle occasion de 
mettre en action ce zèle patriotique, ce généreux dévouement 
qui distinguèrent si souvent leurs ancêtres. Leur empressement 
à verser leurs grains , leurs fourrages dans les magasins de 
l'armée du Rhin et de la Moselle, lorsqu’en même temps ils 
étaient menacés de la disette, leur tranquillité, leur soumis- 
sion aux lois, au milieu des orages et des troubles qui ont 
agité tant d'autres départements, tout atteste qu'ils étaient 
dignes de vivre sous un gouvernement libre, ils ont compté 
pour rien les sacrifices qu'ils ont faits pour la révolution, 
ils n’ont vu que le bien qu'elle a produit. 

TEMPS MODERNES* 

On comprend facilement qu'un peuple, serf des seigneurs 
et des monastères, accablé par les guerres intestines et exté- 
rieures, souvent par la peste et la famine, habitant une contrée 
infestée par les ours (4) et autres animaux sauvages , dans les 
sombres forêts où l’on trouvait à peine un coin de terre végé- 
tale, dans des montagnes en partie couvertes de neige, at 
mérité le titre de Sibérie de la France , mais si celle injurieuse 
qualification a pu avoir autrefois sa raison d’être, il serait 
injuste de la lui continuer. Accessibles au contraire aux 
progrèsdelacivilisation, les Vosgiens n'attendaient que le signal; 
et depuis un demi-siècle ils ne sont restés étrangers à aucune 

(I) Le dernier ours fal tuc pn s de Remiremonl eti 1709. Un endroil 
très— sauvage de la vallée de Granges porte encore aujourd'hui le nom d« 
passage de Tours* 


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- *13 - 

ceuvre d^amélioralion morale, intellectuelle et matérielle; il 
suffit, pour s'en convaincre, de parcourir le département ou 
de jetèr les yeux sur les statistiques, pourvoir qu'il ne le 
cède en rien aux départements les plus avancés, et que tous 
tes jours disparaissent, une à une, les traces peu nombreuses 
d'ailleurs qui yresten: encore des temps d'ignorance et de 
préjugés. 

Un archiviste distingué, M. fl. Lepage, écrivait en 1845 
« une ère nouvelle , une ère de paix et de civilisation commence 
pour ce pays que la nature semble s'ètre plu à embellir; 
conquérant autrement puissant que ces légions romaines 
qui avaient vaincu le monde, l’industrie s'est emparée de la 
terre des Vosges. Il n'est pas un coin du sol qui ne lui 
appartienne, depuis les chaumes des montagnes jusqu'aux 
plus fertiles prairies des vallées. Sur les ruines des monuments 
de tous les âges, dont le poète ou l’historien viennent 
interroger les débris, une ère nouvelle élève d'autres monu- 
ments qui seront plus durables; elle répand autour d'elle, à 
pleines mains, une semence féconde, déjà riche pour le 
présent et dont l’avenir recueillera les fruits. » 

L'avenir ne s’est pas fait longtemps attendre; il est venu, 
pour les Vosges, avec son cortège de richesses industrielles , 
agricoles, et mieux encore, avec tous les développements que 
portent avec eux l’amour du pays, le désintéressement, l’in- 
telligence et le bon esprit des habitants. 

Nous sommes bien loin de l'époque où les ducs de Lorraine* 
dans les rares moments que leur laissaient les loisirs de la 
paix, jetèrent les premiers fondements de l’industrie vosgienne, 
en favorisant, dès le Xîlï* siècle, l’exploitation des mines 
de la Croix et de Framont, en introduisant l'industrie ver- 
rière dans les forêts de Darney où beaucoup d’étrangers 
vinrent se fixer alors, attirés par les libéralités des ducs; 
des titres de noMesse leur furent donnés et ils furent connus 
longtemps sous le nom de gentilshommes verriers. A cette 
date remontent aussi l’établissement de l'imprimerie à Saint- 
Dié , la création des scieries et la fabrication des fromages * 


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de la lutherie et ded dentelles à Mirecourtet dans les environs; 
mais ce n’étaient là que les éléments primitifs d'une longue 
série d’industries diverses qui , sous l’empire d’un régime 
nouveau , devaient prendre les développements considérables 
que nous lui voyons aujourd’hui. 

CARACTÈRE ET CONSTITUTION. 

En général, le Vosgien est d'une taille assez élevée, d’on 
tempérament sanguin, nerveux, quelquefois lymphatique. 
Ce qui se dira des hommes peut s’appliquer aux femmes. 
Le montagnard a quelque chose de mâle dans la figure, ses 
traits sont accentués, anguleux ; il est plutôt pâle que coloré; 
trop souvent, chez lui , l’abus des boissons alcooliques déter- 
mine cette pâleur et change en férocité la douceur naturelle 
de ses mœurs ; défiant comme l’homme habitué à vivre seul , 
il n’accepte qu'avec une prudent»! réserve ce qu’on peut lui 
dire, il a la démarche lente et mesurée de l’homme obligé 
de gravir constamment des montagnes. A le voir conduire 
paisiblement ses bœufs au labourage ou descendre les tron- 
çons de sapin vers les scieries , on ne croirait pas qu’il est 
le compatriote du cultivateur de la plaine, qui fouette pres- 
tement les chevaux de sa charrue ou qui parcourt les routes 
avec un élégant attelage. U y a, en effet, chez l’habitant 
de la plaine, plus de vivacité, plus de délicatesse dans les 
traits, plus d’énergie momentanée pour le travail, mais 
moins de ténacité et de persistance. 

Rarement les habitants de la montagne vont se fixer dans 
la plaine ; ils aiment leurs forêts , leurs rochers , leurs prairies, 
leurs eaux limpides, ils préfèrent le silence de leurs chalets 
isolés au bruit et au mouvement des maisons alignées des 
villages do la plaine; mais la communauté’ des intérêts, les 
relations fréquentes de la plaine avec la montagne effacent 
les différences cl établissent entre elles une solidarité qui 
donne au département tout entier, plaine ou montagne, une 
force et une prospérité qui s’accroissent chaque jour. 


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— Hlo — 

bans la plaine, la taille esl plus élevée, et dans la région 
montagneuse, le développement musculaire plus prononcé. 
Le montagnard gagne èn vigueur ce qu’il perd du côté dé 
la stature, obligé qu il est de lutter contre une nature plus 
ingrate ét vivant sous un climat plus rigoureux ; mais qûoi 
qu’il en soit cte ces différences, le Vosgien est ami de là 
liberté de Tordre ; il aime et respecte l’autorité, et, en aucun 
temps, il nè s'est livré h des excès révolutionnaires; s’il a 
pris les armes , c’est pour défendre son pays. Il s’associe 
volontiers aux Idées grandes, généreuses, libérales, il esl 
tle mœurs douces et polies, intelligent, actif, laborieux, 
il recherche l'instruction , il s’attache aux travaux des champs 
coinnie à ceux de l’industrie. On voit aujourd’hui des Vosgiens 
sur tous les marchés de l'Europe; ils lont un grand commerce 
d’importation et d’exportation avec l’Amérique, leurs relations 
sont franches , loyafès , et si quelqués-uns vont au loin chercher 
fortune, l’amour du pays les y ramène toujours. Mirecourt 
en offre surtout de nombreux exemples. 

L’hospitalité, la charité, la bienfaisance sont honorées et 
généreusement pratiquèés dans les Vosges, où régnent géné- 
ralement la sobriété et la régularité dans la conduite ; cepen- 
dant le Vosgien a ses heures dé liesse et d’intempérance (1), 
et il en saisit peut-être trop volontiers Toccasiôn. Sans oublier 
tes pauvres, H accueille bien les étrangers; un grand nombre 
d’institutions de bienfaisance ont depuis longtemps éteint la 
mendicité dans le département, et Ton trouve encore dans 
beaucoup de localités ce qu’on pourrait appeler l'Hôtellerie 
de la bienfaisance. 

Braves et courageux, les Vosgiens aiment l’état militaire; 
ils l’ont montré dhns tous les temps. En <792, ils se levèrent 
en masse et forcèrent <4 bataillons de volontaires qui contri- 
buèrent puissamment à repousser l'ennemi (2). . 


(4) Le» dimanche» , le» jour» de fêles, de baptême» , de mariages, dé 
foire» el marché» public» , le» jour» de rOiiion cl du tirage au »orl. 

(2) On trouve dan» le» archive» de Remireràonl la noie suivante : 


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— 546 - 

Quelques années plus lard le Trésor national était épuisé; 
il fallut que de nouvelles contributions , frappées sur les 
citoyens, créassent de nouvelles ressources pour subvenir 
aux charges de l’État. Les premiers, les Vosgiens acquit- 
tèrent leurs impôts, et cet empressement patriotique valut 
au département l’honneur de donner son nom à l’une des 
places publiques de Paris. Ce peuple , bon , courageux : resta 
cependant dans une espèce dp langueur pendant tout le temps 
qui précéda 4789, on aurait dit que les Vosges étaient sta- 
tionnaires comme leurs montagnes; mais l’aurore de la 
liberté fut pour lui , comme pour le reste de la France , le 
réveil d’un engourdissement, pendant lequel il avait déjà 
montré ses qualités, sans pouvoir les développer à son profit. 

Depuis 4789, le département n’a cessé de marcher tran- 
quillement dans une voie de prospérité et de progrès ; si les 
événements politiques l'ont ému , on peut dire , à sa gloire , 
qu’il s’est toujours montré fidèle et dévoué aux grands intérêts 
du pays. La charrue a tracé paisiblement . son sillon et 
fertilisé les terres. L’industrie s’est emparée des cours d'eau , 
soit pour alimenter de nombreuses usines , soit pour porter 
la richesse dans les prairies pittoresques qui tapissent les 
collines et les vallées. Jusqu’aux sommets les plus sauvages , 
le montagnard , avec un courage et une persévérance qu’on 
ne saurait trop admirer, a disputé aux rochers leurs de- 
meures, et de leurs débris a construit des murs qui pro- 
tègent les terrains qu’il a conquis sur la nature. C’est ainsi 
que les roches se sont transformées, entassées sur elles-mêmes, 
ou cachées sous la terre végétale. Murs et terrains forment 
aujourd’hui sur le flanc des montagnes d’élégants festons où 
la pomme de terre et le seigle remplacent les genêts et les 
bruyères. 

Mention honorable an protêt— verbal de FAttcniblée ua’iunale do sêle de» 
habitants du district de Reniircmonl et des cantons qui le composent poar 
marcher à la défeu»e des frontière*, déclarant que tons ont bien mérité de 
la patrie, puisque, de onae eents et qurlques hommes que Ton demandait , 
il s'en est présenté sur le champ plus de 1,500 (7 août 1702). 


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- 5 17 


Les premiers travaux furent tentés au commencement du 
siècle; on était à une époque de tâtonnement, mais lorsque 
vint l'Empire , et que le génie de Napoléon I er eût fondé 
l'Administration sur des bases solides et durables , chacun 
édifia, parce qu’il put jouir en paix de sa personne, de son 
intelligence et de ses biens; alors les progrès, quoique ra- 
pides , furent cependant mesurés et empreints d'une certaine 
modération , comme le caractère même des habitants de cette 
contrée. 

Si, dans ce temps de glorieuse mémoire, le département 
voyait renaître l'activité commerciale et industrielle , il ne 
restait pas étranger aux grandes choses de l’époque : il four- 
nissait un contingent glorieux aux armées impériales Plusieurs 
de ses enfants se distinguèrent sur le champ de bataille. On 
cite, entre autres , les généraux Buquct , nés à Charmes , le 
général Drouot, de Lamarche, les généraux Haxo, Humbert, 
Raoul, Salm, Vautré, le colonel Goré , le lieutenant-colonel 
Legros et le colonel Puton, baron de l'Empire. Enfin le 
maréchal Victor, duc de Bellune. 

C’est là une pléiade de 12 braves qui, sortis des rangs 
les plus obscurs, se sont élevés au niveau des grands hommes 
en mettant leur courage et leur épée au service de la patrie. 

Mais n’esl-ce pas ici le lien de rappeler ceux qui , dans 
un autre ordre d’idées, sont nés dans les Vosges et lui ont 
légué, avec le souvenir de leurs noms et de leurs talents, 
l’exemple de leurs vertus et de leurs bienfaits? 

A leur tête s’avance Jeanne-d’Arc , cette héroïne mysté- 
rieuse qui sauva (a France. 

Puis, par ordre de date, Pierre de Blaru, l’auteur de la 
Nancéïde (1437); le bienheureux père Fourrier, célèbre 
réformateur, fondateur des écoles de filles (1564) ; le savant 
abbé Sommier, archevêque de Césarée, chambellan du pape; 
Innocent XIII (1661); le président Lefèvre, confident intime 
du duc Léopold (1663) ; le bénédictin Oudenot, collaborateur 
de Dom Calmet (1689); l’abbé Bergier, théologien fameux 
(1718); le jésuite Guinard (1726); l’abbé Georgel, à la fois 


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professeur el écrivain célèbre , secrétaire du prince de Roban 
. lors de son embassade à Vienne (1731) ; l’abbé Aubry, savant 
bénédictin (1736) ; l’abbé Feys , fondateur de la congrégation 
de la Providence à Portieux ; Tbiébaut de Menonvilfe, officier 
distingué, ami de Wasinghton et de Lafayette (1740); l'abbé 
Nicolas (1742) ; les deux Bexon, l’un collaborateur de Buffon. 
l’autre avbcat célèbre et criminaliste distingué (4748! ; François 
de Neufchàteau, à la fois poète, philosophe, homme d’État 
(1750); l’infortuné poète Gilbert (1751) ; le conseiller d’État 
Dubois (1759) ; la famille des Bresson (1760) qui a donné 
un membre à la Convention, un directeur général des forêts 
et un ambassadeur; l’abbé Gley, savant littérateur (4761); 
le comte Boulay de Meurlhe, conseiller d’État, jurisconsulte 
éminent, l’un des auteurs du Code civil (1764); le duc de 
Choiseul (4762); le docteur Parisot (1780), médecin distingué 
de l’Institut, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine 
de Paris; Pellet, poète et avocat distingué ; le docteur Mougeot, 
de Bruyères, savant naturaliste; le docteur Malgaigne, pro- 
fesseur à la Faculté de médecine de Paris, mort récemment ; 
le peintre -Claude Gelée , dit le Lorrain , inimitable paysa- 
giste; le miniaturiste Augustin , et Laurent, dont le pinceau 
délicat a produit plusieurs tableaux de genre qui ont acquis 
une certaine célébrité. 

Enfin les deux pêcheurs de la Bresse, Remy et Géliin , 
les initiateurs de la pisciculture en France. 

Ainsi, la religion, l’armée, la magistrature , la politique, 
les arts et les lettres ont trouvé , dans les Vosges, d’honorables 
représentants dont les noms devenus célèbres y sont juste- 
ment honorés. Certes, pour une contrée qu’on dit sauvage, 
c’est, pour ceux qui ne la connaissent pas, un regret de ne 
pas l’avoir mieux étudiée. 

population. 

Le mouvement ascensionnel de la population est l’indice 
de la prospérité d’un pays. Ce mouvement a été remarquable 


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— 519 — 

dans les Vosges. La population n’y élail guère que de 1 00,000 
habitants dans la seconde moitié du XVII e siècle, ainsi 
que nous l'apprend l'intendant de Lorraine, Vaubourg des 
Marets; lors du recensement qui fut fait en 1790, elle s’élevait 
déjà à 281,416 habitants. Aujourd'hui elle est de 415,485 
ce qui fournit en moyenne une augmentation annuelle de 
1,787 habitants , d’où l'on peut conclure que le Vosgien aime 
son pays, qu’il y reste et qu’il y trouve l'aisance. 

VOIES DE COMMUNICATION. 

Ces 415,485 habitants sont dispersés sur une superficie 
territoriale de 607,998 hectares, dont le tiers à peu près 
est couvert de bois. Dans 548 communes reliées entre elles par 
quatre chemins de fer, 31 routes, dont 7 routes impériales 
et 24 départementales d’une longueur de 958 kilomètres, et, 
en outre, par 48 chemins de grande communication, 56 
chemins d'intérôt commun et 1,854 chemins vicinaux for- 
mant ensemble, routes et chemins compris, une longueur 
de 5,495 kilomètres, ce qui donne en moyenne 3 voies de 
communication par commune. Des compagnies s’organisent 
en ce moment pour l’établissement des chemins de fer dé- 
partementaux. Eu égard à la configuration topographique du 
département, que d’obstacles à vaincre, que d’efforts il a 
fallu faire pour franchir les plus hautes montagnes et faire 
serpenter sur leurs flancs rocheux ces routes et ces chemins 
à pente douce qui viennent ensuite longer les ruisseaux des 
vallées, pour y faire refluer la richesse ou en extraire les 
produits. Tous ces chemins sont de date récente; nécessaires 
à l’industrie agricole et manufacturière, on peut dire qu’ils 
se sont créés l’un l’autre. Les chemins de la montagne font 
l’admiration du touriste, et les Vosges, à ce point de vue, 
ne le cèdent en rien aux départements les plus avancés. 

PRODUCTIONS DU «OL. 

Ces voies de communication, si pittoresques et si nombreuses, 


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— 580 - 

desservent de grands intérêts ; elles sont la vie de l'agriculture 
et de l'industrie. Or industrie et agriculture ont suivi avec 
eux depuis un demi siècle une marche toujours progressive. 

La Société d’ÉmuIation , de nombreux Comices agricoles 
les ont toujours encouragées; nos industriels, nos laborieux 
cultivateurs ont brillé dans tous les concours, et leurs efforts 
ont été couronnés par une production toujours croissante. 
D'aprèsune statistique déjà ancienne, mais consciencieusement 
laite , le département produit, tant en froment qu'en méteil, 
seigle et sarrazin, 1,454,035 hectolitres, plus de 3 hecto- 
litres par habitant. 

La même statistique, après avoir donné les diverses pro- 
ductions du sol (froment, méteil, seigle, sarraain, orge, 
avoine, pois, colza, navette, vigne, chanvre, lin, pomme 
île terre, betteraves, carottes, navets, vesces, trèfle, luzerne, 
sainfoin, prés et houblon), les évalue à 89,031,124 fr. , ce 
qui donne par individu 72 fr. 03 cent., et par famille, en 
en comptant 69,247, 432 fr. 22 cent. En y ajoutant la valeur 
» des animaux (chevaux, ânes, mulets, la race ovine, bovine 
et porcine et enfin les oiseaux de basse cour) qui est évaluée 
à 23,150,637 fr. , on arrive à un revenu de 127 fr. 74 cent, 
par individu et de 766 fr. 39 ceot. par famille, uniquement 
avec les produits agricoles. 


FORÊTS 


A côté de la production agricole se trouve ta production 
forestière. Les forêts couvrent les 35 centièmes du territoire , 
sur une étendue de'212,000 hectares; elles rapportent à l’État 
et aux communes 5,500,000 fr., aux affouagistes 2,500,000 fr., 
total 8,000,000 de fr. ; plus de 300 scieries débitent annu- 
ellement environ 10,000,000 de planches qui sont expédiées 
dans toutes les parties de la France; les premières scieries 
remontent à 1505, cl l’on en comptait déjà 116 en l'an 1800. 
Les bois de construction descendent constamment de nos 


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montagnes, et les beaux chênes de Darne; et autres consti- 
tuent l’une des principales ressources de nos constructions 
maritimes. Le département des Vosges tient assurément le 
premier rang parmi les départements forestiers de l’Etapire. 

Que sont devenues alors les prédictions de M. Desgouttes, 
premier préfet des Vosges, lequel, dans un rapport fait sur 
le département, disait en Tan X que « les renseignements 
» fournis par les administrations forestières sur l’état actuel 
* des forêts du département les présentent en général sinon 
» comme tout à fait détruites, du moins comme marchant 
» rapidement à leur ruine. » Leur ruine était loin et la 
prospérité tout près, pnisqu’aujourd’hui , sur certains points, 
la superficie d’un hectare de forêt a été évaluée à 25,000 fr. 

MINES ET MINERAIS, CARRIÈRES, TOURBIÈRES. 

Les carrières de marbre, les grès bigarrés, les grès rouges, 
les minerais de fer, les mines de houille de Saint-Menge et 
Gemmelaincourt, la fabrique de ciment à Gironcourt, l’ex- 
ploitation du granit apportent aussi leur contingent à la 
richesse du pays, et les tourbières, qu’on y rencontre en 
abondance exploitent annuellement de 60,000 à 80,000 
quintaux métriques. Ce sont là des ressources spéciales qu’on 
trouve rarement réunis dans un seul département. 

EAUX THERMALES ET MINÉRALES. 

+ 

Les Vosges onl aussi un autre privilège; Plombières, Bains, 
Conlrexéville, Vittel, Martigny-les-Lamarche, Bnssang attirent 
les voyageurs par l'excellence de leurs eaux minérales ; leur 
vieille et légitime réputation y ramènent tous les ans de plus 
nombreux visiteurs , et c’est par centaines de mille que l’on 
expédie les bouteilles d'eaux gazeuses et alcalines de Bnssang. 
De grands travaux ont été faits à Vittel et à Contrexéville 
pour l'agrément des buveurs, mais, depuis la présence du 
Souverain , des millions ont été prodigués à Plombières ; et 


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celle s talion thermale n’a pour ainsi dire plus rien de son 
vieux passé que remplacement. Tout y a été remué, trans- 
formé; c'est aujourd'hui une des plus charmantes résidences 
d'été de la France; c'est une vallée pleine de souvenirs : 
Montaigne, Voltaire, Richelieu, le chevalier de Boufflers, 
Mmes sœurs d e Louis XV, la duchesse d’Ângoulême, la 
duchesse d'Orléans, Stanislas l’ont habitée et embellie, on 
y voit encore les traces du passage de l'Impératrice Joséphine, 
la fontaine aimée de M“ e Guizot et celle qu’a consacrée 
le souvenir de François Delessert ; mais rien n’égale la 
splendeur des thermes Napoléon, due à l’initiative impériale, 
et l’admirable parc qu'il a tracé lui-même sur les collines déjà 
si pittoresques de la vallée de l'Augronne. À ces splendeurs 
de date récente, s’attache la renommée, et avec elle une 
nouvelle source de prospérité. 

prairies. 

Nous avons dit qu'il y a peu de terre arable sur la mon- 
tagne, en revanche, les prairies y abondent et de nombreux 
pâturages y engraissent le bétail. Un ingénieux système d’irri- 
gation sillonne les vallées d’innombrables cours d’eau, dont 
les ramifications sont comme autant de veiues par lesquelles 
circulent partout la vie et la richesse; que l’on prenne l’eau 
à sa source, qu'on la dérive de son cours, elle trouve accès 
dans les prairies, sur les pentes les plus élevées comme dans 
les ravins les plus profonds. C’est ainsi qu’on a rendu à 
l’agriculture les galets de la Moselle et que MM. Dutac et 
Naville ont arraché des milliers d’hectares de terrains à ses 
mouvements torrentueux. C’est une conquête faite sur la 
nature, qui fait le plus grand honneur à ces praticulleurs 
distingués, 

FABRICATION DU FROMAGE. 

Aux prairies, â l’élève du bétail se rattache une industrie 
modeste et lucrative qui sert à l’alimentation du peuple, la 


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fabrication des fromages qui , sous le nom de fromages do 
liérardmeri s’exportent par quantité en Lorraine, en Alsace, 
à Paris, à Lyon et dans d’autres villes du royaume. On 
prétend que cette fabrication s’élève à plus de 660,000 kilog. i 

Ainsi, à la dernière exposition qui a eu lieu à Paris, en 
1865 , le département des Vosges a primé tous les autres. 

Sur 440 exposants et, 450 lots, venus de 47 départements 
qui , seuls, aient pris part à cette exposition , les Vosges ont 
vu 43 exposants obtenir, pour leurs 48 lots , t médaille d’or, 

2 médailles d’argent, 4 de bronze et 3 mentions honorables, 

10 récompenses sur 97 accordées aux 47 départements. Le 
département de Seine-et-Marne, qui vient le second , n’a eu 
que 27 exposants et 8 récompenses. 

FÉCULÇIHE. 

Une autre industrie, peut-être moins modeste, s’est aussi 
considérablement développée depuis quelque temps dans le 
pays. Elle a pris à la terre comme celle du fromage a pris au 
bétail un produit dont elle double la valeur. Longtemps la 
pomme de terre , introduite , dit-on , dans les Vosges pendant 
la guerre des Suédois, avait été uniquement employée à la 
nourriture des habitants et des bestiaux. Mais l'industrie 
s’en est emparée pour la réduire en fécule; dans ces dernières 
années , elle a donné lieu à un commerce de plusieurs millions 
de francs. 90 féculeries seulement existaient en France en 
1845 , les Vosges seules en ont aujourd’hui 293 qui triturent 
environ 680,178 hectolitres de pommes de terre et fournissent 
plus de 10,450,000 kilogr. de fécule, ressources immenses 
pour la montagne, qui produit ce tubercule en abondance, 
et pour les nombreuses industries qui réclament l'emploi 
de la substance féculière. 

Ce serait ici le lieu de parler des vins, des eaux-de-vie, 
de la bière, du houblon, de toute l’industrie qui se tire du 
sol, mais ces productions sont moins importantes et, bien 
qu’elles viennent se joindre aux autres pour contribuer au 


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bien-être des populations , ce n’est point là la principale 
source de ses richesses; cependant nous ne devons pas oublier 
le kirsch des Vosges qui jouit d’une réputation méritée à Paris 
et à l’étranger. / 


INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE. 


Mais les productions du sol ne sont qu’un des côtés du 
revenu public. L’habitantdes Vosges, surtout dans la montagne, 
avait besoin de se créer d'autres ressources , il les a trouvées 
dans l’industrie manufacturière. 

Hauts-fourneaux, papeteries, verreries, fayenceries, den- 
telles, lutheries, toiles, filatures avaient déjà une certaine 
extension dès le dernier siècle , les ducs de Lorraine en avaient 
pris plusieurs sous leur protection , ils leur accordaient , 
autant que le permettaient les lois et les coutumes, privilèges 
et immunités. Mais que de progrès réalisés sous l’empiie 
d’une plus grande liberté? 


MÉTALLURGIE. 


Il y a dans le département plus de 60 établissements 
métallurgiques, d’une valeur totale de 5,000, 000 r , fabriquant 
pour plus de 6,000,000 f par an, et employant de 2,000 
à 2,500 ouvriers gagnant de 2 fr. 50 cent, à 3 fr en moyenne 
par jour. 

Sur plusieurs points du département, notamment à Bains, 
Plombières et Darney, l’industrie du fer dénaturé (ustensiles 
de ménage, fer-blanc, pointes, clous, couverts, chaînes, 
étrilles , broches à filature , taillanderie , chaudronnerie , 
serrurerie, etc.) occupe un grand nombre d’ouvriers. Pour 
ne parler que des couverts en fer battu, il s’en fabrique, 
dit-on, près de 6,000,000 par an, d’une valeur d’environ 
f, 200, 000 francs. 


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COTONS. — FILATURES, TISSAGES. 

Nous lisons dans \a Statistique fai le en 1846 par MM. Lepage 
et Charton : < Dans les Vosges, l’industrie cotonnière est 
aujourd'hui , on ne peut le nier, l’industrie la plus consi- 
dérable par le nombre de ses établissements, par la -valeur 
et la qualité de ses produits, par la quantité de ses ouvriers 
et, peut-être môme , par le perfectionnement de ses procédés 
et de ses machines; ses forces productives se composent de 
23 filatures, de 74 tissages mécaniques ou à bras, de 4 
retordages , de 3 blanchissages et de 11,500 ouvriers environ. 
Ses matières premières comprennent les cotons en laine et 
les colons filés; ses produits consistent en fils, toiles, ca- 
licots, jaconas, percales, etc. Les ouvriers gagnent un salaire 
de 4,800,000 francs. » 

L’Amérique et l’Égypte lui fournissent les matières qu’elle 
consomme, et elle écoule ses produits dans l’intérieur de la 
France et dans quelques pays étrangers. 

On évalue qu’il se fabrique annuellement 3,874,607 mètres 
de calicot écru et autres tissus teints et apprêtés, livrés en 
majeure partie à Paris, Mulhouse, Rouen, au prix de 
19,840,000 francs. 

Mais depuis 1845, le nombre désétablissements manufac- 
turiers s’est accru et considérablement perfectionné ; on en 
compte au moins 30 de plus, d’où il résulte une produc- 
tion qu’on peut évaluer aujourd’hui à environ 75,000,000 
de mètres d'étoffe fabriqués, et dont la valeur peut s’élever 
h plus de 52,000,000 et demi. 

Les filatures vosgiennes produisent à peu près le tiers de la 
consommation des tissages , le surplus provient de l’Alsace 
et de l’Angleterre. 

PAPETERIES. 

Si les rivières des Vosges servent de moteur aux nombreuses 
fabriques qui s’échelonnent sur leurs cours, leurs belles eaux 


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onl servi depuis longtemps à la fabrication du papier *3 
papeteries existaient déjà en *800, et 300 ouvriers environ 
y fabriquaient 36,034 rames de papier; aujourd’hui on eu 
corrtplc 3* qui fabriquent avec *,500 ouvriers 2,6*9,070 kilog. 
de papier estimés 3,047,756 fr. , selon que les 36,000 rames 
d’autrefois pouvaient être estimées à 432,000 fr. , différence 
en plus, 2,615,349 fr. 


IMPMMfelUE. — imagerie. 


L’imprimerie, à laquelle la papeterie est intimement liée* 
a aussi une certaine importance dans le département. Elle 
y est même très-ancienne. Ceriains chroniqueurs nous disent 
qu’elle fut introduite à Saint-Dié par le chanoine Gauthier 
Luc, en *494; d’autres ne la font pas remonter au delà de 
*507. Quoiqu’il en soit, le département possède *3 impri- 
meries dont 3 , celles de M®* Gley , à Épinap, Humbert et 
Costet, à Mirecourt, ont acquis assez de réputation pour ob- 
tenir, des éditeurs de Paris, l’impression d’ouvrages de longue 
baleiné. 

A cdté de ces imprimeries , Épinal a deux imageries im- 
portantes; l’une, celle de M. Pellerin, a une origine assez 
éloignée; l’autre, fondée par M. Pinot, rivalise en tous points 
avec son aîné. Leurs produits, d’un excessif bon marché, se 
répandent à profusion dans les villes et les campagnes : 
vieilles légendes , batailles , souverains , grands hommes , 
saints et saintes , événements remarquables s’exportent par 
milliers dans toutes les parties du monde, sous la tente dé 
l’Africain, dans les huttes du paysan russe, et jusque dans 
les cases des colons américains. Il n’est pas uti de nous qui 
n’ait vu ces images à couleurs vives, ces bataillons de soldats 
que se disputent les enfants et qui décorent la demeure du 
pauvre. Il est à remarquer qu’une direction, à la fois morale, 
instructive et amusaute , est donnée à cette industrie qui peut 
contribuer puissamment à l’instruction des masses. La col- 


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lection complète de cès images offre un certain intérêt légen- 
daire et historique. 

DENTELLES ET BRODERIES. 

L’intendant Vaubourg des Marets, dans son rapport de 
<697, dit qu’à Mirecourt 'et dans les environs, on fait, depuis 
longtemps, des dentelles de fil , qu’elles sont grossières , mais 
qu’elles ont un débit, particulièrement en Espagne, et que 
c’est la plus considérable manufacture de Lorraine. Cinq ou 
six cents femmes y sont occupées. Depuis cette époque, cette 
fabrication a fait de grands progrès; en <800 , ce commerce 
roulait déjà sur un fonds de 500,000 fr et occupait environ 
6,000 ouvrières, mais aujourd’hui plus de 30,000 se livrent 
à cette industrie dont les produits qui atteignent, dit-on, 
près de 4,000,000, ont figuré avec honneur dans les exposition» 
internationales de France et d’Angleterre. 

LUTHERIE. 

La lutherie est aussi une industrie vosgicnne. Les princi* 
paux luthiers de Paris viennent de Mirecourt ; on fabrique 
dans cette ville toutes sortes d’instruments, depuis l’humble 
serinette jusqu’à l’orgue des cathédrales; instruments à vent , 
à cordes, pianos, etc. Cette industrie est très-ancienne et, 
avec celle des dentelles, elle a fait la richesse des habitants 
de cette contrée; leurs produits s'exportent au loin, en An- 
gleterre, en Amérique, d’où l’on tire en partie les bois qui 
servent à cette fabrication Ainsi les habitants de Mirecourt 
sont, de tous ceux des Vosges, ceux qui voyagent le plus, 
soit en France, soit à l’Étranger. Plusieurs d’entre eux. ont 
parcouru souvent les deux mondes , mais leur pays les rappelle 
toujours , et sur leurs vieux jours ils viennnet y jouir en paix 
du fruit de leur travail. 

Je pourrais parler des toiles de Bruyères et de Gérardmer 
qui ont acquis une grande réputation , de la boissellcrie 


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qui se fabrique dans les montagnes , des nombreux produits 
de la plaine qui s’exportent sur les marchés de Nancy et de 
Paris, ‘mais il me suffit d'avoir mis en relief ce qui dis- 
tingue plus particulièrement le département des Vosges, 
auquel il ne manque qu’un chef-lieu de 50,000 âmes pour 
être réputé l’un des meilleurs et des plus prospères. 

ADMINISTRATION. 

Jusqu’à présent il n’a été question que des intérêts ma- 
tériels , mais quelque chose les domine , qui donne aux 
populations la grandeur et l’élévation des idées et du caractère. 
Une administration vigilante, toujours respectée, dans nos 
contrées amies de l’ordre, et parfaitement secondée par les 
aspirations mêmes de ceux dont elle veut te bien moral, 
n’a rien négligé pour donner au département tous les moyens 
de prendre rang parmi les meilleurs. 

45,000 fr. sont portés au budget départemental pour les 
enfants assistés. 349 bureaux de bienfaisance fonctionnent 
dans 319 communes , à côté de 33 associations de charité. 
Les recettes spéciales de ces bureaux s'élèvent à 331,666 fr., 
et ces établissements trouvent un nouvel élément de pros- 
périté dans les libéralités des particuliers qui, en 4863, se 
sont élevées à 447,337 fr. Ces chiffres importants prouvent 
que la bienfaisance est un des principaux caractères de l'ha- 
bitant du pays. 

Sociétés de secours mutuels, société du Prince Impérial , 
orphelinats , ouvroirs , hospices , caisses de retraites pour la 
vieillesse , constituent dans les Vosges un ensemble de 430 
établissements destinés spécialement à venir en aide à la classe 
ouvrière. 

POSTBS. — TÉLÉGRAPHES. 

Si les voies de communication par terre offrent un intérêt 
matériel considérable , il en est d’autres qui entretiennent 
les relations d'un ordre plus élevé. Ce sont les postes elles 


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lignes télégraphiques. Dans son rapport de 4865 au Conseil 
général , M. le Préfet a pu dire : « De nombreuses amé- 
liorations ont encore été apportées dans le service des postes ; 
le département des Vosges a maintenu son rang, et il est 
le premier en France dans le classement pour la quatrième 
année consécutive. » Il en est de môme pour le service des 
lignes télégraphiques dont le réseau s’est développé avec une 
rapidité vraiment surprenante. Plus de 32 bureaux sont ouverts 
au public; sauf le département de l’Eure, il n’est pas un 
département qui atteigne ce nombre. Et encore, dans l'Eure, 
c’est le Conseil général qui les a largement dotés ; dans les 
Vosges, ils sont dus à l’initiative des communes. On trouve 
dans ce mouvement l’indice d’une intelligence qui raisonne 
sur ses vrais intérêts et qui n’oublie pas que les relations 
commerciales ou autres apportent à la civilisation un utile 
et glorieux contingent. 


INSTRUCTION. 

Ces améliorations sont corrélatives , mais elles doivent sur- 
tout leur développement aux progrès de l’instruction à tous 
ses degrés. - 

Le Nord-Est de la France forme un groupe de quelques 
départements, où le nombre des élèves est parvenu à la pro- 
portion d’un sur 6 habitants. 

Ce point d’où nous vient la lumière, celte tête de colonne 
de la France instruite, se compose du Bas-Rhin , des Vosges, 
delà Meuse, du Doubs, de la Haute-Marne , delaMeurthe. 
En tenant compte de l’instruction des conscrits , des époux, 
des épouses et des accusés, la statistique officielle de 4864 
assigne le deuxième rang aux Vosges dans le classement de tous 
les départements de l’Empire (4). Ce n’est pas d’aujourd’hui que 
date ce progrès : dès avant la loi de 4833, de grands efforts 
avaient été faits pour la propagation de l’instruction primaire; 

(f J Le 4 #r rang a été assigne aux Vosges dans la slalistiqne de 4866. 

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à MireeouFt , un groupe d’hommes générons forma, de bonne 
heure, une société pour l'instruction élémentaire; continuant 
l’œuvre ée Pierre Fourrier, fondateur des écoles de BUes, à 
force de soins et de sacrifices , elle inspira le goût de ren- 
seignement. Une école normale fut créée dès 4888 et, chose 
remarquable, les quatre départements du Bas-Rhin, des 
Vosges, de la Meurt he et de la Meuse qui , les premiers, eurent 
une école normale , tiennent encore aujourd’hui le premier 
rang dans le classement général. Où trouver un argument 
plus décisif en faveur de ces établissements? 

L’école normale des Vosges, qui date de 4828, continue 
à faire honneur au département , par le personnel enseignant 
qu'elle fournit aux communes. A Partiaux, l'abbé Feys fonde, 
en 4848 , la congrégation de la Providence . communauté 
qui envoie des institutrices dans toutes les parties de la France 
et à l’étranger. 

La situation actuelle a donc été heureusement préparée; 
il faut la faire remonter aux efforts tentés par nos pères; 
-grâce à leur initiative , grâce au désir même que le Vosgien 
a de s'instruire , au besoin qu’il en a par suite de son activité 
commerciale, un élan généreux se manifeste de toutes parts. 
Il n’est pas une commune, pas le moindre hameau qui n’ait 
satisfait aux prescriptions des lois sur l’enseignement. Sur 
70,000 enfants des deux sexes , 4 42 seulement ne fréquentent 
pas les écoles, quelques infortunés, idiots ou infirmes. Spec- 
tacle touchant et curieux tout à la fois , par ks plus grands 
froids, mi voit dans la montagne des enfants de 8 à 40 an» 
bravant la neige et l’intempérie, faire à pied, deux fois par 
jour , 4 et 5 kilomètres pour gagner l’école : les plus éloignés 
sont les plus assidus; c’est là aussi qu’on trouve ht meilleure 
installation , le plus de respect pour le maître et les intelli- 
gences les plus solides. L’esprit de réflexion et ée recherche 
semble plus particulier à l’habitant de la montagne. 

Dans ces derniers temps, le dévouement n’a fait défaut 
nulle part ; instituteurs, municipalités, clergé, tout le monde 
s’est mie à l’œuvre pour l'établissement de6 cours d’adultes 


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et des bibliothèques scolaires , sous l'inspiration libérale de 
M. le Ministre; à l’appel de M. le Préfet, près de 800 cours 
d’adultes ont été ouverts en 4866, 594 d’hommes et 490 de 
femmes. Eu égard au nombre des communes, qui n’est que 
de 81®, les Vosges tiennent le 3* rang pour les cours d’adultes 
d’hommes et le 4" pour celui des femmes. Ces 800 cours ont 
réuni plus de 20,000 élèves de l'âge de 44 à 50 ans, désireux 
d’acquérir ce qu’ils n’avaient jamais su, de fortifier leur 
savoir ou de réparer les brèches faites à leur instruction : 
c’est aiftsi qu’on vide les cabarets au profit de l’école. 

Dans l’espace de deux ans, plus de 220 bibliothèques 
scolaires ont été établies et plus de 40,000 prêts 'de livres ont 
eu lieu. C’est le goût des choses de l’esprit généreusement 
répandu et le dernier combat livré à l’ignorance dans nos 
contrées. 

Six collèges , dont la fondation remonte au commencement 
de ce siècle, donnent l’instruction secondaire. A cdté d’eux 
existent deux établissements d’instruction secondaire libres. 

Le département n’a pas d’enseignement supérieur pro- 
prement dit, mais il n’est pas resté indifférent à l’institution 
des conférences publiques : des magistrats, des adminis- 
trateurs , des membres du barreau , des professeurs n’ont pas 
craint, avec le concours et sous le patronage de la Société 
d’Émulation , de monter dans la chaire et d'apporter à de 
nombreux auditeurs le fruit de leurs travaux. 

Le nom de Société d’Émulation est celui d'une modeste et 
laborieuse compagnie que j’ai l’honneur de représenter ici 1 
elle a son siège à Épinal et elle date du 8 janvier 4825. 
Ainsi que l’indique son nom , elle réveille autour d’elle tout 
ce qui peut stimuler le progrès et l’esprit de recherche. Elle 
encourage les lettres, les arts et les sciences; l’archéologie 
lui doit de nombreuses découvertes et l’agriculture des amé- 
liorations dont le pays lui est reconnaissant. 

Près d’elle se trouve un musée qui fut fondé en 4823, qui 
renferme une collection de tableaux assez remarquables, parmi 


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lesquels figurent plusieurs toiles dues au pinceau du Titien, 
de Salvator Rosa , de Ruysdaël , du Parrocel , de Paul Bril , etc. 

Différentes galeries sont consacrées à la sculpture, à des 
collections d’histoire naturelle, de médailles, à des objets 
qui remontent à la plus haute antiquité. Près du musée 
vosgien sont étalés, dans urie riche bibliothèque, les livres 
provenant des anciennes abbayes de Senones, de Moyen- 
moutier, d’Élival et de Chaumouzey, de la bibliothèque du 
prince de Salm et des couvents existant autrefois à Épinal. 

Le Gouvernement et la ville, par un heureux concours, 
continuent d’enrichir celte bibliothèque qui compte plus de 

20.000 volumes. Outre les livres imprimés, Épinal possède 
217 volumes manuscrits r la plupart fort anciens et dont 
quelques-uns remontent au VIII e siècle. 

Mirecourt, Sainl-Diô, Remiremontet Neufchâleau possèdent 
aussi des bibliothèques publiques. Celle de Mirecourt contient 

3.000 volumes, celle de Neufchâleau 7,000, celle de Remi- 
remont 6,900 volumes. Enfin la bibliothèque de Saint-Dié, 
la plus riche après celle d’Épinal , a, comme les 4 autres, 
hérité en partie des ouvrages que possédaient les maisons 
religieuses; elle compte environ 40,000 volumes et 80 ma- 
nuscrits. 

Le mouvement imprimé à l’éducation depuis deux ans a 
pris un caractère particulier dans les Vosges; de nombreuses 
sociétés se sont formées qui contrastent avec les amusements 
ordinairement trop frivoles de la jeunesse : orphéons, sociétés 
philharmoniques, gymnastiques, sociétés de canotiers, de 
francs-tireurs, etc. Un élan inconnu jusqu'à ces derniers 
temps s’est emparé des jeunes gens de 45 à 25 ans; plus 
de 3,000 font partie des orphéons de Mirecourt, d’Epinal, 
Saint-Dié, Neufchâteau, Raon, des sociétés gymnastiques» 
canolières ou de tir d’Epinal. Soit qu’ils s’adonnent au charme 
de la musique, soit que leurs légers canots sillonnent les 
eaux de la Moselle, ou bien qu'ils s'exercent au tir dans un 
magnifique bâtiment récemment construit sur les bords de 
noire belle rivière, ou qu’enfin, dans le gymnase, si libéra- 


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— 533 — 


lement encouragé par la ville d’Epinal, ils trouvent tout ce 
qui tend à développer chez eux les forces physiques, il n’est 
pas moins vrai de dire que les fêtes qu’ils donnent aux po- 
pulations, et que les nobles plaisirs du corps et de l’esprit 
remplacent avec fruit de plus grossières distractions, et nous 
préparent une génération à la fois plus virile et plus douce. 

Ce travail serait incomplet si, après l'énumération de ces 
Améliorations diverses, on ne rendait pas hommage à l’esprit 
de foi qui anime les populations; l’exemple donné par les 
saints évêques, par les cénobites qui ont peuplé nos mon- 
tagnes n’a pas élé sans influence sur les générations qui 
leur ont succédé. La foi religieuse, avec ses pratiques conser- 
vatrices, s’est enracinée dans le peuple, et le diocèse de Sainl- 
Dié est un de ceux où la religion est le mieux observée. 
Deux petits et un grand séminaire placés dans d’excellentes 
conditions lui fournissent un clergé instruit, bon, généreux 
et conservant à la foi de nos pères ce caractère de grandeur 
et de mansuétude qui se perpétue avec les hommes, sans 
perdre rien de son origine et de son but. Sans doute on ne 
rencontre pas partout au môme degré le respect dû aux 
croyances, la sincérité dans la foi; il y a, comme ailleurs, 
des esprits railleurs et sceptiques, mais c’est plus superficiel 
que profond , et , dans les campagnes comme dans les villes , 
on professe un grand respect pour tout ce qui touche au culte. 
Chaque hameau veut avoir son église, et, s’il y en a un 
grand nombre de construction ancienne , parmi lesquelles 
l’église Saint-Goëric d'Épinal se fait remarquer par la sévérité 
de son architecture romane, il en est quelques-unes qui, 
récemment construites, ne le cèdent en rien aux belles églises 
de la renaissance. On peut citer celles de Mattaincourt , 
Plombières, Raon-aux-Bois , Uzemain. Les cérémoniesdu culte, 
s’y font avec pompe, on y professe un grand respect poul- 
ies morts. Il y a quelque chose de touchant et de pittoresque 
à voir tous les dimanches les habitants de la montagne quitter 
leurs chaumes pour descendre dans les vallées; femmes, 
enfants , vieillards se répandent dans les sentiers sinueux 


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— 53* — 

et, à l'appel de la cloche, tous se rendeot à l’église avec 
un empressement et un recueillement pieux. C’est à la fois un 
acte de reconnaissance et un acte de fidélité aux principes 
consacrés par la religion et par le temps. 

Il serait superflu d'aller plus loin ; mieux vaut s’arrêter. 
L’amour du pays a ses exagérations, mais il y a eu sou- 
vent si peu de mesure dans les appréciations faites de loin , 
qu'une esquisse tracée sur les lieux , qu’un exposé vrai de 
la situation étaient nécessaires pour détruire les erreurs, 
même involontaires, qui s'accréditent si facilement et qui 
parfois se perpétuent sans raison. Non pas que le départe- 
ment des Vosges ait été attaqué; qui attaquerait ce qui est 
si bien fortifié ? Cependant, trop peu connu jusqu’anjourd’hui ,• 
peut-être légèrement jugé, il n’était pas sans intérêt de re- 
chercher son passé, d’exposer son présent et de résumer 
l'un et l’autre en peu de mots. 

Antiquités celtiques et romaines , influence civilisatrice de 
pieux cénobites, courage des habitants, défense de leurs 
droits et de leur territoire, une population qui s’accroît sans 
cesse , ud génie industriel et agticolequi s’est révélé même sous 
l’empire de la servitude féodale , charmants paysages qu'ont 
illustrés naguère (1860) le crayon d’un artiste distingué, 
uni à' la plume pittoresque de Théophile Gauthier, où lrou\er 
plus? Autrefois en proie tour à tour aux horreurs qu’en- 
traînent après elles les guerres intestines , les exactions , la 
peste, la famine, le vosgien se maintint dans i'attenle de 
jours meilleurs , jusqu’au moment où, en 1789, sonna pour 
lui, comme pour le reste de la France, l’heure du réveil 
et de l’activité qui n’attendaient qu’un souffle inspirateur. 

Si les Vosgiens ont longtemps ignoré leurs ressources, 
alors que, depuis un demi-siècle, ils les ont connues, ils 
les ont fait sortir comme par enchantement du sommeil qui 
avait trop prolongé l’absence de liberté; ils ont fécondé le 
sol , en en devenant propriétaires , car la terre n’est vrai- 
ment fertile qtf alors qu’on a la liberté d’en jouir. C’est la 
base de tout travail intelligent. Acquérir et produire sont 


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— 535 — 


les éléments du commerce et de l’industrie, et l’amour de 
l’instruction en est la conséquence. 

Aussi, il faat bien le dire, si nous sommes au premier 
rang pour certaines industries, pour les postes, les lignes 
télégraphiques, pour les voies de communication, on le doit 
au rang honorable qu’occupent nos écoles et nos populations 
au point de vue de l’instruction. Servir celle causa, c’est 
servir l’humanité, alors surtout que l’humanité s’appuie sur 
les grands principes de foi politique et religieuse si fortement 
enracinés dans l’esprit de uos populations. 

L’intelligeace est d’autant plus développée qu'elle est mieux 
servie par les organes. Que manquait-il aux Vosges ? Terrains 
fertiles , splendides montagnes , fraîches et pittoresques vallées, 
cascades bruyantes, lacs paisibles, majestueuses forêts, eaux 
limpides, richesses minérales, tout était sous la main de 
l’ouvrier intelligent; le lui montrer, c’était assurer le succès. 

Un grand souverain n’est pas resté étranger au charme de 
ce beau pays. L’Empereur a séjourné dans les Vosges; quatre 
fois sa Majesté y est venue demander la santé et le repos à ses 
calmes retraites. Sa présence a toujours été le signal d’un 
nouvel essor, et le regard de Napoléon, parcourant nos 
montagnes, a pu y découvrir, dans les prospérités présentes, 
le gage d’un avenir plus prospère encore. Les populations 
émues, pleines de respecte! de reconnaissance, acclament son 
nom et sa puissance, et si autrefois, malgré leur état de servi- 
tude , elles ont su rester fidèles à leurs Ducs , elles savent que, 
sous un grand monarque, elles peuvent continuer leurs travaux 
et jouir en paix d’une situation qui , à tous les points de vue, 
assigne au département des Vosges un des premiers rangs 
parmi les départements de l’Empire. 


t 


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- 536 — 


RAPPORT A I. LE PRÉFET 

SUR LES 

ACCROISSEMENTS DES COLLECTIONS 


BU 

MUSÉE DÉPARTEMENTAL 

dans le courant de l’exercice 1806 , 
Par M. Jules LAURENT , 

MRRCTED*. 


Monsieur le Préfet, 

Daos le courant de l’exercice 4866, la galerie des beaux- 
arts de notre Musée départemental s'est enrichie de plusieurs 
tableaux ; c’est d’abord celui que S. Exc. M. le Ministre de 
la Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts a bien voulu noos 
envoyer à l’occasion de la solennité du 45 août. Ce tableau, 
très-lumineux et en même temps très-vigoureux de ton , est 
finement touché ; il représente une partie du golfe de Nice , 
vue de terre , et a été peint avec talent par M. Guyaud , de 
Chambéry. 

- Nous avons acquis plusieurs tableaux dont l’un représente 
l’entrée d’un bourg situé dans une campagne riante, et où 
des villageois ont apporté des légumes de tout genre, des 
volailles et du gibier; près d’eux une dame, accompagnée 
de sa servante , fait des emplettes. 


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— 5T7 — 


Cette bonne toile, largement touchée, a été peinte par 
Hendrick Mommers, né à Harlem en 1627. 

Le second , très-fin de ton , est de l’école de Canalletti ; il 
représente une place publique entourée de riches palais, et 
sur laquelle se promènent de nombreux personnages en 
costume du dernier siècle. 

Quant au troisième tableau, dont le sujet est Jésus gué- 
rissant des malades , il est savamment composé , dessiné et 
modelé; sa teinte blonde est harmonieuse; c’est en tout un 
excellent tableau dont le peintre français Jouvenet est l’auteur. 


MONNAIES LORRAINES. 


La série des monnaies lorraines est certainement la plus 
intéressante de celles que renferme le médaillier de notre 
Musée, et nous mettons tous nos soins à combler les lacunes 
qui s’y remarquent encore; aussi ,. lorsqu’en 1865 , après la 
mort d’un de nos plus fervents numismates lorrains , 
M. Gillet , conseiller à la Cour impériale de Nancy , son 
héritier, M. Chassignet, sous-intendant militaire à Nancy, 
désirant que la collection de monnaies lorraines, formée avec 
tant d'amour par son oncle, ne fût pas dispersée, nous fit 
offrir les six cents pièces qui la composaient à des conditions 
extrêmement avantageuses pour le Musée , nous nous em- 
pressâmes d’accepter cette offre gracieuse , et c’est des pièces 
formant la première partie de cette collection , soldée sur 
l’exercice 1866, que nous allons avoir l’honneur de vous 
donner une description sommaire. 

Nous citerons d’abord de ces rares deniers de Charles-le-Gros , 
Louis l’Enfant, Charles-le-Simple, Louis d'Oulremer et Henry 
l’Oiseleur, frappés à Metz, Toul et Verdun, ainsi que des 
imitations assez communes, du reste, des deniers et des 
oboles de Henry l’Oiseleur, frappées dans le courant du XI* 
siècle, et une obole émise à Marsal, sur laquelle est le nom 
d’un Déoderic. Celui-là, qui occupa le siège de Metz de 964 


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— 538 — 

à 984 , obtint en 978 de l'empereur Othon II le droit de 
frapper monnaie dans sa ville de Metz, et mit aussi son nom, 
ainsi que nous pensons l'avoir prouvé ailleurs, sur les mon- 
naies de Marsal , Remiremont et Épinal , en qualité de gou- 
verneur , préfet ou délégué de l’Empereur daBs ces pays. 

Dans les monnaies ducales , il y a un de ces rares deniers 
émis par Berthe de Souabe , régente dn duché après la mort 
de Mathieu [**, et, de la même princesse, un autre denier 
encore bien phis rare que le premier et sur lequel la légende 
A PICA semble se rapporter à la tige de chardon que lient 
la duchesse de la main droite , symbole qui, plus tard, fut 
placé dans les armes de la ville de Nancy. 

Notre nouvel exemplaire a cela de particulier que l'objet 
posé sur la main gauche de Berthe, qui , sur tous ceux connus 
jusqu’à présent, n'est pas reconnaissable , est très-bien venu 
à la frappe ; c’est un paon , symbole de la noblesse et l'nn 
des oiseaux favoris des grandes dames du moyen-âge. 

Viennent ensuite un denier do duc Simon II , frappé 
à Saint-Dié ; des deniers de Ferri II , sans indication du 
lieu d’émission ; dix deniers de Mathieu II , frappés à Sierck, 
Lunéville et Mirecourt ; onze deniers de Ferri III , sortis 
de l’atelier de Nancy, et douze de celui de Neofchâtean. On 
attribue à Thiébaut , lorsqu'il n’était encore que sire de 
Rumigny, certains deniers au type du cavalier galopant à 
droite, que ce seigneur aurait fait frapper à Neufcbftteau, 
qui était de son apanage; il y a cinq exemplaires de celle 
pièce ainsi que la tierceHe au cavalier , la lance en arrêt , 
galopant à droite , et le joli denier au chevalier combatlaot 
à pied , émis tous les deux par le même prince, mais lorsqu’il 
fut devenu duc de Lorraine. Je citerai encore du duc Ferri IV 
les deniers aux types du chevalier combattant à pied , du 
chevalier galopant à droite et du chevalier galopant à gauche, 
la tiercelle du chevalier tenant en arrêt une tance ornée d’une 
banderole , et les deux variétés de celle au type du chevalier 
combattant à pied , ayant devant lui une bande verticale de 
Lorraine , ainsi que deux variétés du rarissime gras que Ferri 


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— 539 — 

fit frapper dans ses États en imitation du gros de Tours , alors 
en grande faveur. 

En outre des pièces provenant de la collection de M. Gillet, 
notre médaillier s'est encore enrichi d’un denier portant au 
droit un grand D et au revers les initiales M E liées ensemble; 
c’est une pièce de transition que les numismates attribuent 
généralement au dernier des Mérovingiens austrasieas , 
Thierri III (Déoderic) , et qu’ils pensent être sortie de l’atelier 
de Metz, dont les lettres M.E seraient les initiales. 

La sœur du duc Charles IV , Henriette de Lorraine , 
princesse de Phatsbourg et Lixheim , eut pendant quelques 
années un atelier monétaire à Lixheim, oà se forgeaient, 
avec l’autorisation de la princesse , des imitations des monnaies 
du duché de Lorraine, de France, de Flandre et d’Allemagne; 
c’était en réalité un atelier de fausse monnaie , comme , du 
reste, il y en avait un grand nombre-sur les frontières; deux 
pièces fort rares, sorties de cet atelier, ont été placées dans 
notre médaillier, ainsi qu’une délicieuse tiercelle au type du 
chevalier tenant en arrêt sa lance ornée d’une banderolle 
frappée à Vaudémont par Gaucher de Chàtillon , bien qu’il 
ne fût pas seigneur de ce comté , mais en qualité de tuteur 
du jeune comte Henri 111 , dont il avait épousé la mère , 
Étisende de Vergi , veuve du comte Henri II. 

Cette pièce intéressante , à un haut degré , est unique 
comme le sont , du reste , presque toutes les monnaies des 
comtes de Vaudémont connues jusqu’à présent. Elle a été 
découverte sous vingt-cinq centimètres de vase , en curant un 
étang situé près de Damey, et donnée au Musée par le 
propriétaire de cet étang, M. Félix Martin. 

A la série des monnaies des trois évêchés , il a été ajouté un 
rare denier de l’évéque de Metz Poppon , trois deniers d'Adal- 
béron IV frappés à Metz et à Rumigny ; deux d’Étienne de Bar, 
dont l’un est de Metz et l’autre d’Épinal ; ce dernier a été donné 
au Musée par M. Géhin , notaire à Saales et membre du 
Conseil général du département Noos avons acquis, par 
échange de doubles du médaillier, une variété du rarissime 


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— 540 — 


denier de l'évôque Udon, que possédait déjà le Musée; un 
autre denier encore inconnu est aussi entré dans la collection ; 
il porte au droit un écusson avec une bande chargée de trois 
coquilles; ce sont les armoiries de Jean de Sierck, qui occupa 
le siège de Toul de 4296 à 1305. Celte curieuse monnaie 
doit donc être attribuée à cet évéque. De l’évécbé de Verdun, 
nous avoos eu deux, exemplaires d’une pièce inédite , ils se 
complètent l'un l’autre et portent une légende, SALVS MVNDI, 
tout à fait nouvelle sur les monnaies de cet évêché, et bien 
que le nom de l'évôque sous lequel elle a été frappée n'v 
soit pas inscrit , il y a tout lieu de penser qu’elle doit appar- 
tenir, soit à l’épiscopat de Thierri II , soit au commencement 
de celui de son successeur, Richer I er . 

Enfin un demi-blanc fort rare de Louis d’Haraucourt , qui 
occupa le même siège de 1430 à 1437, est venu aussi prendre 
place parmi les trop rares monnaies de cet évéché. 

En outre des monnaies lorraines, nous avons pu encore 
acquérir quelques monnaies artistiques en bronze intéressantes 
pour le département des Vosges. Ce sont ; 4° celle frappée pour 
l’érection de la statue de Jeanne d’Arc à Orléans en 1820 ; 
2° celle frappée pour la cérémonie qui eut lieu à Domrémy 
lors de l’érection du monument élevé h l’héroïne dans son lieu 
natal, et 3° celle frappée par ordre de la municipalité 
d’Orléans qui avait envoyé des délégués pour assister à celte 
cérémonie. 

Il a été placé dans le raédaillier, série des mounaies fran- 
çaises, des pièces de deux francs, un franc et un demi-franc 
frappées d'après la nouvelle loi sur les monnaies d’argent; 
elles sont nécessairement à fleur de coin et plus tard feront 
connaître le poids exact qui leur a été donné lors de leur 
émission. 

Un florin d'or de Christophe, marquis de Bade, un ducalon 
de Milan, daté de 1579, ainsi qu’un thaler d’Auguste, duc 
de Saxe, frappé aussi en 4579, et qui nous a été donné par 
M.L. Mougenot, d’Epinal, ont été joints aux quelques monnaies 
étrangères que possède déjà le Musée. 


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— 541 — 


Dans la série des monnaies antiques , nous avons mis 
quelques monnaies en bronze de Marseille et de l’est de la 
Gaule , ainsi que plusieurs monnaies romaines en argent. 

Quelques matrices de sceaux ont augmenté notre collection 
sigillographique ; ce sont : celles en bronze de la Justice du 
prieuré de Condé-sur-Moselle, du couvent de Moncel, d’Abertin 
de Toul et de Claude de Mollinet, ainsi qu’une matrice en 
argent de la Justice consulaire de Lorraine, institution qui 
fut fondée vers 1340 et reconstituée par Léopold en 1715: 
notre sceau parait être du 17 e siècle. 

Parmi les objets antiques, nous avons aussi placé une très- 
jolie bague d’enfant en or sur le chaton de laquelle on lit : 
VTERE FELIX, une antre bague en argent, une clef en 
bronze avec panneton en fer, une sonnette, deux boucles de 
ceinture, une télé de clou ornée et trois flibules, dont une, 
qui est émaillée , a la forme d'un aigle. 

Notre petite bibliothèque a reçu les tomes 10 et 11 de la 
deuxième série de la revue numismatique; les troisième, 
quatrième et cinquième de l’armorial général de France, par 
d’Hozier, l’armorial des villes de Lorraine et le traité sur les 
progrès de la gravure en Lorraine , suivi d’un catalogue de 
l’œuvre de Saint-Urbain, par Mory d’Elvange; ce dernier 
ouvrage était devenu fort rare, et l’un de nos plus érudits 
bibliophiles lorrains, M. Beaupré , Conseiller honoraire à la 
Cour impériale de Nancy , a revu le catalogue, l’a complété 
et en a donné récemment une nouvelle édition dont il a bien 
voulu nous envoyer un exemplaire. MM. A. de»Barthélémy, 
Bretagne, L. Benoit , Duhamel , de Rozières et Max Verly ont 
bien voulu aussi nous adresser différents travaux sur l’archéo- 
logie, la numismatique et l’histoire. 

La restauration de la façade à l’est du bâtiment du Musée 
est terminée, elle change complètement son aspect et le même 
travail devra être continué sur les autres faces, ainsi que 
quelques autres travaux d’appropriation intérieure demandés 
par les augmentations successives des collections. 

Telles sont, Monsieur le Préfet, les améliorations faites an 


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— 542 — 

Musée dans le courant de l’exercice 4866, ainsi que celles 
qui seraient à faire, et pour l'exécution desquelles je vous 
prie de vouloir bien nous recommander à la bienveillaoce 
habituelle du Conseil général. 

J’ai l’honneur d’être avec une haute considération. 
Monsieur le Préfet, 

Votre très-humble serviteur. 

Le Directeur 4e Murée üpulemtnul , 

Jules LAURENT. 


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— 543 — 


TABLEAU 

DES 

MEMBRES COMPOSANT LE BUREAU 

ET LES 

COMMISSIONS ANNUELLES 

POUR I8G7. 


BUREAU. 

Président d’honneur, M. le Marquis Fleury (O. ^), Préfet des 
Vosges. 

Président honoraire, M. le comte Siméon (£.’ $ç) , sénateur. 
Président annuel, M. Maud'heux père avocat à Epioal. 
Vice-président, M. Baudrillart conservateur des forêts h Epinal. 
Secrétaire perpétuel, M. Lebrunt, professeur de mathématiques 
au collège d’Eptnàl. 

( M. Gley, professeur au collège d’Epiual. 

M. Colnenne, sons- inspecteur des forêts. 
Trésorier archiviste, M. ChapelHer . instituteur. 

eONHSSlOH AMRBELUS. 

1° COMMISSION DE COMPTABILITE.' 

MM. Fadetÿf, président, Gril loi, Guery, Marchai , Jhrkir, 
Aberl, ChaptlUer. 


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— 544 — 


2° COMMISSION D’ADMISSION. 

MM. Mansuy *]$ , président, Gley, BaudriUarl %$, Berher, 
Malgras , Defranoux , Seignerel. 

3° COMMISSION DES ANTIQUITES* 

MM. Laurent , président, Grillot, Reiveilliez , Colnenne, Guery , 
Gley , Chapellier, Rambaud , Defranoux, Duhamel. 

4* COMMISSION DE PUBLICATION ET DES CONCOURS 
LITTERAIRE y ARTISTIQUE ET SCIENTIFIQUE* 

MM. Malgras président, Chape/ lier, hlaud'heux fils, Gley, 

Pentecôte , Conus, Colnenne , Defranoux, Rambaud, Seignerei, 
Charton, Joly, Duhamel, Merlin, secrétaire. 

3° COMMISSION D’AGRICULTURE ET DES PRIMES* 

MM. De Blaye, président, Berher, Chapellier, Marchai 
Pentecôte , Defranoux, Maud' lieux fils, Colin, Charton, Bawiril- 
lart % , Colnenne, Rambaud, Albert, de Clinchamp . Lapieque , 

secrétaire. 


6° COMMISSION D’HORTICULTURE. 

MM. Vadet >&, président, Guery, C rousse , Laurent, de Blaye, 
Marolel, Pentecôte, Defranoux, Lapieque . 

7° COMMISSION DE L’iNDUSTRIE* 

MM. Laurent, président, Grillot , Reiveilliez , Marchai , 
Pentecôte, Lemoyne , Rambaud , Albert, 

Le Président et le Secrétaire perpétuel sont, de droit , membres de 
toutes les Commissions. 


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— 545 


Membres titulaires 

(résidant à Épinal). 

MM. 

4862. Abert, chef de division à la préfecture des Vosges. 

1866. Albert, garde-mines. 

1 854. Baudrillart , conservateur des forêts 
1836. Berher , entomologiste. 

1853. De Blaye , propriétaire, suppléant du juge de paix. 

4 867. Bonnesœur , docteur en médecine, ancien interne des hôpilaul 
de Lyon. 

1850. Chapellier , instituteur public. 

1825. Charton , chef de division de préfecture en retraite. 

1859. Colnenne , sous-inspecteur des forêts. 

1859. Conus. professeur de rhétorique au collège , agrégé de 
niversité. 

1847. Crousse , docteur en médecine. 

1 832 . Defranoux , inspecteur des contributions indirectes en retraite. 
1865. Duhamel , archiviste paléographe, archiviste de la préfecture 
des Vosges. 

1864. Fleury (Marquis de) (O. $*) , préfet des Vosges. 

1825. Garnier , docteur en médecine. 

4853. Gley , professeur de troisième au collège. 

1825. Grilloty ancien architecte du département. 

1832. Guery , ancien archiviste de la préfecture des Vosges. 

1862. Joly, juge de paix. 

1 861 . Lapicque , vétérinaire. 

1836. Laurent, directeur du musée départemental. 

1856. Lebmnt , professeur de mathématiques au collège. 

1864. Lemoyne, inspecteur des lignes télégraphiques. 

1844. Malgras , inspecteur d’Académie. 

1853. Mansuy , docteur en médecine. 

1856. Marchai , agent-voyer chef. 

1858. Marotcl , horticulteur. 

35 


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1 836. Maud'heux père , avocat , ancien maire de la ville d’Epinal. 
1854. Maud'heux fils , avocat , docteur en droit. 

1862. Merlin , secrétaire de l'Inspection académique des Vosges. 
1866. Monlour (Henry Lebeau de) (0. ^) . capitaine de vaisseau 
de la marine impériale. 

1857. Fentecôte, pharmacien. 

1861. Rambaud, avocat. 

1 851 . ReiveiUiez , ingénieur civil , architecte. 

1861 . Seigneret, principal du collège , agrégé de l’Université. 

1 853. Vadet $ , propriétaire , ancien officier. 


Membres associés libres 

(résidant dans le département). 


Mil. 

1863. Bailly, cultivateur à Saint-Maurice (Rambernttors). 

1861. Bardy, pharmacien à Saint-Dié. 

1844. Btondin, avoué, président dit Comice agricole de Samt-Dié. 

1864. Bourguignon, cultivateur h V récourt. 

1865. Bronswick fils , négociant à Mirecourl. 

1850. Buffet (Louis) $f , avocat h Mireconrl , ancien Ministre du 
Commerce et de l'Agriculture , député , vice-président du 
Conseil géuéral. 

1 862. Chariot , ancien toauM facturier à Moussey (Setfooes). 

1843. Cheonuèe, docteur en médecine à Charmes. 

1865. Chevillot, principal du collège de Bruyères. 

1866. Claudel, Charles , fabricant de papier h Doeelles. 

1866. Claudel, Félix , fabricant de papier à flocelles. 

1 867. Clinch&ntp (du Puy de), maire de OurmedNes (Epinat). 

1 859. Colin fils , cultivâtes à Saint-Laurent (Epinal). 

1861* Desfourneaux, curé h liaiahteoart (OufgnéviRe}. 

1861. Ferry (Hercule), industriel à Saint- B#é* 

1862. Finance, professeur au collège de Sahib-Dié. 

1839. Gaudel, pharmacien à Bruyères. 


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— Ml — 


1864. George, cultivateur b Raveuel (Mirecourt). 

1864. Guibal, garde général b Bulgnéville. 

1861. Guinot, curé il Conlrexéville. 

1 859. ffanus , avoué , secrétaire du Comice de Remiremont. 

1865. Haumontè , maire de la ville de Plombières. 

1864. Houberdon, cultivateur I Naymont (commune d’Uzemain). 

1862. Humbert, imprimeur-libraire b iirecourL 

1858. Journet , industriel au Souche, maire d*Anould (Fraise). 

1866. Jfrantx (Léon), fabricant de papier b Docelles. 

1858. Lahaehe , pharmacien h Bruyères. 

1 859. Lahaehe , juge de paix à Xertigpy. 

1863. Lebeuf, sous-directeur de la ferme école de Lahayevaux 

(NeufcMteau). 

1867. Lefebvre, pharmacien à Neufchàleau* 

1842. Lequin , directeur de la ferme-école de Lahayevaux (Neuf- 
château). 

1849. Liégey t docteur en médecine à Rambervillers. 

1862. Ltétard, doctenr en médecine b Plombières. 

1858. Louis , professeur au collège de Neufchâteau. 

1861. Mansuy, médecin -vétérinaire à Remiremont. 

1855. Martin-Hachette y cultivateur b Saint-Dié. 

1 862. Millol , docteur en médecine b Médoqville (Bulgnéville) 

1861. Mougel , propriétaire à Châtel-sur-lloscllc. 

1839. Mouqeoty docteur en médecine b Bruyères, membre du 
Conseil général. 

1867. Mougeot fils, docteur en médecine b Bruyères. 

1856. Mourot, curé de Beaufremont (Neufchâteau). 

1 849. Noël >&, président du Comice agricole de Remiremoui, 

1863. Perdrix, cultivateur à Bazoilles (Neufchâteau). 

1866. Perrin (Georges) î&, industriel b Cornimont, membre du 
Conseil général. 

1861. Perrin (Sulpice) , botJïiiste b Cremanvillers (Vagncy). 

1856. Petit, principal du collège de Neufchâteau. 

1860. Prèclairey receveur-buraliste à Charmes. 

1842. Pruines (de) maître de forges b Sémouzc (Plombières) , 
membre du Conseil général. 


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— 548 — 


1861. Puton, docteur eu médecine à Reroiremont. 

1859. Renault , pépiniériste à Bulgnéville. 

1836. Resalhfc, avocat b Dompaire , ancien représentant , membre 
du Conseil général. 

1862. Retal tils , docteur en médecine à Dompaire. 

1859. Rems , docteur ès sciences, professeur de mathématiques au 
collège de Mirecourl. 

1864. Thirial, naturaliste, ancien secrétaire de la mairie du 
Syndieat-de-Saint-Araé (Remiremont). 

1858. Thomas , agriculteur b Thuillièrcs (Remoncourt). 

1859. Thomas f curé au Vallin (Fraize). 

1862* Thomas , inspecteur de l’instruction primaire b Mirecourl. 
1825. Turck (Léopold), docteur en médecine à Plombières , ancien 
représentant , membre du Conseil général. 

1862. Verjon , docteur en médecine h Plombières. 

Membres correspondants 

(résidant hors du département). 

MM. 

1862. Adam , substitut du procureur impérial à Nancy. 

1843. Atlmayer , propriétaire à Satul-Avold (MoseHe). 

1845. Aubry (Félix) *.%, propriétaire à Paris. 

1861. Aymé de la Herlière (Alfred), sous-préfet b Mamers (Sarthe). 

1863. Bader , directeur de l’Ecole professionnelle de Mulhouse. 

1861. Balaillard , agriculteur et greffier de la justice de paix d\\u- 

deux (Doubs). 

1853. Baud , inspecteur des eaux minérales b Coutrexéville. 

1855. Baudriltarl membre de l'Institut (Académie des sciences 
morales et politiques) , processeur suppléant d'économie 
politique au Collège de France. 

1843. Beaupré , Juge au tribunal de Nancy. 

1 862. Bègel (l'abbé) , supérieur du couvent de Donimartin-s.-Amance 

(Meurthe). 

1 832. Bégin , docteur en médecine et homme de lettres b Metz. 


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— 549 — 


4860. Benoit doyeo de la Faculté des lettres de Nancy. 

1 864. Benoit , vérificateur des poids et mesures b Saint-Claude (Jura). 

1 862 Bertherand , docteur en médecine , secrétaire de la Société 
d'agriculture , sciences et arts de Poliguy. 

4829. Billy (de) (O. $*), inspecteur géoéral des mines b Paris. 
4842. Biaise des Vosges , professeur d'économie politique b Paris. 
4864. Blatin$ç % vice-président de la Société protectrice des ani* 
maux, b Paris. 

4862. Bourgeois , professeur b l'école industrielle de Mulhouse. 

4863. Bourguin, secrétaire de la Société protectrice des animaux f 

b Paris 

4 853. Bourlon de Rouvre (C. *&), préfet du département de la 
Loire-Inférieure , ancien préfet des Vosges. 

4861. Bourlot , professeur de mathématiques au lycée impérial de 

Colmar. 

4862. Caillai , médecin inspecteur des eaux de Conlrexéville, b Aix. 

4 863 . Campaux , docteur ès lettres, professeur de littérature ancienne 

b la Faculté des lettres de Strasbourg. 

4864. Castel , docteur en médecine b Nancy. 

4845. Chartier, inspecteur des forêts b Caudebec. 

4853. Cheresl, professeur de mathématiques b l’école industrielle 
de Mulhouse. 

4829. Cherrière (de) (O. îfr), ancien sous-préfet de NeufchMeau, 
membre libre de l'Institut (Académie des inscriptions 
et belles lettres) , b Bazoilles. 

4862. Clèrambault (Gatian de), premier commis de la direction 
de l’enregistrement et des domaines b Bourges. 

4845. Claudel d’Epinal , ingénieur civil b Paris. 

4849. Coumaull , ancien sous-préfet de Mirecourt, homme de 
lettres b Nancy. 

4853. Danis, architecte b Paris. 

4856. Daubrèe (O. $?), membre de l'Institut (Académie des sciences), 
ingénieur en chef des mines, professeur de géologie au 
Muséum d’histoire naturelle , b Paris. 

4867. Daudet capitaine commandant au 8 e cuirassiers b Joigny 
(Yonne). 

* 


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— 550 — 


1862. Déblaye (l’abbé), à Lunéville. 

1847. Delesse^ç, ingénieordes mines, professeur à la "Faculté des 
sciences de Besançon. 

1856. Delèlang $ , ingénieur du chemin de fer de l'Est, à Metz. 

1839. Demido/f (le prince Anatole de), propriétaire de mines au* 

Monts-Ourals (Russie), à Florence. 

1825. Derazey, ancien juge au tribunal d’Epinai , à Nancy. 

1847. Desbœufs statuaire à Paris 

1 846. D’ Estocquois, professeur b la Faculté des sciences de Besançon . 
1825. Didion , de Charmes, ingénieur à Niort. 

1843. Dompmarlin , docteur en médecine à Dijon. 

1851 . Druhen (aîné), docteur en médecine à Besançon. 

1863. Dulac (O. $£), chef d'escadron au 2 e régiment de cuirassiers 

de la garde impériale. 

1 845. Dumont $$ , juge à Saint- Mihiel. 

1853.. Ferry directeur des prisons départementales du Gers, 
à Audi. 

1844. Gaillardot , médecin sanitaire à Alexandrie (Egypte). 

1859. Galmiehe , inspecteur des forêts à Coulevon (Vesoul), Haute- 

Saône. 

1856. Garnier (Paul) ingénieur civil à Paris. 

1862. Gasquin, inspecteur de l'instruction primaire à Nancy. 

1840. Gèhin (dit Vérusmaur) , homme de lettres à Cherboorg. 

1844. Gigauld d'Olincourl y Ingénieur civil, architecte h Bar-le-Duc. 

1 852. Gilbert d'Bercourt , directeur de l’institut orthopédique à Lyon 

1863. Giraud , président du tribunal civil de Niort. 

1845. Gleÿ(0. $*) , officier d’administration principal des subsistances 

militaires à Paris. 

1844. Glœsner . professeur h Liège. 

1842. Gobron % ancien élève de Roville. 

1842. Godde de Liancourt , fondateur de la Société des Naufrages 
à Paris. 

1 844. Godron (O $?) , doyen de la Faculté des sciences de Nancy. 

1864. Gourcy ^ (comte Conrad de) , à Ponl-à-Mousson. 

4857. Grandemange, d’Epinai, professeur de calcul mental à l'école 
municipale supérieure d'Orléans. 


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— 551 — 

1Sv)9. Guerrier Je Dumas t (baron) $*, ancien intendant militaire, 
secrélaire perpétuel de la Société d’archéologie lorraine , 
à Nancy. 

1844. Guillaume (l’abbé), aumônier de la chapelle ducale b Nancy. 
1836. Hamsmann , ancien intendant militaire b Paris. 

1863. Hèquel , employé de commerce à Vitry-le-François (Marne). 

1 858. Hoorcbecke (Gustave vau) , avocat à la cour d'appel de Gand. 
1829. Hubert , naturaliste et homme de lettres b Iverdun. 

1848. Hussan , pharmacien h Toul. 

1863. Joly , avocat, secrétaire de la Société d’agriculture, belles 

lettres, sciences et arts de Poitiers. 

1860. Joubin . proviseur du lycée impérial de Laval 

1861. Joumar, avocat à la cour impériale, suppléant du juge de 

paix du 3® arrondissement , b Paris. 

1866. Jouve , professeur h Paris. 

1864. Just Pidancet , conservateur du musée de Poligny, secré- 

taire de la Société d’agriculture, sciences et arts de la 
même ville. 

1858. Jutier tfc, ingénieur des mines b Colmar. 

1839 Kirschleger , professeur de botanique h Strasbourg. 

1855. Kûsi ingénieur des ponts et chaussées b Metz. 

1829. Languet de Sivry , propriétaire à Arnay-le-Duc (Côte-d’Or). 
1836. Lebesque professeur à la Faculté des Sciences de Bordeaux , 
ancien professeur au collège d’Epinal. 

1849. Lebrun , architecte b Lunéville. 

1864. Leclerc , de Vj|le-sur-lllon , médecin major au 43 e de ligne, 
ancien secrétaire de la Société archéologique delà province 
de Constantine 

1866. Leclerc y docteur en médecine, ancien médecin en chef des 

hospices de Laon , médecin à Reims. 

1850. Lecoq (O. &), géologue, professeur b la Faculté des sciences 

de Clermont-Ferrand , correspondant de l'Institut. 

1858. Legrand du Saulle , docteur en médecine, Boulevard Saint- 
Michel, 9, b Paris. 

1867. Lehr , docteur en droit, secrélaire général du consistoire 


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— 558 


supérieur ei du directoire de l’église de la confe»>oo 
. d’Augsbourg, â Strasbourg. 

1844. Lepage (Henry) , archiviste do département de la Meotlbe, 
président de la Société d’archéologie lorraine , à Nancy. 

1858. Lepage . pharmacien à Orléans. 

1853. Lemoyne •&, ingénieur en chef en retraite h lieu. 

1 847. Levallois , inspecteur général des mines à Paris. 

1866. Lévy, rabbin â Lunéville. 

1853. L'héritier inspecteur des eaux thermales de Plombières. 

1844. Lionnel $* , professeur de mathématiques au lycée Louis- 

le-Grand , en retraite à Paris. 

1861 . Liron (Jules de) d’AiroUes , secrétaire général hoooraire de la 
Société d’agriculture de Chàlons-sur-Saôoe. 

1863. Liver , jugedepaix â Château-Salins. 

1864. Malte-Brun secrétaire général honoraire de la Société de 

géographie, à Paris, chevalier de l’Ordre militaire du Christ, 
de Portugal. 

1861. M&ndelerl, membre de la Société Jurassienne d’Emulatioo 
à Bellelay (par Bâle) , Suisse. 

1 847. Martine professeur à la Faculté de médecinade Montpellier. 

1854. Matheron , ingénieur civil à Marseille. 

1836. Maulbon d'Arbaumont , ingénieur en chef en retraite. 
1847. Maulèon (de), directeur-fondateur du Recueil inintriei ei de* 
Beaux-Arts , â Paris. 

1852. Meaume, professeur â l’Ecole forestière de Nancy. 

1857. Michaud $£, capitaine adjudant-major en retraite, chef 
d’institution â Sainte-Foy- lez- Lyon . 

1859. Morand médecin-major â l’bèpital d’Alger. 

1864. Mortillet (Gabriel de), ingénieur civil â Paris. 

1861. Mtfugel, curé de Duvivier , par Bène (Algérie). 

1 841 . N avilie , Adrien , praüculteur à Genève. 

1859. Nicklie professeur à la Faculté des sciences de Nancy. 

1862. Ogérien (frère), directeur des écoles primaires h Leas-te~ 

Saulnier. 

1845. Oulmonl d’Epinal, docteur en médecine h Parie. 


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— 553 — 


1864. Pâté , professeur d'agriculture à Nancy 

1852. Pèchin#, sous-préfet à Narbonne. 

1829. Pensée , Charles, d’Epinal, professeur de dessin h Orléans. 
1836. Piricaud de Gravillon (C. #), colonel d’élal-major à Paris. 
1847, Perrey professeur à la Facullé des sciences de Dijon. 

1825. Pelot (O. #), d’Epinal, inspecteur général des pools cl 
chaussées. 

1841. Pierrard, ancien officier du génie. 

1839. Pinel , avocal à la cour impériale de Paris. 

1829. Piroux directeur de l'Institution dps sourds-muets h 
Nancy. 

1844. Poirel #, président de chambre à la cour impériale d'Amiens. 

1861. Ponscarme#, peintre et sculpteur à Paris. 

1860. Postel , docteur en médecine h Caen. 

1839. Putegnat, docteur en médecine à Lunéville. 

1862. Rebecque (Constant de) , président de la Société d’agriculture, 

sciences et arts de Poligny. 

1829. Riant , aumônier honoraire à Moul-stir-Meurlhe , près Lu- 
néville. 

1856. Risler, ancien rédacteur du Journal d'agriculture pratique , 
agriculteur à Calèves-sur-Nyon , canton de Vaud (Suisse). 

1853. Sabourin de Nanlon, ancien directeur des postes, bommç de 

lettres à Strasbourg. 

1842. Salmon #, avocat général à Metz, ancien représentant. 

1829. Saucerotle :$*, médecin en chef honoraire h l'hèpital de 

Lunéville. 

1 831 . Simèon (Comte) (C. #) , Sénateur. 

1842. Simon , conseiller à la Cour impériale de Metz. 

1843. Simonin#, médecin de l’hospice civil de Nancy, professeur 

à l’école de médecine. 

1862, Terquem , ancien pharmacien, directeur du musée géologique 
de Metz. 

1853. Thèvenin, avocat général à Lyon. 

1832. Toussaint , agriculteur à Siultgard. 

1858. Trouillel , arboriculteur à Monlreuil-Ies-Pcches (Seine). 

1829. Turck , docteur eu médecine h Paris. 


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- »4 - 

1843. Turck, Amédéc fondateur de l’école d'agriculture de 

Sainte-Geneviève , près Nancy. 

1844. Vagner % homme de lettres h Nancy. 

1845. VaUêzey, médecin -à Uaocourt (Oise). 

1 820 . Vergnaud-RomaQnési , négociant h Orléans. 

1862. Featn# (vicomte de) ancien préfet des Vosges, préfet de 
Seine-et-Marne. 

1843. Villepoix (de) , pharmacien 'a Abbeville. 


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- 685 — 


TABLE DES MATIÈRES 

CONTENUES 

DANS LE 3 e CAHIER DU TOME XII.- ANNÉE 1866. 

Page*. 


Extraits des procès-verbaux des séances 5 

Ouvrages reçus par la Société 30 

Liste des Sociétés savantes correspondantes 36 

Procès-verbal de la séance publique 41 

Discours d’ouverture de la séance publique, par M. le M is de 

Fleury , Préfet des Vosges 43 

Discours prononcé â la séance publique, par M. Lebruut. . 48 

Rapport sur les récompenses à décerner à l’agriculture ... 64 

Rapport sur le concours littéraire, par M. Pasquier . . . .107 

Liste des récompenses décernées par la Société 116 

Causerie historique et littéraire sur la gastronomie, conférence 

par M. J. Conus 121 

Rapport présenté au nom de la Commission d’agriculture , par 

M. Colnenne 161 

Notice sur M. le Colonel du génie Guery, par M. G. Gley. . 189 
Rapport de M. Maud’beux père sur le travail de M. Duhamel. 195 
Négociations de Charles Vil et de Louis XI avec les évéques 
de Metz pour la châtellenie d’Épinal, par M. L. Duhamel. . 199 
Rapport de M. Maud’heux père, sur la communication faite â 
la Société d’Êmulation , par M. le docteur Chevreuse, sur ses 

essais de pisciculture 445 

Lettres sur les essais de pisciculture faits par M. le docteur 
Chevreuse 450 


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P»f. i.a détermination des orbites des étoiles doubles par 


une méthode purement graphique, par M. Ein. Beuss. . . 461 
Aperçu sur les Vosges dans les temps anciens et dans les 

temps modernes, par M. Malgras 494 

lUrpoRT sur les accroissemeuls des collections du Musée en 

1866 , par M. Laurent , directeur . . . . 536 

Composition du bureau cl des commissions 543 


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